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Petit-Quevilly et le Prieuré de Saint-Julien, etc

Pierre Polovic Duchemin · 1890 · Scanned text

93,517 words · about 6 h 33 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Pierre Polovic Duchemin
Language
French
Published
1890
Length
93,517 words · about 6 h 33 min
Sections
13 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (13)
  1. Front matter about 7 min
  2. Chapitre II L' Ancienne Chapelle about 6 min
  3. Chapitre III about 16 min
  4. Chapitre IV about 15 min
  5. Chapitre V about 12 min
  6. Chapitre VI about 20 min
  7. Chapitre VII about 8 min
  8. Chapitre VIII about 13 min
  9. Chapitre IX about 10 min
  10. Chapitre X about 7 min
  11. Chapitre XI about 13 min
  12. Chapitre XII Les Registres De La about 16 min
  13. Chapitre XIII Petit-quevilly En about 4 h 10 min

Continue:

Front matter

PETIT-QUEVILLY ET PRIEURÉ DE SAINT- IULIEN ■ Pelil-Qut P. DUCHEMIN n Ï'ONÏ-AUDEMER ) M P R ! M E îi 1 E A 1 p M ì N ! ST H A T I V E PETIT-QUEVILLY n LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN MEMBRES Dl COMITÉ DE CRÉATION ET D'ADMINISTRATION DE LA BIBLIOTHÈQUE COMMUNALE DE PETIT-QUEVILLY Président MM. DUCY. Vice-Président KXIEDER. Trésorier BOITIGNY. Secrétaire-Bibliothécaire. . SIONTII.LE. i DOISY. \ LÉONARD. Administrateurs J LEUDE. /^ïìk^&$\ ' OSTERRERGER. PETIT-QUEVILLY ET LE PRIEURE DE SAINT-|ULIEN Ouvrage publié Sous le patronage du Comité de la •Hibliolhè.jue de cPelil-Quevilly l'A lì P. DUCHEMIN Oslìcîcr d'Acasdémie **<ll^®* PONT-Al'DEMEK I M l> It I M E lì 1 E A P M 1 M S T lì A T I V I". 181)0 LE PETIT-QUEVILLY ET LE PRIEURÉ E E SAINT-JULIEN PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE PREMIER Origine et étymologie du nom de Quevilly. — Donation a l'abbaye du Bec; Hei.louin, premier seigneur. — Le parc royal de Quevilly.

L'origine de Quevilly ne remonte certainement pas au delà du xe siècle. A cette époque la forêt de Rouvray s'étendait jusque sur les bords de la Seine, ce qui est justifié par une charte d'Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, — que l'on regardait en France comme un usurpateur, — charte datée de 1183 et d'après laquelle ce prince donne le pré que Martin de Hose a essarté et situé proche la rivière. — II y a lieu toutefois de croire que c'est à la suite des grands défrichements entrepris après la conquête de la Normandie par Rollon que se fondèrent les villages de Petit-Que villy, Grand-Quevilly, Petit-Couronne. Les défricheurs s'établirent sur les terres qu'ils avaient essartées, élevèrent des habitations, bâtirent une église, et une paroisse nouvelle se trouvait constituée. II ne s'agissait plus que de lui donner un nom.

A quelque distance des villages qui nous occupent, les ducs de Normandie, grands chasseurs, avaient songé à établi r en différents endroits, sur la rive gauche de la Seine, pour favoriser leurs expé ditions dans la forêt de Rouvray, principal théâtre de leurs exploits cynégétiques, des enceintes et des palissades de pieux fichés en terre, entrelacés, chevillés ensemble. Ce serait de ces palissades que proviendrait, dit-on, le nom de Quevilly. De Clavicula, on aurait fait au moyen-âge Cavilla, Kavilla, Kévilla, et en français Cavilly, Kévilly, Civilly, Chevilles et Chiville (1). L'existence de ces palis sades aurait donc fait attribuer au canton le nom de Quevilly, ainsi d'ailleurs que celui de Plessis a été donné à certains lieux où exis taient en grand nombre des baies entrelacées. « Ce serait, dit M. Le Prévost, dans cette enceinte que le duc Guillaume apprit la mort d'Edouard le Confesseur et le couronnement d'Harold comme roi d'Angleterre., au moment où il allait parlir pour la chasse.

Chapitre II L' Ancienne Chapelle

— DROITS DE l'aBBÉ DANS LA FORET DE ROUVRAY. — Tentatives de vente de la seigneurie de Petit-Quevilly. — Erection de la paroisse. — Petit-Quevilly, paroisse de éanlieue, exempt de la taille. Pendant environ quatre siècles, Petit-Quevilly ne fut qu'un village dépendant de la paroisse du Grand-Quevilly, mais ayant toutefois une existence particulière et une seigneurie lout-à-fail distincte : Le Grand-Quevilly, devenu la part d'un des frères d'Hel louin, était resté seigneurie laïque, tandis que le Petit-Quevilly, par suite de la donation d'Hellouin, était devenu seigneurie clé ricale. Pour le service du culte, une chapelle avait été construite au Petit-Quevilly;. toutefois les paroissiens n'en restaient pas moins soumis à la juridiction du curé du Grand-Quevilly pour tout ce qui concernait l'acquit de leurs devoirs religieux.

Dans ces conditions, on comprend le peu de renseignements que nous possédons sur cette paroisse, aux treizième et quatorzième siècles. Nous y voyons cependant Tabbé du Bec, à peine en possession de cette seigneurie, s'occuper activement de Taugmenter, soit à Taide d'aumônes ou de donations, soit à Taide d'achats. En 1170 il obtient de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, des droits d'usage pour lui et ses hommes dans la forêt de Rouvray. Cette donation fut confirmée en 1255 par saint Louis; elle est rela tée en ces termes : « Les religieux abbé el couvent de N. -D. du Bec-d'Hellouin, à cause de leur hostel de Quevilly, ont en la forest de Rouvrai par la consirmacion du prince de noble recordacion Louys par la grâce de Dieu roy de France régnant Tan mil IIe IV en mois de mars d'un don faict aux diz religieux par Henry roy d'Engleterre, duc de Normandie, d'Aquitaine et comte d'Anjou toutes les choses qui leur sont nécessaires pour leur hébergage faire et reffaire, bon pour ardre, suffisamment sans wast. par livrée, pasturage à leurs bestes et à leurs norrisseurs en icelle forest, leurs pors frans de panage et de toutes autres coustumes, hors chièvres et hors deffens (1).

En 1227, Geoffroy lePrevot, de Petit-Quevilly, vendait aux religieux du Bec une charretée de foin et une loge qu'il avait annuellement pour la garde de leurs prés de Quevilly, en outre, une acre de terre en marais appelée le camp de l'Osier, située dans leur sei gneurie (2). A différentes reprises Tabbaye du Bec voulut se défaire de sa seigneurie de Petit-Quevilly, ce qui indiquerait le peu d'importance qu'elle avait alors. Ainsi au commencement du quatorzième siècle, elle Tavait vendue à un nommé Gervais Dessaux; mais bientôt celui-ci résiliait le marché comme nous Tapprend le pas sage suivant de Tinventaire des titres de Tabbaye : « Remise faile à Tabbaye du Bec par Gervais Dessaux de la sieurie de Quevilli avec ses appartenances, laquelle il avait achetée de ladite abbaye (1309). » (3) Environ soixante-dix ans plus tard, une nouvelle tentative eut lieu, mais sans plus de succès.

Le 22 septembre 1376 Germain des Faux et Collette, sa femme, achetaient de Tabbé du Bec la seigneurie de Petit-Quevilly; Tacte dit que cette vente comprenait le manoir des religieux avec toutes ses appartenances tant en rentes que revenus et terres, en même que le patronage de Téglise paroissiale. Elle était consentie moyennant le prix de 500 francs. Germain et sa femme paieraient aux religieux 400 francs et les 100 francs restant seraient employés par eux aux réparations du manoir; en outre ils devraient faire à Tabbé chaque année une rente de 100 1. t. payable moitié à la Toussaint, moitié à la Pentecôte. Mais bientôt des dissentiments surgirent entre Tabbé et Germain (1) Coutumier, (2) Cartulaire du Bec, A.. 287. (3) bibliothèque .Nationale, fonds Colbert. en ce qui concernait Texécution de ce contrat ; on ne put s'entendre.

Alors Germain et sa femme renoncèrent à leur achat et remirent aux mains des religieux la terre et seigneurie de Petit-Quevilly, telle qu'ils l'avaient achetée (1). Enfin, d'après un acte du tabellionnage de Rouen (2) le fief du Grand et. du Petit-Quevilly aurait été vendu, en 1398, 2401. t. par Adam de Gaillartbosc, écuyer, sieur de Monbunne, à Jean Chauvin, curé de Cropus. Le territoire de Petit-Quevilly, entièrement essarté de la forêt de Rouvray, devait, en conséquence, certains droits au roi comme faisant partie de son domaine. D'après un Etat de ce domaine, dressé en 1360, les paroissiens de Petit-Quevilly payaient annuelle ment au monarque par chaque feu 2 boisseaux de seigle, mesure de Rouen, et ce droit de deux boisseaux de seigle n'était autre que celui perçu par le roi sur chaque feu de Petit-Quevilly pour les droits d'usage dans la forêt de Rouvray.

Au commencement du quinzième siècle le Petit-Quevilly devait avoir acquis une certaine importance pour qu'on songeât à Tériger en paroisse. Cette érection eut lieu en 1407, ainsi qu'il résulte d'une déclaration passée en la Cour des Comptes de Paris cette même année. L'abbé du Bec qui présentait à la cure du Grand-Quevilly, au détriment de qui cette nouvelle paroisse élait sondée, et qui était déjà seigneur temporel de Tancien village, fut désigné comme le patron de la nouvelle paroisse et eut le droit de présentation à la cure. Les habitanls de Petit-Quevilly songèrent alors à construire une église. Toutefois la guerre qui désolait alors le pays, les ravages incessants des Anglais occupant Rouen et pillant toute la banlieue, apportèrent de grands retards à Tédification du nouveau lemple, qui ne fut achevé qu'au commencement du xvie siècle.

En 1406, le fameux Robert Alorge, bourgeois de Rouen, posses- (1) Bibliothèque nationale, fonds Colbert, Inventaire des litres. (2) De Beaurepaire, Etat des campagnes, p. 1.31. (3) Bibliothèque de Houe n, manuscrit du Bec. seur d'une fortune considérable, faisait don au religieux du Bec d'un septier de froment qu'il disait avoir à prendre sur la terre et sieurie de Petit-Quevilly, au moyen d'une pièce de terre que les religieux lui avaient baillée. Ce même Robert Alorge avait profité des malheurs qui acca blaient la France pour se faire à peu de frais une situation consi dérable en acquérant la plupart des seigneuries et des biens abandonnés par leurs possesseurs ou dont s'étaient emparés les Anglais. Parmi ses nombreuses acquisitions figure le droit de deux boisseaux de seigle sur chaque feu de Petit-Quevilly.

II y avait déjà longtemps que cette rente n'appartenait plus au domaine. Ainsi Robert Alorge Tavait achetée de Jehan Bracque qui lui-même Tavait acquise de Robert Sichon. A la mort de Robert Alorge elle devint la propriété de son fils Guillaume. Mais lorsque celui-ci voulut en faire faire le recouvrement, les manants de Petit-Quevilly se refusèrent au paiement. Pour soutenir leur refus les paroissiens de Petit-Quevilly, tout en reconnaissant que leurs ancêtres étaient soumis à ce droit, prétendaient que depuis longtemps il élait tombé en désuétude et n'était plus payé. On finit par s'entendre. Par acte des 24 janvier 1455 et 6 novembre 1460 Guillaume Alorge le revendit à Ia Fabrique de Téglise moyennant 78 livres. Cette acquisition lut faite dans le but d'éleindre définitivement cet impôt (1).

De tout temps Petit-Quevilly avait été considéré comme banlieue de Rouen et avait joui de tous les privilèges et franchises > attachés, entre autres Texemption de la taille. En 1460 le procureur du roi voulut contraindre les habitants au paiement de cet impôt. Ceux ci s'y refusèrent. On plaida. Un arrêt de la Cour des Comptes du 20 décembre 1464 donna gain de cause aux habitants en recon naissant Tetit-Quevilly comme paroisse de banlieue (2). (1) Archives de la Seine-Inférieure. Fabrique de Petit-Quevilly. (2) Archives de la Seine-Inférieure. — Fabrique de Petit-Quevilly. Par banlieue on entendait le terrain qui se trouvait à une lieue et demie d'une ville sur laquelle, anciennement, on pouvait pour suivre ceux qui avaient commis quelque délit au préjudice de ses habitants ; elle ne jouissait que des privilèges conférés par lès usages locaux.

Tous les biens situés dans la banlieue de Rouen étaient bour gages, comme la ville même, parce qu'ils étaient en franc-aleu et que tout franc-aleu situé dans la banlieue d'une ville était de droit réputé participant à ses privilèges. D'après l'article 103 du Coutumier, le bourgage était exempt de payer relief, treizièmes , et tous autres droits seigneuriaux ; le possédant n'était tenu qu'à une simple déclaration. Toutefois si, par des prérogatives royales, les villes venaient à s'accroître, les seigneurs aux dépens de qui cet accroissement était fait conservaient leurs anciens droits sur leurs hommes ; c'est ainsi que par le fait de cet accroissement de territoire, on voyait dans certains bourgages nombre de fonds devoir reliefs et treizièmes et d'autres exempts. C'est ce que Ton constate également à Petit-Quevilly dans une foule d'aveux rendus à Tabbaye du Bec.

Au xve siècle, on trouve mentionnés à Petit-Quevilly les triages du Clos-TAbbé, le Pré-du-Tronquay, le Grand-Pré, Beauvallet, le Chiquet (plus tard les Curandiers) les Nouetles, le Pré-deTAngle, le Pré-du-Bas-Marais, etc.

Chapitre III

Aveu du Bec de 1521. — Les bruyères Saint-Julien. — Situation malheureuse de la banlieue au milieu du XVIe siècle. — Les guerres de religion. — Projet de temple protestant. Le 13 mars 1521, Tabbé du Bec rendait aveu au roi pour les nombreux domaines de Tabbaye. Voici ce qu'il disait de la seigneurie de Petit-Quevilly et de ses possessions de Saint-Sever : « Item, en la paroisse de Petit-Quevilly a un fief noble lequel » s'étend tant audit lieu qu'en la paroisse de Saint-Sever-lès-Rouen, » et est de fondation de notre dit monastère, et à cause d'iceluy, » avons droit de patronage des églises de Petit-Quevilly et Saint » Sever, court, usage, hommes, hommages, manoir, granges, » colombier, manéantise, prés, terres labourables, pâturages, cam » part, rentes et revenus. Et devant le manoir une mare et droit » de pesche en icelle ; et deux fossés nommés le fossé de Gord et » de court dé fébare (?) auxquels nous avons droit de tendre nasses » et autres engins à prendre poisson, et n'y doit autre pêcher ou » tendre que nous.

Et en icelle paroisse de Saint-Sever avons quatre » acres de terre ou environ en ce compris la mare du Parc.

El si » avons droit de prendre du bois en la forêt de Rom ray pour mai » sonner, réparer et ardoir, francs de pâturage et de pannage pour » toutes nos bêtes. » Item à nous appartient une commune pâture au long de la » Seine pour nous et nos hommes et s'étend tout le long de la » paroisse du dit Petit-Quevilly. » Item avons droit de prendre 100 livres de rente par chacun an » sur la Vicomté de l'Eau, aux termes de Pâques et saint Michel » par moitié et se payant par la main du vicomte ou receveur du » dit lieu. » Item, en la ville de Rouen, avons un manoir nommé l'Hôteldu t Bec, assis paroisses de Saint-Lô et Saint-Herbland, francs et » quittes de toutes rentes et charges, etc. » Item en la paroisse Saint-Sever avons un prieuré nommé le » prieuré du Pré, de fondation royale, dont l'église, cloître, etc., » sont sis en la dite paroisse, avec terres labourables, prairies et » pâturages, droit de moulin à vent avec certaines droitures en la » ville de Rouen et à l'environ ; à cause d'icelui moulin, colombier, » renies, hommes, hommages, reliefs, treizièmes, un fossé en quoi » le prieur a droit de tendre nasses et autres engins à prendre le » poisson, nommé le fossé à la Seine. » A cause de ce prieuré du Pré, le prieur a droit de patronage » des églises de Saint-Sever, Tourville, Ambourville, Louvetot et » Friltol, d'avoir bois en la forêt de Rouvray pour maisonner et » réédisier et pour tout ce qu'il aura besoin pour le manoir de » Bedanne à Tourville ; droit de pâturage et de panage pour toutes » les bêtes des dits lieux, et franc de panage par toutes les forêts » de Normandie appartenant au roi. » Le dit prieur prend toutes les dimes de toutes les ventes et » issues générales de la forêt de Roumare et des bois de la Fon » taine et de Graville.

Si le roi donnait les dits bois ou s'il y pre » nait pour édifier el réparer, le prieur doit être récompensé de sa » dîme ». L'aveu mentionne encore que le prieur a une pièce de terre nommée le clos aux Moines contenant dix acres ; qu'il a droit de prendre par an 48 muids de mueson sur la Vicomté de TEau, et 4 livres 6 sols de rente par an pour la réparation de Téglise, et il ajoute : « Item à cause de la dite église et fondation à icelui prieuré (du » Pré) appartiennent les foires de TAscension durant huit jours, » nommés les foires d'Esmendreville avec les droitures, franchises, » libertés d'icelles en lous lieux et en toutes choses, c'est assavoir: » Le dit prieur et aucuns des bourgeois de Rouen en la compagnie » du sergent à marche des officiers du dit prieuré, partent du » prieuré la vigile de TAscension à environ heures de nones et » vont prendre possession du droil de la Vicomté de TEau et à » telle heure comme il y entre à icelle vigile ».

Le prieur perçoit d'abord sur ces droits 10 livres pour cause que les citoyens de Bouen ne paient que demi-coutume pendant cette semaine : le sur plus est partagé par moitié entre le roi et le prieur ; celui-ci perçoit en outre la totalité des menues coutumes qui sont affermées la veille de la foire. Pendant cette semaine, les clefs des prisons du roi sont remises aux officiers du prieuré, qui ont la connaissance exclusive de tous les méfaits commis dans la banlieue. Le prieur accompagné de ses officiers se rend sur la place de la foire et consulte les marchands sur la peine qu'il convient d'appliquer aux malfaiteurs. Par une première charte en date de Tannée 1207, Philippe-Auguste accordait à ses « amés et féaux les citoyens de Rouen » leurs fran chises el coutumes. « Nous leur donnons, disait-il, quittance de ce qui nous appartient sur leurs propres marchandises par toute la terre que Henri ci devant roi d'Angleterre a tenue excepté dans lecomte d'Evreux et le Vexin normand et à Pacy et dans la terre de Hugues de Gournay et au-dessus du Pont-de-TArche du côté de la France.

Cependant qu'ils nous paient notre droit sur le vin de Rouen, sauf celui qui leur aura été accordé pour leur consommation et qu'ils ne pourront vendre en aucune manière, sans acquitter le droit. Notis leur accor dons aussiune « commune » et une banlieue dans les limites que Richard ci-devant roi d'Angleterre leur a accordées, et leur justice en ces limites, sauf cependant le droit des seigneurs qui y auraient leurs terres ; et qu'ils aient aussi leurs plaids relatifs à leurs héri tages, à leurs meubles et imnieubles, et aux conventions faites à Bouen et dans la banlieue, sauf les cours des seigneurs qui y auraient leurs terres, lesquels seigneurs ont des cours de leurs hommes pour tenir leurs maisons de campagne jusqu'à reconnaissance. La reconnaissance se fera dans la commune. Ils tiendront registre de celles qui auront été faites entre eux nous réservant le plaid de Tépée. » Au sujet des dettes contractées à Rouen, si le débiteur vient dans la ville, dès qu'il sera descendu de cheval le maire pourra faire saisir son cheval et ses harnais jusqu'à ce qu'il Tait ou recon nue ou niée, à moins qu'il n'y soit venu par nos ordres ou qu'il n'aille à la guerre.

S'il reconnaît la dette, il indiquera un terme avec serment ; s'il la nie, il en fera serment devant notre bailli de Rouen : et notre bailli prendra ses sûretés pour qu'il vienne au jour marqué faire son serment devant lui ». Outre cela nous leur accordons le droit de faire paître leurs porcs et leurs animaux qui sont pour leur usage propre dans nos forêts et domaines situés en Normandie, excepté où cela est défendu aux autres vassaux, excepté aussi les terres dont nous avons parlé ci dessus. « Item nuls demeurant au-dessous des murs de Rouen ne doit fouage. Nous accordons aussi qu'ils tiennent à Rouen en vertu de la franchise, tous lés plaids et toutes les mêlées au-dessous de Rouen et de la banlieue de Rouen dans lesquelles il n'y aura ni mort, ni mutilation de membres et qui ne dépendent point du plaid de l'Epée, et si ces plaids ne sont suivis du gage de guerre, sauf, comme il a été dit, le droit des seigneurs qui y ont des terres. . . » Quelques mois plus tard, le roi, par des lettres patentes datées de Pacy, accordait aux manants et habitants de Ia ville et de la banlieue la propriété des communes enclavées dans ladite banlieue. « Toutes les communes qui sont en la banlieue de la ville de » Rouen appartiennent en propre aux manants et habitants de » ladite ville, oullre le panage et le pasturage.

Sy tost que Ton est » hors de la ville, vers la forest qui n'en est que à ung quart » de lieue, on trouve ces communes et pastures en brières aux » quelles les bouchers, venant de faire leurs achaptz en la Basse » Normandie, au marché du Neufbourg, qui tient les sepmaines b au mercredi, el d'ailleurs, font reposer et pasturer leurs bes » tiaux, les conservants en quelques estables des faulbourgs, jus » ques à ce que par ce repos, ils ayent pris quelque amendement » pour aprez en fournir la ville (1). » Ces privilèges leur furent confirmés en 1278 et par Char les VII en 1445. Charles IX dont les besoins d'argent étaient grands à cause de sa lutte contre la Ligue résolut alors d'aliéner une partie des terres vagues du royaume et entre autres celles de la forêt de Rouvray. Toutefois il ne voulut pas dépouiller complète ment de leurs prérogatives les manants de Rouen et de la banlieue et un arrêt du Conseil privé du 23 janvier 1577 ordonnait que sur (1) Archives de la ville de Rouen. ces terres de la forêt de Rouvray, il leur soit délivré par le grand maître des eaux et forêts « la quantité de 500 acres ou la moitié des » dites terres raines et vagues à leur choix pour en jouir à jamais, » eux et leurs successeurs, à tous droits de propriété ».

Cette quantité de 500 acres de terre leur devait être donnée sur la pièce qui sera reconnue la plus commode aux manants et la moins dommageable pour le roi. Un arpentage des terres vagues eut lieu le 14 mars 1577 : leur contenance fut trouvée de 1,118 acres et la moitié, soit 559, fut octroyée aux habitants de la ville et de la banlieue et devait être prise : lu sur la pièce de bruyères la plus proche de la ville à Tusage de sablonnière et de carrière : 2° 340 acres depuis la pièce adjugée à un sieur Chandelier jusqu'à celle acquise par Rome; 3° 80 acres sur la paroisse Saint-Etienne entre la haie Beroultet la banlieue ; sur cette pièce 40 acres devront être délaissées pour la commodité des habitants de Saint-Etienne; 4° 80 acres à prendre en une terre sise entre la banlieue et le village d'Oissel et 59 acres au triège des Roques entre le Chatellier et le château Fouet.

A cet abandon le roi mettait pour condition que ces 559 acres de terres devront demeurer à jamais en même nature qu'elles sont, ser rant de communes aux manants de la ville de Rouen et de sa ban lieue, desquelles ils devront jouir et user comme de bons pères dd famille. Mais les manants de Bouen et des paroisses de la banlieue refusèrent ce don et prétendirent être maintenus en la propriété des communes de la banlieue, spécialement celles sises entre la forêt du roi et la ville et dans lesquelles se trouvaient comprises les sablon .nières. Ils revendiquaient en outre leurs droits de pâturage et de panage dans la forêt. Le procès était tout indiqué. Les habitants défendirent leurs privilèges avec énergie et voulurent même les étendre. Mais le roi déclara que sous le nom de terres vaines et vagues il n'avait jamais entendu que puissent être comprises les terres portant arbres, arbustes réputés nature de bois.

Un pareil procès ne pouvait avoir d'issue douteuse. Les habitants appelèrent : le roi dit leur appel à néant et pour y mellre terme il déclara, par un arrêt du Conseil privé du 13 janvier 1578: « que voulant continuer à gratifier les dits habitants et manants » des 559 acres qu'il leur avait données adjacentes à la forêt de » Rouvray pour tous droits de coutume et autres qu'ils pourront » prétendre et à cause du pâturage et panage à eux donnés par » ses prédécesseurs aux terres vaines et vagues et bois abroutis », il leur accordait : « 380 acres en la pièce vulgairement appelée les » Bruyères-Saint-Julien, depuis les 20 acres fieffées au sieur Chai » délier jusqu'à une pièce de bois abrouti nommée la Haye Beroult, » adjugée au sieur Rome; 179 acres depuis le dit bout de la Haie » Beroult jusqu'aux 80 acres adjugées aux habitants de Saint » Etienne à prendre en haut des terres acquises par le sieur De la » Place, de manière à ce qu'il puisse en être fait une place entière » depuis le dit bois el la haie Beroult jusqu'aux 80 acres le long da » fossé de la forêt » .

Pour pouvoir aisément traverser cette nouvelle pièce de bruyères, il fut en même temps décidé qu'au lieu du sentier alors existant il serait construit un chemin. Les habitants de la ville et de la ban lieue ne pourront dès lors prétendre à aucun droit au fonds même de la forêt, à Texception toutefois des droits de pâturage et de panage octroyés par les chartes. Les adjudicataires des autres terres vaines et vagues que le roi avait aliénées dès le mois de février 1577 étaient confirmés dans leurs droits de possession, et défense était faite*de les y troubler (1). La fin de la première moitié du xvic siècle fut, pour la ville de Rouen et sa banlieue, une époque des plus malheureuses. Car si la banlieue jouissait des exemptions et privilèges de la ville, elle devait contribuer à ses charges pour sa quote-part.

En 1544, les demandes du roi sont incessantes, tantôt ce sont douze milliers de salpêtre, à raison de 5 écus-sol le cent, tantôt ce sont des impositions pour subvenir à la solde de deux ou trois ar- (1) Archives de la Seine-Inférieure. Fonds des Fabriques, Petit-Quevilly. mées qu'il avait intention de lever pour marcher contre TAngle terre. La part des villes closes du bailliage de Rouen avait été de 64,000 1. Comme on ne paie pas assez vite, quelques conseillers sont menacés de la prison. Les gens d'église sont également mis à contribution. Le 11 mars de cette même année 1544, une nouvelle somme de 48,000 1. est encore demandée aux villes closes du bailliage, pour la solde de 25,000 hommes de pied. Rouen refuse de payer, à cause des « nécessités des povres habitants de la ville ». A Tappui de leur refus, les conseillers énumèrent les charges qu'ils ont eues à supporter depuis 1543 : « La guerre ouverte depuis neuf ou dix ans a « fait délaisser l'état de marchandise. » La plupart des habitants sont tombés « en grande povreté et mendicité », tellement que la plupart d'entre eux sont mendiants et le reste a beaucoup de mal à avoir du pain.

Ils ont soutenu les frais de la guerre el entretenu des galères « qui ont hiverné devant la ville en 1545 par 9 ou 8 moys continuels ». De plus, la peste se mit dans la ville, ce qui n'empêcha pas le roi d'exprimer « son mécontentement de la négli gence ou dissimulation qu'il les accusait d'avoir commise au fait de la recette des deniers demandés par lui pour la soulde des gens de pied pp. Le clergé ne s'était pas montré plus empressé : le roi ordonna la saisie de son temporel. Cependant les demandes de subsides continuent, el comme hi ville ne peut payer, les conseillers modernes se constituent prisonniers. Le 12 mars, une nouvelle demande de 99.000 1. en deux parts est présentée : la moi lié, pour Tannée passée; l'autre moitié, pour Tannée présente. El comme consolation sans doute à cette popu lation tant affligée, le lieutenant du roi lui dit que la colère de Notre-Seigneur n'est pas du tout encore apaisée; car, Tannée der nière, elle a eu le fléau de la mortalité et les années précédentes les guerres qui devaient lui racheter ses péchés et Tinstruire à bien vivre ; mais il est à croire qu'elle est encore mal vivante.

Des commissaires sont nommés pour examiner les moyens d'arriver au paiement de Ioules ces sommes, en même temps qu'on suppliera le roi d'accorder une diminution. Sur ces entrefaites, on apprend la mort de François Ier; mais cela ne change rien à la situation, et au moment où d'Espernon, ancien conseiller de ville, allait prêter serment au roi, on le fait prisonnier à la requête de Voilant, receveur général, pour le non paiement d'une somme de 45,000 1. Voilant va même jusqu'à me nacer de faire vendre les blés de la ville. La situation devient de plus en plus sombre; des députés sont envoyés au roi pour le supplier de prendre en considération les malheurs de la ville et de la banlieue de Rouen. Pendant une se maine, ils se promènent, de porte en porle, cherchant un appui qui leur est partout refusé.

Le 2 juin 1548, une assemblée générale de toutes les paroisses de la ville et de la banlieue a lieu. On y compte des députés de Mesnil-Esnard, de Boisguillaume, de La Mi- Voie, de Petit-Quevilly, etc. II y fut décidé que « pour le recouvrement de la somme de 96,000 1. due pour la contribution de la solde de 50,000 hommes, gens de guerre à pied, demandée par le roi, pour 4 mois, aux villes closes de son royaume, il sera fait une assemblée en chacune des paroisses de la ville et de la banlieue, à l'issue de la messe paroissiale, et dans laquelle assemblée il sera délibéré par les paroissiens des moyens les plus aisés et les plus commodes pour le recouvrement de la dite somme suivant le vouloir du roi. » Ces « moyens » seront rapportés en Thôlel commun, par six députés nommés à cette occasion, lesquels, avec les 24 du Conseil de la ville, donneront pouvoir et procuration de leui com mission signée du vicaire ou du curé de leur paroisse.

Cette assemblée plénière se réunit le 9 juin. Elle décida que les blés étant dans les greniers de la ville seraient vendus — c'était courir à la famine, mais que faire? — et les deniers provenant du domaine et des aides étant entre les mains du receveur de la ville seront abandonnés au roi. Mais cela ne put suffire à satisfaire les exigences royales. Un « chevaucheur » fut envoyé par le roi pour prendre 15.000 1. qui lui avaient été assignés sur les deniers de la solde. En cas de non-paiement, il menaçait de faire prisonniers quelques-uns des plus suffisants de la ville. On décida alors que les maisons et autres héritages seraient vendus et particulièrement les vieilles halles, la maison du Croissant, près le pont de Seine, ainsi que les blés. Ces sacrifices énormes, ruineux, n'eurent pas encore le don de satisfaire le roi qui ordonna de mettre en arrêt les conseillers de la ville jusqu'à paiement des sommes réclamées.

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