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LE CHANCELIER MAUPEOU BT LES PARLEMENTS AUTRES OUVRAGES DU MÈME AUTEUR LA RÉFORME JUDICIAIRE DU CHANCELIER MAUPEOU, mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, en novembre et dé cembre 1879. Paris, Picard, 1880, in-8. Extrait des Comptes rendus des Séances de l'Académie des Sciences morales. HISTOIRE DES INSTITUTIONS MUNICIPALES DE SENLIS. Paris Vieweg, 1880, in-8. Ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Prix La Fons Melicocq, 1881. SOUS PRESSE : REMONTRANCES DU PARLEMENT DE PARIS AU XVIIIe SIÈCLE. I"' volume, 171o-17b7. Pour paraître dans la collection des Documents inédits sur l'hisloire de France. /INGERS, IMPRIMERIE BURDIN ET C'***. HUE GARNIEli. LE CHANCELIER MAUPEOl ET LES PARLEMENTS 1>AH Jules FLAMMERMOM DOCTEUll ES-LETÏHES , LAURÉAT DE L'iHSTITCl PARIS ALPHONSE PICARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR 82, RUE BONAPARTE, 82 IHS'Ò A Monsieur Gabriel M O N O P PlRECTEUR A I.'ÉCOLE PRATIQUE DES H AUTE S-ÉtUDES RESPECTUEUX HOMMAOE DE SON ÉLÈVE DÉVOUÉ.
PRÉFACE Je désire simplement expliquer en quelques mots quelle a été mon intention en écrivant ce livre. J'ai cru qu'il était utile d'étudier en détail et avec soin une de> crises les plus violentes que la monarchie française ait eu à supporter dans le cours de sa longue existence. C'est le seul motif qui m'a déterminé à faire ce travail. II est assez important pour justifier mon en treprise. On me trouvera peut-être sévère pour Maupeou. Ce pendant je puis affirmer que je me suis toujours efforcé d'être juste et que j'ai cherché la vérité avec ardeur. Et si ce livre ressemble parfois à un réquisitoire, j'ai publié á. l'Appemlice le mémoire encore inédit dans lequel Maupeou a présenté son apologie. 11 me reste à réclamer l'indulgence pour les fautes qui se trouvent en trop grand nombre dans ce volume.
Les nécessités d'une longue mission m'ont oblige à faire PRÉFACE imprimer très vite cet ouvrage écrit très rapidement et mon éloignement a rendu la correction difficile. A moins de donner des dimensions exagérées à V Errata [qxú suit cette Préface, je ne pouvais y signaler toutes les sautes, et je me suis borné à corriger celles qui m'ontparu les plus importantes. On ne trouvera pas à l'Appendice les dépêches de Mercy au prince Kaunitz, auxquelles j'ai renvoyé plusieurs fois; au dernier moment, afin de ne pas grossir outre mesure ce volume, j'ai dû me résigner à les réserver pour Vlnventaire analytique des dépêches des ambassadeurs impériaux en France, que je fais à Vienne. J. F. ERRATA P. vi, ligne 11, au lira de archichancelier, Usez ai-ehitresorier. P. xvi, ligne 16, » décembre 1771, » 1770.
Introduction
NOTES SUR LES PRINCIPALES SOURCES UTILISÉES Entre tons los documents qui ont servi de hase à ce travail il faut mettre en première ligne le Compte rendu présenté en 1 789 à Louis XVI par le chancelier Mau peou. A ce mémoire sont jointes plus de cent pièces, dont la plupart sont les exemplaires, approuvés par. le roi, des discours et des édits préparés par le chancelier. Ce paquet avait été envoyé par Maupeou au comte de Montmorin, ministre des affaires étrangères, pour être remis au roi et déposé ensuite à la Bibliothè que royale. Le garde des manuscrits reçut pat ordre du roi, le 3 juillet 1789, ce dossier qui, relié plus tard, forme aujourd'hui trois volumes conservés sous les nu méros 6o70, 6.J71 et 6572 du fonds français. Ce mémoire, di'essé longtemps après les événements, indui rait souvent le lecteur en erreur, s'il ne le contrôlait de très près.
Maupeou cherche toujours à justifier ses opérations, mème aux dépens de la vérité. Ce qui donne un grand intérêt à ce compte rendu, c'est qu'il contient l'exposé des projets de réforme, qui, repris en l'an VIII par l'ancien secrétaire de Maupeou, Lebrun, devenu VI IN'TlinilUCTION" troisième consul, forment encore aujourd'hui la base de notre organisation judiciaire. Le meilleur commentaire de ce Compte rendu se trouve dans le livre intitulé Opinions, rapports et choir d'écrits politiques de Charles-François Lebrun, duc de Plaisance, recueillis et mis en ordre par son fils aîné et précédés d'une notice biographique. Cet ouvrage fut publié à Paris, en 1829, in-8, dans la collection de Documents pour l'histoire de la Révolution. La notice contient plusieurs morceaux autobiographiques arra chés à l'archichancelier sur la íin de sa vie par ses en fants; ces fragments ont une grande valeur; cependant il faut se souvenir que tous les papiers de Lebrun avaient été détruits pendant la Révolution et qu'en dic tant ces notes l'ancien secrétaire de Maupeou se fiait uniquement à sa mémoire, qui était, il est vrai, mer veilleuse.
En tête du choix d'opinions et de discours est placé un mémoire, rédigé en 1769 par Lebrun pour le chancelier et employé plus tard pour la rédaction du Compte rendu; Maupeou se borna en 1789 à transformer en projets sérieux les élucubrations de son jeune secrétaire ; on ne peut se poser en réformateur à moins de frais. Les renseignements contenus dans ce livre sont confirmés par un ouvrage, publié en 1828, in-8, sous ce titre : Mémoires sur le Prince Lebrun, par Marie Dumesnil et écrits par l' auteur, d'après les souvenirs de ses conversations avec Lebrun. Une œuvre analogue, mais ayant une bien plus grande valeur historique, est la Vie de Malesherbes, dont voici le titre exact : Vie ou éloge historique de M. de Malesherbes, suivie de la vie du premier président de Lamoignon, son bisaïeul, écrites l'une et l'au-
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VII tre, d'après les mémoires du temps et les papiers de famille, par M. Gaillard, de l'Académie française. Paris, i 805, in-8. L'historien Gaillard, dont le nom, assez oublié aujourd'hui, eut en son temps une grande et légitime célébrité, avait vécu pendant plus de qua rante ans dans ['intimité la plus étroite avec Males herbes, et son petit livre est très intéressant. Les* Lettres sur létal de la magistrature en 1772. suivies de recherches sur les principales ordonnances concernant rétablissement et les fonctions des officiers des parlements sont aussi un document de premier ordre; car elles ont pour auteur, Hue de Miroménil, l'ancien premier président du parlement de Rouen, qui, en sa qualité de garde des sceaux, rétablit les parlements en 1771 et détruisit l'œuvre de Maupeou. Elles sont encore manuscrites et se trouvent à la Riblio thèque nationale, fonds français n" 10,986, petit in folio1.
Naturellement Miroménil est hostile à Maupeou qui venait de le ruiner; mais il est assez impartial pour reconnaître les torts des parlements. Les documents officiels se trouvent à la suite du Compte rendu, de Maupeou, et ils ont été publiés par ses ordres en un gros volume in-8 en 1772, sous ce titre : Code des parlements ou collection d'édits, déclarations, lettres-patentes, arrêts du conseil, etc., donnés 1. Voir lu brochure de M. Bligny, Hue de Miroménil, premier président tlu parlement de Rouen; Rouen, 1876, in-8; ce n'est qu'un discours de ren trée; mais M. Bligny prépare une histoire de Miroménil et je dois à sa bien veillance extrême et à son érudition des notes fort curieuses et fort précises sur la dernière partie de la vie de Maupeou et sur sa famille. M. Barbe, de Lpiiviers, m'a également fourni sur ce sujet des renseignements intéressants donl je lui suis très reconnaissant.
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sur la réformation de lajustice depuis décembre 1770 jusques et y compris décembre 1771. Les remontrances des tribunaux et la protestation des princes se trouvent dans le Recueil des réclama tions, . remontrances, lettres, arrêts, arrêtés, protestations des parlements, cours des aides, chambres des comptes, bailliages, présidiaux, élections, au sujet de l'édit de décembre 1770, de V érection des conseils, supérieurs, de la suppression des parlements, etc., avec un abrégé historique des principaux faits relatifs à la suppression du parlement de Paris et de tous les par lements du royaume. Londres, 1773, 2 vol. in-8, souvent réunis en un. Les matériaux, pour l'histoire du procès d'Aiguillon, sont en grand nombre ; on pourrait même se plaindre de leur abondance. Les volumes 2080 et 2081 de la collection Joly de Fleury, à la Ribliothèque nationale, contiennent les extraits des procédures faites à Rennes et des renseignements sur celles faites à Paris, une partie de la correspondance échangée à cette occasion entre Maupeou et le procureur général, etc. ; ce sont deux volumes extrêmement précieux.
Pour les affaires de Rretagne, qui causèrent ce procès, les documents, renfermés dans les volumes 2104 à 2106 de cette collection, sont très utiles. Linguet a publié en 1770 en un volume in-4, ou en deux in-12, les Procédures faites en Rretagne et devant la cour des pairs en 1770 avec des observations. Les informations sont imprimées sur deux colonnes en regard, mais Linguet diffame les témoins qui déposent contre le duc d'Aiguillon, et c'est le cas de dire : qui veut trop prouver ne prouve rien. Ou trouve à la Bibliothèque nationale, aux Imprimés, 1NTK0DUCTI0X IX dans la collection des Factums, la plupart des mémoi res si nombreux publiés dans cette affaire ; ils sont réunis à l'Arsenal dans un recueil de pièces concer nant l'aífaire de M. de la Chalotais, du duc d'Aiguillon et du parlement de Bretagne (1763-1771), (Nos 3609 à 3614 des mss.), provenant des papiers de Fevret de Fontettc.
Ils ont été aussi collectionnés par Lepaige qui a ajouté dans les volumes formés avec ces pièces une grande quantité de documents manuscrits et de notes personnelles, qui ne se trouvent nulle part ailleurs. Dans cette affaire Lepaige recevait comme d'habitude les confidences du prince de Conti, et en outre il était consulté par le président Ogier, qui rétablit en 1769 lc parlement de Bretagne et par le chancelier lui-même. Pour ce procès célèbre les papiers de Lepaige sont la source capitale. Peu de temps après le coup d'État de Maupeou, on essaya d'en faire une histoire et on publia à Londres, en 1780, en 3 vol. in-8, sous ce titre : Essai sur la dernière révolution de /'ordre civil en France, un ou vrage vide et déclamatoire qui n'apprend rien. h'Histoire des événements arrivés en France depuis septembre 1770 à février 1775, par Regnault, procureur en parlement (Bibl. nat., mss. fr. 13,733-735, 3 petits vol. in-4), ne vaut guère mieux.
Cet excellent procu reur écrit longtemps après les événements et par sur croît il déteste le chancelier; il n'écoute que ses pas sions et surtout il est verbeux et déclamatoire à l'excès. A dire vrai ces deux histoires ne sont qu'une conti nuation et un remaniement posthume des innombra bles pamphlets qui furent publiés contre le chancelier X
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pendant cette révolution; Maupeou répondait par d'au tres libelles; chaque parti en publia plus d'une cen taine. Ils se trouvent presque tous à la Bibliothèque Nationale dans le fonds si riche des imprimés sur l'His toire de France. Ceux qui manquent dans cette collection sc trouvent dans celle de Lepaige, qui sur les affaires parlementaires est plus riche (pie notre grande bibliothèque ; en outre beaucoup portent des annota tions de la main de Lepaige, qui en a dressé des cata logues ; cinq ou six seulement ont jusqu'ici échappé à mes recherches et je n'en connais que les titres. II serait fastidieux d'énumérer ici tous ces libelles; 011 trouvera indiqués chacun en son lieu ceux qui ont paru mériter d'être cités ou analysés. Les plus importants se trouvent réunis dans deux recueils, l'un favorable au chancelier, l'autre hostile.
Le premier est intitulé : Le Code des Français ou Recueil de toutes les pièces intéressantes publiées en Finance relativement aux troubles des parlements, avec des observations critiques et histo riques, des pièces nouvelles et une table raisonnée. Bruxelles, 1771, 2 vol. in-12; l'éditeur, qui est sans doute un secrétaire de Maupeou, peut-être même Le brun, a remanié un grand nombre de pièces et coupé quelques passages. L'éditeur des pamphlets parlemen taires a été plus fidèle et son recueil est beaucoup plus important, il forme 6 tomes réunis le plus souvent en 3 vol. in-8 ; on en a fait plusieurs éditions sous deux titres différents : Maupeouana ou Recueil complet des écrits patriotiques publiés pendant le règne du chance lier Maupeou, pour démontrer l' absurdité du despotisme qu'il voulait établir et pour maintenir dans toute sa splendeur la monarchie française. Ouvrage qui peut
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XI servir à i' Histoire du siècle de Louis XV pendant les années 1 770-7 1-7^73-74. Paris 1775. L'autre titre est encore plus long : Les efforts de la liberté et du patriotisme contre le despotisme du sieur Maupeou ou recueil des écrits, etc., comme au premier. Sous le titre de Maupeouana on a aussi publié à part un ouvrage qui se trouve dans le recueil précédent : c'est le Maupeouana ou Correspondance secrette et familière de Maupeau avec son cœur Sorhouët membre inamovible de la cour des pairs de France, nouvelle édition, sur le manuscrit original. Imprimée à la Chancellerie, 1773, 2 vol. petit in-8. C'est la meilleure édition de ce célèbre pam phlet, œuvre du fermier général Augeard, Fauteur des mémoires dont on parlera plus loin. L'écrit de circonstance le plus utile pour l 'historien est sans contredit le Journal historique de la Révolu tion opérée dans la constitution de la monarchie française par M. de Maupeou, chancelier de France, Lon dres, 1775, 7 vol. in-12 avec cette épigraphe Quis talia fando tcmperet a lacrymis?
L'auteur de cet ou vrage est resté inconnu ; on l'attribue communé ment au continuateur de Bachaumont, à Pidansat de Mairobert, parce que la plupart des faits qui y sont con tenus se retrouvent dans les Mémoires dits de Bachau mont; mais ce n'est pas une raison suffisante; carie journal historique parut avant cette partie des mémoires et l'on sait que Mairobert ne se faisait faute de piller ses prédécesseurs. L'éditeur déclare dans l'avertisse ment que « ce journal a été rédigé par des magistrats zélés et éclairés qui cotaient journellement ce qui se passait sous leurs yeux et avant d'en rédiger les dé tails s'en rendaient compte, les discutaient, les compa-
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XII raient et ne mettaient rien que de bien sûr, de très authentique. » II ne faut pas en général s'en rapporter aux éloges des éditeurs ; mais celui-ci est confirmé par cette appréciation du président Durey de Maynièrcs : « On ne peut mieux exposer l'inconcevable événement du bouleversement général de la magistrature que d'a voir recours aux cinq volumes du Journal Historique de cette étrange révolution mal digérée, mal conçue et tyranniquement exécutée l . » Maynièrcs était sans doute lui-même un de ces ma gistrats zélés dont parle l'éditeur du Journal Historique. II avait été longtemps présidé une chambre des en quêtes; mais lors des événements de 1771 il n'appartenait plus au parlement et habitait Chadlot. C'était un neveu de Madame Doublet et avant la mort de cette dame, survenue en 1771, il collaborait aux nouvelles à la main, qui sortaient du salon de sa tante et qui furent la source des Mémoires de Bachaumont.
Le conseiller Lambert, exilé à la Flèche, lui écrivait le 15 avril 1757: « Comment se porte Mme Doublet? Montrez-lui si vous voulez ce que dessus, mais pour elle seule, c'est-à-dirc non pas pour tout le monde qui va chercher des nou velles dans le portefeuille de son bureau2. » II était intime ami de Lepaige et il entretenait de bonnes rela tions avec Voltaire. C'était un parlementaire décidé et toute sa vie il travailla pour se 'rendre utile à sa com pagnie sur laquelle il avait eu longtemps la plus grande et la plus légitime influence. II avait commencé une table de tous les libelles publiés en 1770-71 et il écri- 1. Manuscrits de Maynières, Bibl. nat., mss. fr. 7373, fol. 18. 2. idem, vol. 7571, fol. 270 v°.
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XIII vait en tète « qu'il avait vu avec autant de plaisir que d'admiration l'uniformité de sentiments, de préceptes et de maximes conservées dans toutes les cours1. » II est probable que c'est Maynières qui se chargea d'analyser pour le Journal Historiqite tous ces écrits qui lui fai saient tant de plaisir ; il était plus apte que personne à faire ce travail, car il était merveilleusement instruit des choses du parlement ; il possédait une riche collection de manuscrits et d'extraits des registres du parlement et il travaillait depuis plus de trente ans à faire une table que ses contemporains trouvaient meilleure que celle de Lenain. Ses amis et collaborateurs notè rent les événements et Maynières leur inspira sa pru dence et sa réserve. Les rédacteurs de ce journal font les plus grands efforts pour être impartiaux ; on le sent à chaque page2.
Ce journal parut d'abord par plaquettes sous le titre de Récit de ce qui s'est passé au parlement au sujet de l'édit envoyé le 27 novembre (3 déc. 1770-7 janvier 1771, in- 12); ensuite sous le titre de Suite des opéra tions du parlement (lro, 2°, 3°, 4° et 5e), toutes publiées séparément jusqu'au lit de justice du 13 avril. Les édi- 1. Manuscrit de Maynières, Bibl. nat., fr. 7573, fol. 4. 2. On n'a plus que le catalogue des mss. de la collection Maynières fait lors de la vente en 1806; il se trouve dans le vol. n" 7572 du fonds fr. fol. 283 à 411. II est sort curieux. La collection comprenait près de 2,000 manuscrits. II en est entré à peine 20 à la Bibl. nat. en 1826, fr. 7557 à 7576. La bibliothèque du Sénat possède les extraits des registres du par lement; c'est la collection connue sous le nom de Boissy d'Anglas; mais la table à laquelle Maynières avait travaillé cinquante ans est perdue ou du moins je n'ai pas pu en retrouver la trace.
Je compte revenir prochainement dans un article séparé sur Maynières et sa collection. Soulavie avait tra vaillé fort longtemps dans la bibliothèque de Maynières. Mémoires de Ri chelieu, édit, de 1793, fol. IX, p. 7.
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teurs cessèrent alors cette publication pour ainsi dire périodique, mais en 1773 ils firent paraître trois volumes conteuant la première partie du journal jusqu'à la ren trée des princes à la cour à la fin de Tannée 1772; [a seconde partie poursuivit le journal jusqu'à la mort de Louis XV et la troisième donna le rétablissement des parlements. On fit plusieurs éditions des deux pre mières parties. II est probable que Pidansat de Mairo bert n'eut d'autre rôle que celui de secrétaire, de compilateur et d'éditeur; déjà vers la fin de la vie de Bachaumont il remplissait ces fonctions chez Mme Dou blet et il dut les continuer après la mort de cette dame sous la direction de Maynières. Lepaige fournit aussi sans aucun doute des notes pour le Journal Historique; il était l'ami de May nières avec lequel il entretenait une correspondance suivie.
Dans les notes en forme de journal, que l'on trouve dans les divers volumes de sa collection conte nant les pièces imprimées ou manuscrites se rapportant au coup d'État de Maupeou, Lepaige raconte souvent les mêmes faits presque dans les mêmes termes que le .Tournai Historique ; c'est certainement lui qui en a fourni le récit, car il indique toujours la personne qui lui a donné le renseignement. Mais Lepaige garde presque toujours pour lui les choses les plus secrètes et partant les plus curieuses. Or il était extrêmement bien renseigné et il aimait la vérité par-dessus tout ; c'était en outre un des hommes les plus instruits et les plus honnêtes de son siècle. II était né à Paris en 1712 et il y mourut en 1802. A peine reçu avocat, il s'occupa des affaires religieuses et parlementaires et en 1732 il publia de petits écrits très jansénistes d'esprit et d'al-
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XV litre. Mais c'est dans la grande querelle engagée en 1751 qu'il sc mit au premier rang des écrivains parlementaires par les Lettres Pacifiques publiées en 1752 et par les Lettres Historiques1 publiées en 1753 en 2 vol. in-12. II avait fait une troisième partie, encore inédite, sur les droits des peuples de s'imposer eux-mêmes. Aujourd'hui cet ouvrage n'a plus une grande valeur historique; c'est un peu le sort de toutes les œuvres de polémique. Lepaige était très savant; il avait eu à sa disposition les registres Olim. beaucoup d'autres registres du parlement et il faisait le plus grand cas de Usage des Fiefs; mais il avait trop de préjugés pour oser dire la vérité sur les droits politiques réclamés par la magistrature et il n'avait qu'un but, trouver des ar mes pour les défendre. C'est lui qui donna la plus grande vogue au système insoutenable qui faisait du parlement du xvm° siècle le représentant et l'héritier des assemblées mérovingiennes, uniquement parce qu'on les trouvait désignées dans les textes sous lé nom de parlamentum.
Mais à cette époque la criti que n'était pas armée comme aujourd'hui et, la pas sion aidant, les Lettres Historiques acquirent une im mense renommée. Leur auteur devint la gloire du parti parlementaire et janséniste. Lorsqu'à la fin de Tannée 1756 le prince de Conti perdit par Talliance autrichienne l'espoir de monter sur le trône de Pologne et comprit que la haine de la favorite l'empêcherait d'obtenir le commandement des armées, il se brouilla avec Louis XV, abandonna la 1. Lettres historiques sur les fonctions essentielles du parlement. Amster dam, 1754, 2 vol. in-12.
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XVI direction du secret du roi et se mit à la tête de l'opposition parlementaire. L'homme que le prince choisit pour Taider dans cette entreprise fut Lepaige, qu'il nomma bailli du Temple, dont il était grand prieur. Depuis cette époque Lepaige fut pour ainsi dire le chef d'état-major du prince dans ses longues et brillantes campagnes parlementaires,- il entretenait une corres pondance suivie avec les principaux magistrats du royaume et surtout il voyait fréquemment les membres les plus influents du parlement de Paris; il était en relations constantes avec le président de Maynières et avec le président de Murard, chef du conseil du prince de Conti et l'un des hommes les plus instruits, les plus fermes et les plus modérés du parlement. Ce président de Murard, presque seul de sa compagnie, eut le courage en décembre 1771 de blâmer la cessa tion de service.
Lepaige était aussi devenu avec Tâge un des chefs les plus modérés de Topposition parlementaireet il jouissait néanmoins dans son parti de la plus haute considération et de la plus grande influence. A la fin du remarquable article qu'il a fourni à TEncyclopédie sur le parlement et qui est encore aujourd'hui le meil leur traité sur la matière, Boucher d'Argis écrit : « Ceux qui voudront en savoir davantage peuvent con sulter les registres du parlement... et surtout M. Le paige, bailli du Temple à Paris. » En juillet 1771, un membre de la chambre des comptes écrivait à Lepaige : « Votre approbation ou votre improbation, monsieur, n'est point une chose indifférente pour un certain genre d'hommes, qui tiennent encore à leur réputation et qui croient l'avoir mise à ['abri de tout reproche, quand
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XVII ils peuvent se vanter que vous les approuvez ; mais pour être dans ce cas il faut exposer vrai. » C'est là le plus beau et le meilleur de tous les éloges ; il n'est ni banal ni exagéré; c'est la vérité ; Lepaige était un grand et beau caractère. La lettre suivante en con vaincra les plus sceptiques. En septembre 1772 Lepaige, soupçonné d'avoir part à la Correspondance de Mau peou avec son, cœur Sorhouët, fut poursuivi par le nouveau parlement ; il fut obligé de quitter Paris et d'aller se cacher en Beauce, au moment où sa vieille mère qu'il adorait, était mourante et où son fils unique, qu'il n'avait pas vu depuis trois ans, allait venir passer près de lui un congé. C'est dans ces circonstances que le 5 novembre 1772 Lepaige écrit de sa retraite à son fils cette lettre admirable : « Si tu savais combien je me trouve bien d'aimer l 'occupation, ■ de savoir me passer des hommes, de pouvoir me contenter du néces saire et de n'être pas dépendant de nulle chose que ma crise gênante ne me permettrait pas d'avoir.
Depuis deux mois je ne me suis pas encore ennuyé un seul instant et cependant, hors la personne cpii fait mon ménage et que je ne vois pas plus que Deschars à St- Mandé1, et je ne la vois pas plus d'une demi-heure chaque jour, je suis comme dans un tombeau; mais j'y lis, j'y écris tout le jour et je trouve les journées bien courtes. Je suis cependant levé depuis quatre heures et il est huit heures du soir. Tu me diras comme à St-Mandé : « Que vous êtes donc heureux de ne pas vous ennuyer! » C'est le bonheur de ceux qui aiment à s'oe- 3. Lepaige avait'une petite maison de campagne ù Saint-Mandé.
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XVIII cuper de choses utiles et je te le souhaite de toute mon ame. » Sa position, ses fonctions, ses occupations, ses goûts, tout forçait Lepaige à suivre avec la plus grande atten tion les événements parlementaires et il était admira blement placé pour savoir tout ce qui se passait à la cour, au Palais de Justice et dans les conseils des princes. 11 notait avec le plus grand soin tout ce qui se passait ; il ne tenait pas un journal suivi comme le libraire Hardy ; il faisait mieux : il prenait ses notes au jour le jour sans doute sur des carnets, que nous n'avons plus et au bout de quelque temps il les rédigeait sur des feuilles volantes, dont il formait parfois des cahiers; cette seconde rédaction suivait toujours de très près la première, car souvent moins d'un mois après les événements il était obligé de faire des corrections ou des additions pour tirer parti de nouveaux renseignements.
Hardy employait d'ailleurs la même méthode et les huit gros volumes que nous avons aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, ne sont pas la minute des souvenirs du bon libraire, mais une seconde rédaction transcrite sur le registre parfois un mois ou deux après les événements. Lepaige ne tenait pas de registres; il collectionnait toutes les pièces imprimées ou manus crites qu'il pouvait recueillir sur les événements ; il les classait avec soin et il en formait des dossiers qu'il faisait relier après y avoir inséré à leur place ses notes personnelles, soit sous forme de feuilles volantes, soit en cahiers. II ajoutait ensuite tout ce qu'il apprenait de nouveau sur ces événements et mettait avec soin ces renseignements supplémentaires à leur place ; en outre, il couvrait d'annotations marginales les docu-
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XIX meuts manuscrits et imprimés qu'il collectionnait. II a formé de cette façon des centaines de volumes, qui sont d'un prix inappréciable pour l'histoirc intérieure de la France au xvne et au xvmc siècle. En outre il avait sur les affaires religieuses et parlementaires une des plus riches bibliothèques qui aient jamais existé. Cette collection encore presque complètement intacte aujourd'hui, ce qui est bien rare, est peut-être pour ces matières la plus précieuse que nous ayons. Aussi je ne saurais dire combien est grande la reconnaissance que je dois à M. Gazier qui en a mis les richesses à ma disposition avec un empressement et une obli geance extrêmes et qui a pris la peine de rechercher lui-même tous les volumes qui, de près ou de loin, pouvaient m'être utiles et m'intéresser. II est inutile d'insister sur les autres sources moins spéciales et connues de tout le monde ; on les trouvera citées chacune à leur place et il suffira d'énumérer ici les plus importantes.
Ce sont, en première ligne, le Journal du libraire Hardy, exact, modéré et écrit presque au jour le jour ; les Recueils d'anecdotes et les Nouvelles à la main de la Bibliothèque Mazarine, collection curieuse mais sans grande importance, tout ce qui s'y trouve de sérieux est mieux raconté dans le .Journal historique ; les gazettes étrangères, assez bien informées, mais qui doublent aussi ce journal ; les meilleures pour cette époque sont la Gazette de Leyde, •celle à' Utrecht et celle àWmsterdam. Les correspondances diplomatiques et particulières mont fourni beaucoup de renseignements précieux, parce qu'ils ont une date certaine et qu'ils n'ont pas pu être modifiés d'après la suite des événements. Les XX
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dépêches d'office de Mercy, dont je suis redevable à l'obligcance infinie du grand historien de Marie-Thé rèse, M. le chevalier d'Arneth, sont peut-être les documents les plus importants qui existent pour cette époque. Mercy était un homme très intelligent, instruit et aussi bien informé que possible ; il était en relations très intimes avec Choiseul et le comte de Fuentès, ambassadeur d'Espagne, qui n'avaient rien de secret < pour lui. Ces dépêches ont une bien plus grande valeur que celles de lord Harcourt dont M. Deprez a eu la bonté de prendre pour moi des extraits au Public Becord Office ; car les envoyés an-- glais ne recevaient pas les confidences, dont Mercy était favorisé. Les dépèches de l'ambassadeur vénitien Alvise Mocenigo, dont la copie est à la Bibliothqèue nationale, n'ont pas grande importance; cet envoyé est l'écho des salons bien informés de Paris et il est beaucoup moins bien renseigné que Lepaige et les rédacteurs du Journal Historique.
Les lettres de Mme d'Epinay à Galiani, et surtout sa correspondance avec sa cousine la présidente de Mau peou, la femme du héros de ce livre, sont pleines de détails curieux, mais dont il faut se défier; car ces deux femmes, pleines d'esprit, étaient des plus passion nées et elles détestaient cordialement Maupeou. 11 faut également user avec précaution des lettres de Mme du Deffand, si dévouée aux Choiseul et de celles de son ami Horace Walpole. Les mémoires de Walpole sont d'un emploi encore plus dangereux que sa correspon dance ; car il y donne libre carrière à ses passions et, comme il écrit à distance, il arrange souvent à son gré les événements et il ne craint pas de se mettre fré-
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XXI quemment en contradiction avec ses propres lettres qu'il paraît avoir oubliées1. Les Mémoires de Resenval, les Souvetiirs de Gleichen, les Mémoires de Georgel et ceux d' Augeard sont encore plus suspects. Besenvai et Glechen étaient des amis intimes de Choiseul et ils sont naturellement très hostiles au chancelier ; ils écri vent dix ou vingt ans et plus après les événements et ils commettent de fréquentes erreurs; mais ils servent à faire connaître les idées et les sentiments de la so ciété dans laquelle ils vivaient. Georgel, ancien jésuite, tout dévoué à sa compagnie, était un chaleureux défen seur de Maupeou; mais en 1771 il était à Vienne, et il écrivit, lui aussi, ses Mémoires très longtemps après, pendant l'émigration, sans notes et sans papiers ; enfin s'il faut en croire Marie Thérèse, Georgel était comme son patron, le futur cardinal de Rohan, un fieffé men teur et il est certain qu'il commet trop souvent de for tes méprises.
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