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Histoire naturelle et sociale de l'Humanité. pts. 1, 2

Louis Jacolliot · 1884 · Scanned text

170,324 words · about 11 h 56 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Louis Jacolliot
Language
French
Published
1884
Length
170,324 words · about 11 h 56 min
Sections
14 reader sections
Text
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Public Domain Mark 1.0

 

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HISTOIRE UNIVERSELLE LA GENÈSE DE LA TERRE ET DE L'HOMME i. oA. ÓMO^SIEV^ SAMUEL SIRE Témoignage de vive amitié Louis JACOLLIOT. \ II a été tiré de cet ouvrage cinquante exemplaires sur papier de Hollande, tous numérotés. HISTOIRE NATURELLE ET SOCIALE DE L'HUMANITÉ PAR LOUIS JACOLLIOT LA GENÈSE DE LA TERRE ET DE L'HOMME PARIS C. MARPON ET E. FLAMMARION, LIBRAIRES-ÉDITEURS 26, RUE RACINE, 26 Tous droits de traduction et de reproduction réservís, HISTOIRE NATURELLE ET SOCIALE DE L'HUMANITÉ LA GENÈSE DE LA TERRE LIVRE PREMIER EXPOSÉ DU PLAN DE l'oUVRAGE I Nous sommes au seuil d'un monde nouveau. L'esprit hu main vient d'entrer dans son âge scientifique. La science posi tive, c'est-à-dire la réalité dans les faits, tend à remplacer partout le raisonnement à priori, l'hypothèse et les vains systèmes des sophistes.

Pendant de longs siècles, l'humanité n'a vécu que de rêves, de superstitions et de mystères, elle est aujourd'hui affamée de vérités. Que valait la science, quand elle ne pouvait se constituer en dehors de la révélation apocryphe des temples; quand elle était forcée de se mouvoir entre les étroites barrières d'un texte sacré? Qu'est-elle aujourd'hui qu'elle se peut développer dans sa force et sa liberté? Voyez par quelle poussée gigan tesque elle a brisé tous les rouages de la vieille machine £ sociale, changé les conditions de la vie, et révolutionné le monde! Les méthodes exactes nous ont donné la vapeur qui sillonne le globe et, dans toutes les choses de l'industrie, centuple les forces de l'homme. Elles nous ont donné l'électricité qui a supprimé la distance. Astronomie, géologie, histoire naturelle, chimie, physique, anatomie, physiologie végétale et animale, tout marche à la conquête de vérités absolues, que rien ne viendra désormais détruire, car elles sont le fait des lois éternelles qui dirigent le fonctionnement de l'univers.

Les deux Bacon, Newton, Galilée, Copernic, Pascal, Ké pler, Descartes, pour ne nommer que les plus grands, ont vi goureusement commencé le siège du vieil édifice sacerdotal qui résumait toutes les erreurs du passé. A notre époque était ré servée la joie de voir cet édifice s'écrouler de toutes parts; il n'y a plus qu'à déblayer la place, et à construire le nouveau temple de science et de vérité, que l'esprit moderne léguera aux âges futurs. C'est l'heure d'écrire le testament scientifique de ce merveilleux XIX* siècle dont chaque jour, chaque année, qui s'écou lent, enregistrent un progrès, réalisent une conquête, classent une découverte, qui n'ont plus rien à craindre du retour offensif de l'ennemi. Mais il faut bien le dire : si les sciences exactes, grâce à leurs méthodes positives, ont pu accomplir cette évolution vers le vrai absolu, il n'en est pas de même de la philosophie, cette prétendue science de Thomme, ni de Thistoire, cette science des faits qui ont présidé au développement des sociétés hu maines.

Livre II L'i Nfin

I LA VIE SIDÉRALE CjHAjPITRE PREMIER UN APERÇU DE L'iNFINI Lorsque par une belle et tiède nuit d'été, Thomme se prend à élever ses regards au-dessus du globe qu'il habite, le plus merveilleux des spectacles vient s'offrir à son admiration. II aperçoit des milliers de points lumineux d'inégale grandeur, qui semblent comme jetés au hasard dans Timmensité des cieux, et après quelques instants de silencieuse rêverie, Tobservateur, qui ne peut trouver en lui Texplication de ce mystère, se sent envahir graduellement par un effroi instinctif qui, dans le silence scientifique de son cerveau, le dispose à accepter les solutions les plus empiriques du merveilleux problème. II n'y a donc rien d'étonnant à ce que les premiers hommes, dans leur naïf orgueil, se soient imaginé qu'un Être supérieur les avait un beau jour formés à son image; que la terre avait été créée spécialement pour eux; que le soleil et la lune, comme deux lampes célestes, avaient été placés dans l'espace pour les éclairer le jour et la nuit, et que les étoiles n'ornaient les vastes plaines du ciel que pour le plaisir de leurs yeux.

La science a marché depuis cette époque reculée, balayant à grands coups d'ailes ces étranges spéculations, et, cependant, on peut dire que toutes les cosmogonies religieuses à Tusage des faibles et des déshérités de la science, reposent encore sur ces singulières légendes. Mais si la grande masse ne croit plus aujourd'hui à ces rêveries métaphysiques, combien parmi les incrédules sont en état de comprendre et d'expliquer les merveilles de la mécanique céleste. Le savant Camille Flammarion, qui a tant fait pour la vulga risation de la science de Tinfini, nous trace dans les lignes sui vantes, un admirable tableau des progrès réalisés par Tastro nomie moderne : « Les étoiles ont révélé leur constitution aux investigations hardies et infatigables du spectroscope. La comparaison de toutes les observations faites sur les étoiles doubles, a fait connaître la vraie nature de ces systèmes et l'importance de leur rôle dans Tunivers; les soleils, qui brillent dans les pro fondeurs de Tinfini, se montrent animés de vitesses rapides les emportant à travers toutes les directions de Timmensité.

Les nébuleuses nous font admirer aujourd'hui, dans les champs télescopiques des puissants instruments récemment construits, d'immenses et inénarrables agglomérations de soleils; les co mètes vagabondes ont laissé surprendre les secrets de leur for mation chimique et leur parenté avec les étoiles filantes; les planètes sont descendues jusqu'à notre portée et déjà, les rap prochant de nous à une proximité étonnante, nous avons pu découvrir leur météorologie, leur climatologie et même des siner des cartes géographiques qui représentent leurs continents et leurs mers. Le soleil a dévoilé sa constitution phy sique et projette sous nos yeux ses tempêtes et ses éruptions fantastiques, palpitations formidables du cœur de Torganisme planétaire. La lune laisse photographier ses paysages, descend à quelques lieues de notre vision stupéfaite.

Tant d'admirables progrès renouvellent entièrement Tensemble déjà si imposant de nos connaissances astronomiques. » Comme on le voit, nous sommes loin des premières obser vations des pâtres des plateaux de THimalaya et des plaines de la Chaldée, loin des superstitieuses rêveries écloses sous les mystérieux arceaux des temples anciens, mais Torgueil que Ton est en droit d'éprouver en contemplant la route parcourue, se mélange forcément d'une légitime tristesse, quand on remarque à quel point l'esprit général des hommes est resté au dessous du niveau scientifique de ces découvertes. Dans Tinsé parable faisceau des diverses sciences, car elles procèdent toutes les unes des autres, Tastronomie ne devrait-elle pas occuper le premier rang, et dominer Tenseignement destiné à féconder l'intelligence humaine?

Sans elle, on ne saurait écrire Thistoire de notre sphère, ni rendre compte des phénomènes d'attraction, de pesanteur, de lumière, de coloration, de vie, de croissance et de relation des corps. Sans elle, on ne pour rait donner à Thomme sa véritable place dans Tensemble des choses. Tous les êtres animés sont dans Tétroite dépendance du globe qui les produit, la terre n'est rien sans le soleil et tout le système planétaire que cet astre entraîne avec lui, et le soleil lui-même n'est qu'un anneau de la chaîne universelle. Donc, sans Tastronomie, pas d'histoire naturelle, pas de physiologie, pas de biologie générale. L'étude des corps célestes est à ce point la science des sciences, le commencement et la fin de toutes choses, qu'elle renferme en elle toutes les lois, tous les principes qui président à Texistence, aux mouve ments, aux transformations, à la nature même de Tuniversalité des êtres.

C'est elle qui nous a rendu le signalé service de reléguer dans le domaine des rêveries métaphysiques, la fameuse création du monde arrivée en 4004 avant notre ère; c'est elle qui a proclamé Téternité de la matière et des lois qui la régissent et nous a permis de pénétrer, dans Tinfini des plaines célestes, le secret de la formation des mondes; elle enfin qui nous a fait connaître les circonstances dans lesquelles la vie pouvait se mouvoir sur les astres et les planètes parsemés dans les cieux. II n'y a pas de création dans Tinfini; il n'y a que des évolutions constantes qui accusent le perpétuel mouvement et les incessantes transformations de tout ce qui existe; le vide n'existe pas dans Timmensité de Tunivers, tout est rempli par une impalpable poussière cosmique, atomes ou infiniment petits qui ne deviennent saisissables à la perception rudimentaire de nos sens, que quand, sous Tinfluence de Tattraction universelle, ils viennent à se réunir en masse plus compacte, plus dense, en un point quelconque de l'espace.

Chaque atome, en même temps qu'il est soumis aux lois de la gravitation universelle, possède en lui la force d'attraction qui est inhérente à la matière et forme la première loi d'agrégation des corps. Cet atome, multiplié à Tinfini, compose les masses gazeuses qui remplissent l'espace, masses emportées par un mouvement identique à celui des planètes, autour des grands corps célestes qui, par leur concentration et leur den sité plus grande, forment partout dans Tinfini 'de puissants centres d'attraction, maintenant dans leur dépendance les mondes de leur système. Tous ces corps s'attirent en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance, c'est-à-dire que les plus gros entraînent les plus petits et que leur influence diminue dans la proportion de leur éloignement élevé au carré.

A Theure suprême où, dans ce mouvement régulier, con tinu, dix, vingt, cent atomes, obéissant aux lois d'attraction universelle qui les dirigent, viennent à se rencontrer, immédiatement, comme le noyau plus dense que la pulpe du fruit, un milieu plus dense est formé au sein de l'immense masse gazeuse; ce centre d'attraction, si faible qu'il soit, va attirer à lui toutes les molécules cosmiques qui Tentourent, et nous assis tons aux premières minutes d'éclosion d'un monde nouveau, planète ou étoile, satellite ou soleil. Le mouvement de concentration ne s'arrêtera plus, et la masse ira toujours augmentant, mais en conservant la forme sphérique qui est la forme primordiale de tout corps doué de mouvement, de la molécule à la planète, de la goutte d'eau qui perle sur une branche de fougère aux cailloux erratiques que l'océan pendant des siècles a roulés dans son sein.

Au temps de faire son œuvre maintenant! Combien de mil lions d'années vont s'écouler, avant que la nouvelle nébuleuse qui contient à l'état gazeux dans son sein tous les corps qui seront plus tard minéraux, métaux, fluides, matière orga nisée, voie diminuer sa température et commencer sa période de condensation! Combien de milliards de siècles, simples minutes au cadran de Tinfini, auront disparu dansla nuit du silence cosmique, avant que les premiers fucoïdes ou varechs marins, les calamites, les fougères, les lycopodes et toutes les plantes primitives sans fleurs et sans fruits, fassent leur apparition, premiers efforts de la nature organisant la vie qui va, par des gradations et des transformations infinies, s'élever du végétal à l'animal et de l'animal à Thomme ! C'est ainsi que dans les profondeurs de Timmensité se sont formées toutes les étoiles, centre d'attraction d'un système sidéral particulier ; c'est ainsi que se sont formés tous les astres inférieurs qui, comme les membres d'une même famille, gravitent autour de ces étoiles.

La voilà donc dévoilée par la science, cette création incessante de la nature, qui n'est qu'une perpétuelle transformation de la matière, d'après des lois fixes et inéluctables. Quelle admirable simplicité et en même temps quelle grandeur dans ce fonctionnement universel, et comme il illumine d'une scientifique et poétique lumière ces vastes plaines du ciel, que les théologies anciennes et modernes n'avaient su que peupler d'esprits bons et mauvais, sans cesse occupés à lutter les uns contre les autres, sous l'œil paterne d'une inutile divinité. Et ce n'est point là, mystique rêverie ou ingénieuse hypothèse, c'est la constatation d'une vérité définitivement conquise. Mieux interrogée, mieux étudiée à l'aide de méthodes posi tives, la nature s'est empressée de nous livrer ses secrets, et d'elle-même elle s'est dégagée du nimbe d'erreurs et de supers titions jeté sur elle par quarante siècles d'ignorance et de théo cratie.

Voilà la véritable genèse de Tunivers : rien ne commence, rien ne finit, tout se modifie, tout se transforme perpétuelle ment, au souffle puissant des mêmes principes, des mêmes lois. Ainsi, toutes les étoiles qui garnissent le firmament comme un semis de sable fin, sont autant de soleils, centres et régula teurs d'autres mondes, que leur énorme distance rend invi sibles à notre œil borné; tenter de les dénombrer, même par la pensée, serait pure folie, on a dû se contenter de les diviser par grandeur. Hé bien, à l'aide de puissants télescopes, on est arrivé à constater Texistence de plus de ioo millions d'étoiles, entourées elles-mêmes de plusieurs milliards de planètes se mouvant dans leur système. Qu'est ce chiffre encore, si Ton réfléchit qu'en se transportant par la pensée dans Tétoile la plus éloignée, le même incommensurable spectacle s'offrirait à l'œil épouvanté de l'ob servateur?

Déjà ne savons-nous pas que la poussière des voies lactées est composée de milliards de soleils, se mouvant dans les mêmes conditions que le nôtre, et pourvus, comme lui, de satellites d'inégales grandeurs. Nous devons nous borner à donner la liste des étoiles de première grandeur, c'est-à-dire de celles dont Téclat illumine les cieux avec le plus de vivacité : 1° Sirius ou a du Grand-Chien; 2" ri du Navire; 3° Canopus ou a du Navire; 4° a du Centaure; 5° Arcturus ou a du Bouvier; 6° Rigel ou [3 d'Orion ; 7° La Chèvre ou a du Cocher; 8° Véga ou a de la Lyre ; 9° Procyon ou a du Petit-Chien; io° Bételgeuse ou a d'Orion; ii° Achernar ou a. de l'Éridan; 12° Aldébaran ou a du Taureau; i3° [ì du Centaure; 140 a de la Croix-du-Sud; t 5° Antarès ou a du Scorpion ; 160 Altaïr ou a de l'Aigle; 170 L'Épi ou a de la Vierge; i8° Fomalhaut ou a du Poisson austral.

II y a ensuite : 59 étoiles de deuxième grandeur; 182 — de troisième grandeur; 53o — de quatrième grandeur; 1600 — de cinquième grandeur; 4800 — de sixième grandeur. Au-delà de la sixième grandeur, les étoiles reçoivent le nom de Télescopiques, parce qu'elles ne peuvent être aperçues sans le secours du télescope. Nous devons nous arrêter dans cette énumération, il nous suffira de dire que les étoiles de la quatorzième grandeur dépassent déjà le chiffre de 45 millions. Toutes les étoiles observées ont été divisées par groupes appelés constellations; il faut les connaître, si Ton veut pouvoir étudier la géographie du ciel. Sans doute, ces divisions sont factices et ont été établies par Thomme; mais on peut dire qu'elles sont au ciel ce que les diverses provinces sont à la terre. Leur connaissance facilite les recherches.

C'est le fil qui doit diriger Tobservateur dans le dédale des cieux.

Voici ces divisions dans Tordre où elles ont été formées et nommées : La Grande Ourse.— Orion.— Les Pléiades. — Les Hyades. — Sirius et le Grand-Chien. — Aldébaran, le Taureau. — Le Bouvier, Arcturus. — La Petite-Ourse. — Le Dragon. — L'Homme à genou, ou Hercule. — Le Rameau et Cerbère. — La Couronne boréale. — Ophiuchus ou le Serpentaire. — Le Scorpion, les Serres. — La Vierge et l'Épi. — Les Gémeaux. — Procyon. — Le Cancer. — Le Lion. — Le Cocher. — Ca pella, la Chèvre, les Chevreaux. — Céphée. — Cassiopée. — Andromède. — Le Cheval, Pégase. — Le Bélier. — Le Del toton, le Triangle. — Les Poissons. — Persée. — La Lyre. — L'Oiseau ou le Cvgne. — Le Verseau. — Le Capricorne. — Le Sagittaire. — La Flèche. — Le Dauphin. — Le Lièvre. — Le Navire. — Canopus. — L'Éridan. — La Baleine. — Le Poisson austral. — La Couronne australe. — L'Autel. — Le Centaure. — La Bête ou le Loup. — L'Hydre. — La Coupe. — Le Corbeau. — La Balance. — ■ La Chevelure de Bérénice. — Pieds du Centaure, appelée depuis Croix-du-Sud. — Pro bus. — La Crèche et les Anes. — Le petit Cheval. — La Tête de Méduse. — Antinous. — Le Paon. — Le Toucan. — La Grue. — Le Phénix. — La Dorade. — Le Poisson volant. — L'Hydre mâle. — Le Caméléon. — L'Abeille. — L'Oiseau de Paradis. — Le Triangle austral. — LTndien. — Le Chêne de Charles II. — La Colombe de Noé. — La Croix-du-Sud. — Le petit et le grand Nuage. — La Fleur de Lys et la Mouche. — La Girafe. — La Licorne. — Les Chiens de chasse ou les Lévriers. — Le Renard et TOie. — Le Lézard. — Le Sextan d'Uranie. — Le Petit-Triangle. — Le Petit-Lion. — Le Lynx. — L'Écu de Sobieski. — Le Mont-Menale. — Le Cœur de Charles II. — L' Atelier du sculpteur. — Le Fourneau chimique. — L'Hor loge. — Le Réticule Rhomboïde. — Le Burin du graveur.

Le Chevalet du peintre. — La Boussole. — La Machine pneu- LA GENÈSE DE LA TERRE 41 matique. — L'Octant. — Le Compas et TÉquerre. — Le Té lescope. — Le Microscope. — La Montagne de la Table. — Le Renne. — Le Solitaire, Oiseau indien. — Le Messier. — Le Taureau de Poniatowski. — La Harpe de Georges. — Le Té lescope d'Herschel. — La Machine électrique. — Les Honneurs de Frédéric. — L'Atelier de typographie. — Le quart de Cercle mural. — L'Aérostat. — Le Chat. Le mouvement des étoiles est si faible que, de la terre où nous sommes obligés de les observer, il ne devient sensible pour nous qu'avec les siècles. Mais la faiblesse de ce mouvement n'est qu'apparent, et tient à Textraordinaire éloignement de Tobjet observé : ainsi Arcturus, du prolongement de la queue de la Grande-Ourse, se meut avec une vitesse de 660 millions de lieues par an, et dans le même laps de temps Sirius par court environ 160 millions de lieues.

Le mouvement de précession des équinoxes, qui semble faire tourner en un peu plus de vingt-cinq mille ans tout le système stellaire autour de notre globe, n'est qu'une illusion d'optique semblable à celle qui fit longtemps tourner le soleil autour de la terre, semblable à celle que Ton éprouve lorsque du wagon d'un chemin de fer on regarde fuir devant soi arbres et maisons. Le mouvement de précession des équinoxes appar tient à la terre et non aux étoiles. L'impossibilité de préciser, du point où nous les observons, le mouvement de tous ces mondes qui se succèdent à Tinfini dans les profondeurs du firmament, leur a fait donner pendant longtemps le nom d'étoiles fixes; nous savons aujourd'hui que cette fixité n'existe nulle part dans Tunivers sidéral; le mouve ment, du reste, est une des lois fatales de la vie, à laquelle tous les corps sont soumis.

A quelle incommensurable distance ne sommes-nous pas de tous ces mondes, quand on songe qu'il en est dont la lumière met plus de cent mille années à nous parvenir, ce qui fait que Tobservateur ne les voit pas dans leur état actuel, mais bien dans la situation où ils se trouvaient à cent mille ans et plus en arrière; des millions d'étoiles peuvent être éteintes depuis longtemps, sans que nous cessions de les apercevoir, et nous ne pourrons constater leur disparition que le jour seulement où leur dernier rayon lumineux nous sera parvenu. Supprimons en un instant, parla pensée, tous les corps célestes qui gravitent dans l'espace, ils continueront à exister pour nous, et nous n'aurons conscience de leur extinction définitive, que dans des périodes de temps porportionnées à la distance qui nous sépare d'eux.

Le dernier rayonnement lumineux de l'étoile la plus rapprochée de nous, mettrait plus de trois mille ans à nous par venir, et ainsi, au moment suprême où le télescope constaterait son absence, il y aurait plus de trente siècles qu'elle aurait cessé d'exister. A quelles admirables découvertes nous ont conduits l'étude de la nature et la saine interprétation de ses lois! Si vous pouviez renaître de vos cendres, vous tous qui avez usé votre vie dans des spéculations imaginaires, philosophes de toutes les écoles, prêtres de tous les temples, rêveurs des temps passés toujours à la poursuite d'une insaisissable chimère, vous n'élèveriez plus une colonne rostrale au Dieu inconnu sur TAgora d'Athènes ! Cette entité mystérieuse, ce grand tout, clef de voûte de Tunivers, ce Dieu inconnu que Paul cherchait au milieu des ruines du monde ancien, nous Tavons découvert : c'est la science.

Le soleil, cette étoile de notre système, grâce au mouvement terrestre qui semble le déplacer, traverse en apparence une zone d'étoiles qui forme par rapport à nous la circonférence du ciel; cette zone ou circonférence, parcourue par l'astre lumi neux dans l'espace d'une année, a été divisée en douze parties, représentée par les douze signes du zodiaque. Tous les mois le soleil abandonne un de ces signes pour entrer dans un autre, et chaque printemps il revient à son point de départ. Ausone nous a donné, dans un distique, les douze rési- LA GENESE DE LA TERRE 43 dences mensuelles du dieu du jour, dans Tordre où il les parcourt. Sunt Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Léo, Virgo, Libraque, Scorpius, Arcitenens, Caper, Amphora, Pisces. En français : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons.

La connaissance des constellations zodiacales se perd dans la nuit anté historique. Les vieux temples d'Élephanta dans l'Inde, creusés à même dans une montagne de granit, le temple de Denderah et le Rhamesseum de Thèbes, en possèdent chacun un, tracé avec des figures presque identiques. Les Chi nois Tont connu dès les temps les plus reculés; il a servi à tous les peuples anciens pour la division de Tannée, la rédac tion de leurs calendriers et la fixation de leurs fêtes religieuses. Toute une science de divination par les astres fut basée sur les constellations du zodiaque, et il n'était pas indifférent de naître sous tel ou tel signe, car la croyance commune admettait que Thomme restait pendant tout le cours de sa vie sous Tin fluence de la constellation qui avait présidé à sa naissance. Ces idées ont été sans doute poussées jusqu'aux limites extrêmes de la superstition; mais quand on sait dans quelle étroite dépendance Thomme se trouve de toutes les choses de la nature, quand on connaît le rôle important joué par les mi lieux, le climat, la nourriture, dans le développement orga nique de tous les êtres animés, on ne trouve rien d'étonnant à ce que ces derniers puissent subir, dans une certaine mesure, l'action des influences auxquelles la terre, cette mère com mune, est elle-même soumise.

Nul n'ignore aujourd'hui que les constellations du zodiaque ne sont en résumé que des étapes solaires, et par conséquent de pures divisions climatologiques; il suit de là que s'exprimer de la manière suivante en langage astronomique : « Si vous confiez à la terre, quand le soleil passe dans la constellation des Gémeaux, la graine d'une plante, vous n'obtiendrez pas un sujet aussi vigoureux que si vous la semez quand l'astre du jour traverse la constellation du Lion » revient à dire en langage ordinaire : « Semez en février, et le résultat obtenu sera moins beau que si vous attendez le mois de mai pour faire la même opération. » Rien n'est isolé, rien ne reste à l'état d'indépendance com plète dans la nature, et toute loi se fait sentir dans ses effets, de la monade primitive à Têtre organisé le plus parfait; il y a loin sans doute des exagérations superstitieuses de la croyance antique à la constatation de ce principe d'une science positive, mais il était bon de remarquer, sans se laisser entraîner jus qu'aux conséquences extrêmes des rêveries astrologiques, que tous les êtres qui composent Tunivers vivent et se développent dans une étroite solidarité, qui est le fruit des lois unes et indi visibles qui les régissent.

Dans le jeu mystérieux des influences sidérales, il en est une du moins qui n'a plus besoin d'être démontrée, c'est celle du soleil. Voyez la fleur du tropique opposant sa tige exubérante et ses éclatantes couleurs à la pâle fleur du nord. Comparez Thomme du midi à Thomme des contrées boréales; Thomme du midi voit tout à travers les horizons éclatants de lumière, sa poésie se colore au souffle brûlant de toutes les sensations poussées jusqu'à la passion, jusqu'au délire. Ses chants sont des épopées héroïques, il sculpte TAlhambrah et jette dans les airs le Parthénon; Thomme du Nord affectionne les forêts mystérieuses et les lacs vaporeux d'Ossian ; poète, il est mystique et rêveur; ses amours s'adressent à de vagues et étranges figures; quand il fixe son idée sur la pierre ou le marbre, il se réfugie dans des masses sombres, et c'est à peine s'il laisse un rayon de lumière pénétrer par Tétroite ogive, sous les silencieux arceaux de ses monuments.

II faut à TAlham brah et au Parthénon des inondations de lumière dans l'azur LA GENÈSE DE LA TERRE 45 éblouissant des cieux; il faut à la cathédrale de Cologne les pâles et tristes reflets des jours septentrionaux dont la lumière, en se filtrant à travers des nuages, a laissé dans les espaces supérieurs Tor et la pourpre de son vêtement. Oui, tous les êtres organisés ne sauraient se soustraire aux multiples influences qui les entourent, et un jour viendra où la science, après des milliers de faits observés, pourra formuler les lois de toutes ces influences, et si elle ne ravit pas complètement le feu de Prométhée, si elle ne parvient pas à éterniser la vie, du moins lui assurera-t-elle une évolution dont rien ne peut, encore aujourd'hui, faire prévoir la durée. Dépouillé de Timportance que lui accordait la superstition antique, le zodiaque n'en reste pas moins une utile division de la route annuelle parcourue par le soleil, et une excellente ligne de séparation astronomique entre Thémisphère boréal et Thé misphère austral.

Lorsqu'on examine la voûte céleste, on ne tarde pas à remarquer que toutes les étoiles ne brillent pas d'un éclat identique; alors que les unes ressemblent à d'étincelants diamants piqués dans Tazur sombre du firmament, les autres ne décèlent leur présence que par d'indécises lueurs; on peut constater ainsi comme une sorte de gamme lumineuse, qui descend graduellement de Tétoile la plus brillante à la plus faible ; c'est pour rendre ces différences dans Téclat stellaire, que Ton a classé les étoiles par ordre de grandeurs, expression impropre à coup sûr, car elle ne groupe pas les astres d'après leurs dimensions respectives, mais bien d'après Tintensité de leurs rayons lumi neux. Les corps célestes qui nous paraissent les plus brillants sont ceux qui sont les plus rapprochés de la terre, les plus faibles sont ceux qu'une plus grande distance sépare de nous.

Nous n'essaierons pas de donner une idée de Tincomparable quantité d'étoiles qui, comme une poussière d'or, remplit les espaces célestes; vous accumuleriez les milliards sur les milliards pendant des milliards d'années, que vous ne seriez pas plus avancés qu'au premier jour; on ne dénombre pas Tinfini, on n'assigne pas de limites à ce qui est sans bornes. Tout cela peut, du reste, être facilement ramené à Tunité, étant donné que chaque étoile est un soleil entouré de sa famille spéciale de planètes, et que chaque soleil et ses satellites sont composés des mêmes matières et obéissent aux mêmes lois d'attraction et de gravitation universelle. L'étude d'un seul de ces systèmes, le nôtre, nous conduira donc à la connaissance de tous. Les mêmes réflexions doivent s'appliquer à la distance des étoiles, et Ton peut comprendre Timpuissance où le cerveau humain se trouverait, s'il tentait de s'en rendre compte, quand on songe que Tétoile la plus rapprochée de nous, le soleil a. du Centaure est situé à 8,000 milliards de lieues de la terre, que le son emploierait 3 millions d'années à franchir cet espace, et qu'une locomotive lancée à toute vitesse ne mettrait pas moins de 60 millions d'années à atteindre notre plus proche voisin.

Le soleil a du Cygne, qui est ensuite le plus rapproché de nous, se trouve à une distance de plus de 200,000 milliards de lieues... et nous ne sommes qu'à la seconde étoile! C'est ici le cas de se demander, quelle série de chiffres pourrait bien nous représenter Téloignement, non point des astres que les plus forts télescopes peuvent à peine découvrir, mais seule ment de cette poussière des voies lactées, dont chaque point lumineux est un soleil. II est temps de s'arrêter; de semblables réflexions ne peuvent nous conduire qu'à la constatation de notre impuissance intellectuelle en face de pareils problèmes. Les dernières con quêtes de la science doivent suffire à notre ambition. En nous faisant connaître la loi de formation des mondes, la nature ne nous a-t-elle pas livré le secret de son incessante création et de son inépuisable fécondité, le secret de la Genèse universelle ?

Un second fait frappe Tobservateur de la lumière sidérale : les étoiles scintillent d'une lumière vacillante et variable, tandis que les planètes offrent aux regards une lumière calme et immobile ; en outre les feux des étoiles semblent se produire avec des intermittences de force et de faiblesse, affectant des colorations tantôt rouges, tantôt blanches, tantôt vertes, tandis que ceux des planètes offrent une intensité toujours égale et sans aucune variation de couleur. Cette scintillation des étoiles, d'après les travaux d'Arago, de Respighi, de Dufour, de Flammarion, est dûe en partie à la lumière intrinsèque de Tétoile, en partie à l'état de Tatmos phère terrestre. Les étoiles qui jouissent d'une scintillation plus intense sont les étoiles blanches, comme Sirius, Véga, Procyon, Altaïr, Régulus, Castor S y e Çïj de la Grande-Ourse, a d'Andromède, a d'Ophiuchus ; le nombre de leurs variations est d'environ 86 à la seconde.

II y a ensuite des étoiles de scintillation moyenne, avec des colorations jaunes, comme la Chèvre, Rigel, Pollux, a du Cygne, y d'Orion, y d'Andromède, a du Bélier, [3 du Taureau, 6 du Lion, a de la Grande-Ourse; leurs variations sont environ de 69 à la seconde. Enfin, il y a les étoiles qui scintillent le moins, avec des colorations orangées et rouges, comme Antarès, a d'Hercule, Aldé baran, Arcturus, Beltégeuse, a de THydre, e de Pégase, 0 de la Baleine, S d'Andromède; lamo}renne de leurs scintillations est d'environ 56 à la seconde. La différence de coloration de ces étoiles indique qu'il y a une relation intime entre la scintillation et la constitution physique de ces astres. Le rôle de notre atmosphère dans cette scintillation est évident, car plus Tétoile est rapprochée de nous, plus elle scintille ; au contraire, plus elle s'élève et plus sa scintillation diminue.

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