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Voyages en Italie et en Espagne pendant les années 1787 et 1789 ... Traduction de M. Lesage; avec une introduction par M. L. de Lavergne

Arthur Young · 1860 · Scanned text

132,080 words · about 9 h 15 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Arthur Young
Language
French
Published
1860
Length
132,080 words · about 9 h 15 min
Sections
10 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (10)
  1. Introduction about 2 h 58 min
  2. Section II Climat about 4 min
  3. Section III Clotures about 1 min
  4. Section IV De about 30 min
  5. Chapitre II Des Prairies about 1 h 10 min
  6. Chapitre III Des Terres Arables about 1 h 21 min
  7. Chapitre IV Des Encouragements Et Des Obstacles about 1 h 4 min
  8. Section V De La about 6 min
  9. Section VI Des Prohibitions about 10 min
  10. Section VII about 1 h 51 min

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Introduction

Par M. L. DE LAVERGNE, Membre de l'Institut. PARIS GU1LLAUMIN ET C'*, LIBRAIRES Éditeurs do Journal des Économisles, de la Collection des principal!. Économistes, du Dictionnaire de l'Economie politique, du Diclionnaire universel du Commerce et de la Xarigatinn, elc. RUE RICHELIEU, 14 1S60 VOYAGES EN ITALIE ET EN ESPAGNE PENDANT LES ANNÉES 1787 ET DU BAI ERRATA Page 13 ligne 18 Moncaglia, ajôúlez (Moncalieri). 18 8 ' s » * 23 27 Tels, lisez Telles. 37 Note, supprimez la première ligne. 123 2 de lisez de son. 150 3 liv". » liv. st. » dernière ligne Genève » Gênes. 183 30 à faire des » à force de 199 5 eut o eu. 218 5 les soins » le soin. 230 18 ou d en 269 rétablissez le titre Section V. 289 4 mettez la virgule après 1556. 318 22 ne la trouvera lisez ne trouvera. 380 24 paquets » poquets. 382 12 660 frs. » 600 frs.

PARIS. — IMPRIMERIE DE HfNRI NOBLET, 30, RUE VOYAGES EN ITALIE FJ EN ESPAGNE PENDANT LES ANNÉES 1787 ET 1789 PAR ARTHUR YOUNG TRADUCTION DE M. LESAGE Ancien élève de l'Institut national agronomique de Versailles AVEC UNE

INTRODUCTION.

PAR M. L. DE LAVERGNE M EMU RE DE L' INSTITUT PARIS GUILLAUMIN ET C'6, LIBRAIRES Éditeurs du Journal des Économistes, de la Collection des principaux Économistes. du Dictionnaire de rÉcooomie politique, du Dictionnaire universel du Commerce et de la Navigation, etc. RUE RICHELIEU, 14 AVANT-PROPOS Dans la première édition de ses voyages sur le continent, Arth. Young n'avait donné que le Jour nal de son voyage d'Italie; il avait entièrement supprimé ses Notes sur l'agriculture de cette con trée, ainsi que tout ce qui touchait à son excursion en Espagne. Soulès, qui ne connaissait que ce frag ment, en avait joint la traduction à différents Essais du docteur Symonds sur le même sujet, pour for mer un volume qui est devenu assez peu commun aujourd'hui (1). Plus heureux que lui, nous pos sédons le travail complet, tel que Fauteur enhardi par son succès s'était décidé à le publier dès 1794.

Les observations d'A. Young sur l'Espagne et l'Italie forment le complément naturel de celles qu'il avait (1) Voyage en Italie. Traduit de l'anglais par François Soulès. A Paris,' chez J.-J. Fuchs, libraire, rue des Mathurins, maison de Cluny. n» 334. An cinquième de la République (1796). AVANT-PROPOS. II recueillies sur notre pays, et c'est à ce titre que nous les offrons au public. Ces additions faites à la hâte ne présentent pas dans l'original tout Tordre désirable ; aussi a-t-on cherché à remédier autant que possible à la confu sion répandue en certains endroits, et, tout en res pectant la lettre du texte, à ramener sous un même chapitre les matières qui en faisaient essentielle ment partie. Une manque ni un fait, ni même un mot, et l'on s'est borné pour ces changements à ce que Vauteur eût sans doute fait, s'il en avait eu le loisir.

La bienveillance de M. de Lavergne lui a fait ajouter à ce travail, comme au précédent, une va eur nouvelle par une introduction où se résument ses souvenirs sur un pays que lui-même a visité. Après cela, peu de notes suffisaient ; la plupart de celles que l'on a mises sont extraites de l'excellent ouvrage de M. Etienne Jacini, sur la propriété fon cière en Lombardie. Le lecteur verra de la sorte le mème sujet traité à trois points de vue très-différents et par les personnes les plus compétentes. Une traduction accompagne les passages italiens très-souvent cités par l'auteur sans ce complément indispensable. On en a recliíìé l'orthographe quel quefois défectueuse. Les noms propres ont été véri fiés sur les meilleures cartes ; mais on a laissé, pour AVANT-PROPOS. III plus de sûreté, les deux désignations l'une à côté de l'autre.

C'est surtout pour l'Espagne que les difficultés ont été grandes : Young notait avec beaucoup de précision les sons qui lui frappaient l'o reille ; mais on verra combien deviennent mécon naissables les mots catalans ainsi accoutrés à l'anglaise. II manque d'ailleurs, sur ce pays, de travaux topographiques bien détaillés, et le grand dictionnaire de Pascual Madoz n'y supplée pas constamment. Toutes les fois que Young s'est cru fondé à donner l'équivalent anglais des diverses valeurs, son esti mation a été convertie en mesures et monnaies françaises ; quand une juste évaluation lui a semblé chose impossible, comme lui on s'en est abstenu. II faut, pour entreprendre un travail aussi ingrat, être bien convaincu de la certitude des données que l'on met en oeuvre. Les secours que j'avais reçus de mes amis pour la publication du voyage en France ne m' ont pas manqué ; j'en attends donc une correction et une exactitude que seul je n'aurais jamais pu atteindre.

Un instant j'ai craint que ce complément n'excitât pas, à beaucoup près, Fintérêt de Fœuvre principale : les événements sont venus lui apporter Fâ-propos qui lui faisait faute, et je ne saurais mieux terminer AVANT-PROPOS. que par les paroles suivantes du premier traduc teur : « II n'était guère possible de faire paraître ce « voyage dans un moment plus favorable que celui « où Fltalie vient d'être parcourue par nos armées « triomphantes, et où chaque province , et même « chaque ville de cette partie de FEurope, est de « venue familière à tout individu qui s'intéresse « au sort de son pays. » Paris, 7 mai 1860.

INTRODUCTION.

Quand on se reporte par la peusée aux temps qui ont précédé immédiatement 178£, dans toute l'Europe, on ne peut douter que la violente tempête de guerre déchaînée par la révolution française n'ait beaucoup plus retarde qu'avancé le développement économique de tous les peuples. Déjà sensible dans le Voyage en France d'Arthur Young, cette vérité devient de plus en plus ma nifeste dans les courtes excursions du même auteur en Italie et en Espagne. Ces deux excursions ne sont, à vrai dire, que deux épisodes du voyage principal; là aussi, Arthur Young a su donner des preuves de son esprit ob servateur et de l'excellence de son jugement. 11 a visité la haute Italie du 15 septembre au 15 décembre 1789. Ces trois mois n'ont pu lui suffire pour étu dier personnellement à fond le Piémont, la Lombardie.

INTRODUCTION.

. II l'État vénitien, Ferrare, Bologne, la Toscane, Modène et Parme; mais il a trouvé partout des hommes compétents, des sociétés d'agriculture, des publications presque quoti diennes, qui lui ont fourni les éléments d'une étude à peu près complète. A l'aide de ces renseignements, on peut se faire une idée suffisante de l'état de l' économie rurale à cette époque dans cette partie de la péninsule, et le com parer soit avec .'intéressant tableau qu'en a tracé vingt cinq ans plus tard M. de Châteauvieux, soit avec la situa tion actuelle. La haute Italie avait alors 9 millions d'habitants, et, en y comprenant la Savoie et l'île de Sardaigne, 10 millions; aujourd'hui, les mêmes pays comptent une population de 13 millions et demi : ils sc sont accrus de 3 millions et demi ou 35 pour 100; c'est la mème progression qu'en France.

Ils étaient donc déjà peuplés et florissants en 1789, au moins dans la moitié de leur étendue, car Arthur Young fait des distinctions très-marquées entre les différents gouvernements dans leurs rapports avec l'économie rurale. Le gouvernement piémontais est un de ceux qui, tout d'abord, s'attirent ses censures, « La maison de Savoie, dit— U, jouit d'un grand renom d'habileté et d'adresse à profiter des occasions de s'agrandir. Le feu roi a montré

INTRODUCTION.

. III une grande économie ; il a payé une énorme dette et ré paré toutes ses forteresses. Le roi actuel a hérité du trésor de son prédécesseur; il a vendu pour 20 millions les biens des jésuites, et il a tout dissipé. Une nouvelle dette a été contractée, les fortifications tombent en ruines, et l'armée n'est pas payée. » Un de ses plus grands griefs contre ce gouvernement, c'est l'état où on laissait l'île de Sardaigne. On parlait même de vendre cette île pour 25 millions à la Russie, qui se montrait déjà à cette époque fort désireuse d'avoir un établissement dans la Méditerranée, et qui avait ouvert des négociations avec la république de Gênes pour -'acquisition du port de la Spezzia. Aujourd'hui, Arthur Young ne trouverait pas l'île de Sardaigne dans un bien meilleur état ; la terre ferme a fait plus de progrès.

La république de Venise a été encore plus mal traitée par notre voyageur. « Le gouvernement de cette républi que, dit-il, est le plus respectable par sa durée qui soit au monde ; mais il a perdu tout droit à son ancienne renommée. Depuis vingt ans, les abus n'ont fait que s'accroître, comme sous les gouvernements les plus absolus. Le sel, l'huile, le poisson, tout est frappé de monopoles. Toute l'Istrie se dépeuple, la Dalmatie plus encore. » Les États italiens de la république, comme le Bressan et le Berga masque, étaient un peu mieux traités; mais ils ne satisfi-

INTRODUCTION.

. IV rent pas beaucoup plus Arthur Young. « De Brescia à Vé rone, dit-il, il y a cinquante croix le long du chemin pour rappeler des meurtres. Quelle honte pour un gouverne ment! Tout ce que j'en vois, ce sont des routes impratica bles, des villes sombres, des meurtres, des hommes qui disent leur chapelet et des femmes qui se signent. » A Ve nise même, il admire la beauté des édifices, la régularité de l'ensemble, le nombre des théâtres, i'agrément des gondoles, mais il a hâte d'en sortir; cette ville avait alors 150,000 âmes, elle n'en a plus que 130,000 depuis qu'elle n'est plus une capitale. En Lombardie, l'etfet est tout différent. Cette possession autrichienne présentait dès lors le spectacle d'une prospérité extraordinaire, qui contrastait avec faspect triste et sévère des États vénitiens.

L'empereur Joseph U et son illustre ministre, le comte Firmiani , en avaient fait une sorte d'école administrative et économique pour le reste de l'Europe. Dès 1740, Pompée Néri avait achevé et publié le nouveau cadastre (censimento), généralement regardé comme un modèle. En 1755, le gouvernement avait doté ce pays d'une excellente administration com munale, et sous l'influence de ces institutions vraiment li bérales , la population avait passé , en vingt ans , de 900,000 âmes à 1 ,300,000. En 1768, le célèbre Beccaria

INTRODUCTION.

. V avait occupé avec éclat, à Milan, la seconde chaire d'économie politique fondée en Europe. Vers le même temps, Pierre Verri avait aboli les fermes générales et les douanes intérieures, établi l'entière liberté du commerce des grains, supprimé les derniers restes des corporations d'arts et métiers, fondé une société d'agriculture et un journal scientifique , secondant ainsi et précédant à quelques égards le mouvement qui s'opérait en France soirs les auspices de Turgot. La plupart de ces hommes vivaient encore lors du passage d'Arthur Young ; celui qu'il cite le plus souvent est le comte Carli, ancien président du Conseil suprême des finances, au teur de plusieurs écrits estimés et de plusieurs mesures utiles. Tout le monde sait que la Lombardie est aujourd'hui l'un des plus riches pays du monde, proportionnellement à son étendue.

L'Angleterre, la Belgique et les quatre dé partements qui forment l'extrémité nord de la France peuvent seids soutenir la comparaison. Cette richesse re monte plus haut que le siècle dernier, puisque les principaux travaux d'irrigation datent du douzième siècle; mais elle a pris surtout depuis cent ans l' essor magnifique qui frappait si vivement Arthur Young en 1789. Le tableau de l'état actuel de l'agriculture en Lombardie a été admi- VI

INTRODUCTION.

. rablement tracé par M. Stefan o Jacini; ce successeur des Carli et des Verri est maintenant l'un des ministres du roi Victor-Emmanuel. En Toscane, Arthur Young ne tarit pas sur l'admiration que lui inspire le grand-duc Léopold. « Peu de princes, dit— il, ont autant mérité de leurs sujets. Je voudrais qu'une traduction anglaise des lois léopoldines fùt mise entre les mains de nos législateurs. Voici les principaux encouragements donnés à l'agriculture toscane par ce sage et bien veillant souverain : abolition des dîmes ecclésiastiques ; liberté absolue du commerce des grains; abolition du droit de parcours et faculté de s'enclore à volonté ; vente des com munaux et de nombreux domaines appartenant à l'État ; suppression de tout privilège en matière d'impôt ; dépense de plusieurs millions pour les chemins, etc.

M. Paoletti, curé de la paroisse de Villamagna depuis 43 ans, m'a dit que, pendant cet espace de temps, les 40 fermes dont se compose cette paroisse ont acquis une plus-value de cent pour cent; ce changement s'est opéré surtout dans les dix dernières années. » Ce qu'Arthur Young disait avec une conviction si vraie, toute l'Europe éclairée le répétait avec lui, et le nom de Léopold est resté comme celui d'un des plus grands bienfaiteurs du genre humain. Arthur Young cite souvent Paoletti, et avec raison. Ce

INTRODUCTION.

. VII modeste prêtre toscan était un des premiers économistes de son temps. Correspondant des économistes français, dont il avait adopté toutes les idées, et digne émule de l'archidiacre Bandini, qui avait inspiré la plupart des mesures de Léopold, il ne cessait d'appuyer de ses exemples et de ses écrits les réformes du grand-duc. « Quel tableau plus vénérable, s'écrie le comte Pecchio, que celui de ce vertueux curé, vivant comme un père au milieu de ses paroissiens, leur ensei gnant pendant cinquante-cinq ans les moyens de faire fleu rir l'agriculture qu'il cultivait lui-même, et refusant la mi tre d'évêque, que le gouvernement lui offrit plusieurs fois, pour ne pas quitter les compagnons de ses fatigues ru rales ! » Son premier écrit, Pensées sur ï agriculture , avait paru en 1769; le second, Véritables moyens de rendre les sociétés heureuses, en 1772.

II est mort en 1801, à l'âge de 83 ans. Une des questions qu'il aimait le plus à traiter était celle de la liberté du commerce des grains, alors très - débattue dans toute l'Europe et particuliè rement en Angleterre ; il insistait beaucoup aussi sur futi lité des concours agricoles et des écoles d'agriculture. Le produit des impôts peur toute la Toscane était éva lué à 10 millions de francs pour un million d'habitants, ou lOfr. seulement par tête. «Ace compte, dit Arthur Young, la Toscane serait le pays le moins imposé. Nous autres

INTRODUCTION.

. Anglais, nous payons six fois davantage. » L'effet de cette sage administration s'est fait sentir sans interruption de puis plus d'un siècle. Moins sujette que tout autre pays aux révolutions violentes, la Toscane a toujours passé pour le pays le plus heureux de l'Europe. On sait quel tableau charmant Sismondi a tracé de ses métairies. Ce tableau a cessé d'être tout à fait vrai, à cause de .'accroissement de population qui en a été la conséquence. La population a presque doublé depuis 1789; elle est aujourd'hui de 1,800,000 âmes, y compris Lucques, ou près de 2 habitants par hectare cultivable. Les embarras que donne une extrême densité commencent à se montrer, aggravés en core par la maladie de la vigne. Les travaux de l'académie des Géorgophiles et de son dévoué président, M. le marquis Ridolfi, s'appliquent sans relâche à y porter remède, car l'ancien système de culture ne suffit plus.

A Bologne, Arthur Young fait les observations sui vantes, assez remarquables de la part d'un protestant an glais : « II est admis que le gouvernement de l'Église est des plus mauvais. Malgré sa réputation, c'est un des moins exigeants. La contribution foncière n'est que de 50 centimes par hectare (2 baïoques par tornatura). Le pape ne perçoit dans la ville qu'un faible droit sur le vin et quel-

INTRODUCTION.

. IX ques autres de peu d'importance. S. S. a voulu récemment abolir toutes les fêtes, hormis le dimanche ; le sénat de Bologne s'y est opposé. » II est difficile, en effet, quand on voit le magnifique pays qui forme les possessions de l'É glise le long de l' Adriatique, de croire qu'une pareille prospérité ait pu se développer sous un très-mauvais gouverne ment. A Modène, Arthur Young loue le prince régnant de son économie; c'était le même prince, Hercule-Renaud d'Este, qui a mérité les éloges de l'historien Botta, pour avoir détruit les abus de la féodalité et contenu dans de justes limites l'autorité du clergé. «Sous son règne, ajoute Botta, les lettres arrivèrent à Modène à un haut point de splendeur, et la maison d'Este a fini comme elle avait com mencé. » Tel était le tableau que présentait alors la haute Italie.

Arthur Young donne, chemin faisant, suivant son habitude, une foule de renseignements sur toutes les parties de l'art agricole, qui montrent à quel point cet art était poussé, surtout en Lombardie. Le Lodésan entre autres était déjà parvenu à ce degré de richesse qui enfaitla perle de Flta lie. « On traverse, dit Arthur Young, en arrivant à Lodi, des plaines irriguées dont nous n'avons nulle idée en An gleterre. Je tombai dans cette ville le jour de la clôture de Topera. La foule accourue des environs était si grande,

INTRODUCTION.

. X que l'hôtel de la Colombine se remplit en moins d'une heure. Le soir, le théâtre offrait un magnifique coup d'œil. Les loges, que les propriétaires arrangent à leurs frais, resplendissaient aux bougies de glaces et de do rures. Les diamants étincelaient de toutes parts. Je ne pouvais en revenir. Lodi n'est pourtant qu'une ville de dix ou douze mille âmes, sans commerce, sans ma nufactures ; on n'y obtient que du lait et du fromage. De l'eau, du trèfle, des vaches, du fromage, de l'argent et de la musique ! voilà comment s'enchaînent les éléments de tout cet éclat. » Il est à regretter que l'ingénieux voyageur n'ait pas con tinué sa route vers le midi et visité aussi les États de .'Église et le royaume de Naples. II aurait touvé partout le mème mouvement. A Borne, le pape Pie VI avait entrepris d'im menses travaux pour le dessèchement des marais Pontins ; à Naples, Charles III et son habile ministre le marquis Ta nucci avaient donné une telle impulsion aux arts productifs que la population, qui, d'après Broggia, ne dépassait pas trois millions d'âmes en 1750, excédait cinq millions en 1789.

L'illustre Genovesi avait occupé à Naples, en 1755, la première chaire d'économie politique fondée en Europe , précédant ainsi de plus de dix ans celle de Beccaria ; Adam Smith enseignait la même science,

INTRODUCTION.

. XI vers le même temps , à l'université de Glascow, mais comme une des dépendances de la philosophie morale. Des hommes comme Galiani , Filangieri , Palmieri , continuaient les traditions de Genovesi, et le midi de l' Italie rivalisait avec le nord pour la culture des sciences économiques. Le Voyage en Espagne, d'Arthur Young, n'est qu'une promenade de quinze jours en Catalogue, intercalée dans le séjour qu'il fit aux eaux de Bagnères-de-Luchon, avec le duc de la Rochefoucauld, en 1787. L'Espagne était loin d'être aussi florissante que l'Italie; on voit cependant par le récit du voyageur anglais que la Catalogne avait une grande réputation, et qu'elle la méritait à beaucoup d'égards. Barcelone avait une population de 120,000 âmes ; on en compte le double aujourd'hui. Arthur Young fut très-frappé de la beauté de cette ville et de ses environs. « Le magnifique spectacle des terres arrosées aux environs de Barcelone a dû, dit— il, donner naissance à la ré putation de la province entière ; il n'est rien de plus beau.

Un journal de terre, qui revient à peu près à un acre anglais, se vend 500 livres d'Espagne (3,500 fr. l'hectare) s'il n'est pas irrigué, et 1,000 livres (7,000 fr. lìiectare) s'il l'est. Les récoltes se succèdent sans interruption. Point de jachère. Beau-

INTRODUCTION.

. coup de luzerne, donnant jusqu'à sept coupes par an. Le chanvre est la principale récolte ; il a sept pieds de haut. » L' auteur complète ces renseignements par un tableau des produits de l'agriculture dans le royaume de Valence en 1784 (page 415), et par un autre tableau des mêmes produits dans l'île de Mayorque en 1786 (page 420). Les documents nous manquent pour comparer ces tableaux avec la production actuelle et pour en discuter les éléments. Dans tous les cas, le seul fait de leur existence montre que les études économiques et statistiques devaient avoir fait de sérieux progrès dans cette partie de l'Espa gne avant 1789; même inexacts et incomplets comme ils sont sans doute, ils forment un des plus curieux monuments de fhistoire de la statistique. Léonce de LAVERGNE. YOYAGE EN ITALIE PENDANT L'ANNÉE 17 89.

Le 16 septembre. — La campagne qui entoure Nice est très-riante. Le premier aspect de cette terre si longtemps et si justement célébrée, d'où sont sortis ceux qui ont conquis le monde et qui l'ont embelli, nous agite de sentiments assez vifs pour que le moindre buisson, la moindre pierre, prenne sur-le-champ un intérêt à nos yeux. Nos facultés semblent grandir, nous voulons ne pas perdre une seule jouissance, nous sommes tout à l'attention, tout au désir de nous laisser charmer. Les environs annoncent une ville florissante ; les constructions nouvelles, indice certain de prospérité, sont nombreuses. Plusieurs des jardins devant lesquels on passe sont pleins d'orangers. Arrivé àtemp pour dîner à la table d'hôte de Y hôtel des Quatre-Nations, j'ai fait mes prix avec le maître de la maison : cinq livres piémontaises, c'est-à-dire cinq shillings (6 fr. 25 c.) par jour, pour un très-bel appartement, le dîner et le souper.

Me voici donc au milieu d'un peuple dont le langage, le pays, VOïAUli EN ITALIE. les maîtres me sont nouveaux; c'est, dans la vie, l'un de ces moments qui ne manquent jamais de faire impression, car la curiosité est alors au comble. A table, il y avait plu sieurs Français, mais encore plus d'Italiens; on ne parla que de la révolution, qui, soutenue parles premiers, était victorieusement combattue par les seconds. — 25 milles. Le 17. — N'ayant point de lettres de recommandation pour Nice, ne pouvant, par suite, visiter l'intérieur des maisons, il faut me contenter de ce que mes regards peuvent atteindre. La partie de la ville nouvellement élevée est très-bien bâtie, les rues sont droites et larges. La vue de la mer est belle, et, pour la rendre parfaite, on s'est avisé d'un moyen admirable que je n'ai vu employer nulle autre part.

Une rangée de maisons basses, qui forme le côté d'une rue d'un quart de mille de long, a des toits plats recouverts de stuc ; cela fait une terrasse superbe donnant sur la mer, et d'où l'on peut la contempler sans avoir à craindre les ennuis et la boue de la rue, le sable et les galets du rivage. A l'une des extrémités, se trouvent les entrées de plusieurs hôtels. Cette promenade, par un beau temps, est vraiment délicieuse. La place est belle, et les ouvrages qui forment le port sont construits avec soin; celui-ci, toutefois, est trop petit et d'accès difficile, excepté par un temps favorable. Son commerce est insignifiant, quoiqu'il puisse recevoir des navires de trois cents tonneaux et qu'il jouisse d'entière franchise. Le nombre des rues et des maisons en train de s'achever indique que la ville prospère; elle le doit aux étrangers, aux Anglais surtout, qui viennent jouir de son climat pendant l'hiver.

On y craint beaucoup que la révolution n'empêche les Anglais de venir, mais on se console un peu en espérant que des Français les remplaceront. L'hiver dernier, il y avait cinquante-sept Anglais et neuf Fran- SKPTl_M.tl.l-. çais; on compte cet hiver sur neuf Anglais et cinquante sept Français. A table d'hôte, je fus averti qu'il me fallait un passe-port pour voyager en Italie, et que c'était au con sul anglais à me le délivrer. J'allai voir M. le consul Green; il me détrompa, s'offrant toutefois à me donner un passe-port si j'insistais pour l'avoir. Aussitôt qu'il sut mon nom, il me combla de politesses et se mit tout à ma dispo sition. 11 me dit, au sujet du but de mes voyages, que la culture d'ici, moitié fermage, moitié jardinage , présentait des sin gularités remarquables, et que, si je voulais venir le prendre vers le soir, il se ferait un plaisir de m'en montrer quel que chose.

J'acceptai son obligeante proposition, et lorsque je retournai chez lui, j'y rencontrai un certain capitaine Ross, Écossais, commandant en second de la marine du roi de Sardaigne, qui depuis la commande en chef. Comme il avait longtemps vécu en Sardaigne, je l'interrogeai sur cette île et en obtins des renseignements curieux. L'intem peria (la fièvre), provenant de la vase exposée au soleil par suite d'une excessive évaporation, est si intense en été, qu'elle est mortelle pour les étrangers ; mais en hiver, le climat est bon. Avec un sol d'une richesse merveilleuse, il y a des plaines entièrement abandonnées. M; Ross avait traversé un district de cinquante milles de long sur trente de large , tout en plaine et de terrain riche , sans rencon trer une maison, sans voir presque rien que le désert.

Lé peuple est misérable et ignorant: il y a, lui a-t-on dit, des parties où on laisse les olives pourrir au pied des arbres* faute d'eft savoir tirer l'huile. Pas dé routes , pas d'auberges ; quand un voyageur parcourt l'île , il va de Codveiit erl couvent, de curé en curé (car quelques-uns de ces der 'terniers sont à leur aise ) ; il est toujours sùr d'un bon VOYAGE UN ITALIE. accueil, sans autre dépense que quelque gratification aux domestiques. Le gibier abonde. Les chevaux sont petits, mais excellents*, on les laisse entiers. On en a vu marcher vingt-quatre heures sans manger. Je demandai à quoi se pouvait attribuer cet état de lan gueur : au gouvernement peut-être? En aucune manière. Le gouvernement s'est montré prêt à tout faire pour amé liorer une pareille situation. Ce sont les droits féodaux qui en sont cause , la noblesse veut retenir le peuple dans l'es clavage.

Elle le rend trop misérable pour qu'il montre quel que industrie. II y a bien d'autres pays que la Sardaigne où il en est de mème. Quand je vois, ou quand j'entends raconter les abominables excès des paysans français , les principes démocratiques me font horreur : mais quand je rencontre des déserts , ou que l'on me parle de ceux que l'on rencontre en Sardaigne par exemple , ma haine se retourne contre l'aristocratie. Accompagné M. Green , nous avons visité des jardins auxquels Firrigation donne une luxuriance remarquable; mais leur principal produit, et c'en est un magnifique, pro vient des oranges et des citrons , les premières surtout. On cultive quelques bergamottes par curiosité. Nous vîmes entre autres le jardin d'un noble, il n'avait pas deux acres et donnait trente louis d'or par an, rien qu'en oranges ,. sans compter les légumes de toutes sortes que l'on y récol tait.

Telle est la perversité de notre nature , que la grande valeur de ces produits serait justement ce qui me ferait rejeter ces jardins, s'ils étaient soumis à l'exploitation de la noblesse de Nice. Un acre de jardin forme un objet im portant dans le revenu d'un noble, que l'on dit k son aise, s'il a de 150 à 200 liv. par an. Ainsi ce qui chez nous est considéré comme une récréation, devient ici une source SEPTEMBRE. de revenu*, idées absolument incompatibles. C'est comme une chambre bien meublée qu'on loue à un étranger : les oranges sont vendues si bien qu'on n'en conserve pas une pour soi. Un certain laisser-aller dans la consommation est un des profits du jardin , un système qui la défend anéantit tout plaisir de le posséder. On peut certainement vendre les oranges tout aussi bien que des grains ou du bois ; mais alors qu'on les fasse croître loin de la maison.

Cette partie ouverte de notre demeure, que nous appelons un jardin , devrait être entièrement libre et ne présenter que des idées de plaisir, aucune de profit. Le 18. — Promenade à Villefranche (Villa-Franca), petit port de mer de l'autre côté de la montagne à l'est de Nice : il appartient aussi au roi de Sardaigne. Visité M. Green, le consul qui m'a donné des lettres pour Gênes, Alexandrie et Padoue ; il s'est conduit si amicalement à mon égard que je m'empresse de l'en remercier ici cordialement. Appris que lord Bristol est quelque part en Italie et que lady Erne est probablement a Turin, mon étoile est bien malheureuse si je ne les vois pas tous les deux. Le 19. — Voilà deux jours que je perds à chercher le moyen de partir d'ici : je puis prendre une felucca jusqu'à Gènes ou le vetturino jusqu'à Turin.

Mais il y a tant à dire et pour et contre, -que le départ le plus rapproché devient un motif suffisant de préférence. Si je vais par Gènes à Milan , je vois Gènes et une partie de son territoire , ce qui est beaucoup, mais je perds 60 milles de magnifiques irrigations entre Coni et Turin et la ligne de Turin à Milan , ce qui est plus encore, selon ce qu'on me dit; quant à Turin, je le verrai au retour. Cependant voilà Luigi To nini, le vetturino de Coni, qui part lundi matin ; cela me décide, et, avec l'aimable assistance de M. Green, je fais marché pour sept écus de France. Le voiturier s'était déjà arrangé avec deux officiers sardes, et ne devait pas attendre pour se mettre en route que sa voiture fût pleine. Nous avons tous les jours à table d'hôte un abbé flo rentin qui a singulièrement voyagé , personne ne peut nommer un pays où il n'ait pas été , et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'il n'a pas pris une seule note et se vante que sa mémoire lui permet de retenir tout ce qu'il veut, jusqu'à des nombres exacts.

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