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Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812 ... et examen critique par le Général Gourgaud

Philippe-Paul Ségur · 1825 · Scanned text

311,963 words · about 21 h 51 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Philippe-Paul Ségur
Language
French
Published
1825
Length
311,963 words · about 21 h 51 min
Sections
94 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (94)
  1. Front matter about 15 min
  2. Chapitre I about 1 min
  3. Livre I about 41 min
  4. Chapitre III about 25 min
  5. Chapitre IV about 22 min
  6. Chapitre I about 4 min
  7. Livre II about 24 min
  8. Chapitre III about 12 min
  9. Chapitre IV about 9 min
  10. Chapitre V about 11 min
  11. Chapitre I about 13 min
  12. Chapitre II about 9 min
  13. Livre III about 2 min
  14. Chapitre III about 13 min
  15. Chapitre I about 8 min
  16. Chapitre II about 17 min
  17. Chapitre III about 18 min
  18. Chapitre IV about 9 min
  19. Chapitre V about 11 min
  20. Chapitre VI about 12 min
  21. Chapitre VII about 8 min
  22. Livre IV about 24 min
  23. Chapitre I about 4 min
  24. Livre V about 11 min
  25. Chapitre II about 44 min
  26. Chapitre IV about 9 min
  27. Chapitre V about 11 min
  28. Chapitre VI about 9 min
  29. Chapitre VII about 14 min
  30. Livre VI about 5 min
  31. Chapitre VIII about 11 min
  32. Chapitre IX about 7 min
  33. Chapitre X about 16 min
  34. Chapitre I about 2 min
  35. Livre VII about 5 min
  36. Chapitre II about 19 min
  37. Chapitre IV about 6 min
  38. Chapitre V about 14 min
  39. Chapitre VI about 3 h 20 min
  40. Chapitre I about 9 min
  41. Livre VIII about 2 min
  42. Chapitre II about 25 min
  43. Chapitre IV about 12 min
  44. Chapitre V about 2 min
  45. Chapitre VI about 15 min
  46. Chapitre VII. 33 -^**^%%'%**' about 26 min
  47. Chapitre IX about 21 min
  48. Chapitre X about 14 min
  49. Chapitre XI about 22 min
  50. Chapitre I about 8 min
  51. Chapitre II about 13 min
  52. Chapitre III about 14 min
  53. Chapitre IV about 8 min
  54. Chapitre V about 11 min
  55. Chapitre VI about 9 min
  56. Chapitre VII about 19 min
  57. Chapitre IX about 7 min
  58. Chapitre X about 8 min
  59. Chapitre XI about 7 min
  60. Chapitre XII about 13 min
  61. Chapitre XIII about 10 min
  62. Chapitre XIV about 13 min
  63. Chapitre I about 2 min
  64. Livre X about 10 min
  65. Chapitre II about 24 min
  66. Chapitre III about 18 min
  67. Chapitre V about 16 min
  68. Chapitre VI about 10 min
  69. Chapitre VII about 13 min
  70. Chapitre VIII about 13 min
  71. Chapitre IX about 11 min
  72. Chapitre I about 12 min
  73. Chapitre II about 21 min
  74. Chapitre IV about 6 min
  75. Chapitre V about 11 min
  76. Chapitre VI about 8 min
  77. Chapitre VII. 223 about 19 min
  78. Chapitre IX about 9 min
  79. Chapitre X about 7 min
  80. Chapitre XI about 7 min
  81. Chapitre XII about 9 min
  82. Chapitre XIII about 5 min
  83. Chapitre I about 20 min
  84. Chapitre III about 9 min
  85. Livre XII about 10 min
  86. Chapitre IV about 12 min
  87. Chapitre V about 6 min
  88. Chapitre VI about 5 min
  89. Chapitre VII about 5 min
  90. Chapitre VIII about 6 min
  91. Chapitre IX about 5 min
  92. Chapitre X about 6 min
  93. Chapitre XI about 5 min
  94. Chapitre XII about 9 min

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Front matter

HISTOIRE DE NAPOLÉON ET DE LA GRANDE -ARMÉE PENDANT L'ANNÉE l8l2 , PAR M. LE GÉNÉRAL COMTE DE SÉGUR. Quamquam aniinus meminisse horret , luctuque rcfugit r Incipiam VlRG. ET EXAMEN CRITIQUE PAR LE GÉNÉRAL GOURGAUD, ANCIIÎB OFFICIER d'oRDONNANCE ET AIDE - DE - CAMP DE L'EMPEREUR NAPOLÉON. Rendez á Cc'sar ce qui est à César. BRUXELLES H. TARLIER, LIBRAIRE-EDITEUR, RUE DE LA MONTAGNE , N° 3o6. S*@-«3 M DCCC AVIS. L'éditeur a cru faire une chose agréable et utile en publiant ensemble , et dans toute leur étendue , Y Histoire de la Grande- Armée , par M. de Ségur , et Y Examen critique de cette his toire, par M. de Gourgaud. II a placé immédiatement sous l'ouvrage de M. de Ségur qu'il faut regarder comme texte , celui de M. de Gourgaud , en forme de notes. De cette manière il n'y a eu d'autres suppressions que dans les citations de M. de Ségur que M. de Gourgaud rappelle avant de les examiner.

Celles qui auraient entraîné par leur omission la suppression des moindres paroles de M. de Gour gaud , ont été conservées ; toutes sont placées sous les passages prérappellés , autant qu'il a été possible. L'orthographe des noms propres adoptée par chaque auteur, a été respectée. N'ayant point trouvé d'exemplaire de la première édition de M. de Ségur, l'éditeur n'a pu suivre que le texte de la troisième. DE LA GRANDE-ARMÉE PAR M. DE SEGUR. Mes Compagnons. J'entreprends de tracer l'histoire de la grande armée et de son chef pendant l'année 1812. J'a dresse ce tableau à ceux d'entre vous que les glaces du nord ont désarmés , et qui ne peuvent plus servir la patrie que par les souvenirs de leurs malheurs et de leur gloire. Arrêtés dans votre noble carrière, vous existez plus encore dans le passé que dans le AVIS AU LECTEUR.

PAR M. GOURGAUD. Qu-Vtre éditions de l'ouvrage que nous allons examiner ont déjà paru , et jusqu'à présent , nous avons gardé dans notre porte-feuille ce travail préparé de puis long-temps. Pourquoi avons-nous tant tardé à le publier ? Pourquoi le publions-nous aujourd'hui? Nous devons répondre en peu de mots à ces deux questions, que peut nous adresser le lecteur. Le format de l'ouvrage de M. de Ségur , son prix élevé , les portraits et les emblèmes dont on l'a successivement enrichi , nous ont fait penser qu'il était destiné aux classes de la société, qui, ayant vu de plus près les hommes et les choses dont il s'agit , n'avaient présent ; mais quand les souvenirs sont si grands , il est permis de ne vivre que de souvenirs. Je ne craindrai donc pas , en vous rappelant le plus fu neste de vos faits d'armes , de troubler un repos si chèrement acheté.

Chapitre I

Depuis 1807 , l'intervalle entre le Rhin et le Niémen se trou vait franchi ; ces deux fleuves étaient devenus rivaux. Par ses concessions à Tilsitt , aux dépens de la Prusse , de la Suède et de la Turquie , Napoléon n'avait gagné qu'Alexandre. Ce traité était le résultat de la défaite de la Russie , et la date de sa soumission au système continental. II attaquait , chez les Russes, l'honneur, compris par quelques-uns, et l'intérêt, que tous comprennent >). ~ícuo esta, le KAexi&caA) uba^opCou/ïdctuò. 1) L'auteur de la prétendue Histoire de 'Napoléon et de la Grande- Armée débute par nue erreur grave, et par une supposition gratuite. Si M. le comte de Ségur avait lu ce traité (de Tilsitt) , il aurait vu qu'on n'ahusa jamais moins de la victoire. La Russie avait été rejetée sur son territoire, dont une partie des habitans nous tendait les bras.

Elle sortit de la lutte où elle venait de succomber, plus grande et plus forte qu'elle n'y était entrée : elle dut à la modération de l'empereur Napoléon, la gloire d'avoir recréé une Prusse, quand il Tom. l. I

Livre I

2 Par le système continental, Napoléon avait déclaré une guerre à mort aux Anglais ; il y attachait son honneur , son existence politique, et celle de la France. Ce système repoussait du con tinent toutes les marchandises , ou anglaises , ou qui avaient payé un droit quelconque à l'Angleterre. II ne pouvait réussir que par un accord unanime : on ne devait l'cspérer que d'une domination unique et universelle. D'ailleurs la France s'était aliénée les peuples par ses con quêtes, et les rois par sa révolution et sa dynastie nouvelle '). n'y en avait plus. En quoi donc l'honneur de la Russie avait-il été attaqué par la paix de Tilsitt? Quant à son intérêt, elle jugea bien qu'il serait blessé par l'adoption du système continental; mais elle jugea aussi que le système continental était le seul moyen de forcer l'Angleterre à la paix; et comme elle était dans l'intérêt de la Russie, c'est sur cet intérêt qu'elle basa ses stipulations à Tilsitt. « Je suis autant que vous l'ennemi de l'Angleterre , » avait dit Alexandre à Napoléon , en entrant sur la barque du Niémen.

Ce sentiment rapprochait en un instant les deux souverains; et la paix fut faite. 2) La Belgique, les provinces Rhénanes, l'Italie , partageaient les bienfaits de son administration ; les peuples de ces pays sont encore attachés à ce que la politique de leurs souverains en a conservé. Quant, à la révolution, elle n'était pas du fait de Napoléon. II avait réconcilié les rois avec ses résultats ; ce que la république n'aurait jamais pu faire. L'empereur et la dynastie nouvelle les avaient rassurés contre la destruction du système monarchique en Europe, proclamée par la république. Cette assertion et ce qni suit, que la France ne pouvait plus avoir d'amis , mais seulement des sujets , ont pour objet d'établir, dès le principe, que Napoléon ne pouvait asseoir sa puissance que sur la monarchie universelle ■ imputation fausse (soit dit en passant, et pour n'y plus revenir) dont l'expérience des dix dernières années, et le temps qui use les passions et dégage la vérité de ses voiles , ont en partie déjà fait justice.

On commence à rougir d'être l'écho des cabinets étrangers qui, à dessein, ont fait retentir l'Europe de leurs clameurs contre l'ambition de Napoléon, parce qu'il employait tous ses efforts à défendre et à assurer la France contre la leur propre ; obligation que lui avait léguée la révolution. L'empereur faisait la guerre pour forcer l'Angleterre a la paix, et l'Angleterre excitait contre lui les souverains du continent pour entretenir la guerre. Soldés par son or , ces souverains devinrent ses instrumens. Napoléon deyait-il rester sur la défensive avec des moyens non proportionnes a 1 attaque? C'eût été trahir les espérances de la na tion, et compromettre le dépôt de gloire et de prospérité qu'elle avait conBe a ses mains. Disposant en homme de génie des ressources que lui otírait la France, il triompha de ses ennemis, qui ne purent lui pardonner le haut rang où il l'avait placée , mais ca chèrent leur ressentiment sous les dehors de la soumission Nano leon avait besoin , pour assurer l'avenir de la nation , de se saisir de gage» et de moyens d'echange à la paix, en même temps qu'il diminuait les moyens de mure de ses ennemis.

CHAPITRE L

3 Elle ne pouvait plus avoir d'amis ni de rivaux , raais seulement des sujets; car les uns eussent été faux, et les autres impla cables : il fallait donc que tous lui fussent soumis, ou elle à tous. C'est ainsi que son chef, entraîné par sa position , et poussé par son caractère entreprenant , se remplit du vaste projet de rester seul maître de l'Europe , en écrasant la Russie et en lui arrachant la Pologne. II le contenait avec tant de peine que déjà il commençait à lui échapper de toutes parts 3). Les im- 3) La description des immenses préparatifs que nécessite une aussi grande entreprise, est tracée avec beaucoup d'emphase; mais l'époque où elle devait recevoir son exécution n'y est pas assignée. On serait tenté d'en conclure que? jusqu'alors, la Russie était dans une profonde sécurité , exécutant fidèlement les conditions de l'al liance, sans soupçonner l'orage qui se formait contre elle; tandis qu'il est prouvé , par les aveux du colonel Boutourlin , aide-de camp de l'empereur Alexandre, dans V Histoire de la campagne de 1812, que c'est la Russie qui, la première , s'est préparée à nous faire la guerre*).

G*) « L'Autriche ne bougeait pas ; la Prusse n'existait plus ; les Suédois , trop faibles )> pour être d'aucun secours à leurs alliés, pouvaient à peine se soutenir eux » mèmes à Stralsund. L'Angleterre , placée dans des circonstances difficiles , ne « paraissait pas disposée à pousser lu guerre avec activité Ces considérations » engagèrent l'empereur de Russie à provoquer un rapprochement avec l'ennemi. «La fameuse entrevue qui eut lieu sur le Niémen.-... eut pour résultat le traité » de paix signé à Tilsitt. » f Page 11 du tome Ier de V Histoire militaire de In Campagne de Russie, en 1812; par le colonel Boutourliu , aide-de-camp de S. M. l'empereur de Russie, Paris, 1824.) — « L'empereur Alexandre ne pouvait iné j. connaître l'esprit de ces dispositions { du traité de Tilsitt ) ; mais les circons >» tances malheureuses où. se trouvait l'Europe lui prescrivaient d'éloigner à tout » prix la guerre.

II s'agissait sur-tout de gagner le temps nécessaire pour se pré » parer à soutenir convenablement la lutte que l'on savait bien être dans le cas » de se renouveler un jour. » (Page 24 du tome Ier.) « Les sacrifices que le traité de Presbourg avuit arraches à PAutriche étaient » trop grands pour que le cabinet de Vienne pût se résigner à les supporter avec «patience. Mais lu désorganisation de ses armées, suile inévitable dus revers « multiplies qu'elles avaient essuyés, l'avait empêché jusque là de se livrer à la « réalisation des projets qu'il nourrissait eu secret.... L'empereur Napoléon dési » rait siucèrement éviter une nouvelle guerre qui devait faire une diversion fâcheuse « en Espagne. Mais toutes ses démarches, pour en venir à un accommodement, ne » furent considérées par les Autrichiens que comme un aveu de sa faiblesse « Elle (la Russie) ne pouvait refuser d'assister la France, sans violer ouverte « meut les engngemens contractés envers elle , et dont aucune infraction de la n part de Napoléon n'avait encore affaibli la sainteté.

D'ailleurs , quand même le « cabinet de Pétersbourg , passaut par-dessus ces considérations morales en fa ii veur des plus hautes vues politiques, se fùt décidé à soutenir l'Autriche , il ì> n'aurait pu le faire efficacement , à cause de l'éloignement de ses armées oc » cupécs des affaires de Suède et de Turquie. » (Pag. 35 , 36 et 37 du t. Ier ) « Les indices du refroidissement qui commençait à s'établir dans les rapports » de U France avec la Russie, n'avaient pu échapper à la pénétration de l'en? » pereur Alexandre. (Les seuls indices de refroidissement dont parle le colonel Boutourlin, consistent en ce qu'il prétend que Napoléon avait été choqué des difficultés que son projet de mariage avec une des grandes duchesses avait ren contrées à Félersbourg , et qu'il desirait avec ardeur trouver V occasion de s'en •venger, en faisant sentir à l'empereur Alexandre tout le poids de son énorme puissance.

Aucun autre n'est allégué. ) 11 sentit que l'alliancc couclue à Tilsitt » et cimentée à Erfurt, n'étant plus dans les intérêts de Napoléon, ne suhsis » terait pas longtemps Dès lors il s'appliqua à organiser sourdement tous » les moyens de défense que les immenses ressources de ses vastes états lui pré » sentaient , pour soutenir une lutte , etc. » ( Page 45 du tome Ier. ) « Le cabinet de Pétersbourg ne se dissimula pas que , dans ces circonstances ,

LIVRE 1.

4 mcnses préparatifs que nécessitait uue si lointaine entreprise , ces amas de vivres et de munitions , tous ces bruits d'armes , de chariots, et des pas de tant de soldats, ce mouvement universel , cecours majestueux et terrible de toutes les forces de l'Occident contre l'Orient, tout annonçait à l'Europe que ces deux colosses étaient près de se mesurer. Mais, pour atteindre la Russie, il fallait dépasser l'Autriche, traverser la Prusse , et marcher entre la Suède et la Turquie : une alliance offensive avec ces quatre puissances était donc in dispensable. L'Autriche était soumise à l'ascendant de Napo léon , et la Prusse à ses armes; il nJeut qu'à leur montrer son entreprise : l'Autriche s'y précipita d'elle-même ; il y poussa facilement la Prusse. Néanmoins la première s'y jeta sans aveuglement *>>.

Située 4) Après avoir parlé de la nécessité d'une alliance avec l'Autri che, la Prusse, la Suède et la Turquie, M. de Ségur n jouir : l'Autriche s'y précipita d'elle-même (dans l'entreprise) j néanmoins, » il devait sur-tout chercher à contraindre les Turcs à la paix , afin de pouvoir » re'uuir sans distraction tous ses moyens de guerre sur la froutière occidentale » de l'empire. » ( Page 46 du tome Ier, ) « L'empereur Alexandre jugea ne'ccssaire de ne plus tarder à se mettre en e'tat ». de défense, eu rassemblant la majeure partie de ses forces sur la frontière » occidentale de son empire. Une division qui, depuis Ja dernière guerre avec » la Suède , était demeurée dans l'ancienne Finlande , reçut ordre de marcher » sur la haule Duna. L'arme'e du Danube, cjui, à la fin de 1810, se trouvait forte .» de neuf divisions , ne fut plus composée que de quatre ; les cinq restantes furent >» portées sur lc haut Dniester. « ( Pages 56 et 57 du tome Ier. ) « Dès le londemain du jour do la signature du traité avec la Prusse, Napole'on » l'expédia à Pétersbourg , avec la proposition de travailler à faire disparaître ». les griefs des deux partis. ..

L'empereur Alexandre sentait trop bien que les griefs avoués ne portaient que » sur des accessoires ; mais que le fond de la querelle qni divisait les deux ein " pires n'était susceptible d'être résolu que par la voie des armes. » (Pagc-i du tome Ier.

J ' ■1 L'empereur Aloxandre quitta aussitôt Pétersbourg , et se rendit à Wilna où » lc quartier général de la grande armée se trouvait établi ; eu même temps il » envoya l'ordre au prince Kourakin , ambassadeur de Russie à Paris , de faire J> connaître au gouvernement français que la conservation de la Prusse et sou » indépendance de tout lien politique dirigé contre la Russie , c'tait d'autant plus » indispensable pour les intérêts de l'empereur Alexandre, que des rapports » solides et stab es no pouvaient être établis avec la France Au'autant qu'i v >. aurait entre elle et la Russie un pays neutre qui ne serait occupé par les •> troupes d aucune des deux puissances ; conséquemment, que la première hase >. de toute négociation devait être rengagement formel de lumière évacuation » des états prussiens et de toutes les places fortes de ce pays, quels qu'aient été » 1 époque et e motif de leur occupation par les troupes fiançaises ou alliées » Lu Russie demandait, en outre, la réduction de la garnison de Dantzick sur » le pied ou elle eta.t avant le ier. janvier ,8n. » ( Pag°es ,, et ,3 du tome Ier > ., 1?°',^ lCpan P0Ur D.r"d,c' Napoléon avait envoyé à Wilna le gênera » comte de Narbonne, son oide-ile-camp , avec des propositions de paix I, ..repense qu'il rapporta a Dresde fut que l'empereur de Russie s'en référait absolument aux communications que son ambassadeur avait faites à Paris, et nue :.^itnerél?(Kg?s^T5ntd„C:oSm,rrer.)P"e'UmÌnaÌ"S P°"VaU """""' ù „ L L"fe.tesI?aS»'»V'is <|ui fnrenl données à ectte occasion (I, réunion deDrodcï S HiT"?, »»«»>_»•■« de M. de Narbonne de Wilnà.

Le lendemain , c;estí * arHv? li'V" """.,' Na>loleon <¥»*' »'««'<' . <"■ P>it 1» route de Thorn o,\ il t ì„ 'Vd le . H »"" d».m"">° ">o.s II résolut de ne plus tarder à se meure - e. campagne úo crainte de perdre en négociations infructueuses a saiTou la . plus iaíorable aux operal.oni militaires. .. (Pages ,6 et - du tome Ier ) entre les deux colosses du nord et de l'ouest , elle se plut ù les voir aux prises ; elle espéra qu'ils s'affaibliraient mutuelle ment, et que sa force s'accroîtrait de leur épuisement. Le 14 mars 1812, elle promit trente mille hommes à la France : mais elle leur prépara en secret de prudentes instructions 5>. Elle obtint une promesse vague d'agrandissement pour indemnité de ses frais de guerre , et se fit garantir la possession de ia Gallicie. Toutefois elle admit la possibilité à venir de la cession d'une partie de cette province au royaume de Pologne; elle eût reçu en dédommagement les provinces Illyriennes : l 'article 6 du traité secret en fait foi. - Ainsi le succès de la guerre ne dépendit pas de la cession de la Gallicie , et des ménagemens qu'imposait la jalousie autri chienne pour cette possession.

Napoléon aurait donc pu, dès son entrée à Wilna , proclamer ouvertement la libération de toute la Pologne , au lieu de tromper son attente, de l'étonner, de l'attiédir par des paroles incertaines 6>. elle s'y jeta sans aveuglement. Elle s'y jeta avec l'espoir de s'a grandir*). Ce ce fut pas d'après des promesses vagues, mais par un traité signé le i4 mars 1812. L'Autriche, inquiète depuis long temps de l'énorme agrandissement de la Russie, avait adressé des représentations à Pétersbourg sur les arméniens qui se faisaient sur ses frontières; mais la Russie était décidée; elle n'y eut point égard. L'Autriche mécontente conclut avec Napoléon un traité d'alliance; et prévoyant le cas où la Pologne pourrait être rétablie par le résul tat de la guerre, elle demanda en iademnité de la Gallicie les pro vinces Illyriennes ; ce qui fut accordé. 5) Par le mëme traité, l'Autriche s'engagea à fournir trente mille hommes.

Si l'on en croit M. de Ségur , elle leur prépara en secret de prudentes instructions. Pour avancer un tel fait, il sau draiV une preuve; et il n'en existe point d'autre que son assertion. Les instructions du général autrichien ont pu être de s'éloigner le moins possible de la Pologne autrichienne. Que seraient devenues ces prudentes instructions , si Napoléon , écoutant un sentiment de défiance qu'il n'eut jamais , eût emmené en Russie le corps du prince de Schwartzenberg , en laissant en Pologne l'armée polo naise? Le seul engagement pris fut que le corps autrichien ne se rait pas divisé, et resterait sous le commandement de ses généraux, sans cesser pour cela d'être sous les ordres absolus, mais immédiats de l'empereur Napoléon. Si ce fut une faute de laisser ce corps trop indépendant et trop près de ses frontières, c'est l'esset de la géné rosité et de la confiance.

On pourrait reprocher la même faute à J'égard de la Prusse ; elle résultait du même principe. 6} La jalousie autrichienne n'imposait aucun ménagement, puis que le traité était formel, et que l'Autriche n'avait jamais fait G*) « C'est nous qui l'avons recherrhée (l'allianee de l'Autriche »vce la France , ) » et nous avons bien réfléchi avant de la conclure. » ( Paroles de M. de Mctternich n M. Otto, rapportées dans la dépêche de cet ambassadeur au ministre de 1 dations extérieure* , datée de Vienne lc iâ féviier i8i3 )

LIVRE I.

C'était là pourtant un de ces points saillans qui , dans toute affaire de politique comme de guerre, sont décisifs, auxquels tout se rattache et sur lesquels il faut s'opiniâtrer. Mais, soit que Napoléon comptât trop sur l'ascendant de son génie , sur la force de son armée et sur la faiblesse d'Alexandre; ou qu'en visageant ce qu'il laissait derrière lui , il crût une guerre si lointaine trop dangereuse à faire lentement et méthodiquement ; soit , comme lui-même va le dire , incertitude sur le succès de son entreprise, il négligea ou n'osa point encore se décider à proclamer la libération du pays qu'il venait affranchir. Et cependant il avait envoyé un ambassadeur à sa diète. Lorsqu'on lui fit observer cette contradiction, il répliqua « que » cette nomination était un acte de guerre, qui ne rengageait » que pour la guerre, tandis que ses paroles 1'engageraient et 3) pour la guerre et pour la paix. » Aussi ne l'a-t-on entendu répondre à l'enthousiasme lithuanien que par des paroles éva sives , tandis qu'on l'a vu attaquer Alexandre corps à corps jus que dans Moscou.

II négligea même de nettoyer les provinces polonaises du sud des faibles armées ennemies qui contenaient leur patriotisme; et de s'assurer, par leur insurrection fortement organipreuve d'un assentiment plus complet. Dans le cas où le royaume de Pologne aurait été rétabli, l'Autriche cédait volontiers une grande partie de la Gallicie, pour recouvrer l'Illyriê. La première de ces provinces était une acquisition que sa conscience lui reprochait. L'Illyriê, au contraire, était un ancieu pays héréditaire que l'Au triche avait perdu non sans de vifs regrets ; la plaie était toujours saignante. Napoléon, fidèle à ses traités, ne pouvait réclamer la Gallicie, qu'autant que le royaume de Pologne serait rétabli, par suite de la guerre, c'est-à-dire par la paix. II aurait manqué à l'Autriche, son alliée, qui, déjà, s'était effrayée de voir un am bassadeur auprès de la confédération de Pologne, si, au commen cement de la guerre, il avait sanctionné par ses paroles le ré tablissement de ce royaume.

Ce rétablissement aurait entraîné l'in surrection et la réunion violente de la Gallicie autrichienne. II était bien différent de temporiser, en laissant agir la nature des choses, ou de dire, comme le demandaient les Polonais, le royaume de Po logne existe; ce qui aurait équivalu à une reconnaissance de ce royaume. Mais Napoléon n'avait pas seulement pour objet d'ôter tout sujet d'inquiétude à son allié; la paix était le but de la guerre. C'eût été compromettre le but que de prendre une détermination qui eût rendu la pais impossible. L'auteur un peu plus bas prête à l'empereur des paroles dans ce sens : il n'avait donc pas besoin d'aller chercher ailleurs les motifs de son opinion. En général, l'empereur ne craignait rien tant que d'engager son avenir, parce que personne ne counaissait mieux que lui l'importance de laisser mûrir les événemens : un des grands caractères de sa politique était d'être toujours en mesure de les saisir pour ainsi dire au bond. sée, une base solide d'opération i).

Accoutumé aux voies courtes, à des coups de foudre, il voulut s'imiter lui-même, malgré la différence des lieux et des circonstances : car telle est la faiblesse de l'homme, qu'il se conduit toujours par imitation, ou des autres , ou de lui-même 8) ; c'est-à-dire , dans ce dernier cas, celui des grands hommes, par l'habitude, qui n'est qu'une imitation de soi-même; aussi est-ce par leur côté le plus fort que ces hommes extraordinaires périssent! Celui-ci s'en remit au destin des batailles. II s'était préparé une armée de six cent cinquante mille hommes ; il crut que c'était avoir assez fait pour la victoire. II attendit tout d'elle. Au lieu de tout sacrifier pour arriver à cette victoire , c'est par elle qu'il voulut arriver à tout : il s'en servit comme d'un moyen , quand elle devait être son but 9).

Elle n'était déjà que trop nécessaire. Mais il lui confia tant d'avenir , il la sur chargea d'une telle responsabilité, qu'il la fit pressante et in dispensable. De là sa précipitation pour l'atteindre, afin de sortir d'une position si critique. Au reste, qu'on ne se presse point de juger un génie aussi grand et aussi universel : bientôt on l'entendra lui ; on verra combien de nécessités le précipitèrent , et qu'en admet tant même que la rapidité de son expédition ait été téméraire, le succès l'aurait vraisemblablement couronnée , si l'affaiblisse ment précoce de sa santé eût laissé aux forces physiques de ce grand homme toute la vigueur qu'avait conservée son esprit ">'. 7) Aurait-il donc voulu que l'empereur, ayant en tête toutes les forces russes, eût prolongé sa droite jusqu'en Podolie , où les Rus ses étaient occupés par les Turcs?

Cette inadvertance est trop frap pante pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter sérieusement. 8) La rétlexion sentencieuse qui suit n'est pas plus mûrie. L'observation avait au contraire démontré jusqu'ici, que ce qui caractérise les grands hommes , ce sont les ressources de leur génie , et cette inépuisable fécondité qui leur présente toujours des moyens nouveaux , ou pour sortir d'un pas difficile, ou pour marcher rapide ment au succès. 9) Nous ne suivrons pas M. de Ségur dans le développement de cette singulière opinion qu'il débrouille assez péniblement. Mais nous lui demanderons si , à Wilna , quand l'épée était tirée , ce n'était pas au destin des batailles qu'il fallait s'en remettre; et s'il est à la guerre un autre arbitre du destin que la victoire. Que fallait-il sacrifier pour arriver à cette victoire?

Tout sacrifier est une idée bien vague. L'auteur sait-il bien ce qu'il veut dire? Qu'il s'ex plique. Est-ce du temps pour compléter l'insurrection de la Pologne, qu'il voulait qu'on sacrifiât? II fallait le dire; et puisqu'il raisonne sur d'aussi grands événemens, c'était le cas d'examiner pourquoi Napoléon se décida à tenter d'accomplir son expédition en une seule année , au lieu de la faire en deux campagnes. La question était grave. L'auteur ne l'a pas même aperçue. 10) La parfaite santé de l'empereur à cette époque n'a jamais pu

LIVRE I. CHAPITRE

H. Quant à la Prusse, dont Napoléon était maître, on ne sait si ce fut son incertitude sur le sort qu'il lui réservait , ou sur l'époque de la guerre , qui lui fit refuser , en 1 8 1 1 , l'alliance qu'elfe lui proposait , et dont il dicta lui-même les conditions en 1812. Son éloignement pour Frédéric-Guillaume était remarquable. On avait souvent entendu Napoléon reprocher au cabinet prus sien ses traités avec la république française. « C'était, disait-il, » avoir abandonné la cause des rois. » Selon lui, « les négo » ciations de la cour de Berlin avec le directoire décelaient » une politique timide , intéressée , sans noblesse , qui sacriêtre mise en doute un seul instant. Indépendamment du temps qu'il donnait aux affaires , il trouvait celui de courir la chasse à cheval pendant quatre ou cinq heures, de passer des revues, etc.

Com ment qualifier ce ménagement de l'auteur , qui , n'osant pas attaquer de front le génie de Napoléon , suppose un affaiblissement précoce de sa santé, pour se justifier de lui prêter des fautes que ce grand homme n'a point commises? II étend son héros sur le lit de Procuste ; et, contre la coutume des historiens qui se plaisent à grandir leur personnage , il rapetisse le sien , le place dans des si tuations vicieuses ou ridicules, et, sans doute pour le rabaisser en l'excusant , dit ensuite qu'il était malade. Est-ce aussi pour absou dre les auteurs de sa fin prématurée? Napoléon a montré dans la campagne de Russie autant de supériorité et d'activité qu'il en a déployée depuis , dans les campagnes de i8i3 et de 1814. Sa constitution devait être bien forte, puisqu'elle a pu résister six ans au supplice de Prométhée.

Peu de gens ont la capacité, le courage et le temps de juger les choses en elles-mêmes et d'après leurs effets. On trouve bien plus court de s'en tenir aux idées reçues. M. de Ségur , que favori saient d'un côté ces dispositions naturelles, qui tiennent sur-tout à la mobilité de notre caractère, et de l'autre l'inlluence du nom que son père a illustré par son talent et les hautes fonctions qu'il a remplies, s'est déterminé à écrire deux volumes sur l'empereur bien persuadé que le titre seul de l'ouvrage le ferait rechercher du plus grand nombre. Ceux qui lisent avec réflexion se sont facilement aperçu qu'il avait pris pour base de son système une mar che entièrement opposée à celle des écrivains qui se sont ouverte ment déclarés les ennemis de Napoléon. A l'aide de quelques pré cautions oratoires, qui lui servent comme d'abri pour échapper aux observations de tous les partis, il a commencé par établir que toules les sautes de l'empereur prennent leur source dans sou élat habituel de mauvaise santé. » fiait sa dignité et la cause générale des trônes à de petits » agrandissemens. » Chaque fois que , sur ses cartes , il suivait le tracé des frontières prussiennes , il s'irritait de les voir encore si étendues , et s'écriait : « Se peut-il que j'aie, laissé à cet homme » tant de pays '*)! » Cette aversion pour un prince pacifique et doux étonnait.

Comme rien dans Napoléon n'est indigne de l'histoire, on doit en rechercher les causes "K Quelques-uns en font remonter n) Nous passons rapidement sur le commencement de ce chapitre fort obscur, et sur les réflexions que l'auteur met dans la bouche de l'empereur touchant la politique de la Prusse , à l'égard de la république française; mais nous relèverons celle-ci. Chaque fois que sur ses cartes , il ( Napoléon ) suivait le tracé des frontières prussiennes , il s'irritait de les voir encore si étendues , et*) s'écriait ; Se peut-il que j'aie laissé d cet homme tant de pays ! Qui peut avoir dit cela à M de Ségur ? Où l'a-t-il entendu ? Le maréchal-des-logis du palais n'était pas dans la confidence de l'empereur, il n'a jamais mis le pied dans son cabinet. S'il avait quelquefois entendu Napoléon parler des souverains, il saurait qu'il ne s'est jamais servi à leur égard d'expressions aussi inconvenantes , et qu'il ne disait pas d'une tête couronnée: cet homme !

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