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Histoire d'Allemagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838 ... Traduite de l'Allemand sur la onzième édition par A. Guinefolle

Heinrich Friedrich Theodor Kohlrausch · 1839 · Scanned text

348,542 words · about 24 h 24 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Heinrich Friedrich Theodor Kohlrausch
Language
French
Published
1839
Length
348,542 words · about 24 h 24 min
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HISTOIRE D'ALLEMAGNE, DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQITA L'ANNÉE 1858; PAR KOHLRAUSCH, ANCIEN PROFESSEUR, INSPECTEUR GÉNÉRAL DE TOUTES LES ÉCOLES SUPÉRIEURES DU ROYAUME DE HANOVRE; TRADUITE DE L' ALLEMAND SUR LA ONZIÈME ÉDITION. PAR A. GUINEFOLLE. &vuxdle&, SOCIÉTÉ TYPOGRAPHIQUE BELGE, ADOLPHE WAHLEN ET COMPAGNIE. 1839. PRÉFACE DU TRADUCTEUR. Quand on considère que les deux peuples d'Allemagne et de France sont pour ainsi dire jumeaux, puisqu'ils ont à peu près la mème origine , ont été assez longtemps gouvernés par un mème empereur et plus longtemps encorerégis par les mêmes institutions, il devient extrêmement curieux d'étudierl'enchaìnementdesévé nements qui ont conduit l'un des deux à une monarchie absolue par laquelle les comtes et les ducs ont été écrasés, tandis que l'autre a vu se développer chez lui une aristocratie puis sante qui a fini par renverser l'empire.

Mais, si l'on considère que ces deux peuples se tou chent sur une lisière de deux cents lieues qu'ils se sont disputée pendant plus de mille ans, sans que mème la contestation soit entièrement vidée au fond des cœurs ; que toutes les rues de la capitale retentissent de sons allemands, tandis qu'une foule de Français parcourent les pays au delà du Rhin ; que toutes nos librairies sont aujourd'hui remplies des produits del'Allema gne, depuis que P élite de sa jeunesse accourt ici faire connaître sa littérature dansdes cours publics et au milieu des premières familles : alors on doit s'étonner de ne pas trouver en core en France une histoire élémentaire d'Al lemagne à mettre entre les mains de la jeunesse, carplusles relations entrepeuples sont intimes, plus l'élude de l'histoire devient nécessaire. vieilli et incomplet) ou de grandes histoires de quinze et trente volumes qui sont plutôt pour être consultées que pour être lues de suite; en un mot, il n'y a point d'histoire pour étudier, point d'histoire classique.

J'ai donc pensé que l'ouvrage de Kohlrausch tiendrait un terme moyen entre les extraits et les grandes histoires et satisferait à un immense besoin, parce qu'il s'adresserait en même temps à la jeunesse et à toutes les personnes qui voudraient com pléter leurs études historiques ou mème se ré créer utilement; car bien que Pauteur ait tra vaillé pour les écoles, il ne traite point les jeunes gens comme des enfants et ne se con tente pas de rassembler un certain nombre de faits insignifiants et sans relations pour en charger la mémoire du lecteur; il a tra vaillé avec une expérience de trente ans d'ensei gnement. Mais il considèreles événements qu'il a sous les yeux d'un point bien élevé au-dessus d'eux. Son regard embrasse dix-neuf siècles à la fois, il les enchaîne les uns dans les autres, montre dansle développement des faits leurs cau ses, leurs conséquences immédiates et les ratta che toujoursà la grande marche générale de l'his toire.

Preface

2 gnées du protestantisme, exposer dansquelques notes la manière dont PÉglise gallicane juge les faits de la réforme. J'ai même pensé que eet ouvrage était d'autant meilleur à mettre entre les mains de la jeunesse, que Kohlrausch avait su y répandre à propos les plus sages principes de morale et de modération avec les plus nobles sentiments de piété et de patriotisme. Du reste, j'ai d'avance la satisfaction de savoir mon travail approuvé, encouragé par les hommes les plus influents dans l'éducation. sans jamais nuire à la concision deson livre. Mais il n'est pas moins remarquable par cette clarté, cette méthode si nécessaires surtout pour l'his toircd'Allemagne, où il faut loujoursbien distinguer les faits qui appartiennent à l'empirc de ceux des différents États qui le composent; le prince revêtu de la puissance impériale, des au tres princes souvent plus puissants quelui, les ac tionsde ce même prince agissantcomme empe reur ou comme duc, etc.

L'ouvrage de Kohlrausch est sans contredit le meilleur en ce genre qui ait paru en Allemagne , puisqu'il est à sa onzième édition, qu'il est en usage dans presque tous les collèges et les universités de P Allema gne, et qu'il est même réimprimé parlesétran gers ; il est plein de recherches, de science, de clarté, d'intérêt et de nouveauté. J'avertirai aussi que, m'étant fait une loi d'être fidèle traducteur , je n'ai voulu défigurer au cune des pensées de Pauteur; seulement j'ai cru pouvoir ajouter quelques notes qui du reste n'énoncent guère que des faits historiques etje joins toujours mes autorités ; j'espère qu'on m'en saura gré. II faut cependant avouer que j'ai quelques moments hésité, parce que l'auteur est protes tant; mais je ferai remarquer que ce livre a été composé pour toute l' Allemagne, catholique et protestante, que l'auteur parle avec une modération, une impartialité qui laissent souvent le lecteur dans l'incertilude sur sa profession religieuse; et, sous ce rapport, l'histoire de la réforme offrira encore un nouvel intérêt.

Tou tefois, j'ai cru devoir, pour proléger déjeunes lecteurs contre les insinuations mêmes éloi- L'édition que j'ai traduite est la onzième, celle qui vient de paraître au mois de janvier der nier, à laquelle j'ai ajouté et intercaléàsa place la guerre que les Allemands appellent celle de l'indépendance, c'est-à-dire la guerre de 1813, 1814 et 1815, dont l'auteuravait fait un opus cule à part , comme troisième volume. On ne la lira pas sans intérêt. A. GUINEFOLLE.

Introduction

L'ANCIENNE ALLEMAGNE ET SES HABITANTS. CHAPITRE PREMIER. SOURCES HISTORIQUES POUR LES PREMIERS TEMPS DU PEUPLE ALLEMAND. L'origine de notre nation et ses premiers temps sont enveloppés d'une obscurité impénétrable. II n'existe aucun document qui nous dise à quelle époque et dans quelles circon stances nos aïeux ont quitté PAsie pour venir se fixer dans le pays que nous habitons, quelles raisons les ont poussés vers le nord, quel est le peuple auquel ils doivent leur origine et qu'ils ont laissé dans les contrées d'où ils sont partis. II est vrai que la connexité du langage laisse apercevoir quelques relations avec les Perses , et plus spécialement avec les Grecs ; mais ce ne sont que quelques traces rares et fort obscures. cètres, au témoignage des Romains, chantaient les belles actions et les grands événements de la nation, n'est parvenue jusqu'à nous.

Ainsi, notre histoire ne commence qu'au moment où nos aïeux, après avoir passé dans ces contrées des siècles, peut-ètre des milliers d'années, se trouvèrent en guerre avec un peuple qui savait déjà écrire l'histoire, c'est-à-dire lors de l'invasion des Cimbres et des Teutons sur le territoire des Romains, vers Pan 115 av. J.-C. Car, comme cette guerre ne fut que pas sagère, les écrivains romains s'occupèrent peu de remonter à l'origine d'un peuple qui ne faisait qu'apparaître, et que d'ailleurs ils mépri saient comme barbare. Du reste, tout peuple qui, comme le nôtre, a commencé par un état demi-sauvage, sans lais ser d'écrits, doit manquer comme nous de toute espèce de renseignements pour cette épo que. S'il se trouve quelques chansons, quelques récits que la tradition passe d'une génération à l'autre, comme dès le principe la vérité s'y trouve confondue avec beaucoup de fictions, ce n'est qu'avec peine qu'on peut suivre le fil de ce qu'il y a d'historique, tant les faits ont été défigurés dans le cours des siècles.

D'ailleurs aucune de ces poésies dans lesquelles nos an- Quant au récit même de cette lutte si im portante pour le peuple romain, nous sommes obligés de l'extraire de différents écrivains, et de faire pour cela des recherches pénibles; car celui qui nous aurait donné tous les détails nous manque précisément en cet endroit. Les livres où Tite-Live traitait cette guerre fort au long ont été perdus avec beaucoup d'autres. Seulement, comme nous avons conservé, par le plus grand bonheur, la table des matières, nominativement les sommaires des 63e et 68e INTRODl'CTION. mention chez les Romains. II faut attendre que Jules César, au milieu du dernier siècle avant J.-C, vienne sur les frontières de la Germanie. II nous raconte lui-même comment il eut à com battre Arioviste dans les Gaules, et par conséquent des peuples germains sur la rive gauche du Rhin; comment deux fois il jeta un pont sur le fleuve pour passer sur la rive droite; et, plus bas, il nous donne des détails sur l'état de la Germanie, sur les mœurs et la nature des habitants, tels qu'il a pu les obtenir des Gau lois, des marchands qui parcouraient le pays, et des prisonniers germains.

Ces récits sont pour nous inappréciables, quoiqu'ils laissent encore à désirer, et même ne soient pas toujours certains. Car comment ne pas concevoir quelque défiance pour un écrivain qui fut un grand conquérant, avide de domination, et ne regarda les hommes, on ne pourra jamais l'en discul per, que comme un instrument pour arriver à ses fins; pour un écrivain, qui, du haut de l'é tat de civilisation déjà même trop avancée où il était placé, ne pouvait priser la valeur d'un peuple encore dans l'état de nature, et qui en fin avait trop d'art pour ne pas arranger tou tes les circonstancesde manièreàêtre au moins vraisemblable? livres, nous pouvons du moins suivre le fil des événements principaux (ì). Nous puisons les particularités dans des historiens romains du deuxième et troisième rang, qui ne donnent que des récits abrégés et mutilés, et qui d'ail leurs on vécu trop longtemps après l'événement pour être regardés comme de bonnes sources.

Par exemple : 1° Dans l'Epit. ver. rom. de Florus (ouvrage du temps d'Auguste, suivant quelques savants, mais attribué par d'autres à Annaeus Florus, qui vivait au commencement du 2e siècle, sous Adrien). 2° Dans YHistoire universelle de Velleius Paterculus, qui n'embrasse qu'un court espace jusqu'à Tibère. (II vivait vers le temps de J.-C.) 3° Dans Frontin (De Slralagemalibus) , qui contient d'excellentes notices sur la guerredes Cimbres. (II vivait environ 100 ans après J.-C.) 4° Dans Valère Maxime, Dicta et facta memo rabilia. (Environ 20 ans après J.-C.) 5° Dans Justin, Histoire universelle. (ISOans après J.-C.) 6° DansEutrope, Abrégé de 17 histoire romaine. (375 après J.-C.) Nous trouverons encore quelques faits dans d'autres auteurs romains qui n'écrivaient pas particulièrement pour l'histoire.

Après lui vient un nouveau laps d'environ 50 ans, pendant lequel notre histoire retombe dans une obscurité presque complète; car ce n'est que vers le temps de J.-C, dix ans avant et dix ans après, que les Romains rentrèrent sur le sol de Germanie; et cette fois ce fut pour plus longtemps. Ils apprirent à connaître le sud ouest et le nord-ouest; du moins ils auraient pu connaître assez exactement ces contrées, si leur esprit n'avait été prévenu contre tout ce qui te nait à des étrangers, et si les dangers de toute espèce auxquels ils s'y trouvaient exposés n'a vaient empêché leurs observations , et ne les avaient rendus injustes dans leurs jugements envers le pays et ses habitants. Parmi les auteurs grecs , celui qui fournit le plus est 1° Plutarque, dans la vie de Marius. (Environ 100 avant J.-C.) 2° On trouve aussi des détails intéressants dans Diodore de Sicile, dans sa Ribliothèque historique.

(II vivait vers le temps de J.-C.) 3° Dans YHistoire romaine d' Appien , particulièrement dans les chapitres de Rébus celticis et de rébus illgriàs. (160 ans après J.-C.) 4° Dans les fragments qui nous restent de YHistoire romaine de Dion Cassius. (222 ans après J.-C.) 5° Parmi les géographes, c'est particulière ment dans Strabon. (qui vivait vers le temps de J.-C.) D'ailleurs, souvent fort maltraités par les armes de ceux qu'ils appelaient barbares, pris dans leurs propres pièges , et plus d'une fois Après le temps des Cimbres, il se passe en core un demi-siècle dont on ne trouve aucune (1) Ou a longtemps discuté pour savoir si ces sommaires étaient de Tite-Live même , et le style les a fait attri buer généralement à un temps bien postérieur ; mais ils n'en sont pas moins intéressants, parce qu'ils ne peuvent être que le sommaire de ce que contenaient les livres. — Tite-Live est né 58 ans avant J.-C, et est mort à 76 ans. N. T.

INTRODUCTION.

5 obligés de quitter le pays, malgré les préten dues victoires qu'ils faisaient retentir bien haut, ils furent obligés, pour échapper à la honte, de diminuer leurs pertes, d'exagérer celles de Pennemi, de Paccuser de perfidie, quand peut-être on aurait pu donner aux faits un tout autre jour; et enfin de charger les Ger mains et leur pays de toute espèce d'accusations. Aucun homme impartial à l'abri de ces influen ces, aucun témoin, n'a peint ces événements avec fidélité. Le seul écrivain du temps qui au rait pu le faire, Velleius Palerculus, officier de l'empereur Tibère et ami de Séjan , son favori, qui se trouvait en Allemagne et même sur les bords de l'Elbe, dans l'armée de Tibère, vers le temps de la naissance de J.-C, se montre, dans les récits d'ailleurs fort incomplets qu'il nous donne, le vil adulateur de son maître, dont il élève les grandes actions jusqu'au ciel avec un langage excessivement emphatique. vres sont-ils perdus, et les 5me et 6me sont tout à fait incomplets.

Néanmoins, nous le regardons comme bien préférable aux autres écrivains pour les premiers temps de notre histoire, et nous prisons bien haut ses nobles sentiments, sa dignité morale et son amour pour la vérité et la justice, même dans ses récits des guerres des Germains; car nous ne le croyons pas coupable pour n'avoir pas toujours puisé aux sources les plus pures. Nous faisons surtout leplus grand cas de la description qu'il a faite de notre pays et des mœurs de seshabilants. (De Situ clmoribusGerm.) Enthousiasmé par la pureté des mœurs et toutes les vertus qu'il remarqua parmi eux, il crut utile pour ses compatriotes de leur en donner le tableau fidèle; et, dans ce but, il re cueillit tout ce qu'il trouva dans les écrivains qui Pavaient précédé, tout ce qu'il put apprendre de la bouche des Romains qui étaient allés en Germanie et des Germains qui avaient prisdu ser vice dans les armées romaines.

Ainsi fut composé ce livre inappréciable pour nous, que l'on peut regarder comme un monument consacré à la gloire du peuple allemand, et comparer à un astre brillant qui éclaire les premiers sentiers de no tre histoire, sans cela si obscurs. II est vrai que Pauteur pourrait bien s'ètre quelquefois laissé entraîner par sa prédilection pour notre peu ple; mais, quels que soient les retranchements que l'on doive faire, il restera toujours beau coup; car qui pourrait douter que le principal du récit ne fùt vrai, surtout quand on connaît l'énergique et incorruptible véracité de ce noble Romain ? Un autre écrivain qui a vu l' Allemagne par lui-même, est Pline l'ancien, mort 79 ans après J.-C. ; il descendit sur les côtes nord de la Ger manie, dans le pays des Cauques, aujourd'hui POldenbourg, mais n'osa pas s'aventurer bien avant dans Pintérieur.

II nous donne, dans son histoire naturelle, encyclopédie de toute espèce de connaissances, de nombreux et curieux détails sur l'état de notre patrie, sur ses différentes peuplades et leur origine. Mais une perte irréparable pour nous est celle des vingt livres qu'il avait faits sur toutes les guerres des Romains contre les Germains, dont il ne nous est rien parvenu ; car il vivait dans un temps encore assez rapproché des événements pour pouvoir donner les faits aussi exactement que possible. II est vrai que nous trouvons un dédommagement dans les ouvrages de Tacite, qui ne mourut que cent ans après J.-C. et s'ap puye même dans cette matière du témoignage dePline; cependant Tacite ne raconte ces guer res qu'occasionnellement, et non pas comme objet principal de son ouvrage; il nous manque mème plusieurs parties importantes de ses œuvres.

Ses Annales sur Phistoire romaine de puis la mort d'Auguste jusqu'à celle de Néron, ne commencent malheureusement qu'après la grande bataille des Germains contre Varus pour leur indépendance; encore les 7me, 8mc, 9me li- Parmi les écrivains du deuxième rang qui ont fourni des documents pour Phistoire de nos premiers temps, et qui ont déjà été nommés pour la guerre des Cimbres, Dion Cassius est un des plus importants. Pour les guerres subséquentes viennent: Sué tone, qui était fort estimé à la cour de Trajan et d'Adrien (110 ans après J.-C). II a fait la vie des douze César. Les historiens qui forment la collection dite Historia: Augusti scriplorcs, vers la fin du troisiè me siècle, parmi lesquels on trouve OElius Spar tianus, Julius Capitolinus et Flavius Vopiscus. Aurelius Victor (550 ans après J.-C). II a fait la vie des empereurs depuis Auguste jusqu'à

INTRODUCTION.

devrons nous contenter de ceux des écrivains romains et grecs , et nous faire par des com paraisons et des analogies des idées aussi exactes que possible sur ces premiers temps, en nous résignant d'avance à rencontrer beau coup d'obscurités, de lacunes, de contradic tions etd'opinions différentes sur certains faits. Le temps auquel se rapporte la description qui va suivre est celui de la naissance de J.-C. et des siècles suivants. Constantin; et l'historien Paul Orose (417 ans après J.-C). Parmi les géographes, outre Stra bon et Pomponius Mêla (48 ans après J.-C), il faut remarquer Claudius Ptolomée (140 ans après J.-C), qui fonda un nouveau système de géographie d'après un ouvrage du Tyrien Ma rinos, que nous avons perdu, et qui surtout donne avec soin et précision les degrés de lon gitude et de latitude (ì). Faute de témoignages allemands , nous

Chapitre II. De La Germanie

pour les distinguer. Les écrivains postérieurs, nommément Pline et Tacite, bornent la forêt hercynienne par la chaîne de montagnes qui , au sud de la forêt de Thuringe, enferme la Bohême et à Pest touche la Moravie et la Hon grie. Ils donnent aussi , et plus tard Ptolomée avec eux, des noms particuliers à quelques montagnes. Ils appellent, par exemple, Mons Abnoba, la forêt Noire (Ptolomée semble com prendre sous ce nom les montagnes entre le Mien , le Rhin et le Wéser) ; Melibokos , la mon tagne du Harz aujourd'hui; Semana, la forêt au sud du Harz , qui va rejoindre celle de Thu ringe; Gabrcta, la forêt de Bohème; montagne d'Askibourg, la montagne des Mines suivant Notre pays , au temps ou les Romains com mencèrent à le connaître, était, suivant leurs descriptions, sauvage, inhospitalier, rempli d'affreuses forêts, de marais et de plaines in cultes.

La grande forêt hercynienne le traversait, dit César, depuis les Alpes, dans une longueur de soixante jours de marche , sur une largeur de neuf jours ; de sorte que toutes les montagnes principales et les bois de PAlle magne d'aujourd'hui ne seraient que les restes de cette monstrueuse forêt. Mais il est à croire que César, qui ne connaissait pas la langue, donna le nom commun harz, qui veut dire forêt, comme nom spécial à toutes les forêts du pays, quoiqu'elles eussent un nom particulier (I) Nous conservons un précieux secours pour la géographie ancienne, dans une carte des Romains fort au thentique : c'est un grand rouleau, en parchemin, qui a bien 20 pieds de long sur 1 de large , où sont dessinés tous les lieux principaux de l'empire romain dans toute son étendue , et proportionnellement à leur éloignement réel les uns des autres, mais sans aucune trace d'astro nomie et de géométrie.

Elle semble avoir été faite pour l'usage des armées romaines . dont les campements et les chemins sont marqués avec soin. Suivant l'opinion de quelques savants, elle date du troisième siècle, et, suivant d'autres, du quatrième. Une copie d'écriture lomharde, faile au treizième siècle , et aujourd'hui con servée dans la bibliothèque impériale de Vienne , fut tirée de la poussière d'une bibliothèque au commence ment du seizième siècle, et prit d'un de ses premiers possesseurs , secrétaire de la ville d'Augsbourg, Conrad Peulinger, le nom de Tabula Peutingeriana ; plusieurs autres copies cn ont été tirées. Les itinéraires avaient une semblable destination ; nous possédons encore les Itineraria Antonini. C'est ici l'occasion de mentionner les plus anciennes notions géographiques que nous ayons sur le nord de l'Europe.

Elles nous viennent de l'aslronome Pythéas, de Massilia (Marseille), qui , vers Pan 520 avant J.-C, entreprit un voyage d'exploration dans la mer du Nord sur un vaisseau de commerce de sa ville. Malheureuse ment, il ne nons reste de cette intéressante relation que quelques fragments qui nous ont élé conservés par Stra bon et Pline. U est très-digne de remarque qu'il cite le nom des Gothons, qu'il appelle Gutlons, sur les côtes de la mer Baltique, et celui des Teutons sur la Vistule, probablement plus avant dans .'intérieur du pays. Vrai semblablement il ne veut comprendre sous cette déno mination que des peuples appartenant à la nalion alle mande ; ce serait alors la plus ancienne apparition du nom de notre peuple dans ('histoire. hnthoihjction quelques-uns, mais plutôt la montagne des Géants; Taunus, les hauteurs entre Wisbaden etllombourg; Teutobourg, une chaîne de mon tagnes et de forêts qui s'étend du Wéser jusque sur la rive de la Lippe, et plus loin encore au nord-ouest, jusqu'à Osnabruck.

César nomme encore forêt Bacenis, vraisemblablement bipar tie ouest de la forêt de Thuringe, qui s'étend jusqu'à celle de Fulda, et s'appelait au moyen âge Bocauna ou Buchonia. Tacite nomme sgl rìa Cœsia , forêt Cœsienne, celle située entre l'Ems et PYssel , dont celles du Hase et de Bamberg ne sont que les restes; peut-être même la ville de Cœsfeld en a-t-elle pris son nom. Nous omettons de donner les noms de beaucoup d'autres, peu importantes ou inconnues. Ces grandes forêts étaient sans doute,commc aujour d'hui encore, composées principalement de chê nes, de hêtres et de pins. Les Romains admiraient surtout ces énormes chênes qui semblaient aussi vieux que la terre qui les portait. Pline, qui avait vu le pays des Cauques (le nord de la Westphalie) , s'exprime ainsi en parlant de ces chênes: n Nés avec la terre elle-même, immuables depuis des siècles, leurs troncs énormes surpassen t par leur force vitale tous les autres prodiges de la nature. » et de tubercules.

Les Romains admiraient sur tout une espèce de raifort de la grosseur d'une tète d'enfant; ils parlent d'une asperge dont ils ne faisaient pas grand cas , et d'une espèce de chervis qu'ils aimaient beaucoup. Les belles espèces de fruits du Sud, qui plus tard ont été transportées chez nous , ne pouvaient pas alors y réussir. Cependant, Pline fait mention d'une espèce de cerise sur le Rhin, et Tacite range parmi les fruits sauvages qui faisaienl la nourriture des Germains des agreslia poma (pommes des champs), qui doivent être quel que chose de meilleur que nos pommes sau vages. Les pâturages étaient gras et beaux. Les bœufs et les chevaux, quoique petits et peu remarquables, étaient cependant très-bons et durs au travail. Le sol fournissait en abondance le sel et le fer, la plus nécessaire des épices et le plus utile des métaux.

Ils connaissaient Part d'ex traire le fer et de le travailler. II parait qu'ils n'avaient pas encore recherché l'argcnt. Parmi les sources d'eaux minérales que P Al lemagne possède en si grand nombre, les Ro mains font mention dès ce temps de celles de Spa et de Wisbaden. Les Romains connaissaient aussi la plus grande partie des fleuves d'Allemagne. Danubius (le Danube), Rhénus (le Rhin), Mœnus (le Main), Albis (PElbe), Visurgis (le Wéser), Viadus (POder), V'islula (la Vistule), Nicer (le Necker), Luppia (la Lippe), Amisia (l'Ems), Adrana (l'Eder), Salas (la Saale), (Strabon seul en parle), etc. Mais il est étonnant qu'ils ne con nussent ni la Lahn, ni la Ruhr; car ils ont du les rencontrer dans leurs "expéditions dans le nord de PAllemagne. On ne trouvait alors jamais de pont sur aucun de ces fleuves, parce que les Germains pouvaient facilement les tra verser à la nage, et que, pour les grandes expé ditions, chacun avait avec lui son petit bateau.

Les forêts vierges dont les rayons du soleil ne pouvaient pénétrer Pépaisseur,, les marais et les étangs intarissables rendaient à la vérité le climat beaucoup plus froid , plus nébuleux et plus dur qu'il n'est aujourd'hui, mais non aussi mauvais quele représentent les Romains, accoutumés aux douceurs du ciel d'Italie. Si on les en croil, les arbres étaient huit mois sans feuilles , et les grands fleuves couverts ha bituellement de glaces si épaisses, qu'elles pouvaient porter une armée et tous ses bagages. « Les Germains, dit Pline, ne connaissent que trois saisons, Phiver, le printemps et Pété; quant à l'automne, ils n'en connaissent ni le nom ni les bienfaits. » Le sol n'était pas cultivé comme il l'est au jourd'hui; cependant les Romains le disaient très-fertile en certaines contrées; et Pagricul ture avec les troupeaux étaient la principale occupation des Germains, lis cultivaient le seigle, Porge, l'avoine et mème le froment, disent quelques savants ; le lin était très-com mun; on y trouvait plusieurs espèces de racines Mais nos aïeux aimaient ce pays par-dessus tout, parce qu'ils y naissaient libres et qu'il était lui-même la garantie de leur liberté.

Les bois et les marais épouvantaient P ennemi, ladu retédel'air et la chasse des bêtes sauvages forti íiaientleurs corps; etlanourrituresimplequ'ils prenaient les rendait beaucoup plus grands et plus robustes que tous les autres peuples.

INTRODUCTION.

. 8 III. CHAPITRE DE LA GERMANIE DES HABITANTS ractère belliqueux. C'était un nom qu'avaient pris les Tongres en passant le Rhin , pour al ler s'établir les armes à la main parmi les Gaulois; afin de montrer ainsi leur ardeur guerrière et inspirer de la terreur aux en nemis. Ce nom purement honorifique fut volontiers reconnu par la nation , et elle le con serva. Les Romains regardaient avec raison le peuple germain comme une race très-ancienne, pure et sans mélange. Car, de même que les plantes d'une même famille qui, sorties d'une semence bien pure, ont poussé en pleine terre et en toute liberté loin des soins énervants de Part, grandissent et se propagent bien saines, conservant toujours la même nature ; de même, en Allemagne , parmi les milliers d'individus de la race germaine, on ne reconnaissait qu'un seul type, toujours bien conservé : une poi trine large et forte, des cheveux blonds et d'une blancheur éclatante dans l'enfance, une peau blanche, des yeux bleus, un regard pénétrant et fier, une force, une taille presque gigantesque ; quelques anciens écrivains leur donnent six pieds de haut , taille moyenne.

Mais son premier nom est sans contredit ce lui que nous conservons encore aujourd'hui (Teutsch ou Teuton). D'après une tradition re ligieuse, le père de notre nation était le Dieu Teut, fils de la Terre, ou Tuisko, dans le langage des Romains; et comme son fils s'appelait Man, on appela ainsi tous les mâles qui en des cendirent. Ce premier nom de la nation , remplacé chez les Gaulois et les Romains par celui de Ger mains, n'a reparu que plusieurs siècles après, quand la domination romaine fut tout à fait anéantie; mème avant Othon Ier, il ne se trouve que dans quelques choniques , dont la plus reculée est de Pan 813. Dès l'enfance , ils endurcissaient leur corps par toute espèce d'exercices, on les lavait avec de Peau froide aussitôt après leur naissance, et les bains froids étaient d'un usage universel pour tous les Germains hommes , femmes et enfants.

Une blouse attachée par une ceinture, ou une peau de bête sauvage, qui prouvait leur succès à la chasse, était tout leur vêtement. Hommes et femmes avaient une grande partie du corps à découvert, Phiver comme Pété; les enfants couraient presque nus, de sorte que les autres peuples accoutumés à la mollesse, qui ont tant de peine à élever leurs enfants pendant les premières an nées, ne pouvaient voir sans étonnement ceux des Germains grandir avec une si belle santé , sans berceau et sans maillot. Du reste, que ce nom primitif, Teutsch, ait été si longtemps dans l'oubli et même com plètement ignoré des Romains , il est facile de le comprendre. Chez un peuple partagé en tant de branches, on ne devait employer que le nom particulier de chaque peuple dans ses différentes relations; et plus tard, quand diffé rentes branches se réunirent en un seul corps , elles prirent encore des noms particuliers; ainsi les Suèves, les Marcomans, les Alamans, les Goths, les Francs, les Saxons.

Les Romains appelèrent notre peuple ger main (i), homme de guerre, àcausede son ca- D'ailleurs, puisque Pythias nomme les Teu tons 300 ans avant J.-C, et que ce nom reparait (1) Mot composé de ger , guerre (le mot français même en dérive), et man, homme. II est a remarquer que ce nom de Germain , qui ne semble pas connu des Romains avant César, a été retrouvé sur une table de marbre découverte en 1S47. C'est un événemenl de l'an 423 avant J.-C. , qui avait été célébré dans les fastes capitolins (sastiscapitolinis). Le consul Marcellus avait remporté une victoire sur le général gaulois Viridomar, qui , sur la table de marbre, est appelé g-néral des Gaulois et des Germains.

INTRODUCTION.

. f) encore dans la guerre des Calibres, désignant dans les deux endroits, suivant toute vraiscmblance, non un peuple particulier, mais l'ensemble de tous ces peuples, il est impossible de ne pas reconnaître le mot Tculsch pour le nom primitif de la nation.

Chapitre IV. Des

DIFFÉUENTES SOUCHES. Les anciens écrivains nous ont à la vérité donné plus ou moins exactement les noms d'un grand nombre de peuples germains et des pays qu'ils occupaient; quelques-uns d'eux nous ont même désigné certaines souches auxquelles plusieurs branches se rattachaient; mais leurs récits ne nous paraissent point assez concor dants, ni assez exacts, quelque désireux que nous soyons d'avoir à ce sujet des opinions arrêtées. Combien en effet il serait intéressant pour nous de pouvoir montrer, dès le berceau de notre histoire, les différentes branches d'où sort chaque peuple, et de le prouver par des différences d'idiome et de mœurs, étudiées surtout chez les habitants de la campagne, comme étant plus rapprochés de la nature; mais c'est un terrain qui n'est rien moins que sùr, et l'on ne peut donner que quelques observations générales.

Istavon et Hermion, donl la postérité donne les trois principales races des Ingavons, des Ista vons et des Hermions. » Mais, comme aucune particularité de langage ou de mœurs, aucun fait digne de remar que ne se rattache à ces dénominations, nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce mystère que nous ne pouvons dévoiler. Ce que l'on trouve dans les anciens écrivains, nommé ment dans César et Tacite, sur une race spé ciale qui comprenait plusieurs peuples, sur les Suèves, nous parait d'une bien plus grande im portance. Nous pourrons mème , par la comparaison des mœurs et des usages des peuples germains qui nous ont été transmis par ces mêmes écrivains, désigner assez positivement une deuxième race, à laquelle les Romains n'ont point donné de nom commun. Parlons d'abord des Suèves, tels que César et Tacite nous les représentent.

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