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Deux Époques militaires à Besançon et en Franche-Comté 1674-1814, etc

Léon Ordinaire · 1856 · Scanned text

248,219 words · about 17 h 23 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Léon Ordinaire
Language
French
Published
1856
Length
248,219 words · about 17 h 23 min
Sections
25 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (25)
  1. Front matter about 41 min
  2. Chapitre II. Le Prince D'aremberg Gouverneur about 1 h 28 min
  3. Chapitre III about 1 h 4 min
  4. Chapitre IV about 54 min
  5. Chapitre V. Alveyda Gouverneur about 42 min
  6. Chapitre VI. Alveyda Gouverneur about 2 h 13 min
  7. Chapitre VIII about 43 min
  8. Chapitre IX. Siège De Besançon about 2 h 4 min
  9. Chapitre X about 1 h 12 min
  10. Chapitre I about 1 min
  11. Chapitre II about 1 min
  12. Chapitre III about 1 min
  13. Chapitre IV about 1 min
  14. Chapitre V under 1 min
  15. Chapitre VI about 1 min
  16. Chapitre VII under 1 min
  17. Chapitre VIII under 1 min
  18. Chapitre IX about 2 min
  19. Chapitre X about 6 h 7 min
  20. Chapitre I about 1 min
  21. Chapitre II under 1 min
  22. Chapitre III about 1 min
  23. Chapitre IV about 1 min
  24. Chapitre V about 1 min
  25. Chapitre VI about 4 min

Continue:

Front matter

â ibi_mi(£(Dì ET EN FRANCHE-COMTÉ I A BESANÇON ÏT EN F R ANC KE - C OMT E 1674-1814 PAR LÉON ORDINAIRE capitaine d'artillerie Ouvrage couronné par r .endémie de Besançon Dans sa séance du 24 août 1855 Idque natura loci sic muniebatur ut magnum ad ducendum bellum daret facultatem. César, De Beìl. gall., lib. I, 38. BESANÇON TURBERGUE, LIBRAIRE-ÉDITEUR Rue Saint-Vincent, 33 PRÉFACE. On a dit que Thistoire d'un peuple est écrite dans ses monuments. L'hisloire de la conquête de Besançon par Louis XIV se lit en effet sur la pierre de notre citadelle, et c'est là que je l'ai trouvée. Beaucoup d'hommes ont passé avec indifférence devant lesempreintes du boulet, profondément gravées sur le pignon d'un magasin à poudre tourné vers la ville. Ce bâtiment, l'une des rares constructions espa gnoles que le canon et les. travaux de Vauban ont laissées debout dans la forteresse, a reçu ces honorables blessures pendant le siège de 1074.

Chacun le reconnaît et passe satisfait de cette facile découverte. Bn observant mieux ce point, j'y ai découvert un trésor' précieux, la vérité. Considérant en effet que ces traces provenaient d'un feu direct et nullement des batteries des montagnes voisines, qui ne pouvaient avoir sur le pignon que des vues très-obliques, j'ai été conduit à faire des recherches sur la marche du siège, et j'ai constaté que Thistoire de cette remarquable époque renfermait des lacunes et des erreurs. Mon premier dessein était de me borner aux opéra- PRÉFACE. VI tions purement militaires de Tinvasion de la province et du siège de la métropole. Bientôt, je me suis laissé entraîner par la force logique des événements au delà du but que je m'étais proposé. L'histoire des six années qui séparent la conquête de 1668 de celle de 1674, m'a paru être le préliminaire indispensable de mon livre.

Ce nouveau cadre adopté, je Tai divisé ainsi qu'il suit : Le premier chapitre traite de Toccupation française après la conquête de 1668. Les quatre suivants, du gouvernement des chefs militaires imposés par TEspagne, en violation des pri vilèges de la province. Le sixième, des préparatifs de guerre et des incursions isolées qui précédèrent la seconde invasion. Le septième est consacré aux événements antérieurs à Touverture des travaux de siège. Je décris, dans le huitième, Torganisation des armées en présence. Le neuvième est le journal du siège, et le dixième contient le récit des opérations effectuées parles corps d'observation. La seconde partie de mon travail est le journal de la marche des armées alliées aux environs de Besançon et celui du blocus de la ville, pendant les derniers jours de 1813 et les quatre premiers de 1814.

Chapitre II. Le Prince D'aremberg Gouverneur

(Du 5 aoùt 1668 au 3 juillet 1671). Politique de TEspagne dans la revendication du comté de Bourgogne- Réactions.— Dauphins et Croquants.— Louis XIV a failli être assassiné à Gray.— Fêtes à Besançon.— Elections de la Saint-Jean.— Les sieurs de Noironte et de Lisola'. — Le baron de Soye gouverneur des forts faits et a faire à Besançon. — Protestations de la noblesse contre l'envoi de chefs militaires étrangers. — Le prince d'Aremberg gouverneur de la province ; ses pleins pouvoirs. — Besançon llatté par la cour de Madrid — Les dix-huit députés des états consentent Timpôt des places mortes — Chambre de justice. — Messieurs accordent l'eutrée du régiment de Soye. — Travaux à la citadelle. — Protestations du chapitre métropolitain. - Résignation de Messieurs. - L'artillerie enlevée est remplacée.— Enceinte de la ville.— Messieurs promettent des subsides. - Serment du baron de Soye.- Proscriptions.- Meurtre du chanoine de Chaífoy.— Insolence des commissaires flamands. — Le gouverneur et Messieurs. - Mémorial à la reine. - Aremberg viole les privilèges. - Nouveaux conflits.- Origine des haines de Monterey, gouverneur général des Pays-Bas. — Invasion de la Lorraine. — Proclamation de l'imminent péril.- Capitaines cantonniers.- Dégoûts du gouverneur. — II cherche à diviser pour régner.— Les fortifications et le sel.— Bruits du rétablissement du corps de justice à Dole. — Despotisme militaire.- Départ du prince. - Conférences de Montroland. - Dell d'Aremberg à la noblesse.

D'après le traité d'Aix-la-Chapelle signé par M. de Croissy, frère de Colbert, et le marquis de Castel- Bodrigo, gouverneur général des Pays-Bas espagnols et du comté de Bourgogne, la France, en rendant cette dernière province à TEspagne, conservait Charleroy, Binch, Ath, Douai, le fort de Scarpe, Tournai, Oudenarde, Lille, Armentières, Bergues et Furnes. C'était d'une politique adroite de la part de TEspagne TOM. I. qui, forcée d'opter entre la cession de la Franche- Comté et celle de quelques places de Flandre, préférait laisser la France s'étendre dans le nord, dans Tespoir que la Hollande et TAngleterre en prendraient om brage contre Tambition de Louis XIV. En même temps, elle propageait judaïquement le bruit qu'elle n'avait fait de si grands sacrifices que pour conserver, à tout prix, son cher comté de Bourgogne.

On sait que le roi Charles II d'Espagne n'était, en 1 668, qu'un débile enfant de sept ans, qui ne put jamais devenir entièrement ni roi ni homme ; que la régente sa mère, Marie-Anne d'Autriche, privée des conseils d'hommes supérieurs et circonvenue par mille intrigues subalternes, laissait aller au hasard le char de TEtat. La nation comtoise allait souffrir cruellement, pendant six années, de la décadence rapide de Tempire de Charles-Quint. Ses cris de détresse ne parvinrent qu'affaiblis aux oreilles du souverain, car ils devaient passer par Bruxelles, où ils furent souvent étouffés par des ministres incapables ou prévenus. Aux acclamations qui avaient salué le départ des Français, ne tardèrent pas à succéder, dans les principales villes du comté, les hurlements de Témeute : ici les menaces, plus loin le sang, ailleurs la dévasta tion et le pillage.

Les détails de ces désordres sont con signés dans les histoires particulières de Salins, de Dole et de Gray. En recherchant les pièces concer nant cette dernière ville, j'ai trouvé, dans les archives du dépôt de la guerre, un document inconnu malgré son importance qui dénonce, par un fait remarquable, la situation violente du comté à Tépoque dont nous parlons. L' intendant Bouchu à Louvois. « Mirebeau, le 30 avril 1674. » Monseigneur, je suis arrivé ici, il y aune heure, où le sieur de Belleville, habitant de ce lieu, m'entre tenant de ce qui s'est passé à Gray depuis six ans, des deux partis qui y ont été, l'un appelé des Dauphins, composé des gens les plus considérables de la ville, qui souhaitaient d'être au roi, l'autre des Croquants, composé de la lie du peuple, opposé à sa domination avec tant de violence, qu'il m'a assuré, qu'en deux ans ils ont tué plus de trente des Dauphins; mais il m'a ajouté que le chef de ces Croquants est un médecin, nommé Mahuet, qui avait dit plusieurs fois qu'il avait dessein de tuer le roi d'un coup de fusil quand il entra à Gray en 1668, et qu'il Teût exécuté si on ne lui eût retenu le bras.

II m'a ajouté qu'il avait été longtemps prisonnier à Dijon, n'ayant pu m'assurer si c'était pour ce crime; mais que depuis il était en liberté. II s'en était vanté plusieurs fois et que quelques personnes de cette ville me le confirmeraient, si je les voulais entendre. Je ne Tai pas jugé à propos, mais, dans le moment, sans que le sieur de Belleville se soit même aperçu que j'ai Thonneur de vous écrire, j'envoie cet exprès que j'adresse à M. d'Espagne qui vous rendra ma lettre » L'intendant achève son rapport en faisant valoir habilement Tavis qu'il transmet. Loin de subir les cruelles épreuves de ses voisines, Besançon n'entendit retentir dans son enceinte que des chants religieux et des cris d'allégresse. Aux processions qui parcourent tout Tancien territoire de la cité, succèdent les manifestations bruyantes et bi zarres de la joie publique.

Là, c'est un bataillon de cinq cents enfants, dont les fils Montaigu et Thiébaud Clerc sont le commandant et le sergent-major, qui promène triomphalement, au bruit des mousquetades, le jeune roi Charles II représenté par le fils de Luc Mareschal. Ailleurs, une autre partie de la population se livre aux danses et aux libations, sur des tréteaux élevés devant les maisons de plusieurs citoyens riches qu'elle somme gaîment de contribuer à la fête. A peine quelques cris : à bas les vendeurs de canons ! sont-ils proférés. C'est le peuple lui-même qui étouffe dans son germe toute tentative de désordre : il sait que ses magistrats ont dû céder à la force et que les vrais coupables ne sont plus sous sa main. Le gouvernement de la cité écrivit des lettres à Castel-Bodrigo et au baron de Lisola pour exprimer la joie commune d'être soustrait à la domination française ; puis il attendit, sinon sans crainte, du moins avec résignation, Theure solennelle de son renouvel lement périodique : les élections de la Saint-Jean d'été.

Ses appréhensions étaient sondées : les nombreux can didats qui briguaient chaque année le suffrage de leurs concitoyens, exploitèrent avec un plein succès, l'occasion de dénigrer aux yeux des masses, leurs compéti teurs en exercice; vingt-cinq notables sur vingt-huit et onze cogouverneurs sur quatorze lurent remplacés. Aucune ville libre n'a conservé aussi longtemps que Besançon le franc exercice de ses élections, le droit de frapper monnaie à ses armes, ceux d'autorité civile et militaire, de législation, du vote et de la per ception de Timpôt , sans aucune participation des empereurs ni des rois d'Espagne, de veiller à sa propre sûreté en ne recevant des troupes et des milices qu'à titre d'auxiliaires; de faire des traités d'alliance avec les souverains, ce qui Télevait elle-même à légal d'un état souverain.

II est temps de donner une juste idée de ces com pagnies de l'état de Besançon qui doivent figurer à chaque page de ce récit. Voici la définition qu'en donne Pélisson et que Dunod reproduit et approuve en plusieurs endroits de ses œuvres : « Tous les citoyens, de quelque condition qu'ils soient, peuvent aspirer à la souveraine magistrature. Ils sont partagés en sept bannières ou paroisses, dont chacune tous les ans à la pluralité des voix, nomme quatre citoyens qui sont en tout vingt-huit. Ces vingt huit, mêlés de toutes sortes de conditions, de la plus haute et de la plus basse, comme il a plu à ceux qui les ont nommés, représentant le peuple, et ayant un pouvoir assez semblable à celui des tribuns romains, n'entrent pas dans le détail des affaires ordinaires et civiles, mais choisissent seulement entre les personnes les plus considérables, quatorze autres magistrats an nuels, nommés gouverneurs, dont chacun esta la tête de ses treize collègues pour une semaine et tour à Iour.

Ceux-ci connaissent également de la justice, de la police et de toutes choses ; mais non des procès criminels qu'avec les vingt-huit, qu'ils sont aussi obligés d'appeler en toutes les affaires de conséquence qui regardent l'état, ce qui fait un conseil de quarante deux. » On ne comprend pas comment Dunod, historio graphe de Besançon, qui a écrit à Besançon, a pu admettre deux erreurs capitales de cette définition. En ouvrant l'un quelconque des registres de l'état, principalement ceux des années 1665 et 1666, il eût constaté : 1° Que les vingt-huit n'émanaient pas du suffrage direct, mais de celui de quarante-deux autres notables, ou procureurs spéciaux du peuple, élus di rectement par les sept bannières, huit jours avant la Saint-Jean, à raison de six par bannière; 2° que lorsqu'il s'agissait de délibérations importantes, les cogouverneurs étaient tenus de convoquer, non-seu lement les vingt-huit notables permanents, mais aussi les quarante-deux autres notables, et en outre, la com pagnie des anciens cogouverneurs dont le chiffre était naturellement variable.

L'assemblée se composait alors de ces quatre compagnies réunies et dépassait souvent le nombre de cent personnes. Dans les six années qui précèdent la conquête définitive, rarement Tune des deux premières compagnies a délibéré seule. Ainsi, pour ne point répéter à chaque instant leur nombre et leur espèce, je les désignerai indifféremment par la qualification de Messieurs qu'ils se donnent eux-mêmes dans leurs registres, qu'ils parlent ou non d'une ou de plusieurs compagnies réunies. De ces réunions exceptionnelles mais fréquentes, sortaient les grandes déterminations sur les intérêts majeurs et le maintien de privilèges plus précieux à nos pères que leur propre existence. Lorsque les quatre compagnies n'étaient point d'accord, on con voquait le peuple. Les cogouverneurs et les vingt-huit eurent entre eux d'interminables discussions touchant les limites exactes de leurs attributions respectives.

Après s'être adressés plusieurs fois aux souverains, ils ne tranchèrent définitivement leurs différends que dans Tassemblée générale des citoyens à la Saint-Jean 1644. Malgré les édits contre les brigues et contre-brigues, les semaines qui précédaient les élections étaient un temps de troubles et de désordres. Tout restait en souffrance jusqu'à la constitution définitive du nouveau gouvernement ; mais ce pouvoir, aussitôt nommé, prenait sans contestation les rênes de la petite répu blique et tout rentrait dans le calme. Benvoyant le lecteur au recueil des édits généraux, spécialement à celui qui porte le n° 4,582 de la bibliothèque publique , aux juridictions de Besançon par d'Auxiron, et surtout aux archives municipales, nous nous bornerons à quelques détails pittoresques sur la pratique des élections; voici ce que Ton trouve à peu près stéréotype, chaque année, dans les procès-verbaux des séances de l'état qui les précédaient : « Dès quelques années, ambition et cupidité d'entrer ès honneurs et états publics s'étant manifestées et portant fureur, trouble, scandale, division, subversion du bien et état public ; pour extirper telles ambitions et brigues, est défendu à tous citoyens, manants et habitants en ladite cité, de quelque degré, état, qualité et condition qu'il soit, donner, promettre or, argent monnoyé ou non, pain, vin, viandes ni autres dons; comme aussi postuler, demander, requérir, solliciter ni briguer pour qui que ce soit, à peine de 100 livres estevenantes d'amende, la moitié pour la cité, un quart pour le dénonciateur, l'autre quart pour le substitut ou sindic qui aura vaqué à Tinformation, outre autre punition arbitraire et exemplaire , selon Texiger.ce du cas.

A même peine, défendu, par médisances, inimitiés et illicites manières, détourner qu'aucun soit élu.

Dé fense, deux mois avant, un chacun faire, ni faire à faire, banquets, buvettes, ni assemblées de jour ni nuit, en leurs maisons ou autres, tavernes, cabarets et ailleurs. » Qui ne pourra payer Tamende subira la fustigation, le bannissement ou autre peine plus griève, à -'arbitrage des juges. » En chaque bannière, l'élection sera faite par appel ; Tabsence et le refus de serment motiveront Texclusion. » Deux cogouverneurs en exercice présideront à l'élection dans chaque bannière, après avoir nommé un scribe et deux contrôleurs pour recevoir et noterles voix. » Si oneques convaincu de brigues, son élection est nulle; il reste incapable d'aucun service public, outre autres peines; il est remplacé par le plus avancé en voix de sa bannière. » Chaque citoyen votant, puis successivement, chacun des quarante-deux et des vingt-huit notables élus, prêtera le serment suivant : « Je jure Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint » Esprit, en la vérité des saints évangiles que je touche » de ma main, et sous le poids de ma damnation, que » je n'ai, pour l'élection qui présentement doit être » par moi faite, brigué ni fait briguer par autre, donné » ni promis, fait donner ni promettre, à aucun, chose » que ce soit directement ou indirectement, ni pour » moi, ni pour autre, et que je n'ai aussi sollicité par » lesdits moyens qu'autre n'y fût appelé légitimement » et élu ; que je nommerai pour ladite élection » (le personnage, ou les six, ou les quatre, ou les deux), » les plus hommes de bien, dignes et capables de ladite » charge, qu'en ma conscience j'estimerai être pour le » bien de cette cité, honneur et profit public, et que » je ne nommerai aucun que je sache ni estime en » mon âme avoir brigué, ni fait briguer en façon que ce » soit.

Ainsi m'aident Dieu et tous les saints. » Dans les vingt-huit notables, et même parmi les trois réélus en 1668, on distinguait Anatoile Monnier sieur de Noironte , l'un des plus énergiques défenseurs des .antiques privilèges. Insensible aux séductions comme aux menaces, ardent à résister aux empiétements des ministres espagnols, il était suivi de Tœil par le baron de Lisola, de Salins, naguère Tàme damnée de TEmpire et ensuite de TEspagne. Cet enfant dénaturé du comte apportait au service de Castel-Bodrigo, contre son pays, toutes les ressources d'un esprit délié, d'une diplomatie subtile ; c'était en même temps un homme si hostile à la France que, suivant l'abbé de Balerne, Louis XIV, doublement irrité de son livre intitulé Le bouclier d'état et de justice et de ses menées contre l'élection du prince de Conti au trône de Pologne , intima Tordre au magistrat de Besançon, en 1668, de n'admettre àl'avenir, dans ses assemblées, aucun parent de ce diplomate.

Un homme si dévoué aux intérêts du roi d'Espagne ne devait guère Tètre à ceux de la cité indépendante, et devenait Tennemi naturel du plus intraitable défenseur de ses privilèges. Une lutte violente éclata et aboutit bientôt à Térection d'une citadelle, bien moins contre Tennemi que contre la ville elle-même, à Tétablisse ment d'une chambre de justice, au lieu du parlement suspendu, et à Toccupation du pays par plusieurs régiments étrangers qui en absorbèrent toutes les ressources. Les premières hostilités contre les franchises géné rales se dénoncèrent par Tenvoi de chefs militaires étrangers. Comme mesure transitoire, on en choisit toutefois qui se rattachaient à la nation par des al liances. L'un d'eux jouera un rôle important à Besan çon jusqu'à la conquête définitive, c'est Prosper- Ambroise de Précipiano, baron de Soye, colonel de cavalerie au service d'Espagne et lieutenant du roi à Luxembourg; son bisaïeul, d'origine génoise, avait été envoyé par Charles-Quint pour fortifier Dole et Gray.

Malgré les alliances qu'elle avait contractées dans la province, celte famille était mal vue de Tancienne no blesse qui trouvait ses titres contestables ; aussi le baron de Soye ne fut-il admis dans la confrérie de Saint- Georges que cinq ans plus tard et avec une répugnance marquée. Lisola Tavait fait marier avec Marie de Serin champ, Lorraine de nation , ex-camériste de la reine de Pologne, femme habile dans Tart d'intriguer et de désunir. Sa dot paya les dettes de son mari, et elle s'en prévalut pour prendre sur lui une autorité très bourgeoisement caractérisée dans les mémoires du temps : bref, elle portait les culottes. Elle n'oublia pas d'y joindre Tépaulette et Tépée , car ce fut elle qui commanda, sous le nom de son docile époux, pendant six années consécutives, la citadelle de Besançon.

C'était véritablement une femme de ressources et qui savait exploiter les changements de gouvernements. Lors de Toccupation française , elle était venue à Be sançon pour sonder le terrain et flairer les grâces du nouveau souverain. Elle offrit son hôtel à Louvois, qu'elle sollicita pour son beau-frère, l'abbé de Bellevaux, dont le haut doyenné venait d'être donné à Watteville en récompense de ses services. Elle sut très-bien, on le voit, retomber sur ses pieds, et en bonne voie, au milieu de la seconde domination espagnole. Le baron de Soye arriva le 25 juillet 1668, avant ses lettres patentes, qui ne furent délivrées que le 6 août suivant; elles le nommaient gouverneur et commandant de la garnison et des forts qui sont et seront établis pour la garde et défense de la cité de Besançon, et lui accor daient pour gages 8,000 francs du comté (1).

II était porteur de lettres caressantes pour tous et d'ordres secrets qu'après mûr examen, ni lui ni le prince d'Aremberg n'osèrent mettre à exécution ; entre autres, la suppression des élections libres du magistrat. 11 n'appartenait point à un gouvernement aussi faible (1) Toutes les lettres patentes dont il sera fait mention existent dans les registres de la chambre des comptes de Dole, archives de la préfecture du Doubs; celles du baron de Soye sont en outre transcrites dans les registres de l'hôtel de ville de Besançon. que celui de Charles II de tenter un coup d'Etat que Louis XIV ne se permit plus tard qu'après Taffermisse mentde sa domination. Le peuple acclama, dans sa naïve illusion, Tarrivée du tardif émissaire de TEspagne , comme le retour de ses libertés ; il lui prodigua les honneurs réservés aux grandes circonstances (1).

(1) Parmi les honneurs extraordinaires de cette réception, Jaque mart joua son rôle, et ce drolatique personnage mérite bien d'avoir ici une notice biographique qui donne un trait des mœurs de la cité à diverses époques. Le 17 décembre 1659 , Messieurs passent un traité avec les cha noines de l'église collégiale de Sainte-Madeleine, par lequel ceux-ci acceptent la charge d'entretenir le couvert en plomb et la lanterne sous lesquels on a logé messire Jaquemart, que nous voyons dans un poste analogue, quoique moins abrité, vers le sommet de la tour moderne. Chacun à Besançon connaît Jaquemart. Pour l'étranger, je dirai que, semblable à ses homonymes de plusieurs autres villes. c'est un bonhomme de bois, bardé de fer-blanc, à cheval sur l'hor loge de Sainte-Madeleine , où il s'acquitte diligemment du soin de sonner l'heure.

Le mannequin est creux ; un homme peut s'y loger, et alors il voit, entend, parle, mange et surtout boit. En juillet 1668, Jaquemart descend complimenter le baron de Soye ; il lui récite des vers de la composition de l'abbé Nepveu, où ce baron est comparé au précurseur du Messie. Le 2-í mai 1679, le gîte de Jaquemart ayant subi quelques avaries, Messieurs requièrent les chanoines d'exécuter le traité. En 1754, le clocher de la nouvelle église est achevé, Jaquemart logé, pendant les travaux, ni plus ni moins qu'au palais Granvelle, est ramené en pompe par les paroissiens. On voyait, à cheval en tète du cortège, messire Bizot, conseiller au bailliage, poète et ora teur des citoyens de Battant; messire Grosperrin, d'une famille d'an ciens notables et vigneron très-notable lui-même, et Grosjean, maître charpentier.

Dans le trajet, Jaquemart fait ses civilités au gouverneur, duc de Bandan, qui le paie de retour. II s'arrête sur la place Saint-Pierre pour rendre hommage à la statue de Charles- Quint qui trônait dans la niche de la fontaine. Celle-ci saisit l'occasion de se plaindre amèrement de Messieurs et de leur architecte Longin, « qui l'a fait frotter de mercure pour raviver sa teinte Le baron de Soye était flanqué de deux autres chefs militaires étrangers : l'un , don Francisco Hernandès, qualifié de sergent-major, chef du guet et garde, chargé de porter et distribuer les ordres du gouverneur, aux appointements de 3,550 francs du comté par an (1); l'autre, François Chappuis, qui avait le titre de colonel d'infanterie, gouverneur et capitaine de la ville de Ve soul, à charge d'y résider, aux gages de 4,500 francs du comté (2).

L'envoi de ces chefs militaires étrangers n'était point un fait inattendu : on le connaissait longtempsd'avance, et les marquis de Meximieux et de Conflans, dont les pères avaient si vaillamment défendu la province, avaient énergiquement protesté, auprès de la reine régente, contre ce coup d'autorité qui violait les franchises , livrait le pouvoir sans garanties au roi d'Es pagne et frappait au cœur toute la noblesse. De nombreux libelles furent publiés, parmi lesquels il en est bronzée. » Jaquemart étant remonté à son poste, la journée se termine en danses et festins. En 1761 , grand émoi dans la ville, à propos de la rentrée des parlementaires exilés. Jaquemart descend pour participer à la joie commune ; il assiste gravement à la comédie. Messire Bizot menait encore le cortège; il fait a Jaquemart les honneurs de son domicile et lui accorde en mariage sa fille Louison.

Pendant plusieurs jours. Jaquemart se promène dans les rues et rentre chaque soir chez son épouse , il est très-honorablement accompagné jusqu'à la chambre nuptiale. Son beau-père distribua quatre muids de vin parmi le peuple. Nous nous rappelons enfin avoir vu Jaquemart descendre une dernière fois, pour complimenter Charles X, en 1828. (1) Lettres patentes de Castel-Bodrigo, datées de Bruxelles, du 18 juillet 1668. (2) Lettres patentes de Castel-Bodrigo, datées de Bruxelles, du 11 aoùt 1668. un intitulé : Les intérêts de S. M. et de la Bourgogne dans le choix qui se doit faire de son gouverneur. Le baron de Lisola sut endormir cette agitation et amusa la noblesse, par de belles promesses, jusqu'à Tarrivée du prince d'Aremberg, gouverneur général de la pro vince. L'auteur du libelle était un jeune prêtre de TOratoire, nommé Lévêque, natif de Poligny et attaché à la mai son de Bauffremont.

II soutenait que le prince d'Arem berg devait être considéré comme étranger, et, par suite, évincé du gouvernement de la province, quoi qu'il eût épousé Marie-Henriette de Cusance, veuve de Ferdinand-Just de Bye, marquis de Varembon, et qu'il fût en possession, par ce mariage, de biens considérables dans le comté. Cette publication avait déjà Tas sentiment de la noblesse et de plusieurs villes, lorsque Messieurs de Besançon la censurèrent et condamnèrent Timprimeur à une amende de 66 pistoles applicables à Tartillerie. Comme on y exaltait le mérite du chef de la maison de Bauffremont, Louis, marquis de Mexi mieux, elle souleva de vives défiances et devint le prétexte de persécutions contre ce seigneur et les siens. Connaissant la nouvelle politique dont on allait user envers le comté, les amis du prince d'Aremberg avaient tenté de le détourner de devenir un instrument de réactions injustes, mission pénible surtout à un ca ractère élevé comme le sien.

En acceptant, il paraît n'avoir cédé qu'avec répugnance aux sollicitations de sa femme et du baron de Lisola. On ne manquait pas de bonnes raisons pour justifier la ligne de conduite adoptée, et les lettres patentes qui suivent déclarent très-nettement Topinion de la cour à ce sujet. On affecte d'y considérer le comté comme étant dans un état alarmant, qu i exige un remède prompt et énergique : Patentes de lieutenant général et gouverneur des Pays-Bas et comté de Bourgogne et Charollais, par provision et jusque à autre ordre de S. M., en faveur de messire Charles, prince d'Aremberg, sergent général de batailles et armées du roi. « Bruxelles, le 2 juillet 1668. » Charles, etc.... Comme il convient de mettre un prompt remède aux maux que la guerre a causés dans notre pays et comté de Bourgogne, et y rétablir promp tement la justice, la police et nos domaines royaux, et pourvoir à tous les moyens nécessaires {tour le remettre dans son état de repos et sûreté, et que, pour ceteffet, il est convenable de commettre quelque personnage de qualité vigilant et à nous confident pour, par provi sions, etc., savoir faisons que pour la bonne relation que faite nous a été de la personne de notre très-cher et féal Charles, prince d'Aremberg, etc., et de ses sens, vertus, suffisances, vigilances, expérience, nous con fiant en plein en ses loyautés, prudhommie et bonne diligence, avons, par la délibération de notre très-cher et féal cousin....

Castel-Bodrigo, etc., commis, or donné et établi, commettons, ordonnons et établirons le prince d'Aremberg audit état et charge — , lui don nant et octroyant par ces présentes plein pouvoir et autorité et spécial commandement de tenir, exercer et desservir lesdits états et charge , de tenir la main à la défense, tuition, sûreté et bonne garde de nosdits aoùt 1608 comtés et sujets en iceux, les garder de foule et oppres sion et en administration de bonne justice et police.... et recevoir en notre nom les fiefs et hommages de nosdits vassaux d'iceux comté, etc. » Le reste est relatif à la prestation de serment entre les mains de Castel-Bodrigo et aux ordres donnés aux agents fiscaux du comté, de payer les gages au nouveau gouverneur au même taux qu'au marquis d'Yenne, son prédécesseur. Ils étaient de 16,875 francs, payables à dater du 14 septembre 1667.

Aremberg fit son entrée à Besançon par la porte Battant, escorté de trois escadres de milice urbaine, au milieu des feux de joie, des illuminations, et des acclamations publiques : « comme à Tapparition d'un nouveau soleil, dit le P. Prost, qui venait dissiper les nuages et les ténèbres dont on avait été si longtemps enveloppé. » Messieurs lui envoyèrent une députation aveclesdouze grands brocs de vin d'honneur, les mêmes qu'ils avaient offerts à Louvois, cinq mois auparavant (1). Les jours suivants, il accueillit avec faveur les dé putés des différentes villes, sauf ceux de Dole qu'il mal traita fort, leur reprochant de n'avoir pas défendu leur place aussi vigoureusement qu'en 1636. II oubliait qu'à cette époque Dole avait eu le double appui d'une ar mée de secours et d'une diversion puissante auxPays- (1) Aux seigneurs des brocs de vin et de l'avoine ; aux grandes dames des confitures.

Le 6 juin 1670, le magistrat de Baume apprenant que madame d'Aremberg doit passer par leur ville, dépêche un courrier à Besançon quérir pour 51 francs de confitures. On serait aujourd'hui le voyage inverse. aoùt 1668 12 aoùt Bas, tandis qu'en 1668, on Tavait abandonnée, avec le reste du comté, à ses propres forces. Pour Thumilier davantage, Besançon, sa rivale, devint momentané ment Tobjet des grâces de la régente. Aremberg, au nom de TEspagne, confirma ce qu'a vait fait Louvois, au nom de la France, savoir: Texé cution du traité de 1644. Les cent villages du nouveau territoire eurent à reconnaître Tautorité des cogou verneurs. Le prince se rendit ensuite à Thôtel consistorial où, placé sur un trône élevé de trois marches, il prêta ser mententreles mains du sieur Fluzin, président de se maine, de respecter les franchises de la cité, et reçut lui-même le serment de fidélité au roi prononcé par toute Tassemblée.

Un Te Deum, chanté aux Cordeliers par Tarchevêque, à la tête du chapitre métropolitain, termina cette solennité. Cependant tout le monde n'eut pas lieu de se félici ter. Le même jour, le prince publia les pleins pouvoirs dont il était revêtu, ainsi qu'une ordonnance qui en était la suite naturelle. Les pleins pouvoirs datés de Bruxelles, du 20 juillet 1668, affranchissaient le nouveau gouverneur de celui des Pays-Bas : « portant pouvoir et autorité au gouver neur général du comté de Bourgogne pour pourvoir à toutes choses, occasions et affaires concernant le bien et conservation du comté, sur lesquels il conviendrait en d'autres temps d'avoir les ordres du gouverneur géné ral des Pays-Bas et des conseils collatéraux; lui don nant de plus le pouvoir d'engager et hypothéquer les domaines de S. M. » TOM.

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