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SAINT-CLOUD. — IMPRIMERIE DE BELIN-MANDAR. OU HISTOIRE DE FRANCE DIVISÉE EN DOUZE PÉRIODES APPLIQUÉES AUX DOUZE ARRONDISSEMENTS DE PARIS , ET JUSTIFIÉE PAR LES MONUMENTS DE CETTE VILLE CÉLÈBRE; contenant, outre des notions préliminaires sur l'ancienne gaule, la conquête de jules césar , la domination romaine et celle des premiers rois francs; 1° l'histoire de tous nos rois depuis clovis jusqu'a louis-philippe ; 2° l'histoire particulière de paris avec ses accroissements successifs, depuis sa première enceinte connue sous louis vi, dit le gros , jusqu'a la dernière, élevée par louis xvi j 3° son ancienne division en vingt quartiers, les plans de chacun de ces quartiers, et sa division nouvelle en quarante-huit quartiers ou douze arrondissements; 4° les vues pittoresques, intérieures, extérieures, et souvent sous plusieurs aspects, de tous ses anciens monuments actuellement existants, de ceux dont la tradition nous a conservé le souvenir, et de tous ceux dont il s'est enrichi depuis 1789 jusqu'en 1837, représentées par 300 gravures ; 5° des tableaux de moeurs et d'usages a chaque période; 6° l'histoire de tous les établissements, institutions, corps savants, religieux, administratifs ou autres actuellement existants ou qui ont existé , etc.
D'APRÈS DUBREUL , SAUVAL , FÉLIBIEN , PIGANIOL , DELAMARE , JAILLOT , ETC., ET LES HISTORIENS MODERNES DE PARIS LES PLUS ESTIMÉS; PAR J. DE MARLÈS. TOME PREMIER. PARIS, PARENT-DESBARRES, ÉDITEUR, RUE DE SEINE-SAINT-GERMAIN, N° 48. 1837.
Introduction
. DESSIN DE l'oDV'RAGE. — ORIGINE PROBABLE DES PARISIENS. — IUTÉCE AVANT El DSPUIS JULES-CÉSAR. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE SOL DE PARIS. § I™. Paris a trouvé beaucoup d'historiens ; cela devait être. Point central d'où rayonne sur la France l'action du gouvernement; foyer vivant où toutes les ambitions s'allument ; théâtre où veulent briller tous les talents , toutes les industries ; arène politique où les opinions exaltées par de longues révolutions se heurtent, se com battent, s'épurent ou se corrompent; siège de cette divinité frivole à qui tous sacrifient, du Rhin aux Pyrénées, des Alpes à l'Océan : Paris, plus que toute autre ville de France, offre à l'observateur un vaste champ à explorer. L'histoire de Paris peut être considérée comme le résumé de l'histoire des sociétés. D'un autre côté , dans Topinion de ses habitants et principalement depuis Tépoque brillante où les vic toires de Louis XIV et, pour ainsi dire, la renaissance des lettres et des arts jetèrent tant d'éclat sur son règne , Paris a toujours été la première ville du monde.
Cette reine des villes pouvait-elle manquer d'historiens? On dira , les étrangers surtout , qu'il y a là plus d'orgueil national que de vérité. Eh bien! qu'on demande à un Anglais où est cette première ville : il nom mera l'Angleterre. Un Napolitain dira Naples, un Génois dira Gènes, un Russe peut-être Saint-Pétersbourg. II n'y a pas long-temps qu'aux yeux de tout Espagnol Séville était la merveille de Tunivers. Et, quand le Parisien trouve à chaque pas chez lui des monuments superbes où la richesse des détails et Télégance des proi.
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. portions s'allient à la solidité ; qu'il voit s'ouvrir mille bazars où , sous les formes les plus séduisantes , Tactive industrie déploie ses produits de jour en jour per fectionnés; que, dans les musées qui Tentourent, ses regards ne s'arrêtent que pur des chefs-d'œuvre ; que la plus vaste bibliothèque que jamais les hommes aient réunie lui offre Tinépuisable dépôt de toutes les connaissances ; qu'héritier des illustrations du dix-septième et du dix-huitième siècle, il peut y ajouter toutes les gloires du dix-neuvième : est-il donc si coupable d'ouvrir un peu son cœur à la vanité ? Et cette vanité est-elle sans excuse ? Quelle ville en Europe peut disputer à Paris le premier rang ? Londres sans doute a Tavantage d'une population plus nombreuse, d'un commerce plus étendu , de quelques branches mieux exploitées de Tindustrie manufacturière, d'une basi lique qui ne voit au-dessus d'elle cpie Saint-Pierre de Rome ; mais sur combien de points la ville anglaise ne doit-elle pas céder à Paris la prééminence ?
Nous ne voulons ici établir aucun parallèle entre ces deux cités célèbres , ni comparer le Louvre, la Bourse, la Madeleine, TArc de TÉtoile aux édifices publics d'outre mer ; nous nous contenterons de dire que c'est à un ingénieur français que Londres devra le pont sous la Tamise, le prodigieux tunnel, triomphe de Tart sur toutes les puissances de la nature. Revenons aux historiens de Paris. Les uns, déjà loin de nous , n'ont pu décrire que ce qui existait de leur temps; les autres, beaucoup plus modernes, ont fait des tableaux plus ressemblants : tous ont cherché à faire connaître l'ancienne Lutèce. Quelques uns ont voulu aussi peindre les hommes ou crayonner leur histoire, en décrivant les monuments qu'ils ont élevés ; d'autres encore se sont livrés avec ardeur à la recherche des antiquités de tout genre.
Mais, il faut le dire, la saine critique n'a pas toujours présidé au choix des matériaux qu'ils ont employés; le goût n'a pas toujours dirigé leur plume, ni la raison dicté les juge ments qu'ils ont portés. Eh! qui voudrait aujourd'hui chercher l'histoire de Paris dans les in-folio de Sauvai, recueil immense, informe, de documents entassés sans discernement, ni même dans la compilation de Lobineau et Félibien, plus exacte et plus régulière, mais prolixe, minutieuse, surchargée de détails inutiles et fabuleux? Ou bien, qui croirait la trouver dans les Essais de Saint-Foix, écrivain spirituel et caustique, mais non moins superficiel qu'irréfléchi; ni dans
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. le Traité de la Police de Delamare, les Recherches de Jaillot, les Variétés historiques ou Recueil de pièces ,\es Dissertations , Y Histoire du Diocèse de Paris de Tabbé Lebœuf? Assurément ces trois derniers écrivains ont fait preuve d'éru dition, et leurs ouvrages sont remplis de faits intéressants, mais ils ne sauraient attacher des lecteurs qui ne se contentent pas des notions spéciales qu'ils renfer ment. Nous en dirons autant des Dissertations de MM. de Valois, Bonami, de Launoy, etc. ; elles ne s'appliquent qu'à des objets particuliers ; ce sont des maté riaux précieux à mettre en œuvre. II nous reste à parler de deux grands ouvrages publiés depuis quelques années : le Tableau historique et pittoresque de Paris de Saint-Victor, et Y Histoire civile, politique et morale de Paris de Dulaure.
Loin de nous la pensée de juger le mérite de deux écrivains qui ont parcouru avant nous la carrière où nous entrons, et cpii, le second surtout, se sont livrés à de bien pénibles recherches. Nous nous permettrons seulement quelques observations qui ne naissent d'aucun sentiment de malveillance, mais qui serviront à expliquer pourquoi nous avons entrepris cet ouvrage. L'auteur du Tableau pittoresque s'est arrêté à 1789, comme s'il voulait effacer de notre histoire tout un demi-siècle. Mais s'il est des personnes que les souvenirs des temps postérieurs blessent au point de ne pouvoir les supporter , il en est un bien plus grand nombre qui ne souffriraient pas qu'on les en privât. M. de Saint- Victor décrit Paris suivant la division en vingt quartiers qu'en avait faite une ordonnance royale du 1 2 décembre 1 702 ; il repousse la division en douze arrondissements, division seule légale, seule existante.
On voit des écrivains qui, en reproduisant un ouvrage vieilli, s'efforcent de déguiser son âge et de rajeunir ses formes ; on n'en voit guère qui cherchent pour un livre moderne des formes suran nées. Avec le Tableau historique et pittoresque il faut reculer dans le passé d'en viron cinquante ans. Nous ne dirons rien des opinions de l'auteur; qui pensera jamais avec lui que le noble régime féodal nous ramènerait au bonheur ? que , pour Thonneur de la France , il faut abattre au plus vite TArc de triomphe de TÉtoile , la Colonne de la place Vendôme , et surtout se défaire de V institution barbare du Jury, que les Français ont si follement adoptée , avec tant d'autres qui ont fait leur malheur et leur honte ?
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. 4 L'histoire de Dulaure forme en quelque sorte une galerie de tableaux synop tiques où Ton aperçoit d'un coup d'œil tout ce qui se lie à une période déterminée. L'avantage que présente ce genre de composition se compense par Tinconvénient d'obliger presque toujours le lecteur à feuilleter plusieurs volumes pour obtenir sur un point quelconque des notions complètes. On a fait au surplus à cet écrivain le reproche plus grave d'avoir adopté un système d'exagération malveil lante qui s'applique à tout; d'avoir toujours trempé ses pinceaux dans le fiel; d'avoir écrit une longue diatribe contre tout ce qui a existé , au lieu d'une his toire impartiale, telle qu'on pouvait Tattendre de son talent. Au reste, Dulaure s'en est expliqué; il paraît en grande partie n'avoir fait son livre que pour prouver aux détracteurs du temps présent, insensés apologistes du temps passé, que, dans ces siècles qu'ils regrettent, ce moyen-âge tant vanté, le bon vieux temps , les institutions étaient plus mauvaises et les mœurs plus corrompues qu'elles ne le sont aujourd'hui; que les sciences étaient dans T enfance, les lettres négligées, les arts inconnus ; et pour prouver cette assertion les faits s'accumulent sous sa plume.
Mais pour être juste, il faut dire que si, en écrivant l'histoire d'une ville, d'un pays, d'un siècle, on ne produit que les charges et qu'on omette les faits qui justifient, il est aisé de faire de cette ville un réceptacle de corruption, et de ceux qui Thabitent une horde de grossiers sauvages pour qui rien n'est sacré. Les écueils que nous signalons, nous avons tâché de les éviter. L'accueil que nous recevrons du public nous apprendra si nous avons réussi. Ce que nous pouvons dire, c'est que nous n'avons rien négligé pour mériter son approbation. Qu'il nous soit permis d'exposer ici en peu de mots le plan de notre ouvrage. Nous avons adopté la division en douze arrondissements et quarante-huit quartiers , et divisé pareillement en douze périodes l'histoire de Paris, si intimement liée avec celle de nos anciens rois, surtout depuis Hugues-Capet, qu'on peut dire que Tune tient lieu de l'autre; seulement cette histoire se trouvera réduite à ses points principaux.
A chaque période nous adapterons la description de l'arrondissement dont les monuments auront le plus de rapport avec elle. C'est assez dire qu'il ne nous est pas permis de suivre Tordre des arrondissements par premier, second , troisième, etc. Ainsi nous commencerons par le neuvième, parce que le neuvième.
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. 5 renferme le quartier de la Cité, c'est-à-dire la Lutèce des Gaulois et le vieux Paris des rois francs. Nous n'avons plus que peu de mots à dire sur Texécution même de notre plan. Nous décrivons d'abord les monuments existants dans chaque arrondissement. quartier par quartier ; nous les offrons au lecteur tels qu'ils furent dans leur origine, tels qu'ils sont aujourd'hui; nous lui faisons connaître les révolutions qu'ils ont subies. Les anciens monuments détruits, ceux qui sont en construction ou ne sont pas encore terminés , fournissent la matière de deux sections particulières; les antiquités romaines ou celtiques, s'il en existe, sont le sujet d'une dernière section. Une courte notice topographique, placée en tête de chaque arron dissement, indique les rapports qui se trouvent entre la division actuelle et la division antérieure.
La nomenclature des principales rues terminera la description de chaque quartier. II n'est pas besoin de dire que cette nomenclature n'aura pas l'aride sécheresse qui semble s'attacher à ce mot. Encore une observation. Bien convaincus qu'un livre historique ou descriptif doit rester tout-à-fait étranger aux opinions politiques, nous nous sommes placés constamment en dehors de toute influence. L'esprit de parti fut toujours un mauvais guide; amour de la vérité, respect à la religion, à la morale, aux lois, et, puisqu'il faut tout dire, enthousiasme pour toutes les gloires de la France, de quelque part qu'elles lui viennent, voilà l'esprit, le seul esprit qui nous a dirigés dans la composition de cet ouvrage. Nous avons lieu de croire que tous les gens de bien, et le nombre en est grand, applaudiront à cette réserve, et qu'ils nous sauront gré de n'avoir point sacrifié aux exigences des partis.
S n. Les peuples sont comme les hommes ; tous veulent illustrer leur origine. Tel aujourd'hui encore déclame contre Torgueil nobiliaire, qui n'est pas fâché d'appar tenir à la classe proscrite, ou, ce qui est pire, qui laisse volontiers croire aux autres qu'il lui appartient. Les peuples ont aussi leur vanité; les Hindous descendaient du soleil et de la lune; les Égyptiens étaient nés de la terre fécondée par Taetion du soleil ; les Gaulois eurent pour premiers parents Hésus et la Nuit. Y avait-il la une
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. 6 pensée philosophique ou poétique de leurs bardes ? Voulaient-ils dire que leurs pères avaient conquis par Tépée le sol qu'ils habitaient (Hésus était le Dieu de la guerre), et qu'ils étaient venus de quelque contrée ignorée? Tout cela se peut; mais les Parisii, très petite fraction de la nation gauloise ou peut-être même étrangers à cette nation, les Parisii qui vivent inaperçus au milieu des marais, dans une île à fleur d'eau que forme la Seine, d'où sont-ils sortis? qui sont-ils? à quel Dieu doivent-ils l'existence? II serait difficile de répondre à ces questions, ou du moins de prouver Texactitude et la vérité des réponses. Toutefois cela n'a pas embarrassé nos écrivains du moyen-âge, chez qui le moine de Viterbe, Annius, a puisé sa fa buleuse histoire. Un fils d'Hector , nommé Francus , est venu selon eux fonder dans les Gaules la seconde Troie (1 ), après la destruction de celle de Priam , et peu de temps après la ville de Paris , qu'il a ainsi nommée en Thonneur du fameux ravisseur d'Hé lène.
Ce Francus lui-même avait succédé à une longue série de rois qui descendaient en ligne droite de Noé par son petit-fils Samothès. Réfuter de telles suppositions historiques, ce serait prendre au sérieux les rêves d'un homme en délire. D'autres ont avancé que les Francs qui ont envahi la Gaule étaient les descendants de ces Gaulois qui sous la conduite de Bellovèse et de Sigovèse allèrent s'établir à l'orient; mais cela fùt-il vrai, il faut reconnaître que les Parisii ne sont point nommés parmi les peuples qui suivirent ces deux aventuriers. La première men tion qu'on trouve d'eux dans l'histoire est due à César qui , dans ses Commen taires, s'exprime ainsi : « Lutèce est la ville des Parisiens ; elle est située dans une île de la Seine. . . Ces Parisiens étaient limitrophes des Sénonois, sous la domination desquels ils s'étaient placés à une époque dont les vieillards chez eux gardaient encore la mémoire (2). n Lutèce n'était donc au temps de ce conquérant qu'une ville peu importante, et les Parisiens qui Thabitaient, soumis aux Sénonois et atta chés au sort de ces derniers, ne jouissaient d'aucune influence personnelle.
On peut mème conjecturer, d'après le passage cité, que les Parisiens n'étaient entrés (1) Troyes en Champagne. (2) Lulelia oppidum esl Parisiorum positum in insuld jluminis Sequanœ Confines erant MSeno nibus, civitalemque , palrum mcmoriâ, coujunxerant.Be bel. Gai. lib. 6, cap. 3.
INTRODUCTION.
. 7 que depuis peu d'années dans la confédération gauloise, puisque leurs vieillards se souvenaient encore d'avoir vu faire le traité qui les unissait aux Sénonois. II est probable que ce traité renfermait la cession du terrain occupé par les Parisii dans Tile de la Seine ; ce qui permet de présumer que les Parisii, expulsés par la force des armes ou par quelque autre accident de leur pays natal , vinrent demander un asile aux Sénonois, qui le leur accordèrent sous la condition de vassalité. II est probable encore que la cession des iles de la Seine embrassait celle des marais en vironnants ou de tout le terrain compris dans le bassin actuel de Paris, depuis les hauteurs de Bercy, Menilmontant, Belleville, Chaumont et Montmartre, jusqu'à celles de Montparnasse, de Montrouge, Montsouris et Sainte-Geneviève, peut-être mème jusqu'à la chaîne plus élevée d'Ivry, Villejuif, Meudon, Saint-Cloud et Mont-Valérien.
Les commencements de Lutèce répondirent à la faiblesse de la nation qui Thabitait. Quelques chétives cabanes couvertes de chaume, jetées sans ordre sur la plus grande des cinq îles (1) de la Seine : telle était cette Lutèce que la fortune réservait pour de si hautes destinées. Quant au nom de Parisii que César donna à ses habitants, on ne peut lui assigner aucune étymologie certaine. Gardons-nous surtout de croire, avec quelques écrivains qui se laissent trop facilement aller à de premières impressions, que ce nom s'est formé de celui de TÉgyptienne Isis; car le culte de cette déesse étrangère n'a pu s'introduire dans la Gaule qu'après avoir passé par R.ome, et personne n'ignore qu'Isis n'eut un temple et des prêtres à Rome que sous le règne des empereurs (2). Convenons, au lieu de courir après de vaines conjectures, que nous ignorons Torigine du nom de Paris , et que nous Tignorerons toujours, faute de monuments historiques.
Les Gaulois n'écrivaient point leur histoire; ils en con- (1) La cité se formait de trois îles ; la plus grande arrivait jusqu'aux environs de la rue de Ilarlay; de cetle rue au Pont-Neuf il y avait deux'petites iles. Celle de Saint-Louis, divisée plus tard en deux parties par un canal étroit, au-dessus de la rue des Deux- Ponts, n'en formait alors qu'une. (2) Dulaure suppose (et l'hypolhèse , si elle n'est vraie est bien vraisemblable) que le nom de Pa risii vient du mot celtique Bar ou Par, qui signifie frontière, le P et le B se prenant souvent l'un pour l'autre dans toules les langues tudesques. il pense que les Sénonois donnèrent ce nom aux nouveau-venus , à cause de leur situation sur les frontières, comme on le donnait aux Barisii , habitants du Barrois, pays également situé sur la frontière, entre la Champagne et la Lorraine.
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. 8 fiaient le souvenir à la mémoire de leurs bardes ; tout ce que nous en savons, nous le devons aux étrangers qui ont eu avec eux quelques relations. Mais on assure qu'une statue qui se trouvait placée près de Téglise de Saint-Ger main-des-Prés, « représentant, ditCorroset, une femme maigre, haute, droite, noire pour son antiquité, et nue ( I ), » était une statue d'Isis ; mais, lors même que cette statue pourrait être reconnue pour celle de cette déesse, bien que la description de Corroset n'indique aucun des attributs propres à TIsis égyptienne, on ne saurait en conclure que les Parisiens adoraient Isis avant Jules-César. La question s'agita de nouveau lorsqu'on eut découvert près de Saint-Eustache une tète colos sale cn bronze. Beaucoup de gens voulurent y voir une tête d'Isis; M. de Caylusa démontré que c'était une tête de Cybèle.
Les Parisiens , ainsi que le prouvent les débris d'antiquités trouvés dans la vieille Lutèce, n'ont pas eu d'autres dieux que ceux des Gaulois. Or, on sait que les anciens Gaulois adoraient Teutatès ou le grand dieu, Taranis ou le dieu du tonnerre, Hésus ou le dieu des batailles, et quelques autres; qu'ils représentaient ces divinités par des pierres informes qu'ils plantaient sur le sol comme des colonnes, et qu'ils avaient pour autels des pierres qu'ils couchaient à plat sur d'autres pierres droites qui servaient de pieds; on appelait les premières pierres fixes ou pierres sites, et les secondes, pierres levées (2). On sait encore que lorsque les Gaulois eurent adopté les coutumes romaines , ils convertirent en lieux consacrés tous les lieux élevés qui entouraient leur ville : Montmartre, le Mont-Valérien , le mont Lucotitius ou montagne Sainte-Gene viève (3). §111.
Jules-César, vainqueur de plusieurs nations gauloises, voulait soumettre celles qui n'avaient pas accepté le joug. 11 s'était attaché à semer la division entre elles pour les empêcher de se réunir contre lui : il sit plus ; il voulut Subjuguer les Gau- (i) Corroset écrivait en 1532. (2) íl y a au faubourg du Temple une rue qu'on nomme Pierre-Levée , et qui probablement doit ce nom à la découverte de quelque ancien monument druidique. (3) Voyez à la lin du neuvième arrondissement la section Antiquités.
INTRODUCTION.
. 9 lois par la main des Gaulois eux-mêmes. Quand il éprouva le besoin de remonter sa cavalerie et mème d'augmenter le nombre des cavaliers, ce fut aux dépens des Gaulois alliés qu'il forma le dessein de faire la guerre aux Gaulois insoumis. II convoqua dans Lutèce, dont les habitants, dit-il, lui parurent le plus dévoués à ses intérêts, une assemblée générale des députés de la nation : les Tréviriens , les Carnutes et les Sénonois n'y comparurent point d'abord ; il fallut les y contraindre , en déployant contre eux Tappareil de la force. César obtint ce qu'il demandait; toutefois il avait mal jugé les Parisii. Ceux-ci, trop faibles pour résister à ses lé gions, avaient paru subir sans murmure les lois qu'il leur avait imposées ; mais lorsqu'il se fut enfoncé dans le pays des Arvernes, où il trouva des ennemis qu'il ne put vaincre, toutes les nations du nord tentèrent de secouer le joug , et les Pa risii ne désertèrent point la cause nationale.
A la nouvelle de Tinsurrcction, le lieutenant de César, Labienus, quitta la ville d'Agendicum, qu'on croit être celle de Sens, et se porta sur Lutèce, rendez-vous des confédérés. II avait suivi la rive méridionale de la Seine; mais, arrêté par un vaste marais que formait probablement la rivière de Bièvre, et par Tannée gauloise qui se montrait disposée à défendre les passages, il retourna sur ses pas, re monta la Seine jusqu'à Melun, ville des Sénonois, rétablit le pont que les Gaulois avaient rompu et revint sur Lutèce par la rive septentrionale du fleuve. Les Gau lois combattirent avec un courage digne d'un meilleur sort; mais la discipline des légions Temporta sur la valeur et le patriotisme. Les Gaulois laissèrent le rivage couvert de leurs morts ; leur chef, Camulogéne, fut de ce nombre.
On ignore la part que les Parisii prirent à cet événement; il y a lieu de croire que Lutèce, défendue par les deux bras de la Seine, ne fut point attaquée; ses habi tants n'en restèrent pas moins attachés à la confédération qui, malgré la victoire de Labienus, ne fut point dissoute. On sait, par les récits de César lui-même, que tandis qu'il faisait le siège d'Alise ou Alexia, les Parisii réunis à trois autres nations gauloises fournirent huit mille hommes pour leur contingent, tandis que les Éduens et les Arvernes, bien qu'épuisés par la guerre, en envoyèrent soixante-dix mille. On voit par là que les Parisiens formaient encore une nation bien faible. Quelques écrivains, d'après les PP. Félibien et Lobineau qui eux-mêmes se sont fondés sur un passage prétendu de Boèce, ont dit que César embellit Lutèce i.
INTRODUCTION.
. d'un p-rand nombre d'édifices et Tentoura de fortes murailles, de telle sorte qu'on lui donna le nom de Cité de Jules-César. M. Bonami, dans un savant mémoire (1), a prouvé que le passage cité par Félibien est tiré d'un auteur du treizième siècle, et qu'il n'existe point dans Boèce. Au fond, ces écrivains n'ont pas fait ici preuve d'une critique bien judicieuse. Où sont les restes de ces monuments antiques? Élevés au temps où Rome était au faite de la puissance, ils auraient eu sans doute ce caractère de grandeur et de solidité qui a permis partout à leurs ouvrages de traverser les siècles. Tout ce que la Cité a produit d'antiquités romaines se réduit à un autel de Jupiter, à un cippe, à quelques tombeaux (2). Si Jules-César avait couvert d'édifices somptueux le sol si étroit de Lutèce, ces édifices se seraient conservés sous ses successeurs, sous les rois francs de la première race; ils auraient du moins laissé des ruines ; et Ton n'en a pas trouvé plus de vestiges sur le sol, cent fois bouleversé, qu'on n'en trouve dans les écrits des historiens de ce temps.
Comment concilier d'ailleurs Tassertion de ces écrivains exagérateurs avec la preuve que cette prétendue ville de César ne fut ni ville libre ou alliée, ni colonie, ni municipe, mais qu'elle se trouva réduite à la dure condition de vcctigale ou tribu taire. A la fin du quatrième siècle elle fut élevée , il est vrai, au rang de municipe; mais cela n'arriva qu'à Tépoque où Julien, alors préfet des Gaules, fit disparaître toutes ces différences introduites par les conquérants, et abolit tous ces privilèges dont la possession par certaines villes était un sujet fondé de plaintes et de mur mures pour celles qui n'en jouissaient pas. II est très vraisemblable que ce fut par suite de cette amélioration dans la condition de Lutèce, que Tadministration qui régissait les Parisii venant à concentrer dans la ville toutes ses diverses branches toute son action, la ville prit le nom des habitants.
Un synode de Tan 36 1 désigne Lutèce par le nom de Parisea civitas, et trois lois de Valentinien, qu'on trouve dans le code de Théodose, lui donnent aussi le nom de Parisii (3). II parait que (1) Voy. Mém. de l'Acad. des Inscriptions el Belles-Leltres, f. 15, p. G73. (2) Voy. ci-après , Monuments romains. (3) Avant Julien , Paris ne fut connu que sous le P.om de Lutèce , Lucolotia, Lucolecia; c'est sous ces noms que Strabon et Ptolémée le désignent. Julien lui-même , dans son Mysopogon, le nomme Lcukctia. II ne faut pas oublier que le plateau Sainle-Geneviève était autrefois appelé Mons Loculi lius ou Leucolilius.
INTRODUCTION.
. 11 ce fut vers cette époque que Paris commença d'avoir des évêques résidents, et le clergé d'acquérir assez d'influence pour devenir un ordre dans Tétat. Lutèce ne pouvait être élevée au rang de cité sans qu'on lui donnât un corps municipal ; et ce corps avait sans doute un lieu pour tenir ses séances, et des archives pour la conservation de ses actes. Ce lieu ne pouvait être hors de la Cité ; tout porte à penser qu'il était dans Tenceinte de la forteresse, qu'Ammien Marcel lin et Julien appelaient castellum, oppidulum. Cette forteresse s'élevait à peu près sur Templacement du Palais de Justice actuel ; il est même vraisemblable que cet édifice devint, après Clovis, le séjour de quelques uns des rois de Paris, notamment celui de Clodomir; car, lorsque le farouche Clotaire égorgea ses neveux, fils de ce Clodomir, afin de s'emparer de la succession de leur père, Clotilde leur aïeule vivait avec eux dans la Cité, comme nous Tapprend Grégoire de Tours.
Toutefois ce ne fut point dans la Cité que séjourna Julien, mais dans le palais des Thermes. II en fut de même des empereurs Valentinien et Valens. Les rois de la première race habitèrent aussi les Thermes dans le sixième siècle. Paris ne jouit pas long-temps des institutions dont Julien Tavait doté. Dés Tan 406 et même plus tôt , les Francs commencèrent leurs incursions périodiques dans la Gaule. Paris eut beaucoup à souffrir avant de tomber définitivement sous la do mination de ces barbares Germains, ce qui eut lieu sous le règne de Clovis, qui de simple chef d'une tribu franque devint par des meurtres et des victoires souverain de plusieurs nations. Rien ne prouve au surplus que Paris ait, à cette époque, perdu des monuments d'aucun genre ; car au temps de Julien les habitations des Parisiens n'étaient que de simples chaumières qu'on chauffait, dit-il, avec des fourneaux, telles qu'il les fallait pour des hommes de mœurs rustiques, à qui toutes les délices de F Asie étaient inconnues.
S IV. Avant de poursuivre ou plutôt de commencer l'histoire de Paris et de ses monu ments , il nous semble utile d'entrer ici dans quelques détails relatifs à la situation physique de cette ville, à la nature de son sol et de la rivière qui Tarrose, à Tat" mosphère qui Tentoure, à Tair que ses habitants y respirent.
INTRODUCTION.
. Lc méridien de Paris est à 20° environ de celui de Tile de Fer ; mais c'est par le méridien de Paris que nos géographes comptent aujourd'hui les degrés de lon gitude pour tous les lieux de la terre, de mème que les Anglais nos voisins le font en partant du méridien de Greenwich. La latitude septentrionale, prise à TObser vatoire, est de 48° 50' 14". La Seine traverse Paris par une courbe dont la direction générale est du sud-est au nord-ouest, et dont la longueur totale depuis le pont de la Gare jusqu'à la bar rière de Passy est de 41 04 toises, ou deux lieues communes environ; sa largeur, en entrant dans Paris, au pont d'Austerlitz ou du Jardin-du-Roi, est de 84 toises ; à sa sortie, sous le pont d'Iéna ou de TÉcole-Militaire, elle n'en a que 70. Dans Tintérieur de la ville où elle coule tantôt tout entière , tantôt divisée en plusieurs bras, sa largeur est très inégale; ce qui souvent dépend de ses quais qui la res serrent ou lui permettent de s'étendre.
Dans les basses-eaux, le principal courant est celui du bras septentrional; le petit bras, celui du sud, laisse à sec les trois quarts de son lit. Le grand bras mème porte si peu d'eau vers la fin de Tété, si Tannée n'a pas été pluvieuse, que la navigation en est presque interrompue. Dans les grandes crues, Teau monte de douze, quinze, vingt pieds au-dessus du niveau des basses-eaux; quelquefois mème elle s'est élevée jusqu'à vingt-cinq pieds. C'est à ces fortes crues, contre lesquelles nos pères ne pouvaient apprendre à sc précau tionner, qu'il faut attribuer la chute fréquente des ponts qui formaient la commu nication de la Cité avec les deux rives opposées du continent. Les ponts, toujours trop bas, et embarrassés sous les arches de bateaux, de moulins et d'usines, ne laissaient pas aux eaux un assez libre passage, et il fallait bien qu'ils cédassent à la force toujours croissante du courant.
Le cours de la rivière est très lent; cela ne saurait être autrement. La hauteur moyenne de son lit au-dessus de TOcéan, prise sous le Pont-Royal, n'est que de cent pieds, ce qui fait à peine un pied d'inclinaison par lieue depuis Paris jusqu'à TOcéan. Une chose assez étrange et qui parait peu conciliable avec la lenteur du cours de Teau, c'est que le sol de la Seine ne s'exhausse point, malgré Tabondance de limon qu'elle reçoit de la Marne et qu'elle charrie pendant Thiver. Quanta la qualité de ses eaux, elles sont extrêmement pures. Une commission fut nommée en 181G pour en faire Tanalyse; il est résulté de ses opérations
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