Read here

Recueil des principaux actes du Ministère de l'instruction publique, du 1er mars au 28 octobre 1840; par M. V. Cousin

Ministère de l'Instruction Publique France · 1841 · Scanned text

110,516 words · about 7 h 44 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Ministère de l'Instruction Publique France
Language
French
Published
1841
Length
110,516 words · about 7 h 44 min
Sections
3 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (3)
  1. Front matter about 14 min
  2. Preface about 1 h 54 min
  3. Introduction about 5 h 37 min

Continue:

Front matter

RECUEIL DES PRINCIPAUX ACTES DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, du 1" mars au 29 octobre 1840. IMPRIMERIE D'HIPPOLYTE TILLIARD , RUE S.-HTiCIHTHE-S. -MICHEL , 80. RECUEIL DES PRINCIPAUX ACTES DU MINISTÈRE DE 1 INSTRUCTION PUBLICITE , DU Ie' MARS AU 28 OCTOBRE 1840; Pae M. V. COUSIN, Pair de France, membre de l'Institut, ancien ministre de ['instruction publique. PARIS. CH. FITOIS, ÉDITEUR LANGLOIS ET LECLERCQ, LIBRAIRES SUCCESSEURS DE PITOIS-LEVRAULT ET C'e RCE DE LA HARPE . 81 STRASBOURG, Ve LEVRAULT, LIBRAIRE. 1841. PRÉFACE. Le ministère du l"r mars s'est retiré sur la question d'Orient. La conduite qu'il voulait suivre en cette cir constance difficile peut être diversement jugée ; mais, si nous n'en sommes pas arrivés aux plus mauvais jours du bas-empire, qui pourra le blâmer d'avoir relevé la marine et l'armée, d'avoir porté l'une et l'autre au grand pied de paix qui convient à un pays placé dans notre situation géographique et politique, et, à défaut du rempart de l'Océan, d'avoir mis du moins sur le cœur de la France la cuirasse impénétrable des fortifications de Paris?

Oui , j'ai concouru, et de grand cœur, à ces mesu res, et, quoi qu'il arrive, je m'honorerai toujours d'y voir mon nom attaché pour sa faible part. Mais dans le cabinet du 1er mars j'avais encore un rôle spécial où ma responsabilité personnelle est surtout engagée : ce sont surtout mes actes comme ministre de l'instruction publique et grand-maître de l'Université qui m'ap- PRÉFACE. VI partiennent. Dans la retraite, où pour longtemps je suis renfermé, et dans les loisirs qu'elle me'fait, j'ai voulu recueillir ces actes et les présenter dans leur ensemble au jugement de tous ceux qui, en France et en Europe, s'intéressent à Jla grande affaire de l'éducation publique. Je suis arrivé au ministère après une longue étude des matières d'éducation, avec des desseins bien con nus et exposés dans mes deux ouvrages sur l'instruction publique en Allemagne et en Hollande.

Voici ce que je disais dans l'avant-propos de la troisième édition de mon Rapport sur l'instruction publique en Alle magne (1), édition qui paraissait en mème temps que j'entrais dans les conseils de la couronne : « Puisqu'en « ce moment la confiance du roi m'appelle à la tête « du ministère de l'instruction publique, je n'ai point « à imaginer des théories nouvelles, je n'ai qu'à pra « tiquer celles que j'ai moi-même proposées et dans « cet écrit et dans mon ouvrage sur la Hollande (2), « qui sert de complément à celui-ci. L'Université de « France, telle qu'elle est sortie de l'esprit de son fon « dateur, forme un système simple et puissant qu'il « faut défendre contre les attaques de la passion et de * l'ignorance, en le développant sans le déformer, en (i) De V Instruction publique dans quelques pays de V Allemagne el particulièrement en Prusse.

Preface

. XIX Dans l'inslruction secondaire, un but a sans cesse été devant mes yeux, la loi promise par la Charte, et si ardemment réclamée, sur la liberté de renseignement. Je l'avais àririòilcêe pour la prochaine session à la chambre des Pairs et à la chambre des Députés. J'ai téhu tnâ parole éh ce qui dépendait de moi. Je laisse ahe loi toute faite ; on lá trouvera dans ce recueil (1), avec l' indication des différences qui la séparent du projet présenté en 1837 par M. Guizot. Le caractère COrnrilun dé cés deux projets est le respect et le maintien du système ehtier de nos étá blissèrttehtâ publics d'instruction secondaire. Sans doute on peut, on doit, surplus d'un point, modifier et pef sectionner ce système; niais tout cela peut se fàíre par voie d'ordonnance royale ou d'arrêts du Conseil OU du ministre.

Une loi n'est réclamée, n'est indispensable qu'en ce qui concerne les établisse ments publics. Ën effet, il s'agit d'un changement radical à apporter dans la législation existante des deux grands décrets de 1808 et de 1811, et ce changement ne peut avoir lieu que par Une loi. Voici quelle est aujourd'hui la condition légale des établissements particuliers d'instruction secon daire : 1« Indépendamment des garanties morales et litté- (t)Paga 118. PRÉFACE. XX raires exigées de quiconque veut établir une école secondaire privée, une autorisation spéciale du ministre, accordée en Conseil royal, est nécessaire; cette autorisation doit être renouvelée quand le chef de rétablissement veut le transporter d'un lieu à un autre; et elle peut être retirée après une enquête administrative, et par une décision du Conseil et du ministre, sans aucune intervention de la justice ordinaire du pays.

II est reconnu qu'un tel état de choses ne peut subsister, que l'autorisation préalable doit être supprimée, qu'un jugement de la justice ordinaire du pays est nécessaire pour fermer un établissement existant, et que l'État, tuteur-né de l'éducation de la jeunesse, doit être satisfait des garanties littéraires et morales préalablement exigées, du droit permanent d'inspection, et de celui de déférer aux tri bunaux tout chef d'établissement suspect. Telles sont les dispositions de la loi de 1833 sur les écoles primaires privées; elles ont paru s'appliquer convena blement aux établissements particuliers d'instruction secondaire. 2° D'après les deux décrets précités, tout établisse ment particulier doit conduire ses élèves au collège royal ou communal auprès duquel il se trouve ; et à cette condition seule, ces élèves peuvent se présenter au baccalauréat ès-lettres qui est l'entrée de toutes les carrières libérales.

Tous les jeunes gens sont donc obligés de fréquenter les écoles de l'État ; il PRÉFACE. XXI n'y a d'exception qu'en saveur des droits de la puissance paternelle : un certificat d'études faites dans la maison même du père de famille est seul admis en remplacement du certificat d'études faites au collège. Il est encore reconnu aujourd'hui que les droits de la puissance paternelle sont plus étendus, et qu'un père de famille doit pouvoir faire étudier ses enfants dans tout établissement privé, légalement au torisé, qui jouit de sa confiance, sans que ses enfants soient tenus de suivre le collège; et que par consé quent toutes les écoles privées sont aptes à préparer à l' examen du baccalauréat ès-lettres. Cet examen, avec les garanties morales et litté raires, le droit d'inspection, et celui de déférer aux tribunaux, est la dernière ressource de la société, son dernier rempart, mais aussi un rempart invin cible contre les établissements privés qui ne répon draient pas à leur mission.

Ils sont perdus, si les élèves qui en sortent, se présentant à Texamen du baccalauréat ès-lettres , n'y réussissent pas. Là-dessus tout te monde est à peu près d'accord. Mais voici où commencent les difficultés. Les écoles secondaires privées sont de deux sortes, à savoir, les écoles laïques et les écoles ecclésiastiques. D'après la législation impériale, ces deux sortes d'écoles étaient sous le même régime; mais en 1814, une ordonnance royale, en opposition aux décrets de 1809 et de 1811 , fit des écoles secondaires ecclésiastiques, aux quelles jusqu'alors s'appliquait le régime commun des PRÉFACE. XXII écoles privées, des établissements spéciaux , qui suc* cessivement obtinrent des privilèges et surent soumis à des conditions extraordinaires. Aux termes de la der-r nière ordonnance sur cette matière, la célèbre ordonnance de 1828 , les écoles secondaires ecclésiastiques ou petits séminaires conservent le privilège inouï de n'être assujettis ni aux garanties littéraires et mo rales exigées de toqt chef d'établissement secondaire privé, ni même à Inspection de l'état; et en même temps ils ne peuvent recevoir d'externes, ni préparer directement au baccalauréat ès-lettres , sur cette hy pothèse que ces établissements sont principalement chargés de préparer des sujets pour les grands sémi naires par yne éducation appropriée.

Ajoutez que les petits séminaires sont aussi exemptés de l'impôt appelé taxe universitaire. Cependant les petits séminaires se plaignent des entraves qui leur sont impo sées ; les autres établissements privés se plaignent des privilèges accordés aux petits séminaires , privilège^ qui rompent l' égalité et empêchent toute concur^ rence. Personne n'est content, tout le monde réclame. J'ai pensé que le seul remède était ici le retour à l'aqcienne législation impériale, le rétablissement du régime commun pour toutes les écoles secondaires privées. Dans l'instruction primaire, la loi ne dis tingue pas les écoles tenues par des laïques et celles qui sont dirigées par des ecclésiastiques, par exemple, les frères de la doctrine chrétienne; pourquoi n'en seraitril pas de même dans l'instruction secondaire?

PREFACE.

. XXIII Mêmes charges, et mêmes garanties : telle est la législation que je voulais établir avec les tempéra ments convenables. Ainsi, pour les ecclésiastiques, les certificats de moralité pourraient être conférés par les supérieurs dans Tordre ecclésiastique; et en supposant que Ton conservât l'impôt universitaire, des remises de cet impôt auraient pu être accordées et réparties par le ministre de Tinstruction publique sur la proposition des évêques , d'après le nombre moyen des jeunes gens qui entrent chaque année dans les séminaires, afin que les écoles secondaires ecclésiastiques pussent continuer de servir au recrutement du clergé. C'est ainsi que j'aurais voulu fonder dans Tinstruction secondaire, comme nous l'avons fait en 1833 dans Tinstruction primaire, la liberté commune de l'enseignement avec de communes garanties.

J'étais parvenu à gagner à ce projet les membres les plus influents de Tune et de l'autre chambre. M. Le comte de Tascher, dans plusieurs rapports sur des pétitions relatives à la liberté d'enseignement , avait présenté, d'accord avec moi, les mêmes vues, qui avaient obtenu les suffrages à peu près unanimes de la chambre des Pairs. J'avais consulté plusieurs ecclésiastiques éminents qui ont adhéré h ce projet, et Monseigneur Tarchevèque actuel de Paris en avait approuvé l'esprit et même les principales dispositions, dans une conversation que j'eus l'honneur d'avoir PRÉFACE. avec lui sur ce grave sujet. Je ne crois pas céder à une illusion flatteuse envers moi-même, en me nour rissant de Tespoir que ces pensées conciliatrices, qui étendaient les droits de Tétat en augmentant la li berté de tous, eussent obtenu Tassentiment général et résolu d'un manière satisfaisante le problème com pliqué de la légitime liberté de l'enseignement.

Mais il ne faut pas se le dissimuler, Tétablissement de la liberté d'enseignement est une innovation grave pour TUniversité et pour la société tout entière. J'ose dire que pendant les huit mois de mon ministère , je n'ai pas passé un seul jour, une seule heure sans préparer TUniversité à cette crise redoutable, et sans prendre toutes les mesures qui pouvaient mettre les écoles publiques en état de soutenir la concurrence avec les écoles privées. Deux sortes de mesures sont ici nécessaires : 1° augmentation du nombre des collèges royaux ; 2° perfectionnement de leur système d'études. Quant au premier point, en 1837, la chambre des Députés avait voté le principe d'un collège royal par département; j'avais moi-même rappelé ce principe à la chambre; j'avais déclaré à la commission du budget, avec son approbation unanime, que Tannée prochaine, d'une main, je présenterais la loi sur la liberté de l'enseignement, et, de l'autre, j'apporterais la demande de cinq nouveaux collèges royaux.

Un collège royal avait été voté par la chambre en 1838 pour PRÉFACE XXV la ville de Saint-Étienne. J'ai repris les négociations entamées à ce sujet, et à T heure qu'il est ce collège est en pleine activité, et sa prospérité naissante répond à mes efforts et à mes espérances. La chambre m'ayant accordé à moi-même un autre collège royal, dès le lendemain de la publication de la loi des dépenses, je m'adressai à la ville d'Alençon , et cette ville ayant éprouvé des difficultés pour satisfaire aux engagements qu'elle aurait dû contracter, je me suis adressé im médiatement à une autre ville, à Angoulême; et, grâce à Tactivité éclairée de M. le recteur de TAca démie de Bordeaux que j'envoyai sur les lieux, je suis parvenu à réaliser en quelques mois le collège royal voté par la chambre, de telle sorte que j'eusse pu lui présenter les résultats déjà obtenus (1) àl'appui des nouveaux sacrifices que je lui aurais demandés.

Voici maintenant dans leur ordre d'importance et dans leur enchaînement logique les diverses mesures que j'avais cru devoir prendre dans Tintérêt de l'en seignement national. La première de toutes, la plus indispensable, était la réforme du baccalauréat ès-lettres. Au moment où vous émancipez toutes les institutions privées et leur donnez le droit de préparera Texamen du baccalau réat, votre premier devoir est d'élever et de constituer sérieusement cet examen. II est le terme des études , PRÉFACÉ XXVI il les résume, il les juge; il est le passage du collège à ('instruction supérieure et à la société. Il faut que nul ne puisse franchir ce passage sans justifier d'une capacité suffisante. D'abord l'épreuve du baccalauréat doit être uniforme d'un bout de la France à l'autre. Jusqu'ici, excepté pour la philosophie, les matières étaient différentes dans toutes les Académies.

J'ai rendu Texamen absolument le même partout, et je Tai à la fois simplifié et fortifié. Je l'ai fortifié en y introduisant une composition, une version latine où chaque candidat doit montrer qu'il sait le latin et surtout le français, qu'il sait au moins Técrire correctement; je l'ai simplifié en retranchant une foule de détails littéraires, historiques et géographiques, où triomphait la mémoire , où périssait Tintelligence : or, c'est Tintelligence qu'il s'agit de former; Tinstruction elle-même n'est qu'un moyen, l'éducation de Tintelligence est le but. Une épreuve nouvelle a été introduite, Texplication grammaticale et littéraire des classiques français. Enfin , pour qu'on ne pùt accuser de partialité lesjugementsdes commissions d'examen, il a été prescrit que dans toutes les académies où il n'y aurait pas de facultés des lettres, Texamen eût lieu non plus dans Tenceinte du collège, mais en public, dans le bâtiment même de TAcadémie, et encore que les censeurs et les proviseurs ne fissent plus partie de ces commissions.

Ainsi constituée , l'épreuve du baccalauréat acquiert une autorité incontestée, et PRÉFACE. XXVII cfie protège efficacement la société contre les vices ou les négligences de l'éducation privée (i). Mais la réforme du baccalauréat ès-lettres eût été un contre-sens si elle ne se fût appuyée sur la. séT rieuse entreprise d'améliorer Tmtérieur de nos collèges, et d'en faire de plus en plus des établissements modèles placés au-dessus de toute rivalité par la force des maîtres, la sévérité de la discipline et Tex cellence du système d'études. La division de Tagrégation des sciences, jusqu'ici unique, en deux agrégations distinctes, Tune pour les sciences mathématiques, l'autre pour les sciences physiques et naturelles, est un perfectionnement considérable apporté à l'enseignement scientifique. Quand je n'auFais pas fait autre chose pour les scien ces, je croirais encore les avoir bien servies (2), La nécessité pour se présenter à chacune de ces agréga tions de justifier du double brevet de licencié ès sciences mathématiques et ès-sciences physiques, maintient cette généralité de connaissances, indispensable à tout véritable savant; et en même temps la distinction de deux ordres d'agrégation suscite des ■vocations spéciales,, crée des, professeurs plus profondément instruits et capables de donner un enseigne^ ment plus solide, Par là encore les sciences naturelles, ;1) Pages 51-1 U. (2) Page 45.

PRÉFACE. XXVIII qui jusqu'ici n'avaient obtenu aucune place dans fa grégation, y sont convenablement représentées, et leur enseignement si négligé acquiert une juste importance de la qualité même de ceux qui désormais en se ront chargés, et qui devront avoir passé aussi, comme tous les autres professeurs des collèges, par un con cours d'agrégation. Cela m'a permis d'introduire enfin à Técole normale le sérieux enseignement des sciences naturelles et d'établir dans la section des sciences deux divisions correspondantes aux deux nouveaux ordres d'agrégation (1). Ce perfectionnement est, je crois, le dernier que pût recevoir encore cette grande école (2), dont je m'honore d'être sorti, à laquelle j'ai si longtemps consacré mes soins, et qui désormais n'a plus besoin que d'un bâtiment digne d'elle, parfaitement approprié à son usage : ce bâtiment, j'en avais moi-même arrêté le plan à Taide d'un habile archi tecte, et je regrette de n'avoir pu le présenter à la chambre et donner à Técole normale ce dernier gage du profond intérêt que je ne cesserai de lui porter (3).

En même temps que je préparais de bons profes seurs à l'enseignement des sciences naturelles , je constituais cet enseignement jusque-là si divers, si arbitraire; tantôt trop faible, tantôt trop fort; ici, à Paris, annexé à la sixième; là, à des classes très dif- (1) Pagei". (2) Voyez l'ouvrageinlnulé Ecole normale. 1 vol. in-8". Paris, 1857. (5) C'est le plan récemment présenté à la chambre. PRÉFACE. XXIX férentes. L'ancien programme avait soulevé d'unanimes réclamations. Grâce aux conseils que m'ont donnés deux honorables membres de TAcadémie des sciences, M. Beudant, inspecteur général des études, et M. Milne Edwards, professeur suppléant d'histoire naturelle à la faculté des sciences de Paris, j'ai pu rédiger un programme qui détermine le véritable but de l'enseignement des sciences naturelles dans les collèges, lui donne son vrai caractère et en fixe le plan.

Mais une fois cet enseignement bien constitué, avec le caractère général et philosophique qui lui appartient, il était impossible de le placer en sixième ; j'ai dû le mettre à sa véritable place, dans la première année de philosophie, entre le cours de physique et de philosophie qu'il soutient et qui le complètent (1). Ceci me conduit naturellement au service le plus effectif que je crois avoir rendu à la fois à l'enseignement scientifique et à l'enseignement littéraire : je veux parler du nouveau règlement des études (2). Ce nouveau règlement n'est pas autre chose que le retour, avec quelques perfectionnements, au plan d'étude des lycées de TEmpire , qui lui-même était la pratique perfectionnée des anciens collèges de TU niversité de Paris. Depuis, il avait été introduit di verses innovations, perpétuellement changeantes et (1) Pages 27-54.

(2) Pages 17-26. PRÉFACE. XXX chaque année modifiées, sans avoir encore pu satisfaire personne, dans le but d'entremêler Tehseigiìe* ment dés sciences et celui dés lettres, depuis le commencement jusqu'à lâ fin des études. Le dernier essai joint l'histoire naturelle à la sixième, l'arithmétiqUé et la géométrie à la cinquième, à la quatrième et à ìâ troisième, la chimie à la Seconde , la cosmographie à la rhétorique , etc. , éh donnant à cet enseignement additionnel le moins de temps possible. II ne produisait donc aUcun fruit, et n'excitait qu'uh très médiocre intérêt de la pârt des maîtres et de Ìâ part des élèves ; et cé peu de témps accordé aux sciences , et qui né leur servait à rien , était un dommage considérable pour l'enseignement des lettres auquel il avait été retranché. Je sie prétends paâ que ce mélange n'eût quelques avantages accessoires ; mais en tout ce n'est pas T accessoire , c'est lé principal qu'il faut considérer; et le principal ici, c'est TimménSe inconvénient de tout mêler dans la tête des jeunes gens, et d'énerver leurs forces én les disséminant sur un trop grand nombre d'Objets disparates.

Quel est le but du collège? Ce n'est pas dé donner Une certaine dose d'instruction. Non ; le but du collège est tout autrement général et élevé : cè n'est pas moins, je l'ai déjà dit, que l'éducation de Tintelligence, à Taide d'enseignements divers, convenablement répartis selon les forces et les be soins de chaque âge. De là celte grande maxime, qui PRÉFACE. XXXI sort et de la connaissance de Tesprit humain et de l'expérience universelle : que les lettres doivent venir avant les sciences, dans Tintérêt des uries et des autres, et dans Tintérêt commun de la bonne et solide culture de Tintelligence. Quand les lettres, par l'en Seignement des langues et de l'histoire, ont cultivé à la fois et Tesprit et le cœur et Timagination, quand ellôs ont formé Thomme , c'est aux sciences à Tachever, en donnant la main à la philosophie ; jé parle des sciences prises au sérieux : car tout enseignement qui n'est pas sérieux n'est paâ seulement inutile, mais dangereux ; il amollit et efféminé Tesprit ; il est un mauvais apprentissage dé la vie; il donrte ce préjugé qu'avec peu de peine on peut apprendre quelque chose, Cè qui est radicalement faux.

Voilà pourquoi j'ai supprimé depuis la sixième jusqu'à lâ rhétorique tous ces petits et légers enseignements d'histoire naturelle, de chimie et de géométrie, et je lésai réunis et placés après la rhétorique dans Tannée de philosophie, selon la pratique universelle en France jusqu'en 1789, et selon le plan d'études de TEmpire, tel qu'il était suivi de mon temps. Cependant j'âi laissé la faculté d'établir des conférences libres de mathématiques depuis lâ Sixième jusqu'à la rhétorique, pour le petit nombre de nos élèves qui n'ont pas en vue le baccalauréat ès-lettres, c'esuà-dire l'éducation complète et régulière du collège, mais les écoles spé ciales, militaires et autres, et qui, par conséquent, xxxij PRËFACK. ne sont d'ordinaire ni rbélorique ni pbilosophie, et ont besoin d'une culture scientilique particulière avant d'arriver à renseignement approfondi des scien ces qui commence à la íin de la rhétorique.

Suit qui veut ces conférences préparatoires; elles ne sont im posées à personne, et ne déforment pas le plan général des études, fondé sur la nature même des choses, sur lexpérience à la fois et sur une haute philosophie. Par ce nouveau règlement d'études, je crois avoir donné une nouvelle preuve de ma haute estime pour l'enseignement des sciences, et en particulier des sciences mathématiques. Sans doute, mes propres réflexions et le profond sentiment de la dignité des sciences m'avaient depuis longtemps conduit à ce ré sultat; mais je m'y suis d'autant plus attaché que j'ai vu mes principes confirmés par Timposante autorité de celui des membres du Conseil royal qui est chargé de la direction des études mathématiques, M. Poin sot, ancien inspecteur général des études, membre de TAcadémie des sciences, et que la voix publique pro clame comme l'un des mathématiciens les plus habi les de la France et de l' Europe.

En même temps que je m'efforçais de fortifier ainsi l'enseignement des lettres et des sciences , j'ai voulu fonder d'une manière sérieuse celui des langues vivantes. Je leur ai donné trois années consécuti ves, à partir de Tâge où Tesprit, déjà formé par une PRÉFACE. xixnj certaine connaissance des langues anciennes, est apte à avancer rapidement dans l'étude plus facile des langues modernes. Je leur ai donné trois années, il est vrai, avec une seule leçon par semaine, mais avec une leçon de deux heures, qu'il serait mieux peut être de diviser en deux leçons d'une heure chacune; j'ai moi-même tracé dans une circulaire le plan que doit suivre pendant ces trois années le maître chargé de cet enseignement (1). Mais que pourraient produire ces améliorations, si les élèves auxquels elles s'adressent en définitive peu vent manquer impunément d'attention et de zèle, et ceux-là surtout qui tiennent de la munificence natio nale le bienfait de Tinstruction, et qui, à ce titre, de vraient toujours être les modèles de leurs camarades?

J'ai donc prescrit qu'aucune promotion de bourse ne pût être accordée que sur des preuves de travail et de capacité aux élèves qui seraient portés d'après l'ensemble de leurs notes sur la liste d'avancement; car si les demi-bourses doivent être données au mé rite de la famille, toute promotion doit être le prix du mérite personnel de T élève. J'ai voulu aussi que nul ne pût passer dans une classe supérieure sans avoir prouvé qu'il est en état de la suivre avec fruit, mesure dé cisive qui, bien exécutée, avec un juste tempérament de sévérité et d'indulgence, dois, après quelques anil) Page 55. c nées d'épreuves, délivrer nos collèges de cette foule de mauvais élèves, retardataires incorrigibles, qui assistent aux leçons du professeur sans les comprendre; trompent leurs familles en se traînant ainsi de classe en classe jusqu'à la fin de leurs études, et vont encombrer les carrières distinguées de candidats en tièrement incapables (1).

J'ose dire que cet ensemble de mesures, toutes em pruntées à l'expérience et d'un succès infaillible, si on veut y tenir la main, devait assurer à nos collèges une prépondérance incontestable dans la vaste con currence qu'allait ouvrir Témancipation de Tinstruc lion secondaire. C'est après avoir ainsi armé Tuni versité, que j'aurais sans crainte présenté la loi sur la liberté de l'enseignement. D'ailleurs, je m'emprese de le reconnaître : toutes les réformes organiques sont vaines sans une administration vigilante, conduisant habilement ou expé diant avec rapidité les affaires, et surtout attentive au choix des hommes ; car, on ne saurait trop le re dire, dans TUniversité les hommes sont tout. C'est au choix des hommes que je me suis particulièrement appliqué. J'ai fait des conseillers, des inspecteurs généraux, des proviseurs, des censeurs, des profes seurs de tout ordre, et on a bien voulu remarquer que, dans aucune circonstance, je n'ai fait plier Tin- PRÉFACE.

XXXV térêt universitaire devant des considérations politi ques; que, sourd à toutes les sollicitations, de quel que côté qu'elles partissent, j'ai toujours été cher cher Thomme le plus capable, d'abord par justice, pour honorer le mérite et dans Tintérêt du service, ensuite parce que, dans un corps où tous les membres se connaissent, les choix sont un enseignement pour le corps entier; et, grâce à cet enseignement, le plus clair de tous, quinze jours après mon entrée aux affaires, je n'ai plus reçu que des demandes suffisamment autorisées (1). Mais, dans Tinstruction supérieure, la meilleure administration ne pourrait suppléer aux vices de l'or ganisation ; et, il faut le dire, autant Tinstruction secondaire est admirablement constituée en France, autant Tinstruction supérieure laisse encore à désirer, j'entends pour l'organisation.

Les facultés confè rent des grades, c'est là leur principale mission, et elles la remplissent d'une manière satisfaisante, avec zèle et avec équité. Mais le nombre des facultés dans les différents ordres est arbitraire, et leur répartition sur les divers points du territoire n'est réglée par au cun principe. Le mode de nomination dos professeurs est divers dans les différentes facultés, et il est très justement attaqué. II n'y a aucune émulation parmi les étudiants. En un mot, sans renouveler ni PRÉFACE. multiplier des critiques qui ont été cent fois faites, je rappellerai que moi-même, dans mes ouvrages sur Tinstruction publique en Allemagne et en Hollande, j'avais signalé le mal et indiqué le remède. Après cela, étais-je donc reçu à ne rien faire , et à ne point exécuter moi-même, comme ministre, ce que j'avais tant recommandé comme conseiller et comme écrivain?

Voilà ma réponse aux personnes, même bienveillantes, qui, un peu étrangères à ces matières , se sont étonnées du grand nombre d'ordonnances et de règlements que j'ai publiés en si peu de temps sur Tinstruction supérieure. Si j'ai été si vite , c'est, encore une fois, qu'en arrivant aux affaires, j'avais un but, un plan, des desseins tout arrêtés; c'est que je savais aussi que le temps m'était mesuré, que les ministères durent peu, et que si je ne mettais moi-même courageusement et promptement la main à Tœuvre, des pensées utiles, longtemps mûries dans mon esprit, couraient le risque d'y mourir. Je ne prendrai qu'un seul exemple, celui des écoles de droit. Depuis longtemps il n'y a qu'un cri sur les vices de l'enseignement du droit parmi nous; et pourtant, qui a commencé la moindre réforme?

Du moins, ai-je fait le premier pas. Mais j'ai donné M. Rossi au Conseil royal; c'est à lui de poursuivre et d'achever la réforme que j'avais entreprise et que j'ai à peine commencée en ce qui regarde les écoles de droit. Et puis on n'a pas remarqué que ce grand nombre PRÉFACE. xxxvij d'ordonnances, de règlements et d'arrêtés, ne sont que les diverses faces de deux ou trois idées. Les ordonnances royales posaient les principes, les règle ments entraient dans toutes les dispositions particulières de la matière, et les arrêtés ministériels exécu taient. Je n'ai pas posé dans une ordonnance un seul principe qui ne soit aujourd'hui en pleine exécution. Voici les principales idées générales auxquelles on peut rapporter tous mes actes relatifs à Tinstruction supérieure. 1° Conformément à toutceque j'avais dit et répété dans mes ouvrages, je me proposais de substituer peu à peu aux facultés isolées, éparpillées et languis santes sur une multitude de points, un système de grands centres scientifiques où toutes les facultés fussent réunies, selon la pratique du monde entier.

Oui, je ne le cache pas, si j'admire profondément Tunité de la France, je ne crois pas que cette pré cieuse unité fût en péril parce qu'il y aurait de la vie ailleurs qu'à Paris. Pour me borner à Tinstruc tion publique, je suis convaincu qu'il est possible d'établir dans un certain nombre de villes des foyers de lumières qui, en projetant leurs rayons autour d'eux, éclaireraient et vivifieraient de grandes pro vinces au profit de la civilisation de la France en tière. Par exemple, j'ai voulu faire une sorte d'Uni versité bretonne à Rennes (1). Il y avait déjà à Rennes (1) Pag. 272 sqq. xxxviij

PREFACE.

. une faculté de droit et une faculté des lettres ; j'ai demandé à la Chambre des députés les fonds nécessaires pour y établir encore une Faculté des sciences et une Faculté de médecine pour tous les départe ments de TOuest. La Chambre a voté sans difficulté la. Faculté des sciences, et je n'ai pas perdu de temps pour Tétablir et la constituer fortement avec un per sonnel d'élite. Le projet d' une Faculté de médecine n'a pu être discuté, et je Taurais reproduit à cette session. Je me serais présenté à la Chambre des députés ap puyé, d'une part, sur Tordonnance du 13 octobre qui constitue solidement les Écoles secondaires de médecine qu'on n'aurait pu m'accuser de vouloir détruire ; de l'autre, sur les vœux hautement exprimés de la Rretagne tout entière, excepté la ville de Nantes. La Chambre des pairs, par Torgane de M. de Gérando, s'était prononcée nettement à cet égard; elle récla mait, le plus tôt possible, une Faculté de médecine à Rennes ; et nous aurions vu si , à la Chambre des députés, de petits intérêts de localité Teussent em porté sur des vues nationales , sur l'expérience uni verselle , sur Topinion de la Chambre des pairs , et sur les besoins de toute la Rretagne.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…