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La Vendée Angevine ... D'après des documents inédits et inconnus

Célestin Port · 1888 · Scanned text

124,301 words · about 8 h 42 min to read

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Author
Célestin Port
Language
French
Published
1888
Length
124,301 words · about 8 h 42 min
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.VENDÉE ANGEVINE LES ORIGINES L'IHSURRECTION (Janvier 1789 - 3í Mars 1793) S DOCUMENTS ÌNlfDÏT-S ET I " Célectin PORT . r i 1 i .,1 K - í - p.A p r < LIB EU [RÌE HA '" FÎEjl : I 8§S LA VENDÉE ANGEVINE LES ORIGINES L'INSURRECTION LA YENDÉE ANGEVINE LES ORIGINES — L'INSURRECTION (Janvier 1789 — 31 Mars 1793) D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS ET INCONNUS PAR Célestin PORT MEMBRE DE L'iNSTITUT Archiviste de Maine ct-Loire T O M K SECOND PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET Cu 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 LIVRE SECOND L'INSURRECTION CHAPITRE PREMIER CHATILLON &. BRESSUIRE Le District de Chátillon attaqué par les paysans. — La garde nationale de Cholet marche à son secours. — Occupation de Chátillon. — Poursuite des insurgés. — Proclamation aux paysans. — Panique générale. — Envoi de la garde nationale d'Angers et de deux commissaires. — Marche sur Sressuire. — Absence de nouvelles. — L' alarme s'accroit. — Envoi de nouveaux renforts. — Annonce de la victoire. — X.es prisonniers. — Rentrée des troupes. — Réception de deux délégués par l'Assemblée nationale, par l'Assemblée électorale de Saumur, par le Département. — Contre-coup inattendu de l'insurrection. — Attaque attardée. — Nouvelle et étrange panique. — Incendie du château de Meaulne.

Le 21 aoùt 1792, sur les six heures du soir, le Directoire de Chátillon, qu'aucune force publique ne protégeait, fut avisé par une lettre du docteur Deschamps, de Montcoutant, qu'un rassemblement de 10,000 hommes s'organisait en armes pour envahir le District'. Quoique les renseignements parussent exa gérés, comme ils partaient de main sûre, deux admi nistrateurs2 furent expédiés en hâte à Cholet. A trois heures du matin ils réveillaient le procureur-syndic, qui immédiatement convoqua le District et la municipalité et dépêcha un courrier au Département. Dès sept heures, le lieutenant Boisard, toujours prêt, se 1 Séance du District de Chátillon, 21 aoùt, 7 heures du soir. 2 Bei ra et Fercliau. mettait en route avec quarante gardes nationaux, — dont sept canonniers, — un volontaire de Montpellier, six gendarmes et une pièce de canon, munie seule ment du peu de munitions ' qu'avait pu contenir le coffret de l'affût.

Huit hommes de la Tessoualle rallièrent le détachement au passage. Les contingents de Chemillé, de Vezins, requis dès l'aube, devaient presque aussitôt rejoindre et porter le chiffre de la troupe à quatre-vingt-cinq combattants. Cholet. seul centre de résistance au cœur de tant de populations agitées, restait ainsi à découvert. Quinze jours plus tôt, le 6 août, les maîtres du 11e régiment, sur les ordres rnêmes el aux applaudissements du Directoire, avaient dû quitter la ville pour rejoindre leur corps, appelé en ligne ; et le retour, réclamé en hâte, d'une trentaine de cavaliers, se faisait attendre. A peine, si l'on retenait pour le service de la garde2, vingt hommes en armes. Mais à cette heure, à moins des traîtrises d'un complot monté, qu'on ne soupçonnait pas, nulle attaque n'y paraissait à redouter.

Chapitre II

DÉPORTATION DES PRÊTRES RÉFRACTAIRES Arrivée à Angers des réfractaires déportés par le Département de la Sarthe. — Le Département de Maine-et-Loire vote la même mesure. — Départ et voyage des transportés. — Long-wy et Verdun livrés à Vêtranger. — Angoisse publique. — Visites domiciliaires. — Réception de deux agents parisiens. — Armement. — Réquisitions militaires. — Départ du S' bataillon de Volontaires. — Proclamation républicaine du Conseil général. — Résistance des municipalités de campagne. — Les ecclésiastiques sexagénaires internés à Ja Rossignolerie. Le Département, en rendant compte dès le 26 aoùt « aux législateurs » de l'insurrection de Bressuire, leur exposait ses propres dangers. C'est à peine s'il garantissait encore de se pouvoir défendre1 dans cette fermentation renaissante due partout aux manœuvres de prêtres insaisissables.

Plusieurs des détenus s'étaient évadés du Séminaire; on pouvait craindre que d'autres ne fissent comme eux : « Nous serons 1 Le ministre Roland répondit le 4 septembre : « Je m'en u rapporte à votre patriotisme éclairé, pour déjouer les intrigues. » qu'on imagine journellement pour mettre le peuple aux prises « avec lui-même » « forcés de prendre des mesures efficaces pour mettre « à exécution votre décret sur l'exportation des « prêtres, si vous n'en déterminez promptement le « mode. » Précisément une loi, devançant ce vœu, ordonnait, — le jour même où le Département l'expri mait, — la déportation à la Guyane française de tous les réfractaires, qui dans la quinzaine n'auraient pas quitté la France. Le surlendemain 28, dans l'émoi d'événements encore confus, se présente en séance du Conseil général l'administrateur de la Sarthe, Froger. 11 se déclarait chargé de requérir, au nom d'un arrêté pris la veille par son Département, l'assistance de loge ments et de vivres pour le passage et le transport à Nantes des prêtres détenus de la Sarthe.

Le premier convoi devait arriver le 31. — Aussitôt une convoca tion est adressée au District, au maire, aux officiers municipaux, aux notables, à une députation de la garde nationale, pour aviser le 30, en séance du soir, à organiser toute aide utile. II est arrêté qu'on logera les transportés dans la chapelle et dans les tours du château. — Et à peine cette décision prise, un membre se lève et rappelle à l'Assemblée toutes les misères nées de cette lutte contre les réfractaires et tant de mesures vaines, pour réprimer « les progrès du fanatisme, en « dépassant, à la vérité, la ligne des pouvoirs que la « loi avait mis dans la main de l'administration, mais « entraîné par la loi impérieuse de la nécessité et « du salut public. » 11 n'est qu'une résolution qui vaille, ici comme au Mans, comme ailleurs, « pour « calmer les agitations intérieures du Département et « étouffer les germes de la guerre civile ; » c'est de déporter sur-le-champ les insermentés. — Sans longue délibération, la proposition est votée d'urgence'.

Tous les prêtres réfractaires, tant ceux qui sont déjà détenus, que ceux qui pourront être arrêtés, seront déportés en terre étrangère, « les pays d'esclavage et « ceux voisins de la France exceptés. » Deux commissaires, Hamon et Pérard, reçoivent mandat d'aller traiter à Nantes pour leur séjour et leur embarque ment. La mesure épargnait d'ailleurs, — comme la loi du 20 aoùt, encore ignorée à Angers, — les sexagénaires et les infirmes, qui resteraient réunis en communauté, avec liberté de sortir du royaume dans la quinzaine, en fournissant caution de n'y jamais rentrer. C'est ce jour même, le matin, que des bandits, d'après les dépêches, mettaient à feu et à sang le Baugeois ; et tout à l'ouverture de la séance, le soir, la nouvelle écla tait que Longwy, « la porte de fer de la France, » après quelques heures seulement de bombardement avait été livrée à l'étranger, avec ses magasins regorgeant de mu nitions pour trois mois, par la lâcheté du chef militaire et des habitants.

La route de Paris était donc enfin libre ment ouverte à l'ennemi ! et déjà les affidés s'atta blaient, pour mesurer les distances, et lui livraient dans leurs calculs, à jour fixe, le cœur saignant de la patrie ! Toutes les haines font rage, toutes les vengeances menacent à l'annonce de la trahison impie *. En même temps, le tambour bat dans les rues. H s'agit de réunir en hâte 30,000 volontaires sous les 1 Toutes les pièces officielles, concernant la déportation des prêtres Angevins, ont été publiées dans la Revue d'Anjou, 1853, p. 541-574; 1854, p. 143-204. V. aussi D. Piolin, Histoire de l'Egli-:c du Mans, II, 11-22. s Proclamation du 31 août. murs de Paris. Appel est fait à tout citoyen, ayant une arme ! Les premiers cent hommes équipés n'ont qu'à nommer leurs chefs et à partir. Ils seront suivis aussitôt par cent autres. « II n'y a plus à hésiter! « C'est maintenant que les vrais amis de la liberté « doivent donner des preuves de la sincérité de leurs « serments ! ' » On s'arme ; on part !

Quel souvenir pourrait aujourd'hui nous donner une idée de ces jours d'enthousiasme et d'angoisse ! Au plein de la tempête, on vit arriver le 31 aoùt. sur le soir, une première escouade, et le 1er septembre, dans l'après-midi, le principal convoi des prêtres réfractaires du Mans. Les gardes nationales, le fusil haut et bayonnette au canon, protégeaient la marche, encadrée dans une double ligne de gendarmerie, sabre au poing, avec deux canons d'appui. A un quart de lieue d'Angers, la municipalité avisée envoya un exprès pour faire enlever les petits collets, les rabats, les cocardes, lous les insignes qui pouvaient provoquer à quelque attaque le populaire. Presque au même temps, et pendant que les Angevins fraterni saient avec l'escorte, une foule immense enveloppait les détenus et leur faisait cortège jusqu'au château, furieuse, hors d'elle-même, jetant aux prisonniers, avec des cris d'outrage et d'infamie, — comme ils en avaient entendu dans toutes les villes, sur leur che min, — les malédictions de cœurs affolés. — Le mercredi 12 septembre, à 0 heures du malin, deux cent soixante-quatre ecclésiastiques angevins, internés au Séminaire, allaient attendre sur la route de Nantes les 1 Lettre de Roland, 31 aoùt 1792. cent quarante-quatre Manceaux, logés depuis dix jours au château.

Un grand nombre des prisonniers avaient obtenu de se servir de voitures; le reste partait à pied, la caravane entière suivie de soixante à soixante-dix charrettes et enveloppée de quatre à cinq cents gardes nationaux et de gendarmes, tambour en tête ; deux petits canons suivaient en queue, sur l'un desquels, au départ, était attaché à cheval le curé Lancelot, qui peu après put marcher à pied ' . Après une halte de trois heures à Saint-Georges-sur-Loire, le gite fut pris le soir à Ingrandes, le lendemain à Ancenis, le surlendemain vendredi 14 à Nantes. Ici le convoi fut accueilli avec humanité par le maire et sans une injure de la foule. « Notre séjour dans la ville de Nantes » — écrit l'un d'eux 2 — « a été pour nous un séjour de délices, « quoique couchés sur la paille. » Le 19, tous les ecclésiastiques, — moins deux, qui avaient demandé 1 « Nous avions avec nous deux pièces de canon.

Arrivés à k Ingrandes, les prêtres surent logés dans Tancien grenier à m sel. L'abbé Lancelot était attaché par le milieu du corps et u marchait à pied derrière une pièce de canon, auquel il était « amarré. Je m'informai aux canonniers, quel était cet homme » en robe de chambre ainsi attaché. On me dit que c'était un u prêtre, arrêté depuis peu de'jours à Angers, qui vendait en • cachette de petites fioles d'eau bénite ; qu'il était générale « ment méprisé de ses confrères ; qu'étant curé de Béhuard, il ■• faisait journellement la contrebande du sel et que les plus « respectables d'entre eux avaient demandé, qu'il fût conduit u séparément. Effectivement cet homme à sou retour d'Espagne - a été curé à Sorges et a été continuellement mésestimé, d même dans sa vieillesse. » — Berthe, Histoire de ta garde nationale d'Angers, manuscrit 908, p. 16. — Berthe se trompe sur un point : Lancelot n'était pas curé de l'île de Béhuard, mais simple chapelain de l'île voisine des Jubeaux.

Lettre manuscrite du vicaire Blanvillain, Paimbœuf, 3(J septembre. à prêter le serment civique, — furent transférés sur des barques à Paimbœuf. Le 21 , deux cent quatre vingt-un d'entre eux passèrent sur la Didon, soixante sur le Français ; le reste des Manceaux, sur l' Aurore : mais pendant quinze jours une tempête battit la rade et empêcha toute sortie. Le vent du Nord, si désiré, se leva seulement le 2 octobre et permit enfin de mettre à la voile. La Didon, après une traversée hor rible, abordait le 11 à Santander, le Français à la Corogne, — Mais à d'autres la peine de raconter les aventures de cet exil ! Après Longwy, Verdun ! — Verdun défendu par le premier bataillon de Maine-et-Loire ! Verdun livré aux Prussiens ! par qui? ont-ils donc failli nos Volontaires ' ? Ici au moins les transes du patriotisme se rassurent bien vite dans l'apothéose héroïque du bon, du vaillant Beaurepaire, qui une fois encore rend cher à toute la France le nom des Angevins. — Mais les massacres des prisons parisiennes !

Quelle horreur ! — Et comment purifier jamais de cette tache vivante le jeune drapeau en sanglanté? — Dans cet isolement et dans cette détresse, à distance du péril et du combat, — alors que le paysan de l'Argonne aux prises avec l'ennemi témoigne fière ment pour la bonne cause, — le cœur des plus vaillants se trouble. Va-t-il donc falloir douter du droit? de la justice? des miracles promis à notre foi intense en la raison humaine et en la liberté? Le siècle nouveau est-il mort-né? et Tancien régime effondré osera-t-il 1 Sans rien préjuger sur la conduite de son 1" bataillon de Volontaires dans la défense de Verdun, le Conseil général par arrêté du 1 1 septembre 1792, déclare infâme et traître quiconque aurait abandonné son drapeau, s'il ne rejoint dans le mois. se redresser sous Je fer et le feu de Brunswick, des Prussiens, des princes ?

Les soldats ne manquaient pas, mais bien les armes ' ; et les arsenaux, il fallait bien l'avouer, étaient vides. II n'y a plus d'ailleurs qu'un péril à cette heure, l'invasion, quand l'étranger est à quarante lieues de Paris. En vain les communes perdues au milieu des Manges réclament l'envoi de fusils "l pour leur défense et leur sécurité. Ordre est donné à celles qui ont participé aux rares distributions précédenles, de restituer leur dépôt', et à tout citoyen détenteur d'une arme, de la remettre aux mains de quelque soldat de l'armée active ou de partir dans les dix jours. En même temps on se promet toute une réserve intacte d'armement de guerre dans la fouille régulière des maisons suspectes que prescrit la loi du 26 août. De jour et de nuit elle se poursuit à Angers et partout, où le civisme domine.

Dans le District de Saint-Florent, où manque le zèle, Clemenceau, chef de la légion, dont le patriotisme et les talents connus du District inspirent pleine confiance, est 1 Arrêté du 10 septembre. ■ Montrevault notamment et depuis longtemps : « Rappelez - ii vous la position de notre petite ville, chef-lieu de rassem « blement d'un peuple immense les jours de foire et marché, « centre d'un grand pays malheureusement presque tout gan « grené d'aristocratie... Elle est ce qu'elle était aux premiers « jours de la Révolution... Son civisme le dispute aux villes les n plus patriotes... 11 faut en imposer aux malveillants, qui nous « menacent et nous entourent de si près ; et pour cela il faut » des bayonnettes. » Leltre du 18 juin 1792. 5 La ville seule de Chalonnes, qui se trouve " au voisinage « des Mauges entaché de lincivisme le plus hideux » est auto risée à garder 40 fusils. chargé ', avec le citoyen Hiron, de procéder au désar mement des citoyens suspects ' sur les paroisses de la Jumellière, de la Poitevinière, de Neuvy, de Sainte- Christine, de la Pommeraie.

La principale tâche avait été réclamée à l'avance 3 par les gardes nationales de Chalonnes et de Chaudefonds ; mais dès le lendemain on dénonçait partout « les excès et voies de fait » de leurs visites et les dépenses excessives chez les caba retiers*. A Angers même le Département en était réduit bientôt5 à signaler à l'accusateur public les particuliers trop empressés à s'ingérer, sans mandat ni délégation, dans ces offices de police, qui se payaient de déprédations illégales. Par contre, les municipalités réactionnaires — en très grand nombre, — usant d'autre malice, mettaient même zèle à se présenter uniquement chez les citoyens qui avaient légalement fait leur déclaration, c'est-à-dire chez les patriotes; et le curé Coquille, à Beaupréau, requis de livrer ses armes, au nom de la loi, ou de marcher, avait répondu par écrit 6, « qu'il marcherait aux frontières avec 1 Lettre du District du 13 septembre 1792. ?

Sic souligné. 3 Lettre du 7 septembre de la municipalité de Chalonnes. ** 167 livres 15 sols. — Lettre de la Jumellière, du 15 septembre. — Sur cette plainte, le District déclare, qu'il n'y a lieu à délibérer, et le Département approuve (10 janvier 1793j, sauf recours à justice. 3 22 septembre, 6 Lettre au Département du 19 septembre 1792, qu'il date déjà de l'an Ier de la République : « Je n'ai que deux pis .' tolets, auxquels je dois en partie le respect qu'on me porte, » lorsque je suis obligé de faire un enterrement. L'incivisme ici «i est désespérant. Un malheureux, qui a deux enfants aux „ frontières et dont le plus jeune me sert la messe, a été mis ■ dehors par son locataire ; il ne lui a pas été possible de n « quelque poste que ce fût, plutôt que de rester dé « sarmé au centre du fanatisme. » Le 8 septembre, en séance du Conseil général se présentèrent deux étrangers, Jean-Baptiste-Henri- Antoine Félix et Joseph Bodson, tous deux officiers municipaux de Paris, ayant mission, par mandat du Conseil exécutif en date du 3 de mois, « de se trans it porter auprès des municipalités, des Districts, des « Départements pour y faire telles réquisitions qu'ils « jugeraient nécessaires pour le salut de la patrie '. » ii trouver une maison ; je l'ai retiré, lui, sa femme et ses » enfants.

Pour comble d'infortune, ils sont tous trois malades « au presbitère ; et ce n'est pas à qui viendra les soulager... » L'affaire de Chátillon n'a pas changé les esprits. 11 court des « bruits ici, capables de faire soulever le peuple et de faire ■i égorger les patriotes. Toutes les nouvelles sont à l'avantage ii des malveillans ; et quand nous aurions massacré tous les « Prussiens et les Hongrois, on répandrait à Beaupréau qu'ils •i sont à Paris. » — Le Département, le 3 octobre, enjoint à la municipalité de lui laisser ses deux pistolets « provisoirement; » les fonctions publiques, qu'il remplit de jour et de nuit, exigent qu'il ne soit pas sans armes dans ce moment-ci. 1 C'est, je crois, à cette visite qu'est due la légende, dont je ne trouve trace historique dans aucun document public , d'émissaires envoyés de Paris pour continuer le massacre des prisonniers.

Savary, sans nommer personne, dit : « On vit arriver « quelques individus, dont le chef se disait chargé d'une u mission importante. C'était un Prussien... » I, 42. — Grille le nomme Rotondo, Volontaires, II, 274-275, ainsi que des récits plus récents qui d'ailleurs ne connaissent que lui. II aurait été pris à parti directement par le maire, — suivant les un*, dans son domicile, suivant les autres, en plein Club — et expulsé outra geusement de la ville. En réalité Rotondo était un professeur d'origine anglaise, qui vint à Angers en 1791, comme membre du Club des Jacobins, et fut reçu le 27 novembre au Club des Amis de la Constitution, comme en rend compte le Journal du Département. — Personne n'a, par contre, parlé de nos deux personnages, qui sans doute ne le valaient pas, mais dont la Ils étaient de plus accrédités par les commissaires des quarante-huit sections de Paris, pour provoquer des engagements, faire dresser par les municipalités les rôles des citoyens disponibles, et diriger les rassem blements au plus vite vers la ville la plus rapprochée possible de Paris.

Le Conseil général, faisant le jour même honneur à la réquisition ' , ordonna, par arrêté du 10, à chaque commune de dresser un élat des hommes armés et équipés et des chevaux, sabres, harnais, objets de guerre disponibles; — aux serru riers, couteliers, ouvriers en œuvre blanche, de fabri quer sans relâche des sabres et des piques. Un arrêté du 15, pris sur l'invitation du maréchal de camp Leygonier, mit en réquisition les chevaux d'émigrés et leurs équipages de luxe et d'agrément, pour monter une compagnie de cavalerie. II faisait du même coup appel aux recrues : « C'est à la cavalerie que l'ennemi « doit ses succès... Veut-on livrer nos femmes, nos « enfants, aux hulans, aux pandours ?» — On entend là déjà l'écho de l'hymne des Marseillais ! La veille, 14 septembre, est parti d'Angers, sous le commandement de Desjardins ', le 2e bataillon des Volontaires.

Dès le 19, un 3° bataillon s'organise, que va commander Guinhut, avecDuboys3 pour lieutenantmission étail sérieuse, puisqu'elle lut agréée par le Directoire. — Le rapprochement s'explique d'ailleurs par les odieuses pro vocations d'un Compte-rendu au Peuple souverain, envoyé à toutes les municipalités sous le couvert du ministre Danton et contre lequel la municipalité courageuse, présidée par Pilastre, pro testa avec indignation (24 septembre 1792.) 1 « Messieurs les commissaires du pouvoir exécutif ayant fait « les réquisitions conformément à leur mission... » Séance du 8. 2 II devait mourir à Eylau. 3 Le futur député de 1815, qui prononcera le discours officiel à la cérémonie du Champ de mai. colonel ; et en même temps se complètent les dragons de Leygonier, et la compagnie franche des Bardonnais.

Toutes ces ardeurs fermentent et trop souvent s'ai grissent dans des rivalités de dévouement que la voix de la patrie apaisera à son heure'. Entre temps était inaugurée le 28 en pleine tour mente la grande Convention. L'Assemblée des électeurs Angevins, réunie du 2 au 8 septembre dans Téglise de Saint-Pierre de Saumur, avait eu, lors de la vérifi cation des pouvoirs, à annuler ceux des électeurs du May, qui, plus hardis qu'autrefois leurs collègues de Jallais5, avaient esquivé le serment en affirmant l'avoir prêté. Elle avail aussi dû rayer du procès verbal de Chantoceaux une protestation anticipée contre l'organisation de tout gouvernement autre que le gouvernement monarchique. Les électeurs présents vinrent déclarer à la tribune, que c'était là l'œuvre personnelle du citoyen Michelin, agent des princes, ancien sénéchal de la baronnie, et de quelques rares adhérents : « Tout le canton est bien éloigné d'avoir « la même opinion 3. » — On sait comment dès sa première séance la Convention nationale acclama l'abolition de la Royauté.

Le Conseil général de 1 Les élections surtout du chef soulevèrent des colères et une lutte violente entre les Angevins et les Saumurois, sans parler d'antres rivalités. — Le 3 novembre le Conseil général sur le bruit qu'une discussion particulière entre Talot et Duboys avait amené une provocation en duel pour le jour même et « que cette « affaire pourrait donner lieu à un engagement général entre la i' garde nationale et les Volontaires, fait défense aux adversaires •i de donner suite à la provocation, sous peine de la loi. » — Le 5 encore, on voit les Volontaires du 3e en démêlés avec les cavaliers installés en ville. ! V. ci-dessus, t. I, p. 255. 3 Procès-verbal manuscrit. Maine-et-Loire ' applaudit à « ce parti sage et vigou reux ; » mais qui va irriter, disait-il, les despotes coalisés et peut-être provoquer de nouvelles levées.

Que tous les citoyens, ceux-là surtout qui n'ont pas de famille, s'y préparent ; qu'ils se munissent d'un sac de peau, d'une giberne et viennent s'inscrire ! « Nous voilà sous a le régime équitable mais sévère de la loi. Ce n'est « plus par des paroles mais par des actes, que nous « devons donner des preuves de notre patriotisme... « Réveillons-nous ! Agissons enfin en hommes libres2. » — Et s'adressant directement à la Convention : « L'arrêt « est porté; la royauté est proscrite... honneur à ce « décret solennel et courageux... ! Nous vous remer « cions de ce que vous n'avez pas assez désespéré des « mœurs et du génie des Français, pour croire qu'ils « fussent indignes du beau nom de Républicain. » Mais c'est bâtir sur le sable, si la génération, qui suit, n'est pas appelée au soutien de l'édifice.

Qu'on se hâte d'ouvrir des écoles 3 et d'installer un gouvernement 1 Dieusie, président ; Brevet de B?aujour, Villier, Crestault, Blonde, Richard, Fillon, Brichet, Delavigne, Pelletier, évêque ; Boullet, procureur-général-syndic. 2 Proclamation du 24 septembre 1792. 3 Le District de Saint-Florent écrivit à Roland, ministre de l'Intérieur, le 2 octobre : « La Convention a décrété l'abolitiou ii de la royauté et proclamé la République; et cette décision est » un résultat calculé par la philosophie la plus éclairée... Ah ! •• si l'Assemblée des représentants de la nation française veut ii mettre le comble à nos espérances, sans doute elle ne man ii quera pas de porter les regards de la philosophie sur les ii tyrans de notre raison et de notre intelligence... ! Périssent n les ennemis de nos corps et les ennemis de notre liberté n mais périsse aussi la tyrannie de nos âmes et de nos pensées ! ii Que tous les prêtres sans exception soient regardés comme « n'existant plus pour la Nation ; et que leurs enseignements » soient proscrits et défendus, comme entraves à la raison et ferme et stable, des lois sévères et obéies. « Abattez « impitoyablement tout pouvoir qu'on voudrait élever « contre les intérêts du peuple.

Arrachez le masque « à ces vils flatteurs. Que votre seule autorité reste et « fasse respecter ses oracles... C'est à elle seule que 'i nous jurons d'être fidèles '. » — A la Convention, mais non à Marat, à Robespierre, ni « à ces autres agitateurs, » qui depuis si longtemps entravent tout ordre et toute vie ! Contre eux « ìe combat doit être à « mort ! Ainsi soit-il ! » écrit de Paris le maire et con ventionnel Pilastre \ La première stupeur de ces transformations n'avait créé d'ailleurs dans les campagnes, qu'une accalmie passagère, troublée bientôt par les exigences des pouvoirs publics. II fallait prêter le serment nouveau de liberté et d'égalité, prescrit, par la loi du 15 aoùt ; et nombre de municipalités, surtout celles qui venaient le plus récemment d'être renouvelées, s'y refusaient, ouvertement ou par diverses pratiques, même par leur démission.

Des commissaires spéciaux furent n aux lois d'une République sage ; que la Convention pourvoie « incessamment à l'organisation d'une éducation, dont les prin « cipes soient conséquents avec ceux de la liberté et de l'ógalité ; « que les éléments d'une morale intelligible remplacent les " catéchismes révoltants ; que des leçons sur des connaissances » naturelles, sur nos lois, nos arts, notre commerce, jointes à » des fêtes civiques, à des exercices utiles, à des spectacles ii et jeux instructifs, fassent disparaître les sermons ridicules ii et les cérémonies fanatiques ; que des hommes éclairés « couvrent entîn la surface de la Franco et successivement celle " du monde entier ! „ — Signé : Letort, Guéris, Renou. 1 Proclamation du 26 septembre dans les Affiches du 27. 1 Lettre du 30 octobre. — 11 ajoute : « L'esprit est bon à « Paris.

J'espère que l'énergie que manifeste cette Assemblée » en donnera au peuple de cette ville. » délégués par le Département pour convoquer les citoyens patriotes et leur faire élire des municipaux en nombre suffisant « à remplacer ces lâches et < réfractaires '. » A Saint-Pierre-de-Chemillé, centre d'une résistance invaincue , la municipalité et les notables avaient bien répondu à la convocation. Mais au pied de l' arbre de la liberté, la brigue s'éleva ; le maire Caillard et le municipal Cesbron se déclarèrent prêts à jurer « de soutenir la liberté et Légalité et de « mourir en les défendant, mais seulement en tout « ce qui n'attaquerait ni la foi ni la justice. » Le reste du conseil se borna à un refus absolu ; les notables se retirèrent, sans vouloir rien entendre : « Ce sont dans « le particulier d'honnêtes citoyens, » — écrit le juge de paix Briaudeau 2, — « mais trompés et fanatisés « par les prêtres réfractaires, qui parcourent conti « nuellement les métairies de la paroisse et celles des « paroisses voisines.

Ils leur sacrifient en tout temps « le bien public, même leurs intérêts. Délivrez-nous « de notre municipalité fanatisée, sans leur faire du » mal 3. » — Et il ajoutait : « Vous rendriez un grand « service aux Mauges , si vous pouviez trouver le u moyen de faire arrêter tous les prêtres réfractaires, « qui y entretiennent la division et y sèment des « germes de révolte. » Mais le Directoire du Département était aussi bien en peine déjà des prêtres détenus, que des prêtres errants. Cent vingt-cinq ecclésiastiques formaient au 1 Arrêté du 19 octobre. ! Lettre du 16 octobre. 3 L'honnète homme, à moins de six mois de là, voyait mas sacrer un de ses fils, traîner l'autre enchaîné devant les canons, et son ami Thubert gardé, comme otage, pour la fusillade par les braves citoyens de cette même municipalité.

Séminaire, après le départ du gros de la troupe, « le « reste impur de la secte proscrite, b Les gardes natio naux, chargés du poste, ne cessaient de représenter, que ce service était aussi répugnant pour « les principes « que fatigant pour la garde. » On réclamait chaque jour le transfert à la Rossignolerie ' ou au château de Saumur5 d'individus, qui épuisaient la charité publique et privée. Le Département en outre restait devoir au concierge Chamufinprès de 14,000 livres, avancées par lui pour l'entretien des plus pauvres, et à l'étapier 3,000 livres pour le voyage de Nantes. II mit en demeure la municipalité de pourvoir tout au moins à une instal lation saine et sûre ; et l'on se décida pour la Rossigno lerie *. Les détenus y furent transférés te 30 novembre ; et leur dépense '* reçut affectation sur les fonds de l'ar riéré du culte. 1 Adresse du 26 septembre 1792, signée : Lemanceau, officier de garde; Leterme-Saulaier, Léchalas, Despujols, Bouton.

Nie. Bordier, Girault, caporal ; Cotel, Rabouin ; Gillet, sergent. 8 Adresse du 28 octobre, signée : Talot, Martin-Lusson, Tro touin, Guitet, Bayon fils, L. Joulain, Esnault : « Considérant « qu'une quantité considérable d'idiots, de bigotes, de fana « tiques, ruinent leurs ménages pour couvrir et entretenir ces " odieux fainéants... » 'Closerie, transformée en 1739 en maison de retraite pour les vieux prêtres infirmes, puis en 1774 acquise par les frères Ignorantins, qui y tenaient école, pension libre et pension de force. C'est aujourd'hui le Lycée. 1 L'allocation est de 25 sols par jour. 23 ecclésiastiques seu lement ont des ressources personnelles, et 82 restent absolument dénués de toute assistance. Les listes d'ailleurs de détenus varient. Je compte 130 noms le 4 janvier 1793 ; — 126 le 10.

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