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MÉMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA VILLE DE DIEPPE IMPRIMÉ A DIEPPE, PAR PAUL LEPRÊTRE ET Ce. BIBLIOTHÈQUE DIEPPOISE MÉMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA VILLE DE DIEPPE PAR MICHEL CLAUDE GUIBERT PRÊTRE PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS AVEC UNE INTRODUCTION, DES SUPPLÉMENTS JUSQU'A 1790 ET DES NOTES HISTORIQUES. Par MICHEL HARDY Correspondant du Ministère de finstruction publique. TOME I DIEPPE A. RENAUX, LIBRAIRE, Grande-Rue, 43. M»' A. LEBLANC, LIBRAIRE, Rue de la Barre, 14 PARIS MAISONNEUVE et O, LIBRAIRES 25, Quai Voltaire, 25. ROUEN Ch. métérie, libraire 11, Rue Jeanne-d'Arc, II. M.DCCC.LXXVIII.
Introduction
La ville de Dieppe, mieux dotée que beaucoup de loca lités plus importantes, compte une suite nombreuse de chroniqueurs. Dès le milieu du quinzième siècle, un écrivain dont le nom n'a pas été conservé, mais que l'on présume appar tenir à la famille Miffant, donna une relation du siège de cette ville, en 1443, par Talbot. Son manuscrit, transmis de père en fils chez les Miffants, était encore à Dieppe dans les premières années du dix-septième siècle. II a malheureusement disparu, comme du reste le plus grand nombre de nos chroniques manuscrites dont chaque jour nous déplorons plus amèrement la perte. Le bombardement qui réduisit Dieppe en cendres, en 1694, en a sans doute anéanti plusieurs ; d'autres, plus nombreuses peut être, ont péri par l'ignorance et l'incurie de leurs pos sesseurs : combien nous souhaiterions que beaucoup sussent simplement égarées et que des mains secourables les rendissent un jour à la lumière !
La relation de 1443 fut longtemps le seul monument con sacré à notre histoire locale ; mais à partir de la fin du sei zième siècle, avec les troubles de la Réforme et les guerres de la Ligue, les écrits commencèrent à se multiplier. Alors on vit paraître des mémoires particuliers où la controverse religieuse n'a pas une moindre part que le récit des faits, et dont une critique éclairée ne doit accueillir les allégations qu'avec la plus grande réserve, puis, à a
INTRODUCTION.
. VI côté d'eux, tout une série d'ouvrages entrepris unique ment dans le dessin de raconter les annales de la ville et d'en présenter le tableau, soit dans son ensemble, soit dans l'une quelconque de ses parties. L'élan était donné aux recherches historiques et ne s'arrêta qu'à la Révo lution. Le dix-septième et le dix-huitième siècle surent la grande époque des chroniqueurs Dieppois. Parmi les plus importants, il nous suffira de citer : Michel Estancelin, qui vivait au temps de la Ligue et écrivit un Journal des événements dont Dieppe fut alors le théâtre ; — les PP. Billard et Martin, minimes ; les sieurs Dartenay, Dablon l'ancien, et Daval, dit le Policien Religionnaire, auteurs de mémoires sur l'histoire du pro testantisme à Dieppe ; — Nicolas Dablon, lieutenant général au bailliage. II avait composé plusieurs manuscrits fort curieux, dont un seul, concernant l'hùpital général, est parvenu jusqu'à nous. — L'abbé Poulain, directeur de la Visitation, et les sieurs Dupont, Leber et Falaize rédi gèrent, dans la première moitié du dix-septième siècle, les annales complètes de la ville. — Résumant tous les travaux de ses devanciers, David Asseline, prêtre de S1 Jacques, termina, en 1682, son grand ouvrage des Anti quitez et chroniques de la ville de Dieppe (1). — François Chrétien donna une Relation détaillée du bombardement de 1694. — Enfin, Laurent Croisé, procureur en TAmirauté, acheva, vers 1723, son précieux manuscrit intitulé Histoire abrégée et chronologique de la ville, château et citadelle de Dieppe (2).
(1) Ce manuscrit d'un si grand intérêt historique, a été publié par nous, en collaboration avec MM. Guérillon et l'abbé Sauvage, en 1874. L'ouvrage imprimé à Dieppe, chez M. Delevoye, forme 2 beaux volumes in-8. (2) Le lecteur trouvera dans la suite de cet ouvrage, notamment dans le Supplément au chapitre des Hommes célèbres, des notices sur la plupart des chroniqueurs dont on vient de rappeler les noms.
INTRODUCTION.
. VII A cette liste déjà longue, il faudrait ajouter celle non moins étendue des manuscrits dont les auteurs ont voulu garder l'anonyme ou ne sont plus connus. Telles étaient, en dehors des dépôts d'archives, les richesses historiques conservées encore pour la plupart vers le milieu du siècle dernier et que l'abbé Guibert mit largement à contribution, comme il nous rapprend lui même dans sa préface, pour composer l'ouvrage que nous publions. Après avoir donné ces quelques renseignements sur les prédécesseurs de Guibert, nous passons à la biographie de ce modeste et consciencieux historien. I. Guibert (Michel-Claude) naquit à Dieppe, dans la rue de la Barre, à l'entrée de la cour du Louvre (1), le 8 août 1697 (2). II était fils de Michel Guibert et de Marie-Magde leine Hamel, son épouse, qui, ce jour-là, mit au monde deux enfants d'une seule couche (3).
(1) Rue de la Barre, n» 99. (2) Voir la notice de M. l'abbé Cochet, intitulée L'abbé Guibert, chroniqueur dieppois , dans la Revue de Rouen, année 1842, 1" série, p. 16-24. Cette étude biographique, à laquelle nous aurons plus d'une fois l'occasion de recourir, a été reproduite dans la Galerie dieppoise, 2' éd., 1862, p. 39-48. (3) — « Le 9" [aoust 1697] surent baptisez par M. le vicaire deux gémeaux nez du 8a, enfans de Michel Guibert et de Marie-Magdeleine Hamel (4) sa femme ; le premier nommé Michel-François par François Guibert et Anne Hamel, le second nommé Michel-Claude, par Claude Guibert et Anne Lemaitre ». Au bas de l'acte se trouvent les signatures de Michel Guibert, Fran çois Guibert, Anne Hamel, Anne Le Meistre et « le merq de Claude Guibert ». (Extrait du Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Saint-Remy, pendant Vannée 1697.)
(4) M. l'abbé Cochet a, par inadvertance. écrit.Houel. introduction. VIII Quoique les actes de l'état-civil n'en fassent aucune mention, on tient pour certain que son père exerçait la profession de taillandier. Les traditions que nous avons recueillies dans sa famille en font foi, et plus encore ce surnom d'abbé Ferraille que les gens du peuple lui donnèrent et dont le souvenir fut transmis à M. l'abbé Cochet par quelques vieillards contemporains de notre chroniqueur (1). Les jumeaux nés en 1697, ne furent pas les seuls enfants qu'eut Michel Guibert. Cinq autres, pendant les dix années qui suivirent, vinrent successivement prendre place à son foyer, savoir : Adrien-Thomas, en 1698; Marie-Françoise en 1701 ; Pierre, en 1703 (celui-ci ne vécut que deux jours) ; Jean-Jacques, en 1707, et Marie-Magdeleine-Monique, en 1710.
Exténué sans doute par l'excès de travail et par les privations qu'il s'imposa pour subvenir aux besoins des siens, le pauvre père vit promptement ses forces .'abandonner. II décéda, le 3 octobre 1716, n'étant âgé que de quarante-deux ans. Michel-Claude venait d'accomplir sa dix-neuvième an née. Dans un moment aussi critique, nous aimons à nous le représenter consolant sa mère et avisant gravement avec ses frères Michel-François et Adrien-Thomas aux moyens à prendre pour écarter la misère. La famille en effet était dénuée de ressources et le travail seul pouvait lui en procurer. II est à présumer que les deux frères de Guibert, dont nous venons de citer les noms, remplacè rent leur père à l'atelier. Pour notre chroniqueur, tout (1) Le travail du fer fut du reste la spécialité de la famille Guibert qui s'y appliqua de père en fils.
Les oncles de Michel-Claude Guibert, ses propres frères et toute leur descendance furent forgerons ou taillandiers. Nous avons pu maintes fois le reconnaître en compul sant les registres de l'état-civil conservés à la Mairie de Dieppe.
INTRODUCTION.
. IX porte à croire qu'il se destinait déjà à l'état ecclésiastique et qu'il dût continuer activement les études qu'il avait entreprises dans ce dessein. Bien que ce ne soit aussi qu'une simple présomption, nous pensons qu'il suivait les cours des Pères de TOratoire, et qu'il termina à Dieppe même ses études de théologie. Son nom ne figure pas en effet parmi les élèves du grand séminaire de Rouen (1). Cinq années après la mort de son père, le 20 septembre 1721, Guibert fut ordonné prêtre, dans la chapelle de Tarchevêché de Rouen, par Msr. l'évêque d'Avranches(2). Nous ignorons où se passèrent les premières années de sa vie sacerdotale. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que dès le milieu de Tannée 1725, il était de retour à Dieppe, et remplissait les fonctions de choriste (3) dans cette église Saint-Remy qu'il aima d'un si vif amour et qu'il ne devait plus quitter (4).
(1) Ce renseignement nous est fourni par M. l'abbé Tougard qui a bien voulu également rechercher pour nous, dans les Archirves de l'Archevêché, la date de l'ordination de Guibert. (2) Avranches avait alors pour évêque Mgr. César Le Blanc, neveu de Mgr. Armand Bazin de Bezons, archevêque de Rouen. — Gallia Christiana, XI, 506, A. (Communication de M. l'abbé Tougard.) (3) Pièces justificatives des comptes de la fabrique de Saint-Remy, 1725-1726; Archives du trésor. (4) Le premier acte que nous ayons trouvé transcrit de la main de Guibert sur les registres de la paroisse de Saint-Remy, est de l'année 1730. Comme il concerne sa famille et offre l'exemple assez rare d'un oncle baptisant sa nièce et en étant à la fois le parrain, nous croyons qu'il intéressera le lecteur : « Le 19 (mars 1730) fut baptisée par Mr Guibert, prêtre habitué de cette Paroisse, avec la permission de Monsieur le curé, Marie-Anne- Michelle-Claude, fille de légitime mariage de Thomas-Adrien Guibert et Magdeleine-Claude Le Seigle, nommée par ledit sieur Guibert et Barbe Pépin. » Signé : M-C. Guibert et Barbe Pépin. (Extr. du Registre des baptêmes, mariages et sépult. de la paroisse de Saint-Remy, pour Vannée 1730.) X
INTRODUCTION.
. A la Saint-Michel de Tannée 1737, Guibert fut nommé sous-diacre d'office (1), et, en 1745, le jour de Noël, il fut promu au grade de diacre d'office (2) d'où il ne progressa plus jusqu'à sa mort. Dans des fonctions aussi modestes, les honoraires de Tabbé Guibert ne pouvaient être bien élevés ; on s'éton nera toutefois qu'ils aient été aussi faibles. Jusqu'à 1767, ils ne s'élevèrent qu'à trente livres par an. Alors, sur la proposition de M. de la Houssaye (3), trésorier, le conseil de fabrique, reconnaissant Tinsuftìsance des gages alloués aux officiers du chœur, « gages trop modiques pour que des prêtres auxquels le travail est interdit par état, puissent s'entretenir décemment », porta les honoraires du diacre et du sous-diacre à quarante livres (4). Même avec ces conditions nouvelles, un prêtre n'aurait pu se contenter pour vivre, de la rétribution du diaconat.
Les messes sondées à perpétuité par des bienfaiteurs de l'église venaient fort heureusement en compensation. Guibert eut de bonne heure le privilège d'acquitter chaque semaine les trois messes de la fondation Du Verdray, ce qui lui rapportait par an cent vingt livres. En outre, il cumulait avec sa place de diacre d'office celle de chape lain de la Charité de Sainte-Marthe et de Saint-Lazare et recevait pour ce titre un honoraire annuel de quarante livres (5). Ses revenus fixes peuvent donc être évalués à deux cents livres. (1) Pièces justificatives des comptes de la fabrique, 1737-1738. (2) Ibid. 1745-1746. (3) De la Houssaye (Louis-Alexandre-André), Ecuyer, S' de Saint- Victor, lieutenant-général de l'amirauté. (4) Registres des délibérations de la fabrique; assemblées du 14 mars et du 1« juillet 1767. (5) Comptes de la Charité de Sainte-Madeleine, Sainte-Marthe et Saint-Lazare, aux archives dû la paroisse.
INTRODUCTION.
. XI Quoique minimes, ils suffirent aux besoins de Tabbé Guibert. De son temps, il est vrai, la valeur de l'argent était plus élevée qu'aujourd'hui, mais surtout on ignorait absolument, dans la classe moyenne de la société, ces aises de la vie et cette recherche de la table qui, en aug mentant chaque jour nos dépenses, exigent des ressources beaucoup plus considérables. Un trait rapporté par M. Tabbé Cochet témoigne de la simplicité extrême qui présidait à la vie privée de Guibert. Le jour de Pâques, il invitait chaque année un intime ami à diner avec lui. Suivant Tusage des familles chrétiennes de ce temps, il y avait fête au foyer. Pâques n'est-il pas le jour par excellence, le jour où chacun doit se livrer à Tal légresse ? Hœc dies quam fecit Dominus : exultemus et lœtemur in eâ! Or, quel était le menu de ce festin du jour de Pâques?... un rognon de bœuf, que les deux amis man geaient au coin de Tâtre, dans une assiette posée sur la tête aplatie d'un landier de famille !
Scène touchante, qui a ins piré à notre sculpteur dieppois M. Graillon père, l'un de ses groupes en terre cuite les plus gracieux, et redouble l'intérêt qui déjà s'attache à la personne si sympathique de notre chroniqueur ! Guibert pauvre et fuyant Téclat du monde, ne put toutefois se borner au rôle modeste dans lequel il eut souhaité se renfermer. Dans la seconde partie de cette notice, où nous étudierons en lui Técrivain, nous verrons que l'Aca démie de Rouen, rendant hommage à ses mérites littéraires, lui ouvrit ses portes et Tadmit dans son sein, en 1760. — Ses compatriotes de leur côté ne furent pas sans apprécier un homme qui, par ses recherches historiques, avait donné tant de preuves de son attachement à sa ville natale. Le 8 avril 1767, M. Tabbé Bruno, curé de Neuville, ayant été nommé, la veille, conseiller, la place de notable qu'il laissait vacante dans le conseil de ville, fut attribuée à Tabbé Guibert.
INTRODUCTION.
. Nous donnons un extrait du procès-verbal de cette séance d'élection. Outre l'intérêt qu'il offre par lui-même, il permet de juger de Timportance réelle de la distinction qui fut accordée à notre chroniqueur en cette occasion : « Du mercredy huitième jour d'avril mil sept cent soixante sept, dix heures du matin. En la Salle ordinaire de l'hôtel de ville de Dieppe, nous Henry Rigoult, président au grenier à sel de cette ville, premier Echevin, Assisté de M™ Pierre Nicolas Langlois, avocat en la cour, Greffier secrétaire dudit hôtel, pour procéder à l'élection de six notables au lieu et place des six qui ont été nommez et élus conseillers en l'as semblée du jour d'hier; sçavoir un dans l'ordre eclésiastique, deux dans celuy des commençaux, avocats, médecins et Bourgeois vivant noblement, d'un parmy ceux qui composent la communauté des notaires et procureurs, un parmy les négociants et armateurs, et un parmy les marchands, les chirurgiens et autres exerceant les arts libéraux : Ont été apellez Messieurs les députez des corps et com munautez de ladite ville, convocquez au jour, lieu et heure, par billets à eux délivrez par Lecceur et Lemercier, sergents commis saires, ainsy qu'ils l'ont présentement juré et affirmé véritable.... ainsi qu'il ensuit : MM.
Bruno, curé de Neuville-le-Pollet, pour le clergé, De Montpinçon, pour la noblesse, Delaulne, pour le Baillage Royal d'Arqués, "Lamy, pour la haute justice de Dieppe (1), Desmarquets, pour les Eaux et forets, 'Duclariel, pour l'Election, *De la Houssaye, pour TAmirauté, Cotterel, pour les traittes, Petit, pour la juridiction consulaire, Blondel, pour le collège des avocats, Erambert, pour celuy des médecins, Le Marchand, pour les procureurs, Riolle, pour les chirurgiens, Guillaume Vasse, pour les négotiants, 'PaulQuesnel, pour les merciers, Gossier, pour les chandeliers. (1) Les noms précédés d'un astérisque.sontceux desdéputés absents.
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. XIII MM. Lecanu, pour les épiciers et orfèvres, Delaporte, pour les cordonniers, Denoville, pour les tonneliers, Lherminier, pour les cuisiniers, Blondel, pour les horlogers, Guibert, pour les forgerons, Poyer, pour les calfats, Acard, pour les perruquiers, 'Lanchon, pour les brasseurs, corroyeurs et scieurs de long, Delabarre, pour les menuisiers, Merard, pour les maçons, Larouzée, pour les bonnetiers, chapelliers et peignerres, 'Asseline, pour les bouchers, Chandelier, pour les aubergistes, Leclerc, pour les ivoiriers, Robin, pour les boullengers, Reine, pour les tailleurs, Heudes. pour les charpentiers de navire. Demesliers, pour les étammiers et tixerands. Et chacun ayant donné son billet pour la classe du clergé, ouverture faitte du scrutin, arangement et compte fait des billets, il s'est trouvé que le Sr abbé Guibert a réuni le nombre de onze voix; Le S' abbé Benoit, le nombre de sept; LeSr Lefort, curé de Saint-Jacques, le nombre de cinq voix; Le Sr Dubois, curé de Saint-Remy, quatre; et le Sr abbé Langlois, deux, du nombre de vingt neuf.
Pourquoy, le dit Sr Abbé Guibert est et demeure élu notable pour la ditte classe (1). Dans ses fonctions de notable, Tabbé Guibert se montra ce qu'il était comme prêtre, réservé, prudent et plein de zèle. II assista aux séances aussi assidûment que le lui permirent ses occupations ecclésiastiques, et plus d'une fois sa parole pesa utilement dans les délibérations. Partageant son temps entre les devoirs de son état et (1) Registres des délibérations du corps municipal de Dieppe ; 5« registre (1763-1770), f" 85 v«.
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. XIV Tétude de toutes les questions qui se rattachaient à la ville de Dieppe, ordonné dans ses travaux de chaque jour, d'une piété insigne et d'une grande condescendance envers son prochain, il parvint à un âge très-avancé, sans trop s'être ressenti des tristesses de cette vie, sans connaitre non plus les infirmités physiques réservées d'ordinaire à la vieillesse. II était de taille moyenne, de constitution nerveuse et d'une santé de fer, nous a rapporté un de ses arrière-neveux. Nous dirons d'autre part que ses dernières quittances conservées dans les archives de l'église Saint- Remy, sont écrites avec la même sûreté de main que celles qu'il écrivait un demi-siècle auparavant ; on aurait peine à croire qu'elles sont Tœuvre d'un octogénaire. Un léger nuage de tristesse vint toutefois assombrir à son déclin une existence jusque-là si paisible.
Le 2 décembre 1783, la fabrique de Saint-Remy faisant droit à la demande du vénérable Guibert, acceptait sa démission, tout en lui accordant ■« la continuation de ses honoraires, avec la moitié du casuel ». En même temps elle recevait à sa place « le sieur abbé François Paré, précepteur chez Mr Flouest ». Nous ne voyons pas que cette nomination déplût alors à Guibert qui, présent à la séance, ne fit aucune observation, mais au contraire apposa sa signature à côté de celle de Tabbé Paré, au bas de l'acte de la délibération. Un regret tardif lui vint-il, ou céda-t-il à d'instantes sollicitations?... II y avait à peine un mois que cette délibération avait eu lieu, quand Guibert adressa une lettre au conseil de fabrique, dans laquelle il s'élevait contre la nomination de Tabbé Paré et demandait qu'on lui substituât son ancien confrère et probablement son ami, Tabbé Cavelier, sous diacre d'office.
Ce dernier de son côté réclamait avec de vives instances. Afin d'éviter les contestations que cette affaire pouvait faire naitre, le conseil, convoqué d'urgence,
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. XV le 5 janvier 1784, se contenta de réintégrer Guibert dans ses fonctions. Ce ne devait être, hélas! que pour un laps de temps bien court. Dès le 5 décembre de cette même année 1784, le conseil de fabrique nommait à Tunanimité Tabbé Cavelier à la place de diacre d'office, « vacante par le décès du Sr abbé Guibert ». Le saint prêtre, chargé d'années et de bonnes œuvres, s'était endormi dans le Seigneur, le 24 août. Nous nous bornerons pour le moment à transcrire l'acte de son inhumination : « Le jeudy vingt six aoust, le corps de Mre Michel Claude Guibert ptre, diacre d'office de cette paroisse, âgé de quatre vingt sept [ans], décédé du vingt-quatre du courrant, a été inhumé par Mre Leclerc, curé de cette paroisse, soussigné, présence de Mtre Antoine-Simon Leclerc, procureur, Jacque Trochet et autre soussigné. » Signé : Leclerc, C.de S* Remy, Leclerc, pr. et Trochet (1).
II. Michel-Claude Guibert ne fut pas seulement un ecclé siastique des plus recommandables ; il a laissé des écrits qui, en perpétuant sa mémoire, ont environné son nom d'un certain éclat. C'est principalement comme annaliste que nous avons à le considérer. L'affection toute filiale qu'il portait à l'église Saint- Remy, à Tombre de laquelle s'écoulaient ses jours, semble avoir été le mobile qui le détermina à s'occuper (1) Extrait du Registre des Baptêmes, Mariages, Sépultures et permissions de rnarier de la paroisse de Saint-Remi de Dieppe. pendant Vannée mil sept cent quatre-vingt-quatre.
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. XVI de recherches historiques et plus tard à prendre la plume. En compulsant , pour cette étude biographique , les archives de la paroisse de Saint-Remy, nous y avons reconnu partout la trace de Guibert. Les comptes de la fabrique, les titres de fondations, les pièces de procédure, les documents divers concernant les Charités et autres associations pieuses, il les a tous parcourus, les aclassés méthodiquement, voire mème analysés lorsque le sujet le comportait. Les pièces ont été par lui réunies par dos siers et cataloguées, et une étiquette écrite de sa main indique la composition de chaque dossier. L'abbé Guibert s'était fait Tarchiviste de cette paroisse qui lui était si chère, il en devint bientôt Thistorien : quoi de plus na turel ! quand on s'est épris d'amour pour ces vieux par chemins qui nous parlent si éloquemment de nos ancêtres, comment s'en détacher ensuite ? comment ne pas redire ce qu'ils nous apprennent à ceux qui n'ont pas eu comme nous le bonheur de les lire?
Guibert écrivit donc longuement et avec prédilection les annales de sa paroisse; mais comprenant de suite qu'il avait mieux à faire, il élargit son cadre et étendit ses recherches aux autres établissements religieux de la ville. Son premier ouvrage est intitulé: Des Eglises et des Communautez de la ville de Dieppe. Le manuscrit original en a disparu et on n'en connaît qu'une copie faite, en 1755, par Nicolas Parquet, « âgé de douze ans, écolier de la grande classe de Saint-Jacques (1) ». Œuvre d'une plume encore peu exercée, ce travail surabonde de détails par trop minutieux et le plus souvent sans intérêt: ce n'était qu'une ébauche ; il fallait la dégrossir et Tamener peu à peu à de justes proportions. L'auteur le comprit (1) Ce registre in-folio de 317 pages, après avoir appartenu à M. Gouel-Leclerc, est actuellement entreles mains de Madame Veuve Jules Hardy, au Pollet.
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. XVII parfaitement : aussi quand il traita plus tard les mêmes matières, le fìt— il avec beaucoup plus de sévérité et de critique. Passionné cependant pour les recherches historiques, Guibert ne se borna bientôt plus à la partie ecclésiastique de l'histoire de Dieppe. Déjà, vers 1740, au rapport de M. Tabbé Cochet, il avait tenté, à l'exemple de David Asseline, de Croisé et de plusieurs autres, de présenter un résumé des annales de la ville. II reprit ce travail, mais en modifia complètement le plan. Au lieu de suivre Tordre chronologique adopté par ses prédécessseurs, il divisa son sujet par ordre de matières, consacrant à chaque partie un mémoire particulier, sorte de mono graphie, où sont réunis, dans leur ordre de succession, tous les faits qui s'y rattachent. L'entreprise était considérable et on ne peut s'empêcher d'être effrayé du terrain que Guibert avait à parcourir pour la mener à fin. « Tout à Theure en effet c'était les églises, les monastères, les confréries, les hôpitaux, toutes choses qui paraissaient tomber nécessairement dans son domaine : maintenant, ce sont les pêches, les expéditions maritimes, les franchises municipales, les sièges et les batailles (1)».
Sans s'inquiéter de la longueur du travail ni des difficultés qu'il aurait à vaincre, notre chroniqueur se mit vaillamment à la besogne, et, et 1760, ayant réuni un nombre immense de matériaux, il com mença la rédaction définitive de ses Mémoires pour servir à l'Histoire de Dieppe. Une distinction des plus hono rables vint à ce moment le récompenser de toutes ses peines. V Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen s'étant fait remettre quelques fragments du manuscrit, s'empressa de rendre hommage au mérite de l'auteur, en lui conférant le titre de « membre correspon- (1) L'abbé Cochet, op. cit.
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. XVIII dant étranger ». Deux années après, Tabbé Guibert adressait à ce corps savant un nouveau mémoire, dont la lecture fut également entendue avec le plus grand intérêt, et, en 1764, il lui présentait le manuscrit complet de son ouvrage. Rédigés, comme nous Tavons vu, par ordre de matières, les Mémoires de Guibert ne sauraient être mis en paral lèle avec les ouvrages de nos autres annalistes dieppois. Si les mêmes faits s'y trouvent reproduits, le plan de Touvrage est tout autre et plus en harmonie avec la science moderne qui procède surtout par voie d'analyse. Rompant avec les traditions du passé, Guibert avait com pris que pour mieux approfondir l'histoire d'une ville, il fallait Tenvisager successivement sous toutes ses faces et que de la division du sujet naissaient la précision et la clarté.
Notre chroniqueur n'a donc pris à David Asseline, à Croisé et aux autres historiens, ses prédécesseurs, que des dates et des faits. Quelques feuilles volantes retrouvées dans l'un de ses manuscrits, nous ont renseigné sur sa manière de tra vailler. Au fur et à mesure qu'il parcourait un ouvrage ou qu'il compulsait les archives des divers dépôts, il prenait ses notes sur des fiches destinées plus tard à être classées. Cette méthode est la plus rationnelle et Guibert ne mériterait que des éloges pour s'en être servi, si, à l'exemple du plus grand nombre des écrivains de son temps, il n'avait négligé presque complètement d'indiquer ses sources. Les annotations marginales assez rares qui accom pagnent ses manuscrits, se réfèrent uniquement à des livres imprimés. Nous ne le voyons nulle part citer des manuscrits, ni les dépôts d'archives où il puisa cependant tant de renseignements. Quoiqu'il en soit de ce reproche, on ne peut refuser aux mémoires de Guibert le mérite de Texactitude. Si pour les
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. XIX origines de la ville, ce que nons pourrions appeler la partie légendaire de l'histoire de Dieppe, il n'a pu se défendre des erreurs accréditées par ses devanciers ; à partir du seizième siècle, il suit des guides sûrs, et ses recherches consciencieuses sont absolument exactes. La vérité historique fut du reste Tobjet constant de ses recherches, au défaut du mérite littéraire qu'il savait bien ne pouvoir ajouter à son livre. N'ayant reçu qu'une éducation négligée, Guibert n'a pas les qualités de Técri vain. Son style pâle et uniforme engendrerait Tennui, n'étaient la variété et l'intérêt des événements qu'il rapporte. II le reconnaît lui-même avec une admirable simplicité en tête de son premier manuscrit rédigé, comme nous Tavons vu, vers 1740: « L'ouvrage que j'entreprends, dit « il, n'est pas tant une histoire qu'un essai d'histoire ou «journal historique, que j'ai intitulé : Mémoires pour « servir à í Histoire de Dieppe.
J'y ai été plus attentif « à la vérité et à la date des faits qu'à Tornement du dis « cours. J'ai tâché de mettre sous un seul point de vue « tout ce qui a été écrit en différents temps, par divers « auteurs, et d'y donner quelque ordre. II seroit à sou « haiter que cet essai donna envie à quelqu'un d'y ajouter « les ornements du style, pour donner à la postérité « Tagréable satisfaction de connoître la patrie, et luy « inspirer le désir d'imiter ses pères, dont elle verroit les « belles actions dans tout leur jour (1). » Tenant compte à Tabbé Guibert du jugement que lui inspire sa grande modestie, le lecteur appréciera ce pendant plus à sa valeur un livre plein de faits et d'un intérêt de premier ordre pour notre histoire provinciale. En 1779, comme il touchait au terme de sa carrière, notre chroniqueur composa X Office de Saint-Remi, patron (1) L'abbé Cochet, op. cil. XX
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. de la paroisse à Tombre de laquelle il avait vécu et qu'il chérissait avec tant de prédilection. Cet office fut imprimé à Dieppe, chez les frères Dubuc, en 1780 (1). C'était le temps, nous dit M. Tabbé Cochet, où la mode des offices particuliers faisait fureur dans le diocèse. Un grand nombre en effet étaient sortis, pour la première fois, des presses rouennaises depuis le commencement du siècle. Parmi les plus répandus, nous citerons les offices de Saint- Laurent, martyr, 1717; de Saint-Etienne, 1730; de Saint- Lô, 1731 ; de Saint-Jean-Baptiste, 1733 ; de Saint-Nicaise, 1734 ; de Saint-Nicolas, 1735 ; de Saint-Martin, 1758 ; de Saint-Denis et de Saint-Maclou, 1765; de Saint-André, 1776; enfin de Saint-Pierre et Saint-Paul, 1780. On peut croire que le docte abbé Térisse, alors vicaire général de Rouen, ne fut pas étranger à ce mouvement liturgique.
Lui-même, en 1762, avait fait imprimer un office spécial pour la procession générale du T.-S. Sacrement (2). (1) Office de Saint-Remy, Archevêque de Rheims, Apôtre de la France et Patron de cette Paroisse. En latin et françois; à Dieppe, chez Dubuc, frères, M. DCC. LXXX. avec approbation. — Petit in-12 de 136 p. — L'approbation datée de Rouen, « ce II septembre 1779 », porte la signature de M. Marescot, vicaire général. Une édition notée parut à Rouen dans la même année. En voici le titre : Office de Saint-Remi, Archevesque de Rheims, Apostre de la France et patron de la Paroisse de ce nom, en la ville de Dieppe ; à Rouen, chez Pierre Seyer, imprimeur de son Eminence Monsei gneur le Cardinal, rue du Petit-Puits, M. DCC. LXXX., avec appro bation. In-12 de 120 p. Deux autres éditions furent publiées à Dieppe ; La 1" chez M' V' Bailliet ; M. DCCC.
XXXIV, petit in-8 de 105 p. (Imp. Delevoye-Barrier, à Dieppe). La2« chez M» Quesnel-Hellot,; 1844, petit in-12 de 108 p. (Imp. Mégard, à Rouen). (2) Livre à Vusage des confrères de l'association établie en Vhon neur du Saint-Sacrement dans Véglise abbatiale et paroissiale de Saint-Victor-en-Caux ; Rouen, J.-J. Le Boullenger, 1762, in-12 de 156 p.
INTRODUCTION.
. XXI Guibert s'adjoignit pour la partie musicale de l'office de Saint Remy, le sieur Adrien-Christophe Prévost, organiste de la paroisse. Quoique mouvementé peut-être à ï'excés et s'écartant de la noble simplicité du plain-chant de haute école, le chant de cet office ne laisse pas d'offrir certains passages d'une réelle beauté. Le chant de la prose est particulièrement remarquable. II nous souvient de Tentrain avec lequel le répétait la masse des fidèles aux jours de notre enfance. Est-.il besoin de rappeler que l'office composé par Guibert fut supprimé, ainsi que tous les monuments vénérés de notre ancienne liturgie, lors de Tintroduction du rit romain dans le diocèse, le premier dimanche d'octobre 1861. Nous louerons, comme elles le méritent, les hymnes et la prose, morceaux bien versifiés et pleins de poésie.
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The end
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