Front matter
____,____■ MASSIF CENTRAL DU MEME AUTEUR Recherches critiques sur les relations politiques de la France avec .' Allemagne, de 1292 à 1378 (Bibliothèque de f Ecole des hautes études). — Paris, Vieweg, 1882. In 8» de 291 pp. Essai sur les antécédents historiques de la question allemande (843-1493). — Paris, Picard, 1880. In-8» de 57 pp. Ce qu'on pense en France de l' Allemagne nouvelle (Extrait de la Revue universelle). — Paris, 1889. Gr. in-S° de 38 pp. Nouvelles recherches critiques sur les relations politiques de la France avec f Allemagne, de 1378 à 1461. —Paris, Bouillon, 1892. In-8o de VIII-368 pp. La Royauté française et le Saint empire romain au moyen âge (Extrait de la Revue historique). — Paris, Alcan, 189.2. In-8» de 47 pp. Inventaires des Archives départementales de la Haute-Vienne (séries C, D, E suppl., II suppl.). — Limoges, Gély et Plainemaison, 1882-91.4 vol. in-4o. Recueils de documents historiques sur la Marche et le Limousin. — Limoges et Tulle, 1883-93. 7 vol. in-8».
Analyse des délibérations manuscrites du Conseil général de la Haute-Vienne, de 1803 à 1839. — Limoges. Plainemaison. 1892. In-8» de 410 pp. Extraits des rapports des Préfets de la Haute-Vienne au Conseil général, de 1810 à 1837. — Limoges, Plainemaison, 1897. In-8» de 570 pp. Choix de documents relatifs au département de la Haute-Vienne, 1791-1839. — Limoges, Châtras, 1890. In-8" de 376 pp. Les Sources de fhistoire du Limousin : Creuse, Haute-Vienne, Corrèze. (T. I de la Bibliothèque historique du Limousin). — Limoges, Ducourtieux, 1895. In-8° de 200 pp. Notices historiques in-4 : L'ancien Collège de Limoges, 1525-1792 (Limoges, 1882,70 pp.); — Les Institutions charitables dans l'ancien diocèse de Limoges (Limoges, 18SÍ. 38 pp.): — La Généralité de Limoges (Limoges, 1891, 146 pp.). Notices historiques in-8" : L' Hôpital de Magnac-Laval en basse Marche, 1610-1793 (Limoges, 1880, 90 pp.;: — Vue œuvre de Ba/uce oubliée (Extrait des Annales du Midi.
Toulouse, 1889, 37 pp.) ; — Étude critique sur les Annales françaises de Limoges (Extrait des Annales du Midi. Toulouse, 1890, 51 pp.) ; — Les Institutions départementales de la Haute-Vienne, de 1800 à 1818 (Limoges, 1892, 38 pp.); — La Primatie de Bourges .Extrait des Annales du Midi. Toulouse, 1895, 10 pp.) ; — De la Civilisation en Limousin pendant le moyen âge féodal (Limoges, 1895, 12 pp.) : — Les Archives départementales, communales et hospitalières de la Haute- Vienne de 1790 à 1898. (Extrait du Bull, de la Soc. arcli, et hist. du Limousin. Limoges, 1898 27 pp.). Histoire de la Réforme dans la Marche et le Limousin. — Limoges, Gély; Paris, Fischbacher, 1888. In-8» de XLVII-391 pp. Géographie et histoire du Limousin (Creuse, Haute-Vienne, Corrèze), depuis les origines jusqu'à nos jours. — Limoges, Ducourtieux; Toulouse, Privât, 1890.
Preface
gue à outrance les provinces les unes des autres, et celle qui, ne tenant point compte des diversités naturelles, étend sur tout le territoire français le manteau d'une fausse uniformité, il y a donc place pour une méthode intermédiaire. Et ce sera celle qui, aussi ennemie dela dissection minutieuse que l'on cherche dans un dictionnaire que de la synthèse obscure et incomplète à laquelle se résignent encore les œuvres générales, traitera l'histoire de France par masses régionales, à la lumière des rigoureuses constatations de la géographie moderne. Qu'est-ce d'ailleurs qu'une province ? Est-ce une unité ter ritoriale, traditionnelle et invariable, qui se retrouve conforme à elle-même à tous les siècles du passé ? Mais pas un seul des soixante pagi du premier siècle, pas u:ie seule des provinces du xi8 ne se sont conservés intacts jusqu'à nous.
Les limites de laGuyenne au xiv° siècle ne coïncident avec celles de l'Aqui taine au x° que sur quelques lieues de la côte de l'Océan. .Sur le reste du pourtour, les modifications sont considérables, et c'est presque une science que d'en connaître les vicissitudes. Aussi bien, une province du moyen âge féodal est, pour l'his torien, moins un territoire qu'un organisme politique et social qui vaut par son exacte adaptation au milieu physique où il a été construit. Or ce milieu physique a, dans la plupart des cas, des limites plus vastes que celles où s'exerce l'action poli tique du suzerain, où se développe l'activité sociale des popu lations. Dans l'étude dos forces qui gouvernent l'humanité, il convient donc, si l'on veut peser chacune d'elles avec lapins grande approximation possible, de choisir les plateaux que la nature a elle-même construits.
Hâtons-nous d'ajouter que, dans beaucoup de cas, l'étude est singulièrement facilitée par ce fait que la région géographique correspond assez exactement à une province politique. Qu'est-ce que la grande plaine langue docienne sinon la Narbonaise première des Romains ? Et la région pyrénéenne d'outre Garonne sinon la Novempopulanie de Dioclétien ? Et la région du Massif intérieur sinon la pres que totalité de r Aquitaine première, qui elle-même représente assez bien le territoire de l'un tique confédération arverne ? Le cadre régional, pour inusité qu'il soit encore, n'est qu'une
PREFACE.
VII autre application à l'histoire générale d'un principe d'exposi tion qui, il y a un siècle environ, a fait substituer la division par périodes politiques à l'ancienne division par règnes. II aura pour conséquence de pousser les régions et non plus les dynas ties, les populations et non plus les gouvernants au premier plan de la scène historique. A notre sens, c'est un paradoxe de dire que les Capétiens et les Bourbons ont « fait » la France. Ils y ont .aidé par beaucoup d'intelligence et de volonté, rien de plus. Ce fut toujours la situation morale et matérielle pré existante du pays qui leur imposa l' obligation de prendre tel rôle, d'exercer telle maîtrise. Or cette situation morale et ma térielle a varié moins suivant les provinces que suivant les régions. C'est donc elle qu'il importe de constater avant tout.
Les tendances de ce livre dérivent logiquement du cadre adopté. Qui dit région dit ensemble de phénomènes physiques, économiques, juridiques, etc., plutôt que politiques. En d'autres termes, à la base de Fhistoire régionale il y a nécessairement une conception collectiviste de la civilisation. Con ception que nous n'aurons garde d'ailleurs de pousser jusqu'au bout, en niant l'importance des éléments individualistes. Tou tefois, on nc trouvera, dans l'histoire qui va nous occuper, que peu de « grands événements », politiques ou militaires. — et fort peu de « grands hommes » qui aient agi sur place. On n'y trouvera pas non plus un seul « grand pouvoir » politi que qui ait duré, sauf peut être celui des Arvernes avant César et celui des ducs du Bourbonnais au xvc siècle. C'est avouer que le Massif manque de ce qui. aux yeux de tant de gens, fait l'intérêt principal de l'histoire.
Par contre, à défaut de ces ma nifestations fugitives de la civilisation humaine, on y rencon trera des forces naturelles, des causes morales, des « pressions » historiques qui, tantôt provoquées, tantôt troublées, tantôt annulées par les influences venues du dehors, ont dif féremment agi sur le développement historique des populations. C'est à retrouver ces éléments d'activité, dont la durée et l'importance ont beaucoup varié, que s'appliquera la plus grande p.art de nos efforts,
PREFACE.
VIII La science historique dispose aujourd'hui de moyens d'in vestigation qui mettent en lumière des faits à peine soupçon nés jusqu'ici. Ainsi la mesure du crâne de nos conscrits et la considération de certaines particularités physiques ont permis à l' ethnologie de déterminer très exactement la répartition ac tuelle, sur le sol de la France, des trois grandes races qui Font peuplé. L'étude des noms de lieux aide à reconnaître les di verses populations qui ont habité une région donnée, comme l'étude des sépultures anciennes permet de se prononcer sur le plus ou moins d'extension de ces populations. N'est-il point intéressant de rechercher si, combinées entre elles sur un do maine géographique aussi vaste et cependant aussi bien délimité que le Massif intérieur, ces diverses disciplines ne pré senteraient pas quelques résultats inattendus ? — Et c'est pré cisément cette recherche que nous avons tentée.
Le plan de cet ouvrage nous a été imposé à la fois par les limites du cadre géographique et par les tendances que nous avouons. Historiquement, le cadre n'a eu de réalité pleine qu'aux temps fort éloignés où les marécages entouraient le Massif à peu près sur tous ses côtés. Cette réalité subsista très sensible encore, jusqu'à la chute de FEmpire romain, dans ce qu'on appela la province d'Aquitaine première. De là, pour nous, nécessité de commencer par l'étude de la géographie politique et des institutions qui y sont liées, pour bien mesurer Faction des pouvoirs locaux. Quant aux tendances elles reviennent à croire que les faits économiques et les actes qui en dérivent font la continuité de l'histoire bien plus que les événements et les institutions; qu'ils en sont comme le fond permanent, indestructible, en sorte que la civilisation apparaît comme résultant à la fois des faits économiques, des actes politiques et des idées morales.
L'introduction de ce livre sera donc consacrée à l'étude du sol pour y chercher les conditions physiques de la vie hu maine, les nécessités et les directions que la nature impose aux
PREFACE.
IX populations, les ressources qu'elle leur fournit. Outre la géo graphie physique elle traitera aussi de Fethnologie, pour, s'il y a lieu, asseoir Fhistoire sur cette autre base qu'on appelle la race. Certes il y a quelque présomption de notre part à vouloir faire œuvre de géographe et d'ethnologue alors que nous n'a vons point reçu Féducation particulière qui prépare si bien aujourd'hui à l'étude de ces deux sciences. Mais est-il pos sible, je le demande, d'aborder l'histoire d'une région sans en retracer d'abord la configuration physique, sans en décompo ser les éléments ethniques? En tout état de cause, nous avons soumis la partie géographique (1) au jugement des hommes compétents. Des critiques formulées nous avons tenu compte dans la réédition qui suit. Peut-être au demeurant avons-nous réussi — en portant notre attention sur certains côtés trop né gligés par nos devanciers, en classant les faits dans un ordre plus rationnel, en recherchant dans quelle mesure les populations se sont adaptées aux diverses parties du Massif, — à faire œuvre personnelle et à dire en somme des choses assez peu courantes.
Chacun des quatres « livres » entre lesquels se répartissent les matières ne représente pas un tout indépendant : bien au contraire, ils s'appuient les uns sur les autres et se complètent mutuellement. Les chapitres 1 à v retraceront les cadres de la vie publique, j'entends par là les circonscriptions de tout genre que les gouvernants ont établies pour .'administration des intérêts politiques, ecclésiastiques et matériels ; le cha pitre vi développera l'étude des circonscriptions militaires, en raison de Fintéret stratégique qui s'attache aujourd'hui à notre région. — Ce sera la part de la géographie historique, où l'on recherchera particulièrement si la structure du sol a influé sur le groupement des peuplades celtiques, si les cours d'eau et les montagnes ont déterminé leurs frontières. Mais la géographie historique se préoccupe surtout de suivre pas à pas les transformations territoriales. Or Fintéret de cette étude ne saurait (1) Publiée, il y a quelques années déjà, dans le Bull, de la Soc. arch. et hist. du Limousin (XLIV).
PREFACE.
X être des plus faibles dans le Massif si l'on considère qu'aux entours de l'année 1172 quatre grandes dominations souve raines confrontaient dans cette région : celles des comtes de Toulouse, des rois d'Angleterre ducs d'Aquitaine, des rois de France et des chefs du Saint-Empire. Dans les chapitres vu à ix nous passerons en revue les grands pouvoirs locaux, considérés comme organes de la vie publique. Ce sera Fhistoire, trop sommaire à notre gré, des institutions du passé, en corrélation avec les territoires étudiés précédemment. Le chapitre x, consacré aux villes capitales, complétera la description de ces organes. Ces préliminaires montreront l'histoire externe du Massif, mais n'apprendront pas grand chose sur l'homme même. Or l'objet de l'histoire c'est précisément l'homme vivant en so ciété, manifestant au dehors ses merveilleuses aptitudes, adaptant îe sol à ses besoins, développant de mille manières son activité.
Nous étudierons donc (ch. xi à xiv) les faits et les institutions qui ont trait à la mise en valeur et à l'exploi tation du sol par les efforts d'abord successifs et aujourd'hui combinés, des agriculteurs, des industriels, des ingénieurs et des commerçants. Les chapitres suivants (xv à xxi) seront consacrés à ce qu'on appelle la civilisation, c'est-à-dire que Fétat moral, religieux, intellectuel et social des populations du Massif, leurs cou tumes, leurs croyances, leurs idiomes, la part qu'elles ont prise à la culture des arts, des sciences et des lettres, enfin leur organisation sociale et les institutions qui s'y rattachent, seront étudiés tour à tour, d'aussi près que possible, en tenant compte sans cesse des données que fournissent les chapitres antérieurs. C'est seulement après avoir parcouru ces divers stades de notre champ d'étude, — et après avoir Rappelé au chapitre xxn et dernier les principaux événements dont le Massif a été le théâtre, les hommes supérieurs qu'il a produits, le caractère de chacune de ses provinces — que nous pourrons tenter, en forme de conclusion, de marquer la place de noire région dans Fhistoire générale de la France,
PREFACE.
XI Si Fou remarque qu'au point de vue politique la Gaule a toujours été partagée entre deux ou trois grandes dominations, (confédérations celtiques d'avant César, provinces d'Auguste, diocèses administratifs de Dioclétien, empires des Francs, des Burgondes et des Wisigoths), et qu'au moyen âge la France est, à tout le moins, dualiste par la langue, la littérature, le droit, les mœurs, les circonscriptions d'oc et d'oil et par l'opposition persistante entre le nord et le midi ; si l'on se rappelle en outre que sa population est de race ibéro-germano-celti que, — U devient légitime de rechercher si la structure géné rale du sol a commandé la répartition de ces éléments historiques ou si, au contraire, elle a aidé à leur fusion. Or l'un des nœuds du problème se trouve justement dans le Massif central (I).
C'est ce qu'ont méconnu les auteurs des deux grandes tentatives qui ont eu lieu pour trouver la solution en procé dant par l'étude des masses homogènes. Lorsque Michelet publia en 1835 son Histoire de France, il la fit précéder (t. II) d'un large « tableau » où, passant en revue nos provinces, il suivait, comme la royauté capétienne dans sa marche envahissante, un ordre en lacet, à boucles lon gitudinales, du nord au midi, extrêmement ingénieux, mais sujet à critique et révisable à chaque nouveau progrès de la science (2). Les traits dont le peintre inarquait chaque partie de son tableau sont sobres et rapides, trop rapides même pour tout ce qui concerne le Massif. Michelet parle en quelques lignes seulement du Lyonnais, de FAlbigeois, du Quercy, du Rouergue et du Limousin. II s'étend davantage sur F Auver gne mais ne dit rien du Forez, de la Marche ni du Bourbon- (1) Les deux autres sont dans les Alpes et dans le massif des Vos ges.
(_] Pour n'en donner qu'une preuve, le rang assigné au Berry et au Bourbonnais sur cette ligne ondulée, est des plus contestables. Le Berry possédé par la royauté, dès le début du xne siècle, a été pour elle le vestibule de la vallée de l'Allier qui elle-même conduit au Languedoc. Le Berry devrait donc précéder l'Auvérgne, si l'on applique rigoureusement le principe adopté par Fauteur.
PREFACE.
XII nais, pavs démembrés de leur tronc primitif : rien non plus du Gévaudan. du Velay ni du Vivarais, pays céve nols. Par bonheur, Michelet, revenu plus tard sur ses pas, recueillit de nouveaux matériaux, et dans le beau livre Notre France, où Mme. Michelet les a fait entrer (1886), la composi tion de 1835 est considérablement élargie. Pas encore assez cependant, à notre gré. Le Limousin est toujours étrangement sacrifié; la Marche est passée sous silence ; le Bourbonnais, le Forez et FAlbigeois sont nommés comme unités de raccord. Michelet paraît n'avoir rien su (et qui eut pu le lui apprendre, il y a seulement trente ans ?) de ce qui constitue au vrai devant l'histoire l'originalité de ces cinq pays. Par contre, l'Auvér gne et les Cévennes sont, dans cette nouvelle forme de son Tableau de la France, largement traitées.
L'autre tentative est encore plus digne d'attention. Sous le titre A' Introduction à l'histoire de France, Victor Duruy fit paraître en 1805 un livre qui. en dépit de ses mérites et du nom de Fauteur, est trop peu répandu, même aujourd'hui. M. Duruy a, le premier, vraiment tenté de déterminer la part de la géographie dans le développement de notre histoire. Son examen procède non plus par provinces politiques, mais par régions naturelles, et c'est en cela que consiste la nouveauté de ce livre. Les cadres de classement qu'il a choisis n 'offrent pas encore cependant toute la rigueur qu'on peut désirer en pareille matière. L'auteur, qui parle plusieurs fois du « Massif central », ne lui consacre pourtant pas, comme aux Alpes et aux Pyré nées, un chapitre spécial ; il ne s'y arrête guère que pour parler de son sous-sol, de ses volcans, de ses montagnes.
L'attention de Fhistorien s'est portée presque toute entière sur les régions frontières, en sorte qu'il y a comme un grand trou au centre de son tableau (1). (1) II y aurait quelque exagération à .lire que le Massif est, poul ies historiens et les géographes du dehors, une terra incognito Et cependant j en pourrais donner plus d'une preuve. Dansson récent ouvrage, La Province sous l'ancien régime L89. a vol ) M A Ba beau ne traite pour ainsi dire pas des provinces de notre région ' cequil en dit cà et là pourrait tenir en deux pages. Un géographe PRÉFACE XIII Et cependant, combien de problèmes soulève l'histoire de cette région que le pied de l'homme foule depuis huit ou dix mille ans ! En voici quelques-uns plus particulièrement impor tants, que le présent livre se propose de serrer de près.
Y a-t-il eu partout égale mesure dans Faction du sol sur l'homme ? Jusqu'à quel point le Rhône et les Cévennes peuventils être tenus pour des barrières historiques ? Jusqu'à quel point les cours d'eau et les montagnes ont-ils déterminé les limites primitives des provinces? Le Massif a t-il été, suivant l'expression d'un illustre géo parisien, non des moins notables, omet la grande ligne de Limoges- Gahors-Toulouse(l893idansl'énumération de celles qui appartiennent au réseau ferré d'Orléans ; il ajoute à la population de Limoges 2000 âmes de plus que ne lui en attribue le recensement de 1891 ; il applique le nom de Margeride aux monts de la Madeleine en Forez et place la source de la Dordogne en Limousin ; il parle de .'absolue uniformité de l'administration française sans paraître se douter des anomalies que la Révolution a laissées subsister par souci des droits historiques; il signale l'ensablement qui menace la prospérité de La Rochelle comme si le port de La Palice n'avait pas écarté ce danger depuis 1890.
Dans maint historien, le Périgord blanc et le Périgord noir sont pris l'un pour l'autre ; de même la haute et la basse Marche. D'une manière courante on répète aussi que le département de la Creuse représente la haute Marche, alors que ce pays n'a donné à ce département que deux de ses quatre arrondissements. Ces omissions et ces erreurs ne datent pas d'aujourd'hui. Dans ses Antiquités et. recherches des villes, châteaux et places plus remarquables de toute la France publiées en 1610, le savant André Duchesne ne fait aucune mention de la Marche. Au xvme siècle, l'abbé Longuerue confond lui aussi la haute et la basse Marche, place Guéret sur la Gartempe et fait de Bellac la capitale de la basse Marche sans souci du Dorât qui avait pourtant le « siège prin cipal » de ce petit pays. Le duché-pairie de Mortemart, dans une enclave poitevine de l'ancien diocèse de Limoges, est attribué au Périgord par le Dictionnaire géographique portatif de la France publié en 1765 (4 vol. in-16).
En 1681, Fénelon se rendit à Garennac en Quercy pour prendre possession du doyenné que l'évêque de Sar lat, son oncle, venait de résigner. Pendant son séjour dans cette ville de Garennac, il composa une ode qui commence par ces mots : Montagnes de qui i audace Va porter jusqu'aux cieux Un front d'éternelle glace.. Les pics du Quercy ! les neiges du Quercy !
PREFACE.
XIV graphe, « le grand obstacle» aux relations de la France du Nord avec celle du Midi ? La dislocation, en 1074-1678, de la vaste circonscription établie par les Romains sous le nom d'Aquitaine I, se justifie-t-elle historiquement ? Quel a été le rôle des capitales extérieures dans la vie publi que de notre région? Le Massif a-t-il, au point de vue militaire, l'importance défen sive qu'on lui attribue? Le droit primatial prétendu par l'archevêque de Bourges sur toute FaAquitaine et reconnu par ses suffragants avait-il un fondement historique? Quelles sont les influences qui ont déterminé les déviations de la limite entre le droit écrit et le droit coutumier, entre la langue d'oc et la langue d'oil dans la traversée du Massif? Qu'y .a-t-il eu de spontané et qu'y a-t-il eu de déterminé dans la civilisation de notre région?
Par suite de quelles circonstances Factivité sociale et la vie intellectuelle ont-elles déserté depuis si longtemps le territoire qui faitl'objet de notre étude? Les populations du Massif ont-elles mis en œuvre toutes leurs ressources, exploité toutes leurs richesses, exercé toutes leurs énergies? L'.iuvergne et le Limousin occupent-ils véritablement une place dominante dans l'histoire du Massif? Ou'est-ce que la civilisation française doit au Massif ? En d'autres termes, quelle est la place de cette région dans Fhistoire générale du pays ? Voilà de biens gros problèmes pensera maint lecteur. — .•assurément. Même les solutions que nous en présenterons paraîtront quelquefois bien hardies. Ce n'est point toutefois sans de fortes raisons que nous nous décidons à les proposer. La critique en jugera.
Une autre prétention de ce livre, c'est de comparer sans cesse le Massif intérieur avec le reste de la France pour éviter les PRÉFACE XV erreurs qui résultent des jugements absolus. II est en effet d'une demi-science de savoir que la Planèze est le grenier de la Haute-Auvergne si l'on ne sait aussi qu'elle produit vingt fois moins de froment que la Beauce. II est sans vrai profit pour le lecteur d'entendre dire que le bassin houiller de Saint- Étienne estle plus important du Massif s'il n'apprend en même temps que ce bassin est d'un rendement inférieur à celui de Valenciennes, supérieur à celui d'Alais. Limoges (si l'on y rat, tacheses deux « subordonnées » Nexon et Saint-Sulpice-Lau rière) est le principal nœud de chemins de fer entre Loire et Garonne ; mais Fesprit du lecteur est insuffisamment éclairé par cette affirmation si l'on n'ajoute aussitôt que ce nœud reste, malgré tout, inférieur à celui de Lyon.
La comparaison, elle nous a été grandement facilitée par les récents progrès de la cartographie française et de l'historio graphie provinciale. Mais le passé ne saurait se raconter aujourd'hui avec Faide seulement des documents écrits ou gravés. II faut prendre ìe contact de la terre, des choses et des hommes. L' auteur s'est, durant sept années, donné la peine ou, pour mieux dire, le plaisir de visiter toutes les localités impor tantes du Massif, et il n'a point craint de prendre dans le reste de la France, voire même dans les pays étrangers qui lui sont directement connus, les points de comparaison qui pouvaient lui servir. Telle a été notre méthode. Mais Fapplication en a été par fois délicate. D'une manière générale, nous avons prétendu faire œuvre de réflexion plutôt que d'érudition. Le lecteur est donc prié de considérer ce livre comme un essai.
L'état d'avancement des inventaires d'archives, des recueils de documents, des répertoires topographiques, archéologiques et scientifiques de chaque département, ne permet guère aujourd'hui de tenter davantage. Aussi bien dans la litté rature du sujet nous n'avons point tout lu ; dans nos voyages nous n'avons point tout vu. Bien des phénomènes ont dû nous échapper, que d'autres recueilleront après nous. L'effort a consisté à tirer parti de ce que nous savions pour
PREFACE.
élucider quelque peu les problèmes indiqués tout à Fheure, pour trouver la raison théorique de certains faits constants, et peut-être même atteindre une vue philosophique des choses qui ne sera point jugée inacceptable par la critique compé tente. Dans cinquante ans, les moyens d'information seront nombreux, perfectionnés ; le Massif intérieur sera pleinement connu et son histoire pourra s'écrire en autant de volu mes que nous avons ici de chapitres. Quiconque entreprendra à nouveau de déchiffrer cette médaille en donnera sans aucun doute une traduction meilleure, sinon définitive, car en histoire le définitif ne s'atteint guère. Qui ne sait que les événements humains ont souvent été déterminés par des causes qui ne sont point documentées. Qui ne sait qu'ils ont été influencés par Fintervention de comparses dont la pos térité ignore mêine les noms, Ces causes, la critique histori que les devine quelquefois ; ces comparses, elle en ressaisit parfois directement Faction.
Mais à cette œuvre de résur rection historique il faudra le long et patient labeur de plusieurs générations. Je soumets mon œuvre avec quelque confiance au jugement de tous ceux qui prendront la peine de l' examiner à fond. C'est à cette condition seulement — et non par une lecture hâtive et superficielle - qu'on saura tout ce qu'elle apporte à l'histoire générale de la France, et qu'on accordera à Fauteur tout au moins le mérite de s'être élevé jusqu'à l'intelligence des faits et au sentiment de son sujet. A. L. Limoges, septembre 1898. P. s. — M. Henri Froidevaux, docteur ès lettres, membre de la go* ciétéde géographie de Paris, a bien voulu reviser sur épreuves et fortifier de son approbation les parties consacrées à la description du sol et à l'étude de la population, (pp. 1 á U6). M René Fage avocat près la Cour d'appel de Limoges, nous a présenté quelques observations dont nous avons tenu compte, sur ses pages qui traitent PRÉFACE XVII des croyances et des idées.
Enfin M. Antoine Thomas, docteur ès lettres, chargé de cours à la Sorbonne et à l'Ecole des Hautes Études de Paris, a revu les épreuves du chapitre XVII où nous parlons des idiomes vulgaires du Massif. Que tous trois reçoivent ici l'expression publique de notre gratitude. A. Leroux. Massif, I BIBLIOGRAPHIE La question que nous nous sommes posée, il y aune dizaine d'années, et qui est devenue l'oecasion du présent travail — Qu'est-ce que représente la région du Massif central au point de vue de l'histoire ? — ne pouvait se résoudre que par une connaissance exacte du plus grand nombre possible de faits. Voici comment nous avons procédé à leur recherche. Comme il n'était point loisible, en présence d'un si vaste sujet, de faire œuvre d'érudition et de lire tous les documents conservés, nous nous sommes approprié d'abord, non toutefois sans choisir nos garants et sans exercer à leur égard nos droits de contrôle (1), tous les faits déjà versés dans le domaine public par les ouvrages généraux, j'entends ceux qui traitent d'une science dans son ensemble, qu'il s'agisse de géographie, d'ethnologie, d'institutions, de statistique ou d'économie politique (2).
(1) Le lecteur attentif aux notes du bas des pages, constatera faci lement le grand nombre d'erreurs courantes que nous avons, che min faisant, redressées : une vingtaine pour íe moins. (2) Je tiens à en nommer ici quelques-uns. Pour la géographie physique : la Carte oro-hydrographique de la France dela commission de la topographie des Gaules — et les ouvrages de M. Martel sur les Cévennes et les Gausses ; Pour l'ethnographie : la carte récemment dressée par M. le docteur Collignon ; Pour l'histoire des origines : les Premiers habitants de V Europe, de M. d'Arbois de Jubainville ; Pour la géographie politique : la Géographie de la Gaule romaine, de M. E. Desjardins, YAtlas historique de la France ícar tes et texte) de M. Aug. Longnon, la notice de Léon Cadier sur l'Aquitaine ; Pour les institutions : YHist. des institutions politiques de la BIRLIOGRAPHIE XX Cette appropriation n'était qu'un commencement, un premier dépouillement de la matière, et à vrai dire elle ne nous a pas toujours donné tout ce que nous en attendions.
Nous avons du passer assez vite à la lecture des monographies spéciales qui élucident les points de détail. Ces monographies abondent, tantôt bonnes, tantôt médiocres, dans les bulletins des sociétés historiques locales, où il est aisé de les retrouver grâce à la Bibliographie générale des travaux historiques et archéologiques publiés par les Sociétés sac-antes, bibliographie que poursuivent depuis quelques années MM. R. de Lasteyrie et E. Lefèvre-Pontalis. Mais les travaux de seconde main ne pouvaient suffire à notre objet. Nous avons donc bravement entrepris le dépouil lement des inventaires d'archives départementales, communa les et hospitalières, publiés dans notre région : au total une trentaines de volumes in-_°, dont on trouvera le relevé exact dans le dernier Annuaire des bibliothèques et des archives.
Nous avons ainsi recueilli bien des faits qui n'étaient pas encore entrés dans le domaine public, et comblé bien des la cunes que laissaient subsister les monographies locales. Le malheur est que la collection de ces inventaires est fort peu avancée. Pour cinq volumes que fournit la Haute-Vienne, beaucoup de départements n'en peuvent présenter qu'un seul, plus ou moins détaillé. 11 y a même deux départements, du côté de l'Auvérgne, qui n'ont encore rien publié en ce genre. Nous nous sommeslongtemps refusé à pousser plus loin nos France par M. Paul Viollet, le Manuel des institutions du moyen âge par M. A Luchaire, les États provinciaux de la France centrale par M. A. Thomas, les Institutions polit, et admin. du pays de Languedoc par M. P. Dognon, les Fastes épiscopaux de l'an cienne Gaule, par M. l'abbé Duchesne ; Pour l'histoire économique : Y Hist. du commerce de la France, par M. Pigeonneau, et les nombreuses statistiques publiées par lé Ministère du Commerce.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Le Massif central: histoire d'une région de la France.
