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L'aministration du département du Finisterre de 1790 à 1794

E. L. Le Guillou Penanros · 1878 · Scanned text

126,379 words · about 8 h 51 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
E. L. Le Guillou Penanros
Language
French
Published
1878
Length
126,379 words · about 8 h 51 min
Sections
14 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (14)
  1. Front matter about 42 min
  2. Chapitre II about 40 min
  3. Chapitre III about 33 min
  4. Chapitre IV about 28 min
  5. Chapitre V about 26 min
  6. Chapitre VI about 25 min
  7. Chapitre VII about 36 min
  8. Chapitre VIII about 32 min
  9. Chapitre IX about 26 min
  10. Chapitre X about 39 min
  11. Chapitre XI about 1 h 15 min
  12. Chapitre XII about 41 min
  13. Chapitre XIII about 49 min
  14. Chapitre XIV about 38 min

Continue:

Front matter

L'ADMINISTRATION LU DÉPARTEMENT DU FIN ISTÈRE DE 1790 à 1794 f a n M. LE GUILLOD-PËNAiMíOS JUGE Ad TRIBUNAL CIVIL UE BREST BREST IMPniMHIUK F. HALKGOL'ET, IU'K KLÉBER, 11 1X78 L'ADMIMSTRATION DU DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE 1790-1794 [/ADMINISTRATION OU DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE DE 1790 à 1794 rit M. LE GUILLOC-PENANROS JUGE AU TRIBUNAL CIVIL DE BREST BREST IMPRIMERIE F. HALÉGOUET, RUE KLÉBER, 11 Cet Ouvrage, tiré à ÌOO exemplaires, ne sera pas mis en vente. A M. P. LEVOT Conservaieur de la Bibliothèque du Port de Brest, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier de l'mstruction publique. Vous avez bien voulu encourager ce modeste travail en me communiquant, avec la plus libérale obligeance, et en les appuyant de vos conseils, toutes les pièces imprimées ou manuscrites par vous recueillies. Laissez-moi donc le mettre sous vos auspices.

Mon but, vous le savez, n'a pas été de rechercher la publicité. Le tirage de ce volume à un nombre restreint d'exemplaires, l'attesterait au besoin. Je me suis uniquement proposé de laisser à quelques amis et à ceux qu'intéresse notre histoire provinciale, des documenta dont ils puissent tirer un meilleur parti que je ne l'ai osé prétendre. Dois-je ajouter qu'en retraçant un passé dont, avec VI moi, vous répudiez les excès, je mesuis expressément in terdit de parler des persécuteurs sans notoriété, n'ayant d'ailleurs rempli qu'un rôle subalterne, et qu'on peut laisser passer, comme on laisse passer les gens flétris par la justice? D'avance vous en étiez sûr. Ainsi que vous, je regarde comme nécessaire d'éviter à l'égard des personnes des souvenirs impitoyables. J'ai écrit ce livre dans cet esprit.

Par cela seul il serait assuré de ne pas vous déplaire, son auteur n'eût il pas d'autre titre à votre sympathie. En vous faisant cet hommage, ce n'est pas seulement un devoir que j'accomplis, une dette dont je m'acquitte, c'est aussi, j'ai à cœur de le dire, un témoignage d'estime et d'amitié que je vous adresse. E. L. Le Guillou-Penanros, Décembre 1877. Monsieur et très-cher ami, Au terme de ma carrière, rien ne pouvait me toucher plus profondément que l'hommage d'un travail, qui, malgré quelques dissidences de détails, dissidences peu importantes, du reste, a toutes mes sympathies. Je l'accepte donc avec reconnaissance, parce qu'il est pour moi la confirmation de la solide amitié qui m'unit à son auteur. P. Levot. Brest, 20 janvier 1878. Ces lignes sont peut-être les dernières que le regretté M. Levot ait écrites.

Chapitre II

Formation et attributions des assemblées départementales. — Constititution civile du clergé. — Mort de Mgr Conen de Saint-Loc, évêque de Quimper. — Opposition de Mgr de la Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon à la constitution. — Refus général de prêter le serment prescrit par le décret du 27 novembre 1790. Les élections du département terminées, une ordon nance royale du 2 juillet prescrivit aux membres des administrations de département et de district, de se réunir incessamment pour nommer leur président, leur se crétaire, les membres du directoire, et pour prêter le serment civique. La même ordonnance fixait au 3 novembre suivant la première session ordinaire des conseils gé néraux. Jusque-là les anciennes institutions de la province étaient restées en vigueur. Des lettres-patentes du 16 décembre, rendues en conformité d'un décret de TAssem blée nationale du 12, avaient autorisé les commissions in termédiaires nommées par les Etats de Bretagne, le 16 février 1789, à continuer leurs fonctions jusqu'à Torgani sation des assemblées départementales, et comme il y avait une commission intermédiaire dans chacun des neuf évêchés bretons; qu'elles étaient instituées pour régir la pro vince dans Tintervalle d'une session à l'autre, répartir dans le ressort de chaque diocèse les impositions directes votées par les Etats, et les affecter aux divers services publics; qu'elles étaient chargées, on un mot, de tout ce qu'il y avait d'important et de vital dans Tadministration de la province, on peut dire sans aucune exagération, non seulement que la Bretagne ne passa point soudainement, et comme par un coup de théâtre, de Tancien ordre de choses au nouveau, mais encore qu'elle retrouva une partie de ses institutions particulières dans celles que la France nouvelle s'était données.

Conformément à Tordonnance royale susrelatée , les trente-six administrateurs du Finistère s'étaient réunis, le 1er août 1790, à Quimper, en la maison ci-devant occu pée par M. Bainville, située rue Saint-Mathieu, sous la présidence d'âge de M. de Kergariou, qui fut nommé le jour même président définitif, au premier tour de scrutin et à la satisfaction générale de ses collègues dont les applaudissements couvrirent les paroles de remerciement qu'il leur adressa. Le lendemain, après de nombreux scrutins, les adminis trateurs destinés à composer le directoire, surent désignés dans Tordre suivant : MM. Pascal, Morvan, Grivart, Brus lé, Guezno, Duthoya, Le Goat Saint-Haouën et Gosson. M. Marec, substitut du procureur de la commune de Brest, fut élu secrétaire à Tunanimité des voix. L'assemblée, après avoir voté une adresse « tendante à manifester Tattachement inviolable du département du Finistère à la constitution, et la résolution des administrateurs et des autres citoyens du département, de sacri fier leur fortune et leur vie pour la défense des suprêmes législateurs et de leur immortel ouvrage », s'était ensuite ajournée au 3 novembre, comme le lui prescrivait Tarrêté de convocation, et les huit membres du directoire, — non compris le président du conseil général, qui, de droit, en faisait partie. — demeurèrent seuls en permanence au chef-lieu, chargés de tout le fardeau des affaires.

Pour faire face à son immense travail, — car tout était à réorganiser, — les membres composant le directoire se groupèrent deux à deux et se partagèrent la besogne ; MM. Pascal et Le Coat Saint-Haouën, se chargèrent de Torganisation militaire, levées d'hommes, armements et équipements; Guezno et Grivart, eurent Tassiette et la répartition de Timpôt, ainsi que les rentrées à opérer ; Cosson et Veller (remplaçant M. Bruslé, non acceptant), Torganisation du personnel administratif et la correspon dance avec les municipalités du ressort ; enfin les deux derniers, Duthoya et Morvan, eurent les cultes, les tra vaux publics, ainsi que Tinstruction publique et les éta blissements de bienfaisance. Chacune de ces sections discu tait les affaires spécialement dévolues à ses soins, nommait un rapporteur, et les soumettait à la décision du conseil entier.

Ce qui pressait le plus, après la liquidation des dettes contractées par la province sous le régime précédent, c'étaient : 1° la mise en recouvrement pour 1790, des im positions ordinaires arriérées, des suppléments sur les ci devant privilégiés, et de la contribution obligatoire quali fiée de patriotique ; 2° Tétablissementdu nouveau système financier applicable en 1791, et, à cet égard, il n'allait plus exister que deux impositions directes, communes à tous les citoyens : la contribution foncière et la contribu tion mobilière ; 3° Torganisation civile et militaire, celle ci divisée en gardes nationaux et volontaires soldés (leur solde était plus forte que celle des troupes de ligne et ils s'en distinguaient par la couleur bleue de leurs unifor mes) ; 4" enfin, la délimitation des paroisses, Tadmiuistration des anciens biens ecclésiastiques devenus nationaux, et les traitements du clergé.

En outre des travaux qu'on vient d'indiquer, une ins" truction ministérielle du 23 août, recommandait à la vigi lance du directoire, les réparations des églises et des maisons curiales, Tévaluation et la vente des domaines nationaux, la suppression des droits onéreux au public, la liquidation des dettes des communautés supprimées et des hôpitaux, enfin la mise à l'étude des moyens de sup primer la mendicité et le vagabondage. Voilà le programme incomplet de la tâche imposée aux directoires. Pour le remplir complètement, ce n'eût pas été trop que d'y pouvoir consacrer tout son temps et toute sa force. Malheureusement il fut loin d'en être ainsi. Des dissensions religieuses compliquèrent presque im médiatement les difficultés, déjà si grandes, qu'entraînait au milieu des partis, Tétablissement des nouvelles institutions.

Entre toutes les administrations de TOuest, celle du Finistère fut peut-être, sous ce rapport, la plus éprouvée. Je Tai dit en commençant, ce sont les mesures qu'elle prit, dans ces circonstances, pour maintenir le respect des lois et assurer la paix publique, que je me propose d'ex poser spécialement. On connaît Torigine de ces dissensions, on sait qu'elles eurent pour cause les décrets de la Constituante formant ce qu'on a appelé la constitution civile du clergé, sanc tionnée le 24 août 1790. Tout a été dit sur cette constitution ; Thistoire Ta jugée. C'est un lieu-commun aujourd'hui d'indiquer qu'au point de vue des principes, elle fut une faute, et que cette cons titution, œuvre déplorable de théologiens laïques, incompétents, passionnés contre l'église, où Camus, Lanjuinais, Treilhard tendaient la main à Mirabeau, à Robespierre et aux Jacobins «n'était autre chose qu'un essai malheureux, tenté par quelques hommes de bien, qui n'avaient fait qu'y déposer Tempreinte de toutes les amertumes et de toutes les misères d'une coterie.

(Oscar Pinard, le Barreau, p 419.) » La pratique allait en démontrer bientôt la témé raire inopportunité. Je ne saurais toucher ici au fond doctrinal de la cons titution civile du clergé; ce serait mettre le pied sur un terrain où je ne puis être appelé; mais sans entrer dans des controverses où je n'ai pas qualité pour intervenir, je dois cependant noter deux points importants : 1° Elle niait le pouvoir do l'Eglise d'instituer ses ministres et de surveiller leur doctrine ; 2° Elle détruisait la hiérarchie et la discipline, en desti tuant, de sa seule autorité, près de la moitié du corps épiscopal, réduit de 153 membres à 83. Quant aux fonctions épiscopales et curiales , elles étaient, comme on sait, conférées à Télection par des laïques ; Télection avait lieu dans les formes prescrites pour la nomination des administrateurs de département quand il s'agissait d'un évêque, et dans celles prescrites pour la nomination dos administrateurs de district quand il s'agissait des curés.

Ces électeurs se réunissaient une fois par an, le deuxième dimanche du mois de mars, au chef-lieu du district, et nommaient, en une seule fois, à toutes les cures vacantes. II résulte de là, que tous les citoyens, les incroyants, les protestants, les juifs eux-mêmes, comme on le faisait remarquer, pouvaient concourir à ces élections. Ils étaient obligés seulement d'assister à la messe dont, par conve nance, Télection était précédée. Les curés choisissaient leurs vicaires sans avoir besoin de Tapprobation de Tévêque qui, même s'il refusait Tins titution canonique au curé élu, pouvait voir sa décision portée, en appel, devant le tribunal du district et, en der nier ressort, devant Tadministration du département. En résumé, Tautorité civile décidait qui, de Tévêque ou du curé, suivait la pure doctrine.

Quant à Tévêque élu, il n'avait besoin, pour ratifier son élection, que do Tassentiment du métropolitain ou du plus ancien évêque, s'il était métropolitain lui-même En tout cas, il lui était défendu de demander aucune confir mation au Souverain-Pontife; il devait seulement Tinfor mer, par lettre, de sa nomination et de la prise de possession de son siège, pour se mettre en communion avec lui. Telle était, dans ses parties essentielles, la constitution ecclésiastique du 24 août. Doit-on s'étonner qu'elle ait soulevé tant de discordes, provoqué tant de réclamations, et, finalement, allumé un schisme? Les chimériques novateurs dont elle étatt Tœuvre en avaient-ils envisagé le péril? II est permis d'en douter. Et pourtant les avertissements ne leur manquèrent point. Qui ne sait avec quelle dérision ils fermèrent la bou che aux prélats qui donnaient de sages conseils?

N'o saient-ils pas aussi faire valoir, comme argument d'ex trême importance, que très-peu de prêtres se résoudraient à faire le sacrifice des douze cents livres de traitement, généreusement fixées, au minimum, pour les curés, en compensation des domaines enlevés au clergé, des dîmes et du casuel supprimés ? Calcul bien triste, et, qui fut trompé. Enfin, comme sanction aux dispositions de cette loi, on imposa aux évêques et aux curés un serment particulier, serment par lequel ils s'engagaient à maintenir de tout leur pouvoir la constitution générale du royaume non encore terminée, mais qui devait comprendre Thétérodoxe constitution du clergé, ainsi que toute autre loi. Ce ser ment complexe était composé de telle manière qu'en re fusant de le prêter, à cause de la constitution qui le con cernait, le clergé paraissait rejeter toute l'œuvre de la révolution et se poser en partisan de Tancien régime.

Sans doute TAssemblée constituante ne Tavait ni voulu, ni, dans sa majorité, prévu ainsi . mais la logique des choses fut la plus forte. Elle avait beau reconnaître le droit de ne pas prêter le serment et déplacer seulement le privilège en se bornant à faire de l'église constitution nelle la nouvelle église d'Etat, les patriotes associèrent naturellement, dès le premier jour, Tidée de refus de serment à celle de contre-révolutionnaire. Le premier éclat eut lieu, croyons-nous, dans le département du Finistère et ne se fit pas longtemps attendre. Le territoire de ce département comprenait dans sa circonscription les deux anciens évêchés de Cornouaille et de Léon, et comme, d'après la nouvelle division diocé saine, chaque département ne devait former qu'un seul évêché, il en résultait que l'un des deux prélats devait se résoudre à quitter son siège.

Dans Tordre spirituel, au moins, une pareille abdication n'était pas possible. Préoccupés des effets de cette loi et des dispositions qu'elle consacrait, les titulaires de ces évêchés, MM de Saint-Luc et de La Marche, avaient écrit à Rome afin de demander au Pape des instructions sur la conduite qu'ils devaient tenir au milieu des difficultés où ils se trouvaient et des éventualités qui menaçaient l'église de France. La réponse du sage et pieux Pontife Pie VI à la let tre de Mgr de Saint-Luc, datée de Rome le 1er sep tembre, était conçue dans la forme discrète et voilée qu'affecte la chancellerie romaine. Le Saint-Père disait à Mgr de Saint-Luc : « L'amertume des sentiments douloureux dont les affaires de France nous pénè trent, vient d'être considérablement augmentée par la lecture des détails que vous nous donnez. . .

A quel parti s'arrêter aujourd'hui dans ce bouleversement où tous les freins sont brisés ? Nous attendons Tavis d'une con grégation de cardinaux réunis selon qu'il est d'usage pour connaître les atteintes que des systèmes novateurs ont portées à l'église gallicane Nous n'en sommes pas moins plein d'estime pour le courage qui vous anime et les sentiments religieux dont votre lettre contient la profession éclatante » Tant de ménagements devaient rester inutiles ; ils s'expliquent d'ailleurs par la nature même des décisions que la cour de Rome est appelée à rendre et qui auraient moins d'autorité si elle ne procédait avec la maturité et la réserve qu'exigent, plus que toutes les autres, les affaires sacrées. Sur ces entrefaites, Tévêque de Quimper, Mgr de Saint-Luc, mourut soudainement. Le vénérable prélat avait été enlevé le 30 septembre au soir, par une fièvre qui, jugée bénigne d'abord, avait tout à coup pris un carac tère pernicieux.

Né à Rennes, le 17 juillet 1724, il occupait le siège de Quimper depuis Six-sept ans (1er mai 1773). Les vertus de ce prélat, ses grandes qualités, sa charité et sa piété, le rendaient particulièrement digne de tous les regrets. Son dévouement au Souverain-Pontife était absolu ; s'il avait vécu, il aurait partagé Texil et la pauvreté qui attendaient les prêtres fidèles à leurs devoirs. Aussi le lendemain même de sa mort, le bruit se répandit il à Quimper, qu'en prévision d'une notification officielle de la constitution, qu'on lui avait laissé craindre, Mgr Conen de Saint-Luc, voulant se tenir prêt pour Tévénement, avait dicté et communiqué à ses grands vicaires un écrit par lequel il déclarait protester de toute la force de sa conscience contre les atteintes que cette constitution portait à Tordre hiérarchique institué par Jésus-Christ, et à la discipline générale de l'Eglise.

La protestation était-elle authentique ? Ëtait-elle , au contraire, faussement attribuée à Mgr de Saint-Luc? Là dessus les avis sont partagés. M. Du Chatellier incline vers la dernière hypothèse que conteste formellement, et non sans raison, croyons-nous, M. Tabbé Tresvaux, d'après les documents relatifs à cette affaire. Ce qui est certain , c'est qu'une déclaration , réprouvant de la manière la plus énergique la constitution du clergé, déclaration attribuée à Mgr de Saint-Luc, fut remise le len demain de sa mort au chapitre diocésain, par MM. Louis de Bermetz, doyen des recteurs du diocèse, et Mauduit du Plessix , recteur de Plouvan et vicaire général de l'évêché de Quimper. Cette déclaration, dont je ne citerai que les belles recom mandations qui la terminent, était accompagnée d'une lettre au procureur général syndic du département, ainsi conçue : « Monsieur, j'ai reçu le paquet que vous m'avez adressé (le 25 septembre) ; j'espère que vous voudrez bien aussi recevoir mes déclarations : elles ne seront point nouvelles pour plusieurs respectables membres du directoire, devant lesquels je me suis plus d'une fois expliqué.

J'ose me flatter qu'il n'est personne dans mon diocèse, qui ne me rende la justice de croire qu'elles étaient depuis longtemps préparées dans mon esprit et dans mon cœur; mais je bénis Dieu, qui me visite depuis quelques jours par une maladie très-sérieuse, d'en avoir suspendu pendant quelques heures la violence et les effets , et de m'avoir donné les moyens de manifester mes sentiments d'une manière authentique. — Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très-obéissant serviteur (sans signature) ». Suit le texte même de la déclaration dont voici la conclusion : « . . . . Nous demandons, nous réclamons Tassemblée d'un concile national, si nécessaire dans les circonstances ; nous demandons, nous réclamons le recours au Souverain- Pontife pour Tapprobation et la sanction des décrets qui seront rendus dans ce concile par les évêques qui, seuls, peuvent, de concert avec lui, juger de ce qui appartient à la foi, aux mœurs et à la discipline générale....

Enfin, après avoir exhorté, autant qu'il est en nous, nos chers coopérateurs à s'en tenir aux principes de la saine morale, même sur Tusure, nous déclarons, qu'animé plus que personne du désir de voir renaître dans le royaume, Tunion et la charité fraternelle, nous les conjurons, par les en trailles de la miséricorde de notre Dieu, de sacrifier comme nous à ce bien inappréciable, tout ce que la conscience leur permettra de sacrifier. Nous les conjurons de n'em ployer dans leurs exhortations, que des paroles de subordination, de soumission aux puissances légitimes, et d'éviter avec une scrupuleuse attention, tout ce qui pour rait être susceptible de mauvaise interprétation, afin que nos ennemis les plus décidés, ne puissent avoir prise sur nous et en prendre Toccasion de blasphémer le nom de Dieu » Qu'on nous permette de citer également les lignes suivantes, annexées à la déclaration de Mgr de Saint-Luc, formant une brochure de huit pages, publiée à Quimper en 1790, sans nom d'imprimeur : « Nous soussignés, prêtres et chanoines de l'église cathédrale, certifions que feu le révérend évêque de Quimper, le mardi, 21 septembre, deux jours avant qu'il soit tombé malade, nous avait appelés à son palais pour nous communiquer un projet de mandement qu'il avait tracé sur le papier, relativement aux affaires du temps ; qu'il nous en fit lecture, et que ce projet renfermait tous les objets et les sentiments énoncés dans la déclaration ci-dessus.

Signé: Gilart de Larc'hantel, Cassoul, LeBorgne, de Silguy. » De pareils témoignages veulent être considérés sérieu sement avant d'être contredits. Ce fut là le début; une grave difficulté surgit aussitôt. D'après les anciennes règles ecclésiastiques , les chapitres cathédraux choisissaient les dignitaires auxquels devait être confiée Tadministration diocésaine pendant la vacance du siège; mais ces chapitres n'avaient plus d'existence légale; la constitution les avait supprimés, en spécifiant que la gestion des affaires ecclésiastiques serait dévolue, en pareil cas, au premier vicaire épiscopal. Sans s'arrêter à cette prescription, qui ne pouvait sui vant lui le délier de ses devoirs, le chapitre extraordinairement assemblé, le 30 septembre, au lieu et à la manière accoutumés, et auquel étaient présents MM.

Gilart de Larc'hantel, Thiberge, Le Borgne, Desnoës, Cassoul, de Silguy, Audoyn, Rocquencourt, Guesdon, Talhouet, Du laurent, Descognets, Le Normant, Duportal et Langan, tous prêtres et chanoines, nomma conformément à Tan cien droit, plusieurs vicaires capitulaires, choisis parmi les vicaires généraux du prélat défunt. Lui-même, il se déclara résolu à ne point abdiquer des fonctions dont il no croyait pas pouvoir être dépouillé sans le concours de Tautorité spirituelle. Cela devait être ainsi, et il est facile de voir à quelle impasse Tadministration du département se trouvera bientôt acculée. Le directoire, en effet, avait pour obligation de faire exécuter la loi, et cette obligation, il voulait la remplir. A cette fin, il fit notifier aux grands vicaires, illégale ment désignés, le texte de la constitution civile, puis il commit deux de ses membres pour aller immédiatement apposer les scellés sur les archives de l'évêché.

En même temps, il fit connaître aux administrés sa résolution de donner sans retard un successeur à Tévêque défuntpar la convocation des électeurs au chef-lieu. Les grands vicaires et les chanoines du chapitre ne tin rent compte de ces notifications. Assemblés à l'évêché, au lieu ordinaire de leurs séances, ils nommèrent un titu laire (M. Tabbé Valet) à la cure vacante de Kerfeunteun, paroisse voisine de Quimper, à la présentation de Tévê que, et décidèrent ensuite de donner aux funérailles de Mgr de Saint-Luc, fixées au mardi 5 octobre, Téclat d'une manifestation solennelle. Dans ce dessein, ils expé dièrent de tous côtés des gens chargés de remettre aux recteurs du diocèse leurs instructions particulières, et, comme il convenait dans la circonstance, leurs lettres de convocation. Au jour indiqué, des troupes nombreuses de paysans, des paroisses les plus éloignées, comme de celles les plus proches de Quimper, conduites par leurs recteurs, affluè rent au chef-lieu, bannières déployées.

Dès le matin, une foule énorme encombrait la place qui précède l'église Saint-Corentin et les rues avoisinantes. A dix heures, la cérémonie religieuse commença ; elle fut belle et saisissante; rien ne manquait de ce qui pouvait lui donner un caractère imposant. Les prières de l'église achevées, les restes mortels du prélat surent des cendus dans un caveau situé sous le porche de la cathé drale, ainsi qu'il Tavait demandé par humilité. Alors, peu à peu, la foule s'écoula morne et silencieuse. Resté seul, le clergé se retira dans la sacristie où la déclaration attribuée à Mgr de Saint-Luc lui fut com muniquée. Invités à y donner leur adhésion, tous les ecclésiastiques présents, au nombre de deux cent quatre vingt-sept, la signèrent en protestant « qu'aucun d'eux n'oserait jamais faire usage de la juridiction qui leur se rait confiée par le successeur de Tillustre mort, si ce successeur était pourvu de l'évêché de Quimper autrement que suivant les anciennes formes canoniques, et avant que Tautorité ecclésiastique les eût changées.

Nous vous con jurons en conséquence, Messieurs, de suspendre toute dé marche préparatoire à Télection du futur évêque de Quim per, pour ne pas donner au diocèse un pasteur avec lequel il ne serait pas possible de communiquer indivinis » Nous aurions , Messieurs , d'autres réclamations à ajouter à cette supplique; mais nous les trouvons toutes renfermées dans la lettre et la déclaration ci-jointes, que feu Mgr Tévêque de Quimper avait préparées Nous adhé rons pleinement aux principes y exposés, sans restrictionni exception quelconque. Si monseigneur Tévêque ne les a pas signées, c'est uniquement parce que la maladie s'étant dé veloppée subitement, il s'est trouvé dans Timpossibilité de le faire. Nous sommes assurés de son authenticité. » Suivent les signatures des nombreux ecclésiastiques présents; puis, par adhésion, colles de MM.

Liscoat, supérieur du séminaire; I.eissègues, directeur du séminaire; Allain Le Louédec, directeur du séminaire de Plouguernevel; Penanros, prêtre, prieur de Saint-Herbot; de la Ruine, Kernaëret, Ansquer, etc., prêtres.» (Exemplaire imprimé provenant des archives de l'évêché de Quimper.) Le jour même, la protestation des ecclésiastiques du diocèse fut remise au directoire du département, lequel, sans perdre un moment, ouvrit une enquête portant sur Tauthenticité de la déclaration et sur la façon dont les signatures qui s'y trouvaient avaient été obtenues. L'information établit d'abord que la pièce attribuée à Mgr de Saint-Luc n'émanait pas directement de lui et qu'on ne pouvait même pas fournir la preuve qu'il Teût dictée ou approuvée ; en second lieu, qu'elle portait la trace de plusieurs signatures effacées aussitôt qu'elles avaient été apposées, preuve évidente, osait-on dire, de la surpri se et de la mauvaise foi qui avait dirigé cette manœuvre.

En conséquence, le directoire rendit, le 7 octobre, un arrêté portant : 1° Que la protestation était mensongère mont attribuéeàl'évêque défunt; 2° que les expressions en étaient séditieuses, puisqu'elles provoquaient les fidèles à la violation de la loi; 3° que défense était faite à tout imprimeur de la publier, comme à tout recteur de la communiquer à ses paroissiens, et à tout prêtre de la lire en chaire, sauf à encourir les poursuites légales. Ce n'était encore là qu'un premier acte, et déjà le direc toire agissait en adversaire déclaré, ardent et impétueux, du clergé qu'il traitait en ennemi. De nouvelles difficultés surgirent aussitôt. En efl'et, malgré sa suppression légale, officiellement notifiée, le chapitre continuait à s'assembler et à publier des décisionsqui devenaient bientôt après, dans le public, le texte de récriminations passionnées contre la révolution victo rieuse.

L'administration ne Tignorait pas, et elle se savait assez forte pour braver toutes les protestations; mais des esprits conciliants, dévoués d'ailleurs au nouvel ordre de choses, T engageaient à différer les mesures qu'elle projetait, dans l'espoir que les négociations ouvertes avec le Saint-Siège aboutiraient, vu la marche des choses, au retrait de la loi. Un grand intérêt s'attachait donc à la décision qu'allait prendre le comité ecclésiastique de TAssemblée nationale que le directoire s'était empressé de consulter La réponse ne se fit pas attendre. Elle enjoignait à Tadministration du département de dissoudre le chapitre diocésain, au besoin par la force, et d'empêcher les deux vicaires capitulaires de vaquer à leurs fonctions en leur interdisant Taccès de l'évêché. II n'y avait plus d'illusion à se faire.

Parvenue le 17 au soir à Quimper, cette décision fut communiquée officieu sement aux différents membres du clergé qu'elle concer nait, et qui, en prévision de ce résultat, avaient rédigé d'a vance une protestation qu'ils remirent le lendemain, 19 octobre, aux membres du directoire du district chargés de le leur notifier d'une façon expresse (1). Cette protestation des vicaires capitulaires et du chapitre réunis est trop étendue pour que la reproduction textuelle en soit possible ici; j'en détacherai seulement les lignes qui la terminent : «... La sévérité de vos ordres, (I) Les archives départementales doivent poscéJer le procès-verbal de la dissolution du chapitre. Je n'ai pu me le piocurer. y est-il dit, suffit pour justifier les réclamations que faisaient, il y a près de deux ans, les prélats et les chapitres de la province de la Bretagne, rassemblés à Saint-Brieuc, par ordre du roi.

Ils semblaient prévoir, dès-lors, les mal heurs qu'allait entraîner une convocation faite d'après les principes républicains d'un ministre protestant, et précé dée de cris populaires et tumultueux qui appelaient Tanar chie sous le nom séducteur de la liberté... En cédant à la force, à ce pouvoir qui brise tout et ne respecte rien, nous protestons hautement contre Timpossibilité absolue où vous nous mettez de satisfaire à nos obligations les plus indispensables. Nous déclarons que nous n'y renonçons pas... Non, messieurs, nous n'abandonnerons pas Tadmi nistration spirituelle de ce vaste diocèse à des hommes sans caractère sacré, qui ne pourraient ni absoudre, ni délier. Pleins de cet esprit de force qui animait notre saint évêque, nous serons comme lui inflexibles; Tappareil de la mort ne nous serait point pâlir.

Trop heureux se rions-nous de pouvoir mêler notre sang à celui de Thom me Dieu, pour la cause de la religion et pour le salut des âmes .. » Toute la lettre est d'une fermeté d'expression aussi im posante. Elle est signée : Descognets, L. de TArchantel, R. de TArchantel, Thiberge de Silguy, du Laurens de la Barre, Guësdon, Cossoul, vicaires généraux et chanoines; Boissière, secrétaire général de l'évêché. Telle est la façon dont la constitution civile fut reçue dans l'évêché de Quimper, il nous faut exposer maintenant Taccueil que lui réservait Tévêque de Léon. Le titulaire de ce diocèse, Mgr de la Marche (né en 1729 au manoir de Kerfors, paroisse d'Ergué-Gabéric), était bien résolu à ne pas abdiquer volontairement les droits de sa charge. Dès le 18 juin, c'est-à-dire près d'un mois avant, Mgr de Saint Luc, dont la lettre est seulement du 16 juillet, il avait écrit au Pape pour lui demander la direction à suivre.

Espérant qu'il ne serait pas donné suite aux résolu tions de TAssemblée nationale ou que le veto royal les annulerait, le Saint-Père lui avait répondu, le 4 août, d'une manière vague et générale. Peu importait à Mgr de la Marche; sa conduite lui était dictée par son devoir et il agit en conséquence, Le 3 octobre, ayant reçu de Morlaix un paquet timbré aux armes de Tadministration du district et portant pour suscription son nom avec cette qualification : ancien évêque de Léon, il refusa de rouvrir et le retourna au procureur syndic du district, M. Le Dissez-Kerbabu, en motivant son refus dans une lettre dont voici un extrait significatif : « — Je ne suis point ancien évêque de Léon ; ce paquet n'est donc point à mon adresse, et je ne le reçois point. Au reste, si, comme le bruit s'en répand, la lettre que vous m'adresseriez contenait une notification de la constitution civile du clergé, j'ai Thonneur de vous dire que je n'en accuserais pas la réception... » C'était en effet de cette no tification qu'il s'agissait.

L 'exemple, donné de si haut, fut suivi le lendemain par les chanoines composant le chapitre diocésain, MM.de Troërin, chanoine-chantre, président ; Roussel de Kerou las, Le Dali de Trémelin, de Mathézou, de Puy-Ferré, Prigent, Quentric, de Limoges, Le Gac, Hardy, Henry, Niquet et de Poulpiquet, qui remirent également à la poste, sans vouloir rouvrir, la dépêche contenant Tavis de la suppression de leurs fonctions. Pour le moment Taffaire n'eut pas de suite... Avant de s'y engager, Tadministration voulait faire élire Tévêque du Finistère, conformément à la constitution nouvelle, et elle convoqua, dans ce but, les électeurs du département pour le 31 octobre à Quimper. Dès que parut cet arrêté, les recteurs de Léon, auxquels se joignirent les outres ecclésiastiques du diocèse, en tout 325, souscrivirent une protestation ainsi conçue : & Nous soussignés, recteurs et autres ecclésiastiques de l'évêché de Léon, ayant connaissance de la nouvelle constitution civile du clergé décrétée par TAssemblée nationale, et de la convocation des électeurs du département pour procé der à Télection d'un évêque du Finistère; inviolablement attachés à la religion et à la discipline de l'église catholi que, apostolique et romaine, protestons contre toute sup pression et réunion de bénéfices, spécialement contre la réunion des évêchés de Quimper et de Léon, sans Tautorité de l'Eglise et Texécution de toutes les formes canoniques.

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