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La Proscription de la Saint-Barthélemi. Fragment d'histoire dialogué en cinq actes et en prose. Précédé d'une ébauche historique des premières guerres de Cour ... et de réflexions sur la Saint-Barthélemi, etc

P.-L. Roederer · 1830 · Scanned text

106,878 words · about 7 h 29 min to read

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Author
P.-L. Roederer
Language
French
Published
1830
Length
106,878 words · about 7 h 29 min
Sections
17 reader sections
Text
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Public Domain Mark 1.0

 

Contents (17)
  1. Front matter about 7 min
  2. Chapitre II about 5 min
  3. Chapitre III about 2 min
  4. Chapitre IV about 4 min
  5. Chapitre V about 2 min
  6. Chapitre VI about 3 min
  7. Chapitre VII about 3 min
  8. Chapitre VIII about 3 min
  9. Chapitre IX about 2 min
  10. Chapitre X about 2 min
  11. Chapitre XI about 2 min
  12. Chapitre XII about 1 min
  13. Chapitre XIII about 8 min
  14. Chapitre XIV about 3 min
  15. Livre II. La Guerre about 48 min
  16. Livre III about 25 min
  17. Livre IV about 5 h 30 min

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Front matter

LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTHELEMI DE LIMPRIMERIE DE LACHEVARDIKRE , RI'E DU COLOMBIER, N° 5o. LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTHÉLEMI, FRAGMENT d'hiSTOIRE DIALOGUE , EN CINQ ACTES ET EN PROSE; PEÉCLiìF D'UNE ÉBAUCHE HISTORIQUE DES PREMIÈRES GUERRES DE COUR, GUERRES DES GRANDS, .1 m* le ,i i.m ru. siècle XOMUÉES IMPROPREMENT GUERRES DE lìi'USIO.V , ET DE RÉFLEXIONS SUR LA SAINT-BARTHÉLEMI; DE REMARQUES SUR PLUSIEURS ACCUS AXIONS PORTEES PAR DIVBâS HISTORIENS DR NOS JOURS CONTRE CATHERINE DE MÉDICIS. La Saiat-Baribélemì ne fui pas le crime du hnalisuir ; ce fui celuî du pouvoir absolu. PARIS, HECTOR BOSSANGE, QUAI VOLTAIRE, N° 1IJ LIBRAIRIE DES ÉTKANGEiìS , RUE JHJTE-l*IHT-AeGt5Tin , N° 55. i85o. \ M. ANDRIEUX SECRETAIRE PERPETUEL DE l' ACADEMIE FRANÇAISE. Je vous adresse le premier exemplaire de mon ouvrage, coaime à la personne dont la bienveillance m'a le plus sensiblement touché dans des temps malheureux , et dont je désire le plus qu'il satisfasse le ju gement et le goût.

UoEDERER. 10 août i83o. AVANT-PROPOS. Après avoir lu , il y a quelque cinquante ans , les principaux écrits qui concernent la Saint-Barthé lemi, il m'est resté dans l'esprit que la Henriade était fondée sur une pure fiction ; que le massacre n'était point l'ouvrage du fanatisme, mais d'une convulsion de la haine et de la peur dans quelques personnages de cour et dans un roi absolu. Quand, au mois d'août 1 829 , Charles X a com posé un ministère pour le renversement de la li berté , et qu'il y a fait entrer un personnage fameux par un plan de proscription hautement manifesté, et par ce propos, que le roi, à son retour de l'exil, aurait dû faire tomber soixante mille têtes , j'ai eu la curiosité de revoir l'histoire de la Saint-Barthé lemi, d'étudier toutes les circonstances de cette AVANT-PROPOS. grande proscription , et de vérifier si une cour per verse ne pourrait pas la recommencer de nouveau.

C'est le résultat de ce travail que je publie aujourd'hui. DES PREMIÈRES GUERRES DE COUR ou GUERRES DES GRANDS, IMPROPREMENT NOMMÉES GUERRES DE RELIGION, DANS LE SEIZIEME SIÈCLE. LIVRE PREMIER. PREMIERS ÉLÉMENS ET PREMIERS MOTIFS DE GUERRE. CHAPITRE PREMIER. Division entre les maisons de Guise et de Montmorenci. — Sujet de cette division. — L'ambition rivale des charges , des dignités, des bénéfices de la cour et de l'Etat, qui pouvaient s'obtenir de la faveur de Henri III ou de son indolence. Ces guerres ont commence entre la maison de Guise et la maison de Montmorenci , ou, pour fixer les idées avec plus de précision, entre François de Guise et Anne de Montmorenci. ■ Ce furent deux fléaux pour la France que ces deux hommes-là. Le président Hénault dit à leur occasion que le concours de plusieurs grands hommes est un malheur pour les Etats.

Chapitre II

Les princes lorrains supplantent les Montmorenci à la mort de Henri II et gouvernent François II son successeur, par la jeune reine qui est leur nièce. — Le duc François de Guise et le cardinal à la tête du gouvernement. — François dépouille le connétable de la place de grand-maître de France. François II renvoie la maîtresse de son père , avec elle le connétable de Montmorenci. La jeune reine est belle ; le roi en est amoureux : le duc de Guise son oncle la gouverne; le duc de Guise gouvernant la reine qui gouverne le roi est donc appelé à gouverner l'Etat. François de Guise est plus guerrier qu'adminis trateur et homme d'État; mais il a un frère déjà fameux dans les affaires ; c'est Charles, cardinal de Lorraine, qui a joué un grand rôle à la cour de François I". Il a puissamment aidé ce prince dans les deux grandes occupations de sa vie : il a persé cuté les protestans et s'est constitué le dresseur des jeunes dames qui arrivaient à la cour (i) : c'est un homme d'Etat.

Voilà donc le cardinal de Lorraine et le duc de Guise, son frère aîné, chefs du gouvernement, (i) Brantôme. l'un pour la guerre, l'autre pour les finances; et le connétable de Montmorenci est retiré dans ses terres. Henri II à son avènement avait fait don à Fran çois de Guise, alors duc d'Aumale, de toutes les terres vacantes du royaume qui appartiennent au premier occupant; don si immense que le dona taire en fit part à Jean de Bourbon , duc d'Enghien , soit, dit De Thou, pour diminuer l'envie en par tageant ce qui la causait, soit pour apaiser le res; sentiment du duc d'Enghien, que la mort de son frère avait justement irrité contre lui. Ce frère avait été assommé, à la Roche-Guyon , d'un bahut jeté étourdiment ou à dessein par une fenêtre du châ teau, par François de Guise, après le siège d'un fort de neige dont ces jeunes seigneurs s'étaient amusés, et pendant lequel il s'était élevé entre eux quelque différend.

Outre la charge de connétable, Anne de Mont morenci possédait celle de grand-maître de la mai son du roi, appelé, depuis Louis XI, grand-tnattre de France, comme si la cour était l'Etat, et la maison du roi le royaume. Les historiens ont à peine remarqué cette charge, qu'ils ont regardée comme purement honorifique et lucrative; cependant elle était un reste de cette grande charge de maire du palais qui a mis la se ronde race de nos rois à la place de la première. Ses prérogatives la retraçaient encore assez pour faire naître la tentation et donner quelques moyens de la relever. Le grand-maître avait sous ses ordres tout le service de la bouche du roi et des tables de ses maisons ; il avait pour cliens tous les commensaux et les personnes qu'il recevait à sa propre table, plus splendide que celle du roi; il tenait les clefs du palais; il en commandait la garde; il en avait la police ; il pouvait entourer le roi d'ennemis, le roi ne pouvait l'entourer de surveillans affidés à sa personne; il était maître de tenir le roi prisonnier, le roi ne pouvait rien contre sa liberté.

La réunion de cette charge avec celle de connétable dans lès mêmes mains, reconstituait l'ancienne mairie du palais. Le connétable de Montmorenci n'avait pas l'esprit nécessaire pour le comprendre. Cependant il trouvait assez d'importance à sa charge pour en être jaloux. Mais de son côté François de Guise la jugea utile à son ambition, et en fut envieux: il saisit le moment de la disgrâce du connétable pour l'en dépouiller et s'en revêtir. L'histoire de cette mutation entre pour beaucoup dans celle de la guerre des grands ; elle fut cause, dit Castelnau , des inimitiés couvertes et plus grandes qu'auparavant, qui animèrent les deux maisons (de Guise et de Montmorenci). Voyons donc somment elle est arrivée. Le connétable étant prisonnier en Flandre à la suite de la bataille de Saint-Quentin, perdue par sa faute, demande à Henri II, qui ne refusait rien à son compère, la survivance de la place de grand-maître pour François de Montmorenci, son fils aîné : rien de mieux mérité, puisque François avait épousé une fille naturelle du roi.

Le roi l'accorde; le duc de Guise en est aussitôt informé. II s'en plaint, il représente qu'il a exercé les fonctions de grand-maître depuis la prison du connétable , et qu'il les a remplies au mariage du dauphin avec la reine d'Ecosse : ne sentant pas qu'il y avait peu de noblesse à se faire un titre contre le connétable , d'un avantage dû à son malheur. Le roi qui, pour répondre au duc de Guise, n'avait qu'à lui en faire la remarque, se trouve au-dessous du courtisan ; il est embarrassé de la demande qui lui est présentée ; il l'est au point de nier qu'il eùt accordé la survivance dont il s'agissait : le roi de France a besoin d'un mensonge pour s'excuser de n'avoir pas prévu une basse sollicitation du duc de Guise. En con séquence , celui-ci , malgré la survivance de Fran çois de Montmorenci, continue ses fonctions jusqu'au retour du connétable qui les reprend, mais pour peu de temps.

La mort de Henri II l'ayant éloigné de la cour, François de Guise exerce de nouveau la charge de grand-maitre; mais alors il prend des précautions contre la survivance qu'il savait avoir été accordée , et fait signer au roi un édit portant abolition des survivances , même de celles qui seraient actuellement accordées ; celle de la charge de grand-maître tombe donc sous cette loi. Mais Guise ne s'en tient pas là. Le connétable était en disgrâce : pourquoi l'épargner? II ne suffit plus au prince lorrain d'avoir l'espérance de remplacer Montmorenci après sa mort; il veut qu'il soit dépouillé vivant, et se couvrir sans délai de sa dépouille. La charge ne pouvait être enlevée au titulaire par une desti tution , on l'enlève par une loi , comme on avait enlevé la survivance à son fils. Une loi ne coû tait pas plus à imposer au roi qu'un coup d'au torité, elle coûtait moins peut-être parcequ'elle prétextait Tíntérêt général.

Une loi défend donc de posséder en même temps deux grands of fices. 11 devait être fait des exceptions à cette loi pour toute la cour; mais elle devait être op posée comme loi générale au connétable de Mont morenci. II est averti qu'il faut opter entre la place de connétable et celle de grand-maître. II n'était pas préparé à croire qu'il pût se faire des lois contre lui : il se défend. II faut négocier avec lui. La reine-mère y met toute son habileté. Après s'être bien fait tirer l' oreille , dit Mézerai , le connétable donne enfin sa démission de la charge de grand maître; à condition toutefois que l'on créerait pour dédommager François de Montmorenci , une charge de maréchal de France surnuméraire. Cette condition fut acceptée, bien que la loi qui dépouil lait le connétable exposât entre ses motifs la nécessité de supprimer les emplois inutiles et en supprimât en effet plusieurs.

Catherine de Médicis, mère du roi, avait peu d'influence sur son esprit, qui était gouverné par la jeune reine et par les Guises; mais elle voyait avec satisfaction l'humiliation du connétable, qui avait été le courtisan de la duchesse de Valentinois , et avait eu l'imprudence de dire que, excepté la bâtarde du roi qui était sa bru , il n'y avait aucun des enfants de ce prince qui lui ressemblât : injure que Catherine de Médicis n'avait pas oubliée, quoiqu'elle ne l'eût point méritée, et que le con nétable se la fût permise uniquement dans l'idée de relever l'alliance de son fils.

Chapitre III

Les Coligni alliés à la maison de Montmorenci , font cause commune avec elle. — Etat nominal des personnages opposés. Une autre maison jouissait en France d'une haute considération à l'époqueoù nous sommes arrêtés, c'était la maison de Coligni. Elle était composée de trois frères : Odet, né en i5i5, connu sous le nom de cardinal de Châtillon ; Gaspard de Coligni, l'amiral, né en 1 5 1 >y, et François, célèbre sous le nomdeDandelot, né en 1 52 1. Leur père, Gaspard de Coligni, seigneur puissant et illustre en Bour gogne, s'était établi en France sous Louis XI; il accompagna Charles VIII à la conquête de Naples , Louis XII à celle du Milanais , François Ier à Mari gnan ; ce prince le fit maréchal de France , et lieu tenant-général de Champagne et de Picardie. Il épousa la sœur du connétable Anne, et cette al liance, jointe à sa naissance et à ses services, attira sur lui et sur sa famille les faveurs de la cour.

II mourut en 1 522 , laissant ses fils en bas âge. L'amiral avait quarante-quatre ans, en i55g; Dandelot, son frère, en avait trente-huit. Fran çois de Montmorenci en avait vingt-quatre ou vingt-cinq ; Henri de Montmorenci vingt-six. François de Guise en avait quarante ; Charles, cardinal de Lorraine, en avait trente-neuf; le cardinal de Guise trente-sept. Voilà huit personnages principaux, dont six se trouvent au même âge, avec un avenir d'égale durée, la même ambition, les mêmes titres, au même rang, àl'entréede la carrière des honneurs, des pouvoirs, des richesses; plusieurs ayant en core des frères et beaux-frères et d'autres parens qui seconderont leurs efforts. Vous voyez à l'ex trémité de cette carrière, tous les objets de leur ambition, flottant, nageant pour ainsi dire dans l'anarchie, s'offrant au plus adroit, au plus hardi, au lieu d'être distribués au plus digne par la main équitable et puissante d'un monarque révéré : pouvez-vous ne pas prévoir d'avance les longues et vives agitations qui vont se succéder?

Le duc de Guise , dont la première ambition fut d'envahir des places et de s'enrichir, n'épargna dans sa faveur aucun des contemporains dont l'âge ne lui permettait pas d'espérer la succession. Depuis plusieurs années il voyait avec inquié tude la faveur des Coligni. Il s'était approprié l'honneur de la victoire de Renti, à laquelle Co ligni avait eu plus de part que lui. II s'était hâté de faire rompre la trêve de cinq ans que Coligni, chargé de négocier la paix, avait heureusement obtenue de l'empereur. Quatre ans après , lorsqu'il se vit maître de l'Etat, il dépouilla l'amiral du gouvernement de Picardie dont il était investi, et s'aliéna ainsi cette famille comme il s'était aliéné celle de Montmorenci. Le cardinal de Lorraine était insolent et dur. Le nouveau conseil du roi ayant résolu, pour l'éco nomie, de réduire l'état des troupes royales à quinze cents lances et à cinq ou six mille hommes d'infanterie , les officiers réformés affluèrent à Fontainebleau.

Les deux frères s'étaient partagé les rôles : le duc écoute, fait des réponses douces et polies ; le cardinal fait planter des potences à la porte du château pour y accrocher prevôtalement ceux qui seront trouvés le lendemain dans la ville.

Chapitre IV

Intervention des Bourbons. — État nominal des personnes de cette maison ; leur situation politique. — Le roi de Navarre et le prince de Condé se mettent en opposition avec les princes lorrains. — Un parti de mécontens se forme autour du prince de Condé; les trois frères Coligni sont du nombre. — Les protestans maltraités font partie des mécontens. Les Montmorenci et les Coligni étant éloignés et mécontens, les Bourbons, sûrs de les avoir pour alliés , se mettent en avant. Cette famille se composait alors d'Antoine, roi de Navarre, de Jeanne d'Albret sa femme, digne fille de Marguerite de Valois sœur de François Ie', du cardinal de Bourbon, de Louis de Bourbon , prince de Condé, tous deux frères d'Antoine. D'An toine et de Jeanne étaient nés Henri, qui fut de puisHenrilV, et Catherine. Henri était alors âgé de six ans, Catherine était son aînée.

Le prince de Condé avait aussi un fils de six ans. Ces deux enfans devaient figurer bientôt en face de Henri de Guise, fils de François, et de Henri de Valois, qui fut depuis Henri III, plus âgé de peu d'années. Les Bourbons étaient pauvres; le roi de Navarre devait sa petite fortune à Jeanne d'Albret; aucune faveur de la cour, aucune charge ne les aidait à soutenir leur rang. Le règne de François II sem blait les inviter à espérer enfin quelques avantages. La grandeur des Guises les blessait, et l'envie se mêlait en eux à l'ambition. Ayant appris l'avènement de François II , le roi de Navarre se mit en marche pour venir à la cour, mais à pas lents. Alors les Guises étaient maî tres de tout, et Montmorenci se retirait. Le roi de Navarre et Montmorenci se rencontrèrent à Vendôme ; et autour d'eux se rassemblèrent les chefs des grandes maisons aussi mécontens qu'eux du pouvoir des princes lorrains.

Le roi de Navarre et le connétable étant réconciliés, par la conformité de leur situation et de leurs désirs, il se tint là une assemblée dont le connétable dirigea tous les mouvemens par Dardois son secrétaire. 11 ne s'agissait pas de protestans et de catholiques, mais des moyens d'enlever le gouvernement aux Guises et de punir les étrangers coupables du crime d'envahir l'autorité au préjudice des princes , des anciens mi nistres , des grands officiers de la couronne, crime de lèse-majesté au premier chef. On conclut néan moins qu'il convenait de prendre une marche prudente , de s'attirer la bonne volonté de la reine mère, de négocier avec elle, d'ouvrir les yeux au roi et de solliciter quelques places, quelques pen sions et une part aux affaires. Cependant Antoine arrive à Blois où résidait la cour.

Le duc de Guise occupait son appartement; le roi de Navarre fut long-temps à chercher une chambre et un lit. Le maréchal de Saint-André partagea son logement avec lui. Ce prince, d'un caractère indolent, se contenta de quelques promesses que la médiation de Cathe rine de Médicis lui fit obtenir. Elle l'envoya en Es pagne conduire Elisabeth de France, sa fille, à Phi lippe II qui l'avait épousée, et porter à ce prince Tordre de Saint-Michel. Condé nc fut pas aussi facile à contenter. Antagoniste de François de Guise, il ne lui ressemblait guère, au moins à l' extérieur. François de Guise était d'une taille a EBAUCHE HISTORIQUE majestueuse, sa figure était sérieuse comme celle de tous les hommes à grands desseins. Le prince de Condé était petit, poli, joli, quoiqu'un peu contre fait, toujours chantant, toujours riant, toujours amoureux et galant; mais il était fier, courageux, dépensier, et sans biens.

II se trouva bientôt circonvenu de gentilshommes que blessaient les réformes opérées par les Guises. Les affidés du connétable, de ses enfans, ses en fans eux-mêmes, refluèrent vers le seul compéti teur qui pût s'opposer aux nouveaux maîtres qu'a vait la France. En mesurant des yeux ses forces et celles des Guises , le prince de Condé rencontra inévitablement les regards de cette multitude de mécontens que la persécution des Guises avait faits. .lusque là il avait été fort indifférent aux questions du luthéranisme ; tout l'effet qu'elles avaient pu produire sur son esprit, c'était de l'ennuyer; mais quand l'esprit de révolte l'eut gagné, il sympathisa fortement avec les sectaires irrités par la persécu tion : toutefois il ne quitta ni ses goûts ni ses maî tresses. Les Colignis élevaient au-dessus du parti leurs têtes honorées; l'amiral et Dandelot, tous deux hommes réfléchis, d'un esprit exercé , affectaient d'approuver la réforme; ils y avaient entraîné le cardinal leur frère, qui s'y mit fort à l'aise en épousant la comtesse d'Hauteville en Normandie . en vivant publiquement avec elle, si bien qu'à la cour où elle allait sans difficulté et où elle assista même aux noces de Charles IX , on la nommait in différemment madame la cardinale, ou madame la comtesse de Beauvais, parceque le cardinal était comte et évêque de Beauvais.

Les deux frères , hommes de tête et d'esprit , avaient adopté la ré forme par raison ; ils s'y étaient attachés , soit, par humeur, parcequ'elle était la réforme , soit pour fronder à la cour des courtisans odieux, soit aussi par aversion pour les mauvaises mœurs du clergé catholique confondues avec celles de la cour dont elles étaient l'excuse; peut-être enfin par un sentiment naturel de compassion pour les protes tans persécutés, et de révolte contre les persécu teurs. Le prince de Condé compta donc les Colignis parmi les appuis sur lesquels il pouvait se reposer. .V\«»ltXI.%'

Chapitre V

Acte de tyrannie du roi contre les magistrats protestans , en plein parlement. — Signal de réunion des mécontens autour des Bourbons. L'exécution d'Anne Dubourg donna le signal de la réunion à une foule de personnes qui s'enten daient sans s'être parlé. Tout le monde sait l'histoire de cette abomi nable exécution : elle ne s'oubliera pas plus que la Saint-Barthélemi. La duchesse de Valentinois espérant s'enrichir par la confiscation des condamnés, et les Guises, toujours occupés du soin de se faire un parti parmi les catholiques, ne cessaient de solliciter le roi à des violences contre les hérétiques. Ils firent agir auprès de lui des magistrats du parlement, et ils vinrent à bout de persuader à ce prince qu'il fallait commencer par châtier ceux d'entre eux qui étaient favorables aux sectaires, que là était la racine du mal.

Ils lui conseillèrent de se rendre au parlement pendant une mercuriale, sans y être attendu. Le 1 5 juin le roi se rend au parlement accompagné des princes de la maison de Bourbon , de François , duc de Guise, du connétable de Montmorenci et des cardinaux de Lorraine et de Guise. Là il dit qu'il a cimenté la paix par le double mariage de sa sœur et de sa fille (1) ; qu'il faut maintenant, finir l'af faire de la religion. Anne Dubourg observe qu'il serait bon d'examiner qui était l'auteur des troubles en matière de religion , de peur qu'on ne fût obligé de faire la réponse d'Élie à Achab : C'est vous qui troublez Israël (2). Le roi s'offense de cette citation. Le connétable de Montmorenci s'étant approché de lui pour preudre ses ordres, descend dans le parquet, saisit sur leur siège Dufour et Dubourg et les livre au capitaine des gardes Montgomery, qui les conduit à la Bastille.

Un autre capitaine des gardes va en saisir six autres dans leur maison pour avoir opiné dans le même sens : une commission les condamne tous à être roués vifs et brûlés. Le roi avait an noncé qu'il assisterait au spectacle de cette exécution, lorsque, se donnant en spectacle lui-même dans un tournoi, il est frappé d'un coup mortel. Les Guises pouvaient sauver les magistrats pro scrits en faisant un appel à la clémence naturelle du jeune successeur ; ils ne le font point, ils avaient besoin de la terreur : Dubourg subit son supplice. (1) De sa sœur mariée au duc de Savoie , de sa fille , Renée , mariée au duc de Lorraine. (a) De Thou , tome II , page 571. Alors tout afflue autour du prince de Condé ; les bannières de Fambition trompée, de la justice lésée, des mœurs offensées , de la liberté de con science révoltée, viennent se ranger sous celle qu'ont levée l'orgueil et Fambition de ce prince jusque là regardé avec indifférence; et parmi ces bannières diverses on ne voit point celle du pro testantisme évangélisanl, travaillant à se propager par la force et à extirper la religion catholique.

Chapitre VI

Etat respectif des partis : d'un côté , les Guises et la jeune reine, Marie Stuart ; de l'autre , les Bourbons , les Montmorencis , les Colignis. — Le roi mené par sa femme et les Guises. — Catherine de Médicis sans puissance, mais disposée favorablement pour les Bourbons. — Étal des protestans. — Assemblée du parti de Bourbon contre les Guises. — Délibération politique nullement religieuse. — Formation d'un conseil permanent. L'objet dont il s'agit entre les partis est l'exercice du pouvoir royal, qui semble s'offrir aux mains qui voudront s'en saisir: celles du roi, âgé de quinze ans, indolentes et sans force, le laîssent à l 'abandon. A côté du jeune monarque est la reine, Marie Stuarl, princesse jeune, belle, spirituelle, qui le captive. Plus loin et de côté , Catherine de Médicis , mère du roi.

En face sont les trois familles de grands que ncus connaissons : les Guises, au nombre de six et quatre sœurs ; les Montmorencis, au nombre de cinq, le connétable et quatre fils ; les trois Coli gnis. Plus loin , mais plus haut : la maison de Bour bon, composée comme nous l'avons dit du roi de Navarre, de Jeanne d'Albret sa femme, du car dinal de Bourbon, et du prince de Condé son frère, sans compter le jeune prince de Navarre âgé de six ans. Les mécontens politiques s'unissent à laFerté, maison du prince de Condé voisine de la Picar die, avec les calvinistes. Là le prince s'attache à l'amiral. Les réformés commençaient à former une secte composée de personnes de tous les états; ils se réunissaient en assemblées depuis Boulogne jus qu'à Bayonne, depuis Brest jusqu'à Metz. Dans Fassemblée de La Ferté on est bien loin de s'occuper de la prééminence du calvinisme sur le papisme et des moyens de faire triompher les réformés, même de les soutenir contre les catholiques; cela n'importait ni au prince de Condé ni aux Colignis.

Ils avaient accueilli les calvinistes comme mécontens et non comme calvinistes ; ils les avaient pris sous leur protection, ils ne s'étaient pas mis sous la leur ; ils ne s'étaient pas dévoués à leur cause, ils les avaient, admis à soutenir leurs intérêts personnels. Dans le fait, le triomphe du culte protestant n'aurait apaisé aucun des griefs de la maison de Bourbon et des Colignis ; et ceux ci, en délivrant la France de l'oppression et de la tyrannie des Guises, faisaient pour les protestans tout ce que des hommes raisonnables avaient l'in tention de leur accorder, savoir : la liberté de con science. On ne discuta dans Fassemblée de la Ferté que des questions politiques où Condé et son parti avaient intérêt. On y examine s'il n'appartenait pas à la nation de former un conseil d'administration , lorsque le roi n'était pas en état de gouverner ? c'était là l'af faire des Bourbons.

Ce fut pour combattre l'opinion exprimée à ce sujet par les mécontens, que du Tillet, le plus éclairé des publicistes du temps, fit le fameux mémoire où il établit que le roi majeur, c'est-à dire à quatorze ans , a seul le droit dénommer ses ministres. On demanda ensuite si la principale noblesse n'était pas en droit de requérir la convocation des états-généraux et de Fexiger. En troisième lieu , si les députés n'étaient pas en droit de se faire escorter par un certain nombre d'hommes armés pour leur sûreté, soit pendant la route , soit pendant leur séjour à la cour ? En quatrième lieu, si une assemblée de ces mêmes personnes ne pourrait provisoirement donner force de loi à ses décisions. En cinquième lieu, s'il n'était pas permis de tuer les oppresseurs de la liberté publique, au cas qu'ils ne pussent être jugés dans la forme ordinaire.

Ces questions réduites à leur simple expression étaient de savoir, si le prince de Condé et les Coli gnis ne pouvaient pas se mettre à la tête du gouver nement, en chasser les Guises à force ouverte et les faire tuer.

Chapitre VII

Conjuration de Lyon, appelée conspiration d' Amboise , des Bourbons et adhérens contre les princes lorrains. — Les Guises 'en font une boucherie à Amboise après les y avoir attirés par surprise. On forme un conseil à Lyon. La Renaudie, gentilhommed'unebonne maison de Périgord, homme d'épée, et nullement théo logien , aimé et estimé du prince de Condé , va consulter à Lauzanne et à Genève sur le parti qu'il convient de prendre. 11 rapporte de Genève une consultation de François Hottman, fils d'un conseiller au parlement de Paris, et l'un des plus célèbres jurisconsultes de son temps. Les conjurés se réunissent à Nantes. La Renaudie y harangue avec véhémence ; il accuse les Guises d'avoir privé la nation du droit de s'assembler, de composer seuls le conseil pendant le bas âge du roi, d'en éloigner les princes du sang qu'il dit être magistrats ìiés du royaume dans un temps de minorité ; de priver, sous prétexte d'économie, les anciens officiers domes tiques de leurs emplois, tandis qu'ils doublent les gages de leurs affidés ; de se revêtir des grands offices, des grands gouvernemens, et d'en dépouiller des hommes tels que le connétable de Montmorenci et l'amiral de Coligni.

On voit ici à découvert des intérêts politiques et personnels, appuyés sans doute sur les droits les plus certains, mais enfin différens des intérêts religieux; ceux des calvinistes ne seront pas exclus de la protec tion des conjurés, mais ils ne sont pas l'objet de la conjuration : on ne s'occupera point de leurs succès, de leurs progrès, même de leur défense ■ on ne protégera que le droit de se défendre eux mêmes, que la liberté de se servir pour leur con servation ou leur propagation , des moyens qui leur sont propres : l'exercice du culte, la parole et Fexemple. Non seulement, les conjurés ne sont point fanati quesdesopinionsdescalvinistes, mais ils necroient ni au fanatisme des calvinistes ni même à celui des catholiques. La Renaudie, après avoir représenté les magistrats arrachés de leur siège, traînés sur un échafaud, brûlés, pour avoir déclaré qu'ils croient la tolérance juste et nécessaire, s'écrie: « Plût à Dieu qu'une piété mal entendue, un zèle «aveugle, mais vrai, le fanatisme enfin ( voyez »quel vœu j'ose former ), dirigeât nos persécu teurs; du moins nous apercevrions un terme à » nos maux; car la vérité triomphe tôt ou tard. «Mais... regarderai-je comme un dévot, comme » un chrétien , un homme dont la conduite est di- .rectement opposée aux maximes de FÉvangile, »un prêtre qui dans une cour débordée est encore »un objet de scandale?

(II parlait du cardinal »de Lorraine. ) N'entends-je pas débiter dans les » rues que les princes lorrains sont les vrais descen »dans de Charlemagne, que les Capets sont des • usurpateurs? Si cette fable s'accrédite, il ne » leur manquera qu'un ordre émané de Rome pour «parvenir à leur but, et Rome le fera- 1- il long » temps attendre ? » Après ce discours la Renaudie communique la consultation et fait connaître les dispositions des princes et celles des puissances étrangères en faveur des réformés. On convient de signer d'abord une protestation de fidélité au roi, ensuite de ré diger une requête qui lui serait présentée, pour de mander l'expulsion des Guises. On prévoitlecasoù les porteurs de la requête seraient, écartés du trône par les Guises : en ce cas, s'écrie-t-on , qu'ils meu rent de la mort des tyrans.

La présentation de la re quête devait avoir lieu à Blois, le i5 mars. Dans Fintervalle la conjuration se découvre. Guise est nommé lieutenant-général pour le temps et le fait de la conspiration. La reine consulte les Colignis, feignant d'ignorer qu'ils soient d'accord avec les conjurés. Les Colignis feignent , de leur côté, d'ignorer les griefs des conjurés, excepté celui de la persécution , qu'on ne pouvait nier. En conséquence ils conseillent de désintéresser les protestans en leur accordant liberté de conscience et amnistie. La cour se rend à Amboise. Le prince de Condé s'y rend avec ses gentilshommes ; des troupes de réformés s'avancent. Nemours va au-devant. II propose de déposer les armes et s'offre à conduire les pétitionnaires au pied du trône : on souscrit à son offre. Sur sa parole on entre désarmé dans Amboise. Malgré les réclamations de Nemours, dont l'honneur est en gagé, on jette les pétionnaires dans les prisons, on en fait mourir douze cents.

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