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VOYAGE D'ALEXANDRE DUMAS li\ ÎOLBME : 5 FRANCS JEA' VJKWTIS A LA LmilAILUE THÉÂTRALE, BOULEVARD SAINT-MARTIN, 13 PARIS CHAHLIEU, ÉDITEOn l'AHIS. — T*i l'dGHAI'llIK HE »• IUE SA I KT-LOl' 1 S , 'l (i VOYAGE D'ALEXANDRE DUMAS El h:\tk A LA LIBRAIRIE THEATRALE, BOULEVARD SAINT-MARTIN, 12 1>ARIS CE&BLICU, ÉDITEUR l%° 1 f H centimes* le ft'umrro LE CAUCASE PAR ALEXANDRE DUMAS degrés rie longitude orientale, s'étend de la mer Caspienne à la mer d'Azof. depuis Anapa jusqu'à Bakou. Trois grands pitons la surmontent : l'Elbrouss, haut de 16,700 pieds; — le Kassbeck, d'abord appelé lc Mqinwari, haut de 14,400, — el le Chat-Abr.ouz, haut de 12,000 pieds. Nul n'a jamais gravi la cime de l'Elbrouss. 11 faudrait pour cela, disent les montagnards, une permission particulière de Dieu; c'est sur son sommet que, selon la tradition, se posa la colombe de l'arche.
Le Mqinwari est, quoique moins haut de 2,000 pieds que l'El brouss, le rocher où, selon la tradition mythologique, Prométhée fut enchaîné. Les Russes l'ont appelé Kassbeck, parce que le village de Stéphan-Ezminda, situé au pied de ce mont, était autrefois et est encore aujourd'hui la résidence des princes Kasi Beck', gar diens du défilé. Cette derniere désignation a prévalu. Quant au Chal-Abrouz, qui s'élève aux confins du Daguestan, sa cime sert de perchoir à l'anka, oiseau prôs duquel l'aigle est un oiseau-mouche et le condor un colibri. LE CAUCASE DEPUIS PROMÉTHÉE JDSQD'â CHâMYLL
Introduction
De Prométhée au Christ. PREMIÈRE PÉRIODE Nous allons dire à nos lecteurs, d'une façon aussi succincte que possible, ce que c'est que le Caucase, topographiquement, géolo giquement, historiquement parlant. Nous ne doutons pas que nos lecteurs ne sachent la chose aussi bien que nous; mais, à notre avis, l'autcur doit toujours procéder comme s'il savait ce quo ses lecteurs ne savent pas. La chaîne caucasique — ou caucasienne, comme on voudra, — située entre les 40' et 45° degrés de latitude nord et les 35 et íV Cc gigantesque rempart, ectte majestueuse forteresse, celte mu raille granitique aux créneaux éternellement neigeux, repose, vers sa base septentrionale sur des sables couverts autrefois par les 1 Casa Bckcr. ,*> LE CAUCASE eaux de cette mer immense au-dessus de laquelle s'élevaient, comme des îles, non-seulement le Caucase, mais le Taurus, le Demavend et la Tauride, dont la mer Caspienne, appelée par les anciens le lac Caspis, n'est qu un démembrement, et qui, vers le nord, ne faisait selon toute probabilité qu'une avec la mer Blanche et la Baltique.
A quelle époque do l'histoire, sacrée ou profane, appariient le grand cataclysme qui isola le Pont-Euxin, la mer d'Aral, les lacs d'Erivan, d'Òrmiah et de Van, et creusa les détroits de Jennikalé, des Dardanelles, de Messine et de Gibraltar? Est-ce au déluge bi blique de Noé, chez les Hébreux, à celui de Xixuthus, chez lesChal déens, à celui de Deucalion et d'Ogygès chez les Grecs ? C'est ce que nous ne saurions dire ; mais il y a un fait avéré, c'est que la Caspienne a continué de communiquer avec les autres mers par des canaux souterrains, que c'est par ces canaux qu'elle perd les eaux qu'elle reçoit de l'Oural, du Wolga, du Terek, de la Koura; qu'elle est sujette à des variations de profondeur ; que , dans ses bais ses, elle laisse à découvert des constructions qui attestent ses mouvements de hausse et de décroissance, et enfin, preuve plus certaine que tout cela, de la communication souterraine qui existe entre elle et les autres mers, c'est que tous les ans, à rapproche de l'hiver, on voit monter à la surface du golfe Persique, des herbes et des feuillages qui nc se trouvent que sur les bords et dans les profondeurs de l'énorme lac Caspien.
Le Caucase présente deux rangées de montagnes parallèles, dont la plus élevée est au sud, la plus basse au nord. La première chaîne pourrait s'appeler les montagnes Blanches, par 'opposition à la seconde qui s'appelle les montagnes Noires. Les sommets cé lèbrj de cette dernière chaîne sont la montagne Chauve, le mont des\ jleurs, lemont des Tempêtes, le Bois-Sombre et le Poignard. Deux passages seulement sont pratiqués dans l'immense barrière; ces passages, connus sous les noms de portes Caucasiennes, portes Sarmaliques, portes Caspiennes, portes Albanaises, portes de Fer, portes des Portes, sont le défilé du Darial (Pyla-Caucasia de Pline) et le passage de Derbent, appelé traditionneliement les Portes d'Alexandre. qu'on puisse expliquer l'étymologie de ce nom. C'est sur ce fleuve que sont situées les colonies kôsackes de la ligne droite. _ II n'en est pas de môme du Caucase, qui doit le sien à l'un des premiers assassinats commis par un des plus anciens dieux.
Sa turne, lemutilateur de son père et l'engloutisseur de ses fils, ayant rencontré, au moment où il fuyait, vaincu, dans la guerre des Géants, par son fils Jupiter, le berger Caucase, qui conduisait ses troupeaux sur le mont Niphate, qui sépare l'Arménie de l' Assyrie, et au pied duquel, selon Strabon, le Tigre prend sa source, celui-ci eut l'imprudence de vouloir disputer lé passage au fuyard. Saturne le tua d'un coup de faux, et Jupiter, pour éterniser Te souvenir de ce meurtre, donna le nom de la victime á loute la chaîne cauca sique, dont les montagnes de l'Arménie, de l'Asie mineure, de la Crimée et de la Perse', ne sont en réalité que des démembrements. Presque aussitôt qu'il vient de donner un nom à la chaîne caucasique, un de ses plus hauts sommets, le Kassbeck, sert d'instru ment de supplice à Jupiter.
Le From-Theuth des Scythes, le Prométhée des Grecs y est at taché par Vulcain avec des chaînes de diamant, pour avoir créé l'homme et commis le crime de l'avoir animé au feu du ciel qu'il avait dérobé et caché dans un roseau creux. From-Theuth, remarquons-le en passant, veut dire en scythe : divinité bienfaisante ; de même que Prométhée veut dire en. grec : le dieu prévoyant. Et, sans doute, ce fut par prévoyance qu'il donna à l'homme, dit la tradition mythologique, la timidité du lièvre, la finesse du renard, la ruse du serpent, la férocité du tigre et la force du lion. Est-ce par hasard ou symboliquement qu'à l'ti rizon du monde laissant, l'homme aperçoit le gibet du premier bienfaiteur de l'hu manité ? Quatre mille ans plus tard, la croix devait remplacer le rocher, le Calvaire détrôner le Mqinwari.
Nous avons dit que le Mqinwari et le Kassbeck ne faisaient qu'une seule et même montagne. Prométhée devait demeurer là trente mille ans. Pendant trente mille ans, un vautour, fils de Typhon et d'Echidna, — car on avait, pour une vengeance si longue, choisi un bourreau-dieu, — pendant trente mille ans, un vautour devait lui dévorer le foie. Mais au bout de trente ans, Hercule, fils de Jupiter, tua le vautour et dé livra Prométhée. Nous avons franchi les deux passages, et nous essayerons d'en donner une idée à nos lecteurs. La cime des montagnes neigeuses est formée de porphyre basal tique, de granit et de syénitc. Les porphyres sont : lc porphyre bleu tacheté de jaune ou de rouge et de blanc , le porphyre rouge oriental, et le porphyre vert. Les granits sont : le granit rose, le gris, le noir et le bleu.
Quant à la chaîne désignée sous le nom de montagnes Noires, elle se compose de calcaires, de grès marneux et de schistes tabul aires, sillonnés par des veines de spath et de quartz. Strabon parle fort des mines d'or de la Colchide ; les pépites enlevées à ces mines et portées par les pluies dans les ruisseaux, les enrichissaient d'un sable précieux; les Souanes, aujourd'hui les Mingréliens, les recueillaient sur des peaux de mouton garnies de poils dans lesquels la poudre brillante s'arrêtait. De là la fable, nous devrions dire l'histoire de la toison d'or. II y a aujourd'hui encore en Osséthie^ sur l'église de Nouzala, une inscription en langue géorgienne qui affirme que, dans cette région, les métaux les plus précieux abondaient autrefois comme aujourd'hui la poussière. Toutes ces richesses peuvent être mises en discussion; mais il est une production peut-être plus rare, quoique moins précieuse, c'est la naphte.
Celle-là existe, elle est visible, on la rencontre en profusion sur la rive occidentale de la mer Caspienne. Nous nous en occuperons en passant à Bakou, et en racontant les phénomènes qu'elle produit. Au nord le Kouban et le Terek, au sud le Cyrus et l'Araxe, for ment les limites de l'isthme Caucasien. Dans ces temps de ténèbres, où tout relève de la tradition, tandis que Prométhée, visité par l'Océan, bercé au chant des Océa nides, maudit cette force brutale, sous laquelle est sans cesse forcé de plier le génie, luttant inutilement contre le vautour de l'ignorance, qui lui dévore, non pas le foie, mais le cœur, les rochers du Caucase n'ont d'autres habitants que les dives, race de géants qui occupent toute la partie du globe abandonnée parles eaux. Dans la vieille langue asiatique, dives veut dire tout à la fois île et géant : Maldives, Laquedives, Seretidives.
Et, en effet, chaque île n'était-elle pas un géant sortant de la mer? Tous ces Titans qui firent la guerre à Jupiter, étaient-ils autre chose que ces îles de la mer Egée, aujourd'hui volcans éteints, au trefois géants jetant des flammes? Un de ces dives, nommé Argenk, élève sur une des cimes du Caucase un palais, où la tradition assure qu'aujourd'hui encore sont conservées les statues des rois de cette époque. Un étranger, nommé Huschenk, vint attaquer les dives, monté sur un cheval marin, nageant avec douze pieds. Un rocher lancé du haut du Demavend, terrasse lui et son cheval, dan'slequel il est faciledereconnaìtre un navire avec sesdouze rames. Aujourd'hui, une des peuplades les plus belliqueuses du Caucase, les Tcherkesses, se donnent encore à eux-mêmes le nom d'Adighes, dont la racine est Ada.
Le Cyrus n'est autre que la Koura, et l'Araxe, aujourd'hui l'Aras, est le Jelis des Scythes et le Tanaïs des compagnons d'Alexandre. Sous celte dernière dénomination, on l'a confondu avec le Don, comme on le confond parfois avec le Phase, aujourd'hui le Rioni ou lc Ricné. Or Aila, en langue tafare, veut dire île. D' Ada à Adam, qui veut dire homme, il n'y a qu'une lettre de différence, et certes, on nous concédera qu'il existe des étymologies' bien aulrement obscures que celle-là. C'est au sommet de l'Elbrouss que Zoroastre place le mauvais génie Arisman dont nous avons faït Arím'tmê. « II s'élance du sommet de l'Elbrouss, dit Zoroastre, et son corps étendu au-dessus de l'abîme, semble un pont de flamme jeté entre les mondes. » C'est enfin sur le Chat-Abrouz que se tenait l'anka, gigantesque vautour, qui est le Rok dés Mille, et une Nuits, et dont les ailes, en s ouvrant, obscurcissaient la lumière du soleil.
Maintenant, abandonnons la tradition, et comme un brouillard qui va toujours s'éclaircissant, essayons de voir clair dans l'histoire du Caucase. Regardez cette mer immense sur laquelle flotte un vaisseau ciean lesque. Cette mer, c'est le déluge. Ce vaisseau, c'est l'arche. Virgile a dit de lui : Pontem indignatus Araxes. L'Aras et le Rioné coulent en sens inverse. Le premier se jette dans la Kouma, au-dessus des steppes de Moghan, célèbres par leurs serpents. Le second se jette dans la mer Noire, entre Poti et Rcdoute-Kaleh. En traversant le Terek, la Koura, l'Araxe et le Phase, nous nous occuperons plus particulièrement de ces fleuves. Quant au Kouban, que ncus laisserons à notre droite, il descend de PEbrouss, traverse la petite Abasie, embrasse toute la Circassie, et sc jette dans la mer Noire au-dessous de Taman : c'csl l'Ilypa nis d'Hérodote et de Strabon, et le Vardanus de Ptoli'mé ■'.
Au treizième siècle, lorsque les Talars envahirent la Scythie, ils le nommèrent Kouman et Kouban. Les Russes ont adopté cette der nière dénomination, sous laquelle il est connu aujourd'hui, sans ans avant J.-C. l'arche aborde au sommet de l'Ararat. La semence du monde futur et sauvée. Voici ce que dit Mahomet . « Zoul-Karnaïn, arrivé au pied de deux montagnes, y trouva des peuples qui ne comprenaient qu'à peine le langage oral. » Ces hommes s'adressèrent à lui : Deux siècles après, Haig fonde le royaume d'Arménie, et Thar garmoscelui de Géorgie l. Au milieu de ces dates incertaines, Ar méniens et Géorgiens disent' que Haig et Thargarmos étaient les contemporains de Nemrod et d'Assur'. Regardez passer comme une ombre presque sans forme Marpésie et ses amazones. Cette reine belliqueuse part des rives du Thermo don et va donner son nom à un rocher du Darial.
Jornandès cite la reine, et Virgile chante la montagne. » — O Zoul-Karnaïn I lui dirent-ils, les Yadgougs et les Madgougs ravagent nos terres. Nous le payerons un tribut si tu veux élever une muraille entre eux et nous. » II répondit : » — Les dons du ciel sont préférables à vos tributs. Je satisfairai à vos désifs ; apportez-moi du fer, et entassez-le jusqu'à la hau teur de vos montagnes. » Puis il ajouta : » — Soufflez pour embraser le fer. » Puis il dit encore : Voyez, le jour se fait. Voici à son tour Sémiramis, la fille des co lombes. Elle soumet l'Arménie, bâtit Artémisa, voit tuer dans ùne bataille son bien-aimé le roi Azaï le Beau, l'ensevelit près du mont Ararat, et revient mourir à Babylone de la main de son fils Ninias, cet Hamlet antique, vengeur de son piègre. 1219 ans avant Jésus-Christ, — les dates commencent à avoir une valeur historique, — trente-cinq ans avant la guerre de Troie, un vaisseau tel qu'on n'en avait point encore vu én Colchide, entrait dans le Phase, et venait s'arrêter sous les murs de la capitale du roi Eétès, père de Médée.
C'était le vaisseau Argo, parti d'Iolchos en Thessalie, et monté par Jason, venant redemander la toison dior. Inutile de raconter la dramatique histoire de Médée et de Jason, tout lc monde la sait par cœur. La flamme du bûcher de Sardanapale éclaire l'Orient, 800 ans avant J.-C. selon Justìn, 820 ans selon Eusèbe. Au milieu des déchirements qui suivirent la mort du fils de Phul, tandis que des morceaux de son empire,- trois rois se font deWoyaumes, Barouer fonde l'indépendance de l'Arménie. wL Bientôt les Arzenounis, enfants de ce Sen5^^iérib, dont l'armée frappée par l'ange exterminateur perd en une nuit cent quatre vingt-cinq mille hommes, et qui est tué à Ninive par ses deux fils, au pied de l'autel de son dieu, entrent en Arménie; ils ne font qu'y précéder de vingt ans les Juifs captifs de Salmanazar, envoyés par ce conquérant dans la Géorgie et dans le Lasistan.
En traversant cette dernière province, et dans le district de Ratcha, on trouve encore aujourd'hui une peuplade de juifs guerriers. Ce sont les descendants de ces vaincus de Salmanazar, le destructeur d'u royaume d'Israël. Leurs ancêtres étaient les contemporains du vieux Tobie, dont le fils, conduit par l'ange Raphaël, alla redemander à Gabélus, les dix talents que son père lui avait prêtés. Vingt ans plus tard commence la famille des Bagratides, de la quelle descendent les princes Bagration, que nous allons rencon trer sur notre chemin. » — Apportez-moi de l'airain fondu, afin que je l'y verse. » Les Yadgougs et les Madgougs ne purent désormais ni franchir ce mur, ni le percer. » Cela a été fait par la grâce de Dieu ; mais quand l'époque qu'il a désignée sera venue, il renversera ce mur. » Dieu n'annonce rien en vain. » Quelques historiens renchérissent sur le texte que nous venons de citer.
Us entrent dans les détails de la construction de ce mur : il était bâti de briques de fer et de cuivre, soudées ensemble et recouvertes d'une couche d'airain fondu. De temps en temps, les gardiens de ce mur venaient frapper à grands coups de marteau sur les portes d'airain, ce qui indiquait aux Madgougs et aux Yadgougs que le mur était bien gardé. Un demi-siècle après ce prétendu passage d'Alexandre, Pharna base délivre la Géorgie de la domination des Perses, et fonde l'alphabet géorgien. De leur côté, Artaxias et Zaziadias profitent de la défaite et de la mort d'Antiochus le Grand pour délivrer l'Arménie du joug syrien. Cette mort laisse Annibal sans appui. L'Arménie alors voit arriver le vainqueur de Trasimène et le vaincu de Zama. On bâtit sur ses plans la ville d'Artaxade, que détruira plus tard Corbulon, et que Tiridate rebâtira sous le nom de Néronia, en l'honneur de Néron.
Mais deux cents ans avant cette reconstruction, Mirvan Ier fonde, en Géorgie la dynastie des Nébrotides, et Vagaschak, en Armé nie, celle des Arsacides, qui bientôt s'emparent du trône de Géorgie. C'est ce Vagaschak, appelé par les historiens Tigrane II, qui est le père de Tigrane le Grand, lequel se fail appeler le roi des rois, déclare la guerre aux Romains, envahit la Cappadoce, con quiert la Syrie, mais rencontre Lticullus qui le bat, lève sur lui un tribut de trente-trois millions de notre monnaie, et lui prend la Syrie, la Cappadoce et la petite Arménie, fait la Colchide province romaine , remonte le Phase , parvient jusqu'aux montagnes de l'Elbrouss et du Kassbeck, et ne recule, lui et son armée, que devant les serpents des steppes de Moghan. Deux ans plus tard, Mithridate, battu par Pompée, traverse le Caucase, franchit le Don et se réfugie en Tauride.
U parlait les vingt-quatre langues de ses vingt-quatre peuples. Les Romains alors occupent la Géorgie, lTmmeritie et l'Albanie, aujourd'hui la Kakétie. Quant à l'Arménie. elle est conquise par Marc-Antoine, trente ans après la mort du roi de Pont. Enfin, le Christ naît, sans que cette naissance, qui va changer la face du monde, ait aucun retentissement dans le Caucase. Seule ment, Tannée même de la mort du Christ, Afgar, roi d'Edesse, se fait baptiser, et sept ans après, saint André et saint Simon viennent prêcher la religion chrétienne dans la Meshi, aujourd'hui le district d'Akhaltzitke. Deux tiers de siècles s'écoulent. Les Scythes font invasion en Arménie, par le défilé du Darial, s'emparent de l'Asie Mineure et pénétrent jusqu'en Egypte. Dirkan I«r, dont nous avons fait Tigrane, et dont nous verrons les descendants lutter contre Pompée, apparaît dans l'histoire pour fonder une dynastie Arménienne.
II deseend de ce Haig, qui a fondé, non pas une dynastie, mais un royaume, el il est contem porain de ce Cyrus, dont la tête coupée, fut plongée par Thomyris dans un vase rempli de sang. Maisavantde boire après sa mort ce sang dont il avait été altéré pen dant toute sa vie, Cyrus s'était emparé de la Colchide'et de l'Arménie. Nous y retrouvons le fils de Darius II, Artaxerce Mnémon. II y tue de sa propre main, à la bataille de Cunaxa, Cyrus le Jeune, qui s'était révolté contre luiel qui avait à son service Xénophon, á qui Socrate sauva la vie à la bataille de Delium, et qui des rives du Tigre à Chrisopolis, opéra cette fameuse retraite des dix mille, racontée par lui-même, et restée comme un modèle de stratégie. Soixante ans après, Alexandre part de la Macédoine, traverse THellespont, défait, sur les bords du Granique, l'armée de Darius.
Parmi les troupes de Darius, qui vont se faire battre à Issus et à Arbelles, luttent les peuples du Caucase et de l'Arménie, conduils par Oronte et Mifrauste. Ici, la renommée du vainqueur de la Perse et du conquérant de l'Inde devient telle, que la légende se mêle à l'histoire. Selon la tradition caucasique, Alexandre se détourne de sa route pour aller fermer les deux défilés du Caucase : l'un à Derbent, avec des portes de fer ; l'autre dans le Darial, avec ce fameux mur qui, au dire de l'antiquité, s'étendait de la mer Caspienne à la mer d'Azof. C'est la première révélation de ce grand sacrifice qui doit être, pour le monde moderne, ce que celui de Prométhée a été pour lc monde antique. DEUXIÈME PÉRIODE Du Christ à Mahomet II. Xes empereurs romains se sont succédé : Tibère a remplacé Auguste, Caligula Tibère, Claude Caligula.
Néron est sur le trône depuis douze ans. U voyage en Grèce comme musicien, et comme poëte, et recueille couronne sur couronne, tandis que Vendex rêve sa révolte des Gaules, et Galba son soulèvement d'Espagne. Corbulon, vainqueur des Parthes, envahit l'Arménie, prend et détruit Artaxade, celte seconde Carthage fondée par Annibal, et force Tiridate, que les Parthes ont nommé leur roi sans le con sentement des Romains, à déposer la couronne pour la recevoir des mains de l'empereur. L'empereur, jaloux, fait dire à Corbulon de se tuer. Corbulon obéit en se passant, lui-même, à Corinlhe, son épée au travers du corps. Mahomet, dans son Coran, consacre la tradition qui, dès lor-s4 devient une incontestable vérité pour toutes les peuplades musul manes du Caucase, puisqu'elle découle de la plume du prophète.
Seulement, pour lui, le Macédonien est Zoul-Karnaïn, c'est-à dire le bicorne : voyez les médailles d'Alexandre où, comme fils de Jupiter Ammon,"iI porte les cornes paternelles, et l'explication de ce nom de Zoul-Karnaïn vous sera donnée. * La Géorgie était alors appelée Ibérieà l'ouest de la mer Caspienne, entre l'cmbouchure du Terek et Der bent, puis ils forceront à leur tour les portes du Darial, dont les gonds sont brisés par les Khasars; se répandront vers 1 occident, traverseront les Palus-Méotides, guidés par une biche qui leur mon trera le chemin qu'ils doivent suivre pour ne pas s'engloutir dans ces vastes marais. Puis, après avoir subjugué les Alains, détruit Tempire des Goths, ils iront se briser dans les plaines de la Cham pagne contre la Gaule qui meurt, contre la France qui naît.
Derrière eux commence la chronologie arménienne et se fonde la dynastie des Bagratides, dont la famille est déjà célèbre depuis plus de douze cents ans. Tout à coup un ennemi auquel on ne songeait pas apparaît dans les régions caucasiques et s'empare de Tislis. C'est l'empereur lléraclius, cet infatigable discuteur en théologie, fils d'un exarque d'Afrique; il a renversé Phocas, s'est fait procla mer empereur en 610; mais de 610 à 621, son règne n'a été qu'un long désastre. Les Avares lui ont pris l'Asie Mineure et les Perses l'Egypte. Presque réduit aux murs de Constantinople, il a fait un suprême effort ; il s'est mis à la tète de son armée, a battu Chos roès II, reconquis l'Asie Mineure et a pénétré jusqu'au pied du Caucase. Treize ans après, la ville d'Erivan s'élevait sur le champ de ba taille même où Erovan, qui avait chassé Ardachès du trône d'Ar ménie, est battu par les Perses.
Un soldat de fortune, adopté par Néron, monte sur lc trône ro main, qui est devenu lc trône du monde. Les peuplades caucasiques le voient apparaître Tannée même de son avènement, vainqueur de l'Arménie, de l'Ibérie et de la Colchide. U donne un roi aux Albanais et disparaît dans la direction de TEuphrate, où il va ébranler jusqu'en ses fondements Tempire des Arsacides, qui ne tombera que trois siècles plus tard. Ce parvenu, c'est l'homme sous lequel le monde se reposera un instant des règnes de Caligula, de Claudeet de Néron. C'est Trajan. Un demi-siècle après, savant-garde des nations fauves, entre vues par César, apparaît dans le Caucase. Ce sent les Goths, vainqueurs des Scandinaves, des Cimbres, des Venèdes, desBurgunds, desLaziges et des Finnois. Us chassent devant eux les Alains, qui errent avec leurs troupeaux dans les vastes steppes que nous allons parcourir, et s'établissent sur les bords de la mer Noire, où les Huns les rencontreront à leur tour et les dévoreront en passant.
Pendant ce temps, se fonde la nouvelle capitale de l'Arménie. Vagaschapade, aujourd'hui le village du même nom qui entoure le monastère d'Etschmiadzine. Mais â peine la ville esl-elle achevée, que les Khasars frappent à leur tour aux portes caucasiennes, que ne garde plus la mémoire d'Alexandre. Ils viennent des plaines du bas Volga, traversent le défilé deDarius, — la tradition voulait que ce fût ce roi des Perses qui eùt donné son nom au Darial, — se ré pandent dans l'Arménie; après avoir forcé les Avares à se retirer dans les gorges de Guimry, où nous retrouverons leurs restes en gravissant les sommets du Karanaïe, et assistent à la révolution qui met les Sassanides de Perse sur le trône de Géorgie. Vers la môme époque, le lion couché aux bords du Tibre étend de nouveau sa griffe vers le Caucase.
L'empereur Tacite, qui avait fait valoir, pour monter sur le trône romain, qu'il comptait le grand historien parmi ses ancêtres, avait été, à l'âge de soixante-dix ans, élu par le sénat. II avait été élu, disait Tarrêté du sénat, — à cause de ses vertus. Aussi fut-il assassiné au bout de six mois. Ces empereurs ver tueux ne vont pas aux peuples en décadence. Pendant ses six mois de règne, il battit les Goths el repoussa les Alains dans les gorges du Caucase. Profitant de Tinstant de repos que donne cette victoire, Tiridate II devient roi de l'Arménie. Le christianisme s'établit dans son royaume. Le monastère d'Etschmiadzine est fondé à la voix de sainte Nina, les croix s'élèvent à la place des idoles. Tiridate meurt après avoir chassé les Khasars de l'Arménie et de la Géorgie. Bakhoun I", roi de Géorgie, — nous devrions dire, roi d'Ibérie, — car laGéorgie, proprement dite, n'existe qu'à partir du douzième siècle, et n'est nommée de ce nom que par Mekhisar d'Airivank, historien arménien qui vivait au treizième.
Bakhouri I" fait la guerre aux Perses, qui ont vaincu l'Arménie, et qui est, d'un autre côté, menacée par les barbares du Nord. Ces derniers sont repoussés par Waghan Amatouni qui les bat à Vagaschapade, sur le même champ de bataille où les Russes battront les Perses en 1827. Mais pendant qu'il remonte vers le nord, les lieutenants de ca life Abou-Beker lui prennent Damas. Jérusalem se rend au calife Omar : la Mésopotamie, la Syrie et la Palestine sc détachent de lui. En compensation de ces revers, c'est à lui que Dieu réserve la gloire de recouvrer la vraie croix. II la reçut des mains de Syroès. Alors vient le tour des Arabes. C'est Tépoque des grands mouvements des peuples. On dirait que chaque nalion mal à Taise dans le berceau que \f nature lui a fait, va chercher d'autres dieux et une autre patrie..
Us apportent la parole de Mahomet, qui vient de fonder leur emjíite. Us se sont emparés de la Syrie, de l'Egypte, de la Perse. Us marchent à travers TAfrique et TEspagne sur la France, et si Dieu, à Theure qu'il est, ne leur préparait pas Charles- Martel, la tête et la queue du serpent oriental se fussent un jour, malgré Sobiesky, rejointes à Vienne. Mais tandis que Justinien II, à qui ses sujets ont coupé le nez un jour de révolte, se réfugie dans l'île de Taman, tandis que Mourvau le Sourd fait invasion en Arménie et en Géorgie, que les Géor giens arrêtent leur chronologie de la fêle de Pâques de Tan 780, un autre peuple se forme de l'autre côté du Caucase , qui prendra un jour sur la terre, plus de place que n'en aura prise aucun des anciens peuplesqui Taura précédé. Ce peuple, à peu près ignoré des Romains, qui, après avoir renversé les murailles de tous les peuples, ont été frapper aux porter, du monde inconnu, est le peuple Slave, qui, parti de la Russie méridionale , a fini par envahir tout lc pays qui s'étend d'Ar khangel à la Caspienne, c'est-à-dire de la mer de glace ù la mer de feu.
Vainement les Goths, les Huns, les Bulgares, s'étaient-ils pen dant qualre siècles disputé le terrain et répandus du Volga au Dnieper, Tétablissement de leurs empires successifs n'avait été qu'une halte. Comme des torrents un instant arrêtés, ils avaient repris leur cours, les uns vers Toccident, les autres vers le midi, et au milieu de cette inondation, on avait vu s'élever Novogorod la Grande et Kiew, qui, du haut de leurs murailles regardaient s'é couler ces vagues qui en avaient un instant battu le pied. Enfin, en 862, les Slaves avaient appelé au trône de leur empire les trois princes Varègues, Rurick, Sinaffet Trouwor. Rurick avait rapidement succédé à ses deux frères, et était mort, laissant la régence de son fils Igor à son frère, homme de génie, qu'on appe lait Oleg, lequel, après avoir conquis Smolensk et Lioubitz, rendu tributaires les Serviens, les Rademitches, les Drewliens, avait conduit vers Constantinople deux mille de ces hommes qu'il avait dressés à ne s'arrêter devant aucun obstacle et à ne reculer devant aucun danger.
Constantinople avait eu peur, en voyant celui qu'elle appelait un barbare, clouer contre sa porte, avec un poignard, les conditions de sa retraite : Léon VI avait souscrit à ces conditions et les Russes s'étaient retirés. Mais les Perses pénétrent à leur tour jusqu'au pied des mon tagnes du Caucase, et bâtissent une forteresse à l'endroit où, un siècle plus tard, le roi Wachtang jettera les fondements de Tislis. Pendant ce temps, l'Arménie arrête les bases de sa langue moderne, et la future Géorgie fonde son écriture sacrée. L'heure des Arsacides est arrivée; celte dynastie qu'a vainement voulu renverser Trajan, est remplacée par les Sassanides, qui suc cèdent aux rois Parthes et qui précèdent les califes musulmans. Son premier souverain voit Wachtang Gourgaslan monter sur le trône de Géorgie, fonder Tislis, conquérir la Mingrélie et TAbasie, repousser les Perses et soumettre les Osses et les Petchenèges.
Wachtang I,r meurt en 499, au moment où les Arméniens se jettent dans I'hérésie, et où les Suèves, qui vont être entraînés par les Huns dans leur course vers Toccident, apparaissent dans Tan cien royaume de Mithridate. C'est alors que le Caucase entend retentir jusque dans ses vallées les plus profondes, les pas de ce peuple qui, dans sa marche, va couvrir la moitié du inonde et emplir l'autre de bruit. II vient des grands plateaux du Thibet, au nord du désert de Koubi ; il a soumis les Mantchoux, forcé les Chinois d'élever la grande muraille, et séparé en deux hordes immenses, il se répand, comme un double déluge, aux deux côtés de la mer Caspienne. Les uns s'arrêteront sur les bords de TOxus, dansleTurkestan actuel, ou ils auront pour capilale Tancienne Baktriane, et finiront, après avoir longtemps lutlé contre les Perses, par se confondre avec lesTurcs.
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The end
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