Read here

Histoire ecclésiastique, politique et littéraire du Chili ... Traduite par L. Poillon

Jose Ignacio Victor Eyzaguirre · 1855 · Scanned text

388,880 words · about 27 h 14 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Jose Ignacio Victor Eyzaguirre
Language
French
Published
1855
Length
388,880 words · about 27 h 14 min
Sections
22 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (22)
  1. Front matter about 33 min
  2. Chapitre I about 9 min
  3. Chapitre II about 29 min
  4. Chapitre III about 3 h 1 min
  5. Chapitre 1 about 1 h 26 min
  6. Chapitre III about 1 h 11 min
  7. Chapitre IV about 3 min
  8. Chapitre VI about 11 min
  9. Chapitre VII about 4 h 3 min
  10. Chapitre VIII under 1 min
  11. Chapitre IX about 1 min
  12. Chapitre X under 1 min
  13. Chapitre XI about 11 min
  14. Chapitre XIII about 1 min
  15. Chapitre XIV about 2 h 39 min
  16. Chapitre I about 5 h 45 min
  17. Chapitre II about 1 min
  18. Chapitre III about 1 min
  19. Chapitre IV about 2 min
  20. Chapitre V under 1 min
  21. Chapitre VI about 1 min
  22. Chapitre VII about 7 h 26 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE DU CHILI PAR H. L'ABBÉ EYZAGUIRRE , DOYEN DE LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE DE L'UNIVERSITÉ NATIONALE ET VICE - PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS DU CHILI. TRADUITE PAR L. POILLON. TOME PREMIER. PARIS AMBROISE BRAY, LIBRAIRE, RUE DES SS- PÈRES, 66, LILLE L. LEFORT, IMPRIMEUR - LIBRAIRE. PAR H. L'ABBÉ EYZAGUIRRE, DOYEN DE LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE DE L'UNIVERSITÉ NATIONALE ET VICE-PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS DC CHILI. TRADUITE PAR L. POILLON. TOME PREMIER LILLE L. LEFORT, IMPRIMEUR - LIBRAIRE. AVANT- PROPOS Dl TRADUCTEUR. Les rapports , l'introduction et la préface de Tauteur, que le lecteur trouvera cí-après , semblent rendre inutile un avant-propos étendu , où je ne pourrais guère que présenter les mêmes aperçus. Je me bornerai donc à quelques réflexions que j'aurai, du reste, l'oecasion de com pléter dans les quelques pages que j'ajouterai à la fin du troisième volume , pour offrir le tableau rapide de Thistoire du Chili depuis 1810 jusqu'à nos jours.

Malgré Tardeur opiniâtre et le succès avec lesquels de bons et forts esprits parcourent sans cesse Timmense champ de Thistoire , on ne saurait se dissimuler que des parties notables n'en restent encore presque inconnues ou du moins inexplorées. Malgré le nombre et Timportance des travaux et des monuments historiques qui ont été entrepris et élevés dans notre siècle , nous ne possédons point encore, il faut Tavouer, une bonne histoire uni- VI AVANT- PROPOS. verselle, ni mème pour les sciences morales, tine histoire complète, quant à son objet. Ainsi, nos histoires ecclésiastiques ne contiennent guère que le récit des évènements qui se sont produits au sein des principales nations chré tiennes, ou seulement des principales nations catholiques; elles ne font point mouvoir sur le second plan de Tho rizon de la pensée le vaste tableau du schisme et de Thé résie, dont Tobservation ferait ressortir des contrastes si frappants et si instructifs.

A cet égard , elles s'arrêtent à quelques aperçus généraux , qui ne suffisent pas pour qu'on puisse suivre d'un même coup -d'oeil la marche parallèle du protestantisme et du catholicisme. Mais indépendamment de cette lacune , on peut voir que les ou vrages de ce genre, mème les plus modernes, effleurent à peine, quand ils ne Tomettent pas, Thistoire de bien des Eglises particulières , dont les destinées n'ont pas toujours été dépourvues d'intérêt et de grandeur, de gloire et d'épreuves, et qui ont présidé d'ailleurs à Téducation de peuples entiers. On pourrait faire des observations analogues sur nos histoires littéraires, etc. N'y a-t-il donc pas lieu d'espérer que le public ac cueillera sinon avec empressement , du moins avec bien veillance , des ouvrages spéciaux qui , outre leur mérite intrinsèque, viennent offrir de précieux matériaux aux écrivains qui s'occupent de travaux d'une portée générale?

Chapitre I

35 pussent renoncer au désir de le posséder. Yupanqui régnait dans le Pérou en 1450, d'après les calculs du jésuite Molina; il résolut de tenter la conquête du Chili. Quelque démesurée toutefois que fût son ambition, elle ne lui ins pirait point Taudace nécessaire pour hasarder lui-même une entreprise si gigantesque. Se tìxant avec sa cour dans la province d'Atacama, il confia le commandement de son armée au prince Sinquiruca. Celui-ci , sachant bien que ses traits et ses flèches iraient s'émousser contre la poitrine guerrière de ses braves ennemis, fit manœuvrer avec un heureux succès les ressorts de la persuasion , et employa les flatteries et les promesses pour soumettre à Tautorilé de l'Inca les habitants des districts de Copiapo, Coquimbo, Quillota et Mapocho. Mais sa politique essuya une réaction terrible , lorsqu'il voulut user des mêmes moyens envers les Promaucas, qui habitaient Tespace qui sépare les rivières du Rapel et de la Maule.

Cette peu plade , tout adonnée qu'elle fût aux gais passe-lemps et surtout à la danse , manifesta une grande énergie , et prouva qu'elle savait renoncer aux plaisirs lorsqu'il s'agissait de la défense de la patrie. Après avoir chassé les en voyés d'Yupanqui, les Promaucas présentèrent hardiment le combat à Tarmée péruvienne qui envahissait son territoire. La victoire fut chaudement disputée ; mais elle se déclara enfin pour les Chiliens , qui mirent leurs ennemis en fuite. L'Inca , informé de la déroute de son armée , ordonna de suspendre la campagne, et lixa les limites de son empire aux eaux abondantes du Rapel '. A partir de cette époque, le Chili resta divisé : les habitants des dis tricts subjugués furent condamnés à payer un tribut annuel, 1 Nous suivons Molina dans cette indication plutôt que Garcilasso de la Véga , car les Péruviens ne conquirent réellement point le pays des Promaucas.

Or il commence précisément au Cacbapoal, qui, se joignant ensuite au Tinguiririca , prend le nom de Rapel. C'est ce que reconnaît aussi ('historien Gay, an onzième chapitre de son ouvrage. (Note de fauteur ) que les agents chargés de le recouvrer exigeaient avec une rigueur incroyable ; mais les contrées situées au midi du Rapel restèrent parfaitement libres. Du reste , les uns et les autres conservèrent leurs coutumes et leurs institutions. Car, même après Tannexion des provinces soumises au Pérou, leurs gouverneurs ne purent jamais se vanter d'y avoir introduit ni leurs croyances, ni leurs lois, ni leurs usages : au contraire, esclaves comme libres, les habitants maintinrent dans leur intégrité les coutumes nationales, elles transmirent à leurs descendants comme ils les avaient reçues de leurs ancêtres.

La conquête d'une partie si considérable du Chili mit les Péruviens à même d'acquérir sur le reste du pays des notions plus exactes qu'ils n'en possédaient jusqu'alors. Au lieu d'hommes ignorants , sans institutions ni coutumes déterminées , sans croyances , sans idée quelconque du culte dû à la Divinité, tels qu'ils supposaient les Chiliens, ils trouvèrent des peuplades vigoureuses, gouvernées par des lois raisonnables, administrées par des chefs énergiques, et défendues par des troupes composées de soldats pleins de valeur et de discipline. Loin de vivre errants , comme quelques tribus sauvages de l'Amérique septentrionale , les Chiliens avaient des villes considérables , souffraient la surveillance de chefs légitimes , connaissaient les attributions de la justice , et respectaient religieusement les décisions qui émanaient d'elle.

Bien que Ton puisse remarquer quelque différence entre les lois des diverses peuplades qui couvraient le territoire chilien , on peut affirmer que le gouvernement en était généralement aristo cratique. L'administration de TEtat et la direction des relations internationales avec les tribus voisines étaient con fiées à quatre nobles ou principaux personnages , choisis primitivement par le peuple entre les familles les plus distinguées du pays, et ce pouvoir , électif à son origine,

CHAPITRE 1

37 se perpétuait par sa transmission héréditaire à leurs des cendants. Ils admettaient le principe démocratique, c'est à-dire Tintervention du peuple dans les affaires publiques, mais ils ne Tappliquaient que dans les circonstances ex traordinaires ou d'une importance capitale pour la nation. Alors, le plus souvent au milieu des joies d'un banquet, chaque représentant émettait son vote, et Topinion de la majorité devait être considérée comme l'expression légitime de la volonté de tout le peuple , réunissant tous les ca ractères d'une loi véritable. L'absence de recueils qui continssent par écrit les lois de ces peuplades, en entraînait Tignorance et Tobscurité, et avec elles, les inconvénients dont souffrirent aussi plusieurs sociétés de Tantiquité. Les Adamapus ou corps de droit des Chiliens existaient seule ment dans la mémoire de ceux qui devaient les observer.

L'esprit de leur législation tendait à maintenir une liberté complète dans toutes les classes de citoyens , mais une liberté modérée en même temps par les lois , se conciliant avec le respect des règles hiérarchiques dans les dignités publiques et avec les dispositions les plus minutieuses pour Télection d'un magistrat , lorsque la lignée masculine venait à s'épuiser ou à s'éteindre dans la famille appelée à ces hautes fonctions. Toutes ces lois auraient suffi pour atteindre leur premier but , si elles n'avaient trop souvent été violées par Tarbitraire des grands. Le système pénal des Chiliens ne reconnaissait qu'une classe de délits , les délits graves ; et ceux-là , les lois les punissaient de mort. Mais il faut avouer que le cercle n'en était pas fort étendu , car ils ne considéraient comme délits ou crimes, que Thomicide volontaire, la trahison à la pa trie, Tadultère et la magie1.

Avec des idées si imparfaites 1 Les Chiliens mettaient la magie au nombre des rares crimes qu'ils croyaient devoir punir du plus grand châtiment que toute société , civilisée , barbare ou sauvage, puisse infliger à ses membres. Chez la plupart des nations barbares. en matière de législation , les Chiliens ne devaient voir souveni, dans Tinfraction des lois, qu'une transgression des principes de la morale à Tégard d'un individu , et non un véritable attentat contre le corps social. Aussi jugeaient ils, comme les anciens Lombards, Thomicide suffisamment expié par le paiement d'une indemnité pécuniaire à la famille du défunt. Dans les autres délits , on laissait la loi exercer toute son action. Les croyances religieuses de ces peuples étaient aussi absurdes que celles de tous les hommes qui, privés des lumières de la révélation , se traînent aveuglément derrière Tidole , que leur forge une raison obscurcie par Tignorance et dégradée par un honleux abandon à toutes les passions.

Une heureuse expérience , acquise par les déceptions de plu sieurs siècles, a enfin convaincu les sages que Thomme, sans le secours de la révélation , est incapable d'inventer des dogmes qui puissent illuminer son intelligence, et lui com muniquer des idées conformes à la grandeur de Dieu et à la dignité humaine. Les Chiliens admettaient Texistence d'un Dieu , esprit invisible , éternel , tout-puíssant , de qui dépendaient d'autres êtres chargés de gouverner la créaiion secondaire. Ils étaient également persuadés de Timmortalité de Tâme et de Texistence de la vie future ; mais , toujours absorbés par les rudes soins de la guerre , ils ne songeaient ni à ériger à leurs divinités des temples où ils pussent offrir leurs adorations, ni à consacrer un sacerdoce attaché au ministère de leur culte ; encore moins s'amusaient-ils à rnais snrtout chez les sauvages , on remarque la même horreur et , par une con tradiction singulière , la même pratique de la magie.

Or , a moins de vouloir briser toutes les règles de la crédibilité humaine et ébranler toutes les bases de la certitude historique , on ne dira pas que des peuples entiers , en s'effrayant de la magie , s'effrayaient d'un vain fantôme , en recourant à la magie , s'adressaient à une force impuissante. II y a là un grand fait que les philosophes n'ont pas assez remarqué , et. surtout pas assez approfondi ; il -y a là un mystère que le christianisme peut seul expliquer. (Note du traducteur.) discourir sur le sort des âmes qui sortent de ce monde : à cet égard , leurs opinions étaient fort divergentes. Suivant les uns, Thomme , aussitôt après sa mort, devait se trouver au milieu de vastes et fertiles campagnes , situées outre mer , et là jouir et disposer à bon marché de grands do maines , de récoltes abondantes et d'un nombreux sérail.

Les aulres, moins cupides et moins sensuels , rejetaient ces opinions comme superstitieuses, et croyaient que la félicité suprême de Thomme, dans la vie future , consistait unique ment dans Timpassibililé assurée au bienheureux , avec les biens nécessaires pour mener une vie commode et la pos session des mêmes femmes qui ont contribué à son bon heur sur la terre. Ceux-là soutenaient, en outre, que les biens de la vie future appartiendraient à toute espèce de personnes sans exception , parce que les actions de ce monde ne pouvaient avoir aucune influence sur les destinées fu tures ; mais les derniers croyaient que le séjour éternel serait divisé en deux régions , Tune pleine de délices pour les bons , l'autre pleine de misères pour les méchants. Bien que les Chiliens invoquassent Dieu dans leurs nécessités pressantes , ils offraient rarement des sacrifices.

Ils se contentaient d'immoler quelques animaux et de brû ler un peu de tabac , lorsqu'il s'agissait de faire la guerre à Tennemi ou d'obtenir la guérison d'un malade. Les mœurs correspondaient aux lois et aux croyances. Ces peuples, remarquables à tant de titres , et chez lesquels les savants de nos jours ont cru trouver le type des anciens barbares qui subjuguèrent TEurope , ont compromis leur réputation par une ignorance qui les entraînait à une foule de vices énormes, auxquels ils se livraient par habitude. L'énumération que nous avons faite du petit nombre de crimes que punissaient leurs lois , nous permet d'éviter la triste nécessité d'arrêter nos regards sur ces déplorables preuves de la faiblesse humaine. Qu'il nous suffise de dire que , sans frein capable de les retenir, ces pauvres peuples couraient de Tivrognerie à la débauche , et de la débauche se ruaient aux excès les plus criminels où puisse pousser la fougue des passions les plus terribles.

II faut ajouter que si les vices pouvaient se racheter par une compensation glorieuse, de nature à en effacer les lâches honteuses, les vieux Chiliens nous présenteraient bien de grandes qua lités dignes d'exciter notre admiration ; entre autres, leur hospitalité, leur générosité et leur patriotisme méritent un hommage particulier. Pleins d'un enthousiasme incomparable pour la liberté , ils la préféraient à tout : pour eux , une vie entachée d'un jour de servitude était une vie vouée à Tignominie. Aussi d'immenses sacrifices ne leur coûtaient pas pour préserver leur liberté de toute atteinte. Tel était le caractère dominant des tribus au milieu des quelles le seizième siècle vit s'introduire la religion de Jésus-Christ. Dans le cours de cet ouvrage , nous aurons souvent occasion d'adorer la bonté divine, qui a daigné susciter des hommes doués , il faut bien le croire , d'une force de caractère supérieure , pour oser entreprendre le grand œuvre de leur conversion.

Celui qui a lu Thistoire de la conquête du Nouveau-Monde aura souvent admiré la patience, la constance et la charité des ouvriers évangé liques qui travaillèrent à répandre la connaissance du christianisme dans ses vastes régions ; mais cette admiration doit être d'autant plus profonde par rapport au Chili, que le caractère national de ses habitants diffère davantage de celui des autres peuples de TAmérique. Dans les autres contrées , il y avait à lutter contre la barbarie , contre la superstition et contre les préjugés qui la suivent; mais, dans le Chili , il fallait combattre en outre l'indifférence religieuse , appeler l'attention sur des objets re poussés jusqu'alors comme contraires à la liberté, forcer, pour ainsi dire, Tintelligence à se placer dans un nouveau milieu , pour y recevoir des impressions inconnues.

Dieu , qui a voulu faire éclater les triomphes de la foi à travers tous les siècles , pour prouver au monde que sa parole possède dans tous les temps la même vertu pour vaincre Terreur, voulut ajouter de nouvelles conquêtes à ses perpé tuelles victoires ; il voulut que la religion , qui Ta emporté dans TEurope civilisée , sur les croyances , le génie et la science des sages du paganisme , Temportàt aussi , dans cette partie du monde de Colomb , sur les préventions in curables de tribus nombreuses qui regardaient une religion quelconque, comme le principal ennemi d'une liberté qu'elles idolâtraient.

Chapitre II

sommaire. Le Chili reste divisé. — Diego d'Almagro entreprend la conquête du Chili. — Bataille du Cachapoal. — Almagro renonce à ses projets. — Sa fin tragique. — Pedro de Valdivia tente à son tour la conquête. — Qualités éminentes de Valdivia. — Fondation de Santiago. — Evènements du Pérou. — Fondation de la Conception. — Bataille d'Andalien. — Colocolo. — Caupolican , toqui. — Affaire de Tucapel. — Mort de Valdivia. — Eloge de ce chef. — Siège de plusieurs villes. — Déroute des Araucans à Mataquito. — Mort de Lautaro. — D. Garcia Hurtado de Mendoza. ■ — Captivité et mort de Caupolican. — Ses successeurs. — Caractère de Francisco Villagran. — Qualités remarquables de Pedro Villagran. — Rodrigo de Quiroga. — Administration bienfaisante du président Bravo de Sarabia. — Cruautés de Sotomayor. — Gouverneurs qui lui succédèrent. — Incendie et destruction d' Angol. — Janaqueo. — Affreux désastre de Curalava. — Caractère de Loyola. — Insurrection généjale des provinces. — Antécédents de Quinones. — Sa conduite sanguinaire, — Siège et prise de Valdivia.

Après Tinvasion de son territoire par les Péruviens, le Chili resta divisé environ un siècle. Les Incas gouvernèrent la partie qu'ils avaient conquise , sous le nom de manda rins1, dont ils faisafent observer rigoureusement les décisions. Us envoyaient en outre des commissaires, dont la principale fonction était lo recouvrement du tribut que tous les 1 Ce n'est pas sans une certaine hésitation que j'ai osé employer ici une ex pression ou une qualification qui parait devoir s'appliquer seulement à une classe de fonctionnaires de la Chine et de quelques autres contrées de l'Asie ; mais l'au teur a cru pouvoir s'en servir, et. traducteur fidèle, j'ai suivi son exemple. (Note du traducteur.)

CHAPITRE 11.

43 vassaux de Tlnca devaient lui payer en or. Diego d'Almagro, muni d'un brevet royal qui le nommait gouverneur d'un district de deux cents lieues , qu'il devait conquérir au midi du Pérou, résolut d'entrer dans le Chili avec une armée de six cent cinquante Espagnols et quinze mille indigènes sous les ordres de Paullo , frère de Manco , à celle époque inca du Pérou. Les Cordillères des Andes , ces énormes barrières avec lesquelles la Providence a voulu fermer le Chili , ne suffirent pas pour arrêter Taudace du général espagnol ; il en lenta et parvint à en effectuer le passage, en perdant dix mille Indiens et cinquante Espa gnols , que les neiges, le froid et la faim firent périr dans les Andes. Almagro , une fois au-dessus des Cordillères , parcourut sans obstacle tout le pays sur lequel dominaient les Incas, et séduit par les richesses qu'il trouvait de toutes paris, il forma le projet de passer la rivière de Cachapoal et d'envahir le territoire des Promaucas.

Ce projet, il le mit à exécution contre Topinion des Péruviens, qui lui faisaient entrevoir la possibilité de quelque grand revers dans une lutte avec ce peuple intrépide et valeureux. 11 méprisa de semblables conseils, et les attribuant à la lâcheté de ceux qui les lui donnaient, il s'aventura dans le pays qu'il con voilait, au commencement de Tannée 1537. Les Promaucas , étourdis au premier abord , comme c'était na turel, par ce que présentaient d'imposant les armes , les chevaux et tout le train de guerre des Espagnols , ne tar dèrent pas à reprendre leurs sens, et firent face aux agresseurs avec leur bravoure ordinaire. A la suite d'une action sérieuse, les deux armées laissèrent les rives du Cachapoal couvertes de cadavres , et bien que la victoire restât au chef espagnol , les vaincus présentèrent bientôt , avec un nouveau courage , un nouveau combat à leurs vainqueurs.

Mais ceux-ci, accoutumés à se rendre maîtres, sans coup férir, de nations entières, ne purent, supporter la résistance qu'ils rencontraient , et prirent le parti de retourner au Pérou. En conséquence , Almagro, qui aurait pu immor taliser son nom par la conquête du Chili , rentra dans Cuzco, où, vaincu par les Pizarre , qui repoussaient ses prétentions au gouvernement d'une partie du Pérou, qu'il soutenait lui appartenir, il fut décapité par ordre de ses rivaux. La mort d'Almagro fit bientôt figurer, dans la conquête du Chili, un homme qui, par ses verlus et ses talents, mérite d'occuper une des premières places dans Thistoire du Nouveau-Monde ; un homme qui , à la valeur et à Tintrépidité du soldat, joignait la réflexion et Thabileté nécessaires au capitaine, en conservant au plus haut degré la bonté et la délicatesse qui contribuent si puissamment à faire estimer le citoyen : tel fut Pedro de Valdivia ' , à qui TEspagne dut la conquête de presque toutes les provinces du Chili.

Les historiens de cette époque nous le dépeignent, comme doué d'un caractère entreprenant et capable de mener à bonne fin Tentreprise la plus ardue qu'on eût pu signaler à ses efforts. Francisco Pizarre , rejetant sous de frivoles prétextes les réclamations légitimes des capitaines Hoz et Camargo , que la cour d'Espagne avait autorisés à faire la conquête du Chili , la confia à Pedro de Valdivia. Celui-ci , décidé à y fonder une ville qui fût le centre de ses opérations , se mit en marche avec deux cents soldats , quelques colons , et les autres éléments nécessaires pour la f Je crois devoir faire remarquer, une fois pour toutes, que j'ai traduit le moins souvent possible les noms propres de lieux et de personnes. Nous n'en sommes plus au temps où les noms des personnages les plus historiques subissaient, en passant d'une langue dans une autre , les plus étranges transformations.

On tend , au contraire , de plus en plus à conserver, dans la traduction et en général dans le style , tout ce qui peut contribuer à la couleur locale. Je me suis conformé à cette règle , en n'admettant que les exceptions qui m'ont paru indiquées par l'usage , l'euphonie ou le bon goût. Si je me suis quelquefois trompé dans l'application toujours un peu arbitraire de ces principes, le lecteur rectifiera facilemen, mon erreur. ( Note du. traducteur.) formalion de Tétablissement qu'il projetait. Le changement de gouvernement arrivé dans le Pérou occasionna parmi les habitants du Chili , soumis à Tlnca, une réaction nullement favorable aux Espagnols. Libres des considérations qui les attachaient à leur monarque , ils crurent devoir lutter conlre les nouveaux maîtres qui prétendaient subjuguer leur pays, et leur livrèrent successivement bataille à Copiapo , à Coquimbo et à Quillota ; mais le conquérant, sans suspendre sa marche , parcourut rapidement ces provinces , et ne s'arrêta que sur les rives du Mapocho , où il posa , le 1 2 février 1541, les fondements de la ville de Santiago1.

De là, repoussant les atlaques conlinuellles des indigènes contre la nouvelle colonie , il se dirigea vers le Cachapoal , et pénétra hardiment sur le territoire des Promaucas. Heureu sement les dispositions de la tribu surent, pour lc moment, favorables aux desseins de Valdivia; de sorte qu'il se rendit maître sans obstacle de tout le territoire qui s'étend de Copiapo aux bords de l'ilata, dès la cinquième année de son entrée dans le Chili. Le combat qu'il eut à soutenir à Quilacura contre les Pencons , affaiblit tellement ses forces , que, dans Timpossibilité de continuer ses excursions jus qu'aux régions australes , il fut obligé de se replier sur Santiago pour réorganiser sa petite armée. Cependant le Pérou , tourmenté par des convulsions violentes , présentait un aspect alarmant. Gonzalo Pizarre , révolté, contre Tautorité légitime, défit près d'Iùa-Quilo, le vice-roi Blasco Nunez Vêla, qui perdit mème la vie dans Taction.

Le vainqueur envoya des agents en Espagne , dans le but de justifier sa conduite et de lui obtenir Tatlri bution d'un pouvoir qu'il exerçait sans titre. Charles-Quint, qui se trouvait alors en Allemagne , n'eut pas plus tôt appris les troubles du Pérou, qu'il nomma le licencié Pedro de laGasca, gouverneur de Tempire et président du tribunal 1 Voir aux documents, le ,," 1. de Lima. Le nouveau gouverneur débarqua au port de Panama, et fit connaître à Pizarre son arrivée et sa mission ; mais l'amour du pouvoir avait jeté des racines trop pro fondes dans le cœur de Gonzalo, pour qu'il y renonçât volontairement. Aussi à peine fut-il averti de la venue du président qu'il opéra les mouvements nécessaires pour s'opposer à son enlrée dans le Pérou. Diego Centeno , qui , à la tête de douze cents hommes , voulut soutenir les droits de Gasca, fut battu par les troupes de Pizarre, dans la journée de Guarnia , le 20 octobre 1547, et le vainqueur fit son entrée triomphale dans Cuzco quelques jours après l'affaire.

Gasca , informé de la défaite de Centeno , fit marcher une nouvelle armée sur Cuzco , pour arrêter les progrès des rebelles. La nouvelle des circonstances fâcheuses au milieu desquelles se trouvait Tarmée royale , fit accourir du Chili, Pedro Valdivia , sur les lieux où se passaient ces tristes scènes; il put y parvenir et joindre ses forces à celles du président , avant que les combattants n'eussent entamé aucune action décisive. La rencontre eut enfin lieu le 9 avril 1548, dans la vallée de Xaquixaguana, où Pizarre, abandonné de presque tous ses soldais, fut vaincu et fait prisonnier par Gasca, par les ordres duquel il fut publiquement décapité le lendemain. Les services importants rendus par Valdivia , qui com mandait en chef dans celte affaire mémorable , dont les résultats assurèrent pour long-temps la tranquillité du Pérou, lui concilièrent la reconnaissance du président, qui non-seulement le confirma dans ses fonctions de gouverneur du Chili , mais encore lui fournit des munitions abondantes et des troupes pour en continuer la conquête.

A son retour du Pérou , Valdivia , se croyant bien affermi dans la possession des provinces du Chili précédemment conquises, résolut de s'avancer dans la partie méridionale et d'en soumettre par la force les belliqueux habitants à Tobéissance du roi d'Espagne. Après une marche longue et pénible, il arriva à la baie de Penco , où il fonda la ville de la Conception, le 3 mars 1550. Un établissement semblable fit justement soupçonner aux Araucans, tribu peu nombreuse , mais redoutable par sa bravoure , son intrépidité et son habileté militaire, que les armes espagnoles, dont ils voyaient déjà frapper leurs voisins , les atteindraient bientôt eux-mêmes. Décidés à faire avec eux cause commune , ils rassemblèrent une armée de quatre mille hommes, qui, sous les ordres du toqui Aillavilu , passèrent le Biobio et présentèrent la bataille aux troupes espagnoles , dans les champs d'Andalien.

L'issue du combat resta long-temps indécise , jusqu'au moment où les Araucans, ayant perdu leur général et leurs principaux officiers, se retirèrent sans précipitation ni désordre. Le caractère excessivement cir conspect du toqui Lincoyan , élu par la nation en rempla cement d'Aillavilu , permit à Valdivia de nouveaux progrès dans sa conquête. Le chef espagnol crut pouvoir juger des dispositions de ses ennemis par celles que manifestait leur généralissime : il en conclut que Torgueil des Araucans élait abattu , et se mit , libre de toute crainte , à sonder de nouvelles colonies européennes jusque dans leur propre pays. Non satisfait de Texécution de ces audacieuses entre prises, il alla en avant, et osa passer le Valdivia, fleuve célèbre; et, malgré la résistance des Cuncos qui s'oppo saient à son dessein , il bâtit sur ses rives méridionales la ville qui porte encore aujourd'hui son nom.

Mais pendant que le capitaine espagnol, enivré par le succès dont parais saient assurés tous les projets que formait son génie entreprenant, parcourait les fertiles provinces de l'Arau canie , en soumettait les habitants et en partageait les terres entre les soldais qui Taccompagnaient , un vieillard, que le patriotisme arracha de la retraile où il vivait depuis long temps, les parcourait à son tour, réveillait ses concitoyens et les excitait à secouer le joug de fer que leur avaient imposé les conquérants. Colocolo , personnage qui avait acquis une grande réputation par la pratique des plus hautes vertus morales el par la possession des connaissances que comporte la barbarie , n'avait jamais pu envisager d'un regard serein la servitude de son pays natal. Au fond de sa solitude , cel homme rêve le projet de le délivrer.

Rapide comme la foudre , il réunit les ulmens pour con certer avec eux son entreprise , leur propose la coalition de tous les états , et sûr de leur approbation , il leur signale le modeste Caupolican comme le chef de Tarmée libératrice. Le premier soin de Caupolican , nommé toqui de la nation , fut de chasser l'étranger des forts de Tucapel et d'Arauco, qu'il détruisit entièrement. Valdivia, informé de ces désastres, partit avec un déta chement de son armée, pour arrêter les progrès de Tennemi; mais la fortune parut lasse de Taccompagner, et Tinvincible capitaine , qui croyait simplement aller châtier Tinsolence des barbares , marchait alors à sa ruine. Les armées arau cane et espagnole se rencontrèrent dans les plaines de Tucapel, aux derniersjours de décembre 1553, et se livrèrent un combat acharné , à la fin duquel la victoire sembla se déclarer en faveur des Espagnols.

Mais une de ces chances qui se présentent rarement, en changea tout-à-coup l'issue. Lautaro , jeune homme de seize ans , que Valdivia avait enlevé dans ses incursions , baptisé et fait son page , abandonne les Espagnols et passe aux vaincus. U saisit une lance et s'élance sur les vainqueurs : « Suivez-moi, compatriotes , s'écrie-t-il, la victoire nous attend pour couronner noire valeur ! » Les Araucans , honteux de se laisser surpasser par un enfant, se jetèrent sur Tarmée espagnole avec une telle fureur, qu'en peu d'instants elle fut mise dans une déroute complète. Valdivia, qui, ayant perdu tout espoir de sauver sa vie , s'était retiré à l'éeart pour se préparer à mourir , fut fait prisonnier : sa mort était déjà résolue, et il fut assommé d'un grand coup de masse d'armes qu'on lui déchargea sur la tête.

Celte tin tragique lermina la carrière d'un des hommes qui acquirent le renom le plus glorieux dans la conquête de l'Amérique. Valdivia peut très-bien être comparé , "pour sa constance et sa bravoure héroïques, avec le célèbre conquérant du Mexique; mais par ses vertus, il ne cède la place la plus éminente ni à Cortez ni à aucun autre. La valeur , la sobriété , la prudence , Thumanité el la religion formèrent les traits les plus saillants de son caractère ; et si à une certaine époque , il ternit par quelques taches l'éclat d'une vie si pure, il sut bientôt, par un repentir sincère, lui rendre sa première splendeur. Pedro Valdivia élait origi naire de Villanueva de la Serena, dans TEslramadure. Issu de parents nobles , il suivit dès sa jeunesse la carrière des armes ; il guerroya en Italie , dans Venezuela , au Pérou , au Chili, et périt à Tàge de cinquante-six ans '.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…