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Étude historique sur Douillet-le-Joly, canton de Fresnay-sur-Sarthe

Robert Triger · 1884 · Scanned text

161,093 words · about 11 h 17 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Robert Triger
Language
French
Published
1884
Length
161,093 words · about 11 h 17 min
Sections
13 reader sections
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Public Domain Mark 1.0

 

Contents (13)

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Introduction

A commune de Douillet-le-Joly, qui fait partie du canton de Fresnay-sur-Sarthe et de Farrondissement de Mamers, est située dans une des régions les plus pittoresques du département de la Sarthe. Célèbre par les sites de Saint-Cénery et de Saint-Léonard-des- Rois, distants de six kilomètres à peine de Douillet, cette région présente un ensemble varié de plateaux fertiles, de mamelons boisés, hérissés de rochers et sillonnés d'étroits ravins. L'altitude moyenne de ces mamelons au-dessus du niveau de la mer ne dépasse pas cent cinquante à deux cents mètres, mais les escarpements brusques de leurs flancs et la profondeur relative des vallons donnent au pays un aspect accidenté, en formant une heureuse alternative de paysages pittoresques et de vastes horizons (1). Le village de Douillet, bâti en amphithéâtre sur le versant ouest de la vallée de l'Orthe, s'élève au centre de la commune.

Au pied du (1) V. A. du Peyroux. Les Alpes mancelles. Le Mans, 1861, in-8. Introduction VI coteau, des prairies et un moulin entouré de grands arbres; à mi côte, les maisons entremêlées de hauts peupliers; au sommet, l'ancien château seigneurial et une église entièrement neuve , dont la flèche en pierre blanche domine le tableau. Éclairé par les rayons du soleil d'été, ce bourg offre le type véritable du village de l'ancienne France, rajeuni par les progrès matériels de notre temps. A sept kilomètres est se trouve la petite ville de Fresnay-le- Vicomte, et à quinze kilomètres sud-ouest celle de Sillé-le-Guillaume, bien connues par le rôle important de leurs châteaux dans les guerres du moyen âge. L'histoire de Douillet, considérée dans son ensemble, ne com porte au premier abord aucun caractère particulier, aucun événe ment considérable.

Isolé au milieu des hautes futaies et des accidents de terrain qui coupent son territoire, Douillet ne fut jamais un centre important. II ne vit s'élever sur son sol ni grande abbaye, ni forteresse redoutable ; il ne fut pas la propriété de guerriers ou de ministres fameux ; il ne fut pas le théâtre d'une de ces batailles qui décident du sort des états et modifient la situation d'une contrée. Cependant considérée au point de vue où nous voulons nous placer, on peut dire que son histoire offre un intérêt réel. Nous nous proposons en effet de rechercher les origines de la civilisation sur le territoire de Douillet, d'étudier les développements successifs de sa population, enfin de montrer quel concours d'efforts et de vertus il a fallu aux générations passées pour constituer la Commune dans son état actuel.

Ce n'est donc pas une notice statis tique, dans laquelle les faits seraient présentés séparément , que nous cherchons à esquisser , mais un aperçu sur les progrès de tout genre accomplis pendant une période de dix-huit siècles dans une petite partie du Maine, en prenant pour centre de notre travail la commune de Douillet. L'essai sera peut-être téméraire ; dans tous les cas il sera utile. Si petite que soit l'unité territoriale dont on expose ainsi la lutte Introduction VII contre la barbarie, si modeste et si oubliée que puisse' être son. existence, elle a eu, comme toutes les unités qui forment aujourd'hui la France, son mouvement propre et son rôle distinct. Toutes, il est vrai, ont atteint le même but : Funité de nation et de gouvernement ; mais toutes n'ont pas suivi la même route, toutes n'ont pas marché du même pas.

Chaque groupe a eu ses destinées et ses chefs plus ou moins habiles, comme les différentes fractions d'une grande armée qui convergent vers le même objectif, avec plus ou moins d'énergie et de succès, par des chemins plus ou moins difficiles. Tantôt, par exemple, la vie locale s'absorbe tout entière dans le pouvoir absolu d'un grand seigneur et d'une noble famille, dont les annales constituent seules l'histoire du pays. Tantôt c'est une abbaye qui, par ses bienfaits et ses richesses, apporte à l'agglomération voisine la gloire et l'indépendance. Tantôt ce sont des bourgeois qui, après avoir conquis leur charte de commune, se groupent fièrement autour de leur hôtel de ville. Cette variété détermine autant de types différents, autant d'individus pour ainsi dire, dont le caractère, les tendances et l'histoire sont toujours importants à étudier, même lorsqu'il s'agit d'un type secondaire comme celui de Douillet.

De plus, une semblable étude est une œuvre de justice et une oeuvre pratique. Œuvre de justice, car elle permet, comme tout tra vail historique , de mettre en lumière des dévouements inconnus, de réviser des procès mal jugés et de casser des sentences mal rendues. Œuvre pratique, car elle révèle les besoins véritables des populations, ceux qui ont été satisfaits et ceux qui restent à satisfaire; pourquoi en administration, comme en toute autre matière, l'expérience du passé ne serai t-elle pas la première garantie, la science fondamentale? La commune de Douillet se prête suffisamment à une étude de ce genre. D'une origine ancienne, elle présente une histoire assez complète remontant aux premiers siècles, et se développant peu à peu sous Finfluence de Félément civilisateur par excellence, Introduction VIII qui a créé la France sur les débris de Fempire romain , de Félément chrétien.

A Douillet , Finfluence prépondérante n'appartint jamais entièrement à ces seigneurs puissants , à ces soldats heureux auxquels Fhonneur de défendre le pays constitua, à Fépoque féodale, une situation si privilégiée. La seigneurie possédée tour à tour par différentes familles, restreinte dans son étendue par d'autres fiefs importants, n'exerça pas, comme il arrive souvent, une suprématie absolue. Le village de Douillet n'eut jamais sa bastille, et les murailles d'une forteresse ne vinrent point rappeler aux paisibles habitants cette vérité, immortelle cependant, que le droit du plus fort est toujours le meilleur. II n'eut pas davantage d'organisation municipale, et son peu d'importance ne lui permit jamais de réclamer une autonomie dont il eut été incapable de profiter. II n'eut pas même d'abbaye ni de prieuré, comme ces contrées excep tionnelles que FÉglise dut faire conquérir par des soldats d'élite, par ces moines extraordinaires qui vainquirent la barbarie avec une croix de bois.

Le territoire de Douillet fut exclusivement évangélisé et civilisé par le clergé séculier. Cette influence considérable de Félément religieux est évidente à chaque page dans Fhistoire de Douillet. Elle s'explique par ce fait que le clergé, fondateur de la paroisse, représenté dans la suite des siècles par une série de prêtres intelligents et dévoués, sut conserver toujours à Douillet la place qu'il occupait à Forigine et qui lui avait mérité une situation exceptionnelle. Nous laissons aux événements et aux circonstances mêmes du récit le soin de montrer les conséquences de ce fait que viennent appuyer de nombreuses preuves ; mais dès maintenant il nous trace avec précision le plan de cette étude. L'élément religieux, ou mieux Félément paroissial, étant ainsi prédominant â toutes les époques, c'est lui que nous devons prendre pour guide et pour fil conducteur au milieu du dédale des événe- Introduction IX ments ; seul il pourra nous conduire des temps barbares aux temps modernes.

Jusqu'en 1789, c'est l'église qui sera le centre des tableaux que nous aurons à esquisser. C'est à l'église que nous trouverons les générations successives, priant sur les mêmes dalles, apprenant leurs devoirs et aussi leurs droits , recevant les enseignements qui leur permettront ensuite d'accomplir chacune un nouveau progrès, de corriger quelque abus , et de s'élever peu à peu à un état social moins défectueux. Les doctrines du christianisme ont contribué en effet au progrès matériel en réhabilitant le travail ; au progrès moral en purifiant les mœurs, en émancipant la femme, en suppri mant l'esclavage et en proclamant le principe de la charité chré tienne ; au progrès politique en donnant les notions pratiques de la liberté , de Fégalité et de la fraternité. Donc elles ont puissamment contribué aux progrès de la civilisation qui est le développement de l'homme au triple point de vue moral, matériel et social (1).

Enfin à une époque plus récente, c'est le clergé paroissial qui servira d'intermédiaire entre les seigneurs et les paysans , qui maintiendra Féquilibre entre une noblesse déjà moins puissante, et un tiers état déjà fort. II guidera les efforts de tous, et saura si bien faire aimer son intervention, aussi prudente qu'efficace, qu'en 1789 dans leur cahier de doléances, les habitants de Douillet demanderont aux États-Généraux de confier au curé la présidence d'un tribunal de conciliation. Aussi , nous pouvons appliquer ici une parole célèbre et dire pour nous résumer : « L'histoire de la civilisation est celle de la paroisse ; en écrivant l'une on écrit l'autre (2) ». Mais en 1789 la situation se modifie profondément. Une révolution préparée de longue main, devenue inévitable, vient bouleverser (1) V. Pour la démonstration de ce fait : Cardinal Pecci, aujourd'hui S. S. Léon XIII , YEglise et la civilisation, Paris, Palmé, 1878, in-8. — Lecoy de la Marche, Saint Martin, Tours, Marne, 1881, in-4°.

(2) Donoso Cortes. Introduction X Fétat social dans ses trois éléments essentiels : la religion, la famille et la propriété. Un abîme se creuse entre la France de la veille et la France du lendemain. La société civile, parvenue à sa majorité, repousse la tutelle politique de la société religieuse qui s'élève dès lors au-dessus des intérêts matériels pour se consacrer exclusivement à la direction des esprits et au perfectionnement des âmes ; au double point de vue administratif et politique, la Paroisse cède le pas à la Commune, et c'est alors la Commune que nous devons prendre pour centre de notre étude. Ce point de départ posé, nous suivrons les développements de la paroisse puis de la commune de Douillet au travers des siècles, « comme on suit les pas d'un ami dans un voyage périlleux (1). » Pour cela, nous diviserons ce travail en deux parties: dans la première, antérieure à 1789, nous ferons Fhistoire de la paroisse ; dans la seconde, postérieure à 1789, celle de la commune.

Dans chaque partie, nous distinguerons autant de périodes qu'il y eut d'étapes différentes dans le grand mouvement vers le progrès. Nous étudierons ainsi successivement avant 1789 : Fépoque gallo-romaine , période de préparation du sol sur lequel naîtra la paroisse ; Fépoque mérovingienne marquée par la création d'un domaine agricole à Douillet et la fondation de l'église ; les invasions des Normands et les misères du Xe siècle qui permettent à la bar barie de reparaître ; la renaissance de l'an mille ; Fépoque féodale et ce grand siècle de saint Louis, caractérisé par le développement complet de Félément paroissial ; la guerre de Cent Ans qui groupe toutes les classes autour de la royauté et d'un de ses capitaines les plus habiles, Ambroise de Loré; Fépoque de la Renaissance qui amène, avec l'avénement du tiers aux affaires de la communauté, une résurrection brillante de la vie locale ; les guerres de religion que la population catholique de Douillet traverse sans faiblir ; le XVIIe (1) A. Thierry.

Lettres sur l'histoire de France , lettre I. Introduction XI siècle vers le milieu duquel la paroisse atteint son apogée sous la double influence des familles Cohon et de Montesson ; le XVIIIe siècle , période de malaise qui voit croître Fimportance administrative de la communauté et se transformer peu à peu les anciens éléments de la société paroissiale. En 1789 nous exposerons avec soin la substitution de la Commune, au point de vue administratif, à la Fabrique, à la Communauté et à la Seigneurie ; puis nous raconterons les troubles qui ont accompagné ce changement de régime aussi brusque que radical, la guerre de la Chouannerie si pittoresque, pour ainsi dire, dans les environs de Fresnay; enfin, après avoir montré par quel heureux accord la Commune et la Paroisse, réorganisées au commencement du siècle, sont arrivées à se préparer une période brillante, qu'accentue un accroissement sensible de population, nous indiquerons rapidement sous forme de conclusion la situation qui leur a été créée par Fépoque contemporaine, que signalent déjà des modifications profondes dans Fordre politique, économique et social.

Dans chacune des périodes que nous venons d'indiquer, la situation politique, morale et matérielle devra être soigneusement étudiée. Ainsi , il y aura lieu d'abord d'exposer les événements qui ont eu un contre coup quelconque sur le territoire de Douillet, afin de tracer le cadre général au milieu duquel la paroisse a dû accom plir son évolution ; il est nécessaire en effet de rattacher son histoire à celle de la contrée environnante, et par suite de franchir parfois les limites restreintes de son territoire pour chercher plus loin Forigine ou la cause des faits constatés : c'est le seul moyen de faire ressortir l'enchaìnement admirable des événements. A Fintérieur, il y aura lieu de conduire côte à côte tous les éléments de la vie locale, clergé, noblesse et manants, en n'oubliant personne, s'il se peut (1); (1) A. Thierry, Lettres sur l'histoire de France, lettre I. Introduction XII d'étudier les tendances et les relations de ces diverses classes entre elles ; de rendre à chacune la part qui lui revient dans l'œuvre commune.

Qu'on ne cherche donc pas dans ce travail de longues généalogies; des énumérations de naissances, de mariages et de décès ; nous ne faisons point Fhistoire d'une famille, mais celle de la communauté d'habitants dont tous les membres ont droit éga lement à notre souvenir. II y aura lieu enfin de noter avec soin tous les détails relatifs aux mœurs, à Fétat social de la population, et aussi les événements météorologiques toujours graves pour les habitants des campagnes, toujours intéressants au point de vue agricole. Grâce à la situation favorable que nous crée notre âge , en nous évitant les dangers des impressions personnelles, nous con duirons notre récit jusqu'à la guerre de 1870. Nous y sommes autorisé, croyons-nous, d'abord par cette circonstance que nous n'avons pas vécu les événements antérieurs à cette date ; ensuite par le grand intérêt qu'il y a déjà à établir l'histoire de Finvasion de 1870, un des faits les plus mémorables de notre siècle, et dont les conséquences se feront sentir à plusieurs générations.

A partir de l'an VIII d'ailleurs, nous nous efforcerons de résumer rapidement les événements avec impartialité et sobriété, en nous renfermant alors exclusivement dans les limites de la commune de Douillet. Tel est dans ses grandes lignes le plan de ce travail ; quelques mots maintenant sur les sources principales. Au premier rang, par leur importance et leur intérêt, nous devons citer les Archives anciennes de la fabrique de Douillet, qui sont restées presque intactes jusqu'à ce jour, au moins dans Fétat où elles étaient en 1789. Le curé constitutionnel les ayant recueillies chez lui, et ayant su se rendre assez populaire, personne ne songea à envahir son presbytère où elles furent sans aucun doute oubliées pendant tout le cours de la Révolution. Ces archives malheureuse ment ne remontent pas au-delà du XVe siècle, et la plus ancienne Introduction XIII pièce est de 1408.

II est vrai que ce fait ne saurait étonner, lorsqu'on se rappelle les désastres de Finvasion anglaise et le grand nombre de documents qui disparurent dans le Maine à cette époque. Depuis le XVIe siècle, les archives de la commune de Douillet sont pour ainsi dire complètes ; elles comprennent des comptes de fabrique ( 1525 à 1789), des testaments et des fondations, des aveux et déclarations, des baux, des pièces relatives à la dîme et à quelques événements paroissiaux, soit environ un ensemble de quatre cents documents que nous avons inventoriés et analysés. A côté des archives paroissiales, il convient de placer les archives municipales. Pour la période antérieure à 1789 elles possèdent les registres de Fétat civil, source d'autant plus précieuse qu'ils commencent à Douillet dès l'année 1594.

Un feuillet isolé remonte même à 1585, date reculée, lorsqu'on pense que les registres les plus vieux de Paris, ceux de Saint-Jean en Grève, étaient de Fannée 1515, et que Fétat civil ne fut régulièrement tenu à Lyon qu'en 1584, à Chartres qu'en 1640. Pour la période révolutionnaire les archives municipales de Douillet sont fort pauvres , les Chouans ayant brûlé les papiers de la municipalité en 1799. Pour la période moderne, elles fournissent ces renseignements administratifs et statistiques que l'on retrouve dans toutes les mairies : cette série a été classée en 1873 par M. Pasquier, instituteur communal et secrétaire de mairie. Au troisième rang viennent ensuite les archives seigneuriales, ou plutôt les quelques débris que nous avons pu retrouver. En effet , le dimanche 24 juin 1792, à Fissue des vêpres, le chartrier du château de Douillet, auquel on avait réuni ceux des principaux fiefs de la paroisse, fut brûlé en grande pompe, dans le cimetière, en présence d'une partie de la population, « qui dansait autour du feu de joie ».

Un très petit nombre de pièces échappèrent au désastre ; la plupart concernent la famille de Montesson ; elles nous ont été gracieusement communiquées par M. de Rincquesen , propriétaire Introduction XIV actuel du château et maire de Douillet. Pour les autres familles nous avons été réduit à glaner çà et là quelques documents isolés et cette pénurie expliquera les lacunes de la partie féodale de cette notice. Les minutes du notaire, en résidence à Douillet avant la Révo lution, constituent la quatrième et dernière catégorie de ce qu'on pourrait appeler les sources locales. Bien que peu anciennes, car elles ne renferment aucun acte antérieur à 1688, elles nous ont fourni des renseignements importants, surtout sur Fhistoire administrative de la communauté au XVIIIe siècle. Elles sont aujourd'hui conservées dans l'étude de Me Laine, notaire à Fresnay (1), qui devançant le vœu émis cette année même par le Congrès des Sociétés savantes réuni à la Sorbonne (2) , a bien voulu nous donner toutes facilités pour les compulser : nous sommes heureux de pouvoir lui offrir ici nos remerciements.

Après les archives de Douillet, nous avons dû consulter celles des paroisses voisines , entre autres celles de Fresnay, Sougé-le- Ganelon, Assé-le-Boisne, Mont-Saint-Jean, Vernie, etc. Elles nous ont permis, par comparaison, de contrôler et de compléter un certain nombre de faits (3). (1) Notaires de Douillet dont les minutes sont conservées chez M* Laine : MMes Deshayes, 1688 à 1729 ; Martineau 1730-1781 ; Brousset 1782, an VII ; Dily, an IX-an X. (2) « Le Congrès émet le vœu que des mesures soient prises pour assurer la » conservation des anciennes minutes de notaires , pour en dresser des inven » taires et pour en faciliter la communication dans l'intérêt de l'histoire. » Séance du mercredi 16 avril 1884. — Journal officiel du 17 avril 1884. (3) Les archives anciennes de Fresnay ont été en partie utilisées par M. A. Le Guicheux dans ses Chroniques de Fresnay.

Le Mans, 1877, in-8. Celles de Sougé, soigneusement étudiées par M. Moulard, ancien archiviste-adjoint de la Sarthe, lui ont fourni la matière d'une importante monographie intitulée : Chroniques de Sougé-le-Ganelon. Le Mans, 1880, grand in-8. Nous nous empressons d'adresser ici nos remerciements à M. Moulard qui a bien voulu nous communiquer plusieurs Introduction XV Mais la plus abondante de nos sources, après les archives paroissiales, a été comme toujours le dépôt si riche des archives départementales de la Sarthe. La série C nous a donné, par exemple, le cahier des doléances des habitants de Douillet aux Etats-Généraux de 1789; la série E des documents précieux sur l'histoire féodale, particulièrement sur le fief de Courtoussaint ; la série G des notes intéressantes sur divers curés, principalement sur Anthyme-Denis Cohon qui fut depuis évêque de Nîmes ; enfin à Faide de la série L nous avons pu reconstituer en partie la période révolutionnaire, pendant laquelle la guerre de la Chouannerie donne à l'histoire de Douillet un aspect particulier.

Nous devons, à ce sujet, un souvenir à la mémoire du regretté M. Bellée (1) , qui voulut bien diriger nos premières recherches, et l'expression de notre reconnaissance à M. Duchemin, archiviste de la Sarthe, ainsi qu'à M. Brindeau, archiviste adjoint, dont les indications et les conseils ont rendu notre travail aussi agréable que fructueux. Les archives municipales de la ville du Mans et celles du Chapitre, nous ont également fourni quelques documents, ainsi que le département des manuscrits à la Bibliothèque Nationale. Jusqu'ici d'ailleurs, la commune de Douillet n'a été l'objet d'aucun travail historique approfondi. Les articles que lui consacrent le Dictionnaire de Le Paige, YEssai sur la statistique de Varrondisse ment de Mamers, de Cauvin, et le Dictionnaire topographique de notes relatives à Douillet. — Les archives d'Assé, remarquablement riches, seront bientôt publiées en grande partie par M. Moulard qui prépare un nouveau travai' sur celte paroisse.

Enfin celles de Vernie et Ségrie, entrées pour la plupart aux archives du département, ont permis à un ancien curé de Vernie, M. l'abbé Blanchard, d'écrire en 1861 une intéressante notice, restée jusqu'ici manuscrite, et conservée à la mairie de Vernie ( un vol. de 347 p. ). (1) M. Armand Bellée, archiviste de la Sarthe, président de la Société d'Agri culture , Sciences et Arts de la Sarthe , et de la Société historique et archéologique du Maine, mort au Mans, le 29 novembre 1878. Introduction XVI Pesche, sont très incomplets; ils montrent que l'histoire de Douillet n'avait pas mêmeencore été ébauchée. En 1841 une œuvre plus sérieuse fut entreprise. On se rappelle que par une circulaire célèbre du 1er avril 1835, Fillustre évêque du Mans, M9r Bouvier, comprenant qu'il était du devoir et de Fhonneur de l'Eglise de France de réunir et de sauver les débris de l'histoire nationale dispersés par la Révolution , avait ordonné à tous les curés de son vaste diocèse d'écrire, sous le titre de Chroniques, l'histoire de leurs paroisses.

M. l'abbé Ripault, alors curé de Douillet, saisit aussitôt la pensée de son évêque, et Fintérêt d'un travail non moins utile pour la science qu'honorable pour le clergé. II se mit à l'œuvre sans tarder, recueillit les traditions encore vivantes dans les souve nirs de ses paroissiens, analysa quelques-uns des titres de la fabrique et composa vers 1841 une notice manuscrite importante, conservée actuellement au presbytère, et intitulée: Chroniques de Douillet. Cependant, malgré le zèle intelligent de l'auteur, malgré ses longs efforts , ce travail ne pouvait être parfait. M. Ripault a eu le grand mérite de frayer la voie, de réunir sur l'histoire religieuse de nom breux détails, et de préparer le terrain pour des recherches ulté rieures ; mais il ne connut pas les règles de la critique historique, il ne contrôla pas ses sources, et il ne sut pas utiliser tous ses documents.

Ces erreurs, il est vrai, étaient inévitables ; la faute en est bien plutôt à Fépoque qu'à l'auteur, et tous ont été heureux depuis de prendre pour base ce premier essai. Les Chroniques de Douillet, par M. le curé Ripault, ont été publiées en partie dans trois notices récentes , dont elles forment la source principale. La première, rédigée au point de vue exclusive ment religieux, sur des notes envoyées par M. l'abbé Moulinet, curé actuel de Douillet, a été insérée dans la Semaine dit Fidèle du diocèse du Mans, année 1865, n«s 39 et 40. — La deuxième due à M. Pasquier, instituteur communal, a été publiée en 1873, dans le Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe; Introduction XVII plus détaillée que la précédente, elle ajoute aux extraits des Chroniques plusieurs documents statistiques ou administratifs, tirés des archives de la mairie (1).

La troisième notice forme un des -articles des « Chroniques de Fresnay, etc. », publiées en 1877 par M. A. Le Guicheux ; plus complète pour la période antérieure à 1789, elle offre de longs passages empruntés à M. Ripault et quelques faits recueillis dans Fhistoire générale de la contrée. Ces différents travaux contiennent nécessairement les mêmes erreurs et les mêmes lacunes que le manuscrit qui leur a servi de point de départ. Ils donnent comme définitifs les résultats des recherches de M. Ripault, sans jamais les rectifier ni les contrôler. Avec quelques articles de journaux que nous aurons occasion de citer, ils constituent seuls la bibliographie de la commune de Douillet. Aussi, tout en rendant justice aux efforts déjà faits et en reconnaissant qu'ils ont facilité la tâche , il semble que le moment soit venu d'entreprendre un travail plus en rapport avec les progrès des études historiques ; d'appliquer à Fhistoire de Douillet ces prin cipes de critique que vulgarise chaque jour davantage Fenseignement de FEcole nationale des Chartes, dont nous avons eu Fheureuse fortune de suivre les cours.

En outre, quelques ouvrages récents et plusieurs découvertes archéologiques intéressantes ayant ouvert depuis peu des horizons nouveaux pour l'histoire de la contrée, il importe de les utiliser. Ce travail toutefois ne saurait être à son tour un travail définitif, car en histoire rien n'est définitif. Nous ne dissi mulerons donc ni ses lacunes ni ses faiblesses, espérant que l'on tiendra compte des difficultés qu'il offrait et du désir sincère que nous avons de rendre à chacun ce qui lui appartient ; puissent au moins Fillustration et les dessins dûs à la plume de notre excellent ami M. Fernand Butel, docteur en droit, ancien magistrat, qui a (1) J.-B. Pasquier. Notice statistique et historique sur la commune de Douillet. Le Mans, 1873, 32 p. in-8. Introduction XVllJ bien voulu apporter à ce livre le concours de son talent, compenser en partie les imperfections du texte (1).

Qu'il nous soit permis enfin, par un légitime hommage de vive reconnaissance et de respectueuse affection, d'inscrire en tête de cette notice les noms de trois hommes qui ont toujours porté le plus grand intérêt à la commune de Douillet, et qui Font servie pendant de longues années de tout leur dévouement et de toute leur expérience: M. Robert-Pierre TRIGER, ancien percepteur et ancien maire de Douillet (1792-1861), à la mémoire duquel ce travail est spécialement dédié. — M. l'abbé Pierre-Antoine DUBOIS, vicaire général de Mtir FEvêque du Mans, administrateur-tuteur des Enfants assistés, chevalier de la Légion d'honneur, né à Douillet le 9 mai 1797, mort le 16 décembre 1875. — M. l'abbé François RIPAULT, curé de Douillet de 1820 à 1858. Us furent unis pendant leur vie par les liens d'une inaltérable amitié et par un commun amour du bien public.

II est juste maintenant que leurs noms demeurent à jamais unis dans les souvenirs d'une population qu'ils ont aimée avec un noble désintéressement et qu'ils ont comblée de leurs bienfaits. Le Mans, 21 juin 1884. (1) Ces dessins, ainsi que les autres planches , ont été tirés sous la direction de M. Gabriel Fleury, membre de la Société historique du Maine, qui a droit lui aussi à tous nos remerciements, pour le soin avec lequel il a bien voulu surveiller l'exécution. PREMIÈRE PARTIE DOUILLET-LE-JOLY AYANT Â J J í \ i\ de la C o m m un e DE D OUILLE T-LEJOLY E^elle de ETUDE HISTORIQUE SUR DOUILLET-LE-JOLY PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE PREMIER TOPOGRAPHIE DU TERRITOIRE DE DOUILLET Description du sol. — Constitution géologique. —Situation géographique. A topographie d'une contrée exerce toujours une influence sensible sur l'état social de la population , car l'homme est intimement lié à la terre sur laquelle il vit.

En lui arrachant péniblement ses richesses, il semble lui emprunter certaines qualités et certains défauts ; et on peut dire que si le défrichement du sol ou les perfectionnements de la culture résultent du développement intellectuel des habitants, ceux-ci à leur tour présentent dans leur esprit, dans leur caractère et dans leur genre de vie, des différences qui proviennent du climat, de la fertilité plus ou moins grande du sol et de son aspect physique. De là ensuite des variétés inévitables dans les événements, que modifient souvent les mœurs des populations et les situations géographiques. Aussi, de même que pour comprendre le récit d'un combat il faut d'abord étudier le champ de bataille, de même, pour saisir les phases diverses que traverse une population durant une période de dix-huit siècles, il est nécessaire de connaître la scène sur laquelle elle lutte.

Nous devons donc en premier lieu présenter clans son état primitif, tel qu'il fut remis enlre les mains de l'homme, ce sol qui sera le théâtre des événements que nous aurons à raconter. Le territoire qui forme aujourd'hui la commune de Douillet est situé entre la Sarthe, qui coule du Nord ou Sud-Est en décrivant dans cette partie de son cours les courbes les plus capricieuses, le massif de la forêt de Sillé au Sud, et la chaîne des Coevrons, ligne de partage des eaux des vallées de la Mayenne et de la Sarthe, dont les premiers contreforts bornent l'horizon à l'Ouest. — II est divisé en deux parties par une vallée d'environ deux cents mètres de largeur, sur les versants de laquelle il s'étend ensuite de deux mille cinq cents mètres à l'Est, et de trois mille cinq cents mètres à l'Ouest. Cette vallée est arrosée par la rivière d'Orthe, qui prend sa source clans les collines des Coevrons, forme quelque temps la limite Sud du territoire de Douillet, puis le traverse du Sud au Nord pour se jeter dans la Sarthe, après avoir décrit, depuis le point où elb atteint cette limite, un arc de cercle de sept kilomètres de développement.

La région orientale du territoire de Douillet comprend un long et étroit plateau (1), dont la pente générale descend de la forêt de Sillé vers la Sarthe, sorte de presqu'île resserrée d'un côté par la rivière d'Orthe, de l'autre par la Sarthe qui l'entoure de ses courbes multiples. Ses flancs sont coupés à pic en divers endroits par des rochers abrupts (2). Un seul ruisseau (3) sillonne le versant Ouest, paral lèlement à l'Orthe dont il est séparé par une croupe secondaire, et dans laquelle il vient se jeter à deux mille mètres environ en amont de son confluent avec la Sarthe, à la hauteur du village actuel. Le point culminant du plateau, mamelon isolé qui s'élève au centre, (158m d'altitude), domine à la fois l'entrée de la vallée de l'Orthe et la ligne de la Sarìhe sur une étendue considérable ; l'horizon n'est borné au Nord-Est que par le sombre massif de la forêt de Perseigne, au Nord par les collines de Normandie, les forêts de Pail et d'Andennes.

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