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Histoire de la Révolution Française dans le département des Pyrénées-Orientales, d'après les documents inédits des archives départmentales, communales et particulières, 1789-1800

Pierre Vidal · 1885 · Scanned text

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Author
Pierre Vidal
Language
French
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1885
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HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANÇAISE DANS LE DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉES-ORIENTALES -A »#=<**<— Perpignan. — Imprimerie de Y Indépendant, rue d'Espira, 3. HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE o DANS LE DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉES -ORIENTALES D'APRÈS LES DOCUMENTS INÉDITS DES ARCHIVES DÉPARTEMENTALES, COMMUNALES ET PARTICULIÈRES (1789-1800) PAR PIERRE VIDAL lìildiothecaire de la ville dé Perpignan, Correspondant du ministère de ['instruction publique. — »§=*>=€<-- TOME TROISIÈME —>!=-_=-§«— PERPIGNAN Imprimerie <le V Indépendant, 3, rue d'Espira RÉPUBLIQUE FRANÇAISE MINISTÈRE DE l/lNTÉRIEUR Paris, le 23 avril 1888. DIRECTION DU PERSONNEL ET DU SECRETARIAT 3' Bureau. Monsieur le Bibliothécaire. Mon attention vient d'être appelée sur /'Histoire do la Révolution française dans les Pyrénées-Orientales dont vous achevez la publication.

Je suis heureux qu'une œuvre de cette importance niait été signalée, et je ne saurais trop vous féliciter de savoir entreprise à la veille du Centenaire de 1789. Pour vous témoigner l' intérêt que j'attache à votre travail, je vous prie de couloir bien inscrire le Ministère de V Intérieur clans la liste des souscripteurs à votre publication et m adresser un exemplaire des volumes parus, que je serais déposer à la bibliothèque du Ministère. Recevez, Monsieur le Bibliothécaire , V assurance de ma considération très distinguée. Le Président ilu Conseil, Ministre de l'Intérieur. Ch. FLOQUET Monsieur Vidal, bibliothécaire de la ville de Perpignan. PRÉFACE A PROPOS DE LA BATAILLE DE PEYRESTORTES (17 SEPTEMBRE I 793)- A la ftn du tome 11, nous avons raconté la bataille de Peyrestortes en suivant le récit que Cassanyes en a laissé dans ses Mémoires.

On y a vu que, déjà en 1793, ou lendemain même de cette glorieuse journée, on avait essayé d'enlever à la division deSalses, conduite ce jour-là por Cassanyes lui-même., Thonneur d'avoir décidé de la victoire sur les hauteurs de Peyrestortes. Cassanyes revendique hautement cet honneur; se trompe-t-il ? Existe-t-il des documents sérieux pour contredire son récit? C'est ce que nous n'avons pas assez examiné : nous allons le faire ici. La victoire de Peyrestortes eut une influence capitale sur la suite des événements militaires qui se déroulèrent aux Pyrénées orientales : elle décida de la retraite de l'ennemi. II est donc absolument nécessaire de savoir à quoi s'en tenir sur la part de gloire qui revient à chacune des deux armées françaises qui engagèrent séparément la lutte contre le camp retranché des Espagnols.

Preface

de Peyrestortes, était venu attaquer et enlever le hameau du Vernet gardé par un poste français. Cassanyes, Fabre et d'Aoust accoururent en apprenant cet échec. Cassanyes arrêta les vaincus du Vernet, qui allaiententrer en ville, et rétablit le combat du côté de la Poudrière. Cependant le général d'Aoust faisait prier Cassanyes « de ne pas foncer de suite », parce qu'il allait tirer une division du camp de l'Union; effectivement, il renforça bientôt les troupes ramenées au combat par Cassanyes,, et il s'établit lui même sur la route avec son artillerie (1). Le réprésen tant Fabre marchait à ses côtés. Nos troupes s'avancèrent vers les Espagnols; le combat s'engagea « de la manière la plus terrible »; les Espagnols déconcertés, culbutés, reculèrent, et nous reprîmes le Vernet. La ville de Perpignan était à l'abri d'un bombar dement ; mais ce n'était pas assez.

Cassanyes veut aller enlever le camp de Peyrestortes. Fabre n'y voit pas d'inconvénient, niais d'Aoust craint, avec juste raison d'ailleurs, que le camp espagnol de Ponteilla ne s'ébranle et ne vienne tomber sur les derrières de l'armée française. Cassanyes tient bon; il propose d'employer la division de Goguet, qui est à Salses : le camp fortifié de Peyrestortes sera pris ainsi entre deux feux. D'Aoust approuve. Cassanyes ira à Salses prévenir Goguet. D'Aoust, Fabre et Cassanyes arrêtent définitivement le plan d'attaque ; ils convien nent des signaux que fera ce dernier lorsqu'il se mettra en marche avec la division Goguet. Cassanyes court à Salses; là, il annonce aux soldats la victoire (1) D'après YÉcho des Pyrénées, d'Aoust n'amenait avec lui que juinze cents hommes ; Fervel porte ce chiffre à deux mille.

PREFACE.

IX du matin, les harangue, les électrise, et la division se met en marche vers Rivesaltes, après avoir fait les signaux convenus. Cassanyes était à l'avant-garde. Tout à coup il se retourne et s'aperçoit que les colonnes de Goguet viennent de « faire halte». II se porte à toute bride auprès du général, qui lui montre un billet apporté par .'adjudant-général Remède (2), signé cVAo us .et Fabre, par lequel billet « il était ordonné à la division de Salses de rentrer dans son camp», attendu que « Tattaque du camp de Peyrestortes ne pouvait pas avoir lieu ». Cassanyes est « indigné de ce contre ordre». II a, déplus, à subir les insolentes remontrances de Bernède, qui Taccuse de vouloir «faire assassiner Tarmée ». Mais ce n'est pas le moment de répondre et de récriminer; il « part ventre à terre » et court d'un trait au Vernet.

D'Aoust et-Fabre n'y étaient plus; ils étaient à la tête des troupes, en marche pour attaquer le camp de Peyrestortes. Cassanyes les rejoint, leur témoigne sa surprise : «Véritablement mes reproches furent amers, dit-il, et pour me calmer on me répondit qu'il y avait quiproquo. » Ce n'était pas non plus ici le moment de perdre un temps précieux en vaines récriminations : les troupes de la division Goguet reculaient. D'Aoust, Fabre et Cassanyes signent un ordre par lequel il est enjoint à Goguet de marcher sur Peyrestortes; Cassanyes repart et suit Tofficier d'ordonnance. Goguet était déjà rentré (2) Jean Philippe Gignous dit Bernède était né probablement au lieu de Bernède, dans la paroisse de Sainte-Croix, juridiction de Clermont-Dessus (Lot-et-Garonne). II était officier du corps royal du génie à Maubeuge en 1791.

Nous verrons que Bernède, que Cassanyes appelle toujours Vernèdes, fut condamné à mort le 9 pluviôse an n par jugement du tribunal criminel militaire révolutionnaire du premier arrondissement de l'armée des Pyrénées-Orientales. O X

PREFACE.

à Salses. L'ordre reçu, Goguet se remet en marche. Un moment après, Tarmée du Vernet attaquait les Espa gnols de Peyrestortes : « A peine avions-nous fait un peu de chemin, dit Cassanyes, que nous entendîmes la canonnade s'engager entre la division d'Aoust et le camp de Peyrestortes. » Cette attaque fut repoussée. Demi-heure après, nouvelle attaque ; repoussée aussi. L'armée de Salses était arrivée en ce moment aux portes de Rivesaltes. La nuit approchait. Le combat recommença pour la troisième fois entre les troupes de d'Aoust et les Espagnols. « Nous voyons distincte ment par la fusillade, dit Cassanyes, que nos troupes sont sur les bords des retranchements; mais bientôt le feu se ralentit et recule, et nos troupes sont repoussées pourla troisième fois. » Puis, tout bruit cesse; on n'entend plus rien.

En ce moment Goguet arrivait sous le camp même des Espagnols, au nord-est, dans une dépression profonde. La nuit était tombée. Cassanyes et Goguet font tirer trois coups de canon à poudre pour donner le signal à Tannée de d'Aoust. « Mais, dit Cassanyes, cette division se trouvait en pleine retraite; le général d'Aoust et mon collègue Fabre s'étaient même retirés vers Perpignan. .> II fait nuit. La division de Salses marche en obliquant à gauche etse masse sur les hauteurs. L'ennemi ['aper çoit alors et lui envoie une pluie de feu. C'étaitenviron neuf heures. Une fusillade terrible s'engage. Goguet parcourt, avec Cassanyes, les rangs de sa division, qui s'élance au pas de charge et enlève les retranchements du camp des Espagnols. La mêlée est affreuse. On se bat à bras-le-corps. Mais bientôt les Espagnols prennent la fuite.

Cassanyes, Goguet et leur division PRÉFACE XI traversent le camp : « Nous arrivâmes enfin à Textré mité du camp, et du côté du couchant, car nous étions entrés par Torient. C'est là que finit le combat, à part les coups de fusil que nos soldats tiraient toujours en avant et au hasard contre les fuyards. Ne voyant plus de soldats espagnols dans le camp, nos troupes se livrèrent à un sentiment bien naturel de réjouissance. » Mais une nouvelle fusillade se fait bientôt entendre. Seraient-ce les Espagnols qui reculent pour reprendre le camp? La division de Salses, maîtresse de ce camp, riposte. Fatale méprise! C'est la division de d'Aoust qui, à son tour, entre dans le camp par le sud-ouest. On se reconnaît, le feu cesse et le camp est alors occupé par les deux divisions. Tel est le récit des Mémoires de Cassanyes.

II faut tout d'abord noter ici que ce récit concorde en tous points avec celui que le représentant consigna dans le compte rendu de sa mission présenté à la Conven tion nationale et imprimé par ordre de Tillustre Assemblée. Ce rapport est du commencement de Tannée 1794, c'est-à-dire postérieur de trois mois seulement à Tévénement. A la vérité, Fabre et d'Aoust n'étaient plus là pour prendre la défense de la division du Vernet (1), mais cette division était encore à Tarmée des Pyrénées-Orientales; Pérignon, Ramel, Banel, Mirabel, — le même qui avait porté à Goguet (1) Nous racontons plus loin, pag. 147, la mort glorieuse de Fabre, aux pieds d'une batterie de la pointe de Biarra (appelée aujourd'hui Cap BéarnJ. C'est, d'après Fervel, dans la presqu'île que mourut Fabre. Gaston écrivait à son ami Colomb, de Montpellier : « II n'est que trop vrai que Fabre, mon collègue, a été victime de son courage et de son amour pour son pays.

Animé du vif désir de faire triompher les armes de la Bépublique, le jour de la prise de Port-Vendres et de PRÉFAÒE le dernier ordre de marche, — Lérac, Lamartillière, Lemoine, Mellinet, tous combattants de Peyrestortes, pouvaient protester contre le rapport de Cassanyes ; d'ailleurs, d'Aoust et Fabre n'avaient-ils pas. eux aussi, fait leur rapport particulier ? II y avait donc une grande audace à soutenir des faits contraires à la vérité; c'était s'exposera se faire traîner devant Topinion publique comme un mauvais citoyen. Cassa nyes n'était pas homme à travestir les faits, surtout dans un rapport officiel adressé au Comité de salut public et à la Convention. Cassanyes a-t-il pu se tromper de bonne foi sur la participation de d'Aoust à Tattaque nocturne? Cela semble tout d'abord impossible.

Les circonstances de Toccupation du camp parla seule division de Salses, Tarrivée, bien plus tord, de la division du Vernet sont racontées, dans les Mémoires, avec les détails les plus circonstanciés et les plus minutieux. C'est ainsi que Cassanyes explique comment l'un des factionnaires qu'il avait déjà placés autour du camp cria par trois fois qui vioe! aux troupes françaises qui arrivaient. Fervel, qui avait eu l'occasion de parler de cette affaireavecCassanyes,ditlui-mèmeque « ni ses doutes ni ses objections ne purent jamais faire varier notre représentant. » Cassanyes fit même insérer dans le compte rendu Collioure, il se précipita avec audace, croyant ramener nos soldats, dans les rangs ennemis. Ce fut en vain. Tout prit la fuite et lui seul, voulant résister, trouva la mort. Qu'il est glorieux pour une famille d'avoir des enfants comme mon collègue.

Fais agréer à cette famille désolée toute la part que je prends à leur affliction. S'ils ont perdu un fils qui méritait tout, j'ai perdu un collègue pour qui j'aurais sacrifié ma vie même. » — D'Aoust fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris et guillotiné dans cette ville.

PREFACE.

XIII imprimé cette note assez significative : « J'ai dû un plus grand détail à cette affaire pour détruire les funestes impressions qu'a laissées la feuille appelée V Antisédéraliste, répandue avec profusion à Perpi gnan et qui a calomnié Tarmée de Salses, digne de tout éloge ainsi que celle du Vernet. Car si l'armée de Salses a remporté la victoire, c'est qu'elle aoait été préparée par la triple attaque de celle du Vernet. » Vingt ans plus tard, Cassanyes est aussi affirmatif : « Quelques hommes trouvèrent bientôt à propos, dit-il, de chercher à faire croire que c'est la division du Vernet qui prit le camp de Peyrestortes, et, pour donner de la couleur à leur machiavélisme, ils envoyèrent au loin cette nouvelle qu'ils cher chaient à accréditer. On la fit même parvenir jusqu'à Paris où on la mit dons les journaux.

Je ne cherche pas à faire valoir le mérite des uns plutôt que celui des autres. Je devais la vérité, je la dis tout entière. Si quelqu'un prétendait avoir vu mieux que moi, il aurait dû nie contredire. Je n'ai pas caché cette vérité; c'est ainsi que je l'ai dite dans mon rapport à la Convention nationale, qui fut ■imprimé et que personne n'a osé en effet démentir.» On ne saurait être plus catégorique. Nous avons deux documents importants qui n'infirment pas, s'ils ne les confirment, les dires de Cassanyes : ce sont précisément les rapports de Fabre et de d'Aoust sur cette journée aussi glorieuse que controversée. Voyons d'abord le rapport de d'Aoust au ministre de la guerre : « Après trois actions des plus chaudes, nous avons emporté d'assaut le grand camp de Peyres-Tortes. défendu PRÉFACE par quarante bouches à feu et dix à douze mille hommes, dont plus de deux mille de cavalerie.

Nous y entraînes d'un côté avec le représentant Fabre. Le général Goguet, à la tète de l'armée venue de Salses, y entra de l'autre avec le représen tant Cassanyes. Le chef de brigade Souleirac, chargé d'une fausse attaque, nous seconda avec beaucoup d'intelligence. L'armée espagnole ne résista point au courage des soldats françois fondant sur elle à l'arme blanche. A dix heures et demie elle prit la fuite tout entière (1), et nous demeurâmes maîtres de son camp avec tentes, canons, obusiers. caissons, chariots et un butin immense. J'ai ordonné de remettre dans les magasins de la République les effets d'armement et campement. Les représentans du peuple ont nommé un commissaire pour surveiller cette opération et faire restituer par les habitans les armes et ustensiles de guerre qu'ils auront en leur possession. « Je ne saurais trop louer Tintrépidité des officiers et soldats républicains dans cette mémorable journée.

II ne s'est trouvé qu'un petit nombre de lâches, à qui la honte de leur faute et le mépris de leurs camarades feront, je pense, prendre bientôt des résolutions plus dignes d'hommes libres. « Les représentans du peuple étoient partout où il y avoit du danger; c'est bien le cas de dire que leur panache étoit le signe de la victoire (2). (1) C'est à peu près l'heure, à laquelle les colonnes de d'Aoust arrivèrent, en effet, d'après le récit de Cassanyes. Or, on a vu que tìoguet et le repré sentant avaient attaqué le camp espagnol vers neuf heures. (2) ~L'Écho des Pyrénées du 21 septembre 179-'., auquel nous empruntons le rapport de d'Aoust met en cet endroit la note suivante : « Le premier objet de leur mission étoit, sans doute, d'electriser, d'enflammer le courage des enfans de la patrie, et ils ont parfaitement rempli cette importa ite fonction ; mais le moyen, qua id on a une âme guerrière, d'assister à une bataille et de ne pas agir en soldat?

C'est comme tels qu'ils se sont trouvés aussi dans la mêlée, au milieu des obuses, des boulets, des balles et des bayonnettes. Fabre a reçu une légère contusion à la cuisse, et Cassanyes a été un peu plus fortement blessé à la main droite. Ce bel exemple, donné par les repré sentans du peuple, a trouvé des imitateurs parmi les membres des adminis trations. Sérane, président du département, s'est montré avec courage, surtout dans Taffàire du Vernet : on l'a vu à la tête d'une colonne marquer à ses braves frères d'armes le chemin de la victoire. Sa jument a été blessée à la mâchoire et sa selle a été couverte du sang d'un cavalier espagnol qui s'est rendu entre les bras de l'administrateur-soldat. »

PREFACE.

XV « Le chef de Tétat-major Bernède s'est très bien conduit. Le général de brigade Le Moyne a montré un sang-froid bien rare et bien précieux dans notre métier. Les chefs de brigade Ramel et Pérignon ; les chefs de bataillon Bannel et Lérac, commandant le corps de grenadiers; Guibal, com mandant de chasseurs du 14e régiment; les adjudants-généraux Mellinet, Bellon et Ramel ; les aides de camp, les adjoints à Tétat-major ont tous rempli leurs fonctions d'une manière distinguée. Le général La Martilière et le capitaine Chavaneau ont fait servir l'artillerie avec une activité qui mérite la reconnoissance de la patrie. Nos braves canon niers se sont montrés avec cette supériorité qui les rend partout si redoutables à l'ennemi. « Parmi les honorables victimes de leur saint amour pour la cause de la liberté, on compte le chef de brigade Voisel, Dambois, chef du 3e bataillon de TAriège, Durand, du 1er bataillon des Côtes-Maritimes (1).

Le chef de brigade Pérignon a été blessé à la cuisse et le chef de bataillon Ferrand, au dos. L'aide de camp du général Le Moyne a eu son cheval tué sous lui, ainsi que Tadjudant de la place Valerius Parizot, que son patriotisme a engagé à m'accom pagner partout. « La prise du camp de Peyres-Tortes a non-seulement rétabli la communication avec Tintérieur de la République et délivré Perpignan de toute crainte de bombardement, mais encore elle a jeté chez les Espagnols et les émigrés une si grande terreur, qu'ils ont déjà tous repassé la Tet et que les familles des émigrés retournent en Espagne. « Je réponds, citoyen ministre, sous ma responsabilité, de débarrasser, sous peu de jours, la terre sacrée de la liberté de la présence impie de ces brigands enrégimentés. « Daoust. » En quoi ce rapport infirme-t-il le récitde Cassanyes?

(1) On verra plus loin que le représentant Bonnet mit au nombre des morts Tadjudant général Jouye ou plutôt Go.y-d'Arcis et Tadjudant à Tétat-major Vidal Saint-Urbain. Fervel ajoute le commandant Trogues. Les étendards pris sur l'ennemi furent portés à la Convention par Bernard d'Aoust, aide de camp et frère du général en chef. Le drapeau enlevé fùt porté par Antoine PRÉFACE En rien. Le seul passage qui vise le moment décisif de Taction, la prise du camp, est vague : « Nous y entrâmes d'un côté avec le représentant Fabre. Le général Goguet, à la tète de Tarmée venue de Salses, y entra de l'autre avec Cassanyes. » Oui, mais à quelle heure, à quel moment ? Est-ce en même temps? La question est là. Le rapport ne tranche pas la grosse difficulté et laisse debout les affirmations de Cassa nyes.

Le rapport de Fabre est plus curieux et surtout moins vague. On y remarquera la phrase qui fait allusion au fameux quiproquo. Quant au passage qui vise la prise du camp, il faudrait avoir une grande dose de parti-pris pour ne pas y voir un hommage rendu à Tarmée de Salses : « Perpignan, 18 septembre 1793. « La journée d'hier a présenté une victoire complète. Le matin, l'ennemi, au nombre de six mille hommes, s'était emparé du poste du Vernet et avait forcé nos troupes à se replier. Dès que nous apprîmes cette nouvelle, nous nous portâmes sinle lieu avec le général D'Aoust et mille cinq cents hommes, et nous nous décidâmes à attaquer l'ennemi retranché avec neuf pièces de canon, à la bayonnette. Nos troupes demandaient à haute voix de marcher. Le signal donné, nos braves républicains fondirent sur l'ennemi et, malgré sa mitraille et sa cavalerie, ils emportèrent les redoutes et reprirent le poste du Vernet.

Dans cette action, nous enlevâmes à l'ennemi six pièces de canon dont deux de siège, deux obusiers et leurs caissons. Nous fîmes environ cent cinquante prisonniers et tuâmes ou blessâmes Vènes, sous-officier du 1" bataillon du Tarn qui l'arracha lui-même à l'ennemi en faisant prisonnier celui qui le portait. Bernard d'Aoust et Vènes se présentèrent à la séance de la Convention du 7 octobre. La Convention, après les avoir félicites, décida que l'enfant de Goui, présent á la barre, serait élevé aux frais de la République. (Moniteur du 9 octobre 1793.)

PREFACE.

XVII de trois à quatre cents hommes. Nous ne perdîmes qu'une cinquantaine d'hommes tués ou blessés. « Les soldats demandèrent alors d'attaquer le grand camp espagnol à Peyrestortes, où il était avec douze mille hommes. Cassanyes se porta à Salses pour combiner ce mouvement avec le corps de troupes qui y était. Je restai avec la colonne qui devait partir de Perpignan. Les ordres furent donnés. Un malentendu dans un avis donné occa sionna quelque retard, excita même un moment de désordre. que nous apaisâmes aisément (1). « A trois heures, le général D'Aoust fit mettre sa colonne en marche. Le général Goguet partait dans le même moment de Salses. « A quatre heures, la canonnade commença de notre côté. L'ennemi nous riposta vivement. Quinze cents hom mes de cavalerie s'avancèrent sur nous et nous cernèrent.

Notre infanterie la chargea à la baïonnette, la mit en fuite et la poursuivit. « A neuf heures, nous nous décidâmes à attaquer le camp espagnol. Nos troupes excédées de fatigue, marchèrent cependant avec ardeur. Arrivés au camj:), l'ennemi, placé sur les hauteurs, fit le feu le plus soutenu et nous força A TROIS REPRISES A NOUS REPLIER. « Mais dans le moment ou ils se croyaient surs du succès, la troupe de Salses l'attaqua par les flancs et les mit en fuite. « Mon collègue Cassanyes a été blessé légèrement à la main, j'en ai été quitte pour une contusion à la cuisse. « Canons, obusiers, tentes, tout est tombé en notre pou voir. On assure que le nombre de canons et obusiers s'élève à trente; je n'ai pu encore les compter. Je vous envoie un état de tout ce qui a été pris. Nous avons fait trois à quatre cents prisonniers parmi lesquels plusieurs colonels et officiers.

Le général espagnol Solano a été tué. Nous (1) « II était quatre heures du soir : l'armée de Salses aurait du être rendue á cette époque; mais une cause encore couverte des ombres du, mystère retarda sa marcche. . (Écho des Pyrénées du 19 septembre 1793.)

PREFACE.

avons eu deux cents blessés et une soixantaine de morts. « Cette action est à peu près décisive pour le salut du pays. Les troupes ont montré un courage républicain; c'est tout dire. Toutes ont fait leur devoir, et se sont montrées dignes de ce titre. « Les généraux ont dirigé les opérations avec intelligence. « Salut et fraternité. « Farre. j Après la fuite des Espagnols, le camp fut, comme on pense bien, soigneusement visité. Cassanyes trouva même dans une tente du papier à lettre, de Tencre et une plume. «Je m'en servis, dit-il, pour faire une courte lettre à la Convention pour lui faire part de notre victoire, remettant les détails à un autre courrier. » II confia la lettre décachetée à un dragon avec ordre de la communiquer à la municipalité de Narbonne. Celle-ci devait la cacheter et la rendre au dragon qui la porterait à Paris (1).

En passant au Lac, près Sigean, le dragon y trouva le représentantBonnet. « Bonnet de l'Aude, dit Cassanyes, se fit remettre la lettre, en prit connaissance, la garda pour lui et bâtit une seconde lettre avec laquelle il annonçait à la Convention la victoire que nous venions de remporter, comme s'il avait été présent. Nous vîmes sur les journaux la lettre de notre collègue Bonnet et il ne fut pas du tout parlé de la mienne. » (2) Le récit de Bonnet ne saurait donc être considéré comme un document historique sérieux; c'est, dans Tespèce, une « quantité négligeable » et nous ne la (1) Mémoires, pag. 116. — Fervel tom. i. 143 (note), fait dire à Cassanyes que le pli était cacheté et que Bonnet se permit de rompre le cachet. (2) Mémoires de Cassanyes. 2e partie pag. 117,

PREFACE.

XIX donnons ci-dessous qu'à titre de curiosité (I). II est daté de Saint-Jean (au sud de Sigean), le 18 septembre. C'est évidemment un pastiche, une amplification de la lettre écrite par Cassanyes et confiée au dragon. Cette lettre et les renseignements fournis de vive (1) « Les représentants du peuple près l'armée des Pyrénées- Orientales, au Comité de salut public de la Convention nationale. « Saint-Jean, 18 septembre 1795. .Chers collègues, en vous annonçant le changement que nous avons été obligés de faire dans l'état-major de cette armée, nous vous avons dit que les officiers qui avaient remplacé les démissionnaires avaient la confiance des troupes, et que nous espérions qu'ils fixeraient la victoire, sous les drapeaux de la liberté. Nous sommes à même aujourd'hui de prouver par des faits ce que nous ne pouvions que présager alors.

Voici les détails d'une journée heureuse pour l'armée de la République. « Hier 17, les troupes campées près Salces partirent à cinq heures du soir, sur trois colonnes, ayant la cavalerie sur la gauche, pour aller attaquer le camp des Espagnols à Peyres-Torres. Arrivées à huit heures à demi-quart de lieue de Rivesaltes, l'armée s'arrête un instant pour attendre, comme il avait été convenu entre les généraux de division d'Aoust et Gogué, que les troupes campées près Perpi gnan, eussent elles-mêmes commencé Tattaque du camp. II y eut tant de précision dans Texécution des mesure* combinées, que le canon se fit entendre de suite du côté où devait être Tarmée de Perpignan. Dès lors, le général Gogué ordonna que les premières et secondes brigades se portassent sur la gauche après avoir passé le pont de Rivesaltes, tandis qu'il attaquerait lui-même par la droite.

II ordonna encore que les troupes s'avançassent en silence jusqu'à une certaine hauteur, que la décharge des canons y annonçât aussitôt leur arrivée, et qu'alors les trois brigades courussent à l'ennemi, la bayonnette en avant. « Toutes ces dispositions furent exécutées avec courage et succès, sous le feu des canons, des obus et des bombes de l'ennemi. La première colonne, ayant à sa tête le général Gogué, se précipite sur les Espagnols, après deux décharges de mousqueterie; elle est suivie par les deux autres, de manière qu'à neuf heures et demie Tarmée était de ce côté-là en possession du camp. « Les troupes qui étaient venues de Perpignan sous le commandement du général d'Aoust et sous la conduite de nos collègues Cassanyes et Fabre, jugeant, au bruit de la mousqueterie, que celles de Salces avaient commencé leur attaque, s'approchent avec beaucoup de courage, et pénètrent de leur côté dans le camp ennemi.

La déroute des Espagnols fut alors complète; leur fuite fut précipitée et faite dans le plus grand désordre; ils ne remmenèrent que deux canons, laissant en notre possession au moins vingt bouches à feu, XX

PREFACE.

voix par ce soldat font le fonds du récit de Bonnet. II y est dit. contrairementà la vérité, que les troupes venues de Perpignan étaient « sous la conduite de Fabre et de Cassanyes ». Cassanyes, dans sa courte lettre, ne devait point parler de lui et du rôle joué par la division de Salses; Bonnet crut donc que les deux dont plusieurs obus, et trois pièces de douze, un très grand nombre de caissons, trois cents mules, mille tentes, distribuées dans sept camps différents, toutes les marmites, gamelles, bidons et autres menus effets de campement, ainsi que tous les équipages des soldats et des officiers. « Nos troupes ont pris aussi une chapelle complète, composée d'objets très précieux en argent, que nous nous sommes empressés d'envoyer au directeur de la monnaie de Perpignan, qui se trouve à Narbonne.

A côté de cette sainte chapelle et avec elle a été pris le grand aumônier de Tarmée, capucin de religion. Comme la nation espagnole attache une grande importance aux personnages de cette nature, nous vous demandons ce que vous voulez que nous fassions de sa révérence à longue barbe. En attendant, elle sera conduite à Montpellier avec les autres prisonniers. « Les Espagnols ont environ quatre cents hommes tués, et près de trois cents prisonniers, dont quinze à vingt officiers. Le général Solano a été tué. « Le matin, à Tattaque du Vernet, nos troupes avaient pris ou tué deux ou trois cents hommes, et pris six canons, de sorte que, dans cette journée l'ennemi a perdu vingt-six bouches à feu, avec les approvisionnements de tout genre, quatre ou cinq cents hommes tués, un plus grand nombre de blessés, et près de cinq cents prisonniers.

Nous ne connaissons pas encore au juste la perte que nous avons faite; nous croyons cependant pouvoir l' évaluer à deux cent cinquante hommes tués ou blessés ; Tadjudant-général Jouve et Tadjudant à Tétat-major Vidal Saint-Urbain, sont du nombre des morts ; mes deux collègues Cassanyes et Fabre, ont été légèrement blessés. « Cette affaire a montré à nos ennemis ce que peuvent Tintelligence et .'intrépidité françaises; tous les soldats ont montré cette bravoure, cette énergie, qui sont toujours le présage et le garant de la victoire. Je ne loue personne en particulier, parce que tous, officiers et soldats, ont droit aux plus grands éloges et à la reconnaissance nationale. Cette journée est presque décisive pour le salut de cette frontière puisqu'elle éloigne l'ennemi de Perpignan, qu'il menaçait depuis longtemps, et qu'elle assure la communication entre cette ville et Salces, et qu'enfin elle sera suivie, n'en doutez pas, du plus grand succès.

Nous allons recueillir et assurer les fruits de cette victoire, en augmentant dans tous les cœurs la haine des rois et Tamour de la liberté. « Salut et fraternité. « Signé : Bonnet. »

PREFACE.

XXI représentants étaient ensemble pendant la journée du 17. II parle de « la précision dans Texécution des manœuvres combinées » entre d'Aoust et Goguet, alors que Ton sait qu'il n'y eut aucune espèce d'en tente dans le commandement. Cela seul suffirait pour faire écarter ce rapport de Bonnet. Faut-il maintenant recueillir les témoignages de Llucia, ordinairement si instruit des événements? Mais il ne dit rien de positif au sujet de la question contro versée. L'armée de Salses est-elle entrée la première dans le camp espagnol ? Y est-elle entrée en même temps que Tarmée du Vernet? Llucia n'en sait rien. II faut noter que le même jour, le 18, Llucia écrit deux lettres sur la journée du 17. II n'a pas encore eu le temps de prendre ses renseignements, ou, plutôt, il ne les a pris qu'à une seule source, probablement dans les rapports verbaux de Fabre et de d'Aoust.

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