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HISTOIRE DE CASTELLANE Cet ouvrage a été tiré à 200 exemplaires A. G. Avant-propos de liditeur ■!■- Lorsque nous eûmes la pensée de faire paraître, en deuxième édition, /'Histoire de Castellane du prieur Laurensi, nous avions, nous devons le déclarer ici, projeté, en même temps, de présenter au public cet ouvrage sous un aspect un peu plus nouveau, remanie. augmenté, rajeuni en quelque sorte, notamment par Vadjonction de certains développements ayant trait aux faits marquants qui avaient pu se passer au sein de celle ville et dans la région, depuis Vannée 7775, époque où il fut publié pour la première fois ; mais, d'une part, Vinsuffisante garantie d'authenticité et l'incohércnce (pi'of fraient les documents utilisables se rapportant à cette période : d'autre part, la difficulté de réunir et de condenser en un cadre historique de pareils éléments d'information, la crainte enfin, il faut bien le dire aussi, de voir retarder indéfiniment une publication annoncée depuis trop longtemps déjà et attendue avec quelque légitime impatience, nous firent renoncer à donner suite à une aussi utile entreprise, laissant à d'autres, mieux serins par les circonstances, le soin de la poursuivre. un jour, avec plus de succès.
Nous avons du alors borner notre ambition et notre tâche d'éditeur à reproduire purement et simplement, mais avec la plus scrupuleuse fidélité, le texle primitif de l'auteur, qui a été ainsi conservé dans son caractère d'originalité et de simplicité parfois naïve qui n'enlève rien à Vintérèt comme au charme du récit. Avec la confiance que cette réimpression n'aura pas été trop au-dessous de V attente générale, nous exprimons Vespoir qu'on nous saura quelque gré des efforts que nous avons tentés pour tirer de V injustifiable oubli, auquel il paraissait condamné, un ouvrage précieux entre tous, constituant une importante contribution à la bibliographie provençale et qui était devenu d'ailleurs des plus rares. à peu près introuvable. A ces titres, il se recommande à Vatlention des bibliophiles et des érudits ; mais, il réclame aussi et tout particulièrement la faveur des Castellanais qui ne peuvent oublier que cette histoire constitue, entre leurs mains, comme un patrimoine d'honneur dont ils ont le droit d'être fiers et jaloux.
Puissent-Us, au souvenir de leurs origines, d'un passe glorieux pour leur cité et des grands exemples que ces stages leur rappelleront, voir grandir sans cesse parmi eux rattachement à leurs traditions, le culte de la famille et F amour du sol natal ! Castellane, le 15 Novembre 1899. ■ ,-í»^ — HISTOIRE DE CASTELLANE ou CONNAISSANCE exacte DES CHANGEMENTS SpRVENUS A CETTE VILLE DES DIFFÉRENTES PARTIES QUI LA COMPOSENT DES LIEUX QUI EN DÉPENDENT ET DES ÉVÉNEMENTS QUI LA CONCERNENT PAR RAPPORT AU GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE ET SÉCULIER AVEC UNE SUITE CHRONOLOGIQUE ET HISTORIQUE DES ÉVÊQUES DE SENEZ PAR Le Prieur LAURENSI CASTELLANE I, GAUTfflEH, IMPRIMEUR-ÉDITEUR-LIBRAIRE - 1898 - Propriété de V éditeur PRÉFACE C'est pour vous, mes chers Concitoyens, que j'ai entrepris d'écrire l'Histoire de notre Patrie : je ne la présente aujourd'hui au Public que pour satisfaire aux désirs empressés et aux demandes réitérées de quelques uns d'entre vous.
Chapitre II
Dans quel quartier se trouvait située la cité des Saliniens II est démontré que l'ancienne cité des Saliniens était située dans notre terroir ; mais on ne sait pas bien d'abord en quel endroit, et il est néces saire de le déterminer ici positivement. Certains auteurs semblent vouloir la mettre au quartier de la Palud ; M. Borelli, dans son histoire de Castellane, paraît la confondre avec l'ancienne Castellane dont on voit les débris sur le grand rocher. Mais M. Bouche, après avoir mûrement réfléchi et pesé toutes les conjectures proposées par M. le lieutenant Martiny, n'hésite point à rétablir auprès de la très ancienne église de Notre- Dame du Plan ; c'est-à-dire, depuis le devant de cette église jusqu'au-dessous du gros rocher de Salaum, appelé Cochea, qui forme un angle dans notre vallée.
C'est auprès de cet endroit que se trouvent tous les monuments qui nous restent de la part des Romains ; ce sont pour la plupart des pierres sépulcrales qui couvraient les tombeaux des personnes distinguées. Or, il était défendu par les lois Romaines d'ensevelir les morts dans Penceinte des villes, et il y avait auprès de chacune des lieux consacrés pour brûler le corps des défunts et pour ensevelir les restes de leurs ossements ; il fallait donc que la ville ne fût pas bien éloignée de ces tombeaux qui nous restent en grand nombre dans le voisinage. Ces tombeaux étaient tous placés à droite et à gauche le long du grand chemin, qui devait tirer droit de la porte de la cité jusqu'au pont. II y en avait un auprès de Pé glise de Notre-Dame ; nous avons encore quelques vieillards qui ont vu, dans leur jeunesse, un nombre de belles pierres, et dont il ne nous reste plus que Pinscription.
J'ai vu moi-même dans mon enfance, à cent pas de là sur la muraille du chemin, une grande pierre à demi brisée qui portait de beaux caractères, et qui a disparu depuis longtemps. II y avait deux autres tom beaux auprès de Péglise des Augustins. On voit dans le cloître Pinscription de l'un d'eux ; et celle du second fut jetée, il y a plus d'un siècle, dans les fondations du tambour qui soutient la tribune de Péglise. L'enclos de M. de Brenon en renferme une autre, et la dernière est dans Pé glise de Saint-Victor. Voilà six tombeaux distingués dont la connaissance est parvenue jus qu'à nous ; mais combien d'autres doivent avoir disparu depuis plus de huit siècles que cette cité a été détruite. On a trouvé même dans son enceinte, il y a environ 60 ans, les fondations d'un vaste édifice très antique, tout bâti par degrés, dont les pierres taillées avaient environ quatre pans chacune de long sur trois de large, et qui paraissait avoir la forme d'un amphithéâtre.
Le sieur Joseph Fabre, ancien possesseur de la terre où fut dé couvert ce bâtiment, m'a assuré qu'il était si étendu, qu'on ne put en découvrir le bout, quoi qu'on eût beaucoup creusé dans le terrain : il a ajouté, que son père vendit une grande quantité de ces pierres, et qu'il y avait trouvé un nom bre de belles pièces d'argent que les curieux ra massèrent. Ces débris sont aujourd'hui au moins à 20 pans dans la terre, sous les limites des sieurs Bernard et Andrau. On a trouvé souvent dans le même quartier, quand le torrent a creusé, des pièces de marbre toutes plates, qui servaient à paver les fonds des bains, fort en usage dans les maisons des grands. M. de Chas teuil, gentilhomme, très curieux de toutes les antiquités, m'a assuré en avoir fait porter dans son château de très beaux fragments qu'il y avait avait découverts.
II m'a dit aussi avoir vu tirer de cet endroit les grandes pierres qui forment les sièges des halles : les deux piliers de celle de St-Joseph, qui font deux pierres énormes, ont été aussi tirés des débris de cette ancienne cité. On trouve de temps en temps dans le même quartier, de belles pièces d'or, d'argent et d'autre métal qui portent les images des premiers Em pereurs. J'en ai de Jules César et d'Auguste. Un particulier y trouva, dans sa vigne, il n'y a pas trois ans, une pièce d'or de la valeur de 22 livres, qui représentait l'Empereur Tite Vespa sien. Ce quartier porte encore le nom de Saliniens, comme je Pai déjà remarqué, et il le tire, com me notre ancienne patrie, des deux fontaines salées qui y découlent. C'est, en un mot, le local le plus favorable pour y bâtir une ville : afin d'en mieux juger, on n'a qu'à se transporter auprès de Péglise de Notre-Dame ; on trouvera un coup d'œil bien différent de celui de notre ville actuelle.
Une plaine d'environ mille pas du côté du midi, terminée par de petits coteaux, qui s'élevant insensiblement l'un sur l'autre, laissent pourtant une vue de plus d'une lieue. Les deux montagnes Destourbes et Robion ne paraissent que de loin, l'une vers le couchant et l'autre au levant, et ne bornent aucunement la vue de ce côté là. Au nord ce sont des coteaux couverts de vignobles, et disposés de façon qu'on pouvait y placer des for tifications pour défendre la ville : l'un d'eux porte encore le nom de Segnal, en latin Mons Si gnalas, sans doute parce qu'on y donnait le signal de Pennemi lorsqu'il approchait du côté du sep tentrion. La vue du côté du levant n'est pas moins agréable ; elle découvre, au bout d'une vallée d'environ deux mille pas, un gros rocher de plus de 100 toises, sur environ 50 de face, isolé pres qu'en tous sens, taillé à plomb, d'une figure assez régulière, qui présente une perspective curieuse, et paraît fait pour porter une forte citadelle.
Le fond de la vallée est une plaine vaste, toute unie, qui réunit ensemble tout ce qui peut former une campagne riche et charmante, arbres, prairies, guérets, jardins, bocages, allées ; et le tout arrosé par une rivière médiocre, qui roulant ses eaux verdoyantes sur ces rives fleuries, porte çà et là Pagrément et la fertilité, et qui, surtout dans ces siècles reculés, n'était point encore accoutumée à faire gémir ses voisins par des débordements re doutables. C'est là certainement que furent jetés les fon dements de la cité des Saliniens. Ce ne fut d'a bord, selon les apparences, qu'une suite de maisons réunies pour loger les habitants du pays et leur procurer les avantages de la société. L'a grément du lieu et la fertilité du terroir ayant augmenté la population et attiré Pétranger, il s'y forma insensiblement une ville du troisième rang assez considérable.
Les Romains s'étant rendus maîtres de toutes les Gaules sous Jules César, la jugèrent digne de porter le titre de cité, y en voyèrent des magistrats du premier rang, ou distinguèrent ceux qu'ils y trouvèrent établis, et Pornèrent de tous ces magnifiques édifices qui décoraient toujours les villes dont ils faisaient quelques cas. Des restes de colonnes qu'on trouve de temps en temps en creusant la terre, des morceaux de pierres brisées qui portent des caractères qu'il n'est plus possible de lier, des frag ments de marbre et autres monuments qu'on y découvre, annoncent encore la magnificence de ses anciens habitants, et nous font regretter bien de curieux débris que la rivière nous a dérobés, ou qui ont été employés, par les habitants, à bâtir les maisons de la ville d'aujourd'hui, qui n'eu est point éloignée.
Dans les siècles de bar barie on enfouissait, sans scrupule, des monu ments précieux dont on ne connaissait pas la valeur. Nous pourrons en rapporter des exemples dans la suite de cette histoire. On la voyait donc cette cité s'élever en amphithéâtre du levant au midi, dans le centre de ce vallon, entourée de beaux remparts, remplie d'un peuple nombreux, richement pourvue de toutes les choses nécessaires à la vie, pouvant se passer de tous ses voisins, assise sur ces beaux rivages couverts de verdure et couronnés de fleurs et de fruits. Elle avait au nord une autre vallée bien plus étendue, qu'elle était à portée de voir et de cultiver. Quatre fontaines abondantes à sa tête, pour embellir ses places et fournir aux besoins des citoyens'; une source salée dans son enceinte et une autre à deux pas de ses murs vers le couchant.
Le vin, le blé, des fruits de toute espè ce remplissaient ses maisons ; le gibier et les viandes les plus délicates y entraient de toutes parts. Le poisson même n'y manquait pas : le miel et le lait y coulaient, pour ainsi dire, à ruisseaux, par la multitude d'abeilles et de troupeaux qui se nourissaient sans peine sur ces montagnes toujours parées de gazon et remplies d'arbres de haute futaie. Je n'exagère pas ; il est assuré que nos mon tagnes n'étant point alors défrichées, les rivières et les torrents ne devaient point faire de dégât dans les campagnes. II fallait donc que les denrées de toute espèce abondassent dans cette contrée ; denrées toutes plus excellentes, car la pureté de notre climat, encore aujourd'hui, leur donne un goût et une délicatesse qu'on trouve rarement dans les autres quartiers de la Province. 11 ne faut point juger de ce vallon par Pétat où nous le voyons actuellement.
S'il ne laisse pas encore aujourd'hui que de présenter bien des agréments, c'était autre chose avant la dé gradation des bois et les défrichements des mon tagnes. Si les anciens revenaient, ils auraient de la peine à le reconnaître. Ces montagnes pelées qui choquent notre vue du côté du midi, rele vaient alors par leur verdure la beauté de notre plaine. Dépouillées aujourd'hui et décharnées, pour ainsi dire, elles semblent se plaindre et re gretter les riches dépouilles que nos pères leur avaient enlevées. Qu'on parcoure toutes les vallées des Alpes- Maritimes, on pourra en découvrir de plus étendues, mais aucune qui réunisse plus de commo dités et plus de richesses que celle de Castellane.
Chapitre III
Des inscriptions qui se trouvent dans le terroir de Castellane, ou qui ont quelque rapport à cette ville. Nous avons à Castellane de fort belles inscrip tions, et en plus grand nombre que dans aucune autre ville de notre voisinage. Elles méritent d'au tant mieux d'être exposées dans cette histoire, qu'elles sont tout à la fois un ornement pour notre patrie, et tout autant de preuves locales et per manentes de son ancienne grandeur. Les beaux caractères qu'elles portent prouvent évidemment qu'elles ont été gravées dans les siècles lumineux de PEmpire romain. Leur multitude réunie dans notre vallon est un argument sensible de Panti quité de notre ville. On peut en conclure encore que cette ville tenait le premier rang, dans une grande partie de la haute Provence, et qu'elle était habitée par des personnes de distinction.
En effet, les noms de Marcus, Julia, Lucilla qu'on y voit, n'étaient permis par les lois qu'à la première noblesse, comme le prouve M. Borrelli, après M. Bouche, dans la section première ; c'est ici, puis-je dire, la partie curieuse de notre his toire. Les anciens historiens de Provence sont venus à grands frais déterrer ces monuments, et en ont tiré parti pour illustrer leur histoire gé nérale de la Province. Ces inscriptions ont été déjà publiées, pour la plupart, dans plusieurs ou vrages imprimés. Je n'oublirai rien pour les mettre dans le plus grand jour. J'en ajouterai qui n'ont pas encore été données au public, et qui sont des plus intéressantes. Je rapporterai les explications que les auteurs ont donné de quel ques-unes. J'éclaircirai ce qu'ils ont laissé d'obs cur ; je donnerai même quelquefois des explica tions différentes, en suivant néanmoins toujours les principes que nous ont donné à ce sujet les plus anciens auteurs latins.
Je marquerai même, autant qu'il me sera possible, le siècle où elles ont été gravées, et j'en tirerai en un mot tout ce que nies lumières me pourront faire découvrir. Les voici toutes l'une après l'autre, selon Por dre qu'elles occupent dans notre plaine, en com mençant à Péglise de Notre-Dame du Plan. J'exposerai ensuite celles qui se trouvent dans d'autres quartiers, et enfin celles des villes voisi nes qui ont quelque rapport à la nôtre. I D. M. TITIO QVARTINIO CAÏVLLINO ET LVC1LLAE MATE RNAE PARENTIBVS ET QVARTINIO MATE RNO MIL. COH. XII1I VRB. FRATRI OVAR TINIA CATVLL1NA D. M. Diis Manibus. C'est-à-dire, ce tombeau a été élevé sous la protection des Dieux Ma nès, par Quartinia Catullina, pour enfermer les ossements de Titius Quartinius Catullinus, et de Lucille Materne sespère et mère, ei ceux de Quartinius Marternus son frère, soldat de la quatorzième cohorte de la ville.
Cette inscription est gravée sur une pierre d'environ qua tre pieds de haut sur deux de large en forme de piédestal. M. le lieutenant Martini Pavait découverte au siècle passé, et M. Bouche Pa donnée au public, elle se trouve actuellement dans la maison du sieur Maria, au devant de Notre-Dame, et sert à former un des pieds droits de la porte du jardin. On la lit encore toute fort aisément, quoiqu'elle soit entamée en bien des endroits. II J'en ai vu autrefois une seconde à cent pas de Notre-Dame sur la muraille du grand che min, à demi brisée, mais dont les caractères étaient gros et bien marqués. II y a longtemps qu'elle a disparu ; elle pourra bien reparaître quelque jour dans quelque chute de cette mu raille. III HELVIAE PATERNAE HELVIVS PROFVTVRVS ET HELVIA IANVARIA LIB. PATRO MERENTISSIMAE Ce monument a été érigé à Helvia Pa ternel par Helvius Profuturus et Helvia Ja nuaria ses affranchis, comme leur Dame et protectrice très méritante.
Elle est gravée sur une pierre d'environ trois pieds sur un pied et demi de haut, enchâssée dans la muraille de Pé glise des Augustins, du côté du cloître. IV M. MATVGONI MARGELLINI ET M. MATVGONI MAX1MI DEGG CIVITATIS SALIN. M. MATVGONIVS SEVERVS ET IVLIA FVSGINA FILIIS PIISSIMIS ET SIBI VIVI FEGERVNT H. M. H. N. S. Matuconius Severus et Julie Fuscine ont éle vé ce tombeau pour Marcus Matuconius Mar cellin, et Marcus Matuconius Maximus leur fils, très pieux; Décurions de la cité des Sa liniens, et pour eux-mêmes . Voilà la cité des Saliniens bien exprimée : voilà deux décurions, magistrats distingués, qui n'é taient établis que dans les villes de considéra tion. Leur dignité, selon Ulpien, était dans les villes municipales ce qu'était à Rome celle des sénateurs. Cette pierre avait été découverte par Raymond Soleri, et qui s'en sert de preuve pour établir à Castellane la cité des Saliniens.
C'est celle que M. Bouche assure être dans les fondements de la tribune des Augustins, selon le rapport que' lui en avaient fait quelques anciens religieux de ce couvent. IVLIA FVSCINA OSSVARIVM VI VA S1BI FECIT. C'est-à-dire, Julie Fuscine s'est fait bâtir elle même ce tombeau pendant sa vie.- II y a apparence que c'est la même Julie que dans Pins cription précédente ; elle voulut avoir son tombeau séparé. Peut-être c'était quelqu'autre dame de la même famille, qui tenait un rang distingué dans cette ville. Elle est rapportée par Soleri dans ses antiquités, et par Gabriel Simeonis, Florentin, dans ses illustrations des vieux mo numents. M. Bouche prétend qu'elle avait été creusée pour enfermer les ossements de cette dame. Je croirais plutôt qu'on Pa creusée long temps après pour en faire la cuvette d'un puits, auprès duquel elle se trouve aujourd'hui dans l'enclos de M. de Brenon.
VI La voici avec le supplément. M. SETOS -5.... M. R SETO ... VIT. SA SIS TO.... M ANT. ... M NAS As.'.'.'.'.'.' * F. '.'.'. '.'.'.'. TITO DIEBUS M... II. TO SV M. SETOSIVS M. RVFINO SETO. . CIVIT. SALINENSIS PRAETORI MAXIM. AMANTISSIMO QVI OBIIT PRID. NO. NAS MENSIS V. TITO VESPAS. IMP. VIX DIEBUS. . MENS. II. ANN. . . IN HORTO SVORVM. Cette inscription est gravée sur une pierre d'environ trois pieds de haut, sur un pied et demi de large, en forme de piédestal. Elle est si effacée, qu'à peine j'ai pu déchiffrer les lettres que je mets ici ; elles paraissent néanmoins assez quand on s'y applique attentivement ; on en entrevoit même quelques autres dans les intervalles, qui ont du rapport à Pexplication que nous en donnons : celles qui restent peuvent encore se lier et donner un sens bien suivi.
Une hache, qui paraît en bas-relief sur une des faces du piédestal, sert beauboup à nous en donner Pexplication. Cicéron et les anciens auteurs latins nous apprennent que la hache était une des marques de distinction qu'on donnait au Préteur. C'est donc ici le tombeau du premier magistrat de la cité des Saliniens, qui gouvernait dans tout le pays à la tête des Décurions. Cette hache suppose évidemment qu'il avait été enseveli dans le lieu de sa juridiction, et c'est ce qui nous détermine à expliquer les deux secondes lignes de Pinscription de la ma nière que nous Pavons fait ci-dessus, c'est-à-dire, Civitatis Salinensis Prcetori Maximo. Ce monument avait été bâti vers l'an 80 de Notre- Seigneur sous le règne de Tite Vespasien, com me le porte son inscription. II était demeuré dans Poubli jusqu'aujourd'hui.
Nul historien qui le rapporte : il est cependant un des plus décisifs pour notre histoire. On le trouve sous le bénitier de Péglise de Saint-Victor. IMP. CAES. M. AVR. PROBO P. F. INV. AVG. III COS. P. P. il La voici toute en long en latin. Imperatori Cœsari, Marco Aurelio Probo,piofélici, invicto, augusto tertium Consuli, patri patrice : II. duo busmilibus ab urbe passibus. La voici en français. Ce monument a été dressé à V Empereur Marc- Aurèle, Probe, pieux, ìieureux, invincible, au guste, Consul pour la troisième fois, père de la patrie ; il y a d'ici à la ville deux mille jxts. Berger en fait mention dans son livre des chemins militaires liv. III. chap. 31. M. Bouche l'a citée deux ou trois fois dans son premier volume. Cette inscription fut gravée vers l'an de Notre-Seigneur 278 ; car J'Empereu r Marc-Aurèle Probe, qui régnait alors, a tenu l'Empire depuis l'an 276 jusqu'à l'an 282 : c'était un des meilleurs princes qui ait gouverné l'empire Romain.
II s'oc cupa beaucoup aux ouvrages publics, et ce fut sans doute par son ordre que le chemin militaire de Castellane à Digne fut réparé et orné de pierres milliaires de distance en distance. Nous en trou vons une autre de la même forme, en montant de Taulanne à Saint-Pierre ; c'est une grosse pierre taillée en forme de colonne avec sa base ; elle a bien 7 pieds de haut. Le vulgaire l'appelle la masse de Saint-Pierre. L'autre se trouve, en montant à Sione, renversée dans un champ voisin de Pancien chemin royal. MARTI VINCIO M. RVFINVS FEL. SAL. Imil VIR ET IN- COLA CEMENEL EX VOTO. ENNIA FVSCINA VIVA SIBIFEC1T. Ces deux inscriptions ne se trouvent point à Castellane. La première est à Vence : c'est un vœu que fait à Mars Vincius, Marc Rufinus Félix de la cité des Saliniens, résidant et exerçant à Cimiés la charge de Sextumvir : et la seconde fut découverte le long du Var.
Elles prouvent que la cité des Saliniens n'était pas bien éloignée, et qu'il y avait un commerce particulier entre ces villes, comme étant toutes sous la même métropole. Cette Ennia Fuscine, dont parle la secon de, devait être de la même famille que cette Julie Fuscine dont nous avons le tombeau à Castellane. Elle se fit faire un tombeau avec la même inscription que sa parente. Q. V1BIO SECVNDINO QVI VIXIT AN. XII M. VI. D. VIII. Q. VIBIVS Q. VIR SALIN. CAPITO FILIO SVPRA MODYM AETATIS PIENTISSIMO SIBI POSTERISQVE SVIS VIVVS FECIT. Quintus Vibius, Quintumvir de la cité des Sa liniens, a fait élever ce tombeau pendant sa vie pour lui et pour ses descendants, et surtout pour y enfermer les cendres de Quintus Vibius Secun dinus son cher fils, qui a [vécu XII ans, VI mois et VIII jours, et qui avait un mérite au-dessus de son âge.
Cette pierre fut découverte par la rivière du Var, il y a plus d'un siècle ; c'est M. Bouche, qui la rapporte, en parlant de la rivière du Var. Elle fait encore mention des Saliniens, et nous apprend qu'outre les Décurions et le Préteur, nous avions encore de Quinvirs. J'ai appris de M. de Chasteuil, qu'il y a, vers les fondements de Péglise de Notre-Dame, une grande pierre avec un sabre gravé sur une de ses faces ; ce qui désigne le tombeau de quel que personne puissante, et qui avait une autorité comme souveraine dans la ville. II serait fort aisé de la découvrir en ôtant quelque peu du terrain qui la couvre. Elle doit porter une inscription dans une des faces cachées dans le mur. Toutes les inscriptions que nous découvrons auprès de notre ville, sont gravées sur de grosses pierres de couleur blanchâtre, polies comme du marbre ; mais dont la forme et la grandeur sont inéga les.
II y en a deux qui sont taillées en piédestal à trois faces, polies, ornées de cordons aux deux extrémités, et semblent avoir été faites pour porter des colonnes. Une de leurs faces est impolie, parce qu'elle tenait au tombeau de ce côté là ; les autres sont en travers, et Pécriture est dans un cadre bien fait. Ces dernières étaient enchâs sées dans l'une des faces du tombeau, pour in diquer les personnes dont il renfermait les osse ments. Ce tombeau était un bâtiment d'environ dix pieds de long, élevé à proportion et couron né d'une voûte en dôme. L'inscription devait être sur la face du midi. Tout Pédifice était bâti de grandes pierres d'environ trois pieds de long sur un pied et demi de large, toutes bien carrées, polies, et liées ensemble par un mortier extrêmement fort. J'ai vu encore un amas de ces pierres au-devant de Péglise de Saint-Victor, qui ont disparu peu à peu à l'exception de deux seu lement.
On a trouvé de ces sortes de tombeaux en bien des endroits de la Province, entr'autres à Fréjus : on les faisait de cette étendue, parce que quelquefois on y renfermait la ligure du mort en marbre ou en pierre, ayant les mêmes traits et la même grandeur que la personne re présentée. II eût été à désirer que des monuments aussi curieux eussent été conservés avec plus de soin, il n'y a que celui des Augustins qui soit placé d'une manière convenable; tous les autres sont exposés à périr comme ceux que nous ne trouvons plus.
Chapitre IV
Des deux fontaines salées, qui ont donné le nom à la cité des Saliniens Ces deux fontaines salées, qui coulent auprès de Castellane, ont paru assez remarquables dans les premiers temps, pour donner leur nom à toute la contrée : elles peuvent donc bien fournir ici la matière d'un chapitre entier. II n'en paraît plus qu'une depuis environ un siècle, et celle-ci mérite Pattention des curieux. Elle sort, à Pextrémité de la vallée du sein d'une monta gne de pierre molle, située au nord, en si grande abondance, qu'elle fournit de Peau à deux mou lins dans le temps même de la plus grande di sette. Cette eau a le même goût et les mêmes qualités que celle de la mer. Tous les rochers des environs sont rongés par les vapeurs sali nes qu'elle répand, à peu près comme ceux des côtes maritimes. Point d'herbe, point d'abrisseau le long de son canal.
Elle n'enfante, dans les lieux où elle croupit, qu'une mousse gluante d'un vert jaunâtre ; du reste elle est claire, verdâtre, et après qu'elle s'est déchargée dans le Verdon, on la distingue encore quelque temps d'avec Peau douce. Les brebis et les bêtes de charge ne peu vent se lasser d'en boire ; et celles qui en usent souvent, bien loin d'en être incommodées, s'en graissent et mangent avec beaucoup plus d'ap pétit. Les bergers de la contrée auraient là une ressource, s'ils~"osaient régulièrement y venir abreuver leurs troupeaux. Les paysans du voisinage en prennent quelquefois pour mettre dans leur pain et dans leur potage, et il se trouve des hommes assez durs, pour les empêcher et pour rompre leurs pots. On pourrait sans doute en tirer du sel ; mais comme les parties salines se trouvent mêlées avec d'autres parties grossières qui dominent, il en coûterait beaucoup de travail.
Le père Isnard, religieux Augustin, en ayant fait l'expérience, tira deux onces de sel de deux pots de cette eau. Nos ancêtres n'en usaient guère que pour les bestiaux, parce qu'ils avaient plus à portée une autre fontaine bien plus salée, d'où ils tiraient leur sel avec moins de travail. Cette première fontaine n'est pas seulement remarquable par la quantité et la qualité de Peau qu'elle donne, mais encore par les variations qu'on y aperçoit de temps à autre. Elle sort de la montagne tantôt par une issue, tantôt par une autre : elle disparait quelquefois entièrement. Elle ne coula point et fut à sec pendant deux jours entiers il y a environ un siècle : de nos jours elle a tari et demeuré sans eau pendant plus d'une heure.
M. Bouche a assuré sur le témoi gnage de nos ancêtres, que quand le vent du septentrion règne, elle verse une plus grande abondance d'eau, et semble en quelque façon imi ter le flux et reflux de la mer suivant la qualité des vents qui soufflent. « D'où l'on doit conclure, » dit cet auteur, que les vents enfermés dans la » terre sont la cause de ces effets inégaux, selon « la force et Pimpétuosité du vent qui peut plus ou » moins agiter Peau, enfermée dans cette monta » gne comme dans un bassin ou lac : et de même » que dans les étangs visibles sur la superficie » de la terre, on voit des flots et des vagues se » pousser les uns les autres vers les bords, parle » mouvement qui leur reste imprimé, ou par le » vent, ou par la chute de quelque corps étranger, » ainsi dans ce petit étang enfermé dans cette » montagne, quelques vagues peuvent bien être » excitées, ou par le vent enfermé, ou par la chute » de quelque petite source d'eau, ou même de » quelque quartier de pierre ; ce qui fait que » Peau coule plus ou moins abondamment, et » qu'elle s'arrête quelquefois entièrement. » Je ne doute point que cette eau n'ait encore bien des propriétés qui pourraient la rendre utile dans différentes fabriques.
Je sais que quelqu'un s'en servait avec succès en médecine et qu'elle tenait lieu -du sel d'Ebson, qui est un minéral purgatif qu'on tire d'Angleterre. La seconde fontaine salée naît au pied de la colline appellée Bouquet, attenante à la monta gne d'où naît la première : je croirais même que celle-ci n'en est qu'un bras détaché, qui passant par un long trajet et dans un terrain différent, se décharge de ce qu'elle a de grossier, et naît au pied de la colline pour donner un sel plus épuré. Avant les inondations de la rivière elle coulait si abondamment, qu'elle fournissait à deux grandes salines, qu'on a découvert, il n'y a pas longtemps, auprès de cet endroit ; et dans la suite des temps, malgré le gravier qui venait de temps à autre la couvrir entièrement, elle s'élevait peu à peu au-dessus, pour offrir son sel à des hommes trop peu soigneux de la met tre à P abri.
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