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Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusqu'à Charlemagne. Pour servir d'introduction à l'histoire de l'Empire Germanique

Bernard Jacques Joseph Maximilien de Ring · 1850 · Scanned text

147,270 words · about 10 h 19 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Bernard Jacques Joseph Maximilien de Ring
Language
French
Published
1850
Length
147,270 words · about 10 h 19 min
Sections
31 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (31)
  1. Front matter about 40 min
  2. Chapitre II about 8 min
  3. Chapitre III about 13 min
  4. Chapitre IV about 7 min
  5. Chapitre V about 4 min
  6. Chapitre VI about 9 min
  7. Chapitre VIII about 6 min
  8. Chapitre IX about 13 min
  9. Chapitre X about 4 min
  10. Chapitre XI about 11 min
  11. Chapitre XII about 15 min
  12. Chapitre XIII about 7 min
  13. Chapitre XIV about 4 min
  14. Chapitre XV about 30 min
  15. Chapitre XVII about 20 min
  16. Chapitre XVIII about 25 min
  17. Chapitre XIX about 34 min
  18. Chapitre XX about 22 min
  19. Chapitre XXI about 28 min
  20. Chapitre XXII about 12 min
  21. Chapitre XXIII about 12 min
  22. Chapitre XXIV about 26 min
  23. Chapitre XXV about 17 min
  24. Chapitre XXVI about 20 min
  25. Chapitre XXVII about 1 h 37 min
  26. Chapitre XXIX about 17 min
  27. Chapitre XXX about 13 min
  28. Chapitre XXXI about 20 min
  29. Chapitre XXXII about 29 min
  30. Chapitre XXXIII about 18 min
  31. Chapitre XXXIV about 38 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE DES GERMAINS. Strasbourg, impr. J En. HUDER, rue iles Veaux, 27. HISTOIRE DES GERMAINS DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECÉLÉS JUSQU'A CHARLEMAGNE. POUR SERV1H n'iNTROM'CTlOX A L HISTOIRE DE L'EMPIRE GERMANIQUE, PAI MEN DE RWG, A~~ MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES, CORRESPONDANT DU MINISTÈRE DE I.INSTRUCTION PUBLIQUE POUR LES SCIENCES HISTORIQUES. £®ii2gmA£sim STRASBOURG, TREUTTEL ET TVURÏZ , LIRR AIRES , GRANDRUE, 15 1850. AVANT-PROPOS. L'histoire des Francs , jusqu'à l'époque où lut fondé Tempire germanique , se lie à celle des autres peuples qui, comme eux, sortis des forêts où les Romains vinrent leur porter la guerre , allèrent s'emparer des provinces de TOccident, que la faiblesse des empereurs ne pouvait plus défendre, ou qui, comme les Saxons et les Alle manes, restés sédentaires dans leurs forêts, reçurent de ces mêmes Francs la civilisation chrétienne.

L'histoire de la Germanie se lie , dans tous les cas, trop essentiellement à notre histoire nationale, pour ne point mériter de notre part une étude plus spéciale que celle qu'on a coutume de lui vouer. C'est dans le but de propager et d'aider cetlc élude, que je me suis décidé à publier ce livre, qui manquait à notre littérature , et qui , par la manière consciencieuse dont je l'ai travaillé , ne sera pas, j'ose l'espérer, sans quelque utilité. Strasbourg, le 1er août 1850. «**a§¥ijffî%s^ TABLE DES CHAPITRES. Pages. Chapitre I" Tableau de la Germanie ancienne 1 — 2. Guerre des Cimbres et des Teutons 29 — 3. Les Suèves dans les Gaules 3G — 4. Conquête du Rhin par les Romains 46 — 5. Conquête du Danube par les Romains 52 — 6. Expéditions de Drusus 56 — 7. Marcomans 59 — 8. Défaite de Varus 63 — 9.

Campagnes de Gcrmanicus 68 — lit. Guerre d'IIermann et de Marbod. — Mort d'Hermann 78 — 11. Italus, roi des Chérusqucs. — Révolution des Quades. — Guerre des Cattes et des Hermundures . 81 — 12. Cívilis et Velléda 90 — 13. Guerre des Daces 102 — 14. Tableau de la Germanie romaine 107 — 15. Guerre des Marcomans 111 — 16. Allemanes. — Golhs. — Francs 117 — 17. Bouleversement dans l'erapire romain après la mort de Valérien. — Expéditions des Germains pendant celte période jusqu'à la mort de Probe. . . . 135 — 18. Époque de Dioclétien et de ses successeurs jusqu'à la mort de Constantin 151 — 19. Depuis la mort de Constantin jusqu'à celle de Valentinien 170 — 20. Époque de Gratien et de Théodose. — Apparition des Huns 197 — 21. Établissements des Golhs, des Vandales, des Suéves, des Bourguignons et d'autres peuples dans les provinces de ('empire romain 214 — 22.

Chapitre II

Guerre des timbres et des Teutons. Rome, maîtresse de TItalie , après avoir, pendant six siècles, eu à combattre successivement toutes les nations qui Thabitaient, s'était aussi emparée de TUlyrie qu'elle avait réduite en province. Ce fut pendant que Papirius Corbulon était occupé à régler les affaires de ce pays, qu'un essaim de Barbares, dont jusqu'à celte époque le nom même était inconnu des Romains , et qui, depuis les contrées les plus septentrio nales de la Germanie , avait, le glaive à la main , tra versé toutes ses sauvages forêts, sans trouver nulle part à s'arrêter, descendit du Danube sur la Drave, et surprenant les légions à Norcia, ville située aux frontières de TUlyrie, à huit lieues d'Aqudée , les défit complètement. C'était les Cimbres , ces peuples qui , comme nous Tavons dit , habitaient, au Nord de la Germanie, la presqu'île qui por tait leur nom, et d'où une inondation terrible , qui alors submergea la plus grande partie de ces terres basses et marécageuses, les contraignit de s'éloigner en masse.

Les Teutons, leurs voisins, que le même fléau avait entraînés a la fuite avec eux, semblent cependant avoir pris alors une autre route, et s'être rabattus sur la Gaule, où ces deux nations réunirent leurs forces quelques années plus tard. Les Cimbres, après avoir ravagé TUlyrie, se retirè rent sur le Danube , et s'y arrêtèrent pendant près de quatre ans. Ils envoyèrent à Rome des députés pour de mander au Sénat des terres à cultiver, avec Toffre de leur part de servir dans les armées de la République. Sur le refus des Romains, ils recommencèrent leurs incursions et, d'accord avec les Teutons, ils résolurent de s'emparer de force de ce que leurs prières n'avaient pu obtenir. Le con sul Silanus, qui voulut leur barrer le passage des Gaules, fut complètement battu. Entraînant avec eux dans leur marche les principaux peuples de THelvétie , les Tigu riens *, les Tughènes 2, ils s'avancèrent jusqu'aux fron tières du pays des Allobroges3, où une nouvelle armée sous les ordres de Cassius fut aussi défaite.

Scaurus, légat 1. Ceux de Zurich. 2. Ceux de Zug. 3. Qui comprenait les trois diocèses de Vienne , de Grenoble et de Genève. consulaire, eut peu de temps après le même sort, et plus malheureux encore , il tomba au pouvoir de Tennemi. Les Cimbres s'assemblèrent en conseil , et délibérèrent s'ils ne marcheraient pas droit sur TItalie. On voulut connaître Tavis du prisonnier qui, oubliant son infortune, et ne songeant qu'à la gloire de son pays, leur remontra avec tant d'arrogance les difficultés de Tentreprise et la puissance de Rome , que le chef des Barbares , dans un accès de fureur, lui donna la mort *. Cependant son dis cours ne semble pas avoir été sans influence sur les Ger mains qui , en effet , au lieu de traverser les Alpes , se ruèrent sur la Gaule, et s'unirent alors aux Teutons et aux Ambrones, dernière tribu qui, probablement, habitait les rives de TAmmer, proche des Cimbres, et qui avait suivi les deux peuples dans leur migration.

Rome , toujours menacée de leur arrivée, prit enfin les devants, et envoya contre eux le consul C. Manlius et le proconsul Servi lius Cœpio, qui les joignirent sur les bords du Rhône. Mais la jalousie réciproque de ces deux généraux les entraîna de même à leur perte ; au lieu de soutenir mutuellement leurs efforts , ils les paralysèrent , et firent essuyer à la République une défaite" qui ne peut guère se comparer qu'à celle d'Allia ou de Cannes. Le consul Manlius et quatre-vingt mille de ses soldats restèrent sur le champ de bataille. Cette victoire ouvrit aux Cimbres la route de TItalie. Mais, par une raison assez diíficUe à expliquer, au lieu d'en profiter, ils se dirigèrent vers l'Espagne, annonçant toutefois qu'à leur retour ils marcheraient sur Rome. 1. Tite-Live, Epit. 67, lui donne, avec le titre de roi, le nom de Bolus.

Peut-êlre est-ce le même guerrier que Plutarque cite sous le nom de Boiorix et qui commandait les Cimbres à l'époque de leur défaite. La terreur était grande dans cette ville. L'immracnce du danger y suspendit aussitôt les divisions intestines que les entreprises des Gracques contre le Sénat y avait soulevées. On comprit que si on ne se réunissait pas contre un ennemi commun , la sûreté de TEtat serait compromise. Cette pensée généreuse rapprocha les Plébéiens et les Patriciens , et réunit tous les partis , qui alors cherchèrent des yeux un homme qui, dans ce moment non moins critique que du temps de Camille, pouvait comme lui les sauver. Marius, naguère obscur et qui, parvenu au consulat à force de basses intrigues, avait tout à coup, dans la guerre de Numidie, où U venait de faire captif le roi Jugurtha , révélé le génie d'un grand capitaine, fut celui que la voix publique désigna comme le libérateur futur de la patrie.

II fut, quoique absent, nommé consul pour la deuxième fois, consulat qu'il conserva encore pendant deux autres années , et dont il mit le temps à profit pour organiser son armée. U alla attendre les barbares dans la province, laissant à son collègue Catule Ic soin de couvrir les Alpes noriques. Là, pour endurcir ses soldats, il leur fit exécuter les plus grands travaux , et leur fit creuser le canal qui porta son nom ', et qui, facilitant ses communications avec la mer , permit à ses vaisseaux d'entrer dans le Rhône, sans toucher Tembouchure du fleuve bar rée par les sables. Les Cimbres, pendant ce temps repoussés de l'Espagne par les C'>ltibériens, étaient rentrés» dans la Gaule. Après Tavoir toute dévastée jusque chez les Belges, qui seuls purent les arrêter, ils se réunirent de nouveau aux Teu tons pour passer tous ensemble en Italie.

Afin de nourrir avec plus de facilité une si grande multitude, leurs chefs 1 Fosso Mariano toutefois se séparèrent , et tandis que les Teutons unis aux Ambrones, prirent la route des Alpes maritimes, les Cimbres et les Tigurins se dirigèrent vers la Péninsule par THelvétie et le Norique. Us laissèrent sur le Rhin le plus gros de leur bagage sous la garde de quelques mille hommes , et se donnèrent rendez-vous sur le Pô. Les Teutons se trouvèrent bientôt en face de Marius , qui se tint cependant retranché dans son camp et refusa obstinément de leur livrer bataille, voulant habituer ses soldats à regarder sans crainte ces colosses d'hommes dont la vue les épouvantait. Ne pouvant le déterminer au combat, ils contournèrent son camp, et poursuivant leur marche audacieuse, partagés en deux corps d'armée, ils prirent la route de TItalie.

Marius les suivit, et attei gnit non loin d'Aix le dernier corps , composé de trenle mille Ambrones. II les diût , et pénétra jusqu'auprès du camp , d'où cependant les femmes repoussèrent les Ro mains. Toute la nuit les Germains pleurèrent leurs morts, avec des hurlements sauvages , qui , répétés par Téchô des montagnes, portèretítT épouvante dans le cœur même des vainqueurs. Le lendemain, il atteignit à leur tour les Teutons auxquels les Ambrones s'étaient maintenant réunis, et qui tous ensemble furent mis dans la plus épou vantable déroute. Plus de cent mille combattants, ditPlu tarque, furent tués ou faits captifs, et de ce nombre , le Roi Teutoboch, homme d'une taille gigantesque, qui fut lui-même pris dans sa fuite. Tout le camp tomba au pouvoir des Romains, qui, réservant le principal butin pour orner le triomphe de leur général, firent du reste un immense holocauste.

Marius y mettait lui-même le feu, quand un courrier arrivé de Rome lui porta la nouvelle de son cinquième consulat. Cependant son collègue Catule, qui maintenant coinmandait comme Proconsul Tarmée du Norique , ne fut point aussi heureux contre les Cimbres. II avait dégarni de troupes les différents passages des Alpes , et il avait concentré toute son armée derrière TAdige, où il lui avait fait prendre position. Les Cimbres, ne trouvant aucun obstacle, traversèrent les monts et parurent bientôt sur cette rivière. A leur vue , à leurs cris sauvages , une ter reur panique s'empare des Romains ; ils se retirèrent sans combattre. L'ennemi passa TAdige , s'empara du fort qui protégeait le pont, et accorda à la petite garnison chargée de sa défense une capitulation dont il jura le maintien sur la figure en bronze du taureau sacré '.

On fut à Rome dans la plus grande épouvante quand la nouvelle de ces événements y parvint. On croyait déjà voir aux portes de la ville ces bandes qui rappelaient celles qui , quelques siècles auparavant , avaient suivi Brennus. On n'y fut tranquille que lorsque Marius , qui avait en hâte été rappelé, eut. par une manœuvre habde, joint se9 troupes à celles de son collègue. Les deux ar mées étaient stationnées sur le Pô. Là les députés des Cimbres vinrent trouver les généraux dans leur camp , et réitérèrent la demande qu'ils avaient faite quelques an nées auparavant , qu'on leur cédât des terres où eux et leurs frères pussent vivre en amis et en alliés des Ro mains. — Ils ignoraient encore la défaite sanglante des Teutons. Mais lorsque, d'après Tordre du consul, les principaux chefs de ce peuple eurent été conduits devant eux, couverts de chaînes, et qu'ils eurent appris le malheur de leurs armes , ils s'éloignèrent du camp , ne son geant plus qu'à les venger.

Boíorix, chef des Cimbres, jeta lui-même en personne le défi à Marius, qui lui assigna le 1. Voir ci-avant page 2: troisième jour et les plaines de Verceil pour !e combat. Les Romains se placèrent de manière à tourner contre les Bar bares le vent, la poussière et les rayons ardents d'un so leil de juillet. L'infanterie des. Cimbres formait un énorme carré dont les premiers rangs étaient liés tous ensemble avec des chaînes de fer. La cavalerie était menaçante , et en la voyant de loin , avec la coiffure élevée des com battants, que protégeait, en guise de casque , la peau de la tête d'un animal sauvage , au-dessus de laquelle flot tait encore un panache, on Teût cru composée de géants. En arrière était placés les chariots , sorte de camp re tranché où les femmes , les enfants , attendaient avec anxiété Tissue du combat.

Ce camp et Tarmée occupaient une lieue en longueur. En peu d'heures toute cette masse fut dissipée. Les femmes se voyant attaquées étranglèrent d'abord leurs enfants, puis elles se pendaient, s'accro chaient par un nœud coulant aux cornes des bœufs qu'elles piquaient ensuite pour se faire écraser. Les chiens du camp défendirent leurs cadavres ; il fallut les exterminer à coup de flèches. Cette journée où la tactique triompha du nombre , et dont le succès fut dû à Catule plus encore qu'à Marius, qui cependant en eut la plus grande gloire , anéantit les projets aventureux de ces peuples qui depuis dix ans me naçaient TItalie. Ceux d'entre eux que le fer du vainqueur ne put atteindre retournèrent sans doute au sein de leurs foyers ! , et les six mille hommes laissés sur le Rhin , à la garde des gros bagages, obligés alors aussi de se dé fendre contre les attaques des peuples qui les entouraient, 1.

Du moius trouvous-nous dans Strabon, L. VII , p. 292-293, qu'une députation de ce peuple vint trouver Auguste sur le Bhin , cl entre autres lui demanda , avec l'amitié dos Bomaius, l'oubli des in jures que les Cimbres leur avaient faites. se frayèrent un passage jusqu'au milieu des Belges , où enfin , du consentement de ces derniers , ils s'établirent sous le nom d'Attuatikers , sur la rive droite de TEscaut. Les Tiguriens n'avaient point été présents au désas tre, et ils avaient pendant ce temps occupé le Norique. A la nouvelle qu'ils reçurent de la défaite des Cimbres , ils se retirèrent eux-mêmes dans leurs foyers.

Chapitre III

fjes Suèves dans les Gaules. Rome , délivrée de ces étrangers , n'eut plus rien à démêler avec les peuples germains jusqu'à Tarrivée de César dans les Gaules. Les différentes nations gauloises qui s'étaient successivement établies en Italie, et qui, peu à peu , avaient fini par être enclavées dans la Républi que , avaient fait donner à toute la partie de la Pénin sule, placée sous le versant oriental des Alpes, le nom de Gaule cisalpine. La Gaule transalpine, ou d'au delà des Alpes, qui ex prime la position de ce pays par rapport aux Romains qui lui imposèrent ce nom , s'étendait depuis ces monta gnes jusqu'à TOcéan, et depuis la Méditerranée jusqu'au Rhin. Là les Romains ne possédaient encore que le bas sin de la Durance et le littoral de la mer qu'ils avaient réduits en une province dont la partie la plus rapprochée de TItalie a jusqu'aujourd'hui conservé le nom de Pro vence.

Tout le reste des Gaules etait libre et habité par les trois grandes tribus belge , celtique et aquitaine , toutes différentes de mœurs, de langage et de coutumes, et que composaient elles-mêmes une foule de petites na tions. La dernière tribu tenait le pays le plus méridional aux frontières des Pyrénées , entre ces montagnes , la Garonne et TOcéan ; la seconde s'étendait depuis cette rivière et le Rhône jusqu'à la Marne et à la Seine, et depuis TOcéan jusqu'au Rhin. La première compre nait tout ce qui au Nord était renfermé à l'Ouest par ce fleuve. Les peuples les plus puissants de la Gaule celtique avaient toujours été les Arvernes * et les /Eduens. Ces derniers, qui occupaient le pays auquel les Bourguignons imposèrent leur nom au cinquième siècle, étaient les plus proches voisins de la province romaine, et ils avaient jusqu'alors entretenu avec les Romains une étroite amitié.

Des froissements politiques ayant amené une rupture entre eux et les Arvernes , ces derniers s'unirent contre eux avec les Séquaniens, qui habitaient la Franche-Comté, et appelèrent à leur secours les Germains, qui profitèrent de Toccasion pour se ruer dans la Gaule. Au delà du Rhin, depuis nos frontières jusque dans la Bohême, s'étendent plusieurs chaînes de hautes et de moindres montagnes , dont les principales sont la Forêt- Noire, TAlb, le Spessart et TOdenwald, alors toutes recouvertes d'impénétrables forêts, et qui, liées elles mêmes au Harz et au Bœhmerwald, formaient avec ces dernières Timmense et célèbre forêt hircinienne, dont le Harzwald a seul conservé le nom. La Forêt-Noire, qui s'étend depuis la Suisse , dont elle est séparée par le Rhin, jusqu'au cours de l'Enz, petite rivière qui se jette dans le Neckar, était alors connue sous le nom d'Abnoba 1. .Auvergnats. et sous celui de forêt marcienne ou Markwald , forêt qu'habitaient les Marcomans.

C'était sur cette contrée et sur TAlb , cette autre chaîne de montagnes qui se pro longe entre le Neckar et le Danube , que régnait Ario viste, qui, à Tappel des Gaulois, traversant le Rhin, vint, sous prétexte de se faire leur médiateur , leur dicter ses lois. Quinze mille hommes le suivirent alors, dont le nombre s'augmentant à mesure que son ambition crois sait, finit par s'élever à cent vingt mille. Les Séqua niens, secourus par lui, vainquirent d'abord les en plusieurs rencontres ; mais il ne tarda pas à leur im poser son joug, et il les força même bientôt à lui céder une partie de leurs terres. Rome respecta son pouvoir et le traita en Roi. Les Gaulois, qui reconnurent trop tard la faute qu'ils avaient faite, en sollicitant son secours, tentèrent en vain de se réunir contre lui. Vaincus à la bataille d'Amagetobria1, ils furent obligés de plier.

Ario viste les traita en maître ; il venait encore d'exiger des Séquanicns une nouvelle cession de terres pour les Ha rudes, tribu suévique qui habitait le Hard , près du Danube, et qui, au nombre de vingt-quatre mille hom mes, étaient venus le rejoindre, lorsque César reçut avec le titre de Proconsul le gouvernement de la province. Cependant les Tiguriens, tranquilles depuis le massa cre des Cimbres , avaient de nouveau repris les armes. Toujours las de leurs foyers , ils avaient formé une nouvelle ligue avec les autres peuples helvétiques et leurs voisins , les Rauraques, les Tulingiens , les Latobriges et même les Boïens, dont trente mille hommes se joignirent à eux. Tous ensemble, ils voulaient se chercher de nou velles demeures, et tenter de s'asseoir au centre des Gau- 1 . Aujourd'hui Magstadt les qu'ils espéraient réduire en leur pouvoir.

Telle était leur confiance dans le succès de leur entreprise , qu'ils mirent le feu à leurs bourgades, à toutes leurs demeures, et qu'ils brûlèrent même tout ce qu'ils ne purent trans porter avec eux. Leur dessein était de déboucher par Genève , où un pont jeté sur le Rhône devait leur faciliter le passage , et de traverser ensuite la province romaine. Mais César, averti à temps, prévint leur projet, et il se mit en devoir de les contenir. Les Helvétiens, déchus de Tespoir de forcer cette position , s'adressè rent alors aux Séquaniens , dont ils obtinrent en effet le passage sur leurs terres, et après les avoir traversées, ils se répandirent sur ie territoire d' Autun, où ils commencèrent à tout piller et à tout dévaster. Leur projet était d'aller s'établir dans les plaines fertiles qu'habitaient les Santo nes, voisins eux-mêmes des possessions romaines.

Mais César ne leur en donna point le temps. II les joignit sur les bords de la Saône, où \e manque de bateaux les avait déjà retenus vingt et un jours, et où, à Taide de radeaux, ils n'avaient encore pu passer que les trois quarts de leur armée. II livra un combat sanglant aux Tiguriens qui furent alors défaits, et après avoir traversé le fleuve, il atteignit le reste des alliés, qui eut le courage de Tat tendre à quelques milles de Bibracte * ; il le vainquit complètement. Cette journée fut décisive. César, victorieux, força tous ces peuples à mettre bas les armes, et les contraignit de regagner leurs foyers , pour empêcher que les Germains eux-mêmes ne s'en emparassent. II ne permit qu'aux Boïens de s'établir parmi les /Eduens, qui leur cédèrent des terres et qui leur donnèrent le droit de cité. 1.

C'est aujourd'hui Bévray, prés d'Autuu. Celte victoire eut un grand retentissement dans la Gaule. Elle releva le courage des alliés de Rome , sur lesquels s'était appesanti le joug d'Arioviste, et qui mi rent alors en elle tout leur espoir. Ils envoyèrent des députés à César, pour lui faire un tableau fidèle de leur situation , et lui exposer la manière tyrannique dont ils étaient traités par le chef des Suèves. Ils le conjurèrent de les délivrer des Germains. César, heureux de trouver une occasion favorable d'étendre lui-même son pouvoir dans la Gaule, sans toutefois qu'on pût Taccuser d'invasion, la saisit avec avidité : il fit demander un entretien à Arioviste, en le priant de stipuler Tendroit où ils pour raient se réunir, à moitié chemin l'un de l'autre. Le Suève lui fit répondre, que, dans Tétat de fermentation où était la Gaule , il y avait pour lui trop de danger de s'avancer avec peu d'hommes dans le pays , et que trop de difficultés se présentaient pour y conduire une armée.

Celte réponse évasive força Cçsar de lui envoyer son ul timatum ; il lui fil dire, qu'allié des jEduens , il était de son devoir de les protéger, et qu'il exigeait donc de lui le renvoi des otages qu'il en avait reçus, et la retraite au delà du Rhin de toutes les troupes qui occupaient leur province. Arioviste , dans sa réplique , se fonda sur le droit du glaive , et il répondit à César que les lois de la guerre laissaient au vainqueur la liberté de traiter à son gré les vaincus ; que les Romains ne se gouvernaient pas à la volonté d'autrui dans leur conquête , mais à la leur ; et que , ne prétendant rien leur prescrire à cet égard , il croyait devoir exiger d'eux le même respect pour lui ; qu'il avait imposé tribut aux ./Eduens après sa victoire , et que César avail tort de vouloir diminuer ses revenus ; qu'il, ne leur rendrait donc point leurs otages, mais qu'aussi il ne leur ferait point la guerre, pourvu qu'ils satisfissent au traité et lui payassent tribut comme aupa ravant; que s'ils ne le faisaient, le nom d'amis et d'alliés du peuple romain ne leur servirait de rien ; qu'en vain César les prenait sous sa protection , qu'il devait bien savoir que nul ne s'était pris à lui qui ne s'en fût repenti, et qu'il lui apprendrait à ses dépens quelle était la valeur d'une nation invincible, qui depuis quatorze ans n'avait jamais eu de revers.

Arioviste , eu envoyant cette réponse , fit marcher son armée sur Besançon . la capitale des Séquaniens , ville forte dont il espérait s'emparer, et où il savait qu'il trou verait en abondance des provisions de bouche. II voulait en faire le pivot des opérations de la campagne qu'il pré voyait devoir s'ouvrir. Sa réponse arriva au camp de César, en même temps qu'une députation des /Eduens rapportait au Proconsul que les Harudes, appelés par Arioviste, pillaient leurs terres, et qu'une autre des ha bitants de Trêves lui annonçait qu'une nouvelle armée de Suèves se concentrait sur les bords du Rhin, sous la con duite des deux frères Nasuo et Cimber. César leva donc aussitôt son camp. II avait marché pendant trois jours, lorsqu'O apprit le mouvemeat de Tennemi, et son intention de s'emparer de Besançon.

II ne songea plus qu'à le prévenir ; et, en effet, sa diligence, ses marches forcées de nuit et de jour le portèrent au sein de cette ville que Tennemi n'avait point encore abordée. Les habitants le reçurent comme un libérateur, quoique leur crainte fût grande, et que le tableau qu'ils lui firent de Thorrible aspect des Germains jetât même Tépouvante parmi les Romains. César eut besoin de loute son éloquence pour retremper le courage de ses soldats el les rappeler à leur devoir. II laissa une garnison dans la ville, et s'avança au devant d' Arioviste. Divitiac, le chef des yEduens, le guida dans sa marche, et pour éviter Taspérité des mon tagnes et la sombre horreur des forêts , il le conduisit par des chemins plus facUes, dont la longueur ne lui permit toutefois d'avoir des nouvelles de Tennemi qu'au septième jour.

Arioviste, averti de son approche, lui en voya une ambassade, et lui fit dire que Tentrevue qu'il lui avait proposée, pouvant maintenant avoir lieu sans danger, il était disposé à Taccepter. On convint du rendez-vous , qui fut assigné sur une hauteur , située dans une plaine , à égale distance de chaque armée , et où , selon les conventions prises , les deux généraux se rendirent, accompagnés seulement chacun de dix cavaliers. Ils se parlèrent sans mettre pied à terre. César, après avoir rappelé au Germain la recon naissance qu'il devait au Sénat et au peuple romain qui Tavait reconnu Roi, et Tobligation qu'il lui avait à lui même de cette faveur, puisque c'était à son entremise qu'il la devait, lui représenta, que Rome, dont Talliance avec les jEduens avait toujours été si intime, ne pouvait souffrir que le pouvoir de ses alliés diminuât.

II lui réitéra donc la prière qu'il lui avait déjà faite de rendre aux yEduens leurs otages , et de ne plus les inquiéter non plus que les autres Gaulois amis de ces peuples. II exigea de nouveau le renvoi au delà du Rhin d'une par tie des Germains , et si la puissance d' Arioviste ne s'é tendait pas jusqu'à Tordonner , du moins _de ne point en attirer d'autres. Le Suève éluda ce dernier point dans sa réponse, et reprochant à César de se mêler de ses différends avec les /Eduens, il lui fit remarquer que ce n'était qu'à Tappel d'une partie des Gaulois, el sur les promesses qu'il en avait reçues, qu'il avait traversé le Rhin ; que les terres qu'il occupait lui avaient été cédées par eux, que les autres Gaulois, qui voulaient Ten chasser, avaient été vaincus par lui, et avaient, à la fin des hostilités, accepté le tri but qu'il leur avait imposé ; que tant qu'ils resteraient fidèles au traité, il ne les inquiéterait en aucune manière, et que s'U avait fait venir d'autres Germains de ce côté du fleuve, ce n'avait été que parce que le soulèvement des Gaulois avait dû lui faire craindre pour sa propre sûreté.

II lui dit ensuite qu'il espérait que Rome ne voudrait pas se faire payer son amitié jusqu'à exiger qu'il abandon nât le pays ; qu'il préférait y renoncer ; qu'il était venu dans ces provinces avant les Romains , et qu'aussi peu qu'il se croyait en droit de leur dicter des lois dans les régions qu'ils occupaient, aussi peu il leur reconnaissait celui de Tinquiéter dans celles qu'U avait conquises ; que cette alliance de Rome et des n'était qu'un pré texte, puisque les Romains n'avaient porté aucun secours à ce peuple contre les Séquaniens, et qu'il n'avait non plus servi leurs intérêts pendant leurs guerres avec les Allo broges ; que s'il ne °e retirait, il le traiterait en ennemi; qu'il savait bien qu'il ferait plaisir aux plus grands de Rome qui lui avaient dépêché des courriers exprès et qu'il pouvait par là gagner leurs bonnes grâces ; mais que s'il voulait se retirer et lui laisser libre la possession de la Gaule, il le servirait en récompense , et porterait ses ar mes victorieuses partout où il voudrait.

L'entretien dura encore quelque temps , sans qu'ils pussent s'entendre; il fut interrompu par un messager qui vint avertir César que Tarmée ennemie avait fait un mouvement et que déjà quelques traits avaient été lancés. Le sort des armes devait donc décider la que relle. Cependant Arioviste dépêcha encore deux jours après vers César pour une seconde entrevue, soit avec lui, soit avec un de ses lieutenants. Mais le Proconsul ne trouva plus à propos d'y aller, et envoya vers lui Valerius Pro culus, jeune homme plein d'honneur et de vertu, de qui le père avait été fait citoyen romain , et qui , par la con naissance qu'il avait de la langue gauloise, pouvait traiter avec Arioviste qui Tavait apprise depuis le temps qu'il demeurait dans la Gaule. Soit néanmoins que le chef des Suèves Teût soupçonné de venir comme espion, soit qu'il n'eût cherché qu'à tendre des embûches à son ennemi, il fit jeter cet envoyé dans les fers ainsi que Marcus Ti lius qui cependant avait avec lui droit d'hospitalité, et que César avait donné à Valerius pour Taccompagner.

II partit le même jour , et vint camper au pied d'une montagne, à une lieue et demie des Romains. Cependant, quoique les camps fussent rapprochés et que les escar mouches devinssent dès-lors journalières, les Germains refusèrent pendant quelque temps de livrer une bataille géné rale. Leur armée était composée de sept peuples : Suèves, Marcomans, Harudes, Triboques, Vangiones, Némètes et Sédusiens. César apprit à la fin par quelques prisonniers que ce qui les empêchait de hasarder le combat, c'était la superstitieuse prédiction de leurs alrunes qui s'oppo saient à ce qu'on Tengageât avant la nouvelle lune, temps regardé en effet par les Germains comme le plus favorable à toutes les entreprise?. César profita de cet avertissement pour faire attaquer le camp et les contrain dre d'accepter la bataille.

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