Preface
La vérité religieuse étant partout la première, dans quelque ordre d'idées et dans quelque mesure que ce soit, c'est elle que, tout d'abord, nous nous sommes propose de servir, en écrivant ce livre. Heureux, mille fois heureux, si nous y avons réussi ! Elle apparaît ici dans ses rapports avec la vérité his torique . Entendue au sens large du mot, celle-ci embrasse un horizon si vaste qu'il n'a, pour ainsi dire, point de limites. Hâtons-nous donc d'ajouter qu'en cet ouvrage elle se présente sur un tableau restreint, puisqu'il s'agit de la monographie d'un pays peu étendu. Son histoire touche, en premier lieu, aux grandes lignes de l'histoire de France et de l'histoire du monde, qu'il imporle, toutefois, de n'aborder, surtout en ce qui con cerne la dernière, que d'une main légère, sous peine, en pareil cas, de se heurter au ridicule.
Saisir les côtés originaux de la vie de ce petit pays eut été, plutôt, le but du récit. En cela, il aurait dû être complet et approfondi. Hélas ! à cet égard, comme aux précédents, nous avons conscience d'être resté bien au-dessous de l'idéal qui nous était apparu ! Le lecteur nous le pardonnera, et, suivant l'accueil, plus ou moins favorable, qui sera fait à notre essai, nous nous efforcerons de le compléter, plus ou moins large ment, dans une autre édition. Les sources auxquelles ont été puisés les éléments de la narration sont multiples. Elles se divisent en trois catégories : Les documents écrits. Ils appartiennent, presque tous, aux Archives du Cher, quelques-uns, aux Archives et à la Bibliothèque nationales, d'autres au Cabinet d'un plus savant que nous. A part de rares exceptions, les textes entiers ou partiels sont transcrits in-extenso.
Ils sont généralement reproduits littéralement. Cepen dant, quelques expressions, par trop vieillies, ont été, ça et là, modifiées ; notamment dans ceux des xvu1 et xviii0 siècles, quelques corrections orthographiques ont été opérées, quelques mots, mème, supprimés, ainsi : le dit, du dit, les dits, des dits, trop souvent répétés. Les traditions orales. Sur un point, seulement, ce genre de source historique a été mis à contribution. Les livres enfin. Ils sont nombreux ceux que nous avons consultés. h'Histoire de France de Gandy, celle de l'abbé Mury, YHistoire du Berry de La Thaumassière et celle de M. de Raynal, YHistoire et statistique monumentale du Départe ment du Cher, par M. Buhot de Kersers, nombre d'autres ouvrages et revues, dont la plupart sont indiqués à la fin du volume, nous ont fourni d'amples données.
Ils sont énumérés dans cet ordre : ceux d'où ont été ex traits des renseignements généraux pour l'ensemble de l'œuvre, ceux qui sont cités plusieurs fois, ceux qui ne le sont que rarement, ou une seule fois. Pour les deux premières catégories et pour la première fraction de la seconde, les ouvrages ou revues sont dési gnés au fur et à mesure de la première citation. A la liste des imprimés nous avons ajouté celle des manuscrits. L'indication, en note, au bas de chaque page, de rem ploi de ces différentes sources eut occupé la moitié, environ, du livre. De plus, le texte même eut été si. abondamment par semé des numéros indicatifs des renvois que cela eut fatigué les yeux et l'esprit. Pour l'érudit, cet inconvénient disparaît devant l'avan tage de pouvoir, ainsi, plus rapidement satisfaire les légi times exigences du besoin de l'étude d'un livre dans lequel il recherche, avant tout, des matériaux et des données sur tel ou tel point précis, objet de ses travaux.
Pour les simples lecteurs, qui ne veulent que s'ins truire par le seul récit qu'ils ont sous les yeux, — et ils sont plus nombreux que les érudits, — la fatigue sur passe l'avantage. >íous avons donc préféré laisser la trame de la narra tion absolument vide de renvois et de notes. Mais, par une loyauté tout élémentaire, nous avons placé, entre guillemets, les passages extraits, littérale ment, d'imprimés ou de manuscrits. Dans le cas où le public ferait un accueil favorable à notre oeuvre, nous ajouterions, lors de la seconde édition. un appendice contenant, exactement, pour chaque pas sage du livre, l'indication de la source d'où il a été tiré. Enfin, un tribut de reconnaissance doit être payé à qui vous aide, vous initie, et vous fait bénéficier, en quelques instants et en quelques mots, de son propre labeur, de ses connaissances acquises, et, ce qui est plus précieux et plus désintéressé encore, d'une part même du travail de son intelligence, surtout lorsqu'il le fait avec une cor dialité qui en double le prix.
Acquittons-nous donc de ce devoir, en remerciant, tout d'abord, affectueusement, notre frère, dont Texemple nous a inspiré et guidé dans la voie de difficiles études, qu'il a suivie bien avant nous et bien mieux que nous. Les Iraditions de famille sont les plus durables et les plus efficaces. Remercions surtout le prêtre vénérable, ancien curé de Villequiers, qui a bien voulu lire notre travail, l'approuver et nous encourager à le publier. Puis, exprimons notre gratitude à M. Boyer, l'infati gable archiviste du Cher, qui, au travail inhérent aux fonctions de sa charge, ajoute celui que lui inspire son amour intelligent pour la science, et dont l'obligeance en vers ceux qui s'adressent à lui ne connaît pas de bornes. Hommage, enfin, à la mémoire de ceux qui ne sont plus et dont le labeur conservé prosite à leurs successeurs sur le chemin de la vie passagère qui conduit à l'Éternité. HISTOIRE DU PAYS DE VILLEQUIERS EN BERRY
Chapitre I Temps Anciens
§1 I. Situation du pays. Son chef-lieu à l'époque gauloise. Mardelles. II. Conquête romaine. III. Avènement du Christianisme. Établissement des premières chrétientés. Territoire de Tarchiprêtre de Montfaucon. IV. Fondation des paroisses. Ues plus anciennes de l'archiprêtré. V. Invasion des Barbares. Bourguignons et Wisigoths. Francs : centaines et dizaines. Vicairies. I Le pays dont l'histoire va se développer sous nos yeux est situé entre Bourges et Nevers et le lieu qui, à partir du ixc siècle environ, devint son centre, et fut appelé Montfaucon, jusqu'au dix-septième, époque à laquelle il reçut le nom de Villequier, se trouve sur un sommet d'où la vue s'étend, à une grande distance, aux alen tours. Dans cette région devait exister déjà, aux temps gaulois, un chef-lieu, que les notions de la science historique peuvent servir à déterminer. « On sait que les Gaulois déifiaient les villes et les montagnes et plaçaient leurs villes sur les hauteurs. » Outre les plus grands centres de population, la Gaule comprenait, autour d'eux et dans leur dépendance terri toriale, un certain nombre de petites villes, points cen traux secondaires. « Elles étaient garnies de palissades, « derrière lesquelles, au premier signal de guerre, la « population des campagnes venait se réfugier avec ses « meubles et ses troupeaux. » II y avait, au temps de César, d'après ses Commen taires, plus de vingt villes de cette seconde catégorie, dans le pays des Bituriges.
Parmi elles en était une, chef-lieu de la contrée dont il s'agit, établie sur un point élevé. Quelle était-elle ? Gron, vraisemblablement. Le nom même est d'origine celtique. Le tertre qui le porte conserve, encore aujourd'hui, des ouvrages en terre, restes de travaux de défense qui peuvent remonter à cette époque. Ce lieu est le seul qui, dans le pays, unisse ces divers caractères. II est situé au centre du territoire dont Tavenir nous fera connaître les limites, dans le sens du Nord au Midi, et environ au tiers de sa largeur, de TOuest à TEst. Autour de Gron existent, ou ont existé, plusieurs de ces excavations nommées mardelles, qui, suivant Topi nion la plus commune, datent de l'époque gauloise, soit qu'elles aient formé la partie souterraine de la demeure de Tindigène, — ce qui paraît le plus vraisemblable. — soit qu'elles aient servi de magasins pour conserver le blé ou de refuges destinés à abriter des hommes armés.
Suivant une autre opinion, il est vrai, elles seraient le produit naturel d'infiltrations d'eau successives et régu lières. S'il en est ainsi, Texistence de mardelles nombreuses, aux environs de Gron, ne prouverait rien en faveur de Thypothèse consistant à y reconnaître un chef-lieu de pays gaulois. Quoi qu'il en soit, il est intéressant d'en énumérer quel qu'unes. Nous citerons donc les suivantes, en commençant, autant que possible, par celles qui se trouvaient ou se trouvent encore dans le rayon le plus rapproché de Gron et en nous en éloignant graduellement. A Textrémité septentrionale de la paroisse de Baugy, une terre, faisant partie du terroir de Boisblanc, était appelée, au xvne siècle, les Mardelles, et, sur un certain point des limites paroissiales et judiciaires, existait une borne, dite la pierre pointe, près de laquelle étaient deux autres bornes.
Trois mardelles, voisines les unes des autres, étaient situées dans un terrain, qui, en 1663, dépendait du lieu de Clamecy, paroisse de Villabon, et joutait, la sente du Bourgdoisiau. Une autre existait sur un terrain dépendant, à la mème époque, du même lieu. Une autre encore, ou, peut-être, la même que celle que nous venons d'indiquer, se voyait, dans ces parages. au xve siècle, et à partir du point où elle se trouvait, on allait, par un chemin appelé : Des Rues du Chêne, de cette mardelle à Villabon. Une autre, enfin, est citée, en 1666, qui paraît située au village de Villars ou proche ce village. Aussi aux environs de Berry s'en trouvait une, à laquelle le terrier de Téglise de Berry de 1447 fait allusion, dans ce passage : terre du prieur de Berry nommée la Mardelle. Une autre dite : la Mardelle Moreau, ou peut-être la même que celle qui précède, existait, en 1456, dans le voisinage de Clanay, sur le chemin d'Espineol.
II est possible que ce soit encore la même que Ton trouve ainsi indiquée, en 1574 : « Terre assise à la Mar delle, entre Clannay et la mestairie d'Urcy joutant terre neuve et hoirs feu noble homme Charles de Mar tinon ». Aux environs de Montfaucon étaient plusieurs mardelles, qui existaient encore au xvn° siècle, ou dont tout au moins le souvenir, à cette époque, s'était encore conservé. II y avait alors, en effet, un tènement du censif de Villequier que Ton désignait sous le nom de tènement des Mardelles. Près Soutrains se trouvait un étang , aujourd'hui desséché, nommé l'étang des Marges. Or, les mots : mar delle, margelle et marge ont la même origine étymolo gique et la même signification. Peut-être y avait-il là, autrefois, des mardelles voisines de l'étang ou qui auront été recouvertes par ses eaux.
Le nom du lieu lui-même : Soutrains, indique d'anciennes excavations du sol. Une certaine corrélation originaire peut exister entre ces deux dénominations. En 1475, se voyait une mardelle dite : du Prechis, sur la limite d'Azy et d'Etréehy. Dans la première de ces paroisses était un terroir, connu, avant le xviiie siècle, sous le nom de terroir des Vallées d'Azy, et, à cette dernière époque, sous celui de Mardelle du Grand Charnier. Enfin, parmi les vestiges ou monuments d'un autre âge, on peut aussi citer une pierre située paroisse de Villabon, qui avait donné son nom à une certaine étendue de ter rain, ainsi désigné, en 1469 : « terrouer de la pierre folle ». En 1666 se trouvent mentionnées des : « terres du seigneur de Villequier, appelées la pierre qui danse ». Peut-être était-ce la même pierre que la précédente.
Évidemment, il s'agit là d'une pierre à laquelle était attachée une superstition, remontant, peut-être, au paga nisme. II Cependant, le faux culte druidique va se rencontrer avec le faux culte des Romains, el tous les deux s'uniront, avant de disparaître devant le Christianisme vainqueur. La conquête romaine, personnifiée, alors, par César, s'étend, en effet, sur la région. Un camp, situé à une lieue et demie, environ, de Gron et à six lieues d'Avari cum, peut dater de l'époque où le grand capitaine diri geait, sur cette ville, tous les efforts de son génie, ou bien il fut Tune des stations militaires, — castra stativa. — établies pour conserver la conquête. Les troupes des conquérants, qui, dans les premiers temps, avaient occupé des camps datant de son époque, ou de dates peu postérieures, formés partout où, soit les nécessités de la lutte, soit Tobligation de conserver des positions acquises Pavaient exigé, furent, ensuite, placées par eux surtout dans les provinces limitrophes de leur ancien empire; mais, dans les autres provinces, les agglo mérations. — ou, du moins un certain nombre d'entre elles, — dont T origine avait été Texistence plus ou moins prolongée d'un camp, subsistèrent après la diminution de son importance, ou sa disparition.
Ainsi en fut-il pour le camp d'Aléans. D'ailleurs, généralement, près des grandes villes gau loises, et, parfois aussi, sans doute, près des plus petiles, situées, les unes et les autres, sur des hauteurs, les Romains s'établirent, à une distance plus ou moins rap prochée, dans la plaine. C'est ce qui eut lieu pour le camp d'Aléans par rapport à Gron. L'étymologie du nom même paraît romaine, soit qu'il s'agisse du mot : aléa, sort, hasard, — des armes, vraisemblablement, — soit qu'il s'agisse du mot : leœna, polie, — terra leœna, terre polie, terre unie, — ce qui se serait appliqué, avec justesse, à la nature de la plaine, au milieu de laquelle fut établi le camp, soit, enfin, que Ton doive opter pour cet autre mot, adjectif de basse latinité : leanus, — militibus leanis, soldats léoniens, — ce qui s'expliquerait par ce motif que les troupes occu pant le camp auraient porté ce surnom.
Dans les deux derniers cas, c'est-à-dire si Aléans vient de leœna ou leana, au nom Léans aura été ajoutée, posté rieurement, dans le langage populaire, la préposition an técédente : à, et l'usage aura prévalu d'écrire ces deux mots en un seul. Au xve siècle, il en était ainsi. Des exemples du fait existent pour des localités des environs : Vor, devenu Avor (xic siècle) ; Bengy, que Ton trouve écrit : Habengy (cartulaire de Fontmorigny (xnc - xme siècles); Lodes, paroisse de Villabon, que Ton trouve écrit : Aloddes. Quoi qu'il en soit de l'étymologie du nom, comme le prouvent les découvertes de stèles sculptées, représentant surtout des artisans, et celle d'un théâtre, faite plus récemment, Aléans était, aux m» et iv° siècles, un centre depopulationimporlanl.il put remplacer, comme cheflieu du pays, (iron lui-même, soit originairement, en raison de la domination militaire et administrative, dont il fut, peut-être, le centre, dans un certain rayon, soit progressivement et naturellement, avec le cours du temps.
II 1 Aux premiers siècles de son existence dut se répandre, dans le pays, la bonne nouvelle du salut, là comme ail leurs, la conquête et Tunification romaines ayant été l'un des moyens dont la Providence se servit pour la diffusion de TEvangile. Les Romains, en effet, occupaient Aléans et le petit territoire voisin, comme le reste de la Gaule, depuis quatre-vingts et quelques années, lorsqu'arriva le plus grand événement de Thisloire de Thumanité, fait divin qui domine cette histoire et en constitue le sommet, au milieu des temps. Le Fils de Dieu est venu sur terre. II est mort sur la croix, pour le salut de tous. Pierre et les autres apôtres ont sillonné le monde, annonçant TEvangile et créant, sous leur autorité ou celle de leurs disciples, des Eglises, c'est-à-dire des réunions de chrétiens.
La première, mère et maîtresse, est à Rome, au centre de Tunivers. Les au tres sont fondées dans les cités, au centre des provinces romaines, et au-delà même du monde romain. Par eux, ou par leurs successeurs, les Apôtres sont ou resteront à la tète des nations. II n'est si petite peuplade qui ne doive recevoir la lumière. Heureuses celles qui seront appelées les premières ! Dès les lemps apostoliques, ou peu après, Ursin est Évêque d Avaricum. De là, en son temps et après lui, TEvangile se propage, progressivement, autour de la cité. Ce fut ainsi, sans doute, que les habitants de notre ter ritoire, peu éloigné d Avaricum, connurent la venue du Sauveur. Que béni soit celui, Évêque ou Prêtre, qui, le premier, fit briller, en ce pays, la lumière de la Foi ! Son nom est inconnu, mais son ministère a engendré à la vie spirituelle les populations dont les descendants ou successeurs ont conservé ce premier des dons.
II serait beau de suivre, dans la contrée, les premiers pas des premiers missionnaires du Seigneur Jésus-Christ. On aimerait à connaître comment y naquit la Foi, quel en fut le premier apôtre, quel fut le premier prêtre commis par l'Evêque de Bourges pour lui porter la parole sainte et les sacrements, car, dans les premiers temps du Christianisme, TÉvôque envoyait, de la ville où il résidait, aux alentours, des prêtres chargés de cette fonction, et qui, après l'avoir remplie, revenaient près de lui, et, par conséquent, ne résidaient pas ailleurs que dans la ville. Un seul temple existe d'abord, c'est l'Église épiscopale. Plus tard, des centres religieux sont établis dans le pays dépendant de la ville, d'abord, aux lieux principaux d'as semblées des fidèles, où se rendait l'Evêque, puis, dans la ville même, et des pasteurs sont préposés par lui pour les gouverner, de manière stable.
Ce ne fut donc qu'à une époque relativement tardive que les prêtres, après en avoir reçu leur mission de l'Evê que, résidèrent en dehors de la ville, au milieu des por tions de son troupeau confiées à leurs soins. Les premières chrétientés ainsi créées, auront, dans la suite, pour pasteurs, des auxiliaires de TÉvêque nommés archidiacres, et les chrétientés les plus anciennes et les plus importantes après elles, seront celles dont les pas teurs recevront les noms d'archiprêtres et doyens. A Texemple de ce qui eut lieu pour l'Eglise romaine, dès les premiers temps, les diacres purent être employés, de bonne heure, dans les autres Églises, comme minis tres directs, par TÉvêque, ce qui explique leur supério rité, en ce sens, sur les prêtres, et la priorité donnée aux archidiaconés sur les archiprêtrés.
A quelle époque précise les Évêques de la ville chef lieu d'un grand territoire comprenant des pays soumis à la juridiction d'autres Évêques, résidant dans les villes secondaires, eurent-ils le titre d'Archevêque? A quelle époque aussi, contemporaine ou postérieure, pour les chefs ecclésiastiques préposés aux principales divisions d'une circonscription épiscopale, la dénomina tion d'archidiacre, — donnée, semble-t-il, d'abord, à un seul dignitaire, premier auxiliaire de TEvêque, — com mença-t-elle à être en usage? A quelle époque, enfin, chaque prêtre commis à la direction spirituelle d'une subdivision diocésaine fut-il désigné sous le nom d'archiprètre, titre réservé, aussi primitivement, à un seul ecclésiastique pour toute la circonscription épiscopale ? 11 est difficile de le dire. Toujours est-il que le titre d'Archevêque, comme le titre d'archidiacre, existait au vi" siècle, au moins, et celui d'archiprètre, au moins au vne, comme le démontre la découverte récente, à Brives, près d'Issoudun, en Berry, de Tinscription funéraire d'un archiprêtre.
L'archiprètré de Montfaucon forma, avec ceux de Bour bon et d'Hérisson, Tarchidiaconé de Bourbon. A Torigine, y avait-il, dans le pays de Montfaucon, un centre religieux, une Église presbytérale, ou ce territoire dépendait-il d'un ou plusieurs centres religieux voisins? L'on ne saurait répondre à cette question que par des conjectures. Toutefois, il est possible que Gron ait été l'un des points du pays de Bourges où fut, au commencement, annoncée la Foi, et soit devenu un lieu d'oraison, un titre presbyté ral, puis archipresbytéral, lorsque d'autres titres furent successivement créés, avec leurs circonscriptions, autour de lui. Mais, quoi qu'il en soit du point qui fut, primitivement, le chef-lieu ecclésiastique du pays, il y a lieu de croire que le territoire de Tarchiprêtre de Montfaucon, tel qu'il était constitué au Moyen-Age, formait, dès les temps gaulois et romains, celui d'un pays autonome.
Au Nord et au Sud de la région, peut-être à la place de deux chemins existant déjà aux temps gaulois, soit en les suivant plus ou moins fidèlement, soit en les rec tifiant notablement, ou bien, en ligne droite, à vol d'oiseau, en vue de pourvoir à des nécessités stratégiques et administratives, les Romains établirent deux voies, Tune allant de Bourges à Sancergues et à la Charité, l'autre de Bourges à Sancoins. L'archiprêtré de Mont faucon fut compris, quant à ses limites, du moins appro ximatives, du Nord et du Sud, entre ces deux voies. A TOuest, il eut pour limite, vers Farges, celle même de la septaine de Bourges, territoire dont cette ville for mait le centre, qui s'étendait, alentour, jusqu'à sept milles romains de rayon, et. dont la circonférence devait être altérée et modifiée, plus ou moins, sur tel ou tel point, dans la suite des temps.
A TEst, il fut borné par les confins de la bande du sol dépendant de TEvêché de Nevers, située sur la rive gau che de la Loire. Au Sud-Est, par Osmery, il touchait à la septaine de Dun-le-Roi. IV Dans cet archiprêtré, comme ailleurs, les paroisses des campagnes, fondées, probablement, avant celles des villes, réunirent, en communautés, religieuses d'abord, civiles, ensuite, les premiers chrétiens. Le nom même de paroisse est des plus anciens dans l'Église. 11 désignait, originairement, la circonscription ecclésiastique gouvernée par TEvêque, qui emprunta, plus tard, à l'autorité administrative romaine, pour le garder jusqu'à nos jours, celui de diocèse. II devint ensuite, exclusivement, celui de chacun des groupes de chrétiens laïques habitant un territoire homo gène, dirigé par un prêtre, et formant T ensemble du diocèse.
Au vie siècle, TÉvêque d'Auxerre, faisant un dénombrement des localités de sa circonscription, dont les habitants doivent participer aux cérémonies des Roga tions, le commence en ces termes : Pour la garde du trou peau que Dieu lui a confié, TÉvêque a ordonné que, tant dans la cité d'Auxerre, que par les paroisses du pays même, le règlement suivant serait observé, etc. Au ix° siècle, aussi en Bourgogne, mais dans une partie différente de cette contrée, le nom de paroisse, suivi de celui du patron, est ordinairement employé. En un pays également peu éloigné, relativement, du Berry, le Dunois (Loir-et-Cher), Texpression était, usitée de la sorte : « communitates patriae parochiarum ». On pense que les premiers centres paroissiaux des campagnes ont été établis aux chefs-lieux des grandes villse romaines et qu'ainsi les circonscriptions des plus anciennes paroisses se seront confondues avec les circonscriptions de ces villae.
Si Tassociation civile, formée des habitants de la paroisse, est issue directement de Tassociation religieuse, hypothèse la plus vraisemblable, elle a eu pour principe le service du culte et Tentretien de l'Église, et, par consé quent, son premier chef a été celui qui, plus tard, reçut le nom de marguillier. Ou bien il a pu être, à Torigine, simplement, l'un des chrétiens les meilleurs parmi les nouveaux convertis, possédant quelque supériorité temporelle, ou non, — dans le premier cas, peut-être comme propriétaire ou intendant de la villa même, ou comme employé subalterne de Texploitation. Quoi qu'il en soit, de la paroisse rurale, comme de la paroisse urbaine ou de rang intermédiaire, naquit, parmi les premiers chrétiens, une association toute patriarcale, dans laquelle les anciens, les pères de famille, curent, dès un temps fort reculé, à quelque époque précise et de quelque manière qu'elle leur ait été originairement attri buée, ou transmise, une autorité qui leur demeura, tradi tionnellement, durant le Moyen-Age et jusqu'à la Révo lution.
Ces associations dominées par Tesprit de Foi et cimen tées parla Charité, inconnue du paganisme, composèrent des unités sociales, particulièrement bienfaisantes pour les travailleurs des villes et des champs, esclaves jusque-là. En ce qui concerne les campagnes, notamment, dès Torigine, — comme cela devait se perpétuer dans la suite, — au milieu de populations où les fonctionnaires investis de l'autorité temporelle étaient moins nombreux que dans les villes et la culture des esprits nulle ou bien in férieure, le prêtre eut un ascendant dont bénéficièrent, non seulement les intérêts spirituels, mais encore les inté rêts terrestres des habitants. C'est ainsi que l'Église a formé, dès son origine, des groupements renfermant en germe les premiers éléments de décentralisation et de liberté politique, appelés à se dé velopper, sous son action supérieure et protectrice, dans la suite des âges.
Tous les vrais principes d'autonomie, de dignité, de force et d'union sociales, dont notre temps a bénéficié, sont ainsi venus d'Elie, bien que, parfois, il Tait méconnu, soit en dénaturant les principes eux-mêmes, ou leurs conséquences, soit en retournant contre sa bienfai trice cette part excellente de ses dons. Les paroisses devaient continuer d'exister, à travers les siècles, jusqu'à nos jours, où elles sont désignées sous ce seul nom, dans les villes, — et, à la campagne, en outre, sous celui de communes rurales. Comme l'Église, elles dureront toujours. II serait extrêmement intéressant de connaître la marche que suivit, dans le pays de Gron et d'Aléans, leur création progressive, depuis Torigine. La première paroisse créée après celle de Gron dut être Baugy. Au Sud de Baugy, si Ton en croit une tradition orale, recueillie vers 1856, Craon était, peut-être, originairement, le centre religieux paroissial de la contrée, par rapport à Bengy, et, par conséquent, vraisemblablement, aussi par rapport aux autres lieux circonvoisins, Jussy et Avor, par exemple.
Si cette tradition est ancienne, le fait que Craon était situé entre Bengy et Jussy, dans une région relativement étendue, donnée à l'Église de Bourges, à une époque fort reculée, viendrait la corroborer. En effet, les territoires de Cornusse, Bengy et Jussy appartenaient, le premier à TArchevêque, les deux autres au chapitre de Saint-Etienne. Pour celui de Bengy, la tradition était, au xvinc siècle, que cette possession datait d'une époque fort antérieure au xnc, où un titre la constatait, et qui aurait même déjà existé au moins au vif3. Le chapitre était le corps des prêtres successeurs de ceux qui, dès Torigine, entouraient TÉvêque, et du ministère desquels celui-ci disposait pour Tévangélisation de la ville et du pays dont elle était le chef-lieu. Rapprochant cette donnée du fait de la coexistence an cienne de la possession de Cornusse par TArchevêque de Bourges, d'une part, et de Bengy et Jussy par son chapitre, d'autre part, on acquiert une présomption en faveur de cette hypothèse que le territoire en question avait dû, à Torigine, former un tout homogène, dont le centre reli gieux pouvait être Craon.
L'une des plus anciennes paroisses de la partie Est de Tarchiprêtre dut être Villeville, nom que Ton écrivait au Moyen-Age, Vallc Ville, ce qui indique son origine ro maine : Valli Villa, la Villa du retranchement. A Saint-IIilaire-de-Gondilly, où dut être transféré, plus tard, le chef-lieu de la paroisse, existait, vraisemblablement, avant la translation, une chapelle érigée en Thon neur de ce saint, comme plusieurs autres le furent dans le pays, en Thonneur d'autres saints, ou de saintes, ainsi qu'on le verra plus loin, près de fontaines, du moins pour certaines d'entre elles, afin de substituer le culte d'une âme héroïquement chrétienne aux superstitions d'origine païenne, attachées aux fontaines et traditionnellement conservées par les habitants des campagnes, avec les modifications que d'autres erreurs avaient pu apporter suivant le cours du temps.
Le territoire de la paroisse de Valleville pouvait com prendre aussi, originairement, celui de Menetou, où, le nom l'indique, n'existait, d'abord, qu'un monastère peu important : monastellum, situé au milieu de terres ondu lées, désignées par le nom de coutures, qui fut ajouté à celui de Menetou. V Au cinquième siècle, survient Tinvasion des Barbares, et c'est à eux, probablement, qu'est due la ruine de l'éla blissement romain formé au camp d'Aléans. Les Ilourguignons, arrivés les premiers dans TEst de la Gaule, et ayant, de là, atteint, par la Nivernie, son centre même, ont pu dominer sur la partie Ouest du Berry, à gauche de la Loire, et occuper ainsi la région qui devait se nommer, plus tard. Montfaucon et la Guerche. Au milieu de la seconde moitié du cinquième siècle, les Wisigoths occupent T Auvergne et le Berry.
De leur établissement dans le pays de Montfaucon un souvenir est resté. C'est le nom, datant de cette époque, d'un lieu qui n'est plus, depuis de longs siècles, que le centre d'une exploitation rurale : Le Ringast, autrefois, sans doute, Le Ringar, dans la commune de Laverdines. Dès les premiers temps du règne de Clovis, et, par suite, croit-on, de son mariage avec Clotilde, qui les lui avait apportés en dot, Nevers et la Nivernie cessent de dépendre de la Bourgogne, pour faire partie de l'empire des Francs. Par les soins de Clovis, Nevers est érigé en Évêché. Peut-être, le fait qu'une bande de territoire, sur la rive gauche de la Loire, dépendait de TÉvêché de Nevers date t-il de ce temps. Les limites de Tarchiprêtre de Montfaucon, à TEst, furent, on Ta vu, celles de ce territoire. Après la bataille de Vouillé, en 507, Clovis devint maître de la première Aquitaine.
Bourges et le Berry cessent d'être sous la domination des Wisigoths, pour passer sous celle des Francs, qui s'étend, ainsi, par le pays de Gron, de Bourges à la Nivernie, qu'ils occupaient déjà. De leur établissement naquit la constitution sociale qui eut son plein épanouissement au milieu du Moyen-Age. Dans ce pays, comme presque partout ailleurs en Gaule, dès l'époque de l'occupation des Francs, là où elle fut plus directe, et ainsi qu'il dut en être, plus tard, dans les contrées assujetties, d'abord moins immédiatement, à leur domination, se forment, en effet, des centaines subdivisées en dizaines. Les centaines, dont parle Tacite, sont d'origine ger maine, et les dizaines sans doute aussi d'origine ger maine, et, certainement, d'origine franque. Elles portent en germe toute la Féodalité.
En même temps que chefs de famille, les centeniers et dizainiers furent chefs de territoire, les premiers prédécesseurs des seigneurs des fiefs dominants, les seconds prédécesseurs des seigneurs des fiefs inférieurs. L'origine, au moins principale, de la Féodalité, a donc été Timplantation en Gaule de Torganisation franque, familiale, et, partant, héréditaire, comme principe pré dominant, et, accessoirement, militaire et judiciaire, organisation, par conséquent, dès lors complète, aux points de vue les plus importants, qui, sous Tinfluence de causes secondaires, se développa jusqu'au xne siècle, fut à son apogée à ce siècle et au suivant, puis dégénéra, pour ne subsister plus guère que comme forme jusqu'aux temps voisins de la Révolution. Elle maintint ainsi, à des degrés divers, à travers les temps, ses effets primordiaux, et devint l'arbre dont les branches couvrirent, pendant treize siècles, la France et TEurope.
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