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Un Voyage à la Mer Polaire ... suivi de notes sur l'histoire naturelle par W. H. Feilden. Ouvrage traduit de l'anglais ... par F. Bernard, et contenant 62 gravures, etc

George Strong Nares · 1880 · Scanned text

204,772 words · about 14 h 20 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
George Strong Nares
Language
French
Published
1880
Length
204,772 words · about 14 h 20 min
Sections
40 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (40)
  1. Front matter about 16 min
  2. Introduction about 19 min
  3. Chapitre I about 14 min
  4. Chapitre II about 20 min
  5. Chapitre III about 16 min
  6. Chapitre IV about 25 min
  7. Chapitre V about 28 min
  8. Chapitre VI about 59 min
  9. Chapitre VIII about 23 min
  10. Chapitre IX about 47 min
  11. Chapitre X about 38 min
  12. Chapitre XI about 31 min
  13. Chapitre XII about 48 min
  14. Chapitre XIII about 13 min
  15. Chapitre XIV about 54 min
  16. Chapitre XV about 59 min
  17. Chapitre XVI II about 36 min
  18. Chapitre XVII about 37 min
  19. Chapitre XVIII about 29 min
  20. Chapitre XIX about 38 min
  21. Chapitre XX about 3 h 26 min
  22. Chapitre I under 1 min
  23. Chapitre II under 1 min
  24. Chapitre III under 1 min
  25. Chapitre IV under 1 min
  26. Chapitre V under 1 min
  27. Chapitre VI under 1 min
  28. Chapitre VII under 1 min
  29. Chapitre VIII under 1 min
  30. Chapitre IX under 1 min
  31. Chapitre X under 1 min
  32. Chapitre XI under 1 min
  33. Chapitre XII under 1 min
  34. Chapitre XIII under 1 min
  35. Chapitre XV under 1 min
  36. Chapitre XVI. II under 1 min
  37. Chapitre XVII under 1 min
  38. Chapitre XVIII under 1 min
  39. Chapitre XIX under 1 min
  40. Chapitre XX about 1 min

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Front matter

UN VOYAGE A LA MER POLAIRE 23480 — PARIS, TYPOGRAPHIE A. LAHURE 9, rue de Fleurus, LE CAPITAINE N ARES — LE CAPITAI5E STEPHENSON LE CAPITAINE SIR GEORGE S. NARES UN VOYAGE A LA MER POLAIRE SUR LES NAVIRES DE S. M. B. l'ALERTE et la DECOUVERTE (1875 à 1876) SUIVI DE NOTES SUR L'iIISTOIRE NATURELLE Par H. "W. FEILDEN OUVRAGE TRADUIT DE l'aNGLAIS AVEC L 'a U T O R IS A TI ON DES AUTEURS PAR FRÉDÉRIC BERNARD ET CONTENANT 62 GRAVURES ET 2 CARTES PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C" 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1S80 Tous droits réservés A LA MÉMOIRE DU TRÈS HON. GEORGE WARD HUNT, MEMBRE DU PARLEMENT, ET PREMIER LORD DE l'aMIRAUTÉ, SOUS L'ADMINISTRATION DUQUEL L'EXPÉDITION POPULAIRE DE 1875 FUT CONÇUE ET EXÉCUTÉE. SES GÉNÉREUX ENCOURAGEMENTS ET SON ASSISTANCE INFATIGABLE SERONT TOUJOURS PRÉSENTS AU SOUVENIR DE LAUTEUR.

PRÉFACE Les pages suivantes ne sont qu'un simple et fidèle compte rendu du voyage des navires t" Alerte et la Découverte, et des explorations avec traîneaux tentées le long des rivages ou sur les glaces, dans la direction du pôle nord. Je les publie pour l'in struclion des futurs voyageurs arctiques, et aussi par devoir de reconnaissance envers tous ceux qui, en Angleterre et ailleurs, nous ont suivis de leurs bons souhaits et de leurs sympathies affectueuses. Leurs espérances à notre sujet n'ont pas été réalisées : nous n'avons pas atteint le pôle ; mais, la plus simple justice à l'égard des braves marins que j'ai commandés me presse de le dire, notre insuccès n'a qu'une cause, l'impossibilité de réussir par la route du détroit de Smith. Les illustrations de l'édition anglaise sont, ou des photogra phies prises par M. F. Mitchell, payeur de la Découverte, et par M. George White, ingénieur-adjoint de YAlerte, ou des gravures exécutées d'après des esquisses faites sur les lieux par le doc teur Edouard Moss, chirurgien de YAlerte, le lieutenant G. Le C. Egerton et M. Mitchell.

Les collections d'histoire naturelle recueillies par les savants attachés à l'expédition ont été, sur la recommandation du président et du conseil de la Société Royale, soumises à des spécia listes, qui ont généreusement consacré bien des heures à des études et à des rapports complets sur les divers groupes. Plu sieurs de ces travaux ont déjà été publiés dans les journaux scientifiques. Dans l'appendice à cet ouvrage, notre ami le capi- VOYAOE A LA MER FOL. a PRÉFACE. taine Feilden, qui accompagnait YAlerte, a bien voulu abréger ces pages intéressantes et, pour son propre compte, nous en fournir quelques autres où il résume ses observations person nelles. G. S. NARES. Surbiton, avril 1878. Dans la traduction française, les dislances ont été le plus souvent exprimées en kilomètres et les degrés de température ramenés au thermomètre centigrade. 'j LISTE DES OFFICIERS ET DU PERSONNEL DE l'ÉQUIPAGE.

Introduction

On l' a redit souvent, les découvertes polaires sont l'apanage de la nation britannique, apanage à elle légué depuis quelque trois cents ans par Davis, Hudson, Bassin et d'autres marins illustres, dont les noms et les travaux garderont toujours une place d'honneur dans Thistoire de leur pays. Mais ce n'est que peu d'années après le début de ce siècle que cette succession fut acceptée par le gouvernement ; la sin d'une longue guerre était en effet une heure favorable à l'encouragement de l'esprit d'entreprise et d'aventure, transmis d'âge en âge depuis les périodes mari times les plus reculées et qui forme un des traits marquants de la carrière nautique. II est douteux néanmtiins que les séries de brillants exploits récemment accomplis dans le Nord glacé, et qui ont enfanté tant d'audace, tant d'abnégation, tant d'endurance, eussent orné les annales des trois royaumes sans l'énergie infatigable et la persévérance d'un homme, lui-même ardent admirateur de ces « an ciens mariniers » polaires dont sa plume a si bien retracé les chroniques, — sir John Barrow; — son caractère singulièrement déterminé et la position iníluente qu'il occupait dans l'adminis tration navale, assurèrent la réussite de son but favori : la re prise des découvertes polaires.

Les années qui s'écoulèrent entre 1817 et 1845 virent une suite presque continue d'efforts pour pénétrer dans les régions qui s'étendent au delà des cercles arctique et antarctique. Les notns de Parry, de Franklin et de Richardson ; de Back, de John et de James Ross ; de Beechey et d'autres navigateurs à peine moins éminents, rattachent leur gloire à ces diverses expéditions. Nombre de nos officiers et de nos matelots ont été formés à une école où l'austère nécessité leur a appris à compter sur eux-mêmes, où elle leur a donné cette ténacité, ces habitudes de renoncement qui tôt ou tard ont leur eííetdans la carrière navale et qu'aucune nation maritime ne saurait tenir en trop haute estime.

INTRODUCTION.

. XIV Énumérer, fût-ce le plus brièvement possible, les premières expéditions polaires du dix-neuvième siècle, serait tomber dans des redites oiseuses; mentionnons seulement qu'en dehors de la tentative de Parry pour gagner le pôle en 1827, et de la cam pagne aux Terres antarctiques commencée par James Ross en 1840, elles ont en général poursuivi la solution d'un problème qui absorbait uniquement l'intérêt : la découverte du passage nord-ouest. La dernière de toutes, la seule qui fût destinée à un dénoue ment fatal, celle de Franklin, quitta en mai 1845 les rives de l'Angleterre pour ne jamais les revoir. Trente ans après, au mème mois de 1875, les recherches polaires ont été de nouveau inaugurées par le départ de YAlerte et de sa conserve pour ce voyage que le commandant même de l'expédition raconte dans les pages de ce livre.

Depuis l'armement des deux navires de Franklin, le Royaume- Uni avait paru renoncer aux études polaires. Les sept cam pagnes subséquentes, exécutées par vingt-quatre bâtiments, dont vingt équipés par l'administration et qui, de leur quille ou des patins de leurs traîneaux, ont labouré les mers et les glaces pendant plus de dix ans, étaient exclusivement consacrées à la recherche de YÉrèbe et de la Terreur, et leurs découvertes scien tifiques n'ont été que des incidents secondaires. L'expédition malheureuse de sir John Franklin se trouve en relation si directe avec celle qui fait le sujet de ce volume, que nous croyons opportun, malgré les nombreuses publica tions auxquelles elle adonné lieu, d'en rappeler encore les faits principaux; nous voulons suivre quelques instants les pas des hommes qui, si longtemps et si vainement, essayèrent de dégager de son linceul ce funèbre mystère.

Comme beaucoup de leurs prédécesseurs, Franklin et ses com pagnons étaient partis a vecl'espoir de découvrir la route du nord ouest, c'est-à-dire le passage conduisant du nord-ouest de l'At lantique au nord de l'océan Pacifique. A l'aide des lumières — le mot ténèbres serait incomparablement plus juste — que l'on avait alors sur les difficultés d'une semblable tâche, on pouvait raisonnablement compter sur le succès, et dans l'hypothèse d'un échec, certes nu] ne doutait que le chemin suivi à Palier ne fût encore ouvert pour le retour. Franklin emmenait deux bons navires, les meilleurs qu'on ait attribués à ce service spécial; on les avait munis, quoique sur une trop faible échelle, de ma-

INTRODUCTION.

. XV chines à vapeur; leur personnel était la sieur de !a marine bri tannique. Dans le cas de la découverte du passage, on ne pouvait s'at tendre, ce nous semble, à de brillants résultats pratiques, utiles la navigation et au commerce; on pensait, du moins, élucider quelques problèmes scientifiques encore moins compris que maintenant, et ajouter à l'honiieur et à la renommée du pays. Aujourd'hui nous connaissons la question, et il nous parait inexplicable que l'idée d'un secours éventuellement nécessaire ne se soit présentée ni à Franklin, ni aux plus expérimentés de ses collègues. Comment n'a-t-on pris, avant le départ des deux navires, aucune précaution en vue d'un désastre possible? Nous le savons à présent : on aurait dû convenir que dans Pété de 1847 une seconde expédition se trouverait au détroit de Barrow, à quelque rendez-vous indiqué d'avance, et s'y cantonnerait jusqu'à l'automne de Tannée suivante : la plus grande partie des survivants de la première aurait ainsi regagné la patrie.

Nous le savons, parce qu'on a pu déterminer l'endroit où les bâti ments furent abandonnés, et que cet endroit n'est pas impossible à atteindre, tandis que cent milles plus loin vers l'ouest tout effort eût absolument échoué. Malheureusement, à quelque époque qu'elles se sussent produites, les tentatives étaient forcé ment inutiles, puisqu'on n'avait pas eu la prévoyance de s'en tendre avec Franklin. Cette méprise funeste, Texpérience nous Ta fait loucher du doigt, et elle ne se renouvellera plus. Du reste, si dès lors le gouvernement eùt reconnu la nécessité d'envoyer une seconde division un ou deux ans après le début de la première, aurait-il donné Tordre de départ à VÉrèbe et à la Terreur? Aurait-il admis qu'expéditions sur expéditions doivent se succé der jusqu'au retour du navire absent?

Les théoriciens, après Tévènement, se sont évertués à prouver que toules ces courses longues et infructueuses avaient pris une mauvaise direction et que, où les instructions lui prescrivaient d'aller, là on devait chercher Franklin. Le raisonnement est spécieux, mais exami nons les faits. Les ordres remis aux chefs de semblables entre prises ne peuvent être considérés que comme des conseils à suivre dans telle ou telle condition; et pour ceux qui ont à lutter avec les vicissitudes de la navigation arctique, il est à peu près certain que les instructions, quelque soin qu'on ait pris à les établir, deviennent forcément lettre morte. Franklin, d'après elles, devait marcher vers le sud-ouest dans la direction du cap

INTRODUCTION.

. XVI Walker; au delà de ce promontoire Tinconnu s'étendait. S'il ne pouvait le dépasser, il devait essayer, soixante milles (cent dix kilomètres) seulement plus loin vers Test, le canal de Wellington, que Parry avait vu et jugé praticable; plus rapproché de la mer ouverte, il est probablement libre de glace avant les chenaux abrités qui s'étendent vers Touest. Sans doute il trouva barré le passage sud-ouest; il est certain, nous le savons aujourd'hui, qu'il remonta le canal Wellington jusqu'au 77e degré nord; la sortie vers Touest étant fermée par les glaces, il revint sur ses pas, hiverna dans Tile Beechey, et plus tard, dans Tannée, réussit à pénétrer vers le sud-ouest, au delà du cap Walker. Mais le sillage d'un navire s'efface vite, et on n'a pas découvert un seul bout de papier — peut-être même l'idée ne lui en vint-elle jamais — pour indiquer la route suivie par VÉrèbe et la Terreur, jusqu'à la page lugubre recueillie par les gens de Mac Clintock sur la Terre du Prince Guillaume et relative à Tabandon des navires ; Thistoire probable de la mort de tous, depuis dix ans déjà, était ainsi révélée.

L'unique et trop significatif vestige alors connu de l'expédition perdue, les trois lombes de Tile Beechey, conduisit pro bablement les chercheurs sur le sentier suivi par Franklin, mais en même temps les éloigna sans retour du but désiré. On doit le confesser, non sans une certaine humiliation, tout fut mis en défaut, la science et le jugement des navigateurs polaires les plus expérimentés, Ténergie et la persévérance des chefs les plus capables : il était réservé au seul Fox, le petit bâtiment équipé par lady Franklin et ses amis, et commandé par Mac Clintock — qui lui aussi avait déjà échoué — de dévoiler le mystère qui s'était dérobé à tant de braves marins, disposant de ressources illimi tées. Ce succès n'enlève rien au mérite des prédécesseurs de Tintrépide capitaine. Marchant dans les ténèbres, ils avaient poursuivi leur route avec un dévouement absolu, une ténacité indomptable, en dépit de difficultés et de souffrances rarement égalées.

Mettons un terme à cette digression qui peut paraître hors de propos, et revenons à la reprise des explorations polaires. L'ex pédition de Franklin et celles qu'on envoya à sa recherche, exer cèrent une double influence : la douleur que la nation ressentit du sort tragique de la première, le désappointement qu'après dix longues années d'efforts et de dépenses énormes elle éprouva de la non-réussite des secondes, fermèrent indéfiniment, pour

INTRODUCTION.

. XVII ainsi dire, le passage nord-ouest, et, le champ d'étude ainsi rétréci, tout Tintérêt se concentra sur le pôle; de plus, les investigations ayant pour objet de retrouver VÉrèbe et la Ter reur entraînèrent Texamcn minutieux d'immenses lignes de côtes que ni navire ni bateau ne sauraient approcher. Cette tâche n'a pu être accomplie qu'au moyen du halage de pesants traîneaux, pendant des semaines et des mois, sur les rives de la mer glacée ; mais ces longues campagnes ont donné naissance à un art qui, dès le début peut-être, a été porté à la plus haute perfection dont il soit susceptible. Quatre cents milles (740 kilomètres) à vol d'oiseau, au large du navire, ont ainsi été arpen tés, chaque homme ayant à tirer de deux à trois cents livres, provisions, vêtements, attirail, pendant quatre-vingt-dix ou cent jours, loin du bâtiment emprisonné dans les glaces.

Les vastes étendues qu'on avait franchies à la recherche de compa triotes en détresse, rien n'empêchait de les parcourir dans un but exclusivement scientifique, et cet argument a eu son poids lorsqu'il s'est agi de pousser le gouvernement à de nouvelles explorations, tâche longue et ardue, s'il en fut; car, après Tabandon définitif des investigations au sujet de Franklin, les découvertes polaires ont sommeillé chez nous pendant plus de vingt ans. Leurs avocats pourtant ne perdaient pas courage; ils n'étaient qu'une poignée, mais leur influence fut à la hauteur de leur enthousiasme. Quelle persévérance nefallul-il pas, par exemple, aux divers présidents de la Société royale de Géographie pour forcer, qu'on me permette ce terme, Tattention de Tassemblée à se concentrer sur leur projet favori, jusqu'à ce que Texécution en devînt un point d'honneur national !

C'est une erreur de croire que les entreprises arctiques sussent populaires depuis la perte de l'expédition Franklin ; sauf quelques exceptions, la presse ne leur était pas favorable : les grands journaux gardaient le silence ou faisaient une opposition formelle; la science se tint long temps à Técart et ne se convertit qu'à contre-cœur; la marine, en général, refusait son approbation; une partie comparativement très restreinte de ses membres pouvait espérer y prendre part, et les honneurs et les récompenses qui devaient pleuvoir sur le petit nombre des élus, devaient tendre à ralentir encore le cours des promotions dans un service où les chances d'avan cement sont déjà si faibles. Eh bien! contre tous ces obstacles et d'autres encore quelques hommes enthousiastes qui, pour la VOYAGE A LA MER POL. b

INTRODUCTION.

. XVIII plupart, avaient fait partie des précédentes expéditions, secondés de tout cœur par des géographes ardents, tels que Murchison el Rawiinson, ou plutôt les secondant eux-mêmes, ont bravement lutté et ils ont remporté la victoire. II est probable cependant qu'une pression d'un autre genre aura surtout avancé le succès : pendant notre période d'inaction, d'autres pays ne restaient pas oisifs. Les États-Unis, qui avaient généreusement concouru à la recherche des navires de Franklin, íìrent plusieurs tentatives hardies et plus ou moins heureuses pour atteindre vers le nord à quelque latitude élevée, et sous ce rapport Hall réussit presque à enlever la palme des mains de Parry. Petermann, Téminenl géographe de Gotha, plaidait chaleureusement la cause des études polaires et éveillait le zèle de ses compatriotes.

La Suède et T Autriche entraient dans la lice, et si, avec les faibles moyens dont elles pouvaient disposer, ces nations n'ont pas fait d'importantes découvertes ', elles ont prouvé que Ténergie et Ten durance font aussi partie de leur patrimoine; au point de vue scientifique, leurs travaux sont certainement tout aussi remarquables; enfin, chose non moins encourageante, leurs expéditions, dont les ressources étaient plus précaires, ont fait face à de plus grands périls, ont souffert de plus rudes épreuves que les nôtres, et cependant elles sont toutes rentrées sans irréparable désastre. Cela seul eût suffi pour effacer la profonde impression pro duite par le funèbre dénouement du voyage de Franklin. On comprit que VÉrèbe et la Terreur s'étaient plongés dans Tin connu, dans l'indésini, sans la moindre inquiélude au sujet du retour, et, partant, sans prendre la moindre mesure pour rassu rer; dans ces circonstances, aucune précaution humaine n'au rait pu garantir leur salut.

On savait maintenant qu'une expédi tion aux parages polaires doit être circonscrite dans son aire de découvertes, et le secours préparé de manière que les risques se réduisent au minimum. Bref, Tesprit public avait mûri; notre pays allait reprendre la place d'honneur et appliquer ses forces vives au renouvellement des explorations polaires. Restait le choix du commandant; car la nécessité d'une expé rience gagnée dans la pratique même de ce service s'imposait par-dessus tout. Le temps avait fait son œuvre sur ceux qui avaient marché aux premiers rangs, ou rempli des fonctions im- 1. II n'est pas besoin de dire qu'à Tépoque où celte introduction fut écrile, Texpé dition hardie et heureuse du suédois NordenskiOld n'avait pas encore eu lieu. — Trad,

INTRODUCTION.

. XIX portantes dans les précédents voyages; le champ était d'au tant moins large, qu'on ne jugeait pas convenable d'envoyer un chef d'escadre dans les régions arctiques. Après maintes délibé rations, on se décida à rappeler lc capitaine Nares, alors à la tête de l'expédition scientifique confiée au navire de S. M. B. le Challenger. De quelque manière qu'on le remplaçât, le dom mage qu'en souffrirait cette entreprise devait être notable; mais, quoique très jeune encore lors de la dernière des recherches exécutées par ordre du gouvernement, il en avait rapporté une science des choses polaires qui le désignait aux suffrages de TAmiraulé. Le plan général des opérations était virtuellement tracé de longue date par les autorités compétentes. Divers sujets d'études géographiques ou purement scientifiques, mais secondaires et collatéraux, se présenteraient sans nul doute; mais le but prin cipal de tous les efforts, devait être de gagner, sinon le pôle nord, du moins les plus hautes latitudes possibles.

Pendant nombre d'années le sujet avait été traité à fond par les sociétés de géographie, et des divergences de vues ne pouvaient man quer de s'être produites entre les savants les mieux versés dans la question. La conformation physique des terres dans les régions du cercle polaire interdisait à peu près aux navires tout espoir de pénétrer beaucoup plus loin que leurs devan ciers; d'aucuns cependant comptaient sur Tespace qui s'étend entre le Groënland et la Nouvelle-Zemble. La récente théorie de la Mer libre du Pôle ne reposait néanmoins sur aucun fondement pratique ou scientifique; lors même que, par le calcul, on eût pu démontrer qu'une température moyenne un peu plus élevée fût probable dans une aire où le soleil se maintient pendant six mois consécutifs au-dessus, puis au-dessous de Thorizon, cela n'aurait guère avancé les choses; car la dissolution des glaces de Thiver ne dépend pas unique ment des chaleurs de Tété; s'il en était ainsi, les difficultés de la navigation arctique disparaîtraient à chaque saison, quelque courte qu'elle fût.

D'autres facteurs non moins importants inter viennent aussi, entre autres Taction des vents et des marées né cessaire pour émietter les floes entamés par le calorique; mais il faut surtout des canaux par où ces débris puissent être déversés hors de la vaste enceinte du bassin polaire. Ces débouchés, nous le savons, manquent presque absolument. En outre, le moindre promontoire peut faire office de coin, et pendant le rapide été

INTRODUCTION.

. XX quelques jours de vent défavorable suffisent pour décider si des chenaux importants, tels que le détroit de Smith ou le canal Wellington, resteront fermés pendant toute la saison. Du nid de corbeau installé au haut du mât, ou du sommet d'une mon tagne, Thorizon visible est limité par la courbure du globe, et ceux qui ont navigué dans ces régions savent qu'il suffit d'une heure pour faire d'une mer libre en apparence un inextri cable chaos de glaces. Le «ciel d'eau» trompe souvent; il peut être causé par une étroite allée, une fêlure insignifiante, et la seule preuve admissible d'une « Polynia », ou bassin polaire ouvert, serait le témoignage des navires qui Tauraient tra versée. Ceux dont la mission était d'organiser les expéditions nou velles ne croyaient pas à la navigabilité de Tocéan Arctique; mais de fortes raisons les portaient à espérer qu'au moyen de traîneaux on pourrait gagner une latitude assez élevée, sinon le pôle même.

Sous les ordres de Hall, les Américains avaient hiverné au 81° 38' nord, à moins de neuf cents kilomètres de Taxe septentrional du globe: leurs rapports encourageaient la créance que les côtes, se continuant vers le nord, faciliteraient d'autant le succès de Tentreprise. Le détroit de Smith fut donc choisi à Tunanimité pour la route des deux navires, et ceux-ci mirent à la voile sous les plus brillants auspices, accompagnés des souhaits ardents et des espérances de tout un pays. Nous n'avons pas à anticiper le récit de cette expédition mémorable. Tout alla bien jusqu'au jour où le capitaine Nares fut obligé de placer Y .Alerte sur la rive ouverte de la mer Polaire, à 82° 27' de latitude. Le tableau s'assombrit alors, et l'œil expéri menté du commandant dut reconnaître que le but principal de Tentreprise ne serait pas atteint.

De la plus haute cime des envi rons, on ne voyaitpoint de terre vers le nord ; le regard se lassait sur un morne désert de glace dont Tanfracluosité, le désordre, jetaient à tout effort humain le défi d'y faire pénétrer un navire ou un traîneau. Seules les côtes qui se dirigeaient vers Test ou Touest promettaient quelque succès aux travaux des explorateurs au printemps suivant. On s'est beaucoup étendu sur Téquipement de l'expédition, et sur Tavantage qu'elle avait sur les précédentes d'être pourvue de puissantes machines à vapeur. Certes, les deux navires on été supérieurement armés et approvisionnés ; mais, à cet égard on aurait eu peine à trouver quelque différence appréciable

INTRODUCTION.

. XXI entre Torganisation de cette campagne et celle des croisières entreprises pour la recherche de Franklin. En semblable occur rence, le gouvernement n'a qu'une chose en vue, la réussite de l'expédition et le bien-être de ceux qui en font partie. Pourtant, cette fois, les plus minutieuses précautions n'ont point empêché Tinvasion du scorbut, qui a sévi sur presque tous les hommes après un seul hivernage ; encore nous estimons-nous heureux que la mortalité n'ait pas excédé celle des campagnes antérieures! Les rapports sur l'état des équipages de Collinson et de Mac Clure au bout de trois ou quatre hivers passés dans une latitude beaucoup moins élevée ne constatent pas de cas graves; il en est de même pour de plus courts voyages, et nous notons une exemption encore plus marquée dans des expéditions où les souffrances et le travail des escouades ont été exces sifs.

D'un autre côté, les journaux qu'on a retrouvés des malheureux compagnons de Franklin-, rapportent que, dès la sin de la troisième année, on ne comptait pas moins de vingt-quatre morts, dont neuf parmi les officiers. Était-ce le scorbut ou toute autre maladie, personne ne le dira jamais. Ils avaient cependant hiverné à treize cents kilomètres plus au sud, et ce n'estqu'après Tabandon des navires qu'ils eurent à se mettre au terrible labeur des traîneaux. Voilà des faits significatifs et dont on n'a pas encore trouvé Texplication. Les avantages de la vapeur ne sauraient être prisés trop haut, je ne le conteste point; autrefois les navires étaient forcés de se tenir cramponnés à la glace de terre, souvent pendant des se maines entières; s'ils ne le pouvaient pas, il fallait, bon gré malgré, dériver vers le sud, dans la banquise en marche.

Avec ses machines, un bâtiment s'ouvre une route, même dans une mer encombrée, partout où il trouve un espace suffisant pour ma nœuvrer; une distance qui, du temps des navires à voiles, exi geait un ou deux mois, est maintenant franchie en trois ou quatre jours, et on évite ainsi le pénible travail de tirer inces samment sur les aussières ou de se tailler des docks dans la glace. C'est beaucoup, je le sais; mais quand on arrive au floe solide, si peu considérable qu'en soit Tépaisseur, Thélice ou les aubes ne le pénètrent pas plus que ne ferait un navire dans la croûte terrestre. Mais si le but suprême des explorateurs n'a pas été atteint, on ne peut dire qu'ils aient rien à envier à n'importe lequel de leurs devanciers. La navigation habile et hardie qui les a con-

INTRODUCTION.

. XXII duils à Textrême limite du possible et a placé V Alerte dans une position où nul bâtiment n'avait encore affronté un hiver po laire, est vraiment digne de celui qui la dirigeait, et montre tout ce qui aurait pu être accompli si le succès ne dépendait que de la volonté humaine. Et certes, je ne sais rien qui surpasse ce que firent plus tard officiers et matelots au milieu d'épreuves et de souffrances à peu d'autres pareilles. S'il était réellement juste d'évaluer la réussite d'une entre prise par celle du but qu'elle se proposait, nous pourrions dire que toutes les expéditions relatées par les annales polaires ont aussi échoué. La connaissance du canal maritime qui relie les deux Océans le long des côtes nord de l'Amérique est la résul tante des efforts persévérants et individuellement infructueux des officiers de la Compagnie de la baie d'Hudson et de ceux de la marine britannique, depuis le temps où Hearne et Mackensie suivirent les deux grands fleuves arctiques jusqu'aux rives de la mer glacée.

Le dernier anneau de cette chaîne, c'est Franklin qui Ta fourni à Theure même où il sacrifiait sa vie. Parry, le plus fortuné peut-être de tous les voyageurs polaires, n'a pu, en partant de TAtlantique, dépasser Touest de l'île Melville, et quoique, trente ans plus tard, Mac Clure et son équipe de traîneaux soient parvenus, par la route du Pacifique, à gagner les quartiers d'hiver du Griper et de YHécla, quoique Tintrépide officier ait déposé son rapport sous la même pierre que son célèbre prédécesseur, cent trente kilomètres de glace fixe s'éten daient encore entre YInvestigalor, dans la baie Merci, Terre de Banks, et le point extrême altcintpar Parry dansl'ile Melville. Cha cun de ces illustres marins a sa part dans lc passage nord-ouest le plus septentrional , Franklin Ta tout entière dans la découverte de celui du sud, mais aucun navire n'a encore vogué d'un océan à l'autre.

Les explorations subséquentes ne purent même aller vers Touest aussi loin que Parry, jusqu'en 1852, où Kellet y réussit, avec une division de Tescadre de sir Edward Belcher, pendant que ce dernier et ses navires, comme VÉrèbe et la Ter reur en 1845, ne parvenaient pas à franchir l'entrée du canal Wellington. Ne serait-ce point aussi peu généreux qu'exact d'appeler insuccès Tissue de ces entreprises diverses? Elles n'ont pas entièrement abouti, mais simplement parce qu'il est au dessus du pouvoir de l'homme de vaincre les forces de la nature dans ces régions inhospitalières. Nous ne nous hasarderions pas à prédire que jamais navire

INTRODUCTION.

. XXIII ne sillonnera les passages nord-ouesl ou que les tentatives pour arriver au pôle nord ne se renouvelleront plus. Ces deux ambi tions sont dignes d'un peuple maritime, on y reviendra plus tard, et avec succès peut-être. Le premier de ces projets a été abandonné en même temps que la recherche des navires de Franklin, lorsqu'une seule roule restait inexplorée, Test de la Terre du Roi Guillaume. Une expérience chèrement achelée sem blerait la désigner comme offrant le meilleur espoir de réussite. Quant au pôle, on ne pourra en tenter la conquête qu'avec la vapeur, et par Tunique voie qui jusqu'à présent n'ait pas été reconnue impénétrable à Thélice — par la mer du Spitzberg. Sans aucun doute, aucune expédition polaire ne quittera nos rivages que munie d'une série complète de traîneaux, pas plus que nos navires ordinaires ne partent sans leurs embarcations, et cela, par la raison que ces véhicules sont les seuls moyens de locomotion dans ces parages.

Mais, en dehors des deux buts ci-dessus mentionnés, faudra-t-il, pour Tunique satisfaction de tracer sur la carte une ligne de côtes désolées, cuirassées de glaces éternelles, et que personne ensuite ne visitera jamais, faudra-t-il, à grands frais de souffrances et d'argent, se lancer dans une expédition organisée spécialement en vue de voyages à traîneaux? Le pays décidera. La géographie y gagnerait peu, la science encore moins peut-être. Tous les résultats acquis maintenant — et ils sont considérables — proviennent des ex plorations dans le voisinage des quartiers d'hiver des navires, et non des efforts d'escouades envoyées au loin et qui n'ont, forcément ni beaucoup de loisir, ni beaucoup de ressources i\ y consacrer. De vaste champ d'investigation existent encore, et du succès de ces recherches la race humaine tout entière pourrait bénéficier.

L'Angleterre, plus que les autres nations, travaille à une tâche qui lui est un devoir; ma:s que de choses lui restent à faire avant d'avoir atteint le but! En temps de paix, les navires de l'Etat labourent les mers par centaines, sans autre occupation que celle de se préparer à la guerre; sous le rapport des résultats scientifiques, la plupart laissent à peine plus de trace sur la nature même des choses que n'en forme sur l'Océan un sillage bientôt eífacé. Une trop faible portion, mesu rée d'une main avare par la première puissance du inonde, marque d'une profonde empreinte des œuvres d'utilité générale et qui dureront à jamais. Georges Hexhy RICHARDS. A 1876.

Chapitre I

Départ de Portsmouth. — Baie de Bantry. — Oiseaux de mer. — Nous perdons de vue le Valorous. — Fortes brises. — Pigeons voyageurs. — Une baleine morte. — Glaces en dérive. — On revoit le Valorous. — Pboques et morses. — L'iee-paek et les glaces antarctiques. — Une tempête. — Décoloration de la mer. — Pèche sur le banc de Torske. — Mer de glace du Groënland. Le 29 mai 1875, à quatre heures du soir, deux navires de la marine royale anglaise, YAlerte et la Discovery, quittaient les docks de Portsmouth pour gagner la haute mer. Le chef de l'ex pédition venait de recevoir de Sa Gracieuse Majesté le télégramme suivant, daté de Balmoral : « Mes meilleurs vœux vous accom pagnent, vous et vos intrépides compagnons ; j'ai la ferme confiance que vous réussirez dans une œuvre si vaillamment entreprise. » Cette haute marque de sollicitude fut aussitôt transmise aux officiers et aux équipages qui s'en montrèrent vivement touchés.

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