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Histoire de la ville de Chaumont ... Planches

Émile Jolibois · 1856 · Scanned text

174,471 words · about 12 h 13 min to read

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Author
Émile Jolibois
Language
French
Published
1856
Length
174,471 words · about 12 h 13 min
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a» ?û^- /S7 HISTOIRE DE LA VILLE DE CHAUMONT (HAUTE -MARNE). LA commune. — ■ LA LIGUE. — LES REITRES. — L'ABSOLUTISME — LA RÉVOLUTION ET LES DEUX INVASIONS. — CHRONIQUE DES RUES ET DE LA BANLIEUE. PAR EMILE JOMÏIOI*. AVEC DEUX PLANS DE LA VILLE ET CINQ PLANCHES LITHOGRAPHIÉES. PARIS, J.-B. DUMOULIN, Libraire, 13, Quai des Augustins. CHAUMONT, CH. CIVIHIOL, Imprimeur-Libraire. | SIMOT-LANSQIÍENET, Libraire. ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE. HISTOIRE DE LA VILLE DE CHAUMONT (HAUTE-MARNE). CHAUMONT, IMPRIMERIE DE CHARLES CAVANIOL. HISTOIRE DE LA VILLE DE CHAUMONT (HAUTE- MARNE). LA COMMUNE. LA LIGUE. — LES REITRES. — L' ABSOLUTISME — LA RÉVOLUTION ET LES DEUX INVASIONS. — CHRONIQUE DES RUES ET DE LA BANLIEUE. PAR ÉlflIIiE .101,11101-. AVEC DEUX PLANS DE LA VILLE ET CINQ PLANCHES LITHOGRAPHIÉES.

PARIS, J.-B. DUMOULIN, Libraire, 13, Quai des Augustins. CHAUMONT, CH. CtVANIOL, Imprimeur-Libraire. | SlHOXXOT-LâXSQUEXET, Libraire. ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE. Imp villain, a rans CHA1IM0NT, (lltc Marne.) M de V del y a, en France, plusieurs communes du nom de Chaumont. Les plus considérables, après la ville de Chaumont-en-Bamgny , dont nous allons étudier l'his toire, sont : — Chaumont-siir-Tharonrie, dans l'ancien Blaisois, aujourd'hui département de Loir-et-Cher, 1,150 habitants. — Chaumont-en-Vexin, chef-lieu de canton du département de l'Oise, 1,050 habitants. U est fait mention de cette commune au XIIe siècle. — Chaumont-Porcien, chef-lieu de canton dans les Ar dennes, 1,000 habitants. — Chaumont-en-Blaisois, canton de Montrichard, Loir-et-Cher, 1,000 habitants.

Foulques de Nerra y avait fait bâtir un château. Ce fies important a été longtemps possédé par Fillustre mai son d'Amboise, et le titre de sire de Chaurhont, que plusieurs membres de celte famille ont porté, a souvent embarrassé les recherches de nos chroniqueurs champenois. — Chau mont-en-Anjou, canton de Seiches, Maine-et-Loire, 900 habitants. — II y a encore un Chau mont dans le Puy-de-Dôme; un autre dans l'Yonne; Chauuiont-la-Ville, petite commune du canton de Bourmont, Haute-Marne; Chaumont dans le département de l'Orne; Chaumont-sur-Aire, Meuse; Chaumont-le- Bois, Côte-d'Or; Chaumont dans le Jura; Chaumont devant-Damvillers, dans la Meuse ; Chaumont-en-Berry, Cher, et Chaumont-saint-Quenlin, hameau du département des Ardennes, canton de Sedan. La ville de Chaumont-en-Bassigny est aujourd'hui le chef-lieu du département de la Haute-Marne.

Chapitre II. Les Seigneurs De Chaumont, Jusqu'a La

RÉUNION DE CE FIEF AU COMTÉ DE CHAMPAGNE (940 — 1187). I. Les premiers seigneurs de Chaumont furent donc les comtes bénéficiaires du Bassigny et de Bologne qui établirent là un de leurs officiers. Nous pouvons citer, parmi ces comtes, les Capétiens Hu gues-le-Noir, Hugues-le-Grand, Hugues-de-Laon. — Lorsque cette (1) Vijnier dit dans son Chronicon Lingonense : « In regressu Rex Calvo montem venit. » — Voyez la traduction que nous avons faite de ce livre sous le titre de : Les Chroniques de l'Evéché de Langres. Chaumont, 1842, in-S". (2) Gerberge, la mère de Lothaire, élait belle-sœur de Hugucs-lc-Grand, père de celui dont il est fait mention dans l'acte. Elle était à Condes ainsi que plusieurs évêques et un comte Renant. La charte de donation est datée : Actum III nonas octobris, indic tione Illi régnante domno Lothario rege anno VII, in villa Condeda . — Actum féliciter. puissante famille monta sur le trône, clans la personne de Hugues- Capet, en 987, le nouveau roi, pour s'assurer un plus grand nombre de partisans, laissa, à titre héréditaire, à la plupart des hom mes d'armes établis dans les comtés capétiens, les fiefs qu'ils avaient en garde.

C'est ainsi que prirent naissance, dans le Bassigny, les maisons féodales de Chaumont, de Choiseul, d'Andelot, de Clef mont, de Nogent, qui s'agrandirent bientôt par des mariages. Le plus ancien possesseur du fief de Chaumont, à titre hérédi taire, dont le nom nous soit conservé, est Geoffroi I, et c'est lui, sans aucun doute, qui a reçu la première investiture, car il vivait en 995, neuf ans seulement après l'avènement de Hugues-Capet. II fut l'un des bienfaiteurs de Thôpital de Longue. II. Hugues I était seigneur de Chaumont, en 1050. Seize ans plus tard, il assiste à une assemblée convoquée dans Tabbaye de Bèze, à l'oecasion d'excès et de violences exercés au cloître Saint- Bénigne de Dijon (1). Déjà à cette époque des artisans étaient venus établir leur industrie dans Tenceinte du château et quelques-uns, en construisant hors des murs sur le chemin de Langres, avaient donné naissance au Bourg.

Le nombre des paysans qui habitaient les bords de la Marne et ceux de la Suize s'était aussi augmenté. On reconnut donc la néces sité de pourvoir au service religieux, non pas pour la ville, car la chapelle du château, dédiée à Notre-Dame, était encore suffisante, mais pour la banlieue. Les habitants de Reclancourt, — hameau qui prit son nom de sa situation sur la rivière, — avaient déjà la chapelle Saint-Agnan, près de laquelle ils enterraient leurs morts, sans doute à côté de sépultures celtiques ; mais les quelques familles groupées sur la Suize, près de la digue de l'étang, et qui formaient le hameau de Buxereuilles, — ainsi appelé parce que le coteau qui le domine était couvert de buis, — étaient obligées d'aller prier à Condes. Hugues leur fit construire une petite église et demanda à saint Robert, abbé de Molèmes, d'y envoyer des religieux de son ordre qui desserviraient en même temps la chapelle du château.

Cette double donation, qui plaçait le clergé de Chaumont sous le patro- (I) Voyez le Gallia çhristiana. nage de la célèbre abbaye, fut approuvée quelques années après, en 1101, par l'évêque de Langres (1). C'est l'origine du prieuré de Buxereuilles. III. Geoffroi II succéda à Hugues, son père, vers 1100. II fit une donation importante à la maison hospitalière de Longue. II avait pour frères Renier et Bérenger. Les noms de ces trois sei gneurs se retrouvent dans une charte par laquelle ils donnent au prieuré Saint-Didier de Langres, tout ce qu'ils possèdent à Mont saon. La famille des seigneurs de Chaumont avait des possessions territoriides ou des droits féodaux dans la plupart des villages envi ronnants; mais ces biens, divisés par les partages de succession, formaient des fortunes particulières peu considérables.

Voici à cet égard quels élaient les usages observés par les nobles dans le pays ; ils ont été plus tard sanctionnés par la coutume écrite. — Le fils aîné recueillait, par droit d'aînesse, les terres et héritages de fiefs, tant du côté paternel que du côté maternel : le château, la basse cour, le mur d'enceinte, les fossés et les terres qui Tentouraient, de l'étendue d'un vol de chapon, c'est-à-dire d'un arpent au plus. II prenait le nom, le cri et les armes du défunt, et un membre de chacun des droits seigneuriaux. Le reste des choses tenues en fief se partageait entre tous les enfants, Taîné compris, et le fils ayant part de deux filles. Quant aux choses non tenues en fief et aux dettes, on les divisait par portions égales entre tous les enfants. Si la succession n'échéait qu'à des filles, le partage se faisait par por tions égales pour le tout ; seulement Taînée prenait le nom et les armes de la famille.

Pendant que Geoffroi II possédait le fief de Chaumont, les barons de la province fondèrent ou dotèrent plusieurs maisons religieuses : ainsi saint Bernard, aidé des libéralités du comte de Champagne, fonda Clairvaux en 1114; Morimond s'élevait en mème temps et s'enrichissait des donations qui lui étaient faites par les maisons de Choiseul et d'Aigremont; en 1120, les Templiers s'établirent à Morment; Tannée suivante, les seigneurs de Clefmont fondèrent Tabbaye de Lacrête. — Les seigneurs de Chaumont n'étaient pas assez ll) Gaiit'ít çhristiana, t. iv, p. 149. riches pour prendre part à ce mouvement religieux; c'est ce qui a fait dire à la Chronique de Grancey « qu'ils ne firent oncques bien en leur vie ains tousiours desgastèrent sainte Esglise.»— Sans doute les auteurs de celte chronique , chargés de louanger la famille de Grancey, avaient un motif, que nous ne connaissons pas aujourd'hui, pour décréditer ainsi celle de Chaumont. — Ils disent plus loin que les seigneurs de Choiseul et d'Aigremont, — qui étaient parents des Grancey, — s'entendaient pour le bien, mais que ceux de Chau mont et de Nogent étaient toujours d'accord pour le mal et com plices des mêmes crimes.

Us ajoutent que divers gentilshommes du pays étant allés en Irlande, par curiosité ou par dévotion, pour voir le lieu appelé le Purgatoire de saint Patrice, les comtes de Bourlémont el de Clefmont, qu'ils font parents du saint évêque, en revinrent s?ins et saufs ; mais que le seigneur de Chaumont y demeura abîmé, avec quelques aulres qu'ils damnent à plaisir. — Ici la fable est évidente ; d'ailleurs, la Chronique de Grancey, écriteau XIVe siècle, n'est qu'un roman de chevalerie. — On y trouve encore le récit suivant : « U advint qu'à Chaumont furent deux seigneurs frères; l'un était bien formé; l'autre avait été également beau, mais il était devenu laid el bossu. Son frère le déprisait; il disait qu'il n'était pas son frère. Quand le bossu vit que son frère le déprisait, il en eut grand deuil.

II alla au roi de France et lui donna sa part d'héritage à la condition qu'il lui donnerait ce qu'il lui faudrait. Le roi lui donna un lieu délectable pour lui demeurer, avec des écuyers pour son service et il envoya ses sergents à Chau mont qui prirent la part du bossu el s'efforcèrent de suppéditer l'autre (I). » A ce conte, un chroniqueur ajoute : « Les deux fils du seigneur de Chaumont se prirent bientôt de querelle; ils se provoquèrent et se battirent en duel près de la croix du prieuré de Buxereuilles; l'un des deux fut tué » Ce dernier fait paraît être certain, car une tradition constante en a perpétué le souvenir; mais le manque de renseignements ne nous permet pas de lui as signer une date précise (2). (1) I.a Chronique de Grancey, mss. de la Bibliolhèqu' impériale, petit in-f '. — Ce mss n'est qu'une copie, ou pluiòt une analyse faite au xvr siècle, de l'œuvre primitive; c'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir conserver l'orluographe.

(2) Vignier, dans sa Décade, mss. de la Bibliothèque nationale, dit de Geoffroi : « 11 eut deui fils, l'un tua l'autre eu 1 12S. » Mais il ne dit pas où il a pris celte date. Geoffroy mourut vers Tan 1126 et eut pour successeur son fils Hugues II, qui à son avènement ratifia la donation laite par son père à Longue. Nous ne connaissons pas d'autre acte de lui dans le cartulaire de Champagne. — Hugues de t'.lianmoni dit le Borgne, était connét.ible de France dès l'an 1 108 et souscrivit en cette qualité divers ac'.es jusqu'en 1134. II fit le voyage de la Terre-Sainte et mourut en H38 (1). Hugues-le-Borgne était-il fils de Geoffroy de Chaumont? — Quelques auleurs Tafiìrment; mais d'autres prétendent que le connétable était de la famille deChaumont-en-Vexin. A ceux-ci Tabbé Mathieu répond : « Tous les historiens s'accordent à donner pour tige de la maison de Chaumont-en-Vexin le troisième fils de Hugues de France, comte de Vermandois, nommé Henri ou Aimeri, et fixent Tépoque du mariage du premier à Tannée 1077.

Ce Henri ou Aimeri n'a pu venir au monde avant 1080, ni avoir des enfants avant 1100. Comment pourra-t-il donc se faire qu'un de ses enfants ait été connétable en 1108 (2)? » V. A Hugues II, succède Renier, son fils, qui est, comme ses ancêtres le bienfaiteur de Longue. — En 1)50 Eudes et Garnier de Chaumont firent des donationsà Tabbaye de Vaux-la-Douce. Quelques années plus tard on trouve un Haimo de Chaumont arbitre entre les abbayes de Lacrête et Sept-Fontaines. Enfin , Gauthier de Chaumont, un savant maître d'école, slorissait à la même époque, et S. Bernard lui conseilla de quitter le monde pour la vie religieuse (3). — Renier fut appelé à Nogent en 1161 pour juger avec Gui, seigneur du lieu, un différend qui s'était élevé entre Tabbé de Lacrête et le chevalier Hugues de Bologne ; il est encore fait mention de lui dans d'autres chartes et il a donné à la cathédrale de Langres vingt sous de rente pour son anniversaire.

Celte église le place au rang de ses bienfaiteurs, à la date du 24 août. (1) Un autre seigneur de Chaumont, Gascius nu Gasto de CalvomontC, était con nétable en I 107, avant Hugues, d'apiès l'auteur des Eléments de paléographie; mais Mabillun nc cite pas ce nom. (2) Riographie du département de la Haute-Marne, in-S", Chaomont, 1811 . (3) Voyez les Œuvres de saint Bernard et r Histoire littéraire des Bénédic tins. VI. Renier eut pour successeur à Chaumont, vers 1170, son fils aîné Milon. II avait trois autres fils : Hugues, Etienne et Jobert. Ces seigneurs eurent des temps malheureux à traverser ; ils par tagèrent encore Tengouement général à cette époque pour les pèlerinages et les croisades , de sorte que pour fournir à leurs besoins et aux frais de leurs entreprises chevaleresques, ils surent contraints d'aliéner une grande partie de leurs domaines et de leurs droits. — C'est ainsi que Chaumont fut cédé au comte de Champagne.

VII. Les hauts barons s'étaient bientôt aperçu qu'en étendant le système des inféodations, on avait ruiné la puissance féodale, et ils profitaient des circonstances pour reprendre successivement les petits fiefs, en donnant de Targenl ou en assignant des pensions aux possesseurs. Ainsi * petit-à-petit, dit Pasquier, se sit un comté de Champaigne façonné tle plusieurs pièces, lesquelles remises en une, les comtes de ce pays là tindrent un grand rang par la France. » En effet, Thibaut-le-Grand, IIe du nom, — qui fut, à proprement parler, le premier comte de Champagne, car ses prédécesseurs ne possédaient réellement dans cetle province que le comté de Troyes, — ayant déíinilivement réuni Bar-sur-Aube, avait formé le projet de reculer les bornes de son domaine jusqu'à la Lorraine et à la Bourgogne.

U ne négligea donc aucune occasion d'acquérir des terres dans le Bassigny. Ses successeurs Henri Ier el Henri II suivirent la même politique : ils achetèrent des siefs, des avoueries et ils s'associèrent avec les moines pour la fondation de plusieurs villages nouveaux. II leur fut facile de mettre aussi dans leurs inlérêls les seigneurs de Chaumont, qui avaient besoin d'argent, et c'est peut-être ce qui explique les récits malveillants des chroniqueurs aux gages des Grjncey, car les barons du second rang voyaient déjà avec crainte les envahissements des grands vassaux. VIII. En 1 182 Jobert vendit au comte, moyennant soixante livres, la garde du prieuré de Condes qui lui était échue en partage ; i céda en même temps Tavouerie des hommes que le prieuré possédait à Condes et à Darmannes (1).

Ses frères Hugues et Etienne firent aussi des ventes ou des échanges. Mais c'était surtout le fief principal que Henri convoitait ; il voulait planter sa bannière sur le Donjon de Chaumont. L'oecasion ne s'en fit pas attendre. Milon prit la croix et, tandis que l'évêque de Langres engageait à des laïques les dîmes ecclésiastiques pour fournir aux dépenses de la guerre, le seigneur de Chaumont empruntait au comte de Champagne, qu'il substituait à tous ses droits, à condition de reprise, dans le cas où il reviendrait de son voyage, et en stipulant qu'un douaire serait assuré à Emeline, sa femme, dite Chaumonda. — C'était en 1187. On sait que la troisième croisade n'eut pas le résultat qu'on en attendait. Milon revint en 1192 et rentra en possession de ses domaines. — Le comte, qui tenait à se populariser, en avait déjà affranchi les habitants. — Enfin, en 1202, Milon signa un nouvel acte de substitulion, en tout semblable au premier, et après avoir fondé non loin de son château, sur la hauteur qui domine Condes, la chapelle de Méchineix qu'il donna au bon frère Etienne avec tous les terrains qu'il pourrait défricher aux environs, il prit de nouveau le chemin de la Terre-Sainte (2).

Celte fois, le pieux chevalier mourut en route. II avait encore fait, avant son départ, des dona tions aux abbayes de Poulangy, de Lacrête, de Sept-Fontaines, et fondé son anniversaire dans Téglise de Langres. IX. Cependant, malgré Tacte de substitution, la réunion définitive de Chaumont au comté de Champagne ne se fit pas sans difficultés. Emeline se contenta de la part qui lui avait été faite. Hugues et Etienne, frères de Milon, complètement désintéressés, ne firent aucune réclamation. — Les noms de leurs descendants se retrouvent encore dans quelques actes du XIIIe siècle : Haimo de Chaumont , dit le Papelars, prit Thabit de templier, au Corge bin , en 1260 ; nous le croyons petit-fils d'Etienne , qui possé dait le fief de Bay, et avait eu de Marie , sa femme , plusieurs fils dont l'un , Simon , fut seigneur de Bricon. — Mais Jobert , l'aîné de la famille, se prétendant lésé dans ses droits, déclara s'oppo- (I) Archives de la Haute-Marne . — Prieuré de Condes. |2; Archives de la naute-Marne. — Prieuré de Condes . ser à la prise de possession.

II ne se désista qu'en 1205, à la suite d'un arrangement par lequel il abandonnait tout ce qu'il avait cru pouvoir réclamer sur Chaumont et Autreville, en fiefs, domaines, possessions, etc., moyennant deux cenls livres de Provins et quel ques droits sur les hommes d'Ageville et d'Aubepierre. Alors il se proclama Thomme-lige du comle et reconnut devoir un mois de garde, par année, au château de Chaumont. Pour lui faciliter l'ac complssement de ce devoir, le comte Tautorisa à racheter Tune des deux maisons que les seigneurs avaient possédées dans la ville, à condition de la tenir en fief; il lui promit, en outre, de ne donner asile à Chaumont, à Bar-sur-Aube ni à Laferté , à aucun des hommes d'Ageville ou d'Aubepierre. Enfin, Benier de Nogent, inter venant au nom de sa fille qui avail épousé le fils de Jobert, reconnut aussi la suzeraineté de la Champagne (1). — Voilà la famille bien déchue! — Jobert se contenta pendant quelques années de celte position ; mais il revint ensuite sur ses anciennes prétentions et finit par manquer à la foi jurée.

Cette fois on le déclara félon, et en 1228, il fut dépouillé définitivement de tout ce qu'il possédait en core. — Lambert de Chaumont, l'un de ses descendants, est mort chez les frères de Thôpital de Longue. X. Le comte de Champagne avait eu à lutter en même temps contre l'évêque de Langres, qui revendiquait aussi des droits sur le do maine de Chaumont. — Des arbitres avaient été nommés et, après de longues conférences, on s'en était rapporté au jugement du duc de Bourgogne qui avail promis, par lettres du mois de février 1212, de rendre bonne justice. Un arrangement était intervenu Tannée suivante, et l'évêque avait abandonné tout ce qui pouvait lui appartenir dans le château, se réservant l'hommage qu'il voulait bien re cevoir, pour celte fois seulement, à Troyes où il se trouvait. Le comte avait consenti sans peine à cette espèce de vasselage qui n'enlevait rien à sa puissance (2). i\) Archives nationales. — Cartulaire de Champagne, 2° partie, Chartes des sou verains, princes et seigneurs laïques.

Voyez aussi á la Bibliothèque nationale le Cartulaire de Blanche de Navarre el de son fils. (2) Voir In ménict Cartulaires. Non seulement Henri de Champagne, substitué aux droits de Milon, avait donné une charte aux habitants de Chaumont ; il avait encore établi dans cetle ville Gérard-le-Bourguignon en qua lité de prévôt. — Milon n'avait repris qu'une autorité nominale; cependant son retour avail élé un obstacle. Plus tard, les prétentions de l'évêque et surtout celles de Jobert étaient encore venues paraly ser Taction du comte. Ce n'est qu'en 1228 qu'il peut agir librement. Débarrassé alors des prétendants, il publie de nouveau la charte dont nous allons faire connaîlre loutes les dispositions, et, plantant définitivement sa bannière sur le vieux donjon, il fait de Chaumont le centre de sa puissance dans le Bassigny.

De cette époque date la rivalité entre Chaumont et Langres; elle résulte non-seulement du voisinage des deux pelites villes, mais encore et surtout de leur différence d'état. Là , sont les vainqueurs avec les éléments de la civilisation nouvelle, ici les vaincus avec Tancienne civilisation : Chaumont est la ville franque, la ville féodale; Langres, la cité gallo-romaine, la ville cléricale. — On remarquera souvent les effets de cette rivalité, et aujourd'hui elle existe encore, mème dans les affaires les moins importantes.

Chapitre III. La Charte

L'homme est né libre ; mais, comme il est appelé à vivre dans la société de ses semblables, il a des devoirs à remplir et des droits à exercer qui sont réglés par des lois. Ces lois doivent avoir pour but le bien-être de lous et de chacun ; pour base la liberté, légalité, et, comme leur ensemble constitue Ie contrat social, elles doivent avoir été consenties par tous les membres de la société : nul n'a le droit de les imposer. — Ce sont là des principes qu'aujourd'hui moins que jamais, on pourrait révoquer en doute. Les sociétés, au Moyen-Age, se constituèrent tout autrement. D'abord l'homme qui avait la force entre les mains imposa sa volonté : Je suis le mandataire de Dieu sur la terre, dit-il, je suis roi ; tout ici m'apparlienl, le sol, vos maisons, vous-même et Tair que vous respirez ; recevez donc la loi.

Plus tard vinrent d'autres hommes ; ils profitèrent d'un moment de faiblesse du roi qui leur avait confié une parlie de sa puissance ; ils secouèrent le joug, et, alléguant aussi le droit divin, ils s'emparèrent de la sou veraineté , la morcelèrent, la partagèrent entre eux , et firent si bien qu'au lieu d'un maîlre il y en eut cent, mille. — C'est ainsi que s'établit la féodalité. — Quel fut, pour la société, le résultat de l'établissement du régime féodal? — La destruction de Tes pèce d'unité qui existait sous une souveraineté unique, le désor dre, Tanarchie. — Qu'y gagna le peuple , c'est-à-dire Timmense majorité des membres de la société? — Une augmentation de misère. — La chaîne , sous un maître unique , était moins lourde, parce qu'on la portait en commun ; il y avait, au sein de Tesclavage mème, une sorte de fraternité; mais on en brisa les liens; on se partagea les serfs, on les groupa en petits troupeaux, on les attacha au sol, à la glèbe, et ils furent contraints d'y végéter sous Tœil d'un maître , qui souvent les échangeait ou les vendait comme un autre bétail.

Les conditions de ce dur esclavage variaient selon les caprices des seigneurs, et ces caprices on les appelait droits. II nous serait impossible de dresser la liste de tous les droits féodaux, dont quelques-uns atteignaient le dernier degré de Thumi liation pour l'homme ; qu'il nous suffise de dire que les défenseurs de cet ordre de choses définissaient la nation française tin peuple de serfs taillable cl corvéable à merci el miséricorde. — Une société ainsi organisée ne pouvait que souffrir : le travail de Tintelligence y était nul; Tindustrie, gênée dans tous ses développements, y étouf fait ; Tagriculture même, abandonnée à des bras serviles et découragés, y dépérissait, et c'est à peine si les productions du sol de la France, le plus fécond, peut-être, de 1 Europe, suffisaient à la nourriture d'une population moitié moindre que celle de nos jours.

Ces observations préliminaires feront mieux comprendre Tim portance de la charte octroyée aux manants de Chaumont, qui rappelaient avec raison leur charte d'affranchissement. Certes cet affranchissement était loin d'être complet, comme nous allons en juger; mais il y avait dans l'état social des Chaumontais, comparé à celui de la plupart des localités voisines, un progrès immense. Et n'était-ce pas déjà un grand bien pour eux d'avoir des lois écrites, quand tout se réglait par la coutume, c'est-à-dire arbitrai rement? Voici la traduction de cette charte. Nous avons joint à chaque article des notes historiques ; nous avons aussi cru devoir expliquer les termes du vieux droit que beaucoup de lecteurs ne compren draient plus aujourd'hui (1). /. Le comle accorde la coutume de Lorris à tous ceux qui de meurent ou demeureront dans la paroisse de Chaumont.

Lorris, chef-lieu de canton du département du Loiret, est une des premières communes de France qui aient été affranchies : sa charte est de Louis-le-Gros. L'original en a été perdu dans Tin cendie de la ville sous Charles V ; mais Ie texte primitif a été con servé par plusieurs lettres de confrrmalion. Les coutumes de Lor ris, qu'on appelait « plus anciennes, fameuses et renommées cou tumes qu'aucunes aulres de France » ont été octroyées par chartes à un grand nombre d'autres localités dans le XIIe siècle. A Tépoque où elles surent pour la première sois promulguées, c'était un élément révolutionnaire que Tautorité royale glissait au sein de la féodalité. 17. Quiconque de la paroisse de Chaumont aura maison payera pour sa maison six deniers de cens tant seulement. Le cens est la conséquence de ce principe féodal que le sol ap partient au seigneur.

Lorsque le censitaire ne payait pas exactement au jour fixé, il était passible d'une amende qu'on ne manquait jamais de lui appliquer. Par celte redevance fixe, les villes de com mune se trouvaient affranchies de Timpôt annuel que les seigneurs se croyaient en droit d'exiger à volonté. U serait difficile de dire (I) Les chartes de HííO et do 1228 sont conservées aux archives de la Ville. — Lo teitc original istcn latin. — Nous en a\ons fait une traduction aussi littérale que possible, et souvent nous avons é;é obligé d'employer des expressions du vi.ux langage qui n'ont pas d'équivalents aujourd'hui. quelle était alors la valeur exacte du denier, comparativement à notre monnaie actuelle. II n'y avait pas de monnaie d'or, et avec la livre de douze onces d'argent, on fabriquait soixante sols royaux ; le sol se divisait en douze deniers.

D'ailleurs chaque souverain battait monnaie et en changeait à son gré la valeur. Au XIIIe siècle, on trouvait en même temps en circulation dans la Basse-Champagne, comme le prouve un trésor qu'on a découvert il y a quelques années près de Bar-sur-Aube, la monnaie provinoise du comle; celle du roi ; les deniers des évêques de Langres, de Châlons, de Meaux, et souvent aussi la monnaie de Bourgogne (t). III. Nul des hommes de la paroisse de Chaumont ne payera ton lieu, ni autre coutume, de sa nourriture ; ni même du revenu qu'il tirera de son travail ou du travail de ses bêles, quelles qu'elles soient, il ne rendra aucun minage ; il ne payera non plus aucun forage du vin qu'il aura eu de ses vignes. Ainsi voilà le Chaumontais affranchi de tout droil sur les denrées qu'il achète ou sur celles qu'il vend et qui sonl le produit de son industrie.

Le tonlieu est le droit de hallage ; le minage, le droit pour Texposition des grains au marché, et le forage, le droit sur le vin vendu au tonneau. IV. Quiconque aura sa propriété dans la paroisse de Chaumont, il n'en perdra rien, pour quelque forfait que ce soit, à moins qu'il n'ait forfait contre moi ou contre quelqu'un de mes hôtes. C'est le droit de confiscation réduit au cas où il y aurait forfait contre le seigneur ou conlre ceux qui ont reçu de lui le droit d'ha bitation. Sous le régime féodal, où chaque seigneur était justicier sur ses terres, la peine de la confiscation était prononcée très souvent et on devine facilement pourquoi. On punissait les enfants du crime de leur père. V. Que nul, venant aux fêtes ou aux marchés de Chaumont ou s'en retournant, ne soit pris ni détourné de son chemin s'il n'a mé fait le jour même. — Nul au jour de foire ou au marché de Chau- (1) Voyez notre Mémoire sur quelques monnaies champenoises du moyen dge.

Brochure in-8' mont, ne prendra gage de son pleige si la pleigerie n'a été faite au jour de foire on de marché. La ville élait une sorte de lieu d'asile, les jours où il y avait fête ou marché ; il fallait le flagrant délit pour qu'une arrestation fût légale. — Au moyen-âge cn voyageait peu et les marchés des villes n'étaient fréquentés que par les paysans des villages voisins. L'au teur de la charte veut que ces paysans puissent venir à Chaumont sans craindre d'y êlre arrêtés par les gens du fisc, ou pour des délits que le justicier trouvera toujours le moyen de juger. Nos mœurs actuelles ne comporteraient pas cette tolérance ; mais on voulait favoriser le commerce de la ville et Ton cherchait à doDner de Timportance à ses foires et marchés en les entourant de toutes sortes de franchises.

VI. Le forfait de soixante sols viendra à cinq sols el le forfait de cinq sols à douze deniers ; la clameur du prévôt à quatre deniers, el celui qui aura tort payera ces qualre deniers. — Que nul ne sorte de Chaumont pour aller plaider au comle. La citation devant le prévôt et les frais du procès tombaient à la charge de la partie condamnée. — Et quelles diminutions dans les amendes ! — On interprète la fin de cet article, de la défense de plaider avec le comte. Mais à cette époque déjà les rois, qui commençaient à rétablir leur ancienne autorité, encourageaient les justiciables à appeler des jugements prononcés par les tribunaux des seigneurs el ils créaient les grands bailliages. VIL Nul, ni moi ni autre, n'imposera aux hommes de la paroisse de Chaumont, ni taille, ni oblation, ni dcman.le.

C'est Texemption de la taille et des impôts qu'on a appelés plus tard, dons gratuits, bien qu'ils fussent exigés par le fisc. La taille était un impôt arbitraire que levaient les seigneurs dans leurs terres. La taille royale instituée par Saint-Louis ne fut d'abord que temporaire et volontaire ; mais elle devint un impôt obligatoire au XV* siècle. Le mot taille, vient de l'usage où étaient les collecteurs de marquer sur un petit morceau de bois, par un trait ou une taille, ce que le contribuable avait payé. L'oblation était un don que l'homme était censé offrir à son seigneur. La demande était Tof frande, le don que le solliciteur joignait à sa supplique. VIII. Que nul ne vende vin ri cri à Chaumont, excepté le comte, qui peut vendre à cri son propre vin, en son cellier, pendant un mois de Vannée. — J'aurai créance sur les vivres, à Chaumont, pour mon besoin el celui de la comtesse, à payer au terme de quinze jours accomplis.

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