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LE DÉSERT ET LE SOUDAN ÉTUDES SUR L'AFRIQUE AU NORD DE L'ÉQUATEUR SON CLIMAT, SES HABITANTS LES MOEURS ET LA RELIGION DE CES DERNIERS PAU M. LE COMTE D'ESCAYRM DE LUÏTRr mbre Je ia commission centrale de la Société de Géograpl Membre de la Société Asiatique do Pans et de la Société Orienta' PARIS ê L1BRA1RIK DE FRIEDRICH KLINGKSIEGK il , ruo de Lille , à Paris l.IRRAIIIIE DE J. DUMAINE Sb ic et passage Dauphine, 30 Novembre LE DÉSERT FT LE SOUDAN. l'ari?. — Imprimé par K. Tfinot el <.'', rue Racine, 26. LE DÉSERT 1 1 LE SOUDAN PAR M. LE COMTE DW-AYRILC DE LMITURE, Membre de la commission centrale de la Société de C-éogr. : Membre de la Société Asiatique de Pans et de la Société Orientale. PARIS. LIBRAIRIE DE J. DUMAINE, LIBRAIRIE DE FRIEDRICH KLINGKSIECK . il , rue de Lille , à Paris. nie et passage Dauphine, 30. -<*t*— Novembre 1853.
Preface
. Entraîné par le goût des voyages et l'attrait d'une vie indépendante, je parcours, depuis huit années, le sol de I'Afrique. Tour à tour, j'ai visité Madagascar (1), les Co niores, Zanzibar , la côte du Maroc , l'Algérie , les régences de Tunis et de Tripoli, le Belad-el-Djérid, TÉgypte, la Nubie, le Cordofan , le Seunar. Je désirais étendre encore mes investigations avant d'écrire, mais je n'ai pu jusqu'à présent donner suite à tues projets; j'ignore ce que l'avenir me réserve , et encouragé par la bien veillance que me témoignent un grand nombre d'hommes (1) J'étais embarqué alors sur la corvelte le Berceau qui depuis s'est perdue corps et biens dans ces parages. Un jeune homme héroïque, dont les marines de France et d'Angleterre déplorent la perte , le lieutenant de vaisseau Bellot, dont je m'honore d'avoir été l'ami, naviguait alors comme aspirant sur ce navire à bord duquel je fls la connaissance d'un autre martyr de la science, renseigne de vaisseau Maizan. a PRÉFACE.
VI distingués et de savants, parmi lesquels je citerai M. Jomard, je me hasarde à publier aujourd'hui ce travail. J'ai profité d'un séjour de quelques mois en France pour réunir mes notes éparses , les meltre en ordre et rédiger ce livre. Très-pressé par le temps, je n'ai pu donner à mon style toute la perfection désirable. Je suis tombé dans quelques redites, dans des contradictions apparentes peut-être, mais faciles à accorder ; car toute question a deux faces , toute institution a ses avantages et ses défauts. Le caractère mème de l'homme offre les oppositions les plus tranchées. Le Grec, par exemple, est faux et courageux; 1 Israélite, cupide et cha ritable. Toute chose est un alliage dans lequel l'homme de parti ne distingue qu'un seul élément, dont le critique im partial effectue Tanalyse , et dont le grand écrivain seul sait unir les éléments épars en passant de l'analyse à la syn thèse.
Il n'est rien de bon où l'on ne puisse trouver à reprendre, rien de mauvais qui ne mérite quelque éloge. Je cherche la vérité pour elle-même ; mes jugements peuvent être erronés, ils sont sincères. Je n'attends rien et n'ai point reçu les faveurs de ceux que je loue; je n'ai essuyé ni refus ni injure de ceux que je blâme. Je ne saurais, par exemple, reprocher au gouvernement turc des désordres qu'il était impuissant à réprimer. Mon do micile a été violé , mais dans une ville dont la populace a massacré Sélim-Pacha et fait trembler encore ceux qui se pré tendent ses maîtres. J'ai tiré , d'ailleurs, en ce qui me con cerne, la plus éclatante réparation de l'insulte qui m'étail faite. Je n'en puis avoir conservé de ressentiment. Je ne confonds PRÉFACE. VII pas un tumulte passager avec un acte de fanatisme et je sais rendre justice au peuple arabe comme au peuple turc.
Sympathique à l'islamisme , je ne le suis pas à ceux qui le compromettent ou le trahissent , mais les circonstances ac tuelles me font un devoir de la modération la plus grande : j'aurais pu écrire sur la Turquie moderne un livre qui eût trouvé plus de lecteurs que celui-ci ; j'ai préféré garder le silence et laisser la parole à des apologistes dont j'apprécie les intentions et que je ne contredirai pas. • Je me suis proposé surtout dans ce livre , en comparant mes observations personnelles à celles d'aulrui, de généra liser quelques faits et d'esquisser les principaux traits d'un tableau que l'avenir retouchera. J'ai cependant évité le plagiat autant que je l'ai pu. II m'eût été facile , cn pillant les ouvrages de nies devanciers , en m'adressant surtout à ceux de Denham et du cheikh Moham med-et-Tounsy, d'ajouter un volume à inon livre.
Je me suis gardé de le faire , au risque d'être incomplet, et n'ai traité avec détail que ce qui concernait les contrées que j'ai visitées moi-même. Mais le voyageur ne cherche pas seulement des arbres ou des pierres; partout j'ai cherché lhoinme , l'homme éclairé et intelligent. L'étranger élevé dans des klées différentes des noires ; le compalriole établi dans une contrée lointaine sont comme des livres que le voyageur feuillette à son gré , ouvre à la page qu'il aime, qui fournissent une réponse à toutes ses questions, un éclaircissement à tous ses doutes. Les faits s'ac cumulent dans sa mémoire, se confirment les uns les autres PRÉFACE. VIII ou se combattent : le voyageur discerne , apprécie et gé néralise. Je citerai donc parmi les informateurs auxquels je dois le plus, MM. Morpurgo, négociants autrichiens , établis dans le Soudan.
C'est à MM. Morpurgo que je dois d'être devenu un chamelier passable et de savoir voyager dans le désert. M. Thibaud , auprès duquel j'ai pu étudier les Arabes du Cordofan , mieux encore que sous leurs tentes. M. Rollé, négociant, établi depuis longues années à Khartoum. M. Peney, chirurgien en chef de l'armée du Belad-es- Soudan. Enfin , don Ignatius Knoblecher , supérieur de la mission catholique du fleuve Blanc. La transcription des mots arabes m'a préoccupé un instant, mais je n'ai pas tardé à me convaincre que je ne pourrais arriver à cet égard à aucune exactitude. Plusieurs lettres arabes ne sont pas représentées dans notre alphabet, et alors même que l'on conviendrait d'une combinaison de signes destinée à indiquer leur présence et qui ne pût donner lieu à aucun équivoque, il resterait ìx savoir si un mot donné de vrait être transcrit conformément à son orthographe ou con formément à sa prononciation, et pour ne citer qu'un exem ple : le mot qui se prononce goum dans tous ou presque tous les pays arabes, commence par la lettre que nous avons l'ha bitudc de représenter par un k dans le mot Abd-el-Kader. et par un c dans le mot Coran , lettre qui n'existe pas dans noire langue et que les Arabes prononcent de trois façons difféi entes.
PRÉFACE. IX On ne peut connaître, enfin, l'orthographe, que des mots qui se rencontrent dans les lexiques ; que l'on a vu par écrit ou que l'on a entendu prononcer par des gens instruits. La plupart des noms de villes et beaucoup d'expressions dont l'usage est limité à une province et dont les racines sont ou bliées ne sont point dans ce cas. Des voyageurs étrangers à l'étude des langues en ont défiguré plusieurs , de façon à les reudre méconnaissables. Le mieux est donc, en ce cas, de s'en tenir à l'orthographe consacrée par le hasard. Pour le reste des mots, je me suis contenté d'une approxi mation grossière et j'ai fait usage du système de transcription le plus communément employé. J'ai rendu le waw par un w et non par ou, lorsqu'il était suivi d'une voyelle , parce que cette lettre est dans ce cas une véritable consonne comme le w anglais.
On ne la pro noncera pas f comme les Allemands , parce que le v n'existe pas en arabe , et que s'il s'était agi de le faire sentir je n'au rais pas été chercher un signe différent. Si nous voulions transcrire le mot Tl'aday d'après le système français, nous devrions l'écrire non pas Ouaday, mais bien Oidaille. Seule ment ce système est tellement vicieux et tellement élrange que personne n'aurait le courage de l'adopter. On remarquera, enfin, que pour me conformer à l'usage qui prévaut chez les Africains eux-mêmes, je n'ai pas borné à telle ou telle contrée particulière l'appellation générale de Soudan, dont la traduction littérale, dans notre langue , est le mot de Nigritie; mais que j'ai compris sous ce nom toutes les parties de la zone intérieure habitée par les noirs musulmans ou païens.
PRÉFACE. X C'est par suite d'une habitude contractée dans les colonies, que j'ai à tort employé quelquefois le nom de Cafres pour désigner toutes les populations noires de la côte orientale d'Afrique , depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'auprès de Zanzibar. J'ai joint à ce travail quelques dessins faits par moi sur les lieux etdontj'ai surveillé la gravure avec le plus grand soin. Ces dessins n'ont pns seulement le mérite de reproduire limage fidèle de quelques localités peu importantes , les détails que j'y ai fait entrer et dont je les ai surchargés peut-être , donneront, je l'espère, une idée exacte des mœurs, de la physionomie , du costume , de Tindustrie des Africains. Si je ne m'étais proposé que d'offrir au public quelques vues plus ou moins pittoresques, mon album me les aurait fournies en grand nombre.
J'aurais confié à un artiste exercé le soin d'en tirer parti, et une lithographie ou une gravure sur acier leur eût donné du relief et de l'effet ; mais j'ai pensé que la recherche artistique était aussi déplacée dans un ouvrage de la nature de celui-ci que la recherche littéraire. Aussi ai je évité la coopération d'un dessinateur, qui n'eût pas man qué d'altérer, de dénaturer des croquis dont lc seul mérite est la scrupuleuse exactitude. Les scènes animées représen tées dans la plupart de ces planches ont été empruntées, souvent par moi, à des dessins différents. Le théâtre que je leur assigne n'est pas toujours celui où je les ai observées, mais elles s'y présentent quelquefois, et dès lors je n'ai pas hésité à les y accumuler, afin de rendre plus claire Tintelligence du texte et d'éviter les répétitions qu'eût entraînées la richesse purement apparente d'un nombredoubleoutripledegravures.
PRÉFACE. XI J'ai tracé sur deux petites cartes la division par climats de I'Afrique au nord de Téquateur, la distribution géographique des peuples qui 1 habitent ou la parcourent et la direction des routes commerciales qui unissent le Ris et le Soudan. J'ai placé sur ces cartes les villes de Caubé et de Wara, en me basant sur les itinéraires dont j'ai personnellement reçu communication dans le Soudan, non que je sois certain de leur exactitude, mais parce qu'ils me semblent fournir une donnée de plus à la résolution d'un problème digne d'oc cuper Tatteulion des géographes.
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The end
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