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Chevreuse. Recherches historiques, archéologiques, et généalogiques. (Extrait ... des Mémoires et Documents publié par la Société Archéologique de Rambouillet.)

Auguste Moutié · 1874 · Scanned text

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About this book

Author
Auguste Moutié
Language
French
Published
1874
Length
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Contents (18)

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Livre I. Seigneurs De Chevreuse De La Famille De

MONTLHÉRY CHAPITRE PREMIER. THIBAULT FILE-ÉTOUPE , SEIGNEUR DE MONTLHÉRY. (996-1031.) Thibault File-Étoupe, Filans stupas, ainsi surnommé à cause de sa blonde chevelure, était l'un des forestiers du roi Robert sous le règne de qui il fortifia, vers Tan 1 01 5, le château de Montlhéry (1), dont il est regardé comme le premier seigneur féodal. II devait avoir reçu cette terre en fief des évêques de Paris qui, vers la fin du dixième siècle, avaient inféodé des domaines considérables à divers chevaliers, ainsi devenus vassaux de leur église. Par suite de ces inféodations, chacun de ces chevaliers devait rendre la foi et Thommage au prélat dont il recevait Tinvestiture, le porter au jour de son intronisation et lui payer annuellement un cierge de 25 sous (2). II nous parait à peu près certain qu'en même temps que Montlhéry, Thibault File-Étoupe reçut aussi en fief de Tévêque de Paris la seigneurie de Chevreuse, dont lui et sa f.imille conservèrent la suzeraineté, tandis que la garde en fut confiée à des châtelains qui, comme (1) Le continuateur d'Aimoin, liv.V. — Cette date de 1015, adoptée par les auteurs do Y Art de vérifier les dates et la plupart des écrivains, est aussi consacrée par une inscription gravée sur Tune des anciennes portes de la ville de Montlhéry.

(2) Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, t. X, p. 158. nous le verrons, en devinrent dans la suite les seigneurs titu laires (1). Le titre de forestier du roi Robert indique que Thibault File- Étoupe devait appartenir à la plus haute noblesse de son temps, puisque sous les deux premières races cet office éminent n'était donné qu'à des personnages de la plus grande distinction (2). C'est ainsi que la charge de gruyer de la forêt Yveline était héréditaire dans la famille de Montfort, qui la posséda jusqu'au commencement du treizième siècle, époque à laquelle cette forêt devint son propre domaine, par suite de rechange que Philippe-Auguste en fit contre d'autres biens possédés par la comtesse Amicie de Leicester, mère du célèbre Simon de Mont fort, qui en fut lui-même le dernier gruyer royal (3).

Le savant généalogiste André Duchesne, s'appuyant sur de simples conjectures et des raisonnements fort habilement dé duits mais dépourvus de preuves certaines, considère la famille de Montlhéry comme Tune des branches de celle de Montmo rency. II suppose que Thibault File-Etoupe peut être le fils d'un Bouchard, premier seigneur de Montmorency et de Bray-sur- Seine, et d'Ildegarde, qu'il suppose aussi être Tune des filles de Thibault le Tricheur, comte de Chartres et de Blois, chef de Tillustre maison de ce nom , d'où sont sortis les comtes de Champagne et de Brie qui furent rois de Navarre (4). Pour étayer ses conjectures, il allègue entre autres raisons : que Milon de Bray, Guy le Rouge, comte de Rochefort-en-Yve linc, et Hugues de Crécy, son fils, tous trois descendants de Thibault File-Étoupe et d'Ildegarde, et leurs successeurs dans la seigneurie de Bray, sont qualifiés par Suger de cousins de (I) Voir noire deuxième livre.

(2) A. Duchesne, Hist. de Montmorency, liv. XII, p. 687. (3) Ne serait-ce pas à cause de cet office de gruyer de TYveline que sur les plus anciens sceaux qui nous soient restés dts seigneurs de Montfort, c'esl-à-dire sur ceux de Simon III, comte d'Evreux, et de Simon IV, son fils, ces deux personnages seraient représentés galopant à travers les bois, donnant du cor, et suivis d'un ou dcui chiens? (-Í) Hist. de Montmorency, p. 687. Thibault le Grand, comte de Champagne, de Brie et de Char tres, issu en ligne masculine de Thibault le Tricheur. Que Luciane, fille de Guy le Rouge, comte de Rochefort, et par conséquent arrière-petite-fille de Thibault File-Étoupe, ayant été fiancée à Louis le Gros, fils du roi Philippe I", le mariage ne put être consommé à cause de leur parenté; et que cette pa renté n'aurait pas existé si Ildegarde, femme de Bouchard de Montmorency et mère de Thibault File-Étoupe, n'eût eu pour père Thibault le Tricheur et pour mère Letgarde de Verman dois, fille de la tante de Hugues Capet, bisaïeul de Philippe Ier.

Enfin, que les seigneurs de Montmorency el de Marly ont fait de grandes libéralités à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, reconstruite en entier par le comte Thibault le Tricheur, et que les seigneurs de Montlhéry et de Bray ne se montrèrent pas moins généreux envers celle de Saint-Pierre de Bourgueil sondée par Emme, duchesse d'Aquitaine, autre fille du comte Thibault et par conséquent leur proche parente; d'où il tire la conséquence que ces libéralités n'ont été causées que par des considérations de famille (I). Nous aurons bientôt Toccasion de dire quelles furent ces libéralités faites non-seulement par les seigneurs de Montlhéry, mais encore par des chevaliers qui leur étaient unis par les liens du sang. II suffit d'ouvrir nos vieux cartulaires pour se con vaincre qu'en effet les parents et les alliés faisaient à Tenvi des donations aux monastères dont les fondateurs appartenaient à leur famille, et c'est précisément pour ce motif que ce genre de recueil est si précieux dans les recherches généalogiques.

Quant à la seigneurie de Bray-sur-Seine, située dans le diocèse de Sens, il nous paraît très-probable qu'elle dut appartenir à Letgarde, femme de Thibault le Tricheur et fille de Humbert de Yermandois, premier comte de Champagne. Elle dut être, continue A. Duchesne, comprise au moins en partie dans la dot d'Ildegarde, femme de Bouchard de Montmorency, car il est certain que ce seigneur la possédait dans la seconde (1) Hist. de Montmorency, liv. II, p. 60. moitié du dixième siècle. II est à présumer que ce fut lui qui, vers Tan 955, sous la simple dénomination de Bouchard, che valier, signa, avec Hugues le Grand, duc de France , Hugues Capet, son fils, Thibault le Tricheur, comte de Chartres, Let garde, sa femme, et le comte Eudes, leur fils, Tacte par lequel Ragenfroy, évêque de Chartres, releva l'abbaye de Saint-Père qui venait d'être ruinée par les Normands (1).

Ce fut à n'en pas douter le même Bouchard qui, en 958, fonda avec Ildegarde, sa femme, un monastère de religieux en Thonneur de saint Sau veur dans une petite forteresse qu'il avait à Bray-sur-Seine, où il transporta les corps de saint Paterne et de saint Panatien (2). Quelques années plus tard, sous Tarchiépiscopatd'Archambault, qui succéda à HildeTannus et occupa le siège jusqu'en 968, un chevalier du pays, nommé Bozon, ennemi particulier de Bou chard, profita de son absence pour s'emparer du château de Bray, d'où il se mit à exercer toutes sortes de déprédations dans les environs. Renault, vicomte de Sens, vint alors assiéger la place, la prit, la brûla, s'empara de Bozon et emporta dans sa tour de Sens les précieuses reliques conservées dans Téglise de Bray ; mais, peu de temps après, il les rendit à Ildegarde sur la demande de Thibault, comte de Chartres, de qui le lieu de Bray était tenu en fief (3).

De ce dernier fait, il résulterait bien positivement qu'en 960 Thibault le Tricheur était suzerain de Bray, et que c'était de lui que Bouchard tenait les droits qu'il pouvait avoir sur cette sei gneurie (4). C'était aussi d'Eudes I", comte de Chartres, fils de (1) Hist. de Montmorency, p. 58. (2j Hist. de Montmorency, p. 59. On lit dans la chronique de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, sous Tarchiépiscopal d Hilderannus, qui mourut en 959 : -, In illo tempore erat quidam miles Burchardus no « mine, et uxor ejus Hildegardis, qui habcbantquandam munitiunculam n in pago Senoninsi super Sccanam II m que Braiacus dicilur in « Iocis paluslribus : ibi extruxerunt illi cœuobium mouachoruin in honore Domini Salvaloris. » (3) lbid. (4) Gall. christ., t. XII, col. 127 F et 128 AB. Thibault le Tricheur, et des autres comtes de la maison de Blois, que la famille de Montlhéry tenait en fief ce qu'elle possédait à Bray (1).

Vers Tan 1150, Thibault, comte de Champagne, était au château de Bray où, dans la seconde moitié du douzième siècle, ses successeurs avaient un prévôt (2). Ce qui nous paraît résulter de plus positif de ces raisonne ments d'André Duchesne et surtout des faits sur lesquels il les appuie, c'est la double parenté de la famille des sires de Mont lhéry avec celle des comtes de Chartres et de Champagne et avec la maison royale de France. Cette parenté est suffisamment prouvée par Tassertion de Suger, et, surtout, ainsi que nous le verrons plus tard, par la rupture pour cause de consanguinité du mariage que Milon de Bray, dit le Jeune, arrière-petit-fils de Thibault File-Étoupe, avait contracté avec la sœur de Thi bault, comte de Chartres et de Champagne, descendant en ligne direcle de Thibault le Tricheur.

On a vu plus haut que le même motif empêcha la consommation du mariage de Louis le Gros avec Luciane de Rochefort qui était arrière-petite-fille du premier seigneur de Montlhéry. Mais les conjectures à l'aide desquelles le savant généalogiste cherche à donner une origine commune aux familles de Mont lhéry et de Montmorency nous paraissent peu vraisemblables. Si, en effet, Bouchard, chevalier, signataire de la charte de 955, est, comme il est très-probable, le même que celui qui, avec Ildegarde, sa femme, fonda le monastère de Saint-Sauveur dans le château de Bray-sur-Seine dont il était seigneur, nous croyons qu'André Duchesne s'est laissé entraîner trop loin en conjectu rant qu'il pouvait être le chef de la famille de Montmorency. Nous aimerions mieux voir dans sa femme Ildegarde Tune des filles de Thibault le Tricheur et de Letgarde de Vermandois (3), (1) Gall. christ., col. 128 B. (2) D'Arbois de Jubainvilîe, Hist. des comtes de Champagne, t. I p. 277-278.

(3) Une charte de Thibault le Tricheur, donnée à l'abbaye de Saint- Florent de Saumur, témoigne qu'il avait plusieurs filles de Letgarde, sa dont les descendants conservèrent, comme le firent les seigneurs de Montlhéry issus de Thibault File-Étoupe, des droits sur la seigneurie de Bray. Ce dernier, s'il a été réellement seigneur de Bray, pourrait être le fils de Bouchard et d'Ildegarde, et ce serait par ce moyen que ses descendants, seigneurs de Montlhéry et de Chevreuse, auraient été les parents des comtes de Cham pagne et des premiers rois de la troisième race. Mais ce serait aussi une simple conjecture, à Taide de laquelle nous n'oserions chercher à détruire celles d'André Duchesne. II nous semble plus raisonnable de regarder Thibault File-Étoupe comme un personnage dont nous ignorons Torigine, mais qui fut le parent de la famille royale et de celle des comtes de Blois, ainsi que le prouvent suffisamment les assertions de Suger et les faits que nous avons invoqués plus haut.

Les inductions de Duchesne sont insuffisantes à nous faire admettre que la seigneurie de Bray-sur-Seine ait été possédée par Thibault File-Étoupe et par son fils Gui Ier, seigneur de Montlhéry. Milon de Bray, petit-fils de Thibault, est en effet le premier qui ait pris ce titre qu'il transmit à son fils puiné, Milon II. II serait donc fort possible que cette seigneurie lui eût été apportée par sa femme Lithuise, vicomtesse de Troyes, qui Taurait possédée comme vassale des comtes de Champagne, et que dans ce cas Ton pourrait regarder comme Théritière médiate de ce même Bou chard, seigneur de Bray, que Duchesne conjecture être le pre mier auteur de la famille de Montmorency. On ignore, du reste, les actes de la vie de Thibault File- Étoupe, Tépoque de sa mort et le nom de sa femme dont, suivant le continuateur d'Aimoin, il n'aurait eu qu'un fils, Gui de Montlhéry, premier du nom, qui lui succéda.

A. Duchesne et d'après lui le P. Anselme lui en donnent un second qui aurait été Geoffroy de Montlhéry, nommé dans une charte de Henri Ier femme, et celle-ci, comme fille dn comte Herbert de Vermandois, possédait de grands biens dans Tarchevêché de Sens, où était situé le château de Bray (Hist. de Montmorency, p. 59). de Tannée 1053 (I). Mais les auteurs de Y Art de vérifier les dates ne font aucune mention de ce second fils. Nous trouvons aussi un Milo de Monteleutherio, témoin d'une charte donnée en faveur de la cathédrale d'Amiens par Thibault 1er et Étienne II, comtes de Champagne, à Épernay sur-Marne, la dixième année du règne du roi Henri après la mort de son père [1042] (2). C'est la seule mention que nous connaissions de ce personnage, dont il nous serait difficile d'assigner le degré de parenté avec la famille de Montlhéry.

(1) Hist. de Montmorency, p. 688, el Hist. ginial., III, 6H4. (2) A. Duchesne, Hist. de Coucy, p. 315, et d'Arbois de Jubainvílle, Hist. des comtes de Champagne, I, 482.

Chapitre II. Gui

I", SEIGNEUR DE MONTLHÉRY, DE CHEVREUSE, CHATELAIN DE CHATEAUFORT, ETC. — HODIERNE DE GOMETZ-LE-CHATEL, SA FEMME. — ENFANTS ISSUS DE LEUR MARIAGE. (Vers 1031 - 1095.) Gui Ier de Montlhéry, fils de Thibault File-Étoupe, est regardé par tous les généalogistes comme un chevalier d'une grande valeur et probité, qui vivait du temps de Henri Ier et Phi lippe Ier, à la cour desquels il occupait un rang très-élevé (1). On ignore pourtant la plupart des actes de sa longue carrière ; aussi doit-on penser que ce surent ses immenses richesses et le pieux usage qu'il en fit, plutôt que sa valeur, ses exploits ou ses services] publics, qui lui valurent le surnom de Grand que lui donne une charte de l'abbaye de Bourgueil, envers la quelle il avait été si libéral (2). On ne sait si c'est à lui ou à son père qu'il faut rapporter la fondation, faite dans le châleau de Montlhéry, de la collégiale de Saint-Pierre qu'une charte de Louis VII dit avoir existé du temps des seigneurs de Montlhéry, (P, A. Duchesne, Hist. de Montmorency, p. 688; P. Anselme, Hist. ginial., III, p. 664 ; Art devirifier les dates, t. III, p. 219, édit. in-4o. (2) Gaignieres, Extraits du charlrier de Bourgueil; Bibl. nat., ms. latin, 17, 127, p. 90, 147, 149. ainsi que de Téglise de Notre-Dame qui était dans Tintérieur du même château (1).

Gui de Montlhéry avait épousé, sous le règne de Henri Ier, Hodierne de Gometz, dame de la Ferté-Baudoin, fille d'un sei gneur de Gometz-le-Châtel dont le nom ne nous est pas par venu (2). Cette alliance vint augmenter encore la richesse territoriale de la maison de Montlhéry, sous la domination de laquelle passèrent ainsi, tant par la dot de cette dame que par ce qu'elle dut recueillir de la succession paternelle, les terres de Gometz-le-Châtel, de la Ferté-Baudoin et probablement d'au tres encore. Pieuse et libérale comme son mari, elle le seconda efficacement dans Taccomplissement de tous ses actes de charité et dans ses fondations religieuses. Celui-ci touché de la grande réputation de sainteté dont jouissait Hugues, abbé de Cluny, P envoya vers lui pour lui demander quelques religieux de sa congrégation, dans le but de les établir aux plus proches (1) Lt bens, Hist. du dioc. de Paris X, p. 158.

(2) A. Duchesne (Hist. de Montmorency, loc. cit.) et d'après lui le P. Anselme, et même Tabbé Lebeuf (t. VIII, p. 130), s'accordent à dire qu'Hodierne était la fille d'un Guillaume de Gomelz, nommé d'abord, en 1043, dans un acte de Henri pr, en faveur do l'abbaye de Saint-Maur des-Fossés, puis en même temps que Gui de Monllhéry, dans une charte donnée en 1067, par Philippe 1er au prieuré de Saint-Martin-des-Charops, et enfin dans une seconde charte du même prince, pour l'église de Saint- Spire de Corbeil.de Tannée 1071. Pour nous, nous croyons qu'il faut considérer Hodierne comme la sœur et noi> la fille de ce Guillaume. En effel, nous trouvons dans uue charte de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, échappée aux recherches de nos savants devanciers, que Guil laume eut un fils du même nom, lequel n'atteignit sa majorité qu'en 1081 (Bibl. de l'ècole des chartes, t. XV1I1, p. 356).

D'un aulre côté, nous verrons que, bien antérieurement à cette année 1081 , Gui I, mari d'Ho dierne, fit à l'abbaye de Bourgueil une donation en présence de Gui le Bouge, son fils, et d'un autre Gui, son neveu. Or, il nous semble peu vraisemblable qu'une dame qui avait, vers 1074, un fils el un neveu ca pables d'assister leur père et leur oncle dans un acte solennel, put avoir à cette époque un frère qui ne devait atteindre sa majorité que sept ans plus tard. Nous aurons à la fin de ce chapitre Toccasion de parler encore do ce jeune Guillaume de Gomelz, que nous devons considérer comme le neveu de la dame de Montlhéry. environs de son château de Montlhéry. Hodierne offrit à Tabbé des présents considérables, consistant en un calice d'or du poids de 30 onces et une chasuble de grand prix ; ce ne fut pas toutefois sans de grandes difficultés qu'elle obtint de lui quelques religieux qu'elle ramena avec elle (1).

Gui et Hodierne, en présence de Gui, leur fils, du vicomte Adam, seigneur de THe-Adam, d'Ascelin de Linas, leur plus proche voisin, d'Archambault de Vauleron, d'Étienne et de Jean, tous deux prévôts et sans doute officiers de leurs seigneu ries, dotèrent libéralement les nouveaux religieux et leur accor dèrent de nombreux privilèges (2). Dans le but de les établir aussi près d'eux que possible, Gui vint trouver, en Tan 1062, Geoffroy, évêque de Paris, dont il était le chevalier, tant à cause de sa terre de Montlhéry que de celle de Chevreuse, et le priant avec autant d'instance que d'humilité de vouloir bien, pour le salut de son âme et de celles de leurs communs prédécesseurs et successeurs, lui accorder pour les moines qui de vraient y vivre sous la règle de saint Benoît, une certaine église dédiée à Notre-Dame et située dans le bourg de Longpont.

Le prélat y consentit en réservant toutefois la visitation, les procu rations et tous autres droits légitimement dus soit à Tévêque diocésain, soit à son Église de Paris. II permit donc à la nou velle congrégation de s'y établir et d'y vivre sous Tobédience de l'abbé de Cluny, le tout du consentement de Tarchidiacre Joscelin, au district duquel appartenait cette église, et de Taveu de tous, clercs et laïques, qui pouvaient y avoir quelque droit. Enfin, il confirma les dons que le donateur et sa femme avaient déjà faits, et tous ceux que par la suite eux-mêmes ou leurs successeurs pourraient faire au nouveau monastère (3). (I) Hist. de Montmorency, p. C,88 ; Hist. du dioc.de Paris, t. X, p. 132; Gall. christ., t. VII, col. 553, d'après un obituaire du prieuré de Longtiont. (2) Cart. de Longpont; Bibl. nat., ms. lat., 9968, fol. 1.

(3) Cart. original de Lmgpont; Bibl. nat., 9968, fol. 11, vo, publié par Dubois, 687. Dans la suite, Gui de Montlhéry affranchit les prés du monastère du droit de pâturage (marcocia) que tout homme d'arme aurait pu y prétendre pour ses chevaux (1). Telle fut Torigine du prieuré de Notre-Dame de Longpont, Tune des premières maisons de Tordre de Cluny établies dans les environs de Paris. II fut encore enrichi par les libéralités des sires de Montlhéry, de leur famille et de leurs vassaux, et subsista jusqu'à la suppression des ordres religieux. Les deux chartes du prieuré de Longpont auxquelles nous empruntons ces détails sont les premières qui nous révèlent les noms de Gui Ier et d'Hodierne : la présence de Gui, leur second fils, parmi les témoins de Tune d'elles, suffit pour nous prouver une assez longue antériorité de leur mariage.

A une époque qu'il nous serait difficile de préciser posilive vement, mais que nous avons des raisons de croire un peu postérieure à Tannée 1 064, nous voyons que : provoqué par les pieuses prédications rapportées par Tacte même qui nous fournit ces détails, Gui de Montlhéry, du consentement de sa femme Hodierne et de ses deux fils, Milon et Gui (2), pour la rémission de ses péchés et pour le remède des âmes de son père et de sa mère, donna à l'abbaye de Saint-Pierre de Bourgueil et aux moines y servant Dieu, les églises de Chevreuse, ecclesias de Carosa, avec toute leur décoration et toutes leurs appartenances, consistant en hôtes, dîmes, moulin et autres revenus. II leur partagea aussi des terres pour y établir leur cloître et leurs cellules, et voulut que si quelque criminel ou quelque échappé de prison, même des siennes, venait à se réfugier dans leur monastère il y trouvât un asile inviolable.

II leur confirma tous les biens que ses vassaux pourraient leur donner, à la réserve toutefois de ses droits seigneuriaux. Pour que les moines y (1) Cart. original de Longpont ; Bibl. nat., 9968,, fol. 10. (2) C'est à tort que Duchesne (Hist. de Montmorency, p. 688) et d'après lui Lebeuf (Hist. du dioc. de Paris, t. VIII, p. 68) ont dit que cette donalion fut faite à la sollicitation d'Hodierne ; il suffit de lire le texte de Tacte même pour voir que celte dame et ses deux fils ne donnè rent que leur consentement. pussent vivre sans aucun trouble, il leur céda tout droit de justice dans Tintérieur de leur enceinte claustrale; enfin, il leur donna la dîme de tout le vin qui entrerait dans son cellier de Chevreuse, le droit de pêche dans la pelite rivière qui coule auprès de cette ville, et la dîme de son four seigneurial du même lieu.

Cette donation fut faite sous le règne de Philippe Ier et sous Tabbatiat de Raymond, abbé de Bourgueil (1). C'est ainsi que la petite abbaye de Saint-Saturnin qui, comme nous l'avons déjà dit, était comprise dans les églises conférées par Tacte que nous venons d'analyser, passa sous la dépendance de l'abbaye de Bourgueil, mais avec le titre de simple prieuré. Une donation de cette nature, accompagnée surtout de tels privilèges, nous paraît n'avoir pu être faite que par un seigneur dominant et haut justicier; et comme elle est de Gui de Mont lhéry, elle prouverait que Milon et Gui de Chevreuse, suzerains de Geoffroy de Gometz en 1065, dont nous aurons bientôt à nous occuper, n'étaient que les châtelains et non les seigneurs dominants de Chevreuse (2). Gui de Montlhéry, avec son fils Gui de Rochefort, souscrivit, avec plusieurs autres grands seigneurs, à une charte du roi Philippe Ier, de Tan 1 065, en faveur de l'abbaye de Saint-Pierre d'Hasnon, au diocèse d'Arras (3).

II signa à Paris, en 1067, avec plus de soixante prélats, comtes et hauts personnages, la charte par laquelle Philippe Ier consacra la dédicace de Saint-Martin des-Champs. Son nom s'y trouve le trente-troisième, précédant immédiatement ceux de Simon de Montfort, de Thibault de Montmorency et des grands officiers de la couronne, le sénéchal, le chambrier, le connétable, le bouteiller, Téchanson, les ma réchaux, etc. (4). En 1069, étant à Pontoise, il souscrivit aussi (I) Bibl. nat., ms. lat., 17, 127; Extraits de Bourgueil, par Gai gnieres, p. 147. — Philippe l«r commença à régner seul en 1060, et Tabbé Baimoud mourut le 25 décembre 1079. (2) Gaignieres, Extraits de Marmoutier ; Bibl. nat., ms. lat., 5441, p. 249. (3) Hist. génial., t. VI, p. 29 et 30. (4) « Guido de Monteleheri. a Duchesne, Hist. de Montmorency, p. 688. à une charte que le même prince donna à l'abbaye de Saint- Martin de ce lieu.

Cette fois, sa signature se trouve immédiatement après celle des grands officiers, mais précédant celles d'Adam de Pile et de Thibault de Montmorency (1). On trouve également sa signature dans une charte donnée à l'abbaye de Saint-Spire de Corbeil par Bouchard, comte de ce lieu, et signée par Philippe Ier en 1 071 . Elle est la trente-huitième après celle du roi, près de celle d'Yves, comte de Beaumont, et suivie immédiatement de celles de Thibault de Montmorency, d'Hervé de Marly, de Simon de Montfort et de sept autres personnages de la plus haute distinction, parmi lesquels se trouve Guillaume de Gometz (2). Cet acte est le dernier de ceux dans lesquels A. Duchesne mentionne la souscription de Gui Ier de Montlhéry, que nous retrouvons cependant encore dans Tacte par lequel, le 21 mai 1072, Philippe Ier augmenta la dotation du prieuré de Saint-Germain-en-Laye fondé par le roi Robert et dépendant de l'abbaye de Coulombs.

Elle s'y trouve avec celle de Geoffroy, évêque de Paris, son suzerain, de Hugues, comte de Meulan, de Simon de Montfort, de Hugues de Puiset et d'Yves, comte de Beaumont (3). Indépendamment des fiefs que nous avons énumérés, Gui de Montlhéry possédait aussi le tiers de la châtellenie de Château fort. Pour bien établir cette possession, que les généalogistes n'attribuent généralement qu'à Gui le Rouge, comte de Roche fort, l'un de ses fils, il est nécessaire que nous rétrogradions de quelques années. « On lit dans le cartulaire de Châteaufort, » nous apprend Tabbé Lebeuf, « que le roi Philippe I" permit en 1068 qu'au « lieu d'une église de bois, un chevalier nommé Aimeric en fit (1) « Signum Widonis de Monteletherio. .. Duchesne, Hist. de Mont morency. (2) « Signum Widonis de Montcleheri. ,.

Duchesne, Hist. de Mont morency. (3) Cart. de Saint-Germain-en-Laye ; Arch. nat., 671, n» 8. — Hu gues du Puiset était le gendre de Gui de Montlhéry, par son mariage avee Alix, fille de celui-ci. « une de pierre, du consentement de Gui et de Hugues dont « Châteaufort était le bénéfice (1). a II ajoute plus loin que : « Le prieuré de Châteaufort fut fondé par un chevalier nommé « Asmery, suivant ce qui se lit au Gallia christiana (2) ; peut « être faut-il lire Amaulry, car on verra ci-après qu'il existait « unAmtiulryde Châteaufort précisément dans le temps de cette « fondation. Geoffroy, évêque de Paris, Tapprouva et la con « firma Tan 1068. II y a lieu de croire que ce fut ce même « évêque, ou son successeur, qui accorda aux moines de Bour « gueil qui y surent introduits les deux églises du lieu, ou au « moins celle de la Trinité, si elle était encore la seule église « paroissiale (3). » Nous partageons entièrement Topinion de Tabbé Lebeuf sur Tidentité d'Aimeric avec Amaury; deux chartes échappées à ses savantes investigations, tout en nous prouvant que cette opinion est bien fondée, nous révéleront aussi que Gui et Hugues, qui donnent leur assentiment à sa libéralité, ne sont autres que Gui I" de Montlhéry, seigneur de Chevreuse, et Hugues le Roux, frère de ce même Amaury qui était, avec eux deux, châtelain de Châteaufort.

La première, qui ne saurait être antérieure à la libéralité de 1068, dont elle paraît être la conséquence, ni postérieure à Tannée 1074, nous apprend que Gui de Montlhéry, châtelain de Châteaufort, du consentement de Hugues, aussi châtelain de ce lieu, à Tinstante prière d'Amaury, frère dudit Hugues, et pour la rémission de ses péchés, concéda à Téglise de Saint- Christophe de Châteaufort, à perpétuité, et à Tabri de toute calomnie de leur part, la possession d'un certain fief, au sujet duquel ils avaient fait tous trois de fréquentes réclamations. Ce fief avait appartenu à la communauté des trois châtelains. Les terres qui le composaient et qui étaient contiguës aux fossés de Châteaufort furent délimitées avec la plus grande précision; et (1) Hist. du dioc. de Paris, t. Vlll, p. 480. (2) T. VII, col. 50.

(3) Hist. du dioc. de Paris, t. VIII, p. 482. en confirmant cette possession, ils accordèrent aussi quelques privilèges à la même église. Ils voulurent entre autres que nul des leurs, grand ou petit, ne put exercer aucune violence^ sur les habitants de cette terre, ni leur apporter aucun trouble; que toute la justice haute et basse en appartint à Téglise, et qu'aucun des sujets du seigneur de Montlhéry et du seigneur Hugues, soit de Châteaufort, soit de Chevreuse, ne put percevoir aucun tribut sur lesdits habitants. Ils se réservèrent toutefois de sou mettre à leur juridiction les prisonniers échappés de leurs pri sons et repris, même sur la terre de Téglise. Enfin, ils arrêtèrent que quiconque percevrait un tribut sur quelqu'un des habitants serait contraint de le restituer sans contest ni débats.

Parmi les nombreux témoins de cet acte, nous serons particulièrement re marquer le second fils de Gui de Montlhéry, Gui le Rouge, qui fut comte de Rochefort-en- Yveline, un autre Gui, qualifié de neveu de Gui de Montlhéry (1), et nombre de clercs, chanoines desservants Téglise de Châteaufort, qui n'était encore qu'une simple collégiale (2). La seconde charte, émanée de Philippe Ier la quatorzième année de son régne, c'est-à-dire Tan 1074, nous apprend qu'un homme de distinction et très-chrétien, nommé Amaury, donna à l'abbaye de Saint-Pierre de Bourgueil, pour le repos de son âme et de celle de ses prédécesseurs, Téglise de Chàteaufor! construite en Thonneur de la Sainte-Trinité, de saint Christophe et de tous les saints, avec ses ornements, ses revenus et ses terres déterminées par leur enclos de murs, le tout du consentement de Gui et de Hugues, dans la mouvance desquels était aussi cette église.

II disposa en même temps en faveur du même monastère de tous ses biens présents et à venir. De leur côié, (1) Nous ne saurions dire quel était ce Gui, neveu ou cousin de Gui de Montlhéry, car le mot nepos du texte signifie quelquefois le fils d'un cousin germain. Dans Tétai actuel de nos connaissances ou de nos pré somptions sur la famille de Montlhéry. s'il était vérilablement son neveu, il devait avoir eu pour père ce Geoffroy de Monlhléry, donné par Du chesne comme fils de Thibault File-Etoupe. (2) Gaignieres, Extraits de Bourgueil; Bibl. nat., 17, 127, p. 90. Gui et Hugues ajoutèrent qu'ils voulaient que tout captif échappé de leurs prisons, venant à se réfugier dans ['habitation des moines ou dans Tenclos de leur église, y trouvât un asile invio lable. Sur leur demande, le roi accorda lui-même des privilèges et des immunités, et confirma la donation qui venait de leur être faite en présence de Geoffroy, évêque de Paris, et des grands officiers de la couronne (1).

Telle fut Torigine du prieuré de Saint-Christophe de Châteaufort, dépendant de l'abbaye de Saint-Pierre de Bourgueil qui avait été fondée elle-même par Emme, duchesse d'Aquitaine, fille de Thibault le Tricheur, et Tune des ancêtres présumées des sires de Montlhéry et de Che vreuse. L'abbé Lebeuf dit que : « Les seigneurs de Châteaufort étaient « anciennement des plus puissants du diocèse de Paris après « ceux de Montlhéry dont ils furent une branche ; et que, quoi « qu'il y ait pu en avoir dès la fin du dixième siècle et le com « mencement du onzième, on n'en retrouve pas de plus anciens « que ceux qui sont nommés dans les deux litres que nous « venons d'analyser. » Nous croyons, en effet, que Hugues le Roux et Amaury, son frère, ne doivent appartenir qu'à la se conde génération des seigneurs de ce lieu, comme le témoignent les expressions mêmes d'Amaury donnant l'église de Château fort pour le repos de son âme et de celles de ses prédécesseurs.

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