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Les Flandres et la Révolution belge

Adolphe Bartels · 1834 · Scanned text

153,991 words · about 10 h 47 min to read

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About this book

Author
Adolphe Bartels
Language
French
Published
1834
Length
153,991 words · about 10 h 47 min
Sections
24 reader sections
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Public Domain Mark 1.0

 

Contents (24)

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Introduction

reuxv La révolution belge n'est pas comprise à l'étranger , et moins encore en Fiance cpie par tout ailleurs. Peu de Belges , à commencer par les auteurs , ou plutôt les acteurs de l'insurrection , la comprennent eux-mêmes. La force des choses a créé une série d'événemens auxcptels les volontés particulières n'ont contribué qu'à l'aven ture : personne , ou peu s'en faut , ne voulait de révolution , et tout le monde a préparé celle qui s'est accomplie. Nous ne savions pour la plupart où nous allions , et c'est pourquoi nous sommes tous allés si loin. Quand l'œuvre de destruction serait à reprendre depuis 1815, avec l'expérience de ce qui s'est passé depuis lors , encore personne n'agirait-il et ne pourrait-il agir, quoi qu'il en ait, autrement qu'il l'a fait jusqu'ici. C'est que la réu nion de la Belgique et de la Hollande violait fon damentalement la loi des affinités.

Religion , moeurs et coutumes ; histoire , industrie et com merce , tout se heurtait dans cette monstrueuse association. Le mal était dans l'institution du royaume des Pays-Bas , et beaucoup moins dans le caractère de son premier chef. Guillaume n'aurait pu redresser les griefs dont se plaignait la Belgique , sans soulever la Hollande et ouvrir en même temps la brèche à la fraction révolutionnaire de l'opposition , qui se fût fait une arme de chaque concession , pour en obtenir de nouvelles , et se garantir des empiètemens de la royauté , en la démolissant pièce à pièce : car la notion du pouvoir exclut Fidée de partage , et si le peuple ne finit par se constituer maître de l'administration , jamais l'administration n'est dirigée dans le sens de Tintérêt général. Je suppose cependant les griefs redressés et la Belgique paisible ; la couronne , obsédée par les réclamations de la Hollande et tranquille de notre côté , eût-elle tardé beaucoup à rétablir les affaires sur l'ancien pied , ou peu s'en faut , dans le Midi , pour calmer l'estervescence du Nord?

C'eût été à n'en jamais finir. II n'y avait qu'un moyen de concilier les inté rêts de la Belgique et de la Hollande , c'était la liberté de conscience et d'opinion , étendue des protestans et des ministériels qui en jouissaient seuls , aux catholiques et aux libéraux qui en étaient, privés , et la liberté absolue du commerce qui eût rendu aux provinces septentrionales leur ancienne prospérité , en développant dans la même proportion Tindustrie manufacturière des provinces méridionales : mais une aussi large politique ne pouvait conduire qu'à la république fédérale. Comment en effet le privilège héréditaire de la monarchie survivrait-il à l'abolition des privilèges qu'elle s'associe en intéressant certaines classes de la société à la soutenir contre toutes les autres ? Supprimez Tarmée permanente , les douanes et les accises , les policiers de tous étages , et les jugeurs par complaisance , qui aurait soutenu le système d'exploitation d'un peuple par un autre , et de tous deux par une famille ?

Renverser une à une toutes les garanties de la royauté est fort logique de notre part • mais prétendre qu'elle dégarnisse le corps de la place, sans nous disputer le terrain pied à pied, serait aussi d'une confiance plus que candide. Jouons notre rôle d'émaiwipateurs . et, surtout, tâchons d'être les plus forts ; mais n'ayons pas la bonhomie de nous attendre à ce que Tennemi se livre poings liés avant le combat. Quoi qu'il en soit , quatre cent mille Belges signèrent les pétitions : quelques centaines peut être , dans ce nombre , pressentaient vaguement les suites de cette levée de boucliers ; vingt-cinq au plus poussaient , avec connaissance de cause , à la séparation administrative de la Belgique et de la Hollande , en attendant l'exclusion à per pétuité de la Maison d' Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique.

Je me compterai dans ce nombre avec de Potter , Tielemans , Levae , de Haerne, Vergauwen , Rodenbach , Beaucarne, et sept ou huit ecclésiastiques peu connus , pour ne parler ici que des hommes avec lesquels je me suis trouvé en relations directes , soit comme rédacteur du Catholique , de Gand , soit par-devant les commissaires royaux, formant la prétendue cour d'assises qui me condamna, en 1830, à sept années de bannissement. On nous trouvera peut-être bien inconséquens ou bien coupables d'avoir fomenté , avec autant de zèle et de constance que nous lavons fait , une révolution aussi chétive en résultats que la nôtre 5 une révolution qui ne nous a délivrés de la domination hollandaise que pour nous soumettre , peu après , à toutes les exigences des cabinets de Russie , d'Autriche , de Prusse , d'Angleterre et de France j en supposant que nous ne restions pas tributaires de la Hollande, tout comme par le passé.

Notre justification sera facile : la révolution est descendue dans les carrefours avant d'avoir suffisamment pénétré les esprits. Telles n'étaient point nos vues : nous n'eussions songé à un com plot qu'après avoir généralisé le mécontentement, et la ruine du trône eût été accomplie avec cet ensemble , cette unité , qui neutralisent jusque la pensée de la résistance, et prémunissent contre les réactions. Nous n'aurions jamais fait de l'op position au régime hollandais, que les barricades de Bruxelles n'en auraient pas moins répondu aux barricades de Paris ; seulement la révolution belge , entreprise dans un esprit français , eût été , après quelques semaines de langueur, livrée par le cabinet du Palais-Royal à la restauration du prince d'Orange, jusqu'au jour du triomphe de la république française , qui s'incorporera nécessai rement la Bel gique, si elle ne trouve la Belgique, à The ure de la guerre générale , disposée à soutenir la France contre la ligue des rois.

Nous ne sommes point les auteurs de la révo lution belge ; elle fut , à nos yeux , légitime , mais prématurée. Quoiqu'il en soit, elle était devenue inévitable à la suite des événemens du dehors , et , dès ce moment , tous nos efforts tendirent à Taccélérer , afin de la tirer du bourbier , tandis que plusieurs de ceux qui avaient provoqué Tacte de Tinsurrection , ne cherchèrent , une fois nantis de places et repus d'argent , qu'à faire leur paix avec les puissances , aux dépens de leur pays. La Belgique ne pouvait sortir de la crise où elle se trouvait engagée , que par un .ystème de propagande, laidement conçu et d'une exécution facile , ainsi que je le prouve rai : mais on craignit de fâcher Tennemi qu'on avait vaincu, et de déplaire à ses alliés , dont le peuple n'avait cependant pas interrogé au préa lable les convenances lorsqu'il enfonça la garde royale , au Parc.

Tout ce que la révolution belge a produit de glorieux et de libéral fut la conséquence des idées que l'opposition antidynastique avait ré pandues dans les masses ; union des partis contre le despotisme , combats de Bruxelles , décret de déchéance, campagnes des volontaires , constitution ouverte à tous les progrès de l 'avenir, voilà les faits que nous avons accomplis ou inspirés , les antécédens qui sauveront Tindépendance belge à Theure d'une crise prochaine. Ce que la révolution a de plus mauvais , sa date , ne nous appartient pas. Le rétablissement de la royauté héréditaire et inviolable, la soumission à la di plomatie , les 18 et les 24 articles , les pillages et les assommeurs, provivent seulement qu'une poi gnée de braves n ont répandu leur sang que pour une nation trop arriérée pour comprendre un grand devoir.

Puis il serait bizarre d'imputer à la révolution elle-même toutes les bassesses com mises pour la perdre. . II est une face si importante de la révolution belge (pie , même dans une introduction , il faut Tenvisager au moins un instant. La question catholique , a dit de Potter, est vitale chez nous : les Flandres forment le centre de Tiníluence catholique , c'est donc aux faits particuliers à ces provinces que le plan de cet ouvrage m'a obligé de m'astreindre le plus spécialement , sans négliger les faits correspondans de Bruxelles et de Liège , foyers de l'opposition purement politique. L'union catholique-libérale n'est , à mes yeux, que le concours de la puissance d'association et de dévouement avec celle de progrès et de civilisation , pour Taffranchissement et le perfec tionnement de la société.

Ces deux forces sont impérissables , parce qu'elles répondent à deux besoins impérissables de la nature humaine , la foi et la conception , en matière de religion et de science, comme en matière d'arts et d'industrie. Mon opinion à cet égard répond de Timpartialité avec laquelle je suis en demeure de juger les hommes qui ont rompu, dans quelque sens que ce soit, le pacte de Talliance. De cette hau teur seulement se découvre la liaison des causes et des effets , et s'expliquent une foule d'ano malies, insolubles pour quiconque n'a pas fait son étude des combinaisons qui ont amené tout ce qui se passe sous nos yeux et se précipite vers on ne sait trop quel ordre nouveau de choses. L'ouvrage que j'ai entrepris est moins qu'une histoire, plus que des épisodes. Je m'attache à expliquer les événemens généraux par des causes inconnues du plus grand nombre , et que ma position, avant , pendant et après la révolution belge , ma permis de pénétrer à fond.

Ce plan m'obligeait à de nombreuses révélations ; je me flatte cependant que ma franchise n'a jamais dépassé les limites des convenances. Ce n'est point de la biographie que j'ai voulu faire , moins encore du scandale ; mais j'ai dû signaler les hommes qui , sous le masque de Tintérêt catholique ou de Tintérêt libéral , ne tendent qu'à nous abrutir pour ramener Texploitation du menu peuple par les ordres privilégiés, de compte à demi avec la diplomatie étrangère, ou bien à nous aigrir tous , catholiques et libéraux , les uns contre les autres , afin d'ouvrir , sur nos communs débris , une voie facile à Ja restauration. LES FLANDRES ET LA RÉVOLUTION BELGE. CHAPITRE PREMIER. ÉTABLISSEMENT ET CONSTITUTION PU ROYAUME DES PAYS-BAS. — GRIEFS RELIGIEUX ET CIVILS. NATURE ET PROGRES DE L'OPPOSITION.

(Aimíes i8i5 — l8i5.) La réunion de la Belgique à la Hollande ne pouvait remplir le but que s'étaient proposé les grands répar titeurs du congrès de Vienne , d'élever une barrière contre les envahissemens de la France. Ce n'est pas que la Belgique , profondément catholique , ressentît par elle-même une bien vive sympathie pour un peuple souvent exclusif et même oppresseur dans son libéra lisme.; mais cette répugnance , qui ne se fût pas affaiblie de sitôt dans une Belgique que le congrès de Vienne aurait eu le bon sens de créer indépendante , devait se modifier au sein de la Belgique livrée en proie aune exploitation plus dangereusement, si-pas aussi violem ment hostile à ses intérêts religieux , que l'eùl été celle de la France , et subversive en même temps de tous ses intérêts matériels.

Indépendante de la Hollande , ou même réunie à la France , la Belgique eùt contracté une alliance offen sive et défensive avec Charles X et la congrégation con tre le principe de souveraineté populaire qui a triomphé en juillet : forcée de défendre sa foi , sa langue , son commerce , sa nationalité enfin , contre le roi que TEu rope lui avait imposé , la Belgique ne put s'empêcher de prendre part et , certes en gémissant , prit part à ce grand mouvement qui s'est borné jusqu'ici à remplacer des branches aînées par des brandies cadettes ou des branches cadettes par des branches aînées. On a parlé beaucoup , les uns , de l'enlêtement du roi Guillaume , les autres , de la monstrueuse union des catholiques et des libéraux. Nous chercherons à prouver que les griefs tenaient à Tessence des choses , bien plus qu'au mauvais vouloir du souverain , ensuite que les griefs religieux et civils n'étaient guères suscep tibles de réparations partielles.

Sans doute, sous un régime analogue à celui des Etats Unis , avec une organisation libre de la commune et de la province , et de plus l'abolition des douanes et de tous les monopoles intellectuels ou commerciaux , la Hollande et la Belgique eussent pu se joindre sans se froisser ; mais que fût devenu ie rouage de la royauté dans un système social qui proportionne Tim portance des pouvoirs à leur utilité , et par conséquent ne rélribuerait jamais un homme pour ne rien faire , pour empêcher que rien ne se fàsse , ou bien pour commettre le mal sans responsabilité ? La Belgique , formant les deux tiers de la population totale du royaume des Pays-Bas , n'était représentée que pour une moitié ; encore la loi électorale assurait elle au gouvernement la prépondérance dans les choix des collèges : certes ces griefs étaient fondés , ces abus étaient scandaleux ; eh ! bien, supposons les intérêts de la Belgique représentés à la seconde chambre des états généraux par 73 contre 37 , et le roi se fût trouvé sur le-champ dans Talternalive de sacrifier la Hollande à la Belgique, ou de consentir au morcellement administra tif des provinces septentrionales et méridionales, c'est à-dire à briser le sceptre dont lavait investi la sainte alliance.

L'injustice étant donnée comme nécessité de position, il fallait bien empêcher la presse de signaler la viola tion de tous les droits , s'assurer la complaisance des tribunaux, séduire, diviser ou corrompre les citoyens; partant augmenter les impôts , asservir les opinions , torturer les consciences. Et quiconque s'opposait par écrits, paroles ou actions, dans les journaux , par des brochures , devant les as sises , du haut de la chaire , ou dans les pétitions , à la suprématie de Guillaume , Van Maanen et Libry , préparait , volontairement ou involontairement , les voies à la révolution de 1830. Des esprits superficiels , tant parmi les libéraux que parmi les catholiques , ont maintefois exprimé l'opinion , chacun dans Tintérêt de son parti , que le roi Guillaume aurait pu se soutenir en s'a ppuyant soit sur les libéraux contre les catholiques, soit sur les catholi ques contre les libéraux , mais sans alterner et surtout assez franchement pour mériter et obtenir au moins la confiance de ceux qu'il eût privilégiés, en compensation des inimitiés qu'il eût suscitées dans les rangs opposés.

Ce rôle était impossible à jouer long-temps : deux fois il a été essayé, avec une apparence de succès ; mais , dans la question du concordat comme dans celle du collège philosophique, quelques mois d'expérience ont fait justice d'une semblable politique. Et cependant le concordat avait acquis au trône la presque totalité des catholiques, le collège philosophi que la presque totalité des libéraux. Mais le concours même de toutes les volontés ne peut rien conlre la nature des choses. Examinons, par exemple, comment on eût réparé les griefs libéraux en maintenant les griefs catholiques. Qu'est-ce que le progrès libéral , sinon la tendance croissante de la société vers le gouvernement du peu ple par le peuple : or, le plus grand nombre des Belges étant catholiques, il serait bizarre qu'émancipés comme citoyens ils se laissassent opprimer comme croyans.

Procédons par voie d'exemple applicable de tout point à notre pays. Un ecclésiastique se trouve poursuivi à raison d'actes de son ministère qui ont provoqué la vigilance de Tautorité publique : si les institutions sont libérales , c'est-à-dire si les griefs libéraux sont réparés, il comparaîtra devant un jury national dont il n'aura pas à craindre la partialité ; il sera défendu par un avocat de son choix et dans une langue qui se fasse comprendre de Tauditoire ; vient-il à succomber quoi qu'innocent, la presse libre lui fournira Tarme la plus puissante pour la défense de son droit ; est-ce de la loi même qu'il peut avoir à se plaindre , il la flétrira comme inique et par conséquent nulle de fait : élec teur , éligible , il en provoquera du reste et il en em porlera la réforme à la première occasion.

En un mot : le libéral qui eût borné ses exigences à la suppression de Tarrêté-loi de 1815 , infligeant les fers, la marque ou la mort pour délits de presse, tout en refusant à la généralité de ses compatriotes la liberté de Tenseigne ment , n'aurait fait autre chose que leur dénier un droit, tout en réclamant à leur profit Tinfaillible moyen de le conquérir. Si les libéraux purent quelque temps revendiquer soi t la liberté , soit telle ou telle liberté, sans servir les ca tholiques , c'est que les catholiques , préoccupés des souvenirs français de 1793 , furent long-temps à com prendre que, formant le nombre, il leur suffisait de se faire démocrates pour se concilier la démocratie. En attendant , ce ne fut pas à détruire , mais à catholi ser le pouvoir existant qu'ils s'appliquèrent : en vain les libéraux eussent-ils conquis la liberté de la presse , les catholiques se seraient fait presque un scrupule de conscience de s'en servir, même pour la défense de leur propre cause : sans doute ils voulaient l'abolition de la censure protestante , mais pour lui substituer immédiatement une censure catholique.

Heureusement, dans Tintérêt de la religion comme de la liberté, Guillaume repoussa constamment Tappui qui s'offrait à son des potisme , Tesprit de secte en Hollande et les fureurs irréligieuses des écrivains ministériels envenimèrent les discussions, et le clergé se trouva dans Talternative desoulenir un gouvernement qui lui déclarait guerre à mort , ou d'associer son opposition à tous les intérêts populaires. Dès lors aussi les libéraux ne purent per sévérer dans la poursuite de la liberté sans favoriser le grand, ou plutôt le seul intérêt catholique : l'abolition de la suprématie et même du contrôle de Tautorité civile en madère d'enseignement religieux , philosophique ou scientifique , soit que Tiustruction émane de la chaire ou des journaux , soit qu'elle s'adresse aux enfans ou aux adultes.

Si tous les partis ont fini par comprendre des choses aussi simples , ce n'est pas que Taristocratie , nobiliaire ou cléricale , se soit fait faute en aucune occasion de représenter les intérêts religieux et civils comme in conciliables, de telle soríè que le bon peuple , si inté ressé qu'il pût être à la modération des impôts et aux garanties conslilulionnelles , se persuada long-temps que la sécurité du croyant tenait à Toppressioh du citoyen , idée bizarre dans un pays où les neuf dixièmes des citoyens se composent de croyans ! II nous a paru nécessaire de développer ces consi dérations pour apprécier impartialemen t les événemens qui précédèrent et préparèrent Tinévitable union. Nous allons jeter un rapide coup-d'œil sur les faits gé néraux des douze premières années du royaume des Pays -Bas , et nous n'entrerons dans les détails qu'à par tir de Tépoque où les principes de l'opposition com mune furent nettement formulés , la résistance sys tématiquement organisée , et Taltaque ouverte enfin contre un trône sans base.

L'avénement de Tordre de choses qui remplaça la domination française en Belgique trouva catho liques et libéraux naturellement réunis , sans qu'il fallut pour cela de convention écrite ou signée , con tre un pouvoir à la fois antinational , anlilibéral et anticatholique. Mais cette double opposition , nécessairement divisée sous le rapport religieux , puisqu'elle se composait de fidèles et d'incrédules, Tétait encore alors sous le rapport polilique, puisque les libéraux étaient seuls à vouloir la liberté de la con science et celle des écrits. Ce que voulait en 1816 le clergé , notamment dans les Flandres , mais avec moins d'unanimité dans les autres provinces , c était une religion de Tétat qui aurait imposé sa suprématie , non par le crédit de ses ministres , mais par Tautorité de la loi , et comprimé par Tappui du bras séculier la propagation de toutes les doctrines dissidentes , soit des protestons , soit des philosophes.

De-là les anathè mes fulminés contre la loi fondamentale par Tévêque de Gand , Maurice de Broglie , à raison de la liberté des opinions qu'elle consacrait ; les troubles de ce diocèse, la condamnation du prélat contumace à une peine infamante , et le procès des vicaires-généraux. Plus tard intervint une décision de Borne , qui calma les esprits , au moins dans les autres diocèses , et jus tifia la conduite de Tarchevêque de Malines , en autorisant le serment au pacte constitutionnel, attendu que la liberté des opinions n'emportait que la tolérance civile et nullement Tindifférence en principes. Cette sage distinction fut raisonnée plus tard dans/e Catholique des Pays-Bas et les brochures de de Potter , et devint une vérité banale que personne ne conteste plus en principe , bien qu'on recommence , catholiques et libéraux , à la méconnaître singulièrement dans Tap plication ; mais n'anticipons point.

Les libéraux cependant ne se rapprochèrent du gouvernement qu'à Tépoque où la politique des Bour bons et des jésuites de France leur permit de craindre les empièlemens de la congrégation en Belgique : c'é tait se jeter à la rivière pour se préserver de la pluie. Cette congrégation , qu'ils croyaient puissante contre la liberté , n'était fatale qu'à la religion. Trois jours ont balayé de la France Téditìce de fraude et de mensonge si laborieusement élevé pour la défense d'une tyran nie d'autant plus abominable qu'elle se parait d'un manteau plus révéré. Se garder d'un despotisme est fort bien, mais que ce ne soit pas du moins en se sou mettant à un autre qui ne vaut guères mieux et dispose d'une force matérielle qui lui permet de résister bien plus long-temps aux traits de Tanimadversion publique.

Quoi qu'il en soit , le collège philosophique porta la division au comble, et les libéraux , oubliant en un jour les griefs nationaux de quinze années se ruèrent sur les marches du trône avec un luxe de servilisme qui démentait leur langage antérieur. Ex ploiter en sous-ordre les catholiques était la pensée dominante. Malheureusement il ne dépendait pas de la royauté de récompenser le zèle de ses nouveaux amis : les griefs de la langue , de Tmstruction , et le monopole des emplois au profit de la Hollande , fer maient en Belgique la carrière du barreau , de Tarmée et des fonctions administratives, à toutes les ambitions, et le Nord était toujours là pour empêcher que justice fût faite au Midi. Des impatiences se manifestèrent ; on se plaignit des charges excessives , de la révoltante partialité du gouvernement, des entraves de la presse, et de l'arbitraire des tribunaux.

A ces doléances la réponse était très-facile dans le système anticatholique qui avait rapproché du gouvernement un si grand nombre de ses anciens adversaires. Vous trouvez les impôts trop lourds , répondit la presse subventionnée , mais ne faut-il pas que Tordre de choses se fortifie contre les catholiques , et fait-on de la force sans argent ? vous désirez une presse affranchie , mais les catholiques ne commencent-ils pas à écrire des journaux pour répandre leurs principes et défendre ce qu'ils appellent leurs droits? vous demandez la garantie du jury , mais ne comprenez-vous pas que les jurés seront des catholiques ? Bref, il fallut se décider à conquérir la liberté même pour les catholiques , ou se résigner à végéter avec eux dans Tesclavage. A Tépoque du concordat , c'étaient les catholiques qui se précipitaient aux pieds du roi, luijurant fidélité à toute épreuve, pour prix d'une concession qui , maintenue , leur eût été fatale à tous égards , en les asser vissant d'abord au pouvoir, et les compromettant ainsi dans Tinévitable réaction du libéralisme belge contre la domination hollandaise à la suite des événemens de juillet.

Bien leur prit d'avoir été dégagés, par Guil laume lui-même, du fardeau de la reconnaissance. Septembre trouvant le catholicisme allié à la cou ronne , contre le peuple , eût peut-être amené la persécution des prêtres , bien loin de les émanciper de leurs liens ; et qui sait si Tex-roi des Pays-Bas , abandonné par ses premiers sujets , n'aurait pas à cette heure perdu La Haye , comme il a perdu Bruxelles? Trompés tour-à-tour , les catholiques et les libéraux se réunirent contre Tennemi commun , quitte à reprendre leurs débats après sa chute. Hors de celte politique , et sans courir une chance pareille, ni les uns , ni les aulres , n'eussent avancé d'un pas vers la réparation de leurs griefs particuliers ou généraux.

Chapitre II. Rapprochement Des Partis

BASES DE L UNION CATHOLIQUE-LIBERALE. BROCHURES DE DE POTTER. JOURNAUX 7 COURRIER DES PAYS-BAS, CATHOLIQUE DES PAYS-BAS , BELCE ( AMI DU ROI ET DE LA PATRIE), COURRIER DE LA MEUSE, MATHIIU-LAENSBERGH (DEPUIS POLITIQUE). II était impossible que Tintérêt commun ne finît par rallier toutes les nuances de l'opposition, contre le gouvernement. C'est à Liège , centre des hommes les plus capables et les plus influens dans les divers partis , que la convenance de Tunion fut d'abord recon nue , vers Tépoque du premier procès intenté à de Pot ter et à plusieurs autres écrivains libéraux. Le Courrier de la Meuse , organe de Tarislocratie catholique , et le Mathieu-Laensbergh , constitutionnel en théorie, puis révolutionnaire par circonstance , enfin juste-milieu depuis Télévation de tels ou tels personnages , ouvri rent la marche dans une route dont ils n'envisageaient pas fort distinctement le terme.

De part et d'autre on subordonna , plus ou moins , Topportunité de cette union à la bonne foi que Ton se plaisait à supposer chez ses adversaires , ce qui livrait trop d'avantages à Targumentation de la presse ministérielle , intéressée à combattre une coalition aussi formidable pour ses maîtres. Ne vous rappelezrvous pas les persécutions de 1793? dit-on aux catholiques : prenez-y garde , c'est aux disciples des proscripteurs que vous tendez la main ! Et s'adressant aux libéraux : Etes-vous curieux de Tinquisition , de la Saint-Barthélemy , ou des dragonnades ? persévérez dans votre union avec les catholiques et baissez Téchine pour leur servir de marche-pied ! Exclure les intolérans de la tolérance , c'était rendre à jamais impossible Tavénement de la tolérance. De Potter , dans ses Lettres de Démophile , et moi, dans le Catholique des Pays-Bas , puis Catholique tout court , enfin Journal des Flandres , nous posâmes plus rifoureusement les vrais principes.

Je ne m'oecuperai pas ici de mon ancien complice : il n'est personne qui n'ait lu sa doctrine de Tunion et personne qui Tait ré futée avec succès. Ses idées, d'ailleurs, je les ai repro duites et développées dans le journal qui est devenu, sous ma plume , un des agens les plus efficaces de la désaffection populaire contre Tétablissement hollandais en Belgique. L'histoire de la presse catholique dans les Flandres est tout le secret , non de la révolution beW elle-même, mais de ses premiers résultats : je m'atta cherai donc à signaler ses progrès depuis les premières années , en les rattachant à la pensée de Tunion , dans son acception la plus vaste et la plus absolue. Le Spectateur Belge , dirigé par Tabbé de Foere , se distinguait par un talent assez remarquable et pro pageait des idées plus constitutionnelles que démocra tiques : il n'y avait donc guères de quoi s'effrayer; mais il est dan s la nature d'un gouvernement qui ne s'appuie sur rien de s'effrayer de tout, et M. Goubau, le directeur des cultes , se chargea , au nom du roi , de demander à M. Goelhals , vicaire-général , la suppression du Spectateur Belge.

II Toblint sans pein e, car la tendance libérale de cette publication excitait autant de craintes dans une partie du clergé qu'elle inspirait de terreur au gouvernement. Le Courrier des Flandres , œuvre isolée de quelques jeunes ecclésiastiques , défendit le principe de la su prématie spirituelle , inhérent au catholicisme , comme à toute religion positive. En effet, nous ne compren drions pas que les ministres d'une loi divine , ou répu tée telle, ne lui attribuassent pas le droit de régler toutes les actions humaines. La queslion reste seulement de savoir si cette obéissance peut ou doit être imposée par une contrainte extérieure : là est toute la différence et la seule dissidence possible entre catholiques sous le rapport de la liberté des opinions religieuses. Le Catholique des Pays-Bas apparut en scène au moment où le Courrier des Flandres venait de succomber à la faiblesse de sa constitution.

Quoi qu'on en ait pu dire , la nouvelle entreprise ne fut pas une con tinuation de Tancienne, mais, non plus que Tancienne, la nouvelle ne représenta les opinions des sommités ecclésiastiques : je dirai même que les rédacteurs eussent été hautement désavoués , ou , pour mieux dire. que jamais ils n'eussent pu descendre dans la lice , s'il avait été possible, à cette époque, de prévoir une con ciliation réelle et durable entre le gouvernement hol landais et le clergé belge; mais, obligés de se défendre contre le pouvoir civil qui les persécutait , les chefs des diocèses n'étaient guères en mesure de se prononcer, comme ils Teussent bien voulu , contre les auxiliai res qui défendaient la liberté du culte par des doctrines subversives de toute autorité civile. Ce n'est point que le Catholique des Pays-Bas offrit ce caractère avant que je prisse part à sa rédaction , mais ce que je faisais à dessein , mes collaborateurs le faisaient quelquefois par gaucherie, plus souvent par nécessité.

Leur jugement n'allait pas jusqu'à comprendre qu'on n'attaque pas un ministère sans compromettre la dynastie , de même qu'on ne détruit pas un ouvrage avancé sans découvrir le corps de la place , ou qu'on n'en appelle pas contre une dynastie à la souveraineté populaire, sans attentera la monarchie elle-même. Maintefois le Courrier de la Meuse eut occasion de reprocher à son confrère un genre de maladresse qui rappelle assez F Ours et F Amateur des Jardins. Les devoirs que m'impose une ancienne collabora tion ne me permettent point de soulever le voile sous lequel plusieurs des rédacteurs ecclésiastiques du Ca tholique des Pays-Bas ont jugé à propos de se cacher : je me bornerai à dire que le centre de la direction était au petit séminaire de Sainte-Barbe , dont les pro fesseurs adoptèrent fort chaleureusement les principes de Tunion , et que cette réserve leur était surtout com mandée par certaine notabilité du grand séminaire, qui considérait toute publication de journaux comme une entreprise profane , fût-elle consacrée à la défense de la cause catholique.

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