Front matter
1" Partie I^rix : 5 Francs yWERNITEj ì^EGALITE^ PAU HIPPOLYTE MAGEN 9 Illustrations «3*0 Nombreuses PARIS LIBRAIRIE ILLUSTREE I LIBRAIRIE DREYFOUS -.--_. „ 12 FAUBOURG MONTMARTRE, 13 7, RUE DU CROISSANT, 7 1 fîi cn-u°w > PREMIERE PARTIE SCEAUX. — IMPRIMERIE CHARAIRE ET FILS. (1848-70) PAR HIPPOLYTE MAGEN PREMIÈRE PARTIE PARIS LIBRAIRIE M. DREYFOUS LIBRAIRIE ILLUSTREE 7, RUE DU CROISSANT 13, FAUBOURG M ONTMARTRF. HISTOIRE DU SECi MORT D ( 3 DÉCE *D EMPIRE (1848-70) BAUDIN RE t (1848-70) Par HIPPOLYTE MAGEN LE
Prologue
DU SECOND EMPIRE CHAPITRE PREMIER Une protestation de Joseph Bonaparte. — Le duc de Reichstadt; sa mort. — Transmission du droit napoléonien. — La fîlialité de Louis-Napoléon ; l'insurgé des Romagnes ; sa fuile et son permis de séjour à Paris. — Le citoyen de Thurgovie. — Conseils de la reine Hortense à son fils. — Espérances et caractère de Louis Bonaparte. — M. Fialin, dit de Persigny. — Les deux aventuriers s'accordent. — La conspiration de Strasbourg; ses résultats. — Louis Bonaparte est gracié et s'embarque pour New- York. — Acquittement de ses complices. — Son retour en Europe. — Mort de sa mère. — Conflit entre la France et la Suisse. — Départ de Louis Bonaparte pour Londres. — Conspirateur et viveur. — La conspiration de Boulogne. — Les conjurés devant la Cour des pairs; la sentence; réflexions qu'elle inspire. — Louis Bonaparte dans la forteresse de Ham; la comédie qu'il y joue ; son évasion ; son retour à Londres ; mort de son père ; il prête serinent de constable. — Un seul frère de Napoléon Ier a survécu. — Une cérémonie funèbre à Saint-Leu-Taverny. — Situation de Louis Bonaparte en février 1848.
Napoléon Ier qui, le 30 octobre 1815, avait débarqué à Sainte-Hélène, mourut prison nier des Anglais sur ce rocher de l'Océan indien, le S mai 1821. En écrivant cette histoire, qui se renoue à celle du premier Empire dont j'ai fait le récit, je me suis proposé de mettre à un point de vue qui le montre tout entier l'abîme où des cend un peuple soumis à un homme. Après la révolution de Juillet, Joseph Bo- [ HISTOIRE DU SECOND EMPIRE (1848-70) naparte, l'ancien roi de Naples et d'Espagne, contesta, en sa qualité de frère aîné de l'ex-empereur, à la Chambre des députés le droit de disposer d'une couronne « conférée par la Chambre de 1815 à Napoléon II, conformément au pacte constitutionnel ». S'inclinant, d'ailleurs, devant la souveraineté du peuple, il ajoutait : « Si la nation croit devoir faire, dans son intérêt, un autre choix, eUe en a le "pouvoir et le droit, mais elle seule. » Celui qui devait être Napoléon II et dont la naissance fut] si pompeusement fêtée le 20 mars 1811, portait le nom de duc de Reichstadt que les alliés lui donnèrent en chargeant son grand-père, l'empereur d'x\utriche, de veiller sur lui.
On imagina un système d'énervation qui eut un plein succès. L'enceinte de certains châteaux impériaux était pour lui les bornes du monde. Dans ses rares promenades aux environs de Vienne, il était tenu sous une surveillance sévère. On restreignait à la chronologie ses études historiques. Les lettres qu'on lui adressait, et qui auraient pu l'initier à ce qu'on voulait lui laisser ignorer, étaient supprimées! On ne lui parlait pas de son père dont il ne reçut jamais la moindre nouvelle. Marie-Louise avait contracté avec le général autrichien comte Neipper une liaison illicite ', et ne s'occupait pas plus de son mari que de son fils. Dans sa réponse à une demande d'audience adressée par le poète Barthélemy, le comte de Diétrichstein, gouverneur du prince, disait : « La politique de la France et celle de l'Autriche s'opposent à ce qu'un étranger, surtout un Français, soit présenté au prince ; il ne voit, ne lit et n'entend que ce que nous voulons qu'il voie, qu'il lise et qu'il entende.
S'il recevait une lettre qui eût trompé notre surveillance, il nous la remettrait sans rou vrir. » émasculation de son intelligence, lui produisirent l'ennui de la vie; émacié, atrophié, le duc de Reichstadt mourut à Schœnnbrun, le 22 juillet 1832, d'un cancer à l'estomac, disaient les uns, de phthisie, prétendaient les autres, — des effets d'un poison lent, affirmaient des bonapartistes. Quoi qu'il en soit deces diverses allégations," sur l'héritier présomptif de Napoléon s'accomplissait l'arrêt irrévocable que Dieu, depuis un demi-siècle, semblait avoir prononcé contre l'orgueil des dynasties qui se prétendent immortelles. La mort du duc de Reichstadt ne devait pas fermer la série ' . . . » Deux sénatus-consultes 2 avaient réglé la transmission de la dignité impériale ; au cas où l' empereur ne laisserait pas d'héritier légitime ou adoptif, elle aurait lieu collatéralement au profit de Joseph Ronaparte et de ses enfants, et, à leur défaut, de Louis Ronaparte et de sa descendance directe, naturelle et légitime.
Joseph n'avait pas de fils ; Louis en avait reconnu trois, issus de sa femme Hortense. L'aîné était mort à la Haye, le S mars 1807, à l'âge de cinq ans; le deuxième, nommé Napoléon-Louis, naquit en 1805. Le roi de Hollande se refusait, assure-t-on, à endosser le troisième Louis-Napoléon, né à Paris, le 20 mai 1808; il se serait laissé imposer par l'empereur cette paternité qu'il reniait. II ne voulut jamais que le portrait de cet enfant pour lequel sa mère avait une prédilection marquée, figurât parmi ceux de tous les autres membres de la famille dans son salon, à Florence pù il s'était retiré. Que la fìlialité de Louis-Napoléon Ronaparte n'ait rien de na poléonien, comme le lui ont reproché à lui même, plus d'une fois, quelques-uns de ses parents, — et que le père ait protesté, deux fois et par écrit »,. contre l'illégitimité de cet Cet isolement où on le retenait, cette 1.
Louis Blanc, Histoire de dix ans. 2. Du 28 floréal an XII et du S frimaire an XIII. 3. A l'époque de son abdication, le roi Louis aurait déposé une protestation à ce sujet dans les archives 1. Après la mort de Napoléon, un mariage secret sanctionna cette union. (1848-70) 3 enfant, Thistorien n'a pas à s'en préoccu per : « La filiation se prouvant par l'acte de naissance, » et celui de Louis-Napoléon Bo naparte ayant été dressé et enregistré dûment et légalement, le troisième fils de la reine Hortense est, aux yeux de l'histoire et aux yeux de la loi, rattaché à la souche d'où sor tent les Bonaparte par les mêmes liens fa miliaux que ses deux frères. mère et le fils reçurent Tordre de quitter Pa ris et retournèrent à Arenemberg. Louis Ronaparte venait d'être natura lisé citoyen de Thurgovie quand il apprit la mort du duc de Reichstadl.
Aussitôt, la reine Hortense fit scintiller à ses yeux la couronne impériale dont, par transmission du droit napoléonien, il devenait l'héritier. Dès ce mo ment, elle ne cesse d'inculquer dans l'esprit de son fils l'idée que son étoile est d'être empereur et l'assurance que s'il marche en foi vers la conquête de l'héritage qui lui échoit, il le sera. Elle maximait ainsi quelques-unes de ses leçons : « Les hommes sont partout et toujours les mêmes; ils révèrent, malgré eux, le sang d'une famille qui a pos sédé une grande fortune. Un nom connu est le premier à-compte fourni par le destin à Fhomme qu'il veut pousser en avant. — Un prince doit savoir se taire ou parler pour ne rien dire. — Votre oncle a pu établir son au torité en donnant à tous les partis l'espérance particulière qui amusait la badauderie royaliste ou républicaine. — Tous les moyens de régner sont bons pourvu qu'on maintienne Tordre matériellement. » Elle lui apprenait qu'aux yeux des hommes qui sont crédules on est grand en n avouant aucune faute et en re jetant, comme œ faisait Napoléon, ses torts sur autrui.
Elle lui recommandait, « si jamais il était le maître de pourvoir à Torganisation du pays, de ne pas souffrir qu'on y parle quel que part sans son autorisation expresse ; — que ce soit seulement, insistait-elle, sous votre sur veillance, car le pouvoir est comme une source dont il ne faut pas remuer le fond. » Admet tant dans ses prévisions, quoique le jugeant improbable, le cas où la nation française ne se livrerait pas à l'héritier de Tempereur « dont U faut, sans se lasser, affirmer l'infail iibilité, en soutenant qu'il y avait un motif national à tous ses actes, » la mère disait à son fils : « Si la France vous échappait définitivement, ritalie, TAllemagne, la Russie, T Angleterre vous présenteraient encore des La reine Hortense, que Louis XVIII, après la Restauration, avait créée duchesse de Saint- Leu, s'occupait, à Arenemberg, de l'éduca cation de ses deux fils.
En février 1831, les Romagnes s'insurgèrent contre le gouverne ment du pape. Les deux frères, affiliés à la société des Carbonari, allèrent prendre part à cette insurrection dont le but était de sous traire Borne à la domination du pouvoir temporel. Les Autrichiens battirent les insurgés. Le corps dont faisaient partie Napoléon-Louis et Louis-Napoléon opéra sa retraite sur Forli où une inflammation de poitrine emporta brusquement le premier. L'autre, qui va de venir le héros de cette histoire, trouva un refuge à Ancône. Sa mère y accourut; elle obtint de Tambassade anglaise un passe-port sous la protection duquel cette femme intri gante et hardie put conduire à Paris le der nier de ses fils. — Louis Bonaparte sollicita duroi Tautorisation d'y séjourner afin de réta blir sa santé; la duchesse de Saint-Leu appuya de ses supplications maternelles cette demande que Louis-Philippe accueillit favo rablement.
Le jeune conspirateur ne tarda pas à tramer contre le gouvernement français des menées qui furent découvertes. La de la Haye. — En 1831, après l'afTaire de Forli, il au rait écrit au pape Grégoire XVI une lettre dans la quelle, après avoir exprimé la tristesse et l'indignation que lui avait causées la part prise à cette insur rection par Napoléon-Louis et par Louis-Napoléon, il disait de ce dernier : « Quant à l'autre qui usurpe mon nom, vous le savez, Saint-Père, celui-là, grâce à Dieu, ne m'estrien. Ma femme est une..., etc., etc. » (Le Dernier des Napoléon. — Élie Saurin, la France impériale, etc.) (1848-70) 4 sources d'avenir ; partout u se produit des caprices d'imagination qui peuvent élever aux nues rhérilier d'un homme illustre. » Dans ce cours de morale où abondent les excitations à la pratique des perfidies et du mensonge, au dédain de toute moralité, au mépris des hommes et des lois, la reine Hor tense enseignait à Louis Ronaparte la méthode qu'il faut suivre pour tromper une nation au moyen « d'un art des princes consistant à faire miroiter des phrases de manière à ce que par un phénomène d'optique elles fassent voir aux peuples tout ce qui leur plaît » , et pour s'em parer du pouvoir en mettant, de gnet-apens, l'épée sur la gorge des législateurs et des honnêtes gens; cette méthode, la voici : « Taujours 1 œu aux aguets, surveillez les occasions propices.
Etudiez les machinations des grands actes politiques de votre oncle. C'est amené de loin, mais, étant données les circonstances analogues, infaillible comme une des manœuvres militaires de sa jeunesse. » Des principes aussi immoraux germant dans une âme ambitieuse ne pouvaient qu'y engen drer une corruption profonde. Avec une opi niâtreté qui secondait Tentètement de son caractère, Louis Ronaparte se mit à poursuivre la réalisation des espérances dont sa mère le berçait. Très-indifférent au choix des moyens, il ne regardait que le but offert à ses convoi tises, et il se croyait sûr de Tatteindre. Si on le contredisait sur ce point, il sortait de sa ta- (1848-70) 5 La reine Hortense. citurnité et s'emportait jusqu'à Téclat. Alors, disait madame Cornu ', sa violence ne con naissait plus de bornes, il devenait un tigre.» vœux du plus grand nombre afin d'être en mesure de profiter de sa chute.
II est très-im portant de ne point rompre les relations en tamées précédemment, et de prouver par la voix publique que le sang des héros n'est pas éteint. » Dans ses Rêveries politiques se trouvait un projet de Constitution établissant une république avec un empereur. Cette chimère étrange exposa le rêveur au sourire de ceux qui la connurent. En 1833, unjeune aventurier, ancien bour sier du collège de Limoges, ex-maréchal des logis, sans sou ni maille, cherchait partout des moyens d'existence. 11 se nommait Fialin. Tandis qu'on sollicitait pour lui un emploi dans les douanes, il écrivait des entrefilets dans le journal le Temps et collaborait à une correspondance destinée aux journaux légiti mistes dés départements. La pensée d'exploi ter Louis Bonaparte lui vint. En conséquence il fonda une Revue mensuelle : Y Occident fran- En 1833, Louis-Napoléon écrivait, d'Are nemberg, au roi Joseph : « Mon cher oncle, « Tout le monde est persuadé de Timpossi bilité du maintien de Louis-Philippe ; notre rôle est donc de tâcher d'attirer sur nous les 1.
Madame Cornu était la sœur de lait de Louis Bonaparte. (1848-70) 6 espérances de Louis Bonaparte. Un projet de conspiration fut conçu, et on en prépara Texé cution. M. Fialin se mit en rapport avec le colonel Vaudrey « qui, pendant toute sa vie, livré à ses passions, offrait, plus qu'un autre, prise à la séduction ' ». Ce colonnel Vaudrey commandait le 4" d'artillerie à Strasbourg. M. Fialin Tembaucha, aidé par une dameEléo nore Grault, veuve Gordon, qui pérégrinait en donnant des concerts publics. Louis Rona parte avait rencontré en Suisse et converti au bonapartisme cette chanteuse qui était spirituelle et belle. « Active, intrigante, de mœurs équivoques et sans argent, madame Gordon offrait Tassemblage de toutes les conditions qui, d'un être doué déraison, font souvent un instrument docile 2. » On la dépêcha au colo nel Vaudrey qui s'en éprit : » Je ne puis appartenir, lui écrivit-elle, qu'à Thomme qui se dévouerait au succès de Tentreprise. » Le 15 octobre, Louis-Napoléon disait au colonel Vaudrey, à Bade, où il lui avait donné rendez-vous : « Si le gouvernement a commis assez de fautes pour rendre une révolution désirable au peuple, si la cause napoléon nienne à laissé d'assez profonds souvenirs dans les cœurs français, il me suffira de me montrer seul aux soldats et de leur rappeler les griefs récents et la gloire passée, pour qu'on accoure sous mon drapeau.
Si je réus sis à entraîner un régiment, si des soldats qui ne me connaissent pas s'enflamment à la vue de Taigle impériale, alors toutes les chan ces seront pour moi : ma cause sera gagnée quand même des obstacles accidentels vien draient à la faire échouer. » çais. Dans le premier et unique numéro de cette Revue, M. Fialin qui, en 1832, légitimiste ardent, s'était battu au château de la Pénis sière-de-la-Cour, à côté des conspirateurs ven déens, disait : « La vrai loi des mondes modernes et tout le symbole des nationalités occiden tales résident dans Tidée napoléonienne. Le temps est venu d'annoncer par toute la terre cet évangile impérial et de relever le vieux drapeau de Tempereur. » M. Fialin lia, par une particule, son nom à celui de Persigny ; puis, reniant tout à fait le nom de son père, il s'appela de Persigny et se créa vicomte.
II alla voir, à Londres, Tex-roi Joseph qui avait inutilement essayé une alliance entre les bonapartistes et les républicains et qui n'encouragea pas dans son projet le fondateur de Y Occident français. De retour à Pa ris, M. Fialin obtint de M. Relmontet avec le quel Louis Ronaparte s'épanchait ', une lettre de recommandation pour le fils de la reine Hortense. Les deux aventuriers s'accordèrent. Désormais aux gages de Louis Bonaparte, M. Fialin reprit la route de Paris. Dès son arri vée il visita LaFayette, ArmandCarrel et d'au tres républicains en renom afin de donner, en divulguant ses entretiens avec eux, un appui moral au plan concerté avec le prince. « Le nom que porte Louis-Napoléon, disait Armand Carrel, est le plus grand des temps modernes et le seul qui puisse exciter les sympathies du peuple français.
Si le prince oublie les droits de légitimité impériale pour ne se rappeler que la souveraineté du peuple, il peut être ap pelé à jouer un grand rôle. » M.Fialinse hâta de retourner àArenemberg où, avec les paroles de Carrel, il exalta les Le colonel étant gagné à la conspiration, il fut décidé que Strasbourg serait le théâtre où elle se produirait ; le commandant Parquin, le lieutenant Laity et une douzaine d'aventuriers ou de déclassés parmi lesquels figuraient MM. de Querelles, deGricourt et de Bruc, s'y associèrent. Le 29 octobre 1836, Louis Bona- 1. Le 16 novembre 1834, Louis Bonaparte écrivait au poêle bonapartiste : « Songez aux idées poignan tes qui me froissent le cœur lorsque je rôve au grand passé de la France et que je vois le présent si vide d'avenir. 11 faut un grand courage pour marcher comme on peut au but que l'on s'est tracé. » Et le 27 août 1835 : « Le sang de Napoléon se révolte dans mes veines.
Le soleil de la gloire a rayonné sur mon berceau. La confiance dans le sort, voilà mon seul espoir; l'épée de Napoléon, voilà mon seul soutien. » i. Acte d'accusation du procès de Strasbourg. 2. Idem. (1848-70) 7 parte arriva secrètement à Strasbourg. Le lendemain, à six heures du matin, le prince «vêtu d'un costume pareil à celui de Napoléon Ior, la tête couverte du chapeau historique, » prend, avec son groupe de complices, le chemin de la caserne que le 4° d'artillerie occupe. MM. de Querelles et de Gricourt marchent en avant et se relayent pour porter Taigle impériale. On arrive ; le colonel Vaudrey est à la tète de ses soldats que par argent et par promes ses de grades il a corrompus. II fait quelques pas vers Louis Ronaparte et le présente à son régiment : « Soldats du 4e d'artillerie, s'écrie-t-il, une révolution a renversé Louis- Philippe du trône ; voici Napoléon II, empereur des Français ; il vient prendre les rênes du gouvernement.
Criez : Vive l 'empereur ! » Ce cri fut poussé par les soldats. Le prince confie au colonel Taigle que portait M. de Gricourt ; « il promet de Tavancement à tout le monde, » charge M. Fialin d'aller, avec une partie des artilleurs , arrêter le préfet dans son hôtel, se porte, avec le reste du régiment, vers le quartier général et ouvre ses bras au général Voirol qu'il étreint en lui disant : « Reconnaissez en moi Napoléon II. » Le général repousse dédaigneusement le conspirateur et, en termes véhéments, il flétrit cette rébellion insensée. Confiant la garde du général au commandant Parquin et à dix ou douze artilleurs, Louis Ronaparte se dirige vers la caserne de la Finkmatt. Là, il tente, par des promesses, de soulever en sa faveur le 49e de ligne. Officiers et soldats rejettent les offres qui leur sont faites ; ils arrêtent les conjurés pendant que le lieutenant-colonel Taillandier met la main au collet du prince tremblant et le fait écrouer à la citadelle.
M. Fialin s'était réfugié dans un apparte ment loué par madame Gordon. Elle cherche à relever le fugitif de Tabattement où il est tombé ; elle barricade les portes et brûle les papiers compromettants. Quand le commis saire, suivi de gendarmes, pénètre dans Tap partement, elle se rue sur eux pour laisser à M. Fialin le temps de fuir par une porte don nant sur le rez-de-chaussée. Dès qu'elle apprit les résultats de cette mi sérable équipée, la duchesse de Saint-Leualla se jeter aux pieds de Louis-Philippe en le suppliant de faire grâce à son fils. Le 9 no vembre, une chaise de poste amena le prince à Paris. En arrivant à la préfecture, il sut que le roi le graciait. II écrivit aussitôt une lettre pour détourner des sept conjurés qui devaient être jugés à Strasbourg une respon sabilité qu'il assumait tout entière. « Le roi, disait-il, a ordonné dans sa clémence que je fusse conduit à Lorient pour passer en Amé rique.
Je suis vivement touché de la générosité du roi. — Nous sommes tous coupables en vers le gouvernement d'avoir pris les armes contre lui. Mais le plus coupable c'est moi qui, méditant depuis longtemps une révolution, snis venu arracher des hommes à une position honorable. C'est moi qui les ai séduits. Pour leur ôter tout scrupule, je leur dis que la nou velle de la mort presque subite du roi paraissait certaine. On verra par là combien j'étais coupable. J'étais coupable envers le gouvernement : or le gouvernement a été généreux en vers moi. » Cette lettre fut lue aux jurés qui, ne pouvant condamner des rebelles subalter nes quand le chef de la révolte était amnistié, les acquittèrent. Le 21 novembre, à Lorient, au moment où il montait à bord de Y Andromède en partance pour les États-Unis, Louis Bonaparte reçut du sous-préfet seize mille francs en or ; cette somme lui était remise de la part du roi.
Après avoir donné aux jurés du Ras-Rhin lecture de la lettre du prince , Tavocat Par quin, défenseur de son frère le commandant, s'était écrié : « Parmi les défauts de Louis- Napoléon, Une faut pas, du moins, compter F ingratitude. » La conduite du prince démen tit bientôt la parole de Tavocat. Moins de six mois après son arrivée à New-York où il menait folle vie, Louis Rona parte reçut une lettre de la reine Hortense (1848-70) Mort du duc dt Reichstadt (22 juillet 1832). qui, atteinte d'une maladie grave, allait se faire opérer. II s'embarqua pour TEurope et demeura auprès de sa mère qui expira entre ses bras le 3 octobre 1837. Elle Tavait vu, avec douleur, se ruiner par ses dissipations que de doux reproches maternels étaient im puissants à réprimer. En 1836, elle écrivait à la duchesse d'Abrantès : « Si Louis devient jamais empereur, il mangera la France. » gouvernement de son bienfaiteur.
Dès les pre miersmois de 1838, un acquitté de Strasbourg, le lieutenant Laity, publia une brochure dans laquelle on lisait ceci : « Le prince entend proclamer de nouveau ses prétentions au trône de France. » M. Molé, président du conseil des ministres, écrivit à M. de Montebello, notre consul en Suisse : «Louis Bonaparte a assez prouvé assurément qu'il n'était accessi ble à aucun sentiment de reconnaissance et qu'une plus longue patience du gouvernement Après la mort de sa mère, Louis Bonaparte machina une nouvelle insurrection contre le (1848-70 9 Affaire de Strasbourg (28 octobre 1836). tre toute attente, la Suisse, prenant fait et cause pour celui qui compromet si gravement son repos, refusait Texpulsion de Louis Bonaparte, français ne ferait que le confirmer dans son aveuglement et Tenhardir à de nouvelles trames...
Vous déclarerez au Vorort que si, con- (1848-70) 10 parents pour occuper leur place? Ni l'imagi nation de Milton, ni le pinceau de Michel- Ange ne seraient capables de représenter Thorrible scène de ce bouleversement, sans cesse renouvelé, car les enfants aussi sont destinés à être pères un jour. Je me suis expliqué avec M. de Persigny; je lui ai écrit. Je ne sortirai pas de ma résolution prise avec maturité : à chacun la responsabilité de ses œuvres... vous avez ordre de demander vos passe ports. » Le Vorort opposa un refus à là de mande du gouvernement français, afin de sauvegarder le principe et non par sympathie pour Louis Bonaparte, au sujet duquel Tavoyer Kopp, député de Lucerne, s'exprimait ainsi : « Je refuse d'expulser un citoyen de Thurgo vie sur la demande d'un ambassadeur étranger; mais il est hors de* doute que Louis Bonaparte a manqué à la France et à la Suisse.
II devait savoir qu'il renonçait à sa qualité de Français en se faisant recevoir citoyen de Thurgovie. Lucerne'ne saurait féliciter Thur govie de Tacquisition d'un citoyen qui com prend si mal les devoirs qu'impose le titre de républicain. » Des troupes françaises se diri geaient vers la frontière et la Suisse armait son contingent. Devant Timminence d'un con flit dont il redoutait les conséquences pour sa personne plutôt que pour la nation hospita lière dont il était devenu le citoyen, Louis Bonaparte gagna furtivement TAngleterre. « Je ne veux, avait-il écrit, ni réclamer ni re nier mon droit de citoyen suisse. » « Je désire que vous me laissiez en paix dans ma retraite, c'est assez de Tamertume dont vous avez jusqu'ici enivré les jours de votre famille... Adieu, je fais des vœux pour votre bonheur ; vous ne le trouverez que dans le re pentir, le travail et votre soumission à la vo lonté de la Providence. » Louis Bonaparte devait épouser sa cousine Mathilde, fille du roi Jérôme, quand la con spiration de Strasbourg éclata.
La rupture de ce mariage fut attribuée à cette échauffourée ; mais, dit M. Taxile Delord, « l'histoire trou verait aisément dans des lettres rendues publiques sur cette rupture des détails capables de piquer la curiosité et de fournir pâture à la malignité publique ; mais elle ne doit lever le voile qui protège Tintérieur des familles que lorsqu'elle espère jeter un jour inattendu sur quelque grand événement ou une leçon à tous. Elle laisse donc à la chronique le soin de réunir et de publier les documents qui renfer ment les vraies causes de la rupture du ma riage entre M. Louis Bonaparte et M"° Ma thilde Bonaparte, sa cousine. » Le roi Louis, parlant de son fils, écrivait de Pise ' : « J'ai pris le parti de n'y plus songer. Toutes les fois que je reçois des lettres ou quelque écrit relatif à mon malheureux fils, je les brûle sans les lire.
C'est ce que je viens de faire pour deux imprimés relatifs à cet objet. C'est sans doute sa malheureuse mère qui fait faire ces brochures. Je voudrais savoir seulement ce qu'il est devenu. Si vous en savez quelque chose, informez-m'en. » Le roi Joseph répondait en ces termes à une lettre de Louis Bonaparte 2 : Quoi qu'il en soit, le roi Louis écrivait au sujet de son fils : « Où mène une ambition désordonnée et si peu en rapport avec ses moyens? il y a là une déception envers tout le monde. II a refusé de se rendre près de Jérôme, dont il devait épouser la fille. » «... Vous avez rompu les liens qui m'atta chaient à vous, en permettant qu'on vous crût capable, de mon vivant et de celui de notre père, de vouloir prendre notre place! Que se rait-ce que le monde si les enfants et les ne veux ne voulaient pas attendre la mort de leurs Dans une lettre adressée au cardinalFesch, Jérôme disait' : «Louis est ici.
Je ne Tai pas I. Le 20 janvier 1837. 2. Le 10 juillet 1837. i. Le 24 juillet 1837. (1848-70) 11 vu. // se déclare chef du parti napoléonien. J'ignore ses projets et les désavoue d'avance.» nécessaire à Tentreprise. On nolisa un paquebot, la Ville d'Edimbourg, abord duquel mon tèrent, le 4 août 1840, Louis Bonaparte, dix neuf conjurés et trente-huit domestiques ou cuisiniers qu'on revêtit, sur le paquebot, d'u niformes du 40e de ligne; ce régiment était caserne près de Boulogne, où les conspirateurs devaient opérer leur débarquement. « Dans la traversée de Londres à Wimereux, ils burent seize douzaine de bouteilles de vin, sàns comp ter Teau-de-vie et les liqueurs ' ». « Ils ont bu énormément , a dit le capitaine du paquebot dans son interrogatoire, et de toutes sortes de vins. Je n'ai jamais vu plus boire. » L'ex-roi de Westphalie écrivait à son frère Joseph ' : « Tout ce que tu me dis de Textra vagance de notre neveu Louis est bien juste.
Nous ne savons ici que ce que les journaux annoncent, et c'est assez pour gémir sur une pareille entreprise ; tu conçois dans quel état est son malheureux père. Pourquoi Hortense a-t-elle laissé son fils se lier avec tant d'intrigants?... » « La princesse Mathilde est fort triste, nous feront (sic) notre possible pour la consoler. » C'est ainsi que la famille Bonaparte jugeait notre héros, dont Téquipée, à Strasbourg, était qualifiée ainsi par Joseph : « Ce prétendu complot bonapartiste est une tentative téméraire dirigée autant contre nous que contre le gouvernement actuel. » Le 6 août, vers cinq heures et demie du matin, cette bande avinée traversa Boulogne, où tenaient garnison deux compagnies du 42' de ligne, et pénétra dans la caserne. Le lieutenant Aladenize, qui appartenait à ce régiment et au complot, « avait pris le commandement des deux compagnies ; il fit porter les armes et battre au drapeau 2. » Louis Bonaparte ha rangue les soldats et nomme officiers tous les sous-officiers du régiment.
Des soldats, à Tin stigation du lieutenant Aladenize, proclament le prince ; un autre lieutenant du 42e se pré sente et les rappelle au devoir. M. Fialin, ha billé en sous-officier d'infanterie et armé d'un fusil, s'élança sur lui et, « au moment où il al lait le tuer, » Aladenize détourna le coup. M. Col-Puygellier, capitaine des grenadiers, est accouru ; il ordonne aux troupes de faire évacuer la caserne. M. Fialin se précipite vers lui, le fusil en avant. « J'aurais, a-t-il confessé, infailliblement tué le capitaine si M. Aladenize ne s'était de nouveau jeté entre ce militaire et moi et ne m'avait retenu de la manière la Cependant Louis Bonaparte avait loué un hôtel à Londres dans Carlton garden. Ses partisans s'y réunissaient ; à ceux qui figurèrent dans Téchauffourée de Strasbourg s'étaient joints le chef d'escadron Mésonan, les colonels Voisin, Laborde et Bouffet-Mon tauban, M. de Montholon et le docteur Conneau.
On cherchait partout des complices et de Targent, car on voulait donner à Tinsur rection projetée un déploiement qui imposât. Madame Gordon était l'âme de tout cela. Pen dant que les conjurés s'agitaient dans Tombre, Louis Bonaparte se livrait aux plaisirs de la vie aristocratique ; le conspirateur perçait à peine sous le viveur; il se ridiculisait, à Eglington, dans un tournoi où il parut dé guisé en chevalier noir ; il entra dans Tarène en criant : « Montjoie et Saint-Denis! » Au moment où les journaux raillaient et dardillonnaient le preux d'Eglinglon, un in dustriel nommé Rapallo, le comte d'Orsay et une certaine miss Howard que le prince « aimait tendrement 2 », fournirent Targent pereur, fera une comtesse, a rappelé cet amour ten dre dans une lettre relative à un règlement de comptes dont M. Mocquard était chargé : « Elle avait payé, plusieurs fois, les dettes du prince Louis. » (Papiers et Correspondance de. la famille impériale, t. I, p. 137.) 1.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Histoire du Second Empire, 1848-70. (Nombreuses illustrations.).
