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SOUVENIRS DE LA CsESSE DE LA BOUERE L'auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de traduction et de reproduction à l'étranger. Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur (sec tion de la librairie) en juin 1890. PARIS. TYP. DE E. PLON, NOURRIT ET C'», RUE GARANCIÈRE, 8. SOUVENIRS DE LA COMTESSE DE LA BOUËRE LA GUERRE DE LA VENDÉE 1793- 1 796 MÉMOIRES INÉDITS PUBLIÉS PAR MADAME LA CTESSE DE LA BOUËRE, BELLE-FILLE DE l'aUTEUR PRÉFACE PAR Le Marquis COSTA DE BEAUREGARD PARIS LIBRAIRIE PLON E. PLON, NOURRIT et C» IMPRIMEURS-ÉDITEURS RUE GARANCIÈRE, 10 189O Tous droits réservés Le joli nom de « Camarade » que la marquise de La Rochejaquelein donnait à la comtesse de La Bouëre suffirait à assurer le succès des « Souvenirs » que vous publie-: aujourd'hui, Madame. Héroïque camaraderie, en effet, que celle des deux Vendéennes, que celle de toutes les Vendéennes, grandes dames ou paysannes, dont les noms parsèment votre beau livre.
Avec elles et par elles, on pénètre dans l'intimité de la Vendée, jusqu'à rencontrer son âme, son âme faite à l' image de ces femmes de douleur. C'est que la femme est surtout l'ange gardien des jours malheureux. Elle en a l' intelligence parce quelle perçoit tout par son cœur. Fait pour souffrir, son cœur est naturel lement vaillant. Fait pour aimer, son cœur est prêt à tous les sacrifices. Sans cesse sur a le « qui -vive », il a des prévoyances qui échappent à la tranquille raison. Vos récits, Madame, nous en sont la preuve. Les femmes avaient pressenti les malheurs de la grande guerre, quand leurs maris et leurs frères n'en voyaient encore que la gloire ou les impossibilités. En France, tout le monde est brave, mais bien peu sont, à la f ois, prévoyants et résignés. Aussi, parmi ces pages que je viens de parcourir, j'ai lu et relu celles que traversent avec tant de terreur et de poésie vos héroïnes vendéennes .
II y a dans la simplicité des récits où elles se meuvent une inimitable vérité. Dans la peinture de leurs souffrances, Mme de La Bouëre a su mettre une profondeur d'accent que les plus raffinés lui envieront. Devant la plainte des victimes, plainte d'un si irrésistible déchirement, on se sent pénétré pour ces femmes de la plus forte des passions humaines : V admiration faite de pitié. Qu elles sont donc là toutes vivantes! Un mot a suffi pour les ressusciter. On revoit les « marraines » ( i ) de Cha lonnes au grand bonnet de dentelle, accortes dans leurs courtes jupes rayées. Elles abritent leur honneur et leur vaillance sous un cor set si dur « que les bleus, plus d'une fois, se plaignirent de la difficulté de tuer ces femmes »... Tene\, les voilà qui, aux premiers coups de fusil, se mettent en prière.
Chapitre II La Guerre
Après ces victoires des Vendéens il était sûr que la République, qui disposait de tout en France, voulant se venger, enverrait des troupes contre eux et finirait par les vaincre. C'était le dimanche de la Passion, 17 mars. Comme depuis longtemps il n'y avait pas de service divin dans les paroisses, rien ne nous engageait à sortir de notre solitude habituelle, quoiqu'il n'y eût plus de troupes républicaines à Jallais. Nous étions dans le salon à causer tristement de Tavenir, admirant le courage de ces bons paysans, et surtout leur foi et leur confiance en Dieu. Nous redoutions que les républicains ne vinssent à bout de les vaincre par leur nombre ; qu'était-ce qu'une poi gnée d'hommes contre la France entière !... On ignorait encore ce qui se passait dans le Poitou et la Bretagne, que nous savions peu partisans de ce nouvel état de choses; mais il était probable que ces provinces étaient encore loin d'une insurrection, comme celle qui venait d'éclater dans notre pays.
Nous en étions là de ces tristes réflexions quand nous vîmes accourir, hors d'haleine, la terreur peinte sur le visage, une jeune fille d'environ quatorze ans qui nous dit qu'elle venait de la Poitevinière, où les bleus, qui étaient à Chalonnes, venaient d'arriver, qu'ils poursuivaient les hommes et les assommaient, que tout le monde du bourg fuyait... « Ils vont venir à Jallais massacrer les hommes! » ajouta-t-elle. M. de La Bouëre n'hésita pas à croire que s'ils venaient à Jallais, c'est, dit-il, pour venger la déroute qu'ils ont eue dans cette commune; il faut tout de suite prévenir le mal qu'ils veulent y faire ! Sans plus tarder il court dans la direction de Jallais. Ma belle-sœur et moi voulûmes le suivre pour subir son sort s'il venait à rencontrer les bleus, car notre chemin tombait dans celui de la Poitevinière à Jal lais, et l'ennemi pouvait nous devancer, ayant des cavaliers.
Nous prenons nos enfants dans nos bras et nous nous hâtons de partir ; les jours étaient courts dans cette saison, il faisait presque obscur quand nous arrivâmes au bourg, à une demi-lieue du château. Mon mari fait sonner le tocsin pour tâcher d'appe ler des défenseurs, mais il apprend que presque tous les hommes valides sont allés à Cholet. Cependant il LA GUERRE. ne se décourage pas, il réunit ce qui reste d'habitants à ceux des métairies voisines qui accourent au son du tocsin ; quoique peu nombreux, il les mit en bataille et donna Tordre de faire sortir les femmes et les enfants de Jallais. II était nuit alors, nous allâmes dans les borderies (i) à Topposé de Tarrivée des bleus. Berrard, régisseur de la terre de Jallais, vint se joindre avec quelques hommes. Les républicains parurent, on tira quelques coups de fusil qui leur firent voir qu'on les attendait, ils ripos tèrent.
Ils avaient une petite coulevrine qu'ils tirè rent sur le clocher de Téglise, ce qui effraya beaucoup la fille de M. Monnier, bon pataud qui avait été emmené à Chemillé avec les autres. Cette dame et sa mère sortirent avec nous du bourg, poursuivre Tordre de M. de La Bouëre, dans le cas où il y aurait eu combat ; elles passèrent la nuit dans une borderie et récitèrent des chapelets comme si elles eussent été de notre parti. Je refusai de me coucher, ainsi que ma belle-sœur, dans le lit que nous offraient ces bons bordiers; nous passâmes la nuit sur des chaises si mal faites, que le lendemain nous étions très fatiguées. Comme c'était notre première déroute, nous faisions notre apprentissage ; nous apprîmes bientôt qu'il valait (r) Petites fermes. SOUVENIRS DE LA COMTESSE DE LA BOUERK. mieux s'étendre sur la paille que de vouloir rester sur de mauvaises chaises toute une nuit.
Les premiers temps nous eûmes de la peine, ma belle-mère et moi, à coucher dans les lits vendéens, mais la lassitude de rester assises toute la nuit nous avait forcées de mettre de côté cette délicatesse. Les braves gens qui nous offraient leurs propres lits le faisaient avec tant d'obligeance et de grâce, qu'il aurait fallu avoir peu de cœur pour se plaindre et ne pas les trouver bons. On est d'ailleurs, quand on est jeune, si disposée à dormir! Quand on a Tesprit à la torture par la peur et les peines, qu'on a couru les déroutes tout le jour , le repos devient une nécessité; on finit par dormir partout, sur la paille, dans les champs même; mais il faut pour cela pouvoir allonger ses membres. Le matin, on nous dit que les bleus n'avaient pas osé entrer dans le bourg; ils avaient bivouaqué dans un champ et avaient ensuite pris le parti de retourner, soit à Montjean soit à Chalonnes.
Après avoir remercié les bordiers de leur hospitalité, nous repassâmes par Jallais pour revenir à La Bouëre. Quand nous fûmes près du champ où avaient bivouaqué les patriotes soi-disant, nous vîmes là un grand désordre, des bouteilles cassées, de la paille. Nos domestiques passés avant nous avaient ramassé des morceaux de viande et d'autres débris LA GURRRE. de provisions qui montraient la précipitation avec laquelle les bleus avaient abandonné leur campement. Ils avaient pris la fuite effectivement. Ils étaient venus avec la pensée d'un renfort qui devait les rejoindre pour les seconder; le tocsin battu à Jallais avait réuni quelques hommes disposés à aller au secours de ses habitants ; ils se trouvaient aux planches de la petite Bouëre, très près du château, là, ils aper çurent une troupe de bleus escortant un convoi allant à Jallais, ils se mirent en embuscade, attaquèrent les républicains qui furent défaits, et leur convoi resta aux Vendéens.
Cette fusillade précipita le départ des autres soldats, désespérant d'être secourus. C'est le général Gauvillier qui fut envoyé avec la garde nationale d'Angers au Mesnil, et ensuite vers Jallais, où M. de La Bouëre Tempêcha d'entrer par les dispositions qu'il prit. Les gens de M. de Bonchamp se battirent au Mesnil, à peu près une heure contre Gauvillier qui n'entra pas à Saint- Florent, où il n'y avait personne, ni à la Chapelle-du-Genêt. Chalonnes fut pris le 21 mars, on se servit de deux prisonniers pour sommer la ville de se rendre, elle capitula et les Vendéens y entrèrent le lendemain. A dater du 17 mars, M. de La Bouëre suivit con stamment l'armée. II y eut plusieurs batailles du côté de Chemillé et de Vihiers, le manque de munitions fit évacuer ces der niers endroits. A Saint-Pierre de Chemillé, où les insurgés s'étaient retranchés, ils en furent chassés par le général Menou qui fut blessé au pied et se retira.
Les Vendéens reprirent ce poste en revenant à la charge; M. de Bonchamp y reçut une blessure. La nouvelle des avantages qu'ils avaient eus répan dit Beffroi dans les villes voisines ; à Saumur, on les attendait à chaque instant, on y craignait surtout les représailles du massacre qu'on avait fait de trois habi tants de Cholet: MM. Duchêne, Moricet et Genêt, que les insurgés avaient députés près le district de Vihiers. On les avait arrêtés contre le droit des gens et conduits à Saumur; la municipalité et la garde nationale ne purent empêcher la populace de cette ville de les mettre en pièces. Le district de Saumur avait expédié des courriers à Tours, Chinon et autres villes pour réclamer des secours. Les gardes nationales de ces endroits arri vèrent pour être dirigées sur Doué, et le lendemain à Vihiers.
Un ancien officier de carabiniers, retiré à Saumur, eut le commandement en chef de ces troupes. Ce ne fut pas à Cholet que la célèbre Marie-Jeanne fut prise; cette pièce de canon venait primitivement de Richelieu, d'où elle avait été enlevée et conduite à Saumur au commencement de la Révolution; on Temmenait pour s'en servir contre les insurgés, mais ceux-ci s'en emparèrent presque aussitôt entre cette ville et Coron. Les Vendéens furent obligés, par manque de muni tions, de se retirer sur Beaupréau et ensuite sur Tiffauges; leur position était fâcheuse à ce moment; c'est alors que M. de La Rochejaquelein rendit la con fiance à ses compagnons d'armes en trouvant chez un maçon quelques livres de poudre avec lesquelles il fut prendre les Aubiers. C'est à tort que M. de Beauchamp place l'affaire des Aubiers après celle de Beaupréau, elle eut lieu entre la retraite de la grande armée de Chemillé à Montfaucon et la prise de Cholet; ainsi, au lieu de se diviser après l'affaire de Beaupréau, l'armée continua sa marche offensive.
M. de La Rochejaquelein se réunit à la grande armée à Cholet. Cette dernière ne prit le nom d'armée d'Anjou et haut Poitou qu'à Torganisation qui eut lieu en 1794, lorsqu'on forma trois armées de tous les insurgés vendéens, tandis que, en 1793, on appelait grande armée toutes les forces commandées par MM.de La Ro chejaquelein, de Lescure, de Royrand, de Couëtus, etc. Les divisions de M. de Charette et de M. de Bonchamp étant plus fortes portaient les noms de ces deux chefs, c'étaient les seules ainsi dans l'armée. Après la bataille de Beaupréau qui eut lieu le 23 mars, les royalistes se portèrent le même jour à Jallais, Chemillé, Vihiers, la Fougereuse; le i" mai à Argenton-le-Château, où il y eut quelques coups de fusil de tirés, puis à Bressuire le 2 mai, où étaient prisonniers MM. de Lescure, de Donnissan et Marigny.
M. de Bonchamp fit un mouvement rétrograde sur Argenton-le-Château, pour former avec son armée une colonne d'attaque sur Thouars en passant le Thouet facilement, ayant pris à dos les républicains qui disputèrent le passage de cette rivière aux autres colonnes vendéennes. De Bressuire pour aller attaquer Thouars, l'armée passa la nuit le 4 mai à Coulonge, elle y arriva vers les quatre heures. M. de La Bouëre, qui présidait à Tapprovisionnement, coucha dans une maison où l'on fit du pain toute la nuit; il fallait bien que les chefs, outre qu'ils devaient se battre à la tête des colonnes, s'occupassent aussi du matériel pour que l'armée ne manquât pas de vivres. L'attaque eut lieu le lendemain à cinq heures du matin. MM. d'Elbée et Cathelineau avaient la colonne de gauche; M. de Donnissan, par déférence pour son grade et son âge, eut le commandement d'une colonne : celle-ci était placée sur le coteau en face du Moulin le-Comte situé au bas du château, où se trouve le passage du bac qui y conduit.
M. de Lescure à cinq heures commença son attaque au pont de Vrines; après une longue fusillade, croyant apercevoir de Thésitation parmi ceux qu'il combat tait, il s'avança au galop sur le pont, pensant être suivi par ceux à qui il en avait donné Tordre; mais, soit qu'ils fussent intimidés, soit qu'ils ne le con nussent pas assez, M. de Lescure se trouva presque seul exposé aux décharges de l'ennemi et fut obligé de rétrograder. II recommença encore cet acte jusqu'à ce qu'il fût secondé, et s'empara du pont après avoir chassé les bleus. Quétineau s'avance pour défendre la ville en dehors, il repousse les royalistes jusqu'au Moulin-le- Comte, mais bientôt ses soldats le forcent par leur fuite à rentrer dans la ville. Le pont au bas du château est forcé par La Rochejaquelein qui le fait rétablir.
II était arrivé par le bourg Saint-Jacques au bas du château, et alla s'occuper d'en faire abattre les murailles où il se fit hisser sur les épaules du brave Tixier de Courlay, et parviendra le premier dans Thouars qu'il prendra d'assaut. Pendant cette manœuvre, d'autres Vendéens ont passé du côté du moulin, ils sapent aussi les murailles ; dans ce moment, M. de La Bouëre, qui faisait partie de la colonne du marquis de Donnissan, aperçoit les bleus dans la première enceinte, attendant de voir la brèche ouverte pour tuer tous ceux qui s'y présenteront. II demande au maître canonnier pourquoi il ne tire pas sur ces gens-là. SOUVUNIRS DE LA COMTESSE DE LA BOUERE. 42 Celui-ci répond : « Je n'ai plus que trois gargousses , mon com mandant. — Nous n'en manquerons pas à Thouars, lui dit lèches vendéen, il faut éloigner ces gens, tirez dessus. » Le canonnier tira deux coups qui tuèrent plusieurs soldats et firent prendre la fuite aux autres ; alors les Vendéens ayant fait brèche entrèrent sans courir les mêmes risques.
La ville fut encore prise de vive force de ce côté-là. M. de Bonchamp, qui s'était porté par Argenton le-Château, était arrivé au gué au Riche, avait traversé la rivière à la nage, et attaquant de front l'ennemi, assura la victoire par cette manœuvre. Le général Quétineau arbora le drapeau blanc; sans la modération des chefs, lui et sa garnison auraient pu être passés au fil de Tépée. Les républicains faits prisonniers remplaçaient ceux qu'ils avaient mis eux mêmes au château, lesquels furent mis en liberté; on les renvoya ensuite après leur avoir fait promettre de n'y plus revenir, et leurs cheveux furent coupés afin qu'on pût les reconnaître. M. de Folleville, qui avait fait partie d'un bataillon arrivé de Poitiers, aima mieux rester avec nous ; il se dit évêque d'Agra, on le crut, et bientôt pour soutenir son rôle il officia pontificalement à Chàtillon.
Cepen dant plusieurs ecclésiastiques éprouvèrent des doutes, n'ayant point eu connaissance d'aucun évêque inpar tibus d'Agra. II y eut des discussions à ce sujet qui engagèrent le curé de Saint-Laud à en écrire à Angers. afin de prendre des informations à Rome ; ce n'est qu'au delà de la Loire qu'il eut la certitude que le soi-disant évêque était un imposteur. C'est à Thouars que M. de La Bouëre fit mettre en liberté beaucoup de personnes des environs de Poitiers, en leur donnant des sauf-conduits. Dès que les autorités républicaines de cette ville eurent appris la déli vrance de leurs concitoyens par M. de La Bouëre, elles firent arrêter tous les parents de ce chef royaliste, et les gardèrent en prison pendant toute la Terreur (1). Un habitant de la Poitevinière, nommé Joseph Bondu, se distingua surtout à Thouars; il avait une carabine anglaise à double charge qui portait très loin, (1) C'étaient trois de ses sœurs, mesdemoiselles de La Bouëre, et une tante, madame Le Coq de Saint-Vertunien, sœur de sa mère, née de Gréaulme.
Ces dames furent incarcérées dans le château de Châtellerault. 11 en fut de même, à la fin du mois de septembre 1793, de la famille de la comtesse de La Bouëre, qui habitait La Fëre et le château de Richecourt, près de cette ville. Son père, le général Le Duc, sa mère, ses deux sœurs, mesdames de Lauriston et Le Forestier, M. Le Forestier, son beau-frère, M. et madame de Ronty, ses grands-parents maternels, une tante, sœur jumelle de M. de Ronty (tous les trois avaient quatre-vingts ans', mes dames d'Hautecourt et de La Bove, filles de M. de Ronty, et leurs enfants, d'autres parents encore furent tous mis en prison, sur Tordre des autorités de La Fère, à Laon et à Soissons. Ils ne furent remis en liberté qu'après le 9 thermidor, ainsi que la famille de M. de La Bouëre. il était si habile tireur que chaque fois qu'il déchar geait son fusil sur les bleus qu'il voyait passer de Tendroit où il était, il en tuait un.
S'apercevant qu'un des leurs portant un gilet rouge, en pointant son canon sur nos gens, leur faisait beaucoup de mal, il Tajusta et le mit hors de combat, cela décida la victoire. II avait trois frères aussi braves que lui qui ont péri les armes à la main. Lors de l'affaire de Montreuil, la veille de la prise de Saumur, Bondu y tua sept canonniers. Outre l'artillerie et les munitions, les Vendéens acquirent à la prise de Thouars d'excellents officiers qui se trouvaient parmi les personnes remises en liberté : MM. Daniaud du Pérat, du Chillau, de la Marsonnière, de Mondion de Chassigny, Piet de Beaurepaire, de la Ville-Baugé, Le Maignan, de San glier, d'Herbault de Langerie, Orré Digueur, de la Ville de Régny, Renou. Après avoir capitulé, le général Quétineau, qui n'avait pas voulu croire les prévisions des chefs vendéens qui Tengageaient à ne pas retourner dans le sein de la République où il périrait sur Téchafaud, eut la liberté de retrouver sa femme à Montreuil.
Quelque temps après il fut arrêté et mis en prison à Saumur; en y arrivant, quelqu'un dit tout bas à son secrétaire de tâcher d'éviter la place de la Billange où Ton se préparait à le massacrer. Quétineau, instruit de ce projet, obtint de passer par les petites rues, le long des douves du château où il fut enfermé, ainsi que sa femme, jusqu'à la prise de Saumur. A cette époque, les chefs royalistes renouve lèrent leurs offres obligeantes appuyées sur ce qui s'était passé; Quétineau s'y refusa et périt sur Técha faud, sa femme également. M. de Bonchamp revint de Thouars avec son corps d'armée en Anjou, pour couvrir ce pays pendant les attaques de Parthenay, de la Châtaigneraie et de Fontenay-le-Comte. Les autorités de Parthenay étaient très révolutionnaires : craignant d'après leurs actes Tarrivée des royalistes, elles prirent le parti d'évacuer leur ville le 9 mai, et dans la nuit du 9 au 10, nos gens y entrèrent.
Le sang de ceux des nôtres qui avaient été guil lotinés dans Parthenay n'avait pas eu le temps de sécher quand les Vendéens arrivèrent; il est facile de s'imaginer Timpression qu'ils ressentirent..., c'est pénétrés de ce sentiment douloureux, et pour tâcher d'arrêter de nouvelles cruautés , qu'ils firent une proclamation adressée aux autorités locales. En arrivant à la Châtaigneraie après en avoir chassé les républicains, M. de La Bouëre vit dans la cour d'une auberge une guillotine toute dressée, elle était encore teinte d'un sang fraîchement répandu..., il donna Tordre de la détruire, ce que les Vendéens firent avec empressement. Cet instrument de mort était rougi du sang de leurs compatriotes, et peut-être que, sans leur arrivée, d'autres victimes auraient encore péri ! La première affaire de Fontenay fut malheureuse pour les royalistes, puisqu'ils y avaient perdu tous leurs canons, excepté ceux qu'avait conservés M. de Bon champ pour garder l'in'cïieur du pays et les bords de la Loire.
II n'est pas vrai de dire qu'il y ait eu le moindre découragement; en revenant de cette déroute, les Vendéens annonçaient qu'ils feraient mieux une autrefois et qu'ils prendraient leur revanche. Ils n'ont pas eu besoin d'être excités pour cela, c'était pour eux comme une affaire d'honneur. Ce que je dis est la vérité. La proclamation du 16 mai était faite pour les royalistes de Tintérieur de la République, qui, s'ils avaient répondu à Tappel des Vendéens, seraient morts avec plus de gloire que sur Téchafaud. De nouveaux rassemblements furent assignés de différents côtés; c'était à qui s'y porterait. M. de Bon champ marcha à la tête de sa division avec les seules pièces de canon restées aux insurgés. L'expérience de la dernière affaire si fâcheuse aux royalistes fit prendre de nouvelles mesures.
On prit des précautions pour éloigner les prisonniers qu'on pourrait faire, afin qu'en cas de défaite l'ennemi ne pût les reprendre; le château de la Forêtsur-Sèvre fut destiné à les contenir. C'était le seul qui, par sa construction, était à Tabri d'un coup de main : il était situé dans une prairie, sur les bords de la Sèvre, cette rivière entourait le château, et un de ses bras séparait la cour du donjon. Le château de la Forêt avait appartenu, du temps de la Ligue, au célèbre Duplessis-Mornay, le pape des protestants. Ensuite, il avait été à Marie de Gazeau de la Brandasnière, dame de la Forêt-sur-Sèvre, riche héritière, de la même famille que M. de La Bouëre. Elle avait apporté cette terre en mariage au marquis de Jaucourt de Villarnoud. A Tépoque de la guerre, ce château appartenait à la marquise du Rosel.
II a été vendu ensuite à M. de La Rochejaquelein, qui le possède maintenant. Le château de la Forêt a été incendié par les colonnes infernales du général Turreau. M. de La Bouëre fut nommé commandant de ce château. Pendant ce temps, les Vendéens revinrent attaquer les républicains à Fontenay-le-Comte. Ils formaient trois colonnes : M. de Bonchamp com mandait la droite, MM. de Baudry et de Royrand étaient au centre, M. de Lescure à la gauche; M. de Dommaigné commandait la cavalerie. MM. de Bonchamp, de Lescure, de La Rocheja quelein et Forêt se distinguèrent à cette affaire. M. de Bonchamp dirigea habilement l'attaque, qui SOUVENIRS DE LA COMTESSE Dli LA BOUERE. ne fut pas longtemps à être décisive. Les républicains ne purent résister à Timpétuosité des Vendéens, et surtout à la valeur des Bretons du Loroux, qui, tous armés de fusils , se jetèrent sur les canons.
Marie-Jeanne ne fut reprise qu'à la poursuite faite sur le chemin de Fontenay à Niort. Elle coûta cher aux républicains et aux royalistes , qui prirent et reprirent cette pièce de canon cinq ou six fois. Forêt n'était pas le seul qui s'était promis de la reprendre. Le brave Loiseau de Trémentine était aussi à la tête de ceux qui voulaient la reconquérir. M. de La Bouëre croit que, dans cette circonstance, Marie-Jeanne coûta bien quinze Vendéens. C'est à Fontenay que nos gens prirent Thabitude de revenir chez eux après l'affaire terminée. II est concevable que beaucoup aient eu le désir d'annoncer la victoire; mais, depuis cet essai fait contre la disci pline militaire , la plupart revenaient dans leurs familles, qu'on eùt gagné ou perdu la bataille. M. de La Bouëre raconte ainsi dans ses notes son commandement à la Forêt-sur-Sèvre : « J'avais été laissé au château de la Forêt-sur-Sèvre pendant la seconde attaque de Fontenay, on m'en avait donné le commandement pour tenir ce château fort en état, et pour servir de retraite au cas où cette affaire ne réussirait pas mieux que la première.
Je devais aussi attendre les réponses faites aux démarches de deux émigrés envoyés, l'un en Espagne, l'autre en Angleterre, pour demander des secours à ces deux puissances. Ces missions ont été sans résultat. L'un d'eux fut arrêté, je crois, à Saint-Gilles, l'autre n'aura pu probablement parvenir non plus à s'embarquer. « J'ai oublié le nom des deux personnes qui avaient été chargées de ces deux missions par M. d'Elbée. J'ai toujours cru que M . Bureau de la Batardière en était une, sans pourtant Tassurer. « J'avais donc approvisionné ma forteresse et j'avais mis une assez bonne garnison, corps de réserve, pendant la seconde attaque de Fontenay ; elle fut heureuse. On m'envoya alors plus de trois mille prisonniers. Mais peu à peu, nos soldats, qui ne pouvaient rester à rien faire longtemps hors de chez eux, y retournèrent, et bientôt j'allais me trouver seul à garder ces hommes turbulents (il ne me restait plus que huit Vendéens).
Je ne pus leur imposer et les contenir, car ils avaient fait le projet de s'éva der, qu'en faisant braquer sur eux deux canons chargés à mitraille et mèches allumées. « Je mandai aux chefs ma position. Ces prisonniers étaient presque tous Marseillais, vainqueurs de la Bastille, vrais bandits. Ils m'écrivaient tous les jours de belles lettres pour me prouver leur bonne conduite et demander leur liberté , disant qu'ils avaient été enrôlés de force, et que c'était contre leur gré qu'ils étaient venus combattre les Ven déens. » II fut décidé que les prisonniers seraient évacués sur Chàtillon et autres postes militaires. M. de La Bouëre donna des ordres pour faire un rassemblement dans les paroisses environnantes et opéra le transfèrement de ses prisonniers entre deux haies de paysans armés. Sans doute qu'il s'en échappa quelques-uns en route, puisqu'ils étaient libres de leurs personnes, et que les Vendéens n'étaient pas trop disposés à les maltraiter hors des combats.
Madame du Rosel, à qui appartenait le château de la Forêt, était une connaissance intime de M. de La Bouëre, qui était allié au mari de cette dame. Le régisseu: du château, qui s'appelait Roboam, était absent ; il avait été nommé député à TAssemblée législative, et membre du district de Chàtillon. Sa femme, qui savait qu'elle n'avait rien à craindre des insurgés, était restée pour surveiller les intérêts de ses maîtres et les siens. Elle se montra zélée royaliste au commandant et aux Vendéens chargés du service de cette place ; ceux-ci ne demandaient pas mieux de la croire sur parole, ce qui évitait des discussions. Cependant, malgré leur bonne volonté à cet égard, ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que madame Roboam, qui ménageait le vin qu'elle leur donnait, était beaucoup plus prodigue de celui de Bordeaux et autres vins vieux envers quelques révolutionnaires forcenés et curés intrus qui se trouvaient parmi les prisonniers.
Les soldats royalistes portèrent leurs plaintes au commandant, par le motif qu'ayant reçu Tordre de respecter la cave des propriétaires, il était injuste que madame Roboam leur refusât du vin, quand elle donnait le meilleur à leurs ennemis. II en résulta qu'ils furent mieux traités par cette femme, qui s'excusa de son mieux de la préférence qui avait été remarquée. Après tous les avantages que les Vendéens avaient remportés, ils songèrent à prendre Saumur. Doué, qui n'est qu'à trois lieues de cette ville, devait être prise avant. Le 7 juin, à sept ou huit heures du matin, on attaqua l'armée de Menou qui y était campée. La victoire fut pour les royalistes. Les généraux répu blicains qui se trouvaient à Saumur étaient loin de s'attendre à cette attaque; ils se concertaient depuis la veille avec les représentants.
Quand ils arrivèrent sur le champ de bataille, ce fut pour être témoins de la déroute de leurs soldats. Le chemin jusqu'à Saumur était embarrassé de chariots, caissons brisés renver sés et d'armes abandonnées. Menou eut toutes les peines du monde à arrêter une partie de son armée, composée d'environ dix mille hommes, sur la butte de Bourneau, à une demi-lieue de Saumur; le reste voulait s'y cacher. Le lendemain matin, la grande armée vint bivoua quer aux environs de Saumur. L'armée de Bonchamp ne partit que le soir. Elle devait être rendue à temps pour attaquer la ville, mais les grand'gardes enga gèrent le combat peu de temps après leur arrivée. Les républicains avaient fait deux redoutes sur la butte de Bourneau ; elles pouvaient contenir à peu près cinq cents hommes chacune, et bordaient les routes de Doué et de Montreuil qui viennent s'y réunir.
Outre cela, on avait commencé des retranchements qui devaient prendre de la Loire jusqu'au Thouet, en traversant les hauteurs, les vignes du château, les prés, les buttes de Bourneau et de Terre fort, dans un espace d'une lieue environ. Les redoutes seules étaient achevées ; on avait aussi placé des batteries dans le château, pour donner sur le chemin de Bourneau. Le samedi 8 juin, Duhoux, qui était blessé et retenu à Saumur, ayant sous ses ordres Menou, Leygonier et autres, avait fait battre la générale toute la journée. Le dimanche il continua pendant la matinée ; malgré tous ses soins pour se préparer à la défense, il eut bien de la peine à faire sortir ses soldats des cabarets pour en envoyer une partie sur les buttes du Bour neau. Son armée pouvait être de dix à douze mille hommes. II fit prendre les armes aux habitants de la ville et de la campagne, qui nuisirent plutôt qu'ils ne furent utiles ; beaucoup, parmi les derniers, aimèrent mieux se cacher, d'autant que les chefs de paroisse, qui étaient royalistes, les y engageaient.
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