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Essai sur l'emploi du tems ... Quatrième édition, revue ... par l'auteur

Marc Antoine Jullien · 1829 · Scanned text

140,648 words · about 9 h 51 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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About this book

Author
Marc Antoine Jullien
Language
French
Published
1829
Length
140,648 words · about 9 h 51 min
Sections
35 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (35)
  1. Front matter about 43 min
  2. Chapitre II about 4 min
  3. Chapitre III about 1 min
  4. Chapitre IV about 1 min
  5. Chapitre V about 1 min
  6. Chapitre VI about 3 min
  7. Chapitre VIII about 2 min
  8. Chapitre IX about 2 min
  9. Chapitre X about 2 min
  10. Chapitre XI about 2 min
  11. Chapitre XII about 3 min
  12. Chapitre XIII about 1 min
  13. Chapitre XIV about 1 min
  14. Chapitre XV about 2 min
  15. Chapitre XVI about 2 min
  16. Chapitre XVII about 9 min
  17. Chapitre XVIII about 9 min
  18. Chapitre XIX about 7 min
  19. Chapitre XX about 6 min
  20. Chapitre XXI about 12 min
  21. Chapitre XXII about 5 min
  22. Chapitre XXIII about 3 min
  23. Chapitre XXIV about 5 min
  24. Chapitre XXV about 2 min
  25. Chapitre XXVI about 27 min
  26. Chapitre XXVII about 3 min
  27. Chapitre XXVIII about 22 min
  28. Chapitre XXIX about 5 min
  29. Chapitre XXX about 4 min
  30. Chapitre XXXI about 6 min
  31. Chapitre XXXII about 2 min
  32. Chapitre XXXIII about 8 min
  33. Chapitre XXXIV about 5 min
  34. Chapitre XXXV about 2 min
  35. Chapitre XXXVI about 6 h 19 min

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Front matter

ESSAI SUR L EMPLOI DU TEMS. OUVRAGES DU MÊME AUTEUR, QUI SE TROUVENT CHEZ DONDEY-DUPRÉ PÈRE ET FILS, IMP.-MB., Rue St.-Louis , N° 46 , au Marais , et rue Richelieu , N" 47 W* i Et au Bureau d'abonnement de la Revue Encyclopédique , Rue d'Enfer St.-Michel, N" 18 : r. Essai général d'éducation, physique, morale et intellectuelle , avec vingt-deux tableaux analytiques d'un plan d'Éducation pratique , suivi progressivement d'année en année, jusqu'à 24 ans. (Paris, 1808. Firmin Didot. ) Un vol. in-4° Prix , 10 fr. 2. Agenda général, ou Livret-pratique d'Emploi du tems. Quatrième édition. Paris , 1824. Un vol. in-12 avec tablettes et deux planches , cartonné avec soin 5. 3. Biomètre , ou Mémorial Horaire, Livret avec tablettes, servant d'Instrument pour apprécier la vie par les divers emplois de chaque intervalle de vingt -quatre heures.

Seconde édition. Paris, 1824. Un vol. in-12 , cartonné avec soin 5. 4. Esprit de la Méthode d'Éducation de Pestalozïi. Milan, 1812. Deux forts volumes in-8° 1 5. 5. Esquisse d'un Essai sur la philosophie des sciences , contenant un Nouveau projet d'une division générale des connaissances humaines. Paris, 1819. (Cet ouvrage , dont on prépare une seconde édition , deja en partie imprimée depuis long-tems , a été traduit et publié, en 1820 , en allemand.) In-8° 3. 6. Notice Biographique sur le général polonais Kosciuszko , ornée de son Portrait. (L'édition est épuisée ; elle a été traduite et publiée en allemand et cn polonais; on en prépare une nouvelle édition, très-augmentée.) 3# 7. Précis sur les instituts d'éducation et d'agriculture de M. Fellemoerg , a Hofwil, près Berne. Paris , 1817.

Colas, libraire 1. 8. La France en i8a5, Discours en vers , suivi de Poésies détachées. Seconde édition. Paris, i8a5. Renouard, libraire, rue de Tournon, »'5 4. Essai sur THraploi duTeins jjai' M. A. JCI.1.IF.N de Pans _jC Ôrr/ir/H/'r frrtfrt//r /(,/ /■r'.jtc/frr/,/ r/f/ , /é ,/,,j JtâU&'en 1828 parDondry-Dupre Fcrc etfïùr.Imp. Lib Jtu6>Jt£ehe&àu>2%?4,j/íú efjiue iSSLouLs N%ó 'auMaraíe .

Chapitre II

Du Perfectionnement moral : But de Téducation et de la vie ; premier élément du bonheur. La tendance universelle au bien-être ou au bonheur est , dans le monde moral , un fait d'une généralité ab solue ; mais le but vers lequel la loi morale attire tous les êtres animés ne paraît pas déterminé avec précision, ni fixé sur un seul point. II n'est pas renfermé dans un cercle étroit qui prévienne les écarts de Tima gination, et dans des limites clairement indiquées et circonscrites pour tous les hommes : il est sujet à des oscillations ; il se modifie pour les individus , suivant leurs inclinations, leurs passions, leurs caractères, leurs divers degrés de raison et d'intelligence, et les différentes influences dont ils ressentent les effets. De là, ces déviations si fréquentes dans Tordre moral, tandis que Tordre physique de la nature est , à beaucoup d'égards, constant et immuable.

II est donc utile et même nécessaire de procurer un point-d'appui plus sûr à la faiblesse humaine, un fondement plus solide à Tédisice moral , et à la félicité des mortels sur la terre • à la première et à la plus importante des sciences, celle du perfectionnement moral, sans lequel il n'est point de vrai bonheur. II faut déterminer, d'une manière fixe, évidente, irrévocable, et presque uniforme pour tous les hommes , le caractère essentiel , et la nature du but vers lequel ils doivent tendre ; les élémens dont le bonheur se compose ; les bornes dans lesquelles il se trouve circonscrit ; les moyens les plus sûrs et les plus faciles d'y parvenir. Le bonheur , compris dans son acception la plus pure, la plus noble, la plus élevée , comme le résultat du développement libre et complet de nos facultés , et surtout de cette amélioration morale qui tient à la dignité de notre nature ; voilà , pour Tespèce humaine en général, et pour chaque homme en particulier, le but com mun et légitime de Téducation et de la vie.

Mais, quoi que tous les hommes tendent nécessairement à ce but , par réflexion ou par instinct, et quoiqu'il n'en soit au cun qui ne désire être heureux , la plupart ignorent en quoi consiste réellement le bonheur, et paient chère ment cette fatale ignorance. Les uns, abandonnés à des passions inquiètes, à des illusions séduisantes, s'é puisent en pénibles efforts pour le chercher au loin , quand ils pourraient facilement le trouver sous leurs pas. Les autres, par une méprise plus funeste, n'em ploient, pour leur conservation et leur félicité, que des moyens de ruine et d'infortune : ils se détruisent eux mêmes, en voulant se conserver; ils empoisonnent leur existence, en cherchant à la rendre heureuse. La raison, Tobservation et T expérience paraissent indiquer trois élémens essentiels du bonheur : la force ESSAI du corps et la santé ; ï élévation de l'ame ou la moralité ; la culture de l'esprit ou Y instruction.

Plusieurs autres moyens de bonheur, secondaires et accessoires, quoique très-importans par eux-mêmes, viennent se rattachera ces trois premières causes , et en dépendent nécessai rement. La fortune, par exemple, objet de tant de vœux , et réputée souvent le premier des biens , n'a pu d'abord devenir le partage que d'un homme qui avait su Tacquérir par son travail et par ses talens, par la double activité du corps et de Tesprit, par Testime et la con fiance que ses qualités morales avaient inspirées. Si elle a été transmise par héritage , elle ne peut être conser vée que par une conduite prudente, par un esprit de sagesse, d'ordre et d'économie. Elle ne fait goûter, quelle que soit son origine , des plaisirs purs et vrais , étendus et variés, qu'à celui qui réunit les avantages d'un corps sain , d'une ame bien ordonnée , d'une intel ligence cultivée.

Meus saua in corpore sano. La fortune, ainsi que la puissance, les honneurs, la réputation, est un moyen, mais non pas un but. Elle donne des avantages réels et solides , lorsqu'on sait en faire un noble et digne usage pour soi-même et pour les autres ; mais elle ne pourrait seule suffire au bon heur : elle n'acquiert de prix , qu'autant qu'elle est accompagnée des trois avantages que nous avons indiqués. Supposons, en effet, un homme possesseur d'une for tune immense, qui serait, au sein des richesses, tour menté par les maladies, plongé dans une grossière ignorance, dépourvu de moralité, de sensibilité , privé, par conséquent , des douceurs de Tamitié , des charmes de la société , des plus pures jouissances de l'amour, et de celles dont les sciences et les arts viennent embellir la vie : comment cet homme pourrait-il être heureux ?

II en est de même des autres biens qui excitent nos désirs ; aucun d'eux n'a de prix que par la santé qui per met d'en jouir , par Tétat de calme et de dignité de Tame , par Tégalité d'humeur et de caractère , ou par une bonne constitution morale qui procurent le double avantage d'être bien avec soi-même , et d'avoir des amis avec lesquels on augmente son bonheur en le partageant ; enfin, par la culture et Télévation de Tesprit, ou par Yinstrucûon , qui fait mieux apprécier tous les moyens de conservation et de bien-être , et qui leur prête un nouveau charme.

Chapitre III

Du Principe fondamental de Téducation et de la morale , ou d'une Loi naturelle et primitive , qui lie tous les hommes entr'eux par leurs intérêts réciproques. Le Principe de Y éducation , ou de laTc/ence qui a pour objet de former les hommes et de les rendre heureux , est tout entier dans cette loi de la nature , qui est aussi la base de la morale et le premier anneau de la chaîne so ciale : « c'est dans le bien réciproque de chacun des individus composant la société, que chacun séparément, et tous ensemble , peuvent trouver leur Sien-être et les moyens d'améliorer leur sort, ou l'intérêt particulier de ESSAI 40 chacun tend naturellement, et par la force des choses, à se confondre avec Tintérêt commun. » Cette vérité devient incontestable pour celui qui en puise les preuves dans Tétude des circonstances qui ont précédé et ac compagné la formation des sociétés, dans leurs périodes successifs d'avancement, et dans une organisation sociale perfectionnée.

L'homme est un être naturellement social. La société lui est presque aussi nécessaire que la respiration ; il ne peut impunément s'isoler et chercher un bonheur ex clusif. La conservation individuelle et la conservation publique sont deux choses indivisibles. Les moyens bien entendus de notre propre conservation et de celle de la grande famille sociale dont nous faisons partie, qui sont destinés à produire dans chacun de nous des corps sains et. robustes, des am.es bien réglées, des intel ligences développées et cultivées , conduisent à la fois au bonheur et à la vertu. Celle-ci consiste dans la force morale qui triomphe des vices de la société , et qui sert à les corriger. Nous devons rendre notre volonté et rios actions conformes aux intérêts de nos semblables ou à ceux de la félicité publique d'où résulte notre félicité particulière.

II y-a une connexion nécessaire de toutes ces choses entréeïïes. On envisage ainsi la question du bonheur d'une manière plus large, plus morale et plus vraie ; on ne sépare jamais les intérêts particuliers des intérêts généraux de Thumanité.

Chapitre IV

Des trois élémens qui constituent Thomme , et dont le développement et Tharmonie sont nécessaires à son bonheur. Lé bien-être personnel de chaque individu, et la faculté de contribuer au bonheur des autres , qui en fait essentiellement partie , résultent du concours et de la parfaite harmonie des trois puissances distinctes qui , suivant Topinion commune, composent et constituent Thomme : i° L'Ame, source première de nos sentimens et de nos pensées, ou Tinstinct moral qui inspire les actions ; 2° L'Esprit , ou la conception et Tintelligence qui les combinent et les dirigent ; 3° Le Corps , ou la force physique qui les exécute. Si Tame , Tesprit et le corps ne sont pas exercés et développés concurremment et simultanément par Tédu cation, il ne peut guère y avoir pour l'homme ni bonheur personnel , ni moyen de contribuer au bonheur de ses semblables.

Tout se tient (i). Si le corps n'est pas sain et robuste , le bonheur est altéré, Yesprit perd sa vigueur, et Y ame son énergie. Une santé toujours chancelante ne permet ni de s'adon- (i) Voyez, ci-après , dans I'Appendice I , contenant Y exposé de douze principes généraux , le développement et les applications du principe énoncé dans ces termes : Tout se tient dans /'univers. 4a ESSAI ner aux sciences , ni d'être utile aux autres et à soi-même. Si l'esprit n'est point cultivé par Tinstruction, Thomme abruti et dégradé renonce à son plus noble privilège : il demeure privé des plus douces jouissances et des plus solides richesses. Si l'ame n'est point pénétrée du sentiment de sa di gnité , n'est pas élevée à la hauteur de sa noble desti nation ; si le cœur n'est point sensible , fier et généreux ; la force physique et les talens de l'esprit sont de vains avantages , qui , mal employés , deviennent souvent funestes à la société en général, et à celui même qui ne les possède que pour en abuser.

Chapitre V

Des trois points de vue sous lesquels on doit considérer Temploi de Texistence. Nous devons donc , pour être heureux , tirer le parti le plus convenable de nos facultés physiques , morales et intellectuelles . Les premières, qui comprennent la bonne constitution du corps et la santé, demandent, pour être bien entretenues, un exercice journalier et modéré; des pro menades ; quelques travaux manuels ; Thabitude de la propreté , de la sobriété , de la tempérance ; Téloigne ment de toute espèce d'excès. Les secondes ont rapport à la pratique de la vertu , à la noblesse et à la pureté de Tame , à la croyance touchante et sublime de son immortalité, et d'un Dieu juste et rémunérateur ; enfin , au calme d'une conscience pure et sans reproches , calme délicieux qui résulte du bien qu'on fait, du mal dont on s'abstient.

II existe, à cet égard , au fond de nos cœurs , un instinct secret et irrécusable , un sens moral qui parle à tous les hommes, qui les avertit et les surveille intérieurement, et dont ils doivent écouter les inspirations et suivre les con seils. Enfin , les facultés intellectuelles ne sont développées et perfectionnées que par une culture soignée de l'es prit et par des études bien coordonnées entre elles. Tout consiste dans ces trois choses : Se former à la fois un tempérament vigoureux, de bonnes habitudes morales , un sens droit et un esprit juste , exercé à pen ser, capable de discerner ce qui est bon et utile. Ces trois élémens du bonheur appartiennent à Thomme qui applique toutes ses pensées, tous ses instans à les acqué rir et à les conserver. Nous distinguons, par ces motifs, trois objets différens dans Téducation, et nous allons envisager, sous ces trois points de vue, Temploi de Texistence et le but que tout homme sage doit se proposer. ESSAI 44

Chapitre VI

De la signification la plus restreinte , et de la signification la plus étendue du mot Education. L'éducation , dans le sens le plus limité de ce mot , n'est que Y apprentissage de la vie, ou la conduite d un individu pendant la première portion de son existence. Car, « on existe long-tems sans vivre; et quand on commence à vivre, on ne peut encore se conduire ni se gouverner (i). » Mais la véritable éducation, en donnant à ce mot le sens le plus étendu , celle dont Thomme peut s'appliquer à lui-même les préceptes et les avantages, commence surtout à cette époque de la vie où la raison reçoit ses premiers développemens , ou Tame essaie, pour ainsi dire, ses forces et ses inclinations, où Tespril acquiert de la vigueur et de la consis tance, où le jugement se mûrit; où le cœur conserve encore sa pureté primitive, où le jeune homme, enfin, peut avoir la conscience de lui-même , réfléchir avec fruit sur sa destination , et se tracer un plan de con duite , basé sur des principes dont il s'est rendu compte.

Cette seconde et nouvelle éducation « si puissante , a dit un académicien moderne (2), parce qu'elle est libre (1) Portalis , Rapport sur le code civil. (2) M. Morellet, dans sa Réponse à M. Lacretelle , lors de la réception de celui-ci à la classe de langue et de littérature fran çaises de l'Institut. et volontaire ; si précieuse et si importante , parce que les impressions qu'elle laisse sont plus durables , et modifient communément , pour le reste de la vie , nos opinions et nos sentimens » ; cette éducation peut et doit être continuée jusqu'aux dernières limites de Texis tence. Solon disait qu'il s'instruisait encore en vieillis sant. L'homme sage , et qui veut être heureux , ne cesse point, jusqu'à la vieillesse la plus reculée , de travailler à son éducation, à son perfectionnement, à son bien être.

Ces trois mots expriment ici la même idée. La sa gesse est-elle , en effet , autre chose que la science de la vertu et du bonheur ? Tant que la vie se prolonge, il dépend d'un homme de faire tourner à son profit les résultats de Tobserva tion et les leçons de Texpérience ; il peut s'approprier les exemples et les conseils des autres , pour se corriger, se perfectionner, s'instruire, pour tendre au bon heur, ou pour s'en rapprocher, par le développement et Tamélioration de ses facultés physiques , morales et intellectuelles. ESSAI

CHAPITRE VIL

Du prix et de Téconomie du Tems , considéré comme un instrument donné à Thomme par la nature. — Utilité d'une méthode qui en ferait tirer tout le parti possible. Nous avons distingué les trois facultés qui constituent Thomme , et qui composent pour lui les vrais élémens de son bonheur. Pour les maintenir dans un état tou jours croissant de force et d'action, chaque individu a sous la main et à sa disposition un grand et universel instrument donné par la nature , le tems , inestimable trésor, que peu d'hommes savent apprécier, et dont ils consument la plus grande partie dans des emplois frivo les, inutiles ou nuisibles. Ce tems crue nous perdons peut nous rendre immortels. (Delille.) II peut , dès cette vie , nous procurer le bonheur qui accompagne la vertu, et nous rendre dignes des ré compenses de cette vie à venir , dont un sentiment pro fond et intime nous révèle le mystère , qui est la sainte promesse de la religion, la noble espérance de la vertu la terreur salutaire du crime, la consolation du malheu reux, Tasile du juste opprimé.

Celui qui connaît le prix du tems , et qui sait em ployer tous les instans pour son avantage et son perfec tionnement, double son existence, et obtient par cela seul une grande supériorité sur les autres hommes • il acquiert une richesse réelle et personnelle, indépen dante de la fortune et des événemens. Le bon emploi du tems est une véritable science, qui a besoin d'être acquise par Tétude, comme les autres connaissances humaines. « Le tems, dit Bacon, est de ces choses qu'on ne peut retrouver ». Donc, si Ton réussit à combiner une méthode facilement praticable , pour tirer le meilleur parti possible du tems , elle ne sera pas moins utile que ne Ta été Tinvention des mon tres et des pendules, pour déterminer la division régulière des différentes parties du jour et de la nuit. Avant cette division des jours en heures et des heures en intervalles égaux , distincts et séparés, beaucoup de momens étaient perdus, faute d'en pouvoir régler Tu sage par une exacte proportion dans leurs divers em plois.

Mais la pendule se borne à indiquer une division mécanique du tems ; la méthode d'emploi du tems en détermine et en perfectionne Tusage : elle fait trouver des journées dans des heures.

Chapitre VIII

Première condition proposée pour bien régler Temploi du tems. — Question qu'on doit s'adresser avant de parler ou d'agir : A quoi cela est-il utile ? Se demander toujours, avant de parler ou d'agir : A quoi cela est-il bon? Cui bono? Telle est la question préalable et nécessaire qui doit présider à toute action , à tout discours, à toute démarche, à toute espèce d'oc- ESSAI cupation. II est plus facile qu'on ne croit de contracter cette habitude. Chaque homme, dans son art particu lier, acquiert sans peine et sans effort , par la seule continuité d'action , des habitudes analogues. L'orateur, qui s'est exercé dans le talent d'improviser, nous cap tive, nous charme, nous entraîne par la suite, la grâce, la rapidité de son discours. Le musicien , habile dans son art, parcourt à la fois avec légèreté et avec assu rance les cordes ou les touches d'un instrument ; il en fait sortir des sons lents ou précipités, dont Tharmonie continue nous enchante.

La main exercée d'un peintre sait fondre et marier , par un heureux mélange , les nuances variées d'un grand nombre de couleurs , qui semblent obéir à son génie. Un danseur forme des pas réguliers et rapides , avec précision , quoiqu'avec vélo cité. Nous admirons dans un sauteur public la souplesse, Tagilité , Texactitude de ses mouvemens. La seule habi tude , un exercice journalier produisent ces résultats qui nous étonnent. Sachons nous procurer, par des exercices analogues , par une habitude facile à contrac ter, la même précision combinée avec la même promp titude , dans notre' conduite morale. Exerçons notre esprit à reproduire dans toutes les occasions cette réflexion rapide : A quoi bon ? Cui bono ? Elle doit être pour nous comme un génie familier et conservateur, toujours prêt à nous apparaître au besoin.

Nous acquer rons ainsi une grande présence d'esprit et une justesse de vue morale et intellectuelle qui suffiront pour nous faire éviter beaucoup d'indiscrétions, de démarches in considérées, de fautes graves, et une perte de tems immense et irréparable. Pourquoi Thomme, dont la raison est la plus noble prérogative, ne ferait-il pas un usage continuel de cette belle faculté , pour ne point agir ni parler sans un but déterminé ? Mais une méthode de conduite , pour avoir des effets réels et salutaires , doit se proportionner à la faiblesse et à la légèreté malheureusement propres à Tesprit humain. II faut prémunir Thomme contre ces inconvéniens et ces dangers qui tiennent à sa nature. Nous fortifie rons donc la première condition par une seconde non moins importante.

Chapitre IX

Seconde condition. Examen journalier, fait régulièrement chaque matin ou chaque soir, de Temploi de la journée qui a précédé. Chaque individu, jaloux de s'améliorer soi-même et de travailler à son bonheur, doit consacrer tous les jours quelques momens , soit avant de se livrer au sommeil , soit le matin à son lever , à repasser dans son esprit ce qu'il a fait , dit, entendu, observé dans la journée pré cédente. Cet examen fugitif et rapide occupe précisé ment une portion de tems perdue pour tous les hommes, et qui est ainsi retrouvée et employée de la manière la plus fructueuse. On saisit ce moment, qui semble indiqué par la nature , et dont la vie sociale elle-même permet toujours la libre disposition , pour descendre dans son ame , pour se recueillir , pour se rappeler tout ce qu'on a vu , remarqué , appris , tout ce qu'on a pu faire et dire avec sagesse ou imprudence , ulilement ou inutilement , ESSAI au profit ou au désavantage de son corps , de son esprit et de son ame.

On se rend un compte exact et sévère de Temploi de tous ses instans pendant Tintervalle des vingt quatre heures qui ont précédé. On adresse , pour ainsi dire , cette question à chaque jour qui vient de s écou ler : En quoi m'as-tu profité pour mon perfectionnement physique , moral, intellectuel , pour mon bonheur ? je t'ai constitué mon tributaire ; as-tu payé ta dette ? On considère le tems comme un fermier qu'on assujétit à payer un revenu par un bail dont il doit remplir exactement les conditions , ou comme un individu qu'on soumet à un droit de barrière. Ce droit ou ce revenu est acquitté à chaque distance, à chaque terme fixe. On peut aussi se figurer le tems comme un être mo ral, qui, toujours présent et toujours fugitif, semble nous dire à chaque instant : Me voilà , prends-moi ; et qui nous fait , en fuyant , cette question : Quel usage as-tu fait de moi?

Quels avantages t'ont produits les instans que je t'ai livrés dans ma course? — Combien d'hommes seraient obligés de répondre , en s'appliquant le reproche que s'adressait Tempereur Titus , lorsqu'il avait laissé passer un jour sans faire une bonne action : J'ai perdu ma journée , diem perdidi. La vie entière devient un voyage agréable et ins tructif, dans lequel aucune leçon n'est oubliée , aucun exemple n'est perdu : tous les momens tournent au profit de la santé, de Tinstruction ou du perfectionnement. Croit-on que cette méthode, suivie avec constance et persévérance, ne produirait pas des effets lents, il est vrai, et insensibles, mais continus et progressifs, certains et immanquables?

Chapitre X

Troisième condition. Résumé sommaire journalier de ses actions et de ses discours ; usage d'un Mémorial analytique , ou d'un Journal des faits et observations. Ajoutons une troisième condition aux deux premières. On ne saurait trop garantir Thomme de sa propre in constance et Taffermir dans une habitude qu'on a re connue bonne et utile. L'examen proposé ne laisserait point Tesprit dans le vague : il serait circonscrit dans un espace de tems très resserré , dont les souvenirs seraient encore frais et neufs dans Timagination ; il s'appliquerait seulement aux trois branches qu'on a déterminées.. Mais, cette ha bitude pourrait n'être pas continuée avec assiduité ; on pourrait se relâcher, se négliger, se ralentir ; on ne donnerait pas toujours une attention également scrupuleuse à suivre les progrès successifs qu'on aurait faits, ou à se préserver d'une nonchalance involontaire, par la quelle on serait bientôt éloigné du but.

II ne suffit donc point de se borner à un acte de pure méditation et de réflexion; mais on doit en fixer le résultat dans un Mémorial , sur lequel on écrira seulement quelques lignes chaque jour. On résumera sur ce Mé morial le compte rendu de ses actions , de ses discours , et les principaux détails de Temploi de son tems ; on aura un tableau journalier analytique de sa situation et de sa conduite, qui indiquera , si je puis ainsi parler, ESSAI les différens degrés et les variations de température dans la constitution physique, morale et intellectuelle. « Pourquoi , dit Condillac , dans son excellent Traité d'éducation (i), ne pourrait-on pas faire remarquer à un enfant ou à un jeune homme ce qui s'est passé en lui, lorsqu'il a fait des jugemens et des raisonnemens, lorsqu'il a eu des désirs, lorsqu'il a contracté des ha bitudes ?

Pourquoi ne pourrait-on pas lui faire remarquer les occasions où il a bien conduit ses facultés, celles où il les a mal conduites, et lui apprendre, par sa propre expérience, à les conduire toujours mieux? Quand on lui aura fait faire ces premières observations, il en exercera ses facultés avec plus de connaissance ; dès lors , il sera plus curieux de les exercer , et il se fera insensiblement une habitude de cet exercice. » Tel est le grand et inappréciable avantage du Mémorial analytique. L'obligation d'écrire régulièrement quelques lignes chaque jour prend au plus un demi quart d'heure tous les matins , après qu'on s'est levé , et peut s'accommoder à toutes les circonstances de la vie. Cette méthode , qui sera peut-être jugée assujétis sante et minutieuse au premier coup-d'œil, mais qu'une habitude de quelques mois et une volonté ferme auront bientôt rendue simple et facile, se retrouve aujourd'hui dans Tétat militaire , où , chaque jour , les officiers d'un corps adressent à leurs capitaines, et ceux-ci au colonel du régiment, le rapport exact de ce qui s'est passé dans leurs compagnies respectives.

Cette règle n'est pas in- (i) Cours d'Etudes de Condillac, Discours préliminaire. lerrompue, lors même qu'il n'est rien arrivé de nouveau ; une surveillance continuelle , une discipline rigoureuse sont maintenues par ce moyen. Sommes nous donc moins intéressés à nous surveiller nous-mêmes, qu'un chef ne Test à surveiller ses soldats ? Une pareille coutume , appliquée à notre vie journalière , ne promet elle pas les plus grands avantages? n'est-elle pas propre à maintenir toutes nos íacultés dans un état d'équilibre et d'harmonie ?

Chapitre XI

Récapitulation des trois parties , ou conditions de la méthode proposée. La triple habitude de ne rien dire , de ne rien faire d'important, sans se demander : A quoi cela est-il utile ? de se rendre compte , chaque soirou chaque ma tin, de Temploi de la journée qui a précédé ; de résu mer ce compte rendu par écrit dans un mémorial analy tique : voilà la base de la méthode proposée, dont il s'agit maintenant de bien développer et de faire calculer et apprécier les résultats. Je ne demande qu'une chose simple et facile, ap prouvée par la raison, qfli se lie à nos plus chers inté rêts, qui nous procure plus d'empire sur nous-mêmes, qui conserve à notre disposition les souvenirs de notre vie écoulée, pour mettre à profit le passé; qui nous permet de gouverner avec économie et avec sagesse notre vie actuelle , pour mieux jouir du présent; de pré- ESSAI parer d'avance, dans tout ce qui est essentiel et qui peut dépendre de la prévoyance et de la volonté , notre existence future , pour nous rendre jusqu'à un certain point maîtres de notre avenir; qui augmente ainsi la valeur réelle , et , pour ainsi dire , Tétendue et la duree de la vie.

Car , la vie humaine toute entière se réduit à ces trois points, si prompts à nous échapper : Tirrévocable passé, qui a disparu sans retour , et dont rien ne peut réparer la perte ; Tinsaisissable présent, qui s'évanouit comme Téclair, et dont rien ne peut arrêter la fuite ; Timpénétrable avenir, qui se dérobe à notre curiosité inquiète , à notre avide impatience , et dont aucun re gard humain ne peut soulever les voiles , ni sonder les profondeurs. Un vague souvenir , A nos yeux , du passé fait revivre Tusage ; La crainte et Tesperance ont seules en partage L'incertain avenir : Le passe , Tavenir sont deux ombres légères Dont Thomme en vain poursuit les formes mensongères. Le présent seul existe, helas ! comme un éclair Qui brille et disparaît dans les plaines de Tair. Ainsi , le souvenir , la crainte , Tesperance , Un éclair. ...

O mortels! voilà notre existence. Plus nous méditons sur ce néant de la vie, plus nous acquérons une certaine phflePsophie pratique, qui est une source d'impressions douces, quoique mélancoli ques , et de leçons éloquentes ; plus nous éprouvons le besoin d'animer cette vie passagère par des actions uti les. L'esprit et Tame se rouillent dans unevie absolument nulle, étrangère à Texercice des vertus sociales , comme le corps s'énerve et s'amollit dans une conti nuelle oisiveté.

Chapitre XII

De trois avantages principaux produits par notre méthode. On peut remarquer d'abord trois principaux avanta ges , que Tusage continué de notre méthode doit né cessairement procurer : i° La santé ne s'altère point, du moins par notre faute. Or, la plupart des maladies qui affligent les hom mes, et qui leur enlèvent la libre disposition d'une partie de leur existence, leur viennent d'eux-mêmes, et sont le produit de leur négligence, de leurs passions ou de leurs excès. Des bienfaits les plus doux Thomme corrompt Tusage : Nos maux, prescpie toujours, sont notre propre ouvrage. 2° Lame ne s'avilit point. Comme elle veille sur elle même avec une continuelle sollicitude, la pureté de son essence primitive n'est point corrompue par le com merce des hommes , ni par la contagion des mauvais exemples.

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