Read here

Des rapports de l'homme avec le démon; essai historique et philosophique

Bizouard, Joseph, b. 1797 · 1863 · Scanned text · Free in the US

169,141 words · about 11 h 51 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · view original scans

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD · PD-US by publication date

Text from Internet Archive, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Bizouard, Joseph, b. 1797
Language
French
Published
1863
Length
169,141 words · about 11 h 51 min
Sections
14 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (14)
  1. Front matter about 4 min
  2. Chapitre I about 17 min
  3. Chapitre III about 23 min
  4. Chapitre IV about 8 min
  5. Chapitre 1 about 58 min
  6. Chapitre III about 51 min
  7. Chapitre IV about 26 min
  8. Chapitre I about 1 h 8 min
  9. Chapitre III about 15 min
  10. Chapitre IV about 40 min
  11. Chapitre V about 11 min
  12. Chapitre I about 6 h 22 min
  13. Table Des Matières under 1 min
  14. Chap. II. ^ Les illuminés au seiiième et au dix-septième siècle 14 about 7 min

Continue:

Front matter

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

Chapitre I

Hérésies du seizième et du dix-septième siècle. — La Réforme , sa sonnée, ses Itriidantcs, 8es résultats. — Prodiges des réfurmuleurs, leurs extases, leurs conMilHion:*.

Hérésies du seizième et du dix-septième siècle.

Selon les Pères, les hérésies sont l'œuvre du démon. — Ce qu'on avait pensé de toutes les hérésies précédentes, on le pensa surtout de la Réforme considérée comme étant la grande hérésie qui, d'après TApôtre, précédera la fin des temps.

La Réforme^ sa source, ses tendances, ses résultats.

On ne dira rien ici des abus produits par le relâchement de la discipline ecclésiastique, ils sont connus ;

m.

sans doute, ils appelaient une réforme, mais non celle des prétendus réformés, laquelle n'eut d'autre mobile que leurs passions.

Luther déféré au Pape pour avoir émis des propositions hétérodoxes, persista dans son obstination; excommunié , condamné ^ar les itniTersités , son orgueil ne lui permit plus de garder de mesure. En révolte déclarée, il marcha d'erreur en erreur, accumula fautes sur fautes. Le Pape fit brûler ses écrits. Il fit brûler la bulle du Pape ; exemple de rébellion qui apprit aux nations et aux individus à mépriser à l'avenir les foudres de l'Église. Le Pape veut faire arrêter Luther; les princes allemands le protègent. — Luther, réformateur, change dans la religion tout ce qui lui déplaît; Zwingle en fait autant dans la Suisse ; Storch, Munzer, adoptent la réforme luthérienne qu'ils ne trouvent pas cependant encore assez complète. Luther déclame contre la messe, l'intercession des saints, le célibat des prêtres, l'abstinence des viandes, contre les lois ecclésiastiques, etc. Il ne change rien d'abord au culte; mais Zwingle attaque les images, déclare que l'Eucharistie n'est que la figure du corps et du sang de Jésus-Christ. — Storch et Munzer condamnent le baptême des enfants, n'admettent comme révélé que ce qui est nécessaire au salut, et se prétendent dirigés par des manifestations divines : Storch condamne comme source empoisonnée les Pères, les conciles , Jes théologiens et les lettrés: «Tout cela ne sert^ disait-il, qu'à exciter l'orgueil. » — La populace applaudit et le suit. — Tous les réformateurs enseignaient que l'Écriture sainte est l'unique règle de la foi , et que chaque fidèle est le juge et l'interprète du sens des textes sacrés, parce que l'Esprit-Saint l'inspire.

Munzer, disciple de Luther, l'un des pltts fameux apôtres de la Réforme, déclame non-seulement contre le Pape, maïs contre Luther lui-même : — « Le Pape accable les consciences de pratiques inutiles; mais Luther a favorisé le relâchement, établi la licence et la dissolution, il a laissé subsister les restes du culte catholique qu'il devait renverser, »

L'hérésie se propage en divers endroits. Grand nombre de sectateurs ont saisi avidement les principes de Munzer et de Slorch, qui aspirent à fonder en Allemagne un nouveau gouvernement , et pour y parvenir excitent les passions, aiguisent la haine. — Le Dieu des réformés opère des prodiges. — Dieu a promis qu'il accorderait ce qu'on lui demanderait, et, en effet, disait Munzer, il se manifeste au milieu de nous par les inspirations, par les songes divins et les apparitions. — « Nous sommes tous frères, » disait le voyant à la populace ; « pourquoi donc cette différence de rangs et « de biens? pourquoi les uns gémissent-ils dans la pau- « vreté, tandis que d'autres nagent dans les délices? « N'avons-nous pas droit à l'égalité des biens , ne c< sont-ils pas faits pour être partagés entre tous sans

« distinction? — Rendez-nous, riches du siècle,

« usurpateurs avares, rendez-nous ces biens que vous « retenez dans l'injustice ! . . . Les apôtres répartissaient, « selon les besoins de chacun, l'argent qu'on apportait « à leurs pieds : Dieu attend de tous les peuples qu'ils « détruisent la tyrannie des magistrats, qu'ils rcde- « mandent leur liberté les armes a la main , qu'ils r^ « fusent les tributs, qu'ils ihettent les biens en com- « mun; car n'avoir rien en propre, tel est l'esprit du « christianisme. »

Munzer et Storch, prêchant de la sorte l'égalité et la réforme religieuse, furent bientôt à la tête d'une foule de séditieux, hordes féroces qui ravag-eaient tout au nom de Dieu : « Ed sod nom tout doit céder, disait « Munzer; en vain l'artillerie tonnera, je recevrai les « boulets dans la 'manche de ma robe; seule, elle sera « un rempart impénétrable à Tennemi. » — Mais on leva des troupes contre le prétendu inspiré; Tesprit qui lui faisait des révélations n'était sans doute pas r Esprit-Saint; car il se trompa et ne lui fit pas connaître que, loin d'être un rempart pour les siens , il serait lui-même pris et mis à mort.

La Réforme recruta ses partisans parmi ces hommes aux passions ardentes qui dans tous les temps subjuguent et entraînent une populace aveuglée. — On leur disait : « Non, vous n'êtes pas les disciples du Christ, il n'a jamais prêché la révolte, il n'a même jamais imposé l'obligation de donner tout ce qu'on possède aux pauvres. Nous reconnaissons que vos chefs sont des hérésiarques , à la cause qui vous fait agir, aux résultats de vos œuvres, et même aux prodiges qui les accompagnent : votre premier mobile, c'est l'orgueil, l'ambition et d'autres motifs cachés ; les fautes du clergé n'ont été pour vous qu'un prétexte : vous entendez ressusciter les anciennes hérésies que le christianisme foudroyait à leur naissance; comme les anciens hérétiques, vous ne voulez ni chef ni supérieurs ; plus de prélats, plus de hiérarchie sacerdotale , et surtout point de célibat; un laïque peut exercer le saint ministère comme le prêtre; plus de culte des saints, plus de confession, plus de messes, car c'est une invention du diable ; plus de présence réelle, etc. » — Les réformateurs se déclaraient en effet hérétiques, puisqu'en établissant eux-mêmes leur généalogie, ils se donnaient pour prédécesseurs de ces sectaires des douzième et treizième siècles dont on a parlé, qui la plupart étaient manichéens, les albigeois, les vaudois, etc., en méprisant enfin tout ce que l'Église avait constamment respecté et en admettant ce qu'elle avait toujours rejeté : — « Les erreurs des papistes , diraient les réformés, remontent au troisième siècle ; nous en avons la preuve parles manichéens et les gnostiques, avec eux nous remontons ainsi jusqu'aux apôtres. » — « Les manichéens, — leur disait-on, — les gnostiques suivaient-ils la doctrine des apôtres? — Non, — puisque saint Paul recommande d'éviter les nouveautés profanes d'une doctrine faussement appelé gnose; les Pères suivirent son conseil; mais aujourd'hui les réformateurs accordent toute leur sympathie aux premiers hérétiques et ridiculisent et calomnient les Pères. » — On leur montrait ainsi que ni l'œuvre des réformateurs ni leur conduite privée n'annonçaient la sainteté, la pureté du christianisme, mais l'esprit de sédition et les passions les plus condamnables. — « Oîi trouve-t-on ces vertus dont le Christ a donné les préceptes et l'exemple? disait-on encore aux réformés ; est-ce chez le vrai papiste qui suit la tradition, ou chez vous, qui ne voulez d'autre interprète de rÉcriture que la raison si divergente de rhomme? — Vous blâmez justement la corruption de quelques ministres de l'Église romaine; mais si c'est réellement Tamour des divins préceptes qui enflamme votre zèle, que n'imitez-vous tant de saints personnages restés si purs au milieu de la contagion !

Tout en déplorant les fautes de leurs frères, ils ont conservé intacts les dogmes, les pratiques et les traditions du culte chrétien; tandis qu'on voit Luther déclarer que ce qui lui plaît infiniment chez les hussites, c'est qu'ils ont tout abandonné pour interpréter eux-mêmes la sarnte Écriture. Vous déclamez, disait-on encore, contre le despotisme et rintolérance de l'Église papiste; qu'y a-t-il pourtant de plus despote et de plus intolérant que vous?

6 DES RAPPORTS DE L'HUHME

Calvin fait bannir ceux gui lui prouvent les erreurs de sa doctrine ; il fait brûler vif Servet parce qu'il diffère avec lui d'opinion sur quelques points. On les voit enfin, ces réformateurs, se traiter entre eux de secte exécrable et damnée. » — Celui qui voudrait compulser leurs écrits trouverait d'étranges révélations. Luther dit (( que le diable habite dans le corps des zwingliens : Les blasphèmes, dit-il, s'exhalent de leur sein ensatanisé, sursatanisé et persatanisé... Leur langue mensongère est remuée au gré de Satan , infusée^ per fusée et tramfmèe dans son venin infernal. » — Un des premiers sacramentaires, à son tour, le traite ainsi : « Dieu, pour châtier l'orgueil de Luther, a retiré de lui son esprit, l'abandonnant à l'esprit d'erreur et de mensonge qui possédera toujours ceux qui suivront ses opinions. » — « Que son langage est sale, disent les réformés de Zurich, que ses paroles sont pleines des diables d'enfer ! Il a écrit tous ses livres sous l'impulsion et la dictée des démons. » — Zwingle, parlant de Luther, disait : (( Voyez-vous comiAe Satan s'efforce d'entrer en possession de cet homme... » Il dit ailleurs : « A le voir au milieu des siens, vous le croiriez obsédé d'une phalange de démons. » — Veut-on le portrait du réformé Carlstadt par le réformé Mélanchthon : « C'était, dit Mélanchthon, un homme brutal, sans esprit, sans science, sans aucune lumière du sens commun. » — Luther étant allé gourmander, pour ses mauvaises opinions, Carlstadt qui s'était retiré avec sa femme à Orlamunde, le peuple se montra si mécontent de la réprimande, que Luther y fut reçu à coups de pierres ; et les luthériens racontaient gravement qu'on ne pouvait nier que Carltstadt c( n'eût été étranglé par le diable, vu tant de témoins qui l'ont attesté. »

AVBC LE DÉMOK. 7

Ce petit échantillon suffit : un mot de Calvin, cependant; voyons son style, c'est Thomme, ditr-on. En sV dressant au luthérien Westphal, Calvin s'exprime ainsi : « Ton école n'est qu'une puante étable à pourceaux; m'entends-tu, chien? m'entens-tu, grosse bête? )) — Que pensaient de Calvin les réformés? — Qu'il avait poussé plus loin que les autres réformateurs l'opiniâtreté, la sévérité et la turbulence d'esprit..., etc. ^

Voilà le langage des saints de la Réforme, de ceux qui se prétendaient tous inspirés par T Esprit-Saint. — « Peut-on le demander encore ? Est-ce la doctrine des saints Pères, toujours invariable jusqu'à saint Bernard, jusqu'à Bossuet... qu'il faut suivre, ou les sentiments variables de ces fougueux et orgueilleux novateurs?» Telle était la question qu'on adressait au sens commun, qui répondait: «La vérité n'est qu'une, l'Espril^- Saint n'enseigne pas des doctrines contraires. »

L'esprit qui inspira la Réforme était mauvais ; les résultats devaient être funestes aux réformateurs, à leurs disciples, à la société contemporaine et aux générations futures par les maux qu'elle leur préparait : car Thumilité du vrai chrétien fut remplacée par l'orgueil, la soumission par l'esprit de révolte, la vie angélique des premiers chrétiens par les passions haineuses; la chasteté enfin, si recommandée par Jésus-Christ, fut remplacée par l'incoutinence. Luther l'avoue, lorsqu'il était prêtre, il vivait dans les austérités, dans l'oraison, l'obéissance, la chasteté. Mais

1 . On omet une foule de ces belles choses et des meilleures. — (Voir Discussion amicale sur l'église anglicane, et en général sur larèformation, par Mgr de Trevern, t. !•'.) — On verra dans cet ouvrage les jugements que les premiers réformateurs portaient les uns sur les autres. — Le tout est extrait de leurs livres et de leurs lettres.

depuis la Réforme, il est l'esclave des passions; il dit « qu'il ne dépend point de lui de n'être pas homme, ni de vivre sans femme : » c'était dire que depuis que le Saint-Esprit lui avait inspiré la réforme, il ne dépendait plus de lui de se soustraire à ses penchants vicieux; c'était faire l'aveu que font chaque jour ceux qui s'abandonnent aux plus vils penchants de l'homme déchu. — Il abuse de la nonne qu'il a séduite, il provoque à l'imiter les religieux les plus débauchés, et se livre à toute la fougue de son caractère violent... « Ah! si r Esprit-Saint, disait-on, produit de tels effets chez les réformateurs, ce fut l'esprit de Satan, sans doute, qui s'empara des successeurs des apôtres et transforma en anges ces hommes charnels ! »

Quels furent les résultats de la Réforme sur la moralité des nouveaux réformés? — Luther avoue que « la vertu fut ébranlée, la justice opprimée, la tempérance garrottée, la vérité déchirée par les chiens , la foi chancelante et la dévotion perdue... Nobles et paysans disent qu'ils n'ont que faire de prêches... »

Luther devait-il en être étonné, puisque chacun peut à son gré interpréter l'Écriture et se faire une doctrine? — « Us ne tiennent nul compte de la vie future , — disait Luther, — ils vivent et meurent en pourceaux. » — Pouvait-il en être autrement, puisqu'il avait prêché par l'exemple. Quand les bons Allemands voulaient passer joyeusement leur journée, ils disaient : « Nous vivrons aujourd'hui à la luthérienne, hodie lutheranice vivemus. »

L'esprit qui soufflait la Réforme voulait détruire les monarchies dans toute l'Europe et leur substituer la république universelle, parce qu'il aime à fomenter les séditions et les troubles ; il inspirait la haine contre l'autorité et les puissants, car il est orgueilleux et envieux; ses desseins cachés, et son but, c'est Tirréligion, l'impiété. — Quoi de plus propre pour l'établir que de laisser le premier venu interpréter à son gré les livres saints ! Le Sauveur et ses apôtres avaient, au contraire, recommandé l'obéissance à Tautorité, l'humilité, la concorde, la résignation, le mépris des biens de ce monde , l'unité de doctrine, sa perpétuité : un ange descendrait-il du ciel pour la modifier, on ne devrait pas l'écouter. Ici chaque réformateur se fait une doctrine opposée à celle des autres sur les points les plus capitaux. Puis tous prêchent la révolte et ameutent la populace ; ils ne rassemblent pas autour d'eux, comme les apôtres, des hommes au cœur droit, prêts à tout abandonner pour le royaume de Dieu, mais des gens cupides, mus par des passions farouches , qui veulent se constituer un gouvernement au milieu du sang et des ruines. — Si l'on considère enfin les effets de la Réforme sur l'avenir de ses sectateurs, avenir que le temps a déjà réalisé, on voit ces sectes, multipliées par centaines, se diviser en doux camps. 1** Celui des mystiques : ce sont les illuminés, les fanatiques, les faux inspirés, les trembleurs, les sauteurs, les tourneurs, les convulsionnaires dans toutes les sectes qui, dans leur prétendu rapport avec la Divinité, font mille prodiges efTrayants ou grotesques et sont démonolâtres sans s'en douter.

2*^ Celui des libres penseurs, des esprits forts, des sceptiques, des matérialistes et des épicuriens. Pour ces réformés, Jésus-Christ n'est qu'un homme; ils ne voient dans le christianisme que sa morale, mais privée de sa base, les dogmes, qu'ils méprisent; car ils nient les miracles qui en deviennent la sanction. En approuvant la morale, ils trouvent très-bon que les autres la pratiquent; pour eux, ils s'en dispensent.

Leur unique doctrine, c'est le culte de la chair, la recherche du bien-être matériel. Tels sont les réformés du second camp ; il faut reconnaître qu'ils ont fait de nombreux prosélytes parmi les catholiques.

La réforme déclame contre la superstition, et pourtant les réformés du premier camp vont ressusciter le paganisme, tombé entièrement au sixième siècle sous Justinien. Bientôt on rira de la magie, dont les pratiques pourtant revivront chez les réformés mystiques : son auteur va triompher et de nouveau dominer le monde. Le camp des matérialistes et des esprits forts ne sera pas moins superstitieux sans s'en douter; il niera les miracles du christianisme, il attribuera les prodiges de Satan à des lois inconnues, et se livrera aux pratiques les plus superstitieuses sans crainte et sans remords : c'est le matérialisme de Pline; il conduit à l'athéisme, au panthéisme. La Réforme n'exercera pas uniquement son influence sur les réformés, elle atteindra même les catholiques ; le libre examen produira le rationalisme, qui, tel qu'un vent brûlant, dessèche partout où il souffle Des catholiques, même

assez fervents, auront une secrète aversion pour le surnaturel ; quoique soumis aux dogmes, il ne faudra plus leur parler ni de prophéties ni de miracles, on les rendrait incrédules; ils ne sont ni luthériens, ni calvinistes, etc. ; mais ils leur ressemblent parfois à tant d'égards, que ce n'est pas la peine de le devenir. — L'esprit révolutionnaire , les aspirations républicaines , trop souvent unies à l'impiété, seront inoculées un jour aux masses dans tous les cultes par le souffle du protestantisme.

Telles sont les raisons qui ont fait considérer la Réforme du seizième siècle comme le déchaînement de Satan, qui devait avoir lieu au bout de miUe ans;

AVEC LE DÉMON. li

comme la pire des hérésies enfin, et comme l'intervention manifeste de l'esprit de ténèbres. Tout ce gu*on a déjà dit et tout ce gui reste à dire permettra de juger si les prévisions des hommes d'une autre époque étaient folles ou sensées.

Simple abréviateur des opinions précitées, on va continuer par Texposé des faits. On s'abstiendra de parler longuement des prodiges des hérétiques du seizième siècle; on fera observer que les révélations, les apparitions, les extases qu'on remarque dans quelques sectes n'étaient pas des impostures : des recherches historiques fort curieuses sur ce sujet le prouveraient* . Ce qu'on a vu dans les siècles antérieurs, et l'exposé

1. « Celai qui étudie dans un esprit philosophique, dit le docteur BrowDsoii, cet épouvantable mouvement du protestantisme, doit y reconnaître une puissance surhumaine ; dire que le doigt de Dieu ou du diable est là..., que les chefs ont dû être inspirés par TEsprit-Saint, ou poussés en avant par de furieux démons. »

Il ajoute que Ton doit raisonner de môme par rappport à Cromwell

et aux anciens puritains < Il y eut quelque chose de surhumain

dans la rébellion des Anglais et la révolution du dix-septième siècle. Si Cromwell et ses partisans n*étaient pas, comme ils le croyaient, conduits par VEsprit-Saint, ils ont dû être animés et emportés par l'ancien démon des Normands. Ainsi en fut-il de la Révolution française et de toutes ces terribles convulsions qui ont ébranlé le monde. Les hommes s*y trouvent avec leur sagesse, leurs folies, leurs doules, etc.; mais il y a autre chose : on y découvre le conflit violent des puissances invisibles, renouvelant sans cesse cette terrible guerre que Lucifer osa entreprendre contre le Très-Haut, et qui se perpétuera jusqu'à la fin des temps. »

« Cromvvell et les puritains, dit Brownson, n'étaient point des hypocrites. C'était pour obéir à la voix de Dieu qu'ils prêchaient, jeûnaient et chantaient des psaumes; une troupe d'esprits se joignait à leurs chants; des puissances invisibles précipitaient leurs balles vers le cœur de leurs ennemis. Mais Dieu n'intervient qu'en lâchant les démons, qui exécutent leur volonté en même temps qu'ils sont les exécuteurs de. la vengeance divine. » (V. Brownson, V Esprit frappeur.

12 DES RAPPORTS DE L*HOMHE

gui va être fait au dix-septième siècle, dispensent d*a* border ici de plus amples détails.

Prodiges des réformateurs, leurs extases, leurs convulsions,

Nicolas Storch, Thomas Munzer, inspirés de Dieu pour /?wr^^r l'Église, étaient ravis en extase; ils racontaient leurs visions, et soufflaient T Esprit-Saint. Les anabaptistes montaient sur les toits, criant à tue-tête : Amendez-vousl L'un d'entre eux, Hunter, ne sortait presque jamais de l'inspiration ; en extase, il s'entretenait avecla Divinité ; rugissant comme un lion, il disait que c'était l'esprit de Dieu qui l'agitait. Un nommé George tombait subitement à terre comme anéanti, revenait à lui en faisant d'épouvantables contorsions et des gestes si horribles, que plusieurs le croyaient possédé. Cette pénitencfe lui avait, disait-il, été imposée pour avoir été papiste ; alors il se relevait et prophétisait. Tous prêchaient sur la pénitence; une foule les suivait, les uns se dépouillant de leurs habits, d'autres se couvrant de cendre. Tous ces prophètes tordaient la bouche, tournaient les yeux et se roulaient à terre comme des épileptiques. C'était constamment le signal de l'arrivée de l'esprit prophétique. — A Munster, le nombre des prophètes en convulsions fut si grand, que le sénat presque entier était composé d'inspirés criant sans cesse : « Malheur à toi! Munster... Dépouillez-vous de vos parures, couvrez-vous de cendre^ etc. » — Ils parlaient avec Dieu, ils voyaient les anges. — Ces inspirations étaient-elles simulées ? — On doit soutenir hautement la négative... Ils se laissaient mutiler, égorger par centaines plutôt que de renier les ordres divins; ils prophétisaient sur le lieu même du supplice... — Une femme se laissa mourir de faim, étant

AVBC LE DâMON. 13

persuadée que Dieu lui enverrait des aliments. — Un prophète veut marcher sur les eaux à la vue de tout le peuple en portant un petit enfant , et la mère le lui confie : tant était grande la conviction que le prodige s'opérerait; mais l'un et l'autre furent engloutis dans les flots. — Étaient-ce des fous? Cette folie présente des caractères si étranges, qu'il n'est pas surprenant qu'on y ait vu un agent surnaturel. — Nous montrerons en quoi elle diffère des folies ordinaires.

Les illuminés au seizième et tu dix-septième siècle.

Les illuminés forment une secte connue en 1575, en Espagne, sous le nom à' Alumbrados . Ils eurent pour chefs Jean deVillalpando, et une carmélite, Catherine de Jésus. Ils croyaient entrer, par le moyen de l'oraison, dans un état si parfait, que les sacrements, les bonnes œuvres leur devenaient inutiles ; ils pouvaient même alors se livrer aux actions les plus iufâmes. — Plus tard, Molinos et ses disciples professèrent les mômes erreurs.

En 1634, la secte des illuminés s'établit en France; les disciples de Pierre Guérin se joignirent à eux, mais Louis XIII les anéantit en peu de temps. Ils prétendaient que Dieu avait révélé à Tun d'eux, — le frère Bocquet, — une pratique de foi suréminente inconnue jusque-là, avec laquelle on pouvait en peu de temps devenir aussi parfait que la sainte Vierge. — Par cette voie, on était tellement uni à Dieu, que les actes humains étaient déifiés; — les apôtres eux-mêmes n'avaient pas connu cette spiritualité. Dieu agissant ainsi dans Thomme, celui-ci peut faire tout ce que sa conscience lui dicte. — Ils pensaient que leur doctrine une fois reçue dans le monde, on n'aurait plus besoin ni

AVEC LB DEMON. 45

de curés, ni d'évèques, ni de supérieurs ecclésiastiques. (V. Bergier, Dict. ihéoL, y^ Illitmtnés.)

La secte des illuminés était connue avant 1575, puisqu'une ordonnance de Tlnquisition , du 28 janvier 1 558, enjoignait déjà « à tout chrétien de déclarer s'il savait ou avait entendu que quelque personne eût dit ou affirmé que la secte des illuminés était bonne... » *

Il se manifestait chez les illuminés divers signes qu'on a pu remarquer assez constamment chez les personnes inspirées du démon, c'est-à-dire les convulsions. — Dans l'ordonnance précitée, on lit que les maîtres de cette doctrine enseignent au contraire « que l'agitation, les tremblements et les défaillances qu'on observe chez eux et daâs leurs disciples sont des marques de l'amour divin , et annoncent qu'ils sont en faveur auprès de Dieu, qu'ils possèdent le Saint-Esprit, que dès lors ces parfaits n'ont nul besoin de faire des œuvres méritoires... — Ils voyaient l'essence de la très-sainte Trinité dans ce monde, étaient gouvernés par TEsprit-Saint immédiatement, et, pour pratiquer ou omettre une chose, ils n'avaient pas d'autre règle que ses inspirations. »

11 se manifestait cependant un mniaturel qu'on ne pouvait guère attribuer à Dieu... Parvenu à certain degré de perfection, l'illuminé ne pouvait plus voir les images des saints, ni entendre de sermons ou autres entretiens sur la Divinité. » (V. Llorente, Hht, critique de l*In(/iiisition, t. Il, p. 3-4.)

16 DBS RAPPORTS DB L'HOMME

Chapitre III

Dix-septième siècle. Hérétiques du Dauphiné, des Gévennes, du Vivarals ; leurs desseins. — Exposé de quelques faits. — Assemblées des Cévennes. — Exposé des prodiges d'après les dépositions. — L'esprit descendait sur les simples et les idiots. — Prodiges dans le ciel, météores lumineux, voix entendues dans les airs, prédictions. — Invulnérabilité des Cévenols. — Ils lisaient les pensées, voyaient les choses cachées, etc. — Diverses opinions sur CCS phénomènes.

Dix-septième siècle. Hérétiques du Dauphiné^ des Cévennes, du Vivarais,

leurs desseins.

Le but des réformés était d'établir la réforme partout; mais l'Europe, protestante et démocratique au Nord, resta catholique et monarchique au Midi. — En France, le catholicisme demeura la religion de l'État. L'édit de Nantes proclama la liberté de conscience, mais sa révocation, après la mort de Henri IV, donna lieu à des combats acharnés. Les réformés obtinrent d'abord quelques succès, qui leur donnèrent l'espoir de réaliser leur plan favori d'établir une république fédérative. Soumis par Richelieu, il fallut ajourner leurs projets. Cet homme d'État, satisfait d'avoir garrotté le calvinisme, semble avoir dédaigné de s'opposer à ses progrès dans l'ombre. Mais l'esprit qui souffle l'hérésie ne dort pas, bientôt le nombre des libres penseurs s'accroît... Les uns sciemment, les autres à leur insu, marcheront vers le même but : la destruction du trône et de l'autel, le triomphe de la révolte et de rimpiété.

La monarchie française est enfin arrivée, avec Louis XIY, à son brillant apogée : tous les partis courbent la tète, et le calvinisme semble expirant. Les protestants émigrent, leurs ministres sont exilés; des missionnaires instruisent ceux qu'on a convertis; mais le Languedoc, le Vivarais, le Dauphiné résistent et veulent sauver leur église. Un comité de résistance, qui décide qu'on rétablira les exercices religieux dans les temples, est nommé ; on reconstruira ceux qui ont été renversés, on se préparera au rétablissement du culte réformé par wie repentance générale. — Alors adresse au roi, insurrection du Vivarais qui est terrassée; mais les insurgés ne sont point domptés. Le fanatisme, qui se nourrit dans les persécutions, fut porté jusqu'au délire par la manifestation des prodiges. — Ce serait ici le lieu de parler des Jurieu, des Du Serre, des Brousson; on rappellerait que le premier adressa à l'étranger son écrit intitulé : Soupirs de la France esclave^ dans lequel il dit « que les États sont supérieurs aux rois, dont le pouvoir est usurpé, etc. » 11 explique l'Apocalypse, découvre que le papisme finira en 1689, etc. — Mais nous avons hâte d'arriver à la partie historique concernant le merveilleux.

Les ministres avaient dit avant de quitter leurs troupeaux : « L'orage nous arrache de votre sein pour nous disperser dans l'exil, mais l'Esprit du Seigneur sera au milieu de vous, il vous parlera par la bouclie des femmes et des enfants plutôt que de vous laisser sans consolation.» (Peyrat, Hist. despast. du désert, 1. 1, p. 158.) — En effet, bientôt, au milieu d'assemblées

48 DES RAPPORTS DE L*H0M1IB

nocturnes devenues de plus en plus nombreuses, réunies dans des lieux solitaires, qui reçurent le nom biblique de désert^ des gens grossiers sortis de la foule, des enfants, des idiots, deviennent des prédicateurs éloquents. — En janvier 1686, simultanément à rinsu les unes des autres, comme si elles eussent été appelées le même jour par une voix céleste, ces assemblées qui comptent leurs membres, les unes par centaines, d'autres par milliers, se réunissent : tous sont inspirés et dans une sorte d*extase, tous s'exposent à la mort avec l'enthousiasme des martyrs. Tandis qu'on frappe des médailles à Jurieu, devenu thaumaturge et prophète, les ministres écrivent à leurs troupeaux : Les espérances s'enflamment, car l'étranger promet du secours, et les prédicateurs s'empressent de rentrer pour préparer les voies au nouveau messie : c'était, comme on sait, le prince d'Orange. — Dans le Dauphiné, Du Serre, après avoir médité le livre de Jurieu, devient le fondateur des petits prophètes ; là, comme dans le Languedoc, les extases surviennent et se propagent, l'esprit prophétique se manifeste. -^ L'Esprit-Saint se transmettait aussi par insufflation; tous ceux qui le recevaient s'agitaient convulsivement et étaient inspirés. Parmi les prodiges, plusieurs rappellent ce qu'on lit dans l'histoire de l'enfance des nations (récits qu'on est trop disposé, de nos jours, à croire entièrement fabuleux), et tout ce que rapportent les livres bibliques, tels que visions, apparitions, inspirations, prophéties, prodiges divers, symboles, etc. — L'inspiration arrivant spontanément au milieu des convulsions, la poitrine se gonfle, les cheveux se hérissent, et le regard est surnaturellement flamboyant; l'inspiré quelquefois semble assoupi, puis une parole vive et saccadée s'échappe de sa poitrine. — Le nombre de ces prophètes vieux ou adolescents, ou même enfants à la mamelle, était innombrable; mille prodiges éclataient, des étoiles miraculeuses indiquaient à ceux qui l'ignoraient le lieu où était l'assemblée, et ils entendaient dans les airs de célestes symphonies. «Oh! voilà bien, disait Jurieu, l'annonce infaillible de la chute irrévocable du papisme... » Le prédicant Brousson s'écriait : « C'est en vain qu'on veut ensevelir dans l'oubli des merveilles qui frappent toute la teri'e... Dieu saura bien les faire connaître... Les enfants à la mamelle rendent des oracles ; on voit des étoiles miraculeuses, on entend des concerts aériens... Ah ! ce sont bien les signes célestes de la prochaine délivrance d'Israël!... »

Jurieu, Du Serre, Brousson, comme tous ces milliers de prophètes, parlaient avec conviction. Aussi tous se croyaient-ils invulnérables. Pourtant si les prédictions se réalisèrent assez pour les séduire, l'avenir dut ensuite leur prouver qu'elles n'étaient point dictées par TEsprit-Saint, puisque souvent aussi elles les trompaient.

Dans une seule nuit, surgissaient parfois cinquante nouveaux prophètes qui, sentant venir l'inspiration, auraient pu dire comme Cassandre, comme tous les inspirés chez les Gentils : « Voici le Dieu qui s empare de moi! » Ils tombaient à la renverse, écumaient, puis se levaient pour prophétiser. Les uns tombaient comme morts, d'autres restaient debout, mais haletants... — Les uns étaient à peine agités, d'autres très-violemment. Les signes de repentance se manifestaient par des transports, des soupirs, des gémissements, quelquefois par des larmes do sang. Le prophète se débatlait sous l'étreinte de l'esprit qui le subjuguait, le forçait h prononcer l'oracle phrase par phrase, syllabe par syllabe, continuant ainsi sans la participation du prophète, qui articulait sans comprendre.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…