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LA BELGIQUE ET 1LA ll^DILWIÌ©! DE JUILLET, PARIS, IMPRIMERIE DE TAUL DUrOHT ET C'*, rue -Je Grenelle-St-Nonoré, n. 55. LA BELGIQUE ET LA IBîlVflMLTOIKDS' ID! TOîELÍLSt PAR Ch. L. DE SECOURT PARIS, LIBRAIRIE DE MOUTARDIER, RUE du PONT-DE-LODI , N. 8. 4835. L'auteur de cet ouvrage garantit la pureté des sources auxquelles il a puisé. Tous ses ju gemens sur les faits , toutes ses conjectures lui appartiennent; seul il en est responsable; mais il croit en avoir été assez sobre pour que cette responsabilité ne lui soit pas fort onéreuse. Présenter avec suite, dans leur ordre de manifestation, et dans leur ordre logique, avec tous leurs rapports , avec les circonstan ces extérieures qui les dominent quelquefois et souvent les éclairent, des faits et des documens semés au jour le jour dans les feuilles publiques, et réunis seulement par année dans les annuaires historiques de la France et de TAngleterre, tel a été son objet.
Faire ressortir des questions mal comprises , et des difficultés qu'on ne soupçonne pas , justifier ainsi la haute sagesse qui a résolu les unes, et la modération persévérante qui a surmonté les attires, tel a été son but. Profondément pénétré de la grandeur et de la réalité des dangers qu'une conflagration européenne aurait fait courir à Tordre social et au repos intérieur de la France , quoique sans inquiétudes sur le succès de nos armes , il n'a pas dissimulé son admiration pour le système qui nous les a épargnés, système jus tifié par des résultats qui se confirment de jour en jour, et qui semblent entrer de plus en plus dans l'existence régulière de TEurope. La force des convictions de son esprit et la sincérité des attachemens de son cœur ont dû pas ser dans son langage, et peut-être lui ont donné quelquefois un air dapreté qui n'est pas dans son caractère.
II faudrait aussi s'en prendre à l'irritation des passions politiques au milieu desquelles notre existence à tous s'agite depuis quatre années, et dont la sienne s'est vivement ressentie. Mais en attaquant les actes et les paroles , il croit toujours avoir respecté les intentions , et ce serait involontaire ment qu'il les aurait quelquefois accusées. Le nom du plénipotentiaire français à la conférence de Londres revient souvent sous sa plume ; il a cru lavoir assez loué par le simple récit des actes auxquels il a eu la plus grande part. Si quelque chose pouvait accroî tre les regrets que sa retraite doit inspirer, ce serait la lettre par laquelle M. le prince de Talleyrand a demandé au roi la permission de rentrer dans le repos , et qui témoigne d'une intelligence laissée dans toute sa force et tout son éclat par les fatigues d'une longue carrière politique.
Chapitre II. Formation Du Royaume Des Pays-bas
De tous les changemens territoriaux introduits en Europe par la révolution française, le plus im portant, sous quelque point de vue qu'on Ten visage, fut la réunion des Pays-Bas autrichiens à la République, d'abord, et puis à l'Empire.Ily en a d'autres qui ont peut-être un caractère plus grandiose et un aspect plus éblouissant ; mais ce lui-là les surpassait tous en utilité réelle pour la France, et par conséquent en véritable grandeur, si la grandeur se mesure moins à Téclat qu'aux avantages positifs. Je dirai plus , il est même le seul qui , dans le système des conquêtes de la ré volution , pût être avoué par une saine politique , et qui eût intrinsèquement des chances de durée. Non seulement Toccupation des autres pays réunis à TEmpire , surtout dans les six dernières années , coûtait beaucoup et nécessitait le maintien sur pied d'une force militaire immense ; mais ces ré unions étaient forcées, contre nature, et par -là même précaires, puisqu'on ne pouvait espérer de comprimer bien long-temps Je ressort national avec assez de force pour qu'il ne recouvrât point son élasticité.
Précaires et provisoires de leur nature, ces réunions, ces conquêtes étaient donc mauvaises; car , au moment où elles devaient dis paraître, et il n'était pas difficile de prévoir que ce moment n'était pas fort éloigné , tout le sang versé pour les acquérir et les conserver crierait bien haut contre Taveugle ambition qui Tavait fait répandre en pure perte. Il n'en était pas ainsi de Tincorporation de la Belgique à TEmpire français; c'était Textension la plus naturelle, la plus avantageuse et la plus morale que la France pût recevoir. A son utilité présente se joignait, si cette conquête eût été la seule , Tespoir fondé de la conserver dans Tavenir, et de la faire entrer dans le système politique de TEurope , aussi bien que la réunion de la Franche-Comté et de TAlsace; parce que la France avait une foule d'intérêts com muns avec la Belgique; parce que la langue était la même et que nous n'avions pas supplanté un pouvoir national profondément enraciné dans le sol ; que nous avions , au contraire , absorbé sans peine une nationalité problématique, ballottée par la diplomatie , la guerre et les intérêts de famille , depuis plus de deux siècles, et transférée d'un souverain à l'autre sans opposer de résistance.
La réunion de la Belgique à TEmpire français lui donnait, au Nord et au Nord-Est, une ligne de dé fense admirable ; elle reculait dans le centre la capitale de TEmpire, elle lui donnait une plus grande étendue de côtes en face de TAngleterre, un grand fleuve de plus , TEscaut , et, dans la ville et le port d'Anvers , un entrepôt maritime d'un immense intérêt pour le commerce du nord qui nous manque aujourd'hui, puisqu'à partir du Havre jusqu'à Dunkerque rien ne peut en tenir lieu. II est vrai qu'en gardant la Belgique, la France portait une rude atteinte au système de Téquilibre européen , tel que la politique des autres nations Tavait maintenu depuis deux siècles , car depuis deux siècles le pivot de Téquilibre continental était déplacé , et de TItalie c'était dans les Pays- Bas que le cours des événemens Tavait transporté.
Toute Thistoire de la haute politique européenne, bien avant les guerres de Louis XIV et le traité des Pyrénées et, pour ainsi dire, depuis Tétablis sement du système d'équilibre , prouve que la né cessité de maintenir la Belgique séparée de la France , fut adoptée par toutes les puissances étrangères comme le principe fondamental de Tordre européen , le point capital qui devait oc cuper la prévoyance des hommes d'Etat et do miner les délibérations des cabinets (i).La France s'était en vain débattue contre cette nécessité, il (1) On trouve cependant parmi les négociations secrètes du règne de Louis XIV un traité de partage éventuel de toute la monarchie espagnole, dans le cas où Charles II mourrait sans postérité légitime, entre Louis XIV et l'empereur Léopold, qui assurait à la France la possession de tous les Pays-Bas espagnols avec la Franche-Comté , Naples et la Sicile , toute la Navarre et les Philippines.
En signant ce traité, Louis XIV faisait un acte de haute politique, de politique vraiment française, et non pas seulement d'intérêt dynastique, comme il le fit plus tard, en abaodonnant les avanavait fallu céder, et les Pays-Bas distraits de la monarchie espagnole, à la paix d'Utrecht, pour être transférés à la maison d'Autriche , conser vèrent , dans leur nouvel état, la destination qu'ils avaient reçue de la politique européenne , celle de servir de barrière contre la France. En même temps TAutriche n'ayant ni marine, ni colonies, la Belgique , entre ses mains , ne pouvait devenir une puissance maritime ; et cette circonstance ras surait TAngleterre qui n'avait rien à craindre de son voisinage ou de sa rivalité. La révolution française , qui déplaça toutes les limites et déconcerta toutes les combinai sons de la vieille Europe , triompha des obstacles qui avaient arrêté Louis XIV ; la Belgique fut réunie à la France et s'identifia parfaite ment avec elle.
Les intérêts qui pouvaient pa raître le plus directement blessés par cette réutages qu'il lui assurait pour mettre la couronne d'Espagne et des Indes sur la tête de son petit-fils. 11 y a tout lieu de croire que l'idce première de cette grande combinaison appartient à l'un des plus habiles ministres de Louis XIV, M. de Lionne, secrétaire d'état des affaires étrangères, héritier des vues de Mazarin. Mais de Tannée 1668, qui est la date du traité éventuel de partage , à Tannée 1712, qui est celle de la paix d'U trecht, des intérêts nouveaux s'étaient formés en Europe; TAngleterre et la Hollande étaient entrées en scène , et y jouaient un grand rôle ; on voit du premier coup d'œil quelle révolution elles devaient opérer dans le sys tème continental. D'ailleurs , Taccession prévue de la maison de Hanovre au trône d'Angleterre allait intéresser plus que jamais cette dernière puis sance au maintien de Téquilibre Européen, et à la sûreté du nord de TAllemagne.
C'est depuis lors que le cabinet Anglais s'est fait sur la Belgi que une maxime invariable , et Texpérience des guerres de la révolution s'est jointe au développement de ses intérêts commerciaux pour lui ôter toute tentation de s'en départir. nion étaient ceux de TAutriche à la domination de laquelle on arrachait les Pays-Bas ; mais il y a tout lieu de croire que cette perte ne lui fut pas sensible ; et on pourrait même se demander si ce fut réelle ment une perte. Les Pays-Bas étaient trop éloignés du reste de la monarchie autrichienne et séparés de ses possessions allemandes par trop d'états souvent jaloux , pour que le cabinet de Vienne n'eût pas depuis longtemps envisagé cette possession plutôt comme un fardeau que comme un avantage. Il en tirait fort peu de chose ; il n'y faisait parvenir ses troupes que très difficilement et à grands frais ; leur conservation était toujours in certaine, soit à cause des dispositions et du ca ractère des habitans, soit à cause de la proximité de la France, qui, à chaque guerre , y avait fait des conquêtes rapides; et, tout bien considéré, TAutriche devait désirer Toccasion de s'agrandir d'un autre côté, en abandonnant des provinces qui lui étaient peu attachées, qui ne lui rappor taient rien , dont les institutions et Tesprit d'indépendance rendaient le gouvernement difficile, et qui avaient tous les inconvéniens sans un seul des avantages des colonies éloignées.
Mais, si TAutriche pouvait aisément renoncer aux Pays-Bas, en ne prenant conseil que de ses pro pres intérêts et moyennant une compensation qui sauvât son honneur, la France ne pouvait s'en em parer sans rompre Téquilibre établi et sans froisser par dessus tout les intérêts et la politique de TAn gleterre; car de tous les agrandissemens que les conquêtes de la république et de Tempire procurèrent à la France, la réunion de la Belgique est celui que TAngleterre 110115 a le moins pardonné, celui qui a le plus irrité son orgueil et alarmé ses hommes d'état. C'est la réunion de la Belgique à la France qui est la source du prodigieux acharnement avec lequel TAngleterre nous a, pendant vingt-cinq ans, suscité partout des ennemis et soudoyé TEurope pour Tarmer contre nous.' Le reste de nos conquêtes était Taccessoire ; mais la Belgique était le principal.
Par elle la France dominait le nord de TAllemagne , et ruinait ou pouvait ruiner tout son commerce de ce côté. Ajoutez que désormais le Hanovre était sans défense et que les intérêts de la nation se trouvaient ainsi liés avec les intérêts et les affections personnelles du souverain. Aussi dès que TEurope victorieuse entrevit la possibilité de resserrer la France dans ses anciennes limites, le cabinet anglais fixa son attention sur la Belgique, et conçut le projet d'en revenir au fameux traité de la Barrière qui stipulait la séparation perpétuelle de la France et de la Belgique et en faisait un des principes fondamentaux de Téquilibre continental ; car il portait qu'aucune place , forteresse ou territoire des Pays-Bas ne pourraient être cédés à la couronne de France, ni transférés à aucun prince qui ne serait point successeur ou héritier de la maison d'Autriche ; et , afin de mieux assurer contre la France la défense des Pays-Bas, trop éloignés du centre de la monarchie autrichienne pour qu'elle y pût toujours faire passer de prompts secours , la Hollande était chargée de garder plusieurs forteresses.
Cette combinaison était peut-être nécessaire, et se reproduisit, à certains égards, dans le traité de Vienne, pour la forteresse de Luxembourg; mais elle n'en était pas moins essentiellement mauvaise, en ce qu'elle pouvait paraître humiliante pour la cour de Vienne , et mettait , en quelque sorte, les Pays-Bas sous la protection d'une puissance très jalouse de leur émancipation commerciale et in téressée à réprimer par tous les moyens leur moindre essai de marine marchande , comme le prouvèrent les événemens de 1784, à propos de la liberté de TEscaut. Au reste , à une époque où le système des anciennes alliances était abandonné, comme on le voit par celle de la France avec la maison d'Autriche, et où les combinaisons politiques fondées sur ce système n'avaient plus de base ni d'application, Joseph II avait fait raser une partie des forteresses des Pays- Bas, en sorte qu'à la révolution, les principes du traité de la Barrière ne pouvaient plus guère figurer que pour mémoire dans la politique continentale et en outre manquaient de leurs garanties.
Mais, dans la réaction de TEurope contrela France, ces principes devaient être rétablis et fortifiés, et c'est au cabinet de Londres que la première pen sée en appartient. On lit dans Thistoire du congrès de Vienne : « Pitt, en rentrant au ministère, en « i8o5, avait conçu un plan qui, déjoué par les « événemens, fut remis, en 18 13, sous les yeux 3. « de l'empereur Alexandre , et ce prince répondit « qu'il Tadoptait, parce qu'il le croyait essentiel « pour les intérêts de TEurope. Dans ce plan , qui « prouve comment la prescience politique peut « influer sur Tavenir, on combinait les moyens : « i° De soustraire à la domination de la France « les contrées qu'elle avait subjuguées depuis le « commencement de la révolution ; « 20 De faire à Tégard des pays qui seraient <• enlevés à la France des arrangemens qui , en « assurant leur tranquillité, formeraient en même « temps une barrière contre des projets d'agran « dissement futur. » Or, il est certain que la remise en vigueur des principes du traité de la Barrière formait une partie essentielle et intégrante de ce plan; et pour TAngleterre, c'était probablement même celle qui avait le plus d'importance, et qui fut dès Torigine le principal but de ses efforts.
La cour de Vienne ayant sagement refusé de rentrer en possession des Pays-Bas, le cabinet anglais songea, suivant Thistorien déjà cité, à faire plus que le traité de la Barrière, et proposa une des combinaisons les plus directement hostiles à la France que les revers de i8i3 et de 1814 nous aient forcés de subir, dans la création d'un royaume des Bays-Bas, formé de la réunion des Provinces-Unies et de la Belgique en une même souveraineté. C'était bien plus (i) (1) Louis XIV avait parfaitement senti combien la réunion des dix-sept provinces en un seul état pouvait être dangereuse pour la France , et que resserrer la France dans les limites de 1792; c'était aggraver de beaucoup sa position relativement à cette dernière époque , puisqu'on doublait la masse de Tobstacle à renverser pour franchir quelle forte barrière elle opposerait à ses projets d'agrandissement.
On en trouve la preuve dans les pièces relatives aune négociation secrète, suivie à La Haye en 1663 par M. d'Estrades, ambassadeur extraordinaire aijprès des États-Généraux, avec le grand pensionnaire de Witt. En 1663, deux députés des quatre membres de Flandre * se rendirent auprès de Witt et lui déclarèrent que les principales villes des Pays-Bas avaient lïntention de secouer la domination espagnole, et de se réunir avec la Hollande en un corps de république, comme les cantons suisses, si elles pouvaient compter sur Tappui de leurs voisins. De Witt fit part de cette proposition à M. d'Estrades , qui d'abord la condamna , et s'avança jusqu'à dire que S. M. T. C lui refuserait son assentiment. Mais il fut blâmé de cette réponse par Louis XIV, qui lui donna Tordre de revenir sur sa déclaration précédente, et de chauffer V affaire autant qu'il serait en lui.
Le principal intérêt de la France, lui écrivit-il, était d'abord de chasser les Espagnols des Pays-Bas , « pour Tavantage commun de celte couronne et des Provinces-Unies, qui doivent toutes deux se proposer pour principal objet d'affaiblir une puissance dont elles auraient toujours beaucoup à se méfier et à craindre , si on lui laissait le temps et les moyens de se relever, comme elle se mettra facilement en cet état-là, si elle vient à bout du Portugal. » Mais les vues les plus secrètes et les plus intimes espérances de Louis XIV se révèlent dans une troisième lettre à M. d'Estrades, qui confirme ce que j'ai avancé au commencement de cette note, et dont le contenu est trop intéressant pour que je ne la rapporte pas ici presque en entier. « M. le comte d'Estrade, je vous fais encore cette lettre à part , pour vous ouvrir mon cœur avec la dernière confidence sur Taffaire dont je vous parle par mes deux autres lettres.
Je la trouve merveilleusement bonne, parce qu'il me semble qu'il est impossible qu'outre Tavantage général que je tirerai de rabaissement de la monarchie d'Espagne, si elle ne possède plus rien dans les Pays-Bas , je ne m'en prévale encore en mon particulier dans la suite de diverses places , pays et états qui pour ront le plus m'accommoder et élargir mes frontières, qui sont assez resser rées de ce côté là. Car autrement, si je croyais que ceci dut à la fin aboutir * Les membres de Flandre étaient sans doute les ordres ou'élats, seloït-Texpres sion espagnole miembro ou braço, qui est prise dans le même sens. les bornes étroites dans lesquelles on la renfer mait. Jamais il ne fut mieux prouvé que c'est un ù une union entière des dix provinces de la domination d'Espagne, avec les sept autres que possèdent les États- Généraux , et que par celle union elles dussent former ensemble un corps de république , sans que je m' étendisse plus avant que je ne le suis dans le pays , la délibération en serait plus douteuse , et je ne sais s'il ne vaudrait pas autant laisser les choses en létal qu'elles sont aujourd'hui.
Mais, comme je Tai dit, il ne me parait pas possible que je ne profile de ce débris ou du côté des Hol landais et des états de Flandres pour avoir ma protection, ou, si cela me manquait, de celui des Espagnols mèmes, qui me donneraient volontiers en paiement de la dot de la reine ce qu'ils verraient ne pouvoir pas sauver. ... La seule chose que je vous recommande , c'est que ledit de Witt ne pénètre point par aucun de vos discours que j'ai la visée et le dessein que je viens de vous dire d'étendre mes frontières dans cette oc casion .... Si , dans la négociation, lesdits membres voulaient arrêter une union des dix provinces avec les sept des Elats-généraux, et qu'on pré tendit en tirer de vous quelque consentement, la conduite que vous devez tenir en ce cas, sera de glisser le plus délicatement que vous pourrez sur ce pas embarrassant , sans néanmoins que vous témoigniez en aucune façon désapprouver la chose, mais éviter pourtant de donner ce consentement formel. ... » On voit dans quelle espérance Louis XIV consentait à favoriser le dessein des Flamands.
La négociation fut poursuivie , et on tomba enfin d'accord « que Ton ferait tous devoirs possibles pour obliger les Pays-Bas, qui sont à présent sous la domination du roi d'Espagne, à prendre la résolution de s'établir en une république libre et indépendante, alliée en canton catholique avec les états des Provinces-Unies, et pro tégée par S. M. par une alliance fort étroite ...» Et dans le cas où l'exéculion de ce projet rencontrerait trop de difficultés « qu'on ferait conjointement 1a conquête des Pays-Bas. » Les détails de cçs arrange mens surent modifiés dans un projet de traité, mais le fond resta le mème. II valait en effet bien mieux pour la France avoir à ses portes une espèce de colonie espagnole, mal défendue et difficilement approvisionnée des troupes nécessaires à sa garde , qu'un étal puissant , formé de la réunion des dix provinces belges avec les sept provinces du nord en une masse compacte.
Quel jugement Louis XIV en aurait-il porté , s'il s'était agi d'en faire un royaume, au lieu d'une république fédéralive, composée de provinces jalouses les unes des autres , et ouverte, comme Tétait celle des Etats-Généraux, aux intrigues de toute puissance qui aurait eu beaucoup d'argent à y répandre ? grand malheur pour une nation de perdre une supériorité dont on peut lui reprocher d'avoir abusé : la réaction des vaincus est d'autant plus dangereuse qu'ils se relèvent de plus bas. Ainsi TEurope , victorieuse à son tour, multiplia contre la France, dans les stipulations du congrès de Vienne , toutes les précautions et toutes les garanties qui pouvaient la rassurer contre la possibilité d'un nouveau débordement : non contente de ré tablir et de réparer les digues anciennes , sur quel ques points elle en éleva d'autres, et donna partout aux premières plus de profondeur et de solidité.
Vœ victis ! Les revers et les défections des derniers mois de Tannée i8i3 ayant donné à la guerre que sou tenait l'empereur, le caractère d'une réaction des nationalités étrangères contre la domination française , la Hollande suivit le mouvement de TAlle magne , et aussitôt que les armées des puissances eurent atteint ses frontières Tinsurrection y éclata. Le général prussien Bùlow , et le général Wint zingérode avaient été chargés par la coalition d'occuper ce pays ; après le rétablissement des anciennes autorités dans le Hanovre, le duché d'Oldenbourg et le Brunswick , ils s'en approchè rent dans les premiers jours de novembre. Ils de vaient y trouver un succès facile ; car l'empereur avait retiré de la Hollande presque toutes les troupes françaises , et les autorités impériales étaient restées seules , sans défense , au milieu d'un peuple qui n'avait jamais été fort attaché à la domination française , qui subissait Tinfluence général de TAllemagne , et devait à cette époque être déjà travaillé par les émissaires du prince d'Orange retiré à Londres.
Aussi, le 18 novembre, M. Lebrun , duc de Plaisance, gouverneur général de la Hollande, et plusieurs autres personnes attachées à Tadministration française se hâtèrent de quitter Amsterdam , pour ne pas tomber entre les mains des Cosaques qui étaient à Zwoll dès le 1 2. A peine le gouverneur était-il parti que le peuple célébra sa délivrance à sa manière, en attaquant la plus odieuse de toutes les institutions françaises, la douane impériale. Mais le pays ne pouvait rester sans gouvernement; les principaux habitans d'Amsterdam formèrent aussitôt une commission provisoire , et envoyèrent des députés auprès du prince d'Orange , qui vivaitjen Angleterre , pour Tengager à se rendre aux vœux des Provinces- Unies qui Tappelaient à prendre possession du gouvernement. On ne sait trop si , en effet , le vœu général rappelait le prince d'Orange, et surtout si les Hollandais étaient bien préparés à recevoir en lui un roi au lieu d'un stathouder, si même ils n'eussent pas volontiers repris leur ancienne con stitution républicaine ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que le vœu général repoussait la domination française , et que toutes les opinions se confondi rent d'abord dans la joie de la délivrance : le blos eus continental et Tanéantissement du commerce maritime avaient fait beaucoup d'ennemis à la France dans toutes les classes de la population , et les partisans du prince d'Orange ne laissèrent pas le temps de réfléchir sur la révolution qu'ils vou laient opérer à son profit.
Le 21, les députés de la commission provisoire étaient arrivés à Londres; ils connurent aussitôt les dispositions du prince et celles du ministère anglais qui les accueillit très favorablement , approuva tout , et se hâta de lui donner un corps de troupes anglaises sous les ordres de sir Thomas Graham pour Taider à établir son autorité. Pen dant que le général Bulow entrait en Hollande, le prince d'Orange, suivi des troupes anglaises, débar quait à Schevelingen. Le ier décembre , il fut pro clamé à Amsterdam prince-souverain des Pays-Bas. Le lendemain, il fit son entrée dans cette ville, et annonça par une proclamation qu'il acceptait le nouveau titre que les peuples lui déféraient , en promettant une constitution représentative. Les alliés continuèrent sans peine leur ma-rche victo rieuse , et Tautorité du nouveau roi s'établit par tout fort tranquillement sans éprouver de résistance.
A la fin de décembre i8i3 cette révolution était achevée ; il restait à peine une trace de la domination française en Hollande, et après en avoir été délivré par les armes étrangères, le peuple se préparait , sous un roi qui leur devait aussi sa couronne, à payer sa dette envers la coali tion européenne; car une armée hollandaise s'or ganisait pour prendre part à la guerre contre la France, et concourir à empêcher, dans Tintérêt commun , le rétablissement du pouvoir qui venait d'être renversé. Le prince d'Orange n'était encore que roi de Hollande : les puissances alliées pensaientelles dès lors à lui donner par la réunion de la Belgique une souveraineté beaucoup plus considérable qui en serait le premier des princes du second ordre? On ne peut Taffirmer de toutes les puissances en général , quoique ce soit très probable; mais il est presque certain que TAngleterre, qui joua le prin cipal rôle dans cette question , pensait vers la fin de 18 13 à la formation du royaume des Pays-Bas par Tincorporation de la Belgique aux anciennes Provinces-Unies.
Jamais le ministère anglais n'avait perdu de vue la Belgique et ne s'était sincèrement résigné à la laisser entre les mains de la France; en i8o5 , Pitt s'était occupé de ce qu'il faudrait en faire , si la coalition soudoyée par TAngleterre contre l'empereur parvenait , comme il en avait; ì'espoir, à refouler la France dans ses anciennes limites, et selon le plan qu'il avait conçu, et dont il a été question plus haut , c'était la Prusse qui devait être mise en possession des Pays-Bas Autri chiens. Tous les événemens qui s'étaient succédé depuis cette époque , Toccupation du nord de TAllemagne, le débordement de Tempire au delà du Bhin, la création du port d'Anvers, avaient dû rappeler sans cesse Tattention du cabinet de Saint- James sur la Belgique. II est donc au moins certain que TAngleterre s'était occupée de savoir com ment on pourrait le mieux disposer de ce pays dans un prochain remaniement de TEurope, et ce qui autorise à croire que dès lors elle pensait à le réunir avec la Hollande pour en faire une solide barrière contre la France , c'est que non seulement cette combinaison paraissait essentielle dans le nouveau système anti-français qu'on voulait établir, mais encore que ses intérêts particuliers y trouvaient leur compte , et de plus d'une manière.
L' Angleterre ne pouvait, en effet, se dissimuler que la Hollande profiterait du retour de TEurope à Tancien ordre de choses pour réclamer ses colonies; et quoique le prince d'Orange fût en partie redevable de sa couronne à Tappui du gouverne ment anglais, cependant il se devrait à lui-même, à son pays, à un titre qu'il avait peut-être besoin de se faire pardonner, d'exiger des restitutions né cessaires à la Hollande pour rendre la vie à sa ma rine. De quel droit TAngleterre retiendrait-elle des conquêtes qui n'avaient pas été faites sur la Hollan de, son ancienne alliée, mais sur Tennemi commun, si elle ne lui offrait des compensations suffisantes dans Tagrandissement de son territoire continental? Nous avons dit qu'en i8o5 Pitt avait destiné la Belgique à la Prusse : mais quoique les der niers traités entre la Russie , TAutriche , la Prusse et TAngleterre eussent stipulé la recon struction de la monarchie prussienne sur une échelle géographique, statistique et de population au moins égale à ce qu'elle était avant la paix de Tilsitt; cependant, il est probable que Tidée de lui céder la Belgique avait été abandonnée ; car, à la fin de i8i3, la Saxe et son malheureux roi étaient condamnés, au moins dans Tesprit du ministère anglais, qui se montra plus tard au congrès de Vienne d'une rigueur impitoyable dans la ques tion saxonne , et appuya les prétentions de la Prusse dans toute leur étendue.
Or, c'eût été beaucoup trop de lui céder encore la Belgique outre le royaume de Saxel A défaut de preuves directes consignées dans les notes des négociateurs, ou dans le texte des traités, toutes les circonstances que nous venons de rap peler, et les inductions qu'elles autorisent, suffi sent donc pour établir comme éminemment pro bable que le prince d'Orange, en venant prendre possession du trône de Hollande, avait tiré du cabinet anglais la promesse de voir bientôt réunir à sa souveraineté les ci - devant Pays-Bas autrichiens , si la fortune continuait à favoriser les armes des alliés, et si TEurope victorieuse pouvait imposer à la France les conditions de la paix. Ce pendant, si on avait consulté Topinion de la Bel gique, avant comme après le renversement du pouvoir de Napoléon , ce projet n'aurait pas eu de suite : car la Belgique était sincèrement attachée à la France et n'envisageait pas sans effroi la rup ture possible des liens qui Tunissaient à elle.
Un historien de la coalition avoue naïvement que les puissances avaient espéré trouver parmi les habitans des Pays-Bas la même ardeur pour leur cause, et le même enthousiasme pour leur triomphe que chez les Hollandais; mais qu'on ne fut pas long temps à s'apercevoir du contraire. La Belgique était profondément française; elle s'était associée à notre gloire; nos intérêts, nos ennemis, nos mal heurs étaient les siens, et elle ne prenait aucune part au mouvement réactionnaire des nationalités allemandes contre Tempire. Pendant le reste de la lutte cet esprit français ne se démentit pas ; et quand la première se renouvela en i8i5, l'autre se ranima en même temps. Rien de plus incertain alors que la fidélité de la Belgique au maître im posé par Tétranger, et la catastrophe de Waterloo y fut aussi vivement ressentie qu'en France (i).
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