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La Cure d'altitude ... 29 planches hors texte et 110 figures dans le texte

Paul Regnard · 1897 · Scanned text

114,288 words · about 8 h to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Paul Regnard
Language
French
Published
1897
Length
114,288 words · about 8 h
Sections
22 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

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a £ Z 5: LA CURE D'ALTITUDE Droits de traduction et de reproduction réservés. Coulommicrs. — Imp. Paul BRODARD. Phot.glj.. C — Zurich. KURHAUS DE LA SCHEIDEGG (I069m). LA CURE D'ALTITUDE PAR LE Dr PAUL REGNARD Membre de l'Académie de Médecine Professeur de Physiologie générale à l'Institut National Agronomique Directeur adjoint du Laboratoire de Physiologie á la Sorbonne 20 PLANCHES HORS TEXTE ET 110 FIGURES DANS LE TEXTE PARIS MASSON ET Cie, ÉDITEURS LIBRAIRES DE l'.VCADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD S AI N T -G E R M A I N AVANT-PROPOS La médecine a, depuis vingt ans, subi une évolution telle qu'on peut dire qu'elle est métamorphosée. Où sont les vieilles diseussions sur la spontanéité mor bide, sur les entités, les idiosyncrasies, qu'étudiant j'en tendais encore agiter dans les cours de notre grand amphi théâtre?

J'imagine que les élèves actuels ne les connaissent plus et qu'on ne leur en parle que comme de doctrines archaïques, singuliers échantillons des erreurs de l'esprit humain. C'est que, grâce au génie de Pasteur, à la courageuse persévérance de ses élèves, nous commençons à entrevoir la cause de bien des choses. Ce n'est plus sur de vagues raisonnements que nous nous guidons : nous avons vraiment surpris et capté l'agent morbigène, le microbe, para site qui s'introduit au milieu des éléments qui composent notre corps et qui, par sa vie propre, vient nous spolier en même temps qu'il sécrète un poison qui entrave l'existence et le fonctionnement de nos cellules. Microscopique, flottant dans l'air, résistant, à l'état adulte ou à l'état de spore, aux agents atmosphériques les plus des- AVANT-PROPOS VI tructifs, il s'introduit en nous par nos aliments, par l'eau que nous buvons, par l'air mème que nous respirons.

Si bien qu'il est partout. L<> pneumocoque vit dans notre salive, et voilà que Straus vient de nous apprendre que le terrible bacille de la tuberculose se trouve presque chez chacun de nous, noyé dans les mucosités de nos fosses nasales. Et pourtant nous n'avons pas tous des pneumonies, nous ne devenons pas tous phtisiques. C'est que, comme on l'a dit, c'est peu de chose d'être ensemencé, ce qu'il faul, c'est ne pas germer. Pouvons-nous, quand les bacilles de la fièvre typhoïde se voient dans nos eaux, affirmer que nous n'en ingurgi terons pas quelques-uns? Quand le bacille de la tuberculose existe dans les poussières qui flottent autour de nous, pouvons-nous être sûr de ne pas le respirer? Quand le microbe du choléra pullule dans notre fleuve, pourquoi quelques-uns seulement succombent-ils à ses atteintes?

Chapitre I

L'ATMOSPHÈRE L'atmosphère. — Essayant d'exprimer, en une phrase syn thétique, la conception qu'il avait des phénomènes vitaux, Claude Bernard en a donné dans le dernier livre qu'il ait écrit celte formule restée célèbre : La vie c'est la mort. II voulait dire par là que, parmi les phénomènes qui se pas sent dans notre économie, ceux qui nous apparaissent le plus, ceux qui s'extériorisent pour ainsi dire, sont précisément ceux qui indiquent notre lente destruction. Le premier cri que pousse l'enfant qui vient de naître marque son premier pas vers la mort. Or le mécanisme de tous ces phénomènes vitaux est aujour d'hui connu : c'est l'oxydation. Nos tissus sont composés de molécules organisées d'une complication telle que nous n'en connaissons pas encore la formule. Notre bioplasme possède une architecture moléculaire d'une extrême complexité.

C'est la démolition lente de sa molécule qui constitue les phénomènes de la vie extérieure, et cette dislocation se fait par une série de combinaisons successives avec l'oxygène. La digestion prépare les matériaux alimentaires pour les rendre oxydables; l'absorption les amène dans le milieu intérieur favorable à leur oxydation; la circulation les répand dans tous les points où se passent et cette oxydation et les répara- LA CIRE D'ALTITUDE 4 tions qu'elle nécessite, l'hématose n'a d'autre but que de fixer sur le globule une combinaison instable de l'oxygène qui ira se détruire dans tous les points de l'économie et y apporter l'oxydant nécessaire. La chaleur animale n'est que le résultat de cette oxydation et le mouvement n'est que la transformation même de cette chaleur. Si bien que nous pourrions dire : La vie c'est un phénomène d'oxydation.

Celte définilion ne serait pas plus complète du reste que celle de Cl. Bernard, puisqu'elle ne renfermerait pas les phénomènes de reconstitution par lesquels les cellules vivanles réparent peu à peu et reconstruisent de nouvelles molécules bioplasmiques à côté de celles que l'oxygène a fait écrouler en les transformant finalement en ces molécules bien plus simples : Eau H20 Acide carbonique CO2 ** ™ì^ formes sous lesquelles la plus grande parlie de la matière sort de notre économie. II n'en reste pas moins que toute vie est liée à l'oxygène, même pour les êtres qui, ne l'utilisant pas à l'état libre et gazeux, sont obligés d'aller le chercher dans ses combinaisons dont ils le font sortir (anaérobies). Or cet oxygène entoure et pénètre notre globe : c'est à son contact que tout vit, c'est hors son contact que tout meurt.

Par tout où son taux varie, les phénomènes vitaux varient en même temps. C'est de ce simple fait que la cure d'altitude tire sa valeur et son importance. « Tout sur notre globe, dit Élisée Reclus, serait la mort et le silence éternel sans l'atmosphère, enveloppe extérieure de la planète. Cette masse gazeuse transparente, invisible quelque fois, et qui semble à peine faire partie de la terre, en est cependant le principal élément; car il en est le plus mobile et c'est L'ATMOSPHÈRE 5 en lui que circule la vie. Nous reposons sur le sol; mais c'est de l'air et dans l'air où nous vivons, hommes, animaux et plantes. Sans voler comme les oiseaux, tous les êtres qui marchent, rampent ou fixent leurs racines n'en sont pas moins des sils de l'atmosphère. » L'ellipsoïde qui compose notre globe est de toule part entouré de cette couche gazeuse qui lui forme comme une écorce sans cesse en mouvement.

II semble que quand la masse de matière qui constitue aujourd'hui la terre s'est condensée, elle s'est tassée pour ainsi dire en gardant à son centre les matières les plus denses; puis, sur sa surface refroidie, la vapeur d'eau s'est précipitée en pluie qui est restée sous forme de cette masse de liquide qui compose les mers immobiles et les fleuves qui courent dans les vallées. Enfin, quelques molécules, demeurées libres encore, composent les gaz qui flottent autour du noyau terrestre tout en le suivant dans sa marche à travers le vide. C'est dans celte atmosphère qu'a pu naître la vie. Tout ce qui vil est en elle. Le poisson qui habile les mers ne peut exister que parce que l'atmosphère se dissout en partie dans l'eau ; le ver qui fouille le sol ne subsiste que parce que l'air pénètre à travers les molécules de la terre.

Le végétal ne pousse que parce qu'il fixe le carbone que lui apporte l'air par l'acide carbonique qu'il contient; une plante meurt dans le vide. C'est le même air qui porte aux poumons de l'animal l'air purifié par la forêt. « Chaque molécule de gaz, tantôt sixée, tantôt libre, passe donc éternellement de vie en vie; tour à tour vent, flot, terre, animal ou fleur. Elle est malgré sa petitesse le symbole du mouvement infini. L'air est une source inépuisable où tout ce qui vil prend son haleine, un réservoir immense où lout ce qui meurt verse son dernier souffle. Sous Faction de l'atmosphère lous les organismes épars naissent, puis dépérissent. La vie, la mort sont également dans l'air que nous respirons et se succè dent perpétuellement l'une à l'autre parl'échange des molécules gazeuses. Les mêmes éléments qui s'échappent des feuilles de tí LA CIRE D'ALTITUDE l'arbre, le vent les porte au poumon de l'enfant qui vient de naître; le dernier soupir d'un mourant va tisser la brillante corolle de la fleur, en composer les pénétrants parfums. » (Reclus.)

Hauteur de l'atmosphère. — De tous temps les hommes se sont préoccupés de la hauteur de l'atmosphère. Nous vivons sous elle comme vivent sous l'eau les êtres qui rampent au fond des mers et notre corps porte son poids. II a fallu arriver jusqu'au xvue siècle pour le connaître. On a vu alors, parles expériences de Torricelli, de Périer, de Pascal, que le poids de l'atmosphère sur un élément de la surface terrestre était équi valent à la pesanteur sur le même élément d'une colonne de mercure de 760 millimètres ou d'une colonne d'eau d'environ 10 mètres de hauteur. On a vu de plus que ce poids n'était pas fixe au même endroit mais qu'il variait : preuve que la hau teur de l'almosphère n'élait pas fixe non plus, que sa surface se gonflait en certains points, se déprimait dans d'autres et devait être couverte de vagues immenses et prodigieusement hautes, à la façon de la surface mème de la mer.

La pesée directe d'un litre d'air dans un ballon a montré qu'à 0° et à 760 millimètres il représentait 1 gr. 293, c'est-à-dire 770 fois moins qu'un litre d'eau. Cela semble peu, et si pour tant on pouvait peser toule la masse d'air qui nous entoure, on verrait, dit Herschel, qu'elle pèse autant qu'une sphère de cuivre qui aurait 300 kilomètres de tour. Si bien qu'en évaluant approximativement la surface du corps d'un homme moyen, on voit que, du chef de la pression atmosphérique, il supporte un poids de 15 000 kilogrammes. Mais hàtons-nous d'ajouter que celte pression se faisant sentir dans tous les sens, s'annule totalement, si bien qu'en réalité nous ne supporlons absolu ment rien. C'est pour n'avoir pas compris ce fait si évident, que tant de médecins ont attribué à la pression de l'atmosphère des conséquences qu'elle est loin d'avoir.

On pourrait croire que, connaissant le poids de la colonne d'air qui presse sur un élément de surface terrestre, et d'autre l'atmosphère 7 part la densité de l'air, il serait facile de calculer la hauteur de l'atmosphère. Cela serait à peu près vrai pour l'eau, qui est presque incompressible, mais cela ne l'est pas du tout pour l'air : ses atomes s'éloignent de plus en plus les uns des autres au fur et à mesure qu'ils supportent moins ceux qui sont au dessus d'eux, ou, en d'autres termes, qu'ils sont plus haut placés. Si on appliquait la formule brute qui permet de connaître le volume el par conséquent la hauteur d'un corps dont on sait le poids, la densité et la surface, on arriverait au chiffre de 7953 mètres comme hauteur de notre atmosphère. De ce chef, les pics de l'Himalaya, le mont Everest, le Kinchindjinga, le Dapsang, auraient leur cime dans le vide, en dehors de notre atmosphère, comme le pic de Ténériffe, partant du fond de la mer, dresse sa pointe au-dessus des eaux.

Mais il n'en est rien : à mesure qu'on s'élève sur une mon tagne on voit que le baromètre baisse de moins en moins poul ie même espace vertical parcouru. C'est que la densilé de l'air diminue à mesure qu'on monte. Un litre d'air, à une demi atmosphère, pèse juste la moitié de 1 gr. 293. Les molécules sont donc de moins en moins serrées; si bien que, si on en croil les calculs de Laplace, c'est à 42 000 kilomètres seulement que, du fait de la force centrifuge accrue et de la diminution de la pesanteur, les molécules aériennes ne seraient plus atlachées à notre globe et s'échapperaient dans l'espace. Pouillet reporte même cette limite à 88 000 kilomètres de la surface terreslre. C'est dire que nous sommes peu renseignés sur la hauteur de noire atmosphère : il faudra pour nous donner quelques notions sur ce point que quelque méthode optique nouvelle soit inventée.

Déjà, en tenant compte des phénomènes de réfraction, quand le soleil se lève ou se couche, on a pu voir que la parlie de notre atmosphère qui influe sur les appareils de mesure est d'au moins 75 000 mètres, et Liais a même reporté cette limite à 320 000 mètres. Nous sommes loin du chiffre de 7953 mètres que donnerait le calcul barométrique. la cire d'altitide 8 Mesure de la hauteur des montagnes. — Puisque la pres sion de l'air diminue à mesure que l'on s'élève, il était assez naturel de penser qu'en lisant le baromètre au fur et à mesure qu'on escalade une montagne on saurait à chaque instant à quelle hauteur on se trouverait. Ce procédé serait parfait si l'air avait partout la mème den sité, si un litre d'air pesait à loute hauteur le même poids; mais nous venons de voir que cela n'est pas.

De plus, réchauf fement ou le refroidissement de l'air au contact de la paroi montagneuse le fait changer de densité même en dehors des conditions de l'altitude. II a donc fallu établir une formule empi rique qu'a publiée Laplace et dont voici les éléments : H et h étant les hauteurs barométriques observées au pied et au sommet de la montagne et ramenées à 0°, t et t' les températures dans les mêmes lieux et À étant la latitude, X, la hauteur cherchée, est obtenue de l'équation : X = 18 393™ log | U -+- 2 (ll{^út's) (1 + 0,002837 eos 2a). Babinet a donné une formule plus simple, qui est très suffisante quand les hauteurs à mesurer ne dépassent pas 1000 mètres : K=««».|=»(, + «l«S|fl Etant donné ce fait que l'eau distillée, sous mince épaisseur, bout à la pression barométrique qu'elle supporte, on avait espéré connaître aussi la hauteur d'une montagne en prenant à son sommet le degré où bouillirait l'eau distillée.

On admet tait, par calcul et par expérience, que chaque diminution de 1 degré dans le point de l'ébullilion correspondrait à une éléva tion de 324 mètres. Mais les causes d'erreur dans ce procédé sont tellement nombreuses qu'on y a complètement renoncé. En réalité les mesures trigonométriques sont les seules qui soient exactes et le baromètre est laissé aux aéronautes. C'est L'ATMOSPHÈRE 9 le seul moyen qui soit à leur disposition pour avoir une idée approximative de la hauteur qu'ils ont atteinte. Composition chimique de l'atmosphère. — L'air qui nous entoure est formé du mélange de trois gaz. II y a un peu plus d'un siècle que Lavoisier sit connaître sa composition, et il y a deux ans que M. Ramsay et lord Rayleigh découvrirent le der nier gaz qu'on y rencontre, l'argon. Chacun se souvient que c'est en absorbant l'oxygène sur le mercure chauffé plusieurs jours que Lavoisier montra qu'il . 4 restait n environ du volume de l'air primitif après l'opération, et que le résidu était composé d'un gaz peu actif, incapable d'en tretenir la vie et qu'il appela l'azote.

Plus tard, chauffant plus fort l'oxyde rouge de mercure obtenu par l'absorption de l'oxygène, il régénéra ce gaz, et, le mélangeant avec l'azote résiduel, il reconstitua l'air avec toutes ses propriétés chimiques et phy siologiques. Après lui, Regnault, Dumas et Boussingault reprirent l'analyse de l'air par des méthodes très précises et la composition de ce mélange demeura fixée ainsi qu'il suit. Oxygène 20,9 í Azote 79,00 100,00 Les choses en étaient là quand, en 1895, M. Ramsay et lord Rayleigh, frappés de la différence de densité qui existe entre l'azote tiré de l'air et l'azote chimique obtenu par la décomposi tion du protoxyde d'azote, soupçonnèrent qu'il existait dans l'air un troisième gaz, peu actif, analogue à l'azole, mais différent de lui par quelques propriétés. Si en effet on absorbe l'azote de l'air par le magnésium au rouge, ou si on le combine lente ment à de l'oxygène sous l'effluve électrique, il resle un résidu minime qui a de très faibles affinités chimiques et qu'a cause de cela les auteurs de la découverte ont nommé argon (inactif).

LA CL'RE D'ALTITUDE 10 Si bien que la composition centésimale de l'air, d'après les travaux de M. Leduc, doit être maintenant énoncée ainsi qu'il suit Oxygène 21,00 ì Azote 78,06 Argon 0,04 100,00 Variations avec l'altitude. — Les animaux consommant l'oxygène de l'air et les végétaux restituant celui qui était contenu dans l'acide carbonique dont ils s'alimentent, il élait à prévoir qu'une sorte de compensation exacte devait se faire et que la teneur en oxygène de l'atmosphère ne devait pas varier. Autrement, depuis des milliers de siècles que l'air est en rapport avec la vie, il serait forcément épuisé en oxygène si l'absorplion de ce gaz dépassait son dégagement, ou il irait toujours s'enrichissant si l'effet inverse dominait. Depuis un siècle qu'on fait des analyses d'air , on tombe toujours sur les mêmes chiffres.

Tout au plus, dans les rues étroites des villes, trouve-t-on quelques centièmes d'oxygène en moins que sous le dôme épais des forêts. Et encore cette différence n'est-elle que temporaire, un brassage général de l'atmosphère par le vent rétablit vite l'équilibre. Voici d'ailleurs quelques chiffres publiés par Regnault : Oxygène. Air de Paris 20,999 i — de Montpellier 20,996 — de Berlin 20,998 1 — de Madrid 20,982 — de Genève 20,993 1 — de l'Océan 20,963 1 — de l'Océan arctique 20,940 On voit que les variations sont insignifiantes et tout à fait en rapport avec les erreurs possibles d'analyse. l'atmosphère 11 On a fait aussi des recherches sur la composition de l'air des allitudes : elles ont montré que le brassage de l'atmosphère était assez énergique pour que les variations fussent nulles du chef de la hauteur.

Brunner sur le Faulhorn, Mùntz et Aubin sur le pic du Midi n'ont pu constater que des différences insignifiantes. Regnault a analysé en même temps l'air de Genève et celui de Chamonix, et voici les résullats auxquels il est arrivé : Oxygène. Air de Genève 20,993 — de Chamonix 20,993 II y a donc identité. Tout récemment, Cailletet a adapté à un ballon-sonde un cylindre de cuivre muni d'un robinet auto matique qui s'est ouvert à une hauteur de 15 500 mètres. L'air recueilli à cette altitude extrême a été analysé par Mûntz et Th. Schlœsing sils. Voici les résultats qu'ils ont publiés .„. I Oxygène 20,79 Air recueilli \ , , _„ ~„ a lo 500 mètres. ) . „„, ( Argon 0,94 100,00 La différence avec l'air de nos régions est absolument nulle. II y a bien 0,21 d'oxygène en moins, mais les auteurs font eux mêmes remarquer que cela peut très bien venir de l'absorption de ce gaz par le cuivre du réservoir ou par la légère oxydation de la graisse du robinet.

Nous devons donc conclure que, pratiquement, aussi bien dans les allitudes que dans les plaines, la quantité d'oxygène contenue dans l'air est invariable. Mais ce que nous disons là ne s'applique qu'au tant pour 100, et il faut bien remarquer une chose : le volume de l'air variant avec la pression, suivant la loi deMariotte, il s'en suit qu'à une demi-atmosphère, un litre d'air ne pèse plus 1 gr. 297, mais 1 gr. 297^ goit 0 gj. G485. ;1 ne contjent uonc pius o gr. 259 d'oxygène, mais la moitié seulement, soit 0 gr. 129 : si bien qu'un homme qui franchit la passe de Karakorum où la pression est juste d'une demi-atmosphère, n'introduit plus dans ses poumons que 0 gr. 129 d'oxygène par chaque inspiration d'un litre qu'il fait, au lieu de 0 gr. 259 qu'il y introduisait dans la plaine. Je prie le lecteur de vouloir bien retenir ce fait d'où dérive à peu près tout ce que nous allons dire sur la cure d'altitude.

L'air des hauteurs contient toujours 21 p. 100 d'oxygène; mais il en contient, en poids, d'autant moins par litre que la pression barométrique baisse davantage et par conséquent à mesure que l'on s'élève sur la montagne. Acide carbonique de l'air des altitudes. — Outre les trois gaz dont nous venons de parler, l'air contient encore, en quantité dosable, un quatrième corps : l'acide carbonique, qui ne s'y trouve que dans la proportion de . II ne fait, à pro prement parler, pas partie de l'air atmosphérique; c'est un accident, une scorie qui peut y diminuer ou y augmenter. C'est 6 ainsi que dans les villes il atteint la proportion de quelquefois mème celle de En réalité il varie très peu : il semble qu'il est un peu plus abondant le jour que la nuit, dans les villes que dans les campagnes, au voisinage des usines que flans les parties habitées luxueusement : mais il suffit d'une brise légère pour qu'un nouveau mélange intime se produise et que l'équilibre soit rétabli.

A la surface de l'Océan l'acide carbonique semble, certains jours, moins abondant quand il a été dissous par l'eau de la mer : d'aulres fois il parait y en avoir davantage dans l'air, comme si la mer le dégageait: de sorte que les eaux océaniques seraient le principal régulateur de sa présence dans l'atmosphère. l'atmosphère 13 On s'est beaucoup préoccupé de savoir s'il était en plus ou moins grande quantité dans l'air des altitudes que dans celui des plaines. Déjà de Saussure avait déclaré qu'il en avait trouvé davantage au mont Blanc que près de Genève. Une réaction s'est faite depuis contre cette opinion etTruchot a publié des résultats précisément inverses. II a trouvé en effet les proportions suivantes. A Clermont-Ferrand (396m) MWì 9 03 Au sommet du Puy de Dùme Í1446m) .A,,.... J 10,000 1 'ft Au sommet du Pic de Sancy (1884ml ..7.

A J K 10,000 Quelques auteurs, qui ont écrit sur la cure d'altitude, se sont emparés de ces résultats pour vanter la rareté de l'acide car bonique dans l'air des montagnes et pour faire remarquer l'influence que doit avoir celte pureté pour Thygiène générale. Je me permettrai de ne pas partager cette manière de voir. L'air des montagnes est pur, mais ce n'est pas parce qu'il con- 2 . . . . tient ttttttttv d'acide carbonique en moins que celui des plaines 10 000 1 l qu'il agit heureusement sur l'organisme. Si de si minimes variations avaient une influence physiologique, on les ressen tirait bien plus activement dans les plaines, où elles se produi sent d'une manière beaucoup plus intense. Du reste ces variations elles-mêmes ne semblent pas avoir été exactement constatées. Mtìntz et Aubin ont établi au sommet du Pic du Midi de Bigorre un laboratoire complet pour l'analyse des gaz et, par des moyens d'une précision extrême, ils sont arrivés aux conclusions suivantes : au sommet du Pic la quantité d'acide carbo- 2 8fi nique est de . ' ..j. en moyenne; c'est exactement le chiffre que l'on constate à Vincennes.

Donc plus de différence entre la plaine et les montagnes : le brassage de l'air se fait de telle sorte que l'acide carbonique est également réparti partout. Du reste Mûntz l'a démontré d'une façon plus péremptoire encore. II a recherché ce gaz dans l'air rapporté de l'altitude de 13 000 mètres par le ballon-sonde YAérophile. II a conslaté, qu'à cette hauteurimmense, laproportion de C02était de .'''., un peu plus qu'à la surface du sol. Le brassage de l'atmosphère par les vents et les courants atteint donc les plus grandes hauteurs. II faut qu'il en soit ainsi. Poggiale a calculé (assez approxi mativement du reste) que la combustion de la houille, les fer mentations des végétaux, la respiration des animaux, les phé nomènes de putréfaction, les évenls des volcans, etc., lançaient, par an, dans l'atmosphère 2300 milliards de mètres cubes d'acide carbonique.

Si une pareille masse n'était pas dissé minée dans toute la hauteur de l'atmosphère, elle deviendrait dangereuse pour la vie animale; car les végétaux n'auraient jamais le temps de la détruire au fur et à mesure de sa produc tion, comme ils le font si facilement, quand, diluée dans l'air total, elle leur est apportée petit à petit par les remous de toute la couche gazeuse qui nous entoure. Ozone. — II n'est pas douteux que l'électricité atmosphé rique, les oxydations lentes des produits végétaux introduisent dans l'air une certaine quantité d'ozone. L'ozone est abondant à la campagne; il manque souvent dans les villes. Gautier affirme qu'il est possible d'en sentir l'odeur pénétrante dans les champs au lever du soleil. L'ozone oxyde et par conséquent détruit énergiquement les matières orga niques végétales; c'est de plus un bactéricide énergique, mème à très petite dose.

Aussi lui a-t-on fait jouer un rôle important dans l'arrèt des épidémies. D'après beaucoup d'auteurs, l'in tensité d'une épidémie serait inversement proportionnelle à la quantité d'ozone contenue dans l'atmosphère. Mais, en réalité, on a vu de terribles épidémies de grippe et de choléra se produire quand l'air était très ozone et on a vu l'ozone manquer absolul'atmosphère 15 ment pendant des périodes où la santé publique se maintenait excellente. Ce qui nous intéresse ici, c'est que l'air des allitudes paraît être très ozone; le papier imprégné d'iodure de potassium el d'amidon y bleuit avec une grande intensité. Jusqu'à ces derniers temps, on n'avait pas fait de véritables dosages de ce gaz; cet été mème M. Maurice de Thierry en a fait quelques-uns à Chamonix et aux Grands-Mulets, sur le flanc du mont Blanc.

Les résultats qu'il a obtenus sont intéres sants. II a vu que, le même jour, il y avait, en ozone, dans 100 mètres cubes d'air : A Paris 2irsr,3 A Chamonix(1050n'j 3 ,o Aux Grands-Mulets (3020™) 9 ,4 Cette surcharge doit tenir : 1" A l'oxydation des essences et des résines dans les forêts de sapin; 2" A l'absence de matières organiques combustibles dans l'atmosphère des montagnes, ce qui fait que l'ozone n'y est pas détruit comme dans les villes. Quant à savoir si ce gaz a une grande influence hygiénique ou thérapeutique, c'est ce qu'il est impossible d'affirmer actuel lement. Autres corps contenus dans l'atmosphère. — On Irouve encore dans l'atmosphère aérienne de l'ainmoniaque à l'état d'azotate et d'azotite. Ces produits dont on ne constale que des traces viennent de la fermentation des matières organiques qui couvrent le sol et de l'oxydation directe de l'azote de l'air sous l'influence de l'étincelle électrique (orage).

On y voit aussi un peu d'hydrogène carboné qui semble pro venir de la décomposition des tourbes dans les marais. On y trouve encore des traces de chlorure de sodium, du sulfate de soude, du sulfate de chaux, du sulfhydrate d'ammoniaque. Ces substances ne se rencontrent qu'en minimes quantités. LA CL'RE D'ALTITUDE Elles sont sans intérêt pour l'étude qui nous occupe, mais elles ont une grande importance pour d'autres points de la bio logie. C'est par ces poussières flottantes, dissoutes par l'eau au moment d'une ondée, que les pelouses montagneuses, par exemple, se trouvent approvisionnées des matériaux nécessaires à la végétation. Mais il existe encore d'autres poussières dans l'atmosphère et celles-là doivent nous arrêter tout particulièrement.

Chapitre II Des Micro-organismes Dans

L AIR DES ALTITUDES Poussières de l'atmosphère. — Les tourbillons de vent qui agitent l'atmosphère soulèvent des nuages de poussières qui, disséminées dans l'air, arrivent quelquefois à l'obscurcir. Ces poussières ne s'élèvent jamais très haut et, dans les soirées chaudes et humides, on les voit souvent rester suspen dues sur les villes ou les plaines, au-dessus desquelles elles forment comme un voile léger. Dispersées et séparées les unes des autres, ces poussières ont une masse tellement faible, par rapport à leur surface, que leurs frottements contre les molé cules de l'air arrêtent leur chule : elles demeurent flottantes jusqu'à ce qu'une averse, venant les réunir, les précipite de nouveau sur le sol. Ce sont elles qu'on voit briller dans un rayon de soleil qui traverse une chambre obscure.

Elles sont si nombreuses, au moins dans les villes, que quand on fait passer de l'air sur un tampon d'ouate, ce tampon devient subitement gris à sa sur face, et mème noir si la siltration dure quelque temps. II y a de tout dans ces poussières que nous respirons sans cesse : du charbon, de la pierre pulvérisée, les poils brisés fine ment des animaux et surtout des plantes, des cristaux de sel marin, du sulfate de soude, des fragments d'épiderme, des cara- Kegnard. — La cure d'ullilude. paces de diatomées, des spores d'algues, de champignons, les pollens des fleurs, les écailles des ailes des papillons. En un mot tout ce qui est très menu, sec et inaltérable. Mais il y a plus encore. On y trouve desséchés et déformés les germes de ces micro-organismes qui produisent les fermentations et les maladies.

Les bacilles, les coccus, les sarcines, les spirilles abondent dans l'air qui pénètre à chaque instant jusqu'au plus profond de nos bronches. Une expérience très simple, due à Pasteur, le démontre clairement. Ce grand biologiste fait passer de l'air sur une bourre de coton-poudre, puis il dissout cette bourre dans un mélange d'alcool et d'éther. Les germes recueillis dans la trame de la bourre se trouvent libérés et tombent au fond du vase où se fait la dissolution. On peut les séparer, les examiner, les compter. Et, si on les sème dans un milieu où ils pourront pousser, ils se mettent à se développer et à pulluler : alors a lieu la fer mentation et la sécrétion de ces toxines, qui, injectées dans une économie animale, y amèneront le désordre que nous appelons une maladie infectieuse. C'est en 1802 que Pasteur entrevit cette merveilleuse chose qui devait transformer la médecine à ce point que quelqu'un qui eût fait à cette époque ses études et ne se serait pas tenu au courant ne pourrait plus rien comprendre de ce qui se dit aujourd'hui dans une assemblée de biologistes et de médecins.

Depuis, le sujet restreint qui nous occupe ici a été considéra blement étendu. L'homme qui a le plus fait dans ce sens est Miquel, de l'Ob servatoire de Montsouris. Le lecteur qui voudrait se rendre compte de son œuvre la trouvera dans son grand ouvrage sur les germes répandus dans l'atmosphère et dans les nombreux mémoires qu'il a publiés séparément dans un recueil que ne lisent guère les médecins, dans ì' Annuaire de Montsouris. Numération des germes. — C'est à Miquel que nous devons un certain nombre à'aéroscopes ou appareils qui servent à recueillir et à compter les microbes de l'air. Tous relèvent de ce principe : une lame de verre ou de papier, enduite, soit de vaseline, soit de gélatine, soit de gélose, en un mot d'une substance visqueuse, tourne lentement, mue par une horloge. Sur son bord un tube effilé souffle de l'air pris dans la région que l'on examine.

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