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Journal et correspondance ... Publiés par W. G. Barttelot

Edmund Musgrave Barttelot · 1891 · Scanned text

104,993 words · about 7 h 21 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Edmund Musgrave Barttelot
Language
French
Published
1891
Length
104,993 words · about 7 h 21 min
Sections
17 reader sections
Text
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Public Domain Mark 1.0

 

Contents (17)

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Front matter

JOURNAL ET CORRESPONDANCE D 1 MAJOR BARTTELOT COMMANDANT L'ARRIÈRE-COLONNE uas STANLEY \ LA RECHERCHE ET AU .SECOURS D'EMIN PACHA PUBLIÉS PAR SON FRÈRE PARIS LIBRAIRIE PLON E. PLON, NOURRIT et C», IMPRIMEURS-EDITEURS n u e cuiisiMtiif, 10 RÉPONSE AU LIVRE DE M. H. M. STANLEY DANS LES TÉNÈBRES DE L'AFRIQUE L'auteur et les éditeurs réservent leurs droits de traduction et de reproduction à l'étranger. Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur (section de fa librairie) en janvier 1891. PARIS. TYP. DE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIERE, 8. JOURNAL ET CORRESPONDANCE DU M A J o n EDMUND MUSGRAVE BARTTELOT COMMANDANT L'ARRIÈRE-COLONNE ' DANS L'EXPÉDITION STANLEY A LA RECHERCHE ET AU SECOURS D'EMIN PACHA PUBLIÉS PAR WALTER GEORGE BARTTELOT PARIS LIBRAIRIE R L O N E. PLON, NOURRIT et C'% IMPRIMEURS-ÉDITEURS RUE GARAKCIÈRE, 10 EXPLICATION DE UUELQUES MOTS EMPLOYÉS DANS L OUVRAGE Maaiapara. — Un cbeí commandant â un certain nombre de porteurs.

Porteurs. — Portefaix, porte-balles; les hommes engagés pour porter les charges (munitions, marchandises, provisions, bagages, et au besoin les malades, les femmes et les enfants). Chimbeck. — Unô hutte indigène. Metako. — Fils ou tiges de métal employés comme argent pour toutes transactions. Manyouema. — Natifs de la région entre le Congo et le lac Tanganyika(nord), esclaves de Tippou-Tib, et cannibales. Mélaflor. — Vin de palmier. Souahili. — Le nom d'une race, mélange de sang arabe et de sang nègre, ayant un langage particulier que parlent les Zanzibaris. Ouashengies. — Nom donné par les Zanzibaris à tous les indigènes. MAJOR BARTTELOT

Introduction

Ce livre n'aurait jamais été écrit, si le chef de l'expédition envoyée au secours d'Emin Pacha avait rendu justice, même en partie, aux officiers laissés par lui à Yambouya avec les chargements, les approvisionne ments et les malades. La vie du major Barttelot nous offre Fhistoire d'un gentilhomme etd'un officier anglais aimant sa profession, yiettant sa gloire à en bien remplir les devoirs et esti mant avant tout la seule récompense à laquelle il aspirait et qu'il obtenait parfois, c'est-à-dire l'approbation et les remerciements des chefs sous lesquels il servait. II est bien un spécimen de la vraie nature anglaise, et il n'y aurait aucune raison de placer ses faits et gestes devant le public sans la façon étrange avec laquelle M. Stanley a attaqué sa mémoire, depuis le jour où il a été tué par Sanga, un porteur manyouema de Tippou-Tib, gouverneur de la station des Chutes (Falls Station).

ÍIA.IOIÌ liARTTELOT. 2 Ce fut un terrible coup lorsque, en septembre 1888, nous parvint la première nouvelle de la mort du major Barttelot le 17 août; mais lorsque les lettres de M. Stan ley arrivèrent, ne contenant pour ainsi dire ni l'expres sion banale de ses regrets, ni aucun détail sur le triste événement, notre étonnement fut à son comble. Nous espérions que M. Stanley écrirait directement à un membre de la famille ; il avait écrit aux Sociétés de géo graphie, ne nous adresserait-il pas, à nous, une seule ligne? Non, pas un motl Et puis, comme si ce n'était pas assez terrible de penser à mon frèrte mort, assassiné là-bas au loin, dans cette grande forêt de l'Afrique centrale, de pleurer la ruine d'une existence qui aurait pu être si brillante, il a fallu qu'une bouche cruelle vienne prononcer, et qu'une plume vienne tracer des paroles et des phrases qui, si l'on n'en prouve pas la fausseté, flétriront à jamais la réputation de celui qui n'est plus.

M. Stanley a écrit que la perte de la colonne laissée en arrière était due « au manque de résolution de ses officiers, à l'oubli de leurs promesses, à leur négligence des ordres qui leur avaient été donnés par écrit ». Pour un gentilhomme, pour un soldat de S. M. la Reine, c'est là une accusation sérieuse qu'il est impossible de laisser passer. J'ai déjà écrit aux journaux pour démontrer que toutes les instructions avaient été scru* puleusement remplies,; mais M. Stanley n'a pas jugé à propos de prendre note de mes réclamations. Si, à son arrivée au Caire, ou à son retour en Angleterre, il avait rétracté, niêjne en partie seulement, ce qu'il avait dit précédemment, ou s'il avait pu dans son livre expliquer ses accusations, j'aurais volontiers gardé le silence, et c'est ce que j'exprimai à ses officiers. En avril 1890, M. Stanley, sachant probablement par ses officiers, dont j'avais vu plusieurs, que nous consi-

INTRODUCTION.

. 3 dérions son sileiice à notre égard comme plus qu'étrange, adresse à mon père une lettre dans laquelle il répète ses accusations dans des termes qui soulèvent notre indigna tion et nous donnent lieu de .supposer qu'il doit exister quelque cause cachée pour jeter lc blâme, d'une façon en apparence si peu justifiée, sur mon frère mort et sur ses camarades de l'arrière-colonne. J'étudiai la question avec le plus grand soin, et j'écri vis pour mon père une réponse à M. Stanley (voir l'appendice n° 1), examinant tous. les points l'un après l'autre. C'est son secrétaire qui nous en accusa récep tion, ajoutant que « M. Stanley est trop occupé pour répondre à une lettre aussi longue ». Le livre de M. Stanley, Dans les ténèbres de ('Afrique, contenait tant de faits erronés qu'il devenait nécessaire de prévenir le public et de le mettre sur ses gardes.

J'adressai à la presse une lettre dans laquelle je relevais les nombreux exemples de suppressio veri et mqgestio saisi qui caractérisent cet ouvrage. M. Stanley n'a pas répondu à ces accusations. J'ai donc considéré qu'il était de mon devoir de réunir et d'arranger les matériaux nécessaires pour rendre justice à la mémoire de mon frère, et pour placer devant. le public un exposé des accusations portées contre le major Barttelot, qui, s'il avait vécu, se serait adressé aux autorités compétentes en Angleterre pour se blan chir de ces accusations. II aurait également exigé l'expji cation de la conduite de M. Stanley yis-à-vis de lui pen dant l'expédition, demandant une investigation sérieuse et approfondie des raisons qu'avait pu avoir M. Stanley pour laisser l'arrière-colonne sans provisions suffisantes. l'abandonnant pendant quatorze mois, sans porteurs et à la merci de Tippou-Tib.

Voici un exemple presque incroyable de la façon d'écrire de M. Stanley. Dans Les ténèbres de l' Afrique', il tourne en ridicule Emin Pacha, prétendant qu'il n'a pas exploré le lac Albert. Voici, en effet, ce que nous lisons dans cet ouvrage (vol. II, p. 220) : « Certaines choses pourtant me surprenaient dans Emin Pacha. J'ai déjà dit qu'il avait la passion de l'his toire naturelle, qu'il passait de longues heures à ses collections, à des recherches scientifiques. II semble que plus que personne il devait être équipé pour des explo^ rations géographiques. Aussi je fus abasourdi d'apprendre qu'il n'avait pas encore reconnu le lac Albert. II possédait deux vapeurs, deux bateaux de sauvetage et deux stations riveraines, Toungourou au nord-ouest et Msoua au centre, et il ne connaissait pas encore la partie sud du lac, ni son affluent.

II n'en avait pas sondé les eaux du nord au sud et de l'est à l'ouest; il n'avait jamais eu l'idée de visiter l'Itouri, à deux journées de marche seulement de Msoua. Aussi n'avait-il pas vu encore la grande chaîne neigeuse et me laissa-t-il Thonneur de découvrir les montagnes de la Lune. » - Mais il existe un livre intitulé : Emin Pasha in Centrai Afrka, publié en 1888 par le professeur Schweinfurth et autres, dans lequel se trouve une carte indiquant par une iigne rouge les nombreux voyages d'Emin Pacha à travers son immense province; cette ligne rouge passe à Pextrémité sud du lac Albert, remontant l'affluent que M. Stanley prétend avoir découvert et qui coule des montagnes que M. Stanley. prétend avoir également découvertes. Or, dans ce livre, à la page 507, se trouve une lettre écrite par Emin Pacha au Dr Felkin, datée de Ouadelaï, le 26 octobre 1886, c'est-à-dire avant que M. Stanley ait 1 Édition française publiée par Hachette et C'«.

INTRODUCTION.

. 5 jamais vu le lac Albert, dans laquelle se lisent les lignes suivantes : » Je vous envoie la relation d'une excursion à l'Albert- Nyanza. Depuis que cette relation a été écrite, j'ai fàit deux autres voyages au lac, et le résultat le plus impor tant de ces voyages est la découverte d'une nouvelle rivière coulant des montagnes Ousongora. Elle est très importante et se jette dans le lac au sud. Cette rivière est appelée Kakibi parles Ouasongora, etDouéru par les Ouamboga. Elle est d'une navigation difficile, à cause des cataractes qui sont nombreuses, et elle déverse dans le lac un volume d'eau considérable pendant toute Tannée. » Ainsi les montagnes de la Lune de M. Stanley sont les montagnes Ousongora précédemment découvertes par Emin Pacha, et la rivière Semliki de M. Stanley est la rivière Kakibi ou Douéru, précédemment découverte par Emin Pacha.

Ce dernier ne devrait pourtant pas perdre le crédit de ses découvertes, comme il a perdu sa pro vince et ses richesses, grâce à l'expédition envoyée à son secours. On se souviendra qu'Emin Pacha, nommé par Gordon gouverneur de la province équatoriale de TÉgypte, se trouvait dans une position difficile par suite du manque de munitions; de plus, ses communications avec la côte et avec Zanzibar étaient coupées par les rois d'Ouganda et d'Oungoro, pendant que les Mahdistes tenaient Khartoum et le Nil. L'Angleterre tout entière fut soulevée par des articles de journaux qui attisaient la flamme d'un généreux enthousiasme et conviaient la nation à faire un effort pour sauver Emin Pacha. Les souscriptions abondèrent; des officiers, brûlant de se distin guer dans cette noble cause, offrirent leurs services comme volontaires, et l'expédition fut bientôt prête à partir1. 1 Voir, à l'appendice V, copies des papiers et documents présentés au Parlement au sujet de l'expédition.

M. Stanley fut choisi comme chef de l'expédition par les membres du comité qui avait été formé. L'Angleterre était fière de la pensée qui avait donné naissance à cette glorieuse entreprise, de son but désintéressé et des motifs chevaleresques qui avaient poussé le comité à Torganiser. Et pourtant le comité et M. Stanley jugèrent nécessaire de faire signer à tous les officiers Tengage ment de ne rien publier avant un délai de six mois à partir du compte rendu officiel du chef de l'expédition; exigence aussi étrange qu'inusitée! Sans réfléchir aux conséquences, les officiers signèrent cet engagement, qui leur enlevait toute liberté d'action et les mettait à la merci de M. Stanley. Je regrette amèrement la nécessité dans laquelle je me trouve, par suite des agissements de M. Stanley, de détromper le public et d'enlever le masque qui a si bien caché les véritables motifs de l'expédition envoyée au secours d'Emin Pacha et à laquelle l'Angleterre avait attribué les plus hautes aspirations.

On trouvera dans les pages suivantes les preuves évidentes des buts nombreux que poursuivait M. Stanley en dehors de la recherche et du salut d'Emin, et aux quels il fit servir et l'expédition et les fonds souscrits par le public. L'organisation et la direction de l'expédition, qui était d'un caractère essentiellement militaire sous tous les rapports, à la seule exception de son chef, manquaient totalement de la sage prévoyance qui eût si grandement contribué au confort et au bien-être des officiers et des hommes en assurant les approvisionnements et les transports, et en sachant utiliser l'arrière-colonne par une prudente disposition de ses forces. Je désire particulièrement appeler Tattention tlu lec teur sur les menaces faites par M. Stanley de ruiner la

INTRODUCTION.

. 7 réputation du major Barttelot, sur les arrangements qui existaient entre M. Stanley et Tippou-Tib, et également .sur Tabandon du major Barttelot à la merci de Tippou- Tib, et enfin sur les terribles conséquences de, cet aban don, représentées par la mort du major Barttelot et de .M. Jameson, ainsi que par la nouvelle et plus grande impulsion donnée au trafic des esclaves dans les régions situées à Test et au nord de la station des Chutes. II y a. dans l'histoire du campement à Yambouya, une circonstance dont le souvenir est vraiment agréable; je fais allusion à la touchante amitié qui unissait mon frère et M. Jameson. Pour réaliser et apprécier la belle nature de ces deux hommes, leur affection mutuelle, leur loyal dévouement aux intérêts qui leur étaient confiés, leurs souffrances et leúrs sacrifices, la remarquable façon avec laquelle ils ont maintenu leur campement en paix avec les indigènes .et avec les Arabes, malgré toutes leurs tentations belli queuses, il suffit de lire les lettres suivantes du major Barttelot et son journal, que M. Jameson a heureusement pu envoyer à mon père, de la station des Chutes, au mois d'août 1888, peu de temps avant de mourir lui-même si tristement.

Lorsque la caisse qui contenait ces reliques de mon frère fut ouverte, nous trouvâmes que tout — vêtements, papiers, Bible — était pour ainsi dire réduit en une poussière humide. Le journal et quelques lettres, renfermés dans un pupitre de voyage, quoique très abîmés par Thumidité et illisibles à certains endroits, avaient seuls été préservés comme par miracle. La caisse semblait avoir été plongée dans l'eau pendant des mois. Jedois ajouter que j'ai pu, par permission spéciale, lire le journal de M. Jameson, et qu'il corrobore en toutes choses les assertions de mon frère, particulièrement en ce qui a rapport à la conduite de M. Stanley envers ses officiers. On doit sincèrement espérer la publication de ce journal pour Thonneur de la mémoire des deux amis. S'ils avaient vécu pour revoir l'Angleterre, M. Stanley n'aurait pas osé écrire un seul mot contre eux; mais il sait que la loi ne peut défendre les morts, et qu'il peut impunément accuser ceux qui ne sont plus, le Code ne reconnaissant pas la diffamation contre les morts.

Les observations faites dans le journal de mon frère, relativement à la conduite de M. Stanley vis-à-vis de lui et des officiers de l'expédition pendant le voyage pour remonter le Congo, m'ont été confirmées pour ainsi dire par chacun des officiers. Mais un journal et des lettres émanant directement de ceux qui ne sont plus ont. comme témoignage, une valeur suprême. Littera scripta manet. Ces deux hommes si loyaux n'ont pu ni ajouter ni changer la plus petite chose à ce qu'ils avaient jadis consigné dans leur journal, et ces mots écrits prennent une voix pour demander hautement justice. La vie de mon frère a été courte et bien remplie; né en 1859, il a été assassiné en 1888, à Yà.ge de vingt neuf ans. II avait servi comme officier dans les Royal Fusiliers pendant trois campagnes, et son histoire anté rieure à l'expédition Emin-Stanley est donnée d'après son journal dans les deux premiers chapitres de ce livre.

Avant de terminer cette introduction, je désire offrir mes bien sincères remerciements à la presse et au public pour Tévidente bienveillance avec laquelle ils ont tou jours traité le nom du major Barttelot, et pour le senti ment de justice avec lequel ils ont attendu, pour juger les accusations de M. Stanley, jusqu'à Texpiration des six mois (depuis réduits à quatre) qui, en vertu du contrat passé avec M. Stanley, mettaient un bâillon sur la bouche des autres membres de l'expédition.

INTRODUCTION.

. 9 Je prie instamment le lecteur de se rappeler que j'ai pour but, non pas de raconter ce qui peut intéresser ou plaire, mais bien de remplir mon devoir envers mon frère mort, en présentant les documents que j'ai pu réunir pour rétablir la vérité. Les faits rapportés dans le journal sont parfois assez surprenants par la façon brève de la narration ou par leur nature même; mais il faut tenir compte que ces notes n'ont pas été écrites pour être publiées; elles ne devaient servir que comme mémo randums personnels, et ma famille n'avait jamais eu l'in tention de livrer au public cette histoire pathétique. Nous sommes, à notre grand regret, contraints et forcés de remplir cette pénible mission, et nous en appelons au peuple anglais, dont Tamour pour la justice et la vérité est universellement reconnu et dont nous acceptons res pectueusement le verdict.

I. CHAPITRE PREMIER La vie du major Barttelot de 1859 à 1882, avant l'expédition Emin- Stanley. — Naissance. — Éducation. — Collège militaire de Sandhurst. — Nomination au 7» régiment Royal Fusilien. — Bombay. — Siège de Kandahar. — Deh Kojah. — Lettres. Edmund Musgrave Barttelot, second fils de Sir Walter B. Barttelot, baronet, C. B., M. P., de Stopham, dans le comté de_Sussex, et de Harriet, fille de Sir Christopher Musgrave, baronet, de Edenhall, dans le comté de.Cum- Iberland, naquit le 28 mars 1839 à Milliers, près de Petworth (Sussex). Le jour de sa naissance est toujours resté présent à ma mémoire, par suite d'un amusant incident arrivé le matin même. Nous autres enfants, moi et •deux sœurs plus jeunes, le déjeuner fini, nous avions fermé à clef la porte de la chambre pour empêcher la bonne de rentrer.

Celle-ci, après avoir inutilement essayé ■d'ouvrir, nous cria : « Eh bien, je ne vous dirai pas que votre petit frère vient de naître. » Notre mère mourut en 1863, et vers 1868 nous allâmes habiter Stopham. Edmund fut d'abord élevé chez Mme Cooke, à Brigh ton, et ensuite à Rugby. Plus tard il fut envoyé chez M. Fowler, à Tunbridge Wells, et enfin chez le révérend G. Faithful, à Storrington, avec lequel il prépara ses examens pour Tannée. Repoussé en novembre 1877, il fut admis en mars 1878 et entra le 1er mai au collège de DE 1859 A 1882. 11 Sandhurst, dont le général Napier était alors gouverneur, et le colonel Middleton commandant. II était d'une na ture enjouée, vive et impétueuse. II ne pouvait jamais rester une journée à la maison, il entreprenait de lon gues excursions, et adorait tous les exercices du corps.

II avait un profond mépris pour tout ce qui était vul gaire, bas ou malhonnête, et dès son enfance il montra que son caractère d'homme serait composé de noblesse et de droiture. U passa les vacances de 1878 à Honnef, sur le Rhin (Prusse), chez Mme Hauptmann Moritz, une excellente amie qui préparait les jeunes gens pour l'armée et autres professions. Comme jeune homme, il était d'une grande sobriété; il ne fumait jamais et ne prenait que très rarement des boissons stimulantes. A vingt ans, le vendredi 22 janvier 1879, il reçut sa nomination au 2' bataillon du 7e régiment des Royal Fusiliers. Lc bataillon était aux Indes, et le 4 mars nous allions Taccompagner à Southampton et l'embarquer à bord du steamer Poona. II avait pour compagnons trois autres cadets, Spencer du 44% Corbett (Crow) du 13e et Ferryman Mockler du 14e. Le 4 avril, le lendemain de son arrivée à Bombay, il se présentait à Tadjudant de service.

Au mois de février suivant, le régiment s'embarqua pour aller en service actif dans TAfghanistan , voya geant par mer jusqu'à Kurrache?, et de ìà par voie ferrée jusqu'à Sibi, d'où, après un court séjour, il se rendit à Kandahar, à travers la passe de Bolan et Que'tta, où il oampa avec le 66* régiment. t Le siège de Kandahar commença le 27 juillet; tous les traînards étaient rentrés vers. le soir, mais le pauvre Hector Maclean avait été fait prisonnier. Ayoub Khan JOURNAL DU MAJOR BARTTELOT 12 investissait complètement la ville, nous bombardait chaque jour et attaquait les corvées de travail. De Traf ford a reçu une balle dans la jambe. « Le 16 août nous avons fait une sortie contre le village de Deh Kojah, fortement occupé par les réguliers d'Ayoub qui nous ennuyaient beaucoup. On avait donc décidé de les en chasser.

L'action, commencée à quatre heures du matin, était finie à dix heures; nous avions chassé les réguliers, mais sans pouvoir occuper le vil lage. Mon régiment avait perdu cent soixante -dix hommes et trois officiers. « Le 3 septembre Roberts est arrivé avec les troupes de secours et nous avons livré la nouvelle bataille pour laquelle nous avons reçu la médaille d'Afghan-Kan dahar. Mort du colonel Daubeny emporté par la va riole; le major Butler prend le commandement. » Copie d'une lettre de E. M. Barttelot, lieutenant aux Royal Fusiliers, à sa sœur. u Kanduliar, 16 mai 1880. « Chère Soecb, « J'ai reçu vendredi dernier, 14 courant, toutes vos lettres du 15 avril, ce qui vous montre qu'elles prennent environ un mois. Grand bouleversement ici la semaine dernière. Dans la soirée de dimanche dernier, 9 courant, quatre hommes, y compris le capitaine Garrett, étaient allés à cheval faire une visite à un chef indigène.

Au retour ils furent attaqués à coups de fusil par sept indi gènes. Garrett eut le bras cassé au-dessus du coude, et l'un des deux sirdars qui formaient Tescorte reçut une balle dans le poignet. Les blessés furent ramenés au camp non sans difficulté, mais ils sont maintenant en DE 1859 A 1882. 13 voie de guérison. Au premier moment on a cru que Gar rett perdrait son bras. Le lendemain, on fit une recon naissance et Ton apprit, par un jeune paysan qui avait été présent à Tattaque, que les indigènes étaient au nombre de sept, dont cinq armés de fusils. « Mercredi dernier, le Ouali Shere Ali a été proclamé gouverneur de Kandahar et il a reçu à cette occasion de fort beaux cadeaux du vice-roi des Indes, comme mar que de respect de la part de l'Angleterre. Ces cadeaux lui furent présentés par le colonel Saint-John et par le général Primrose, qui se rendirent à la maison du Ouali pour cette cérémonie.

Parmi les présents il y avait une magnifique épée d'honneur, une montre en or avec dia mants d'une valeur de 2,000 roupies et un bassin en argent. En recevant Tépée, le Ouali jura devant Dieu qu'il ne la tirerait jamais contre les Anglais. « Pour fêter dignement cette grande cérémonie, le nouveau gouverneur abolit deux impôts que les indigènes trouvaient trop lourds, un sur le cuivre et l'autre sur Targent. II reçut tous les chefs indigènes, les muliks, les sirdars, etc., et leur donna à manger et à boire avant de les renvoyer. Le lendemain il rendit visite au général Primrose et au colonel Saint-John. On fit sontií toutes les troupes en son honneur, formant la ligne depuis la porte de Shikapore jusqu'à la demeure du général, une distance d'environ trois kilomètres. II y eut parade en grande tenue , et le Ouali traversa les lignes, à cheval, accompagné de ses deux fils, de son frère et d'un interprète qui est Persan.

II portait Tépée et la montre qui lui avaient été offertes !a veille. Chaque compagnie présentait les armes et saluait du drapeau sur son passage; lui-même s'inclinait avec un profond respect devant le drapeau. C'est un fort bel homme. « Le fruit commence à mûrir très rapidement et est J4 JOURNAL DU MAJOR BARTTELOT. excellent. Les abricots et les pêches poussent ici comme les pommes chez nous. On prétend qu'il faut les manger le matin pour ne pas en être incommodé; c'est ce que je fais. Le raisin et les mûres sont les fruits les plus com muns. t J'ai acheté une quantité de choses curieuses et j'attends une occasion pour vous les envoyer. On fabrique ici d'excellents couteaux et une poudre à canon remarquable; quant aux chaussures, qui viennent de Hérat. elles sont vraiment splendides. Le commerce entre Kandahar et Hérat est maintenant complètement arrêté, les routes étant coupées.

C'est un grand ennui, parce qu'il n'y a pas moyen ici de se procurer des che vaux, doht l'élevage se fait du côté de Hérat. Ceux qui viennent de Hérat et de Caboul sont de magnifiques ani maux, surtout ceux de la race turcomane. « Nous avons trouvé un terrain superbe pour nos parties de polo, un terrain couvert de gazon; nous avions jusqu'ici joué sur un terrain aride, sans le moindre vestige d'herbe. Nous jouons montés sur lesíate qui ser vent aux transports, et ils font d'excellents poneysl « U y a quelques jours, j'ai parcouru à cheval la ville, qui est vraiment extraordinaire; une portion est cou verte par des espèces d'arcades, et les magasins mon trent de très jolies choses, mais je n'ai rien acheté parce que je n'avais pas d'escorte, et laflànerie est dangereuse. En traversant à cheval un village, nous allons toujours à bride abattue, pour donner moins de prise aux balles. « Je pense qu'une partie des troupes sera envoyée, pendant la chaleur, à un endroit à cinq ou six kilomètres d'ici, appelé la vallée d'Argendab ; probablement deuï ou trois compagnies de chaque régiment, afin de donner aux hommes un peu plus de place dans les casernes.

Les mouches sont ici une véritable plaie. DE 1859 A 1882. 15 « On a enfin retrouvé le cadavre de ce pauvre ***, de notre régiment; il a dû se noyer par accident. t Mille expressions affectueuses à mon père et à tout le monde à la maison ; prenez-en votre part et croyez moi votre frère bien affectionné. « Edmund M. Barttelot. « Kandahar, Afghanistan, 7e Royal Fusiliers. » Copie d'une lettre de E. M. Barttelot à Sir Walter B. Barttelot, son père. « Kandahar, dimanche 5 septembre 1880. « MON BIEN CHER PÈRE, « Je vais très bien, quoique, comme tous les autres, je Taie souvent échappé belle. « Le siège a été levé lundi dernier, 30 aoùt, et comme nous sommes arrivés ici le 28 juillet, cela fait une cam pagne assez longue. J'ai reçu hier au soir vos lettres du 5 juillet, les premières nouvelles arrivées d'Angleterre depuis que nous sommes venus ici, où nous avons été entièrement isolés et sans aucune communication.

Un courrier avait bien été reçu ici le lendemain même de notre arrivée, mais il avait été saisi par Ayoub Khan. Nous avons pu communiquer par héliographe, le 27 et le 28 du mois dernier, avec Tavant-garde de Roberts. Quelle marche splendide il a faite I Et pourtant les hommes n'avaient pas l'air d'être fatigués; et en fait ils ont eúdans la soirée du 30 un engagement avec Tennemi qu'ils ont battu. « J'apprends que l'affaire de Maiwand a causé une profonde impression en Angleterre, mais elle n'est pas JOURNAL DU MAJOR BARTTELOT. 16 de moitié aussi mauvaise qu'on a dû la représenter là-bas. La brigade a empêché Ayoub d'aller à Ghuznee, et, sans réussir à le battre, elle lui a fait beaucoup de mal, et en définitive elle a exécuté les ordres reçus. La retraite était certainement une erreur, mais la panique était grande, et vous ne pouvez pas savoir Teffet pro duit sur les hommes quand ils voient se battre ces Ghazis : ils arrivent par milliers, se moquant des balles et des bombes, et chaque homme qui tombe est immédiatement remplacé par un autre.

De plus, ils avaient une cavalerie innombrable, environ quatre mille hommes, lorsque nous en comptions à peine neuf cents. On a fait courir le bruit que la cavalerie scinde avait refusé de charger; mais si Ton considère que ces hommes avaient été pendant quatre heures exposés au feu, aux bombes et à la mitraille, et que les Ghazis étaient déjà au milieu d'eux lorsque Tordre de charger leur fut donné, on s'étonnera moins de leur refus. Le 66" s'est admirable ment comporté, ainsi que le 1" régiment de grenadiers. Le 66e a perdu quatre cents hommes et dix officiers-. Notre brigade comptait deux mille quatre cents hommes, et Tarmée d'Ayboub vingt mille. Le 26 août a eu lieu Tengagement fatal de Deh Kojah, dans lequel nous avons perdu trois officiers et trente-neuf hommes tués dans Taction, outre les blessés, qui sont presque tous morts.

Ce jour-là, nous étions mille hommes pour enlever une des plus formidables positions qu'on puisse imaginer et en chasser les Ghazis, qui comptaient, autant qu'on pouvait en juger, une force de dix mille hommes. Notre régiment de trois cents hommes est le seul qui soit entré réellement dans le village; de fait, nous en avons été maîtres pendant un quart d'heure, mais nous avons dû battre en retraite en voyant que nous allions être complètement entourés. DE 1859 A 1882. 17 • « Le pauvre major Vandeleur, récemment arrivé, a été tué, ainsi que le jeune Wood et mon vieux camarade Tommy Marsh, qui était entré au régiment en méme temps que moi et qui était mon meilleur ami. Parmi les blessés se trouvaient le capitaine Conolly et Trafford; ce dernier n'a pas été blessé dans l'affaire de Deh Kojah, mais quelques jours avant dans une reconnaissance.

Nous n'avons plus maintenant que dix officiers qui puissent faire le service : un major, deux capitaines et sept subalternes; aussi avons-nous fort à faire. Daubeny, notre colonel, est maintenant brigadier général, en remplacement de Brook, tué. Après l'affaire de Deh Kojah, nous n'avons eu aucun engagement jusqu'au l,rseptembre, où Roberts, arrivé la veille, attaquaAyoub et le battit. Mais les journaux vous auront raconté tout cela beaucoup mieux que moi, car leurs correspondants regardent pendant que nous nous battons. Notre régiment prit part à Tengagement du 1er, et les deux compagnies avec lesquelles j'étais sont les seules de toute Tarmée qui aient été exposées au feu des mitrailleuses; nous y sommes restés pendant deux heures, et comme nous n'avions aucun abri, la position était loin d'être agréable. « II faut maintenant que je revienne à notre exis tence pendant le siège.

Nous étions de garde toutes les nuits; pendant le jour, nous allions en reconnaissance, parfois en dehors des murs, renversant et détruisant tout ce qui pouvait servir d'abri à Tennemi: parfois à Tintérieur, abattant des maisons ou les fouillant. Mais ces reconnaissances à Textérieur étaient si dangereuses qu'on dut y renoncer; nous perdions chaque fois plusieurs hommes, et. en termes vulgaires, le jeu n'en valait pas la chandelle. La ville était bombardée presque quo tidiennement; un jour, trente-deux bombes tombèrent sur la cité sans faire aucun mal, et dans le fait, leur <8 JOURNAL DU MAJOR BARTTELOT. bombardement n'a tué qu'un enfant et trois chevaux. La première fois que nous sommes entrés dans la ville, nous en avons chassé environ 10,000 Pathans, y compris femmes et enfants. La raison pour laquelle nous avons abandonné nos cantonnements avec tant de précipitation, c'est que la ville se soulevait, eí si les habitants s'étaient réellement soulevés, il est probable que pas ûn de nous n'aurait survécu.

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