Front matter
LE MEXIQUE DÉPOSÉ CONFORMÉMENT A LA. LOI. Les exemplaires non revêtus de la griffe de l'auteur sont réputés contrefaits. Impr. Alf. Castaigne, Bruxelles. LE MEXIQUE HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE LÀ CHUTE DE L'EMPIRE DE MAXIMILIEN (D'APRÈS DES .DOCUMENTS OFFICIELS) PAR A. DE SCHRYNMAKERS Ex-Capitaine de la l'gion belge au Mexlrru4?; TROISIÈME ÉDITION. REVUE et augmentée. BRUXELLES LIBRAIRIE ALFRED CASTAIGNE, 20, Montagne aux Herbes-Potagères. AVANT-PROPOS. Ayant participé, comme capitaine dans la légion belge, à la guerre du Mexique de 1864-1867, j'ai entrepris de raconter l'expédition française en ce pays, l'avènement et le règne de l'empereur Maximilien, terminé par la tragédie de Queretaro. Les passions soulevées par cet épisode de l'histoire contem poraine paraissent aujourd'hui assez calmées pour que l'on puisse porter sur les événements un jugement impartial.
Quoi qu'il en soit, j'espère avoir du moins réussi à redresser bien des erreurs accumulées par la lutte des partis politiques autour de ce qu'on a appelé « l'aventure mexicaine. » Cette histoire se rattache d'ailleurs intimement aux diverses questions américaines qui viennent solliciter périodiquement l'attention publique en Europe. On y retrouve les origines de cette politique d'absorption que les États-Unis ont constamment pratiquée vis-à-vis des États du Sud du Nouveau-Monde. Situé entre les deux Océans et à proximité du canal de Panama qui va bientôt les relier, lc Mexique est appelé à étendre ses relations avec le monde entier. De nombreux chemins de fer construits dans ce pays, pendant ces vingt dernières années, par les Américains du Nord mettent les railways du Missouri, du Kansas, du Texas et du Rio-Grande, en communication avec Mexico et la Vera-Cruz.
L'émigration vers le continent américain augmentant chaque année, il est à prévoir que la masse des émigrants. choisira bientôt de préférence le Mexique où elle s'introduira rapidement, grâce aux nouvelles voies de communi cation, pour jouir de son admirable climat et des richesses de son sol privilégié. — N'en résulte-t-il pas que, loin de nous être indifférentes, les destinées de ce pays finiront par nous intéresser d'autant plus que nous verrons s'y établir un plus grand nombre de nos compatriotes au profit des émigrants, et de leur patrie d'origine, non moins qu'à l'avantage de leur pays d'adoption ? HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE LA CHDTE DE L'EMPIRE DE MAXIMILIEN.
Introduction
. LE MEXIQUE. Le Mexique est une vaste contrée située en grande parlie sous les tropiques, d'une superficie au moins triple de celle de la France, et comptant environ 8,000,000 d'habitants. Ancienne colonie espagnole, ce pays a porté longtemps le nom de Nouvelle-Espagne. II forme aujourd'hui une république d'une étendue de 1,980,000 k. m. carrés, bornée au nord, et au nord-est par les États-Unis, et resserrée par le golfe du Mexique à l'est et le grand Océan à l'ouest. Son territoire s'étend du nord-ouest au sud-est sur un espace d'environ 3000 k. m. ; large au nord, le Mexique se rétrécit considérablement vers le sud où l'isthme de Téhuantepec, bande de terre de 175 k. m., sépare les deux océans. Sa latitude moyenne se trouve au 23e degré. La chaleur y serait accablante sans le voisinage de la mer et l'altitude considérable de la masse centrale du sol.
La grande Cordillère des Andes (Sierra-Madre), qui traverse le nouveau continent dans toute sa longueur, s'étend au Mexique en un large plateau s'élevant généralement à plus de 2,000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan; sur chacun de ses flancs une pente rapidement inclinée descend d'un côté vers l'Atlantique, de l'autre vers le Pacifique. Le terrain est tourmenté par suite d'anciennes commotions géologiques et fendu, çà et là, par de profondes crevasses à parois presque verticales, appelées barrancas, que les pluies torrentielles de la saison d'été creusent chaque année davantage. La température moyenne du plateau, d'environ 17°, est parfai tement supportable pour les Européens. L'air y est sec et salubre. Dans les parties basses, au contraire, qui forment, le long des côtes, une étroite bande couverte de forêts inextricables et parsemée de marais stagnants, la chaleur est ardente et le climat meurtrier, surtout dans les ports de l'Atlantique où règnent les fièvres intermittentes et la fièvre jaune connue sous le nom de vomisse ment noir.
Quelques hautes montagnes couvertes de neiges éternelles couronnent le plateau ; ce sont : L'Istaccihuatl (4786 m.), près de Puebla ; le Popocatepetl (5400m.) au sud de Mexico ; le Nevado de Toluca (4607 m.) non loin de Mexico; le pic d'Orizaba (5225 m.), le Coffre-de-Perote (4088 m.), le Jurullo et le volcan de Colima ; ces derniers, à 19° de latitude N., sont situés tous quatre sur une ligne à peu près parallèle à l'équateur. Presque tous ces sommets des Cordillères américaines offrent des cratères d'anciens volcans. Les tremblements de terre sont assez fréquents au Mexique. Le volcan de Jurullo, qui se trouve dans la partie méridionale du pays entre Tacambaro et le Rio de las Balzas, sortit subitement de terre en 1579 ; au milieu d'un fracas épouvantable, il surgit dans une plaine agréable et fertile où il a porté la désolation et la stérilité ; d'énormes quartiers de rochers furent lancés au milieu des flammes, des jets de boue s'élevèrent à une hauteur prodi gieuse, et les toits des maisons de Queretaro, ville située à environ 200 kilomètres de là, furent couverts de cendres.
Les plaines élevées du grand plateau mexicain dont l'altitude est supérieure à 2,200 mètres, sont généralement arides. L'eau y est rare. Des substances salines apparaissent çà et là, à la surface du sol, comme dans les steppes de l'Asie centrale. Le déboisement pratiqué inconsidérément depuis des siècles, par les Espagnols, a desséché et rendu stériles de grandes étendues de terrain. Toutefois cette aridité cesse dès que l'on quitte les hauts plateaux ; les autres parties du Mexique offrent une fertilité égale à celle des pays les plus favorisés du globe : les pentes des Cordillères, exposées aux vents humides et à des brouillards intenses qui fécondent le sol, ainsi que les vallées et les provinces du littoral, arrosées par de nombreuses rivières qui descendent des contreforts, possèdent une végétation d'une puissance et d'une beauté incomparables.
Les grands cours d'eau sont rares. On peut citer le Rio- Bravo-del-Norte, séparant le Mexique du Texas et long de 2700 k. m. ; le Santiago, débouchant dans l'Océan Pacifique, près du port de San-Blas, sert d'écoulement au lac de Chapala ; le Rio de las Balzas dont l'embouchure est également dans le Pacifique ; le Panuco, appelé Tampico dans sa partie inférieure et le Guazalcoalco, au sud, qui se jettent, tous deux, dans le golfe du Mexique. On a le dessein d'unir ce dernier, par un canal, au golfe de Téhuantepec dans le Pacifique. Quelques lacs ont une grande étendue ; les plus remarquables sont situés près de Zacatécas et de Chihuahua ; celui de Chapala ne mesure pas moins de 300,000 hectares. Mexico est entouré d'une ceinture de lacs comprenant ensemble 44,000 hectares. Ce sont les restes des immenses nappes d'eau qui s'étendaient jadis jusque dans la vieille capitale des Aztèques, bâtie comme Venise au milieu des flots.
Les villes sont en communication par des routes poussié reuses, peu ou pas entretenues, et qui, pendant la saison des pluies, de mai en septembre, se changent le plus souvent en d'immenses cloaques. Quelques grandes voies sont empierrées. Un chemin de fer, en construction, traversera bientôt le Mexique du nord au sud et reliera les principaux centres avec les États-Unis. Les produits du sol sont : le maïs, le blé, la banane, le manioc, le piment, le maguey, le tabac, le sucre, le cacao, le café, le coton, la vanille, l'indigo, le bois de campèche, l'acajou, l'ébène, le palmier, la salsepareille, le jalap, le nopal ou cactus sur lequel vit la cochenille, l'ananas, le sapote, le goyave, l'orange, le citron et à peu près tous les arbres fruitiers, plantes potagères et céréales de l'Europe. Le Mexique renferme de nombreuses mines de cuivre, de plomb, d'or, d'étain et principalement d'argent ; celles-ci sont les plus riches du globe.
L'industrie y est rare; on peut citer cependant quelques belles manufactures de tabacs, des ateliers de bijouterie, d'orfèvrerie et de chapellerie renommés. De grands troupeaux de bêtes à cornes, des chevaux magni fiques et des mulets abondent dans le pays et forment la richesse principale des haciendas, immenses fermes à peine exploitées. Tous les animaux sauvages et les insectes nuisibles, connus en Europe, fourmillent au Mexique. Les serpents à sonnettes, les caïmans, les moustiques etc. infestent les terres basses et les forêts vierges. Le pays comprend une fédération d'États régis par des gouverneurs, qui dépendent plus ou moins du pouvoir central. Ce sont, en allant du nord au sud et en suivant d'abord la côte du golfe du Mexique : le Tamaulipas dont le chef-lieu est Victoria et qui possède les ports de Matamoros et de Tampico ; plus au sud, la région montagneuse de la Huasteca, puis la Vera-Cruz et le port du môme nom.
Assise sur les sables de la mer, entourée de dunes arides et de lagunes croupissantes, cette ville maritime est pour l'étranger le séjour le plus malsain du Mexique ; la fièvre jaune y fait souvent d'affreux ravages. Beaucoup d'îlots et de récifs rendent rapproche du port difficile ; Vera-Cruz n'a qu'un mauvais mouillage où les bâtiments ne sont point en sûreté ; l'abri du fort d'Uloa, bâti sur un îlot, est leur seule défense, et souvent dans la tempête, les vaisseaux, dégréés, sont jetés à la côte. Après la Vera-Cruz on rencontre le Tabasco qui produit le meilleur tabac du monde ; les femmes et les enfants, aussi bien que les hommes, y fument des cigares délicieux. Le Tabasco comme le Yucatan, État voisin, possède des ruines d'un curieux intérêt ; on y trouve les restes de bâtiments, palais, temples et pyramides construits par un peuple dont on ignore l'origine ; Merida, chef-lieu du Yucatan, est un séjour agréable ; le port de Campèche est le siège d'un grand commerce de bois de teinture que cette région produit en abondance.
En partant du Yucatan le long du Guatemala, on entre dans l'État de Chiapas qui touche aux côtes du Pacifique; on y rencontre, près du village de S. Domingo de Palenque situé entre S. Juan Bautista et S. Christobal, des ruines remarquables, vestiges d'une ville qui paraît avoir eu trente kilomètres de circuit ; parmi ces ruines on distingue des temples, des fortifications, des tombeaux, des pyramides, des ponts, des aqueducs, des bas-reliefs d'une belle exécution et ornés de caractères hiéroglyphiques. Au nord de Chiapas est situé Téhuantepec, puis Oajaca, célèbre par le siège qu'en firent les Français en 1864 et qui fut soutenu par Porfirio Diaz, président actuel de la république. L'État d'Oajaca, ainsi que toute la région méridionale du Mexique, contient des ruines remarquables, restes d'habitations splendides ayant appar tenu à un peuple avancé dans les arts.
La construction d'une partie des monuments qu'on découvre dans le sud est attribuée aux Toltèques qui occupaient, avant les Aztèques, l'Anahuac, c'est-à-dire la Vera-Cruz, Puebla, Mexico, Queretaro, Michoacan et Oajaca. Au nord d'Oajaca s'étend la région sauvage du Guerrero jusqu'au port d'Acapulco sur le Pacifique. Le Michoacan qui touche au Guerrero le long du Rio de las Balzas est surnommé le jardin du Mexique; c'est une des contrées les plus fertiles et les plus riantes du monde ; Morélia, sa capitale, en occupe le centre. L'État de Colima, qui possède un débouché sur le Pacifique par le port de Mazanillo, produit du café exquis ; on y remarque une barranca, crevasse immense, de 1700 mètres de profondeur. Plus au nord on trouve le Jalisco auquel appartient le port de San-Blas et la belle ville de Guadalajara, puis le Sinaloa avec le port de Mazatlan, la Sonora et la Basse-Californie contenant de riches mines non encore exploitées.
En partant du nord vers le sud on rencontre les États, non mari times, de Chihuahua, Coahuila, Nouveau-Léon, Durango, Zaca técas, Aguas-Calientes, San-Luis Potosi et Guanajuato ; ces deux derniers sont remarquables par leurs riches mines d'argent. Queretaro, où l'empereur Maximilien fut mis à mort en 1867, est situé à cinquante lieues au nord de l'État de Mexico ; celui-ci se trouve, en partie, dans une vallée des plus pittoresques au milieu de la Cordillière d'Anahuac. Mexico, la capitale du Mexique, est une grande ville de 250,000 habitants ; elle occupe le centre de la vallée. Cette cité contient plusieurs beaux monuments et quelques antiquités, entre autres la grande pierre du calendrier et l'autel des sacrifices humains des Aztèques. Dans toutes les directions se découvrent des ruines remarquables d'anciens palais, habitations, pyramides etc. ayant appartenu aux Toltèques et Aztèques.
Celles de Tula et de San Juan de Téotihua can dénotent que les peuples qui habitaient le Mexique avant la conquête du pays par les Espagnols, étaient puissants, riches, heureux et relativement civilisés. Les nombreux descendants de ces peuples déchus, c'est-à-dire les Indiens, croupissent dans la plus profonde misère ; Tempereur Maximilien avait tenté deles releverde leur misérablecondition;il a été prématurément enlevé à leur affection etàleur reconnaissance. Les plans conçus par l'empereur au sujet de la transformation de Mexico ont été en partie mis à exécution ; on cite le Paseo- Nuevo, la magnifique promenade qu'il a bâtie entre Chapultepec et la capitale. Des maisons de campagne s'élèvent dans toutes les directions et les faubourgs s'étendent chaque jour davantage par suite de l'affluence des colons américains du Nord.
Des voies ferrées, commencées par Maximilien, partent de Mexico vers le nord par Queretaro et Guanajuato ; vers l'ouest par Toluca ; vers le sud par Cuernavaca ; vers l'est par Apam à la Vera-Cruz. Cette dernière ligne est exploitée par une compagnie anglaise ; elle traverse successivement la zone des dunes et des marais de la Vera-Cruz ; les hauteurs du Chiquehuite aux paysages pittoresques et grandioses ; la terre tempérée de Cordova et d'Orizaba; les champs de bananiers, de tabac et les plantations de caféiers et d'orangers. A partir du pic d'Orizaba la ligne ferrée longe des précipices insondables. A Ingenio elle se développe en longs détours et contourne les pentes les plus rapides des Cum brès, c'est-à-dire des hauteurs qui séparent la terre tempérée de la terre froide. Le chemin de fer traverse ensuite les plaines mouvementées, arides et poudreuses de l'Anahuac jusqu'à Mexico.
Les trains sont toujours pourvus d'une compagnie de soldats; elle sert d'escorte à l'effet de défendre les marchandises et les voyageurs contre les bandes de voleurs. Le voyageur qui débarque dans la vallée de Mexico ne se lasse pas d'admirer le Popocateptl et l'Ixtaccihuatl, les deux plus belles montagnes de l'Anahuac. Le cône étincelant de la première s'élance d'un jet à une hauteur prodigieuse, tandis que la dernière étend à cinq mille mètres son long suaire de neige. Du versant oriental des deux gigantesques montagnes se déroulent, à la vue, les plaines de l'État de Puebla ; la ville de Puebla étale ses larges carrés de bâtisses, ses clochers et ses coupoles ; elle est devenue célèbre par le siège qu'en firent les Français en 1863. Au pied du Popocatepetl se détache en sombre la haute pyra mide de l'antique Cholula.
Le pic d'Orizaba montre dans le lointain, à trente lieues, son cône éblouissant ; sa crête neigeuse paraît frangée par une épaisse ligne d'or. II est situé au pied du plateau de l'Anahuac dans l'État de la Vera-Cruz. Tous ces États présentent les aspects les plus variés. Les lacs, les forêts et les plaines arides succèdent a.ux plaines revêtues de la plus riche végétation. A côté de montagnes couvertes de neiges perpétuelles et flanquées de collines aux pentes capricieuses, de pics abrupts, de rocs géants et de profondes barrancas, s'ouvrent des vallées offrant des villes et des villages bâtis dans les situations les plus pittoresques. La plupart de ces villes sont remarquables par la régularité de leurs rues bien alignées et se coupant à angles droits. Les groupes de maisons surmontées de terrasses forment des pâtés rectangu laires appelés quadres.
D'innombrables clochers surgissent de toutes parts. Le Mexique est habité par différentes races : les blancs ou créoles, les indigènes ou Indiens, les métis, nés de blancs et d'indigènes, et les nègres. Les premiers, qui se disent Mexicains proprement dits, sont d'origine espagnole. C'est entre leurs mains que se trouvent toutes les propriétés et toutes les richesses. Parmi les indigènes l'élément Aztèque domine. La plupart, appelés Indios fidèles ou mansos (soumis), sont convertis au christianisme et parlent généralement les langues espagnole et aztèque. Ils sont pauvres, misérables, ignorants, mais foncière ment honnêtes. Les Indios bravos (insoumis), Apaches et Coman ches se tiennent dans le Nord et habitent, en partie, dans le grand désert de Mapimi. Les mansos ainsi que les bravos n'ont pas changé de physionomie ; ils ont la peau basanée et cuivrée, les cheveux plats et lisses, peu de barbe, le corps trapu, l'œil allongé, les pommettes saillantes, les lèvres larges, et, dans la bouche, une expression de douceur qui contraste avec un regard sévère et sombre. « Ils sont graves, mélancoliques et silen cieux; cette gravité est surtout remarquable dans les enfants, qui, versl'âge de cinq ans, montrent beaucoup plus d'intelligence que les enfants blancs. » (Cortambert).
Les métis (sang mêlé) forment à peu près le quart de la population du Mexique ; ce sont eux qui, sous la république, ont introduit le brigandage qui désole le pays. COUP D'ŒIL SUR LE MEXIQUE ANCIEN. L'histoire ancienne du Mexique nous est vaguement connue par les récits des Espagnols qui y abordèrent au commencement du XVIme siècle, par les quelques rares documents et les restes des monuments qu'on a pu découvrir depuis la conquête du pays par Fernand Cortez. Cette histoire se compose, d'après Michel Chevalier ('), de deux périodes distinctes: celle des Toltèques qui va de l'an 698 de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XIII™ siècle ; celle des Aztèques qui commence vers la fin du XIIIme siècle et se termine à la conquête des Espagnols. Les Toltèques furent, dit-on, les premiers qui implantèrent la civilisation dans ce pays.
Us avaient établi leur capitale au nord de la vallée de Mexico, à Tula, où l'on retrouve encore des vestiges importants de vastes constructions. Ce peuple était remarquable par la douceur de ses lois et l'humanité de ses préceptes moraux et religieux ; il se distinguait aussi par son activité, son esprit d'entreprise et son entente des besoins de l'agriculture. Ce furent les Toltèques qui mirent le pays en culture, y introduisirent le maïs, aujourd'hui encore la nour riture principale des habitants du Mexique, et construisirent des routes, des canaux et des monuments. Us savaient traduire leurs idées au moyen de peintures hiéroglyphiques, fondre les métaux, tailler et polir les pierres et tisser diverses étoffes. Us s'adonnaient à la littérature ainsi qu'aux œuvres de l'esprit et avaient une année solaire plus parfaite que celle des Grecs et des Romains.
On retrouve les traces des anciens Toltèques dans les pein tures hiéroglyphiques et dans les monuments qu'ils ont laissés. Ceux-ci sont en général des pyramides en briques cuites au soleil, avec revêtement en pierres, partagées par des terrasses en plusieurs étages et ressemblant aux pyramides égyptiennes, quoique moins hautes. Elles sont orientées très exactement par leurs quatre faces vers les quatre points cardinaux. Les Toltèques, venus on ne sait d'où, disparurent un beau (I) Le Mexique ancien el moderne. — Paris, Hachette et C'" 1863. jour, sans que l'on sache vers quel pays ils portèrent leurs pas ni sous la pression de quel fléau ou de quel désastre national eut lieu cet exode. On suppose qu'ils se dirigèrent vers le sud et on leur attribue la construction des grands édifices que le voyageur contemple aujourd'hui avec étonnement dans quelques parties de l'Amérique centrale.
Vers l'an 1200 de notre ère, les Aztèques, peuple adonné aux sacrifices humains, s'établirent dans la contrée. Ils fondèrent au XIVme siècle la ville de Tenochtitlan, aujourd'hui Mexico. C'était une race sombre, fière, résolue et d'une grande énergie. Ils ne tardèrent pas à subjuguer les peuplades voisines de même souche réparties dans la vallée de Mexico, et à étendre leur domination au loin, si bien que lors du débarquement des Espagnols au Mexique en 1519, l'autorité de Montézuma, empereur des Aztè ques, était généralement reconnue dans toute la région formée par le vaste plateau d'Anahuac. Les Ascaltèques seuls, nation brave et redoutable, avaient maintenu dans leurs montagnes leur indépendance contre le souverain puissant qui régnait à Tenoch titlan. Ils portaient aux Aztèques une haine féroce, malgré leur commune origine ; c'est par une alliance avec ce peuple que les conquérants espagnols vinrent à bout de briser l'empire de Mon tézuma, au profit de Charles-Quint.
Avant de parler de la conquête des Espagnols, il est nécessaire de donner ici une idée du degré de civilisation qu'avaient atteint les peuples du Mexique, à l'arrivée de Fernand Cortez. LES AZTEQUES. La nation des Aztèques formait un empire puissant. C'était une fédération d'États reconnaissant la suprématie de l'empereur qui régnait à Tenochtitlan (Mexico), magnifique capitale de 300,000 habitants. Un grand nombre d'autres villes considérables couvraient à cette époque le célèbre plateau d'Anahuac : Tezcuco, Tlacopan, Chololan, Iztupolopan, Chalco, etc., etc., qui ne sont plus aujourd'hui que de misérables bourgades. Plusieurs de ces villes comptaient plus de cent mille habitants. L'empereur commandait, dit-on, à trente vassaux pouvant mettre sur pied cent mille hommes chacun. En faisant la part de l'exagération naturelle aux chroniqueurs de l'époque, qui ont raconté les prouesses des Espagnols, il n'est pas moins certain que le pays était beaucoup plus peuplé que de nos jours.
L'organisation politique était militaire et théocratique. La forme du gouvernement était celle d'une monarchie absolue, tempérée principalement par les privilèges de l'aristocratie, caste prépondérante avec laquelle l'empereur avait à compter, et par la crainte et le respect qu'inspirait un clergé nombreux et tout puissant. Les lois protégeaient la propriété ; elles étaient régulièrement promulguées et les tribunaux étaient chargés de les appliquer. II existait trois degrés de juridictions ; le premier était électif, le dernier se réduisait à un seul juge nommé par le prince, juge inamovible dont les décisions étaient sans appel. Pour les affaires civiles, il y avait deux degrés de juridictions. La loi pénale comminait la peine de mort pour une foule de délits : le meurtre, l'adultère, le vol, l'ivrognerie, etc.
Ce caractère sanguinaire des lois prenait sa source dans le tempérament cruel des Aztèques. L'administration, qui avait à sa tête dans les différentes provin ces des gouverneurs ou des vice-rois, représentants du pouvoir central, veillait aux services publics, à la rentrée des impôts, à la construction des ouvrages d'art, des routes, canaux, etc. Les impôts se payaient en denrées ou en produits qui allaient remplir d'immenses magasins. Les taxes étaient, paraît-il, fort lourdes dans les derniers temps de l'empire, à cause du faste de la cour et de la nécessité d'entretenir une nombreuse armée, pour maintenir dans l'obéissance des peuplades toujours prêtes à se révolter. L'armée était l'objet d'une grande sollicitude. Les emplois y étaient dévolus aux plus capables ; il y avait, pour les militaires estropiés ou infirmes, une sorte d'hôtel des invalides.
Les prêtres mexicains, gouvernés par deux grands-prêtres élus qui prenaient rang immédiatement après l'empereur, formaient dans l'État un ordre extrêmement nombreux, puissant et riche ; une grande partie du sol était affectée aux dépenses du culte et à la subsistance du clergé. Celui-ci possédait le monopole de l 'éducation et de l'instruction de la jeunesse, et il était parvenu, en faisant de ses élèves des adeptes dévoués, à assurer sa domination sans conteste dans l'État. C'est là, du reste, l'histoire de la caste sacerdotale chez tous les peuples de la terre. On honorait encore d'une estime particulière, les lettrés et les commerçants. Ceux-ci parcouraient les contrées en d'immenses caravanes bien armées et rendaient à leur pays de signalés services, non seulement en y faisant affluer les richesses, mais en y apportant des renseignements nombreux.
Les échanges entre peuples sont un moyen des plus actifs pour étendre la civilisation et la faire progresser. Les Aztèques favorisaient l'agriculture par des lois sages ; ils connaissaient l'art des irrigations, et avaient construit de nombreux canaux (dont beaucoup sont aujourd'hui comblés) pour alimenter d'eau et fertiliser une grande partie du plateau. Des règlements sévères s'opposaient à la destruction des bois, afin de conserver les cours d'eau nécessaires à l'agriculture. La nourriture principale du peuple était le maïs et la banane (•), et sa boisson favorite le pulque, sorte de liqueur fermentée tirée du maguey (agavé mexicana). Les Aztèques possédaient le cacao et en faisaient du chocolat, breuvage importé depuis en Europe ; de la tige du maïs ils tiraient du sucre ; une des lianes de leurs forêts leur donnait la vanille.
Le coton était l'objet d'une grande culture ; ils le tissaient pour en faire des étoffes qui servaient à la confection de vêtements pour toutes les classes. Les habits de luxe et les mantelets étaient faits de plumes aux couleurs éclatantes, artistement tressées, et d'un dessin correct. Ils fumaient et prisaient une plante, appelée yetl, devenue fameuse sous le nom de tabac. Des fibres du maguey ils tressaient des (I) Un champ de bananes d'un hectare peut nourrir cent personnes. cordes, et les feuilles de cette plante précieuse, broyées et mises en pâte, leur fournissaient du papier blanc pour écrire. Les Mexicains avaient la passion des fleurs. Leurs jardins suspendus étaient, dit-on, merveilleux: ils y rassemblaient les plantes et les fleurs les plus belles et les plus rares ; ils dispo saient, sur les lacs, des jardins potagers flottants, de 50 à 100 mètres de large, formés de branchages entrelacés sur lesquels on étalait une légère couche de terre.
Dans toutes les maisons on réservait une cour intérieure qu'on ornait de plantes rares et d'oiseaux au brillant plumage ; les toits en plate-forme formaient des terrasses couvertes de fleurs multicolores. Le sol fournissait en abondance les richesses végétales, mais le bétail était inconnu. Les Mexicains ne possédaient ni le cheval, ni l'àne, ni le bœuf, ni le chameau, ces auxiliaires d'une utilité inappréciable pour l'homme dans les travaux qui exigent une grande force musculaire, tels que le labourage et les transports. Quand ces animaux font défaut, des hommes sont forcés de faire l'office de bêtes de somme, ce qui les soumet à un labeur servile et fatigant qui les abrutit peu à peu. La chèvre et le mouton manquaient également ; la nourriture animale était fournie par une espèce de chien et par quelques animaux domestiques, parmi lesquels les dindons, qui fourmil laient dans les palais.
Les maisons étaient généralement bien construites, les plus belles à un étage, avec des chambres larges et spacieuses. Sur les murs extérieurs on plaquait une espèce de stuc, qui reluisait au soleil comme un métal argenté ; on revêtait les pièces principales de bois odoriférants. Des ustensiles en bois vernissé, des outils en bronze, des poteries, s'étalaient dans les habitations. Les riches Aztèques possédaient en outre de nombreuses pièces d'orfèvrerie, des bijouteries taillées avec art, des disques, des cuirasses et des casques faits de métaux précieux. L'or et Targent étaient au Mexique d'une abondance extrême, ainsi que le cuivre, le plomb et Tétain ; mais le fer, dont Futilité surpasse celle de tous les autres produits miniers, y était inconnu. De Tobsidienne, substance vitreuse très dure, ils fabriquaient des couteaux et des rasoirs, des pointes de pique ou de flèche.
Leur système monétaire était fondé sur Tor et Tétain. L'or était mesuré en poudre dans des tuyaux de plume; Tétain, fondu en forme de T, leur servait de menue monnaie. La numération écrite et parlée reposait sur le nombre 20, ayant pour signe un drapeau. Les autres signes figuraient les puissances successives de 20 ; c'est-à-dire 20 fois 20 ou 400, qu'on indiquait par une plume ; 20 X 400 ou 8000 était repré senté par une bourse. Ces signes se divisaient par moitié et quart : une demi-bourse, trois quarts de bourse, une demi-plume. Les Aztèques employaient des signes symboliques et figura tifs pour traduire leurs idées ; ils se servaient aussi, mais rare ment, de signes phonétiques. Leurs écrits, réunis en feuillets comme les nôtres, formaient de nombreuses bibliothèques. Leur littérature se composait de récits historiques, d'œuvres d'imagi nation en prose et en vers, de médecine, de théologie ou de philosophie morale.
Les Espagnols, dans un but facile à saisir, en ont fait d'immenses auto-da-fé. Les anciens Mexicains adoraient un Dieu suprême, créateur et maître de Tunivers, « invisible et incorporel, la parfaite « perfection et pureté. » Des divinités inférieures, treize grandes et plus de deux cents moindres, étaient rangées sous TÉtre suprême, et recevaient chacune un culte particulier. Mezitli était leur dieu Mars ; on lui avait bâti à Tenochtitlan un temple immense. Son image était portée devant les troupes pour encou rager les guerriers dans les combats. Le dieu des airs, Quetzalcoatl, avait une légende qui rappelle celle de Tàge d'or des Grecs. Ce dieu avait vécu parmi les hommes et leur avait enseigné le commerce, l'agriculture et le travail des métaux. Sous lui régnèrent, avec Tabondance, la paix et la concorde ; les mœurs s'étaient adoucies ; des bandes d'oiseaux au plumage brillant chantaient dans des bosquets parfumés; et la terre se chargeait toute seule de fruits délicieux.
Cette divinité bienfaisante fut chassée par un dieu plus puissant et dut s'exiler. Quetzalcoatl s'embarqua sur le golfe du Mexique et cingla vers l'Orient, en promettant à ses fidèles que ses descendants ou lui-même reparaîtrait un jour. Ce dieu, disait la tradition, était de haute taille, il avait la peau blanche et une longue barbe noire. Quand les Espagnols arrivèrent dans le pays, on les prit pour les descendants du dieu des airs. Les Mexicains croyaient à un péché originel et lavaient leurs nouveaux-nés afin d'effacer ce péché. Ils avaient la confession, Tabsolution, et une cérémonie religieuse semblable au sacrement de Teucharistie, dans laquelle ils avalaient de la pâte de maïs, avec la croyance que c'était la chair même de la divinité. Ils croyaient aussi au paradis et à Tenfer. L'esprit des bons savourait d'éternelles délices parmi les parfums et les fleurs ; les méchants étaient plongés dans les ténèbres et livrés à leurs remords.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Le Mexique. Histoire de l'établissement et de la chute de l'empire de Maximilien (d'après des documents officiels).
