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Nouveau Voyage dans le pays de nègres, suivi d'études sur la colonie du Sénégal et des documents historiques, géographiques, et scientifiques

Anne Raffenel · 1856 · Scanned text

208,279 words · about 14 h 35 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

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About this book

Author
Anne Raffenel
Language
French
Published
1856
Length
208,279 words · about 14 h 35 min
Sections
38 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (38)
  1. Front matter about 20 min
  2. Introduction about 49 min
  3. Chapitre II about 16 min
  4. Chapitre III about 16 min
  5. Chapitre IV about 21 min
  6. Chapitre V about 17 min
  7. Chapitre VI about 44 min
  8. Chapitre VIII about 33 min
  9. Chapitre IX about 20 min
  10. Chapitre X about 23 min
  11. Chapitre XI about 17 min
  12. Chapitre XII about 14 min
  13. Chapitre XIII about 12 min
  14. Chapitre XIV about 21 min
  15. Chapitre XV about 26 min
  16. Chapitre XVI about 21 min
  17. Chapitre XVII about 19 min
  18. Chapitre XVIII about 20 min
  19. Chapitre XIX about 30 min
  20. Chapitre XX about 20 min
  21. Chapitre XXI about 25 min
  22. Chapitre XXII about 18 min
  23. Chapitre XXIII about 22 min
  24. Chapitre XXIV about 18 min
  25. Chapitre XXV about 17 min
  26. Chapitre XXVI about 20 min
  27. Chapitre XXVII about 33 min
  28. Chapitre XXIX about 22 min
  29. Chapitre XXX about 25 min
  30. Chapitre XXXI about 26 min
  31. Chapitre XXXII about 17 min
  32. Chapitre XXXIII about 19 min
  33. Chapitre XXXIV about 24 min
  34. Chapitre XXXV about 26 min
  35. Chapitre XXXVI about 23 min
  36. Chapitre XXXVII about 20 min
  37. Chapitre Xxxviii about 26 min
  38. Chapitre XXXIX about 34 min

Continue:

Front matter

NOUVEAU VOYAGE DANS LE PAYS DES NÈGRES SOIVI D'ÉTUDES SDR LA COLONIE DD SÉNÉGAL ET DE DOCUMENTS HISTORIQUES, GÉOGRAPHIQUES ET SCIENTIFIQUES PAR ANNE RAFFENEL COMMANDANT PARTICULIER DE SAINTE-MARIE DE MADAGASCAR , Ctioval.ci ilt' l'Offld iinptSii.il de h béguin il' Honneur EXÉCUTÉ l'AR ORIHIE DU GOUVERNEMECT ET l'Mii II AVEC AUTORISATION DE SOIV EXCELLENCE LE M1MSTRE DE LA MARINE. TOME PREMIER PARIS Librairie cenïrale de napoléon chaix et*'g**, éditeurs Hue Bergère, 20, près du boulevard Montmartre. 18 NOUVEAU VOYAGE DANS LE PAYS DES NÈGRES MANIERE DE RÉCOLTER LE VIN DE P A LUE. T. 1 Titre. XOUVEAU VOYAGE DANS LE PAYS DES NÈGRES SUIVI D'ÉTUDES SOR LA COLONIE DO SÉNÉGAL ET DE DOCUMENTS HISTORIQUES, GÉOGRAPHIQUES ET SCIENTIFIQUES p»n ANNE RAFFENEL sOMMiNDANT PAMICULIEB DE SAINTE-MARIE DE MADAGASCAR Chevalier de l' Ordre impérial de la Légion d'honneur.

EXÉCUTÉ PAR ORDRE DU GOUVERNEMENT ET PI RLIE AVEC AUTORISATION DE SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE LA MARINE. TOME PREMIER. PARIS IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE CENTRALES DES CHEMINS DE FER DE NAPOLÉON < II \1X ET t". Rue Bergère . 20, près du boulevard Huntmartre. PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. La France compte un bien petit nombre de voyageurs qui ont pénétré dans l'Afrique centrale. Lorsque nous voulons étudier ce qui se rattache à ces curieuses contrées, nous sommes obligés de recourir aux ouvrages des Anglais. M. Raífenel a voulu combler cette lacune dans notre littérature ethnographique; et, après avoir parcouru le Sénégal, examiné ces contrées avec l'autorité que lui donnait une mission officielle, il publie son ouvrage en deux volumes. Le premier renferme tout le côté descriptif et pittoresque : c'est la partie anecdotique, litté téraire et amusante de son travail.

Lesecond volume contient les observations météorologiques et scientifiques, et des documents historiques. Des gravures, faites d'après les dessins exécutés sur les lieux mêmes par Fauteur, complètent le texte en l'expliquant. Nous croyons que cet ouvrage est destiné à un grand succès TOME I. a La France a des établissements en Afrique sur deux points prin cipaux : r Algérie et le Sénégal. C'est par ces deux points que Fesprit français, cet esprit si éminemment civilisateur et initia teur, doit pénétrer dans F Afrique centrale, et la conquérir pacifi quement à nos mœurs, à notre religion, à notre commerce. M. Raffenel indique lui-même ce résultat à obtenir comme une grande chose ; nous ne pourrions mieux dire que lui ; nous nous bornons donc à citer ses belles paroles, qui résument admirable ment son ouvrage, et peuvent lui servir de préface : « La régénération de l' Afrique est la grande œuvre de notre époque.

Introduction

. La mission dont je rends compte dans ce livre m'a été donnée par le gouvernement, comme une récompense des fatigues que j'avais supportées et des dangers que j'avais courus en remplissant une autre mission dans la Sénégambie. Voici la lettre de M. l'amiral de Mackau, qui m'invitait à me mettre en route : i. Paris, le 21 avril 1846. » Monsieur, je vous ai déjà fait connaître que je donnais mon approbation au voyage d'exploration dans l'intérieur de l'Afrique centrale, dont vous m' avez exposé le plan (1). » Vos préparatifs étant aujourd'hui terminés, le moment est venu de vous rendre au Sénégal, où vous avez à prendre (l) Voir, à la fin de l'introduction, le document n° 1, page x. TOME 1. i a encore diverses dispositions indispensables au succès de l'en treprise. J'ai donné des ordres à F administration maritime du Havre pour que vous soyez embarqué avec tous vos bagages sur le premier navire du commerce qui fera voile pour la colonie, et je vous invite en conséquence à partir sans délai pour ce port. » Vous trouverez ci-joint les instructions que j'ai récla mées et obtenues pour vous de F Académie des sciences, du Muséum d'histoire naturelle, du Dépôt général des cartes et plans de la marine et de la Société de géographie.

Les recommandations et les indications qu'elles renferment me dispen sent de vous donner moi-même des instructions détaillées sur les points qui doivent être particulièrement l'objet de vos in vestigations (1). D'ailleurs, votre relation d'un voyage au Bambouk et les développements dans lesquels vous êtes entré sur le nouveau voyage que vous allez entreprendre, montrent que vous avez la parfaite intelligence des diverses questions qui peuvent se présenter à votre examen. » Les relations que notre commerce pourrait entretenir par la suite avec les populations des régions inconnues que vous allez parcourir, l'étude de la situation politique de ces diffé rentes populations et celles de tous les faits qui, directement ou indirectement, se rattacheraient à nos possessions de F Al gérie, sont les points sur lesquels les départements du com merce, des affaires étrangères et de la guerre, qui ont bien voulu contribuer aux frais de votre entreprise, désirent vous voir porter surtout votre attention. » En ce qui touche le département de la marine, je vous invite à recueillir soigneusement toutes les notions qui seraient de nature à intéresser les établissements que la France possède (.)

Ces instructions sont trop étendues pour que je les reproduise toutes. Je me borne à faire connaître celles de l'Académie qu'on trouvera à la fin de cette introduction, document n° 2, page xm. sur la côte occidentale d'Afrique, et surtout nos comptoirs de la côte d'Or; dans le cas, prévu par vous-même, où, arrivé à Sakkatou et venant à y rencontrer des obstacles qui vous empêcheraient de pénétrer plus avant dans l'intérieur du con tinent africain, vous prendriez le parti de vous rabattre sur le golfe de Guinée, vous chercheriez notamment à constater les moyens de communication de ces comptoirs avec la Séné gambie et le pays des Bambaras. Béduit dans son exécution à ces dernières proportions, votre projet me semblerait présenter encore un champ suffisamment vaste à votre ardeur, et pouvoir mème être très-fécond en résultats utiles aux sciences géographiques comme 'aux intérêts positifs de l'industrie, du commerce et de la politique de la France en Afrique. » Si, à partir de Sakkatou, de trop grands obstacles ne s'opposent point à la continuation de votre voyage, et si vous êtes assez heureux pour le mener à fin, ainsi que vous Favez conçu, en le poussant jusqu'à la côte orientale d'Afrique, vous aurez là une question spéciale à étudier, celle des ressources que les populations des pays voisins du littoral pourraient offrir pour des recrutements de travailleurs libres à destination de nos colonies, et principalement de Bourbon.

Je vous signale cette question comme méritant votre attention particulière. Je vous invite à observer en outre avec soin l'influence qu'exerce sur toutes les populations que vous visiterez, le commerce de traite qui se fait encore sur une partie des côtes orientales et occidentales du continent africain. » J'écris sous la date de ce jour à M. le gouverneur du Sénégal pour l'entretenir du voyage d'exploration que vous allez entreprendre. Je lui fais connaître qu'indépendamment de la somme de 24,000 fr. mise à votre disposition par MM. les ministres de la guerre, des affaires étrangères, du commerce et de l'instruction publique, pour concourir aux frais de l'entreprise, il vous sera alloué, pour le même objet, une somme de 10,000 fr. sur le budget du Sénégal (1). M. le capitaine de vaisseau Ollivier est en même temps prévenu par moi que l'intervalle de temps qui s'écoulera entre le moment de votre arrivée et celui de votre départ pour Bakel, sera em ployé par vous à compléter les apprêts de votre voyage et à vous livrer exclusivement à des études spécialement ap propriées au but que vous vous proposez d'atteindre.

Enfin, sans avoir à réclamer pour vous une sympathie personnelle qui vous est assurée de sa part, je le prie de vous accorder toute Fassistance et toutes les facilités qui pourront dépendre de F administration locale. » Je fais des vœux bien sincères, Monsieur, pour que vous réussissiez à surmonter heureusement les difficultés et les dan gers de la courageuse entreprise à laquelle vous vous dévouez avec tant d'abnégation. J'aime à espérer que vous rapporterez de ce voyage à travers des régions que l'on peut dire in connues à FEurope, des notions fructueuses pour les sciences, pour la civilisation et pour le commerce, et que vous inscrirez votre nom parmi ceux des explorateurs qui ont le plus honoré notre époque. L' appui comme les sympathies du gouverne ment sont d'avance acquis à votre entreprise. » Vous me ferez part de vos progrès dans F intérieur, au tant que les circonstances le permettront, et vous ne cesserez notamment de donner de vos nouvelles à M. le gouverneur du Sénégal, qu'autant que vous vous croiriez privé de tous moyens, même éventuels, de communication avec lui. » Becevez, etc.

Le vice-amiral, pair de France, ministre de la marine et des colonies, » Signé Baron de Mackau. » (1) Ce chiffre s'est trouvé dépassé. Mes dépenses excédèrent mes re cettes de 5,0C0 fr., par suite d'éventualkés imprévues, et notamment de V Quand on reçoit une pareille lettre, dans laquelle la plus haute bienveillance s'allie de la manière la plus gracieuse à F expression des sentiments les plus flatteurs, on marche de vant soi, sans autre pensée que de justifier les témoignages qu'elle renferme, sans autre désir que de répondre à l'attente de celui qui vous envoie. C'est ce que j'ai cherché à faire ; j'ai marché malgré l'hos tilité des populations, malgré la fièvre, malgré la dyssenterie, cet horrible mal impitoyable aux Européens ; et je ne me suis arrêté que devant l'impossible. Prisonnier huit mois des Bambaras, j'ai su, seul de ma race , en présence d'une puissance quj pouvait mettre cin quante mille hommes sous les armes , préserver de tout ou trage la dignité de la nation que je représentais.

Bendu à la liberté par une de ces fantaisies de sauvage dont .on profite, mais qu'on n'explique pas, je suis revenu à l'île de Saint-Louis après seize mois d'absence , seize mois passés sans toit pour abriter ma tête , sans lit pour reposer mon corps, sans soins pour garantir ma santé violemment atteinte par un climat meurtrier, et, chose plus pénible en core, sans un compatriote qui pût adoucir mes ennuis, soutenir mon courage et redire mes souffrances. J'avais parcouru environ 1,000 lieues, et je m'étais avancé vers Fintérieur du continent africain, à plus de 250 lieues de l'Océan. A Saint-Louis, l'état d'épuisement où m'avait réduit mon voyage me valut un congé de convalescence qu'on me força d'accepter. « Si vous restez, me disait-on, c'est un suicide que vous accomplissez. » Je partis donc, et j'arrivai en France en 1848, au mois de juin!... la nécessité qui me fut faite de payer fort cher les hommes qui devaient me servir d'escorte.

Cette somme m'a été remboursée intégralement et avec, une grande courtoisie par le gouvernement. VI Les exigences du service obligèrent mes chefs à me repla cer, un an après mon retour d'Afrique, dans le cadre régle mentaire de mon corps, et à me donner une destination. Cette décision, dont je compris la nécessité, ne me décou ragea pas; j'avais trop à cœur de répondre à la confiance qu'on m'avait témoignée. N'avait-on pas , d'ailleurs , mis à ma disposition une somme fort élevée dont mon honneur avait besoin de justifier Femploi ? Prenant sur mes veilles et sur les loisirs que me laissaient mes fonctions, je parvins, quoique malade encore des suites de mon voyage, à terminer la mise en ordre des nombreux matériaux qu'il m'avait permis de recueillir. A la fin de 1850 j'étais prêt à publier mon travail.

Quoi qu'il en soit, ce ne fut qu'au mois de mars 1855 que j'obtins de S. Ex. M. le ministre de la marine l'autorisation d'imprimer mon ouvrage, à la condition toutefois que je pour voirais à tous les frais que nécessiterait cette publication. Je me soumis à cette clause et remerciai vivement S. Ex. d'avoir bien voulu me permettre de montrer aux personnes qui avaient encouragé mon entreprise, que les difficultés rencon trées dans ma route ne m'avaient pas tout à fait empêché d'observer les pays que j'avais traversés. Trois années auparavant, j'avais éprouvé une satisfaction bien flatteuse : j'avais été recherché avec beaucoup d'insistance par le docteur anglais James Bichardson, Finfortuné compagnon de Fheureux docteur Barthe, qui vient de jeter un nouvel éclat sur sa patrie qu'avait déjà illustrée de Humboldt.

Honneur à lui! honneur à ses héroïques compagnons glo rieusement tombés sur le champ de bataille de la science! Moi aussi je voulais partager leurs périls *, je ne pus ob tenir cette faveur. Oui, l'Afrique est toujours le mystérieux continent où vont se briser les mâles courages, où viennent échouer les réso lutions les plus hardies. Honneur donc au docteur Barthe ! Que ne puis-je dire au Français Barthe? Honneur à cet homme intrépide et dévoué qui va nous révéler une partie des mystères que nous cachent ces contrées barbares ! Depuis le xvc siècle, que de voyageurs, en effet, ont essayé d'y pénétrer ! Combien ont succombé ! combien peu ont dit ce qu'ils avaient vu ! combien . moins encore ont pu parvenir au but qu'ils avaient donné eux-mêmes à leur course aventu reuse ! Parmi ces voyageurs, tantôt curieux sublimes, avides de soulever le voile que la studieuse antiquité avait renoncé à écarter, tantôt intelligents courtiers d'une œuvre commerciale, tantôt enfin intrépides apôtres de la civilisation, de la science et de Ia religion, on ne compte que quelques Français.

Tous les autres, et le nombre en est grand, tous les autres étaient Arabes, Italiens, Portugais et surtout Anglais. Je n'ai jamais compris ce prétendu patriotisme qui ne veut pas souffrir qu'une autre patrie ait aussi ses gloires et ses grandeurs : sentiment d'égoïsme étroit, .de jalousie mesquine qui rapetisse celui qui le professe, sans rien ajouter à la gloire de sa nation, qu'il rapetisse aussi en abaissant les autres. Toutes les nations du globe ont leur valeur ; c'est n'être que juste de le proclamer ; mais c'est manquer à sa propre dignité que de le taire. « J'aime ma patrie plus que ma famille, disait Fénelon , mais j'aime le genre humain mieux que ma patrie. » Com bien y en a-t-il de ceux dont le patriotisme ne se ma nifeste que par le dédain des autres nations, qui pourraient parler comme Fénelon ?

Disons-le donc bien haut : dans l'ordre des découvertes, dans le domaine des excursions aventureuses en Afrique, ce sont les Anglais qui ont parcouru les plus grandes distances. Disons que dans ces contrées ignorées où la mort, sous vingt formes diverses, semble si pressée de saisir sa proie, Hougton, Mungo-Park, Laing, Oudney, Clapperton, Bichard l.ander, et plus récemment James Bichardson, marchent au premier rang des victimes de la science et des martyrs de leur génie aventureux. Disons plus encore ; disons que c'est à ces hommes héroïques, et au petit nombre de leurs compatriotes qui ont échappé aux périls de la route, que nous devons les notions les plus complètes que nous possédons aujourd'hui sur ce continent; car ils joignaient à Findomptable énergie qui pousse aux grandes entreprises, les connaissances qui savent les rendre fécondes en résultats utiles.

Un voyageur français paraît seul cligne d'élever son nom à côté de ces noms célèbres, et peut-être les aurait-il surpassés en éclat et en immortalité si Dieu eût voulu qu'il joignît la science et Férudition à la force d'âme et à la supériorité d'intelligence dont il s'était montré si prodigue envers lui. Caillié néanmoins est une gloire française ; c'est lui qui re présente de la manière la plus brillante notre nation au mi lieu des sables et des forêts de l'Afrique intérieure; mais sans la prodigieuse mémoire dont il était doué, la plume savante de M. Jomard eût été impuissante à faireconnaître Fintéres sant récit de son voyage. Quelques autres noms français viennent ici sous ma plume , et je m'estime heureux d'avoir l'oecasion de les faire revivre un instant dans ces pages. Grout de Beauford, jeune officier de marine et savant distingué, mourut à Bakel en 1824, après avoir parcouru une partie des bords de la Falémé et une partie du Kaarta ; le botaniste Heudelot, auteur d'un ouvrage estimé sur la Flore du Sénégal, y mourut également quelques années plus tard ; Duranton, nature fortement trempée, tête ardente, donnait aussi de grandes espérances ; il mourut vers 1834, dans le Kasson, qu'il avait adopté pour patrie.

Huard-Bessinières enfin, compagnon de mon premier voyage, cœur généreux, imagination vive et brillante, passionné pour la vie d'aventures, vient clore dignement ce martyrologe des dévouements français. Depuis mon retour, le Sénégal a vu trois nouveaux voya geurs quitter ses bords pour se lancer aussi vers F inconnu. Le premier, M. Auguste Bouët, lieutenant de vaisseau, a fait au bas de la côte une exploration des plus intéressantes dans la rivière de Bassam et d'Assiné ; le second, M. Panet, mulâtre du Sénégal, mon secrétaire dans le voyage dont ce livre rend compte, a traversé le désert du Sahhrâ, de l'escale des Trarzas à Mogador ; le troisième, M. Hecquard, sous-lieutenant de spahis, a visité le Djallon et a rendu compte de sa mission dans un volume publié à Paris en 1855. Tous trois ont échappé aux mille dangers de leur route périlleuse.

J'ai voulu, moi aussi, apporter mon grain de sable à la montagne bien petite, hélas ! qu'ont élevée au péril de leur vie mes devanciers et mes successeurs. J'ai voulu, non, comme me l'écrivait M. l'amiral de Mackau dans la lettre qu'on vient de lire, inscrire mon propre nom parmi ceux des explorateurs qui ont le plus honoré notre époque,- mais y inscrire celui de ma nation, qui n'y occupe qu'une petite place; y inscrire celui de la marine, de ce corps qui donne chaque jour à son pays tant de preuves de son dévouement. Je n'ai qu'une crainte en publiant ces pages, c'est qu'elles ne soient trop inférieures à la tâche que je m'étais donnée. X DOCUMENT N° 1. A S. Exe. le vice amiral de Mackau, ministre, de ia marine et des colonies. Paris, le 8 mai 1845. Amiral , Par sa lettre du 4 avril dernier, Votre Excellence m'ordonne de lui soumettre un plan détaillé du voyage d'exploration pour lequel j'ai fait l'onre d'un zèle plus ardent qu'éclairé peut -être, mais sincère, réfléchi, et qui demande avec confiance qu'on accepte ses services.

En désignant à Votre Excellence les deux termes extrêmes de la longue route que j'aurais l'ambition de parcourir, j'ai voulu indiquer la tendance générale de mon projet bien plus que je n'ai prétendu déterminer à l'a vance ce qu'il me sera donné d'accomplir. On ne traverse pas PAfrique par cela seul qu'on est résolu à le tenter , et je serais bien mal préparé à l'accomplissement d'une mission aussi grave, si je n'en avais aperçu et considéré mûrement les périls et les difficultés, pour échapper aux uns et surmonter les autres. Quoi qu'il én soit , c'est bien de nos établissements du Sénégal que je désire partir, et c'est bien par l'Égypte que je désire opérer mon retour. J'aurai ainsi l'avantage de prendre mon point de départ d'un poste français déjà avancé dans l'intérieur, et de tendre vers les domaiues du prince africain notre allié , dont la puissance réelle et l'instuence s'étendent le plus loin dans le continent à l'autre bout de ma route.

La ligne que j'ai dessein de suivre , sans diminuer d'imporlance et de nouveauté , est ainsi considérablement réduite dans son étendue. Les expéditions que le pacha d'Égypte envoie avec une si noble persévérance à la découverte des sources du Nil Blanc tendent d'ailleurs à rapprocher de plus en plus le terme des périls de ma propre exploration, puisque c'est vers ces mèmes sources qu'elle serait dirigée. Celte ligne mème, tirée de Bakel aux souçccs du Nil Blanc, a l'avantage de présenter, dans quelques points où elle a été coupée par les itinéraires antérieurs de certains voyageurs européens, des relâches pour ainsi dire connues, d'où jc pourrais faire parvenir de mes nouvelles et d'où il serait possible , sous l'empire d'une nécessité imprévue , d'opérer vers la côte, au sud ou au nord, un retour dont la voie serait déjà tracée.

Ainsi, me joignant à une caravane de Bambaras qui se rendrait, suivant des habitudes de commerce déjà établies , à ce qui m'a été assuré , au Haoussa et mème jusqu'au Bornou, j'aurais à traverser, 'entre Ségo et Sak katou, une vaste région inconnue, facile peut-ètre à traverser, peut-ètre, au contraire, infranchissable pour moi; alors s'offrirait la ressource de la route des mêmes caravanes vers le Grand-Bassam ou Assiné, où nous avons des comptoirs et où les officiers qui y sont allés ont vu de ces marchands bambaras. Ainsi encore, parvenu à Sakkatou, si la route vers l'est m'était fermée, je pourrais suivre celle qu'ont frayée Clapperton et Lander vers notre an cien établissement de Juida. Si, au contraire, j'arrivais au Bornou, et que là dùt se trouver interrompue mon exploration vers l'est, j'aurais, pour regagner la côte à Tripoli, la route de Denham, de Clapperton, d'Oudney, de Tirwhik, de Toole.

Cependant, peut-ètre l'intérèt mème de mon voyage, au lieu de me con duire de Sakkatou au Bornou, devrait-il me faire préférer une autre voie : les circonstances , les lumières que j'acquerrais de proche en proche sur les dispositions relatives et les communications mutuelles des pays et des peuples échelonnés entre Sakkatou et les sources du Nil Blanc (présumées du moins à leur point lc plus occidental, directement au sud du Dàrfourt, me porteraient peut-être à choisir la route qui se rend au Mandharah, dans le sud du Bornou. De là, côtoyant au sud les pays de Begharmi et de Borghou, j'arriverais dans les districts de Fertit et de Donga, où prennent, dit-on, leur source les affluents les plus occidentaux du Nil. Bendu à ce point, je me trouverais à une courte distance des pays où se fait sentir l'influence du pacha d'Égypte, et mon retour n'offrirait plus aucune dif ficulté.

Quelque ignorant que puisse être le voyageur qui aura accompli cette grande traversée de l'Afrique , n'apportât-il d'autre résultat que le relevé de sa route au pas et à la boussole, il aurait déjà fait une chose immense. Je pourrais ajouter à cette tâche d'autres résultats intéressants : l'étude des produits du sol et du développement qui pourrait être, imprimé à notre commerce; celle de la situation politique des peuples; la détermination de positions géographiques inconnues , des principaux cours d'eau et des chaînes de montagnes; des observations ethnographiques, toujours intéres santes dans des pays nouveaux. Je pourrais enfin joindre à ces documents quelques autres remarques, incomplètes peut-ètre, mais consciencieuses, sur diverses branches de l'histoire naturelle, et notamment sur la géologie.

Mais je dois déclarer à Votre Excellence que , quels que soient l'intérèt et l'importance des objets d'études et d'observations que je viens d'énu* mérer, je songerais bien plus, eu risquant ma vie pour réussir dans mon entreprise, à un autre résultat plus grand plus noble encore: à la civi lisation de l'Afrique. Je n'ai pas la folie de croire que mon passage laisserait des germes de civilisation sur les peuples que je rencontrerais ; mon ambition serait uniquement de frayer une route vers le centre du vaste continent que la France occupe déjà au nord, à l'ouest et au sud. Je sais que la régénération des nègres semble aujourd'hui une utopie; je sais qu'on n'y croit pas. Et pourtant n'est-il pas permis de demander ce qui a été fait jusqu'ici pour trancher de cette sorte une question aussi grave? 11 y a en Afrique des esclaves dans une condition affreuse; il y a des sacrifices humains; il y a mème, dit-on, des peuples qui consacrent encore leurs réjouissances par d'odieux festins.

Devons-nous rester impassibles témoins de ces horreurs? Non, certes, cela ne peut pas, cela ne doit pas être. II faut donc com mencer l'œuvre, œuvre lente, bien lente sans doute, comme toutes celles de cette nature qui se sont accomplies dans l'histoire de l'humanité; mais, avant tout, il faut jalonner la route à suivre ; il faut prouver qu'elle peut être parcourue; il faut pouvoir dire ce qu'on y rencontre. A moi cette tâche de pionnier; à d'autres plus grands que moi la gloire de réaliser les réformes qui donneront aux innombrables peuples de l'Afrique les joies d'une vie plus douce ! Je demande 20,000 fr. pour entreprendre mon voyage. Cette somme, calculée approximativement, suffira, je l'espère, aux dépenses indispensables d'une si longue route. Je vous demanderai aussi, Amiral, mais en sus de cette allocation, les divers instruments qui seront jugés nécessaires pour les observations que je compte faire.

Si vous me faites l'honneur, Amiral, de me confier la mission que je sollicite avec la plus vive instance, je prierai Votre Excellence de vouloir bien faire rédiger, le plus tôt possible, les instructions concernant la partie scientifique du voyage, afin que je puisse en étudier la portée et me préparer à les remplir. Je suis avec un profond respect, etc. A. BAFFENEL. DOCUMENT N° 2. Instructions demandées à l' Académie des sciences par M. le ministre de la marine, pour un voyage d'exploration dans ïintérieur de l'Afrique qui va être fait, par ordre du gouvernement , par M. Raffenel, officier du commissariat de la marine royale. SÉANCE DU 15 JUIN 1846. Présidence de M. Adolphe Brongniart. Commissaires : MM. Arago, Cordier, Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, Gaudichaud et Duperrey. Géographie et physique générale : M. Duperrey, rapporteur. « Dans son Mémoire sur le grand plateau de l'intérieur de l'Afrique, publié en 1805, Lacépède débute ainsi : « L'un des objets les plus dignes de notre curiosité est la connaissance » du globe que nous habitons.

Le siècle qui vient de finir et celui qui » l'a précédé ont vu d'habiles et courageux voyageurs se dévouer à toutes » les fatigues, à tous les sacrifices, à tous les dangers, pour achever de dé » couvrir la surface de la terre. Ils ont été aidés dans leurs efforts géné » reux par tous les secours des sciences et des arts perfectionnés; et » cependant, l'homme qui, parles travaux des Newton, desLagrange et des » Laplace, est parvenu à mesurer le volume des corps célestes, à peser » leur masse, à décrire leur route, est bien éloigné de connaître toute la » surface de la planète à laquelle il appartient. Les Bougainville, les Cook, » ont reconnu presque toutes les mers; mais une grande portion de la » surface sèche du globe s'est dérobée aux recherches des voyageurs les » plus intrépides. » » Depuis que Lacépède a exprimé ces pensées, les découvertes se sont considérablement accrues dans toutes les parties du globe.

Les mers ont été explorées jusque dans les régions des pôles ; de nombreux voyageurs ont pénétré dans l'intérieur des continenls, et, grâce à leurs efforts, à leurs talents, à leur courage, l'Asie et les deux Amériques ne laisseront bientôt plus rien d'essentiel à désirer. Mais il n'en est pas ainsi des par ties centrales de l'Afrique : malgré les voyages si pleins d'intérêt de Hornemann, Mungo-Park, Brown, Laing, Denham et Clapperton, Caillié, et de plusieurs autres non moins instructifs, l'obscurité la plus profonde couvre encore une grande partie de l'intérieur de ce continent, qu'un climat dévo rant, le manque de routes, des chaînes de montagnes, de vastes solitudes, de nombreuses tribus sans cesse en guerre les unes contre les autres, enfin le fatalisme et l'ombrageuse barbarie des habitants, semblent devoir rendre à jamais inabordable. n Tel est cependant le but que M. Baffenel se propose d'atteindre : c'est à franchir ces dangereux obstacles, c'est à remplir quelques-unes de ces immenses lacunes laissées en blanc dans les cartes par les géographes, que ce jeune voyageur, déjà connu par une exploration exécutée avec succès dans la haute Sénégambie, destine aujourd'hui son ardente activité. » M. Baffenel nous a fait connaître que son intention était de traverser l'Afrique de l'est à l'ouest, entre les parallèles de 10 à 15 degrés de latitude septentrionale, c'est-à-dire dans la zone la plus étendue en longitude et l'une des moins connues de ce continent.

Dans cette zone, l'espace d'environ 48 degrés, qui sépare la Sénégambie du Sennaar, ne présente, en effet, que quelques portions du Haoussa, du Bornou et du Dârfour qui aient été passablement explorées par les Européens.

Tout le reste, à l'exception de quelques localités décrites d'après des renseignements plus ou moins va gues donnés par les pèlerins , les caravanes ou les indigènes, est entiè rement ignoré. » M. Baffenel, ne se dissimulant pas les dangers d'une entreprise aussi aventureuse et dans laquelle tant de généreux courages ont déjà succombé, avait pris d'abord la résolution de voyager aussi furtivement que possible, afin de ne point attirer sur lui la défiance ou la cupidité des indigènes; mais, d'après les renseignements qui lui sont parvenus sur cerlains peu ples du Soudan, notamment sur les Fellatahs, que l'on dépeint comme une race paisible et dont les tribus s'étendent, disséminées çà et là, de la Séné gambie jusque dans le Dârfour, ainsi que l'ont d'ailleurs démontré Seetzen et Veter par leurs savantes recherches linguistiques, il a maintenant l'es poir d'être plus favorisé dans ses excursions qu'il ne Lavait préalablement espéré, et il part muni d'instruments de précision, peu nombreux il est vrai, mais avec lesquels il pourra du moins aborder diverses questions de géographie, de météorologie et de physique générale, qui ne manqueront pas de donner à son voyage un caractère remarquable d'utilité scien tifique. » Nous avions l'intention de présenter ici un aperçu des documents les plus authentiques et par conséquent les plus propres à faire apprécier à sa juste valeur l'état actuel de nos connaissances sur l'Afrique centrale; nous avions pour cet effet consulté les relations de tous les voyageurs qui ont déjà osé pénétrer dans celte mystérieuse partie du globe, les nombreux mémoires qui sont résultés de ces tentatives plus ou moins fructueuses, et enfin les géographies spéciales où les faits qui nous occupent se trouvent développés et coordonnés de la manière la plus convenable : telle est notamment la Géographie générale comparée du célèbre Karl Bitter, la quelle a pour objet l'étude du globe terrestre dans ses rapports avec la nature et avec l'histoire de l'iiomme. » Mais, ayant acquis depuis peu la certitude que M.

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