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L'École des Ministres, servant de clôture aux Mémoires historiques de l'auteur ... Orné de 2 portraits de l'auteur, etc

Bernard François Anne de Fonvielle · 1836 · Scanned text

240,712 words · about 16 h 51 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Bernard François Anne de Fonvielle
Language
French
Published
1836
Length
240,712 words · about 16 h 51 min
Sections
7 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (7)
  1. Front matter about 1 h 38 min
  2. Chapitre II about 9 min
  3. Chapitre III. Deuxieme about 14 min
  4. Chapitre IV. Troisieme about 2 min
  5. Chapitre V. Quatrieme about 8 min
  6. Chapitre VI. Cinquieme about 54 min
  7. Livre II about 13 h 46 min

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Front matter

' /, f'/,/',/ r /V///Y/'//y r/ e /rS'/r Se-eJC '. . V r eC Ys/r es /// ?Y f Y// fY rYf Y. / f Y/S/Ye^ /e-/ /r r//: I , Y/ // f ?<■/ //./ J y. >. ///'f //r/Y?f > S?aYt-/ff, /7 . >/'/' rf/// e-'rYsi-f'Yrsí fYs/-/^ >. Yc/ / e Y' /r/;// Ye~e-;rY>f ïffr r/s /ír /Y/ V/-/í-v/f^ /? L'ÉCOLE DES MINISTRES, 5cwa»t Se cfctute aux Jttfmoim l)tStOn<JU*eS 3e C oJWeut. OUVRAGE SÉRIEUX, MAIS QUELQUErOIS BURLESQUE, OU L'ON TRAITE DE TOUT , MEME DE LA BOURSE ET DE SES MOEURS, DEPUIS LE TABOURET D'UN FAISEUR DE JOURNAL, JUSQU'AU FAUTEUIL D'UN PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES, SOUS LE RÉGIME REPRÉSENTATIF. Orné de 2 portraits de I* auteur, l'un & son âge actuel de 76 ans, l'autre à l'âge de 38 ans , et .] . .1 1. A S. Exe. M. THIERS , PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES; áS-ai dlU. (e Céevafìet íe îouvieífe, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L'ACIIDÉMIE DES IGNORANTS.

Quœ sucrant fitin , mores sunt. Deuï forts volumes in-8 *'. Prix ! 1 S francs. TOME PREMIER. PARIS, chez l'auteur, RUE MONTHOLON, 20, ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES. Mai 1836. Imp. de J. A. BOUDON , 131, rue Montmartre. épître dédicatoire. LE CHEVALIER DE FONVIELLE, L'UN DES SEPT DE L'aCADÉMIE DES IGNORANTS ET SON SECRÉTAIRE PERPÉTUEL , A SON EXCELLENCE MONSIEUR THIERS , PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES, L'UN DES QUARANTE DE L'ACADÉMIE FRAN- ÇAISE, eic, etc., etc., etc., etc., etc. Paris, le 10 avril 1836. Monsieur le Président Ministre , Je ne dirai point à votre Excellence, comme autrefois l' orgueilleux Jean-Jacques à sa grandeur, Monseigneur de Beaumont, archevêque de Paris, qu'y a-t-il de com mun entre vous et moi ? Il y a, je me fais cet honneur, comme vous vous Vêtes fait à vous-même ; il y a notre croyance commune à une providence qui daigne s'occuper de nous.

Voua, trouverez donc tout simple que, comme j'en VI fournis la preuve dans cet ouvrage, voyant en vous mon collaborateur , puisque sans vous il n'existerait pas, j'en partage avec votre excellence, ou la gloire ou le blâme, conformément aux mœurs littéraires du temps qui court, où la manie de brocher des lois en commun s'est étendue jusqu'à la fabrique des livres, faits avec des livres. C'est ce que j' aurais pu faire d'une manière plus simple, en supprimant, sur mon frontispice, la mention de cette dédicace, etcette dédicace elle-même , ajoutant seulement votre nom au mien dans l' indication de fauteur. La position où vous ont élevé vos mérites vous ayant mis dans le cas de regarder de haut en bas les choses de ce monde , comme j'ai sur vous le petit avantage d'avoir su le faire depuis quarante-cinq ans, je ne dois pas douter que, voyant maintenant du même œil que moi tous les objets que je passe en revue dans mon livre, vous n'auriez pas dédaigné d'accepter ce partage.

Chapitre II

PREMIÈRE ÉPOQUli Essais de rapports de pure obligeance avec M. Thiers L'avénementdeM. Thiers au ministère aurait élé, pour moi , la chose du monde la plus indifférente , sa vie politique et la mienne ayant rendu à peu près impossible tous rapports directs ou indirects entre nous. Mais , fils d'un viel ami cpii a vécu long-temps au sein de ma famille , je vis avec plaisir ce jeune par venu en situation d'améliorer 'le sort peu fortuné de son père, de ses frères et de leurs enfans. Delà, chez moi, un sentiment de bienveillance qui, faisant taire à son égard mes préventions patriotiques , me disposa à saisir les occasions de le lui manifester. C'est ainsi, qu'après le 18 brumaire, que je consi dérai comme un mouvement réparateur , on m'a vu le faire à l'égard de Bonaparte , lequel , consul ou empereur, a reçu de moi pendant huit ou neuf ans une foule de mémoires, dont la création d'une cour des comptes, celle d'une caisse d'amortissement , celle des impôts indirects, celle du système conti nental dont je lui donnai la première idée, qu'il gâta par ses licences ou par son exagération , prouvent qu'il ne dédaignait pas de faire son profit , sans que jamais aucune vue d'ambition personnelle ait décoloré le désintéressement absolu de ce tribut gratuit de mon expérience.

Cela se trouve démontré par ma persévérance à IïINISTRES. 84 refuser pendant ces neuf années de m'attacher à son gouvernement, comme je Pavais refusé égale ment sous mon oncle le comte de Barras, durant le cours entier de son règne directorial. On sait, et la restauration elle-même ne Pa pas ignoré, que si 181 4 m'a trouvé occupé depuis six ans au ministère de la guerre, ce ne fut de ma part qu'un acte de vénération, de dévouement et de déférence affectueusement respectueuse , pour l'un des plus honnêtes hommes qui aient figuré depuis quarante cinq ans sur notre scène gouvernementale. M. le comte de Cessac, n'ayant pu vaincre mon refus d'accepter une place de haute confiance qu'il avait fait créer exprès pour moi dans son ministère _, par dé cret impérial du i5 février i8o3, ne dompta mon obstination k adorer VEcho pendant l'absence des Bourbons, qu'en me déclarant qu'il avait besoin de moi pour faire la chasse aux fripons et qu'il consi dérerait mon acceptation comme un service que je lui rendrais personnellement.

Si mon oncle le comte de Barras s'y était pris de la même manière, ma vie administrative aurait commencée seize ans plutôt. On jugera plus tard s'il m'est permis de croire que la France n'y aurait rien perdu. Une occasion s'offrit h moi de rendre à M. Thiers un service de la plus sérieuse importance. Je la saisis avec d'autant plus d'empressement que j'y vis secondairement un moyen de m'interposer en pacificateur dans les débats qui déja s'élaient élevés entre son père el lui, et qui, déjà aussi, com mençaient à acquérir une publicité scandaleuse. Je lui écrivis avec la plus parfaite convenance et sur le ton le plus poli, pour lui faire connaître que ma bonne fortune me procurait l'occasion de lui rendre un service éminent; el je le priai de m'accorder une audience particulière , ne pouvant dire qu'à lui seul et de vive voix, quel était l'objet dont je désirais avoir Phonncur d'entretenir son excellence.

Point de réponse ! point d'audience accordée ! pas même un accusé de réception ! Peu accoutumé à un procédé si sauvage , j'essayai de m'assuver si ma lettre lui était parvenue. J'appris qu'il Pavait en effet dans ses mains (elle était indiquée pour lui seul) mais qu'il s'était ima giné que je voulais lui parler de son père, donl il savait hs anciennes liaisons avec moi, et que par cette raison il m'avait laissé sans réponse. « Un homme bien élevé, me dis-je en moi-même, « n'en aurait pas a^i ainsi. Mais passons celte incon « gruité à ce jeune homme qui ignore encore les con « venances sociales, ce qui au fond n'estpas sa faute, « et qui sans doute se corrigera avec le temps; ce « pendant ne renonçons pas au service qu'un hasard « lout-à-fait singulier me met à portée de lui ren « dre. *•> Je lui écrivis de nouveau pour lui réitérer mon offre et ma demande d'une audience particulière , le prévenant que je m'inlerdisais d'avance de lui parler de rien qui fut relatif à ses affaires de famille et plus particulièrement de M. son père; ce que j'avais à lui dire n'ayant pour objet que sa gloire ministres. 86 personnelle fortement intéressée à Padoption de ma proposition.

Point de réponse encore celte fois ! point d'au dience accordée ! pas même un accusé de réception! Justement blessé de ce silence dédaigneux, chan geant de ton, de style et de formule épistolaire, je lui écrivis la lettre qui suit : Paris, 8 octobre 1834. Je mets en réserve, Monsieur, mes Mémoires historiques , pour vous les mellre sous les yeux avec des sinets indicateurs, lorsque je n'aurai plus à craindre que le torrent des affaires vous empêche d'en prendre connaissance. C'est à cela que se bornera la punition que j'infligerai à vos bureaux qui ont cru devoir laisser sans réponse les deux lettres que je vous ai écrites , l'une avant votre départ pour l'Angle terre , l'autre depuis votre retour, dans le seul objet de vous rendre un service personnel , n'ayant nul rapport avec votre ministère.

Je saisissais avec plaisir l'occasion fugitive qui s'en offrait à moi : je vous la ferai connaître, quand il en sera temps , et vous regretterez de l'avoir laissée échapper. J'aime à supposer qne ce n'est pas à vous que je dois l'impu ter; j'aime à n'attribuer qu'à vos bureaux la brutalité du procédé dédaigneux dont ils ont usé envers moi. Ils ont pris sans doute mes lettres pour des suppliques de solliciteur. Or, c'est ce que je ne fus jamais; et afin de les détromper; afin de leur ôter la ten tation de vous dérober la connaissance de celle-ci, comme ils l'ont fait de mes deux précédentes ; j'en élague les formes de l'étiquette ministérielle. Cela est tout à fait contre mes moeurs : c'est pour la première fois de ma vie que je m'écarte des préceptes de mon éducation : mais je n'ai vu d'autre moyen de faire parvenir jusqu'à vous l'expression, trop modérée peut-être, de ma juste susceptibilité que d'exciter par là vos commis à vous dénoncer l'insolence d'un homme qui n'est rien et qui ose traiter d'égal à égal avec leur tout puissant patron.

Si vous vous donnez le temps d'y réfléchir, vous me saurez gré de vous avoir mis dans le cas de donner à ces Messieurs une leçon de politesse. La politesse , Monsieur, vous le savez de reste, ne gâte ja mais rien. Un proverbe de notre pays a fait de cette vérité une maxime. Lapolitcsse, dit-il, reste toujours a celui qui lafail. ( Reste est , ici , le synonime de profite. ) Je n'ai pas gardé copie de mes deux lettres restées sans réponse : il n'en est pas de même de celle-ci qui , selon ce qui en résultera , sera reproduite dans le cinquième volume de mes Mémoires historiques dont je rassemble les matériaux. J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble serviteur , Le Chevalier de Fonvielle. Celte lettre , qui ouvre et clôture ma première époque , est restée sans réponse : passe encore, si la leçon qu'elle a donnée avait porté quelques bons fruits!...

Mais une éducation manquée laisse peu d'espoir de succès à qui la reprend en sous œuvre ! . . . C'est ce que constateront les chapitres suivans. Je dois dire cependant , qu'ayant eu à demander à M. Thiers une audience, pour je ne sais plus quel objet, je reçus de son cabinet un billet d'excuse, mais sans signature, par lequel le ministre accablé de travail, ajournait à regret ma demande, mais promettait de la satisfaire au premier moment de re lâche Je n'en ai plus entendu parler. L'ECOLE DES MINISTRES. Je crus voir, dans ce billet, un premier symptôme d'amélioration des mœurs bureaucratiques du département de Pintérieur , sous son nouveau mi nistre. Mais ce n'était, hélas ! qu'un de ces éclairs de chaleur qui, à la fin d'un jour brûlant, sillon nent Phorison sans annoncer ni Torage ni le beau temps!...

Naturam expellas fured, tamen usque re curret!... ou bien, à blanchir la tête d'un nègre, vous perdrez tout votre savon !... ou, bien plus ap plicable encore, la caque sent toujours le hareng! Qu'on vienne , après cela , déclamer devant moi contre les préjugés! sprejudicata !) Les proverbes sont-ils autre chose ? et en est-il un seul qui ne semble dicté par la sagesse même? Eh! plut à Dieu que, de nos débats si aigres, si bruyans en morale, en religion, en politique, en littérature , il put résulter que tous les points de ce litige fatigant finissent par être résolus irrévocable ment , unanimement, et traduits en forme de pro verbes, lesquels seraient, pour nos enfans et les enfans de nos enfans, autant de préjugés qui amè neraient pour eux des temps plus heureux que les nôtres ! Car, comme dit Montaigne , les préjugés (preju dicatd) qui, par leur nom seul, dispensent d'un exa men pénible , difficile , le plus souvent impossible et même relativement dangereux, sont le chevet leplus doux qui puisse reposer une tête saine ! ...

A quoi le philosophe périgourdin aurait pu ajouter; et la base lapins solide du bonheur des peuples ! philosophes! philosophes ! que vous avez été cruels envers ces pauvres peuples ! Vous leur avez ôté les préjugés sqnod prejudica tum est !) C'était cependant si commode pour eux !.. Ah ! revenons vite aux proverbes , que Beaumar chais appelait la sagesse des nations , sans se douter que sa dérision était une profonde vérité, et le sera jusqu'à la fin des siècles ! Si jamais le vœu vraiment philanthropique que je viens d'exprimer se réalise (i). [í) Ce ne serait autre chose qu'une anticipalion sur la marche naturelle des temps, préparant lentement le triomphejrfíí catholicisme, qui commande la foi, c'est-à-dire, qui procède au bonheur de l'humanité , par des préjugés, (prcjudicata), par des proverbes: sur leproleslanlisme, qui privantla rai son humaine de ces lisières si nécessaires à sa faiblesse naturelle, la livre à tous les caprices , à tous les égaremens du libre examen , d'où s'est engen dré le pltilosophisme, père, chez les Anglais, des mille et mille sectes plus bi zarres les unes que lis autres qui bigarrent leur phisionomie religieuse.

C'est de la même source que chez nous est sorti l'anti-jesuitisme, auquel nous devons nos ridicules saint-simoniens , nos pitoyables phalanstéricns , nos grotesques, templiersnos misérablesehaléliens, auzoutiens,lamenaisiens et enfin nos riennistres , qui, tous , travaillent à l'envi à détruire les garde fous de ce pont, si difficile, si périlleux à traverser, qui sépare le ber ceau et le tombeau de l'homme. Puisque j'en ai l'occasion , j'extrairai ici de mon morandum ce peu de mots, que j'y écrivis après avoir lu les paroles d'un croyant. « 11 y a des croyans de deux espèces: les uns croient à la religion , les o autres à la révolution. M. de Lamennais croit, ou dit croire , à l'une et » l'autre. Or, comme prêtre et comme président de club, il a une clo » chette à deux fins , pour rendre attentifs á ses prédications ceux qui veu i lent bien les entendre.

Agitée de sa main droite , cette clochette dit aux a pauvres niais qui l'écoutent.: A GENOUX 1 de sa gauche, ellt leur dit : » LEVEZ-VOUS!... Voilà ce qu'or, appelle un beau génie!... Et c'est en » France qu'on voit ces choses-la!... Et le lems où cela se voi», s'appelle » lc siècle des lumières ! » Si nos bruyans débats peuvent se résoudre en pro verbes; pour ma part, j'en proposerai quelques uns dont voici des échantillons. Le meilleur gouvernement est celui dont on n'entend jamais parler et dont personne ne se mêle, sij Des gouvernetnens représentatifs , le meilleur n'en vaut rien. (2) // n'y a de bon ministère que celui dont on peut faire l'éloge d'un seul mot et dont tous les membres peuvent se dire , la main sur la conscience et sans rougir les uns des autres , qui se ressemble s'assemble!

Un roi sage doit être surtout attentif à ce qu'on puisse dire de lui, d'après ses ministres, tel maître, tel valet! Un écrivain doit savoir maîtriser son sujet et ne pas épuiser sa matière , pour laisser à ses lecteurs le plaisir d'y mettre du leur. A BONS ENTENDEURS DEMI MOT. (I) Tel est le gouvernement désastres. Où en serait l'univers matériel, si l'homme pouvait intervenir dans son action par des chambres législa tives ou par des juntes , même par des congrès ? (2) Depuis 45 ans nous en faisons la dure et ruineuse espérience; et cette chimère turbulente a encore ses énergumènes ! 6 cœcas homìninum mentes ! , LIV. II. 91

Chapitre III. Deuxieme

ÉPOQUE. Publication de mon coup-d'œil sur l'état de la France, au 1C1' mai 1834. Paris,.... mai 1834 (1). A S. E. M. Thiers. Monsieur le ministre, Sachant me mettre à la place de votre excellence , je ne m'a buse pas au point de supposer qu'elle puisse lire elle-même l'ouvrage que j'ai l'honneurde lui adresser. J'y renonce à regret , mais tout homme honoré de sa con fiance a des droits à la mienne ; et je me fais un devoir de ne pas douter que celui qu'elle daignera charger de lui en rendre compte accordera quelque estime à mon caractère, jugera qu'un accueil bienveillant est dû à l'hommage que je yous fais, et sollicitera de Y. E. Tordre de m'en témoigner quelque satisfac tion , comprenant très-bien que, mon objet principal ayant été de rallier toute l'opposilion royaliste au gouvernement du roi , j'ai du parier comme je l'ai fait dans certains passages où je ménage, mais pour les endormir , quelques passions encore bien vives qui, sans ce sage ménagement , fermeraient l'oreille au gouvernementisme que je leur prècbe , non sans quelque succès , comme le prouve la préface nième de mon ouvrage.

La malveillance des journalistes , auxquels je suis loin d'en (1) Le quantième du mois est resté «n blanc sur ma copie de cette lettre. faire reproche, ayant passé ma vie à la provoquer et voulant chaque jour la mériter encore davantage , est un obstacle au succès mercantile de ma brochure , que le public ne peut pas deviner : je vais donc encore cetle fois faire à mes dépens la guerre au plus honteux fléau de notre époque , la licence toujours croissante de la presse. Peut-être V. E. trouvera-t-elle juste de diminuer la perte que je vais éprouver, sur mes frais d'impression et de circula tion, et utile, pour le gouvernement lui-même, de m'en deman der plusieurs exemplaires , pour les répandre dans sa splière administrative. Je recevrai avec reconnaissance ses ordres à cet égard. Cetle reconnaissance sera au-dessus de toute expression , si V. E. daigne aller jusqu'à me procurer l'honne.ur de décorer de son nom la liste des 5oo premiers souscripteurs au recueil complet de mes fables, annoncé au bas du tableau qui se trouve à la fin du volume ci-joint.

V. E. a perdu de vue la promesse qu'elle avait daigné nie faire de m'accorder la faveur d'un instant d'audience particu lière : je le conçois , el jc ne m'en plains pas. D'une part, n'ayant pu la saisir au passage, j'ai perdu sans retour l'oecasion de lui rendre un service personnel , unique objet de la demande que je lui en avais faite ; de l'autre , j'ai c mipris que , le fardeau d'une session pénible ayant presque en entier pesé sur elle seule , elle aura cru pouvoir sans incon vénient "ajourner l'exécution de cetle promesse. Je prendrai la liberté de la lui rappeler , lorsque je la verrai dégagée de ses travaux cicéroniens-, mais ce ne sera plus dans son intérêt particulier, CE SE11A DANS CELUI DE SA JUS TICE , que je lui fournirai l'oecasion de faire éclater d'une manière digne d'elle. .

Je suis avec respect , de votre excel'.erce, Monsieur te ministre *, Je très-humb'e et trèE-ùbiissant serviteur , I e chevalier r>E Fonyibli/e. PARUE I, L1V. n. La dernière phrase exceptée , j'ai souligné ici , dans l'intention d'y revenir, deux passages de cette lettre qui ne Tétaient point dans l'original. J'en di rai quelques mots h la hâte et très sommairement, car il y aurait un volume à faire sur chacun deux. Parlons d'abord de V opposition royaliste. De toute supposition royaliste, le journal la France est le seul qui m'ait un peu compris. Dans ses articles de fond , il me laisse rarement quelque chose à désirer. II s'y lient renfermé dans la défense des principes , laissant à la providence le soin , qui en effet n'apportient qu'il elle seule , d'en faire des applications personnelles.

Mais , comme presque tous ses coreligionnaires politiques, ou soit disant tels, il fait encore trop souvent, dans ses autres articles, de la politique avec de la haine et non pas avec du calcul, seule bonne manière de tirer, des principes conservateurs , des conséquences justes en harmonie avec les événe mens. Or, les événemens étant, par la nature même des choses, d'un ordre sur humain , ils doivent être, ou subis avec docilité, ou préparés avec sagesse et attendus avec patience. L'opposition royaliste ne sera dans le vrai que lorsqu'elle ne s'opppsera qu'à la révolution; et lors qu'abjurant, avec le mépris qu'il mérite, le langage de cette mégère, elle prêtera secours au gouvernement existant, plutôt qu'elle ne lui fera obstacle, contre les folles prétentions de l'esprit révolutionnaire; bornant son rôle à celui de confesseur des vraies doctrines sociales , sans afficher l'iriutile , et par conséquenl, la folle ambition d'en être le martyr Je sais ce cpie me répondraient ceux qui refuse raient de se convertir à mon gouvernementisme.

Mais, de deux choses l'une: ou bien Dieua résolu de redonner la vie à la restauration ; ou bien il veut recommencer le siècle de Charles Martel. Dans l'un ou l'autre cas. oseront-ils se flatter que c'est à eux que la suprême sagesse a confié le soin d'accomplir ses desseins? Pensent-ils qu'elle ne saura pas^ sans eux , y soumettre ceux qui leur paraissent en position d'en empêcher la réalisation, tandis que, peut-être , ceux-ci sont eux-mêmes prédestinés à en être les instrumens directs? O vanité présomptueuse! ô aveuglement pitoya ble!... Mais voici l' objection la plus forte contre mon système d'opposition a la seule révolution. On m'accordera peut-être, après avoir mûrement réfléchi sur cet objet sérieux, que la crainte d'affer mir ce que l'on veut détruire doit disparaître de vant l'idée qu'un esprit sain et vigoureux doit se faire de l'irrésistible pouvoir de la providence : mais, me dira-t-on, que devient, dans ce système, l'intérêt mercantile d'un journal?

Est ce par sa sagesse qu'il captivera ses lecteurs avides d'émotions qui puissent satisfaire à leur im patience, carresser leurs passions et nourrir les folles ou sages espérances dont ils ne veulent pas cesser d'être bercés? I. 95 Hélas ! je ne le sais que trop ! pour la plupart de ceux qui se sont atelés a son char, le journalisme est un métier dont 1 intérêt abonnataire est néces sairement le premier et, pour beaucoup d'entre eux même, le seul mobile ! Parmi ses écrivains les plus dignes d'estime , peu auraient osé se lancer dans la carrière pénible que jeparcours depuis quarante-cinq ans, sans preneurs, sans encouragement ; luttant , aux dépens de mon repos et de ma fortune, contre tous les obstacles que m'ont suscités et mon isolement volontaire, pro duit de mon invincible horreur de tout ce qui res semble à l'intrigue, et mon invariable désintéresse ment qui s'est étendu jusques au mépris de la répu tation que, comme tant d'autres, j'aurais pu ache ter sans beaucoup d'efforts, en me jelant dans la mêlée, aidant mes concurrens k suivre leur chemin pour en être aidé à mon tour.

Mais dans la lutte étourdissante de celte foule de publicistes qui, surpassant en effets désastreux, ou une des sept plaies de l'Eg* pte , ou les troubles de la Grèce, ne peut se comparer qu'à ces nuées de sauterelles que , d'un coup de sa baguette, Moïse fit éclore pour préluder à la délivrance du peuple deDieu; ou à ces impitoyables sophistes qu'Athènes, fut forcée de chasser, pour son repos, qu'elle ne pût retrouver qu'a ce prix ; je prédis que l'avanlagc res tera à ceux qui suivront mon exemple, et qu'à eux seuls finira par appartenir ce qu'on appelle le scep tre de l'opinion publique. Le journal la France est le plus avancé dans celte voie aussi sûre qu'elle est honorable. Voila pourquoi j'ai dit et je répéterai sans me lasser, dussai-je en lasser mes lecteurs, que le moment n'est pas loin oû ce journal sera proclamé le Bréviaire dés honnêtes gens, qui ne voudront pas d'autre guide.

Passons a la session pénible que M. Thiers a eu sur ses épaules , ce qui m'a fait accorder du relâche à ce nouvel atlas. Le système représentatif -porte ce fruit amer comme un pommier porte des pommes. A propos dé ce système extravagant qui est le su blimé corrosif de l' absurde, je trouve, dans mon mé morandum l'extrait d'un article du caméléon des journaux (le journal des Débats, 4 septembre i833) très-bon à appliquer a la rêverie des goiivernemens représentatifs, considérés comme principe , par les hommes de la France folle. Je le transcris ici. « Cette vieille guerre entre les factions et le parti du juste mi lieu est Thistoire de toutes les révolutions. » « Quand Henri IV tenait Paris assiégé et que le peuple affermi mourait par milliers dans les rues, la ligue traitait de lâches et de traîtres les politiques qui auraient voulu qu'on se relâchât un peu de la rigueur du principe.

Mais le peuple finit toujours par se réunir au tarti du juste milieu (i). Pourquoi? c'est que les principes se présentent d'une tout autre façon aux yeux des factions et aux yeux du peuple. Pour les factions, un principe est une affaire de système ; dans le principe , elles ne (2) Voyez dans mon coup-d'œil, au 1" mai 1834, mon chapitre du juste milieu.) ._. , L1V. I. 97 voient que le principe mème ; peu leur importe le bien ou le mal qu'il produit! Le peuple , au contraire , juge les principes par le bien qu'il en retire ou par le mal qu'il en souffre. II nt les prend , cn quelque sorte , qu'à l'essai. Leurs promesses peu vent le séduire un moment ; mais quand une fais la premier* impression est passée et que le mal se fait sentir, les plus belles paroles du monde ne parviennent pas à l'endurcir sottement contre l'cxpérience.

Pour lui daillcurs, il n'y a pas de compensation, pas d'amour propre d'auteur, pas le plaisir de briller et de jouer un rôle. II sait que, de toutes les constitutions, celles qui font le plus souffrir les peuples, sont précisément celles qui affectent la prétention d cire logiciennes avant tout. » On ne peut mieux penser que cela. Qu'en faut-il donc conclure? de ce que, depuis quarante-cinq ans que nous nous vautrons dans le bourbier du représentatif, sans avoir Pair de sentir que c'csl-là Puni que cause de nos longues et honteuses souffrances, nefaisaientquenousretourner surce lit de Procusle, dans l'espoir de trouver un soulagement dans un changement de position , est-il raisonnable de croire qu'il en sera toujours de même? Non, non : le hideux spectacle que nous offre en ce moment la malheureuse Espagne, nous arrive tout à point pour achever de nous ouvrir les yeux.

La fin du règne du représentatif est plus près de nous que ne le pensent les fous qui s'appèlent ìa jeune France. On en voit depuis assez long-temps des symplô mes qui ne peuvent tromper un œil observateur. Les dernières lois sur la presse ont déja frayé la route qui nous mêne directement à ce fortuné dénouement du drame révolutionnaire dont notru M1NISTBES. 98 France a été le triste théâtre depuis un demi siè cle, car il faut faire remonter ce drame au-delà de 1789. Son exposition a commencé sous le ministère de Necker; son dénouement suivra de près la fin très prochaine du ministère de M. Thiers, nouvelle et peut-être, Dieu merci! dernière preuve des ou trages que le bons sens public, la raison el la pu deur publiques sont inévitablement condamnés à recevoir du représentatif. Pesez ce mot, inévitablement] A mes yeux, c'est, à la fois, une belle et bonne excuse du passé et une belle et bonne garantie de l'avenir.

Dès que mon livre aura paru, encore quelques mois pour M. Thiers; encore quelques années, pour le représentatif ; et nous verrons si je me trompe. Personne , je le sais et l'affirme d'avance , ne pren dra contre moi la défense de ce ministre. On le verra disparaître de la scène politique sans surprise et surtout sans regret. Mais, quant au représentatif, nos moustachiers, se dressant sur leurs pieds et lc poing sur la han che , veulent m'apostropher en ces termes .- « Vieux aristocrate ! vieux ultra renforcé ! qui « donc osera toucher au représentatif? Tu nous an « nonces L'IMPOSSIBLE! Ne sommes-nons pas là? k et Paris n'a t-il pas encore des pavés pour empê « cher le retour des corvées, des lettres de cachet « de la dîme et des droits féodaux? Que meltras-tu LIV*. I. 99 « donc àlaplaee du régime constitutionnel? le gou « vernement absolu?

En effet il n'y a pas autre chose; « et, si lu as le front de le nier, dis-nous ce que « tu entends nous donner à la place de ce qui est! » « Eh! la! là! citoyens, répondrai -je à ces cris « de la France folle ! Expliquons-nous un moment , tt s'il vous plait. « Vos pavés ne m'en imposent pas plus que vos « moustaches. Mieux que vous je connaîs le poids « de vos rodomontades qui jamais ne m'ont effrayé, « même dans le temps où il y avait à les prendre « au sérieux unpeu plus qu'aujourd'hui où, du moins, « en se renfermant dans les limites prudemment « fixées par une loi réparatrice, la France sage « peut user de son franc parler. tf Veuillez bien me dire quel est le joug auquel, c: pendant vingt-cinq ans, vos pareils s'appelant le « pays,lanation... quesais-je?nesesoientpas soumis, « quelque pesant, quelque ignominieux qu'il ait pu « être , quand on en a eu le vouloir , lequel, toujours,, » lorsqu'on sait bien s'y prendre, équivaut au pou * voir dont il est, d'abord, le créateur et, ensuile, le « conservateur? «Eh! quoi; cette France si belle, si bonne, si « douce, par son sol, par ses mœurs, par tout ce «* qui fit si long-temps son bonheur et sa gloire , « aura subi docilement les vingt métamorphoses qui « la défigurèrent et la torturèrent de mille et mille « manières !

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