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PBINCIPES PHILOSOPHIQUES S'il faut opter , si , dans ce tourbillon , II faut choisir d'être dupe ou fripon , Mon choix est fait , je bénis mon partage : Ciel! rends-moi dupe, et Tends-moi juste et sa^e. Tìiêátrc français. IMPRIMERIE DE C.-J. DE MAT. PRINCIPES PHILOSOPHIQUES , POLITIQUES ET MORAUX, TAR LE COLONEL DE TVEISS , AfiClEÏ* BAILLI DE MOIDOH , ET MEMBRE DE DIVERSES ACADEMIES. QUATORZIÈME ÉDITION. úvmdle* , LOUIS HAUMAN ET COMPAGNIE, LIBRAIRES. 183/j. «^■s* Tout dans ton livre, Weiss , me parait réuni : J'y trouve le savoir, l'esprit et la sagesse , La bonté , le courage et la délicatesse , Puis-je encor désirer? Oui : l'auteur pour ami. Par le marquis de Chèiigny. PRÉFACE. A vingt ans je me croyais un sage, a trente ans je soup çonnai que je n'ótais qu'un sot. Mes principes étaient chancelans , mes conséquences vagues, mes passioni con tradictoires.
J'avais beaucoup vu, beaucoup lu, presque autant joui, encore plus souffert. J'accusais le sort et les hom mes : ils avaient bien quelques torts; mais moins que je ne leur en supposais. Un jour heureux j'eus le courage de me demander a moi-même , s'ils n'auraient peut-étre pas autant de ti tres à se plaindre de moi, que moi d'eux? Je jetai un coup d'oeil impartial sur ma vie, et crus voir distincte ment, que la plupart de ce que j'appelais malheurs, étaient des fautes; que j'avais été dupe de ma jeunesse, victime de mes penchans, et qu'avec moins d amour propre, moins d'imprudence, plus de modération et de flexibilité, j'eusse évité des positions dont le souvenir me glace encore. Cet aveu , à la fois pénible et soulageant , en amena d'autres. Je voulus savoir sur quel fondement portait ma confiance en mes propres lumières : je me rendis compte de mes opinions ; je fus étonné de leur faiblesse et de leur incohérence sur les objets les plus importans.
Je vis que je pensais plus par hasard, par habitude, que par examen ; que l'esprit et l'exemple m'avaient plus séduit que la raison , et qu'entassant une foule de con naissances vaines , j'avais négligé les plus essentielles. — Devenu plus modeste , je cherchai un guide parmi les auteurs les mieux pensans. J'aurais désiré un sys tème complet , également éloigné de la superstition et PRÉFACE. VIII de l'impiété , dont l'accord des principes en donnât à mes jugemens. Je cherchai en vain. L'un était bigot, l'autre athée ; l'un superficiel , l'autre abstrait : la plu part ne traitaient que de» fragmens , et les meilleurs se ressentaient du préjugé national, de la dépendance de l'emploi, des chaînes de la servitude, et plus encore du manque d'expérience, de courage et de générosité. Mécontent d'eux, j'eus recours à mes propres réflexions; j'y joignis l'extrait de tous, et m'en formai un système particulier, dont finfluence sur mon propre bonheur est ma présomption la plus forte en faveur de sa vérité.
Preface
. IX s'efforcer de laisser quelque trace honorable de son existence. En tendant vers ce but , j'aspire moins à la gloire du génie qu'au mérite d'être utile. Je n'ai point la fatuité de prétendre avoir été toujours neuf sur des objets qui exercèrent la plume des plus grands hommes de tous les siècles. Heureusement pour le genre humain , que nom bre de ces principes sont aussi anciens que lui , et qu'il ne reste souvent à un auteur moderne que le mérite du choix, de fordre, du style, et de l'application aux circonstances. On devrait , en général , plus s'attacher à perfectionner qu'à créer. J'ai voulu réunir , sous le plus petit volume , le plus grand nombre de vérités importantes à connaître, soit dans la vie privée , soit dans la vie publi que; en évitant cependant la sécheresse et f obscurité.
J'ai voulu tracer un cours abrégé de manière de penser, et lui donner cet accord , si difficile , lorsqu'on tire ses principes d'un grand nombre d'ouvrages qui considèrent les objets sous différentes faces, et les jugent d'après des règles^opposées. J'ai voulu prendre un ton média teur , qui , rapprochant les extrêmes , concilie des opinions en apparence contradictoires , et rassemble leurs maximes éparses sous un système suivi. Mon plan est trop vaste , mes sujets trop variés, mes limites trop étroites, pour me flatter de les avoir tous bien traités. II est difficile d'allier la nature et le préjugé, la morale et la politique , le délicat et le vigoureux , le vrai et le circonspect, et d'être à la fois démonstratif, touchant et agréable. J'ai sans doute échoué souvent dans les détails; mais, en me comparant à mes prédéces seurs , il me semble que je n'ai pas été si malheureux dans fensemble. Au reste quel est fauteur qui , s'appré ciant lui-même, n'estimât pas son ouvrage fort au-des- 1.
PREFACE.
. X sus de sa valeur? Je désirerais qu'on voulût bien n'en por ter son jugement qu'après avoir lu le tout : mais je sens que c'est trop exiger. En traitant de l'homme, je n'ai pu parler que des mêmes passions, des mêmes effets, des mêmes causes. Un peintre renoncera-t-il à son art , parce que ses figu res, comme celles de ses confrères , sont toujours com posées d'yeux et de bouehes , de jambes et de bras? J'é cris comme d'autres dessinent , par goût, non par état (1). Je n'attache pas plus d'importance à mon travail que le public n'y en attachera probablement, et je suis exercé à recevoir son blâme avec autant de légèreté qu'il y met communément d'inconséquence. J'ai décomposé ce public , et me suis demandé à moi-même , combien je connaissais de ces individus dont le suffrage pourrait me flatter véritablement?
J'ai été étonné du peu. Le croira-t-on? Le dirai-je?... Je n'ai pas trouvé un seul homme auquel je désirasse de plaire en tous points. II en est beaucoup d'autres dont les éloges seraient pour moi la critique la plus humiliante, parce qu'ils prouveraient que mes principes ont du rapport avec les leurs. Cette défiance du jugement d'autrui n'exclut point chez moi celle que tout homme sensé doit avoir du sien propre. Si on m' accuse d'avoir fait un mauvais livre , j'en conviendrai très-facilement, espérant que l'on con viendra aussi qu'il valait tout autant perdre ses heures à cela qu'aux récréations ordinaires : sottises pour sottises, celles-ci en valent bien d'autres. N'eussé-je encensé qu'une chimère, le plaisir qu'elle m'a donné est une réalité : il est si doux de se procurer des amusemens indé pendans des caprices d'autrui!
Mon projet m'a amusé, iuté- (1) II est peu de vocations aussi dangereuses. La vie des plus grands auteurs n'offre que l'histoire de leurs persécutions civiles , de leurs in firmités corporelles et de leurs guerres littéraires. PRÉFACE. XI ressé , et le travail du matin a souvent égayé ma soirée. J'avoue que le produit est au-dessous de mon attente. J'aspirais à de plus grandes choses , et je me crois capable de quelque élévation de plus ; mais , pour atteindre à ce degré, il fallait des peines , et un temps que je ne voulais consacrer qu'avec quelque certitude du succès : quel qu'il soit, mon moi, homme dumonde, est toujours dis posé à sourire des inepties de mon moi, homme de lettres. — Oh ! nous ferons de bonnes plaisanteries sur sa pré somption à vouloir instruire le genre humain, et puis nous lui pardonnerons en faveur de ses vues : elles étaient honnêtes.
Quel qu'en soit le résultat, je ne puis jamais manquer complètement mon but. Le plus essentiel était celui de m' apprécier. Un ouvrage de ce genre est le tableau de 1 âme, la mesure des connaissances, et le sceau du génie. Quand il ne m'en reviendrait d'autre avantage que celui de me rendre plus modeste , je ne croirais pas avoir man qué de récompense : s'il m'assigne un rang subalterne , je me retire de la lice sans humeur , sans honte; je rentre dans la foule , et , réduit au rôle de simple spectateur , j'applaudirai sans envie aux lauriers que je ne puis obte nir. Ne pouvant être grand homme, j'accepte sans regret le pis-aller, d'être bon homme, peut-être plus conforme à mes goûts et plus compatible avec la tranquillité. Je renonce dès-lors à plusieurs projets pénibles, et, bercé par f indolence, je reposerai doucement dans les bras de la médiocrité , me félicitant d'être du plus grand nombre.
Je proteste d'avance contre une tyrannie usitée en vers tout homme qui ose publier ses pensées : c'est de le séparer du public, et de le placer dans une classe par ticulière , dont on exige beaucoup , et à laquelle on accorde peu : en s'en formant d'abord une trop haute opi- PRÉFACE. XII maximes triviales sont suffisantes dans la jeunesse, mais deviennent inutiles dans un âge plus avancé. Le cours du monde exige qu'à la flexibilité, qui sait se plier aux maux inévitables , on joigne l'énergie qui fait résister aux moindres , mépriser les dangers utiles , et vaincre les obstacles. — Je n'ai pas donné un précepte sans le mo tiver, et sans en peser l'effet probable : mais je ne réponds que de la pureté de mes intentions , non de la certitude de mes calculs. La brièveté que je me suis prescrite m'a fait quelquefois supprimer les détails et conséquences intermédiaires , ce qui m' expose au blâme de n'avoir pas toujours assez lié mes pensées : mais ce qu'on peut per dre à ce remplissage omis sera plus que compensé par la précision et la clarté.
Je me suis aussi affranchi de tout ordre et règles scolastiques : j'ai suivi la marche qui m'a paru la plus conforme à celle de l'esprit humain , et à fenchainement le plus naturel entre les principes et objets discutés. J'ai pris l'homme par son grand mobile , l'intérêt personnel, et après lui avoir démontré par la seule raison , qu'abstraction faite de toute idée religieuse , vertu et honneur ne sont qu'une même chose dans son existence actuelle, j'ai ensuite recours à la religion naturelle , et par les perspectives d'une vie future, et les preuves de fexistence d'un Dieu juste et rémunérateur, j'ajoute un nouveau degré de persuasion. Une difficulté des plus embarrassantes , c'est de par ler à la fois pour tous les états. S'il est de la dernière importance que la classe des grands soit sans préjugés il est peut-être nécessaire que les classes inférieures con servent une partie des leurs.
N'y aurait-il pas de la du reté à donner à des esclaves des sentimens de héros , et de ravir à fheureux ignorant ses consolantes illusions? II n'est pas plus aisé de tenir le même langage aux PRÉFACE. XIII différentes nations : car quoique la vérité soit immuable dans son tout, elle varie dans ses détails; et diffère dans ses applications, suivant le besoin des lieux et des siècles. Dans un pays d'ignorance où l'esprit est timide et la philosophie au berceau, les ouvrages médiocres doivent femporter sur les bons ; parce que ces derniers s'éloignent trop des notions reçues. II y a trois cents ans que bien écrire eût été mal écrire : nos chefs-d'œuvre eussent été brûlés ou sans lecteurs ; par la même raison que, de nos jours, ce manant qui lirait sans intérêt Locke , Montesquieu ou Clarisse , s'extasie sur quelque mauvais conte de falmanach, ou sur les hauts faits de Fortunatus et de la belle Maguelone ; par la même raison que , de nos jours ( 1 ) , les principes qui seront jugés très-simples à Londres, Pétersbour g, Berlin, et récemment à Vienne , seront hardis à Paris , téméraires à Venise, profanes à Rome, exécrables à Madrid, et à Lisbonne pourraient conduire au bûcher.
Les livres , comme les lois, ne peuvent convenir également à tous les peuples : il faut qu'ils se règlent sur le climat , la con stitution , les lumières et le degré de tolérance. Je crois honorer ma patrie en disant que je ne pense pas avoir dépassé les bornes de la sienne. Si mon but principal eût été de plaire , il m'eût été facile d'adoucir mon ton , et , en flattant f amour-propre d'autrui, de mieux assurer les triomphes du mien. Quel ques jours de travail eussent retranché des vérités aus tères, auxquelles ni l'homme en place, ni l'homme de plaisir n'aime d'être rappelé. Je viens de consulter des gens prudens sur l'effet que j'en dois attendre : ils pen sent que je me procurerai quelques amis tièdes , et nom bre d'ennemis chauds.
PREFACE.
. XIV Ce n'était point ce dont je m'informais. Je demande si mon ouvrage sera plus utile que nuisible ? On répond plus utile. Eh bien ! qu'on fimprime. Si quelque âme forte me reprochait d'avoir été parfois trop circonspect, trop retenu, ou d'avoir supprimé certaine vérité d'éclat , qu'elle se rappelle que le même degré de « lumière qui pouvait f éclairer , en eût » aveuglé d'autres. » — Si quelque âme sévère me re prochait quelque écart de décence , un ton de légèreté sur des objets sérieux, un excès d'indulgence sur des de voirs de second ordre, ou quelques traits de faux brillant qui nuisent à la simplicité , — qu'elle pense que , pour instruire , il faut plaire; que pour persuader il faut être lu, et que f indulgence sur les petites choses donne plus de poids à la sévérité sur les grandes.
Pour toute autre critique , je n'ai qu'un mot à répondre : Faites mieux ; et je vous lirai avec plaisir, avec re connaissance. PRINCIPES PHILOSOPHIQUES
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The end
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