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FONDRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME. TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRERES, ILUK JÀCOu, L-Ô. FONDÉE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME, O I ÉTUDE DES RACES HUMAINES SOLS le rapport PHILOSOPHIQUE. HISTORIQCE ET SOCIAL V. COURTET, DE L'ISLE La politique devieudra une science positive. . . . Itarte, CHEZ ARTHUS BERTRAND, LIBRAIRE-ÉDITEUR, ITEFETJTLL6, 23. M DCCC XXXVIII. Jntraîmction. La science politique , dans son acception la plus large, est la science de l'association. Le premier élément de l'association , c'est l'hoinme. La science politique repose donc essentiellement sur la science de l'homme. Mais la science de l'homme se divise en une infinité de branches; et ici, afin d'éviter l'incertitude des détails et l'arbitraire des systèmes , nous devons autant que possible généraliser les données propres à servir de base à nos raisonnements. — Quel est le premier point de vue sous lequel l'homme nous apparaît?
C'est celui du rôle qu'il remplit relativement à l'ensemble des corps animés. En cherchant à le classer, comme toutes les créatures terres tres, dans le domaine de l'histoire naturelle, nous devons voir en lui le premier anneau de la chaîne des êtres.
Introduction
. Tout être, en histoire naturelle, est d'abord considère comme appartenant à une espèce ; il est ensuite étudié comme individu, et, soit comme appartenant à une espèce, soit comme individu, on ne peut le connaître parfaite ment que par la double appréciation de ses caractères physiques et de ses mœurs. De même l'homme, ce roi de la création, considéré d'abord dans ses rapports avec la masse des êtres, c'est-à-dire dans le genre, l'espèce, la race dont il fait partie, puis comme individu, est soumis à deux ordres distincts d'analyse et de comparaison : il doit d'abord être vu et décrit dans sa conformation physique, ensuite dans ses manifestations morales. Mais, indépendamment de ces distinctions premières, il en est une autre qui n'est pas moins fondamentale , c'est celle qui résulte de la situation même où l'homme se trouve particulièrement placé.
On sait que, par sa puissance et son génie, l'homme influe sur les objets qui l'entourent; on sait aussi qu'il en est singulièrement influencé. De là naît pour nous la nécessité de rechercher l'action réci proque de l'homme sur le monde extérieur, et du monde extérieur sur l'homme. Mille modifications , en effet , dans la nature comme dans la société , procèdent de cette dou ble influence, et souvent ce qui semble produit par les circonstances doit son existence à un acte direct de la puissance humaine; souvent aussi ce qui est attribué à
INTRODUCTION.
. III Taction de l'homme n'est que le résultat des circons tances. Ainsi l'homme doit être étudié : f° Dans le genre, l'espèce, la race à laquelle il appartient. — Cette étude est celle de l'anthropologie pro prement dite , et se lie aux sciences sociales par l'ethno graphie, la philologie, la géographie, l'histoire, etc. a" II doit être étudié comme individu. — Et cette étude se lie particulièrement à toutes les hautes ques tions de morale, de religion, de législation, etc. Soit comme espèce, soit comme individu, l'homme doit être à la fois considéré sous son aspect physique et sous son aspect moral. — De là la double nécessité des travaux physiologiques et psychologiques. L'homme enfin doit être étudié : Dans l'influence qu'il exerce sur le monde extérieur : — étude qui embrasse toutes les sciences physiques, l'éco nomie politique, l'industrie, etc.; Et dans l'influence que le monde extérieur exerce sur lui : — étude qui embrasse pareillement presque toutes les sciences physiques, et se lie aux questions d'éducation, de législation préventive, etc.
INTRODUCTION.
. Telles sont à peu près, il me semble, les divisions principales de la science de l'homme. Tels sont par conséquent les principaux éléments de la véritable science politique. Mais le but de cet ouvrage peut-il être d'appliquer dans toutes ses parties la science de l'homme à la science politique? Puis-je avoir la prétention de remplir une pareille tâche, d'élever un tel monument? Je me hâte de le déclarer : non , je ne puis avoir ni ce but ni cette prétention. De cé vaste ensemble que je viens d'esquisser, et qui paraît comprendre presque toutes les sciences, je n'ai touché qu'une spécialité. Tout en reconnaissant d'avance l'étendue des recherches qui seraient nécessaires pour répondre à la plénitude du sujet, j'ai dû me borner à une œuvre partielle, dont Timportance est déjà grande et dont les seules difficultés m'effrayent.
Je me suis dit : En présentant ainsi , d'une part , le plan général clans lequel chaque spécialité vient se fondre, et en montrant comment, dans ce plan général, je désire saisir un élément unique, jusqu'ici négligé , nul ne pourra m'attribuer des prétentions outrées ou exclusives; nul ne pourra supposer que je sois dominé par une idée par trop systématique, et que je méconnaisse ce qui est naturellement en dehors de la sphère de cette idée. Le lecteur doit donc se souvenir que je ne porte exclusion contre aucune des parties de
INTRODUCTION.
. V la science de lhomme dont je ne ferai point ici l'application. De tous les essais qui jusqu'à ce jour ont eu pour but, d'une manière plus ou moins directe, de faire de la politique une science, il n'en est aucun, à mon avis, qui pré sente une base bien solide. C'est surtout par la psychologie qu'on a tenté de résoudre les questions sociales les plus abstraites : comme si , pour échapper aux divagations de la politique, il suffisait d'entrer dans celles de la philoso phie! Que de vaines et illusoires théories n'a-t-on pas fondées sur d'autres théories tout aussi vaines, tout aussi illusoires! Pour une parcelle de vérité, que d'erreurs n'a t-on pas propagées! et surtout que de disputes, que de paroles superflues! On dirait que l'esprit humain se complaît d'abord dans les chimères, et qu'il n'arrive qu'à grand'peine aux choses rationnelles, c'est-à-dire, aux choses les plus simples.
Dans la science de l'homme, on n'a compris presque jusqu'à ce jour que la science de Yindividu, non celle de l'espèce, et dans l'individu l'on n'a vu que l'être moral. Le yvwôi ceauTÒv des anciens n'a jamais eu , dans l'esprit des philosophes, comme dans l'interprétation du vulgaire, qu'un sens purement métaphysique. La connaissance phy siologique de l'homme a été comptée pour rien ; du moins est-il vrai de dire que la connaissance physiologique de VI
INTRODUCTION.
. notre espèce et des variétés de notre espèce n'a reçu que depuis peu d'années un nom dans la nomenclature de nos sciences. Pourtant cette étude, loin d'être dé pourvue d'attrait et d'importance, a des rapports évidents avec l'histoire et la destinée du genre humain, soit par le récit des migrations et des mélanges des peuples , soit par la distinction des types divers qui se font remarquer dans une même société , soit enfin par la recherche de l'inévitable influence qu'exerce sur les mœurs et les tendances des nations cette diversité originelle. Non-seulement , je le répète , on s'est borné à ne voir dans Thomine que l'individu, mais encore on n'a généralement considéré l'individu que sous son aspect moral. Ce n'est point tout. Au lieu de l'étudier dans les traits qui constituent sa personnalité, on l'a plutôt étudié dans ses rapports avec le monde extérieur; on ne l'a guère envisagé que comme le produit des circonstances.
Pour tant il semble que l'individu, dès -sa naissance, est par lui-même quelque chose, qu'il se trouve doué de pen chants quelconques qui le portent à telle série d'actions plutôt qu'à telle autre; qu'enfin, indépendamment de son aptitude incontestable à recevoir les impressions exté rieures, il apporte certaines dispositions natives qui in fluent sur la manière dont il reçoit ces impressions. La diversité organique des individus, quelles que soient
INTRODUCTION.
. VII d'ailleurs les modifications que peut produire en eux Fac tion des circonstances , a été ou complètement oubliée ou regardée comme nulle. On a dit: L'individu, en naissant, est propre à devenir tout ce que l'éducation voudra , — et c'est ainsi qu'on s'est habitué à étudier l'homme, non en lui-même, mais dans les influences qu'il subit, c'est-à dire, hors de lui. — Par une conséquence de cette ma nière si imparfaite de procéder, les écrivains qui se sont occupés d'histoire et de politique ont généralement attribué aux climats , aux usages , aux systèmes d'éducation , les variétés de régimes et d'états sociaux des peuples. La servitude et l'abrutissement des uns, la liberté et la civilisation des autres, ont été indifféremment expliqués par ces diverses causes, c'est-à-dire, toujours par l'inter vention de quelque agent indépendant de la personnalité même de ces peuples.
Est-il donc vrai que les hommes soient tous naturellement identiques, et que la destinée des peuples comme des individus ne dépende en rien de leurs qualités originelles , de leur nature intime ?. . . . Je ne crois pas en ceci me faire illusion : Tout ce qu'il y a de plus positif dans la science de l'homme est ce qui de tout temps a été le plus négligé. Conséquemment cette étude , qui pourrait donner à nos doctrines sociales un caractère vraiment scientifique, n'a pu jusqu'à ce jour jeter dans la politique que le vague et l'incertaiu.
INTRODUCTION.
. VIII Or, le but de cet ouvrage a été de suppléer autant que possible à cette insuffisance. Les parties de la science de l'homme qu'on a le moins approfondies, ce sont celles que j'ai traitées. Celles qui donnent lieu aux applications les plus directes et les plus importantes, ce sont celles dont j'ai déduit quelques simples et fondamentales vérités. On a jusqu'à présent vu l'homme tout entier dans X individu; je l'ai vu dans les races. On a particulièrement analysé les facultés de notre entendement et recher ché l'influence des passions communes à l'humaine na ture ; j'ai recherché l'influence de la diversité physiologique des peuples sur la diversité de leurs conditions sociales. Enfin, on a presque toujours résumé la politique dans. des questions de personnes et de gouvernements ; je me suis efforcé de la ramener dans la sphère des faits généraux , dont une saine appréciation conduit d'ailleurs plus sûrement à celle des faits individuels.
Ouvrez tous les livres qui exposent quelque système général de politique, vous en trouverez peu qui fassent remonter à des principes naturels et constants les faits qu'ils constatent et les règles qu'ils établissent. La plupart, fondés, comme nous l'avons dit, sur des considérations métaphysiques , ne sont le plus souvent intelligibles que pour quelques adeptes initiés aux secrets de leur école. Les autres, tels que ceux qui ont été propagés par les
INTRODUCTION.
. IX publicistes du dix-huitième siècle et qui attribuent aux climats et à d'autres causes physiques les différences de mœurs et de civilisation des peuples, ont ouvert, il est vrai , à la politique une voie de progrès que suivent encore aujourd'hui les esprits les plus avancés; mais, en dépit de l'autorité des grands noms qui s'attachent à ces systèmes, nous espérons montrer qu'ils sont encore tout à fait incom plets. Sans doute le climat a une action marquée sur tout ce qui appartient à la nature , et conséquemment sur l'homme ; mais cette action est-elle donc l'unique , est-elle même la principale qu'on puisse signaler? En vain à l'influence du climat ajoulerait-on celle de l'éducation, des usages, des religions, etc. : toutes ces causes réunies sont hors de riiomme, et par conséquent l'homme, dans ce système, ne serait considéré que comme l'instrument d'impulsions étrangères.
N'est-ce point là une idée exclusive ? L'homme n'est pas seulement un instrument , il est aussi doué d'une puissance active et intrinsèque. Dès lors on ne doit pas se borner à analyser les influences qu'il subit, il faut analyser encore l'influence de ses propres facultés , de ses prédispositions natives. Or, disons-le, l'homme diffère de facultés et de prédispositions natives, suivant la race à laquelle il appartient, c'est-à-dire, suivant les différences d'organisation qui résultent de la multiplicité des races. — Donc , à l'influence du climat , des circons tances locales, des usages, des religions, de toutes les
INTRODUCTION.
. X causes en un mot qui sont extérieures à l'homme, il faut ajouter l'influence de la race, qui est inhérente à sa nature même. Indépendamment des systèmes précédents , il en est d'autres enfin qui sont fondés surl'étudede l'organisation. Mais ceux-ci n'ont donné lieu jusqu'à ce jour qu'à des applications fort restreintes et purement individuelles. La phrénologie, par exemple, a vainement tenté d'envahir le domaine de la politique. Les conséquences pratiques qui découlent de ses principes, sans que ce soit ici le lieu d'en examiner la portée, n'ont aujourd'hui de rapport qu'avec les destinées individuelles des hommes; elles n'en ont aucun avec les destinées générales des peuples. Elles laissent dès lors un vaste champ aux investigations qui peuvent avoir pour but de jeter une clarté nouvelle sur les questions fondamentales d'association.
Cependant, je Pavouerai, si les disciples de Gall, au lieu de suivre servilement les errements de leur école, abandonnaient enfin Pornière des détails , où leur science tend de jour en jour à perdre son caractère d'évidence, et songeaient désonnais à étendre Papplication des seuls principes généraux qui la constituent, je ne doute pas qu'ils ne parvinssent à d'admirables résultats. Remarquez, en effet, qu'en se bornant, comme ils le font encore, à établir des divisions et des sous-dì visions
INTRODUCTION.
. XI d'organes, d'autant plus incertaines qu'elles se rapportent à mille nuances de caractères que notre intelligence perçoit à peine, ils ne peuvent accomplir qu'un travail à la fois ardu et futile. Là commence la possibilité d'erreur, où Pévidence disparaît; là doit s'arrêter Pambition de la science, où notre jugement nous montre Pincertain. On a comparé entre eux des individus de même nation , de même sang, dont la conformation extérieure présente des différences à peine sensibles : pourquoi la phrénologie n'a-t-elle pas entrepris, d'une manière assez suivie, des comparaisons de peuples? Ici il n'aurait fallu qu'embras ser des généralités et envisager quelques types. Si l'on tire de graves conséquences de la disparité de deux individus, quelles conséquences n'aurait-on pas dû tirer de la disparité de deux races!
Ce qu'il y a de plus positif dans la phrénologie aurait eu son application sociale, et, dans la nouvelle série de jugements qu'il aurait fallu porter, plus de combinaisons incertaines, plus d'inutiles arguties. Il ne s'agissait plus de localiser dans le moindre repli du cerveau , dont l'enveloppe osseuse peut souvent déguiser la véritable forme, une pensée, un sentiment ou un ins tinct; il ne s'agissait plus de multiplier à Pinfini des or ganes peut-être imaginaires, il suffisait de découvrir dans les masses une physionomie particulière inclinant vers tel ou tel signe caractéristique. Voici, par exemple, un peu ple dont le type constant est donné; en voici un autre
INTRODUCTION.
. qui en diffère sous des rapports essentiels. L'un a telle région du crâne fortement proéminente, l'autre a ses protubérances dans une autre région. Les indices de cette nature sont presque infaillibles, et, lorsque le jugement phrénologique est porté, la critique la plus opiniâtre n'a qu'à se taire, à moins qu'elle ne veuille soutenir la thèse, désormais insoutenable, qu'il n'existe aucun rapport entre le mode de développement du cerveau et celui des facultés humaines. — Examinez un instant la tête d'un nègre et celle d'un Européen. Vous trouvez dans la tête du nègre une prédominance sensible des organes auxquels se rapportent tous les instincts grossiers, et une dépression non moins marquée de ceux auxquels se rapportent les pouvoirs de Fintelligence ; dans celle de l'Européen , au contraire, vous trouvez un grand développement des parties antérieures et latérales, c'est-à-dire, Findice d'une grande supériorité dans les facultés intellectuelles. — Si votre science repose sur des bases solides, hâtez-vous donc d'en faire des applications aux relations mêmes des peuples, non point dans ce qu'elle a de spécial et d'incertain , mais dans son ensemble, dans ce qu'elle peut avoir de plus frappant et de plus sûr.
Par toutes ces considérations, j'ai voulu signaler en core une grande lacune dans ce dernier système. Ainsi, Fanalyse succincte des travaux les plus impor-
INTRODUCTION.
. tants qui se rattachent d'une manière plus ou moins di recte à nos théories sociales, nous prouve que rien n'a été entrepris jusqu'à ce jour pour réduire la politique à l'état de science positive; que notamment l'influence de la race, qui n'est autre que l'influence de l'organisation humaine, sur la forme et le développement des sociétés, a toujours été méconnue II est vrai que la distinction et la classifi cation des variétés naturelles du genre humain est encore un fait tout nouveau, et que cette branche essentielle de la science de l'homme est à peine créée. Toutefois, comme nous le verrons bientôt, les principes généraux en sont posés; ils forment désormais un ensemble que j'ai présenté dans ce livre sous une forme synthétique, et dont j'ai en trepris, si je puis le dire, de faire la philosophie.
Le but de cet ouvrage étant ainsi clairement défini , il ne me reste plus qu'à en justifier la forme. Le mode d'ex position que j'avais à suivre m'était imposé d'avance par la nature même du sujet. En effet, il s'agit ici de deux choses : d'abord, de la science de l'homme, c'est-à-dire, de cette partie de la science de l'homme qu'on appelle X anthropologie , et qui traite de l'histoire naturelle des races humaines; il s'agit ensuite des applications politiques que ce sujet comporte. Il fallait par conséquent éta blir deux parties bien distinctes: d'une part, poser des faits; d'autre part, tirer des conséquences. Voilà pour-
INTRODUCTION.
. quoi la première partie devait contenir Fexposé des prin cipes généraux de ['anthropologie, et la seconde partie en montrer les applications. — Dans cette seconde partie se ront traitées les grandes questions de la politique contem poraine, celles surtout qui touchent aux inégalités sociales, aux principes de la propriété, de l'hérédité, etc. La forme de ces discussions sera toujours grave et philosophique. Les divers régimes politiques dont l'histoire nous offre l'exemple, seront successivement analysés; et ce travail, qui a été conçu dans un but immédiat d'utilité publique, sera naturellement complété par des considérations sur l'histoire et la politique de la France. De plus amples détails seraient maintenant superflus. J'ajouterai seulement que si la première partie n'offre pas à tous les lecteurs un intérêt assez puissant pour com mander une attention soutenue, l'aridité de la matière se trouve compensée par son utilité.
Les travaux relatifs à l'histoire naturelle de l'homme sont encore en très petit nombre. Ils sont d'ailleurs épars et peu connus. J'ai voulu en faire un résumé formant en soi un tout assez complet. Au reste, ceux pour qui la lecture des chapitres consacrés à cette exposition pourrait être fasti dieuse, n'auront qu'à passer immédiatement à la Conclu sion de la première partie. L' enchaînement des idées ne sera point interrompu, et ce qu'ils trouveront ensuite sera directement lié à la science politique.
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. XV Maintenant, pour terminer cette courte Introduction, il ne me restera qu'une observation à faire. Si c'est un titre important en faveur d'un ouvrage que les efforts et les travaux pénibles qu'il a coûtés à Fau teur; si c'est un titre que cette ardeur infatigable de recherches, cette abnégation d'intérêts, cette continuité de combats , auxquels les conditions de la vie sociale expo sent ceux qui pendant de longues années poursuivent une même œuvre philosophique, nul ouvrage n'a plus de droits que celui-ci, je ne dirai pas à la faveur, mais du moins à Fattention bienveillante de cette partie du pu blic qui approfondit et qui juge. FONDÉE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME. PREMIÈRE PARTIE. PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L ANTHROPOLOGIE OU DE LHISTOIRE NATURELLE DES RACES HUMAINES. U~^'~k'- '■' .í%'S^
Chapitre I
L'histoire naturelle des races humaines est une science toute nouvelle. — Opinion des anciens sur les diversités physiques du genre humain. _ Initiative de Linnée. — Système de Buffon. Les philosophes de tous les âges se sont plaints que Pétude de l'homme ne fût point assez cultivée. II faut cependant avouer que, sous le rapport méta physique, cette étude occupe une place assez marquée dans l'histoire de la philosophie. Mais c'est sous les rapports les plus positifs qu'elle a été constamment négligée. On a jusqu'à ce jour analysé toutes les facultés de notre entendement; on a tracé toutes les nuances possibles de sentiments et de pensées; on a créé des systèmes abstraits pour servir de base à toutes les théories sociales : mais les sciences naturelles n'ont été cultivées que fort tard, et n'ont point encore paru susceptibles de grandes applications.
Ouvrez tous les livres qui traitent d'histoire, de politique et de science, il n'en est aucun qui déduise les conditions de la société de Panalyse de l'organisation humaine. Tout un ordre de faits a été par conséquent laissé en dehors des discussions philosophiques. Je me propose ici de faire cesser, autant qu'il dépendra de moi, cette déplorable exclusion. La première partie de ce travail présentera l'exposé rapide des principes généraux de l'histoire naturelle de Fhomme, et la seconde partie sera consacrée à l'application sociale de ces mêmes principes. D'une part, je montrerai les innombrables variétés d'organisation des habitants du globe, et le résultat moral de cet examen sera fondé autant que possible sur des certitudes matérielles et sur Popinion des savants les plus accrédités. D'autre part, je rechercherai pourquoi et comment cette division naturelle du genre humain se lie avec la constitution et le progrès des sociétés.
D'abord j'exposerai la science, ensuite j'en déroulerai les conséquences. Ici tout sera aride, là tout sera vivant. FONDÉE SUR LA SCIENCE OE LHOMME. 3 II y a parmi les hommes une évidente pluralité de races, dont les termes les plus saillants sont la race blanche et la race nègre. Quels sont les traits distinc tifs de leur organisation? Jusqu'où s'étend la différence que nous remarquons entre elles? Quelle influence morale et par conséquent politique devons-nous lui attribuer? Telles sont les questions fondamentales dont la science seule peut nous donner la solution. Ces questions n'ont jamais été traitées par les an ciens d'une manière spéciale. Ceux qui se sont occu pés incidemment des diversités de couleurs et de formes qui distinguent les hommes, les ont attribuées, non à la puissance intime et spécifique de l'organisation , mais à des circonstances étrangères à la person nalité native de l'homme, c'est-à-dire, au climat, à la nourriture, aux habitudes, etc.
C'est ainsi que plusieurs poètes grecs parlent de l'influence toute -puissante du soleil sur la formation de ces types divers. Les historiens et les géographes, tels qu'Hérodote, Stra bon et Pomponius Mêla, expriment des opinions analogues. Hippocrate lui-même paraît avoir si peu étudié cette partie de l'histoire naturelle, qu'il attri bue les variétés de formes que présentent les diverses têtes humaines, ou aux artifices employés par des mains étrangères ou à l'influence des lieux, des eaux, etc. *. Enfin Pline le naturaliste avait imaginé que les nègres teignaient leurs corps et crêpaient leurs che- ' De aère, acquis et locis , Scctio 2", de Macrocep/ialis, et passim , 34 , 35, 36, etc. I. veux en se baignant dans un fleuve de Thessalie qui avait Pétrange propriété de transformer ainsi les ca ractères qu'il supposait communs à toute l'espèce.
La singularité de ces divers modes d'explication prouve combien, chez les anciens, l'homme était peu étudié dans son organisation , et combien sous ce rapport il restait encore de progrès à faire à l'histoire naturelle. C'est Linnée qui, le premier, osant placer l'homme à la tête du règne animal, ouvrit à la science une nou velle carrière. Bien que les classifications par lui dé terminées dans le sein du genre humain , aient paru aussi arbitraires qu'étranges aux physiologistes mo dernes, elles n'en sont pas moins la preuve d'une initiative qui, pour ce grand naturaliste, doit être considérée comme un titre de gloire , et pour la science, comme une source de progrès1. Après Linnée, Buffon vint systématiser les opinions anciennes. Suivant lui, les principales causes des variétés humaines sont d'abord le climat, puis la nourriture, puis les usages.
Comme, pour soutenir cette hypothèse, il avait besoin de tracer ses divisions autant d'après les lieux que d'après les hommes , son procédé consiste en quelque sorte à diviser la surface du globe en plusieurs parallèles, et à attribuer à cha que parallèle une variété particulièrement distincte par la couleur. C'est ainsi qu'il place sur la même ligne tous les peuples des contrées septentrionales, puis 1 Voir plus bas , à la page 5y. ceux des climats tempérés, puis ceux qui naissent sous les tropiques. II cherche à démontrer que leur posi tion géographique coïncide exactement avec les nuances de leur teint et avec tous les signes caractéris tiques de leur race. Cette théorie est si simple et à la fois si spécieuse qu'elle semble à l'abri de toute contradiction. Cepen dant on verra comment elle a été sapée par les naturalistes contemporains.
Elle est en contradiction non seulement avec les faits et les principes adoptés par les successeurs de Buffon, mais encore, il me semble, avec les principes mêmes de ses propres ouvrages. Le premier chapitre des OE uvres de Buffon , celui qui semble être la base de tous ses travaux, renferme le passage suivant : « La première vérité qui sort de Pexamen sérieux de la nature est une vérité peut-être humiliante pour l'homme : c'est qu'il doit se ranger dans la classe des animaux , auxquels il ressemble par tout ce qu'il a de matériel ; et même leur instinct lui paraîtra peut être plus sûr que sa raison , et leur industrie plus ad mirable que ses arts. Parcourant ensuite, successivement et par ordre, les différents objets qui composent l'univers, et se mettant à la tête de tous les êtres créés, il verra avec étonnement qu'on peut descendre, par des degrés presque insensibles , de la créature la plus parfaite jusqu'à la matière la plus informe, de Fanimal le mieux organisé jusqu'au minéral le plus brut; il reconnaîtra que ces nuances sont le grand œuvre de la nature; il les trouvera, ces nuances, non-seulement dans les grandeurs et dans les formes, mais dans les mouvements, dans les générations, dans les successions de toute espèce1. » Buffon développe cette grande pensée et en fait résulter Fimpossibilité de réduire dans un cadre sys tématique les branches si multipliées de l'histoire na turelle.
S'il y a gradation de l'une à l'autre, on n'est point fondé à en faire de strictes divisions. Si l'on passe par des nuances successives des animaux aux végétaux , des végétaux aux minéraux , on ne peut point à la rigueur déterminer entre eux de véritables points d'intersection, et tracer des limites, des classifications exactes. II résulte de cette opinion que l'homme, tout en se distinguant d'une manière sensible des genres infé rieurs d'animaux , se lie néanmoins à ces genres par une facile transition , comme ceux-ci , également dis tincts les uns des autres, se lient évidemment entre eux. Il n'y a d'identité nulle pari , mais Panalogie est partout. Entre l'homme et les autres êtres organisés, il n'y a point similitude, il y a gradation. Mais pour qu'il y ait gradation , pour que l'on puisse descendre par des degrés presque insensibles de la créature la plus parfaite à la matière la plus informe, de V animal le mieux organisé au minéral le plus brut, il faut nécessairement qu'il y ait dans le sein du genre humain (qui se trouve ainsi rattaché à tous les autres genres) 1 Manière de traiter l'histoire naturelle, Ie' volume des Œuvres de Buffon. des différences originelles d'organisation, pour le moins aussi tranchées que celles qui séparent les di verses espèces d'animaux : car, si l'on comparait l'Eu ropéen à Forang-outang, il serait absurde de dire que l'on passe de l'un à l'autre par une transition légèrement marquée.
Cette opinion n'acquiert un degré suf fisant de vraisemblance que lorsqu'on place entre ces deux principaux termes de comparaison de nombreux termes intermédiaires, tels que le Boschisman de l'extréinité australe de FAfrique1, le Botécude du Brésil et Panthropophage de la Polynésie. Il est certain, en effet, que ceux-ci sont plus rapprochés de Panimal par leur conformation , par leur intelligence, par leur moralité, par leur langage, que nous Européens à Fintel ligence élevée, aux mœurs douces et aux formes in distinctement admirées par les hommes de tous les climats. C'est donc l'idée de la gradation naturelle des diverses parties du genre humain qui est implicite ment reconnue par Buffon, puisque cette gradation est nécessaire pour servir de lien à la chaîne générale des êtres , qui est formée par les diversités innombrables de genres, d'espèces, de variétés, etc.
Maintenant, à quel principe fait-on remonter l'universelle division des genres , des espèces , des variétés de tous les êtres de la nature? Est-ce à l'influence des circonstances extérieures? est-ce au climat ou à des 1 Desmoulins montre jusque dans le système osseux des Hottentots des différences caractéristiques qui les rapprochent de Tordre des quadrumanes. causes semblables? Hâtons-nous de le demander à Buffon. Il nous répondra, comme il l'a fait plus haut, que cette universelle division est le grand œuvre de la nature ; qu'elle est la loi même de la création ; que nous devons la considérer, non comme une dériva tion d'un phénomène préexistant, mais comme un fait primordial, qui, une fois établi, s'est maintenu d'une manière constante en vertu de la loi physique qui veut la perpétuation des espèces.
Comment alors se pourrait-il que la gradation naturelle des diverses parties du genre humain, qui forme, comme nous venons de le voir, une série partielle de Féchelle générale des êtres, n'eût point la même source que toutes les autres variétés des règnes de la nature? La logique la plus rigoureuse commande dans l'un et l'autre cas l'application du même raisonnement. Par conséquent, Buffon, en attribuant exclusivement au climat et à d'autres causes extérieures la pro duction des diversités physiologiques des peuples, semble contredire le principe en vertu duquel il place sur la même ligne l'homme et tous les êtres animés. Si, en effet, en considérant Fensemble de la nature, il pense que les différences infinies que nous y remar quons sont d'origine primitive, au lieu d'être le résultat de causes purement accidentelles, il semble que les différences de formes , de couleurs et de caractères qui séparent l'homme de l'homme et qui rentrent dans le plan gradué de toutes les productions terrestres , ne peuvent être aussi que d'origine primitive.
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