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Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, ... jusqu'à nos jours

Jacques Antoine Dulaure · 1859 · Scanned text

191,485 words · about 13 h 25 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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About this book

Author
Jacques Antoine Dulaure
Language
French
Published
1859
Length
191,485 words · about 13 h 25 min
Sections
45 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (45)
  1. Chapitre I. Coup about 7 min
  2. Chapitre II. Chaillot, Passy, Auteuil, Boulogne about 19 min
  3. Chapitre III. Vaugirard, Grenelle, Isst, Vanvres, Clamart, Meudon, Fleur Y, Bellevue about 31 min
  4. Chapitre IV. Saint-cloud about 21 min
  5. Chapitre I about 4 min
  6. Chapitre II. Ville-d'avray, Marnes about 10 min
  7. Chapitre III. Versailles about 1 h 6 min
  8. Chapitre IV. Trianon about 21 min
  9. Chapitre V. Chevreuse, Rambouillet, Maintenon about 14 min
  10. Chapitre I. Coup about 4 min
  11. Chapitre II about 53 min
  12. Chapitre III. Cliciiv, Monceaux about 26 min
  13. Chapitre I about 22 min
  14. Chapitre III. Le Pecq about 7 min
  15. Chapitre IV. Maisons about 13 min
  16. Livre V. De Poissy A Évueux about 30 min
  17. Chapitre I about 3 min
  18. Chapitre II about 26 min
  19. Chapitre III. Saint-denis about 1 h 54 min
  20. Chapitre IV. Poivtoise about 12 min
  21. Chapitre V. Vigny, Magiw about 10 min
  22. Chapitre I. Coup D'oeil about 3 min
  23. Chapitre II. Stains about 30 min
  24. Chapitre III. Sarcelles about 23 min
  25. Livre IX. Route D'amiens, Chapitre about 5 min
  26. Chapitre I. Cocp about 3 min
  27. Chapitre II. La Villette, Dugny, Le Bourget Et Blanc about 27 min
  28. Chapitre III about 14 min
  29. Chapitre IV. Chantilly, Creil about 20 min
  30. Chapitre I. Coup about 6 min
  31. Chapitre II about 4 min
  32. Chapitre III. Belleville about 28 min
  33. Chapitre I. Coit under 1 min
  34. Chapitre II. Bagnolet, Charonne about 22 min
  35. Chapitre III about 3 min
  36. Livre XIII. Chapitre about 2 min
  37. Livre XIV. Route De Provins, Chapitre about 10 min
  38. Chapitre I. Alfort about 2 min
  39. Livre XVI. Route De Fontainebleau about 9 min
  40. Chapitre II. Fontainerleac about 40 min
  41. Chapitre III. Sceaux, Berny, Chatenay about 10 min
  42. Chapitre IV. Verrieres, Antony about 5 min
  43. Chapitre V. Palaiseau, Oiisay about 3 min
  44. Chapitre VI about 19 min
  45. Livre XVII about 3 min

Continue:

Chapitre I. Coup

D'ŒIL GÉNÉRAL. Fidèle au plan que j'ai suivi dans mon Histoire de Paris, à laquelle se rattache naturellement l'Histoire de ses environs, je vais commencer par donner l'étendue, les formes et la nature du sol que je me propose de décrire dans ce livre. Ce sol est partagé par la Seine, en sortant de Paris, en deux parties à peu près égales. La partie située sar la rive droite forme une presqu'île, qu'on peut supposer, du côté que la Seine ne baigne pas, limitée par une li gne tirée de la pompe à feu de Chaillot, et aboutissant au pied du Mont-Va lérien. La partie située sur la rive gauche forme un carré long, limité par la route secondaire qui, au petit Montrouge, s'écartant de la grande route d'Orléans, passe au-dessous du bois deMeudon et de Clamart, point auquel nous nous arrêtons actuellement.

Cet espace offre, sous le rapport géologique et minéralogique, plusieurs observations intéressantes. Le vaste bassin de craie, qui renferme les di verses substances dont est composé le sol des environs dc Paris, nous pré sente ici quelques pointes qui pénètrent au travers des ditîérents terrains, ct parviennent presque jusqu'à la surface. Elles y forment comme autant d'îles, dont les autres terrains bordent les contours. Meudon est le heu le plus voisin de Paris où l'on retrouve ainsi la craie, presqu'à la surface du sol. Elle n'y est recouverte en quelques endroits que d'une couche fort mince d'argile plastique. Cette masse de craie présente dans sa partie supérieure une espèce de brèche, dont les fragments sont de craie et les intervalles d'argile. En avant de la verrerie de Sèvres, elle s'élève de quinze mètres au-dessus du niveau de la Seine.

On peut facilement suivre la direction de la craie entre Meudon, Sèvres et Saint-Cloud. Les caves des maisons de Bellevue, les fondations du pavillon d'Italie au parc de Saint-Cloud, sont établies dans la craie. Sur d'autres points, on la retrouve en creusant un peu plus profondément. Dans la plaine du Point-du- Jour, au sud d'Auleuil, en perçant un terrain formé d'un sable rougeâtre ei de cailloux roulés, d'environ cinq mètres d'épaisseur, on arrive à la craie. Là, elle n'est recouverte ni d'argile plastique, ni de calcaire marin, comme dans plusieurs autres lieux. L'argile plastique ne se fait voir nulle part à la surface du sol; mais on l'exploite sur plusieurs points où elle s'offre par couches peu profondes et continues. Celle qui recouvre la craie à Meudon est d'un rouge presque! pur.

Cette mème couche se prolonge jusqu'à Centilly. On l'exploite à Vanvres. Le calcaire marin ne se montre sur l'autre rive que dans une colline étroite, qui s'étend de Chaillot à Passy. Au nord-ouest, le calcaire va s'en foncer sous le terrain de transport ancien qui forme le bois de Boulogne et la plaine des Sablons. En creusant à la porte Maillot, au travers du sable et des cailloux roulés, jusqu'à la profondeur de quatre mètres, on trouve les premières couches de calcaire. Les bancs calcaires ont leur plus «rande épaisseur à Passy. Ils y présentent une masse de douze à treize mètres. Là on traverse environ vingt-quatre couches calcaires ou sablonneuses avant d'arriver aux bancs. Les couches supérieures renferment assez souvent des masses de quartz, nommées lenticulaires, composées de cristaux groupés et convergents.

Toutes les couches ont environ sept mètres d'épaisseur. On suit les bancs calcaires au delà d'Auteuil. A Chaillot, on les perd à cent dix ou à cent cinquante mètres des bords de la Seine, tandis qu'à Passy on les retrouve encore jusqu'à quatre cent cinquante mètres des rives de ce fleuve. Des observations récentes donnent lieu dc croire que ce terrain de troisième formation, réduit alors à Tétat de marne calcaire jaune, se conti nue de l'ouest à l'est, pour former le premier plateau qu'on rencontre en sortant de Paris par la barrière du nord. Sur la rive gauche, le calcaire se montre à chaque pas. Ii forme un plateau qui s'étend de Meudon à Montrouge, Ce plateau est limité à l'est par COUP D'tìElL GÉNÉRAL. 3 un vallon, où coule la rivière des Gobelins. Tous les bancs calcaires sont coupes par le vallon, en sorte que la petite rivière coule sur l'argile plasti que.

Le calcaire s'étend jusque dans Paris. Là, les bancs devenus minces, friables et marneux, ont, comme on sait, menacé pendant quelque temps les édifices qu'ils supportent. Les bancs calcaires paraissent s'amincir sensiblement, à mesure qu'on se rapproche du lit de la Seine. Vers Gentilly, ils présentent une masse de quinze à dix-sept mètres d'épaisseur; près d'Issy, on n'a plus que dix à douze mètres de calcaire à traverser, pour arriver à la glaise. Dans la plaine de Grenelle, il a tout à fait disparu ; et l'on trouve la craie presque immédia tement au-dessous du sol d'atterrissement, composé de silex roulés dans un sable argileux et ferrugineux. Ce sol a, près de l'École militaire, six à sept mètres d'épaisseur. De nombreuses carrières ouvertes dans la plaine de Montrouge, jusqu'à Vaugirard, Issy, Meudon, etc., ont fait connaître la disposition ordinaire des couches calcaires.

Une carrière observée à Meudon a présenté vingt bancs distincts de marne calcaire et de calcaire marin à coquilles, formant, en y comprenant le calcaire sablonneux, une masse de vingt-trois à vingt-quatre mètres. En quittant Meudon, et nous dirigeant un peu vers le sud, nous arrivons au vallon de Sèvres, bordé sur ses deux côtés de carrières nombreuses, d'où l'on ne tire pas d'aussi bonne pierre que de celles de la plaine dc Mont rouge : la raison, cn est qu'on ne retrouve ici que les couches calcaires in férieures, c'est-à-dire celles qui sont immédiatement posées sur la craie : si tuation où elles sont toujours sablonneuses, friables, d'un jaune ferrugineux, où elles ontperdu enûnles qualités ordinaires du calcaire. Hen est de mème du plateau calcaire de Saint-Cloud, qui offre aussi de nombreuses carrières.

La formation gypseuse ne s'offre ici que sur la rive gauche. On retrouve du gypse dans le vallon de Meudon, sur le chemin du village aux Mouli - neaux, et dans celui de Sèvres. Quand on monte à Clamart, on quitte le pla teau calcaire, et l'on s'élève sur le terrain gypseux. On trouve là plusieurs plâtrières. La masse de gypse y varie d'épaisseur. Elle s'amincit sur le bord des coteaux, à tel point qu'elle finit par ne plus valoir les frais d'exploitation. Vers le milieu, elle a jusqu'à six mètres d'épaisseur. Le terrain de septième formation recouvre, comme nous Pavons dit pré cédemment, presque tous les autres terrains, au sud de la Seine. La plupart des bois des environs de Paris, tels que ceux de Clamart et de Meudon, sont sur le grès ou sable sans coquilles ; et, dans les environs de Meudon et dc Sèvres, il y a des blocs de grès qu'on exploite pour paver les routes de sceond ordre de ces environs.

Au-dessus de cette formation, et sur le plateau dc Meudon seulement, est, au moins en quantité remarquable, la meulière sans coquilles, gisant par bancs minces et interrompus, et qu'on n'exploite que pour les constructions. Le terrain d'eau douce, abondamment répandu dans la portion du sol que nous décrivons, ne nous y offre rien de remarquable ; enfin, le limon d'at terrissement se présente à nous sur deux points principaux. Dans la vallée formée par la plaine de Grenelle et le bois de Boulogne, et traversée par Ip Seine, ces terrains d'atterrissement, ainsi que plusieurs autres des environs de Paris, sont tous composés dc la même manière: « c'est-à-dire, d'un pla » teau calcaire élevé, placé à une certaine distance du lit actuel de la Seine, » et d'une plaine qui tantôt descend insensiblement de ce plateau vers la » rivière, tantôt part du pied escarpé du plateau.

Cette plaine est toujours » composée de limon brunâtre, près de la rivière; de sable fin, dans son » milieu ; et de gros sable ou même de cailloux roulés, vers le pied du pla » teau (1). » Ces différenis terrains offrent, ainsi qu'on vient de le voir, d'utiles maté riaux à plusieurs exploitations industrielles ; la terre végétale qui les re couvre est riche en produits agricoles. Les plaines assez inégales qui aboutissent au pied de Meudon sont ensemencées de grains ; les hauteurs qui les limitent sont couvertes de bois ; et, sur l'autre rive de la Seine, le bois de Boulogne presque entier est compris dans la presqu'île que forme le cours sinueux de ce fleuve. j De plusieurs points de cette chaîne qui borne les regards au sud-ouest de Paris, la vue, après avoir parcouru les sites les plus pittoresques, peut pla ner sur les édifices de cette grande cité.

C'est de là qu'il faut voir Paris dé rouler sa magnifique enceinte sur les campagnes environnantes que ses fau bourgs immenses lendent à dévorer de jour en jour. Une colline qui part de l'Étoile, et se prolonge le long de la Seine, au delà d' Auteuil, vivifie les bords assez nus de ce fleuve. Voici l'élévation des points principaux de cette portion du sol : (t) Géographie minéralogique des environs de Paris, par MM. Cuvier et Brongniard, io-4«, p»ge 2J4. COUP D'ŒIL GÉNÉRAL. 5 La base des hauteurs de Meudon et de Bellevue forme de ce côté la limite entre les départements de la Seine et de Seine-et-Oise ; à Sèvres et à Saint- Cloud, c'est la Seine qui établit cette limite. De ces hauteurs à Paris, le cours de ce fleuve sert de division entre les arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux. LIEUX. au-dessus du zéro DU PONT DE LA TOUKNELLE.

Passy, Sommet du calvaire Bois de Boulogne. Rond des Victoires Porle des Princes Plaine des Sablons, près la porle Maillot P.ed de la lanterne du parc de Saint Cloud Sèvres. Sommet du calcaire, au haut du val on Meudon. Plateau sableux, au n z-de-chaussée du château Clamait. Ouverture du puits de la carrière à plâtre .• Seine (la) à Sèvres. Eaux moyennes, huit pieds plus basses qu'à Paris, suivant Picard 30 m'tres. 28 « 14 » 18 » 80 » 69 » 161 » 99 » 2 »

Chapitre II. Chaillot, Passy, Auteuil, Boulogne

$ I«. — Chaillot. Avant de franchir les limites de la capitale, arrêtons-nous un moment à Chaillot, qui forma longtemps un village particulier, remarquable par son heureuse position sur la colline qui domine la rive droite de la Seine. A une époque très-reculée, et du temps des rois de la première race, il n'y eut dans toute l'étendue du pays compris dans l'angle formé par le cours dc la Seine, au-dessous de Paris, qu'un seul lieu du nom de Nimío qu'on a tra duit par celui de Nijon. Chaillot, cité, pour la première fois, dans un acte de la fin du xt siècle , porta les divers noms de Caleio, Callevio, Challoio, Caloilum et enfin de Challoel. Ce n'est qu'au xive siècle que Ton commença à écrire Chailluyau, nom qui fut encore changé dans le siècle suivant, en ceux de Chaitleau, Châleau et Chai liau, d'où il est facile de faire dériver le nom actuel.

Chaillot fut de bonne heure érigé en paroisse ; en 1097, cette cure appartenait au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Des auteurs qui ont écrit sur Chaillot rappellent le nom et la généalogie d'un grand nombre de seigneurs fort obscurs : nous nous garderons bien de les imiter. Nous dirons seulement qu'en 1430, à l'extinction des seigneurs par ticuliers de cette terre, elle passa comme vacante sous la domination du seigneur de Marly-le-Château, mais que le roi en conserva la haute-justice avec le droit d'aubaine et biens vacants appartenant au haut-justicier, droits dont il se démit bienfôt en faveur de Philippe de Commînes, son chambellan. Plus tard, la haute-justice de Chaillot revint à la couronne; mais nous trouvons, dans une sentence dc 1G33, qu'elle appartenait au maréchal de Bas sompierre, également connu par sa galanterie et par ses exploits militaires.

Plus tard, enfin, la haute-justice passa aux religieuses de la Visitation. Mais arrètons-nous un moment pour retracer l'origine de cette communauté et de quelques autres plus anciennes qu'on vit pendant longtemps à Chaillot. Les ducs de Bretagne avaient, au xiv" siècle, une maison de plaisance sur l'emplacement mème de l'ancien village de Nijon, dont elle conservait le CHAILLOT. 7 nom. Cette maison fut destinée par la reine Anne de Bretagne, femme de Charles VIII, à rétablissement d'un couvent de Minimes, appelés commu nément les bons hommes, parce qu'à la cour de Louis XI on avait coutume d'appeler du nom de bon homme François de Paul, fondateur des Minimes ; ce fut le premier couvent que cet ordre posséda dans les environs de Paris! La reine y fit bâtir une église, sous le titre de Notre-Dame de toute grâce, qui ne fut entièrement achevée que sous François I".

Sur le fronton du portail de cette église étaient placées trois figures, qui n'avaient guère la mine catholique : leur attitude n'était rien moins que pieuse; et peut-être pourrait on présumer qu'elles représentaient quelques divinités païennes qui auraient orné autrefois le manoir de Nijon: ce ne serait pas la première fois que la dévote ignorance aurait fait de semblables bévues. Catherine de Médicis avait fait bâtir à Chaillot une maison en forme de palais : cette maison avait été embellie par Bassompierre; et, sous Henri IV, elle portait le titre de maison de Grammont, lorsque Henriette dc France, cette reine malheureuse, fille de Henri IV, et femme de Charles I", précipitée du trône d'Angleterre, vint y ensevelir sa douleur en s'y établissant avec les religieuses de la Visitation qu'elle y attira auprès d'elle.

Le couvent de Chaillot devint le lieu de la sépulture de sa fondatrice et de tous ses proches, obligés de s'expatrier et de chercher en France un asile que leur refusait TAngleterre. Charles ler, Jacques II, sa femme et sa fille Marie furent tous inhumés à Chaillot; mais le couvent obtint plus tard un autre genre de célébrité dont il est temps de parler. U n'est personne qui ne connaisse les amours et l'infortune de cette belle et intéressante Lavallière; il n'est personne qui, en lisant le récit de sa vie, n'ait partagé ses chagrins, lorsque son âme ardente et sensible eut à gémir sur l'inconstance d'un roi qu'elle aimait pour lui-même, lorsqu'elle se vit un objet d'indifférence aux yeux d'un monarque qui avait mis tout en œuvre pour séduire sen cœur et enflammer son imagination. C'est à Chaillot, c'est dans le couvent fondé par Henriette de France, qu'elle courut ensevelir ct son amour et le souvenir de ses faiblesses; c'est là que Colbert vint, de la part de son maître, l'arracher encore une fois à la douceur d'une vie paisible, pour la reporter au milieu du faste et de l'intrigue d'une cour qui lui convenait si peu, et qu'elle devait bientôt abandonner une seconde fois pour consacrer le reste de ses jours à l'humilité et à la pénitence.

La sœur Louise de la Miséricorde mourut au couvent des Carmélites, à Paris. Dès lors, et depuis 1659 (1), Chaillot était devenu un des faubourgs de Pa ris, sous le nom de faubourg de la Conférence; mais il faut remarquer qu'il (1) Voyez édit de juillet 1659. le fut plutôt de nom que réellement, car il n'était point assujetti aux mêmes règlements que les autres faubourgs; le vin seul y payait droit d'entrée, et cela pour remplacer le prélèvement de 4t,000 livres de tailles imposées à ce village depuis quelques années. Du reste, tout ce qui venait de Chaillot à Paris payait l'entrée; le village ne relevait point du Châtelet, mais avait ses juges particuliers ; et on ne le voit point figurer dans les arrêts du conseil de 1674 et de 1702, qui fixent l'entrée de Paris et sa division en quartiers.

Chaillot n'était cependant pas encore très-considérable. II ne consistait que dans une seule rue; et sa population n'est portée, dans le dénombrement de 170'J, qu'à deux cent vingt feux. Celui de 1745 porte le même nombre. Plusieurs personnes célèbres ont illustré Chaillot par leur séjour : entre autres le président Jeannin, dont le caractère franc, juste et loyal ne se dé mentit pas un instant au milieu des troubles civils enfantés par une politique insidieuse autant que par le fanatisme religieux, et ce Mézeray, regardé gé néralement comme l'historien le plus impartial de l'ancienne monarchie, mais qui, pour obtenir une modique pension, proposait à Colbert de passer Vèponge sur tout ce qui pourrait lui déplaire dans son Histoire de France. L'église des Minimes était alors devenue celle de la paroisse.

On y voyait les tombeaux de François de Veyni d'Arbousé, femme d'Antoine Duprat, d'odieuse mémoire, cardinal et chancelier de France sous François I"; celui du comte de Rantzau, maréchal de France. Aujourd'hui Chaillot ne doit plus compter au nombre des villages voisins de Paris, puisqu'il se trouve dans Penceinte même de la ville dont il forme l'un des plus agréables faubourgs, tant par sa position entre les Champs- Elysées, le cours de la Seine et le bois de Boulogne, que par les riantes habitations et les jardins charmants descendant en amphithéâtre jusques aux bords de la rivière. Tous ces avantages y attirent, dans la belle saison, ceux qui, fatigués du tourbillon de la ville, vont y chercher la paix et le calme que permet trop rarement dans les cités une vie active et laborieuse. On sait que c'est à Chaillot, sur le penchant de la colline qui domine le cours de la Seine, et en face de l'École-Militaire, que Napoléon avait jeté les fondements du superbe palais destiné au roi de Rome, monument qui n'a point été exécuté.

S II. — Passy, Passy ou Paci forme du côté de l'ouest la limite de Paris, dont il peut êtro regardé comme un faubourg; c'est un gros village situé au sommet et sur le penchant d'une colline, dont le pied n'est séparé du cours de la Seine que par la grande route de Paris à Versailles. PASSY. 9 Bien que ce lieu ne remonte pas à une très-haute antiquité, cependant nous trouvons, dès l'an 1250, dans le voisinage d'Auteuil, un endroit nommé Pa ciacum. Ce n'était alors qu'un simple hameau, qu'un groupe de quelques maisons dépendantes de la paroisse d'Auteuil (1). Dans le siècle suivant, les habitants de Passy reçurent, par lettres de Char les V, la permission de clore leurs héritages de murs faits à sable et à chaux, et mémo de prendre et étrangler les conils (les lapins) qui y feraient des dégâts.

Enfin les seigneurs de Passy, dont il serait trop long de donner ici la liste, y firent bâtir, vers la fin du xvi« siècle, une petite chapelle, dédiée à Notre- Dame-de-Grâce, et, en 1667, une église qui fut bénite la même année. Alors une cure fut établie à Passy, non sans beaucoup de difficulté ; car la dame du lieu fut obligée de transiger avec le chapitre de Saint-Germain l'Auxerrois de Paris, qui avait le droit de nomination à la cure d'Auteuil, dont relevait Passy, ainsi qu'avec le curé de ce village, dont la juridiction allait se trouver restreinte ; la charte accordée à la dame, par l'archevêque dc Paris, stipulait que la cure de Passy appartiendrait à la communauté des Bernabites, « parce que, dit l'abbé Lebeuf, M. de la Brunetière, vicaire )i général, s'était aperçu que les habitants de ce lieu, profitant du voisinage » de Paris, attiraient si souvent leurs vicaires en cette ville qu'ils ne restaient •- presque jamais à Passy.» Quoi qu'il en soit, Passy eut pour fête patronale Y Annonciation.

II fut même réglé que ce jour-là, « le chapitre de Saint-Germain » y enverrait un chanoine, pour y faire l'offìce, lequel prendrait son repas » chez les pères Barnabites : ce qui s'est pratiqué exactement, ajoute l'abbé » Lebeuf. » Une circonstance assez singulière se rattache à rétablissement de la com munauté des Barnabites à Passy. Un conseiller au parlement de Paris avait depuis peu fait bâtir dans ce lieu une maison superbe, dont le séjour, et sur tout le point de vue qui s'étendait sur un horizon immense, charmait tous ses loisirs. Ce conseiller avait été rapporteur d'une affaire, dans laquelle il avait fait dépenser beaucoup d'argent, à un malheureux plaideur, qui, après tout, avait fini par perdre son procès. Le plaideur nourrissait depuis long temps dans son cœur le désir et l'espoir do se venger un jour, lorsqu'il ap prend que son rapporteur vient de consacrer des sommes immenses à élever à Passy un petit palais, dont la possession fait ses délices; il y court, achète un terrain qui se trouve au-dessous de celui du conseiller, et y fait bâtir lui-même une maison beaucoup plus haute que celle du juge, qui se trouve, par conséquent entièrement masquée; celui-ci ne put supporter un tel sujet (1) On trouve bien dès le xii" siècle un magister Simon de Passiaco, mais rien n'indique que maître Simon ne fût pas d'un aulre Passy : car on connaissait alors plusieurs lieux de ce nom.

S d'affliction ; et les Barnabites eurent presque pour rien la maison où s'établit leur communauté. Passy prenait donc chaque jour de l'importance ; des maisons élégantes s'y élevaient; les riches habitants de la capitale venaient y passer les moments de loisirs qu'ils pouvaient dérober aux affaires. La découverte d'eaux thermales, en 1658, fut aussi une circonstance remarquable dans l'histoire de ce village ; les étrangers s'y rendirent en foule ; ses limites s'étendirent ; l'elégance fut introduite dans les demeures; et bientôt un château s'éleva en amphithéâtre sur le penchant dc la colline qui domine la route de Versailles. Tel était ce beau village. La Révolution passa, et ses monuments et son château furent respectés; les alliés vinrent camper à Boulogne, et ses monuments ct son château furent dévastés : c'est surtout en 1815, que Passy, tour à tour occupé par les Prussiens et les Anglais, eut le plus à souffrir ; la plupart des maisons de ce malheureux village furent pillées et ravagées.

Aujourd'hui, l'heureuse situation de Passy, la proximité de la capitale, la salubrité de l'air qu'on y respire, le voisinage du bois de Boulogne, et ses deux sources d'eaux thermales en font un des plus agréables séjours des en virons de Paris, et y attirent, chaque année, un nombre considérable de Français ct d'étrangers. Les eaux les plus fréquentées de Passy sont maintenant dans une maison charmante, appartenant au baron Delessert; elles coulent dans un jardin vaste et commode, orné de bosquets, d'allées ombragées, et de terrasses sous lesquelles sont pratiquées des galeries élégantes, en sorte que les buveurs peuvent se promener en tout temps à l'abri du soleil de l'été, ou des frimas de l'hiver. Lc château est d'une belle apparence ; il se compose de deux gros pavillons séparés par un corps de logis; ses jardins sont grands ct très-bien distribués.

Le village de Passy est bien bâti; la grande rue qui le parcourt dans toute sa longueur rappelle celles de la capitale ; les maisons y sont en général élé gantes ct accompagnées de jardins où l'on retrouve le goût qui distingue ceux de Paris ; plusieurs manufactures, dont la plus importante esl la raf finerie de sucre appartenant à M. Delessert, y entretiennent Taisance et Tac tivité. La population de Passy est de 11,500 habitants environ. Celui dont on a dit qu'il sut dompter la foudre et les tyrans, Franklin, habita longtemps Passy ; une rue porte son nom. Le village de Passy appartient au département de la Seine, arrondissement de Saint-Denis, canton de Neuilly. Deux chemins de fer conduisent à Passy; celui de ceinture et le chemin de fer américain. L'admiaisUation a résolu d'évilcr, à laide d'un puits artésien, les dépenses AUTEUIL. 11 incessantes occasionnées par Talimentation des lacs ct des rivières du bois de Boulogne.

On établit donc en ce moment dans la plaine de Passy, aux portes du bois, un puits dont les proportions dépassent celles du fameux puits de Grenelle. Commencé en juillet 1S55, le puits de Passy n'a pas moins de un mètre 10 centimètres de diamètre. On calcule que la couche des grès verts qui doit fournir Teau est située à 5S0 mètres au-dessous du sol. Passy possède peu de monuments. On y remarque, toutefois, une tour, dans la rue de ce nom; débris présumé du domaine dc Philippe lc Bel; le château qui a appartenu à madame de Lamballe, ct qui est occupé par le célèbre établissement du docteur Blanche ; le pensionnat des frères, établi cn 1844, vaste établissement dont la chapelle renferme quelques peintures passables; dans la rue Basse, au n° 22, la maison qu'a habitée Béranger; le carrefour des Sept-Routes, d'où Tœil embrasse un vaste panorama; Thôtel Valentincis et ses vastes jardins.

Parmi les célébrités qui ont afflué à Passy, il faut citer J. J. Rousseau qui vint, sur Tavis de son médecin, prendre les eaux minérales; le financier Berton, mesdames Contât, Baucourt, Vestris, Guimard, le marquis de Bièvre, Piron, Marmontel, Collé, Dugazon, Fréville, Dazincourt, André Chénier, Picard, Hoffmann, Renouard, MonteiL Droz, La Tour d'Auvergne, le général Moreau, Goldoni, Marsollier, Piccini, Gossec, l'abbé Gérard, Michaud, Villemain, le comte Portalis, Limeyrac, etc., etc. Nous avons parlé dans Tappendice de Thistoire de Paris du bal du Ranelagh. S III. — Auteuil. Ce village, fameux par plus d'un souvenir, est situé sur lc prolongement de la colline dont Passy occupe une partie, à la droite de la grande route et de la Seine, et à la distance d'environ six kilomètres du centre de Paris.

L' existence de ce village ne remonte guère qu'au xn° siècle ; du moins les premiers titres qui en font mention sous le nom d'Altoulium, d'Alolium ou Autolium, sont de celte époque. L'heureuse position d'Auteuil et sa proximité de la capitale lui donnèrent de bonne heure de Timportance. Le portail de son église rappelle le goût et le travail du xm* siècle. La seigneurie d'Auteuil appartenait alors à Tabbaye de Sainte-Geneviève, qui y possédait une belle n-iaison de campagne. II paraît, mème qu'à cette époque les vignes d'Auteuil avaient une certaine réputation, car « les cha » noines de Sainte-Geneviève vendaient à des évêques le vin qui en prove » nait. » Des chanoines de Notre-Dame de Paris, qui possédaient aussi des vignes en ce lieu, en gratifiaient leur église, afin que, du revenu, il fût fait lc jour de leur anniversaire, après leur mort, un repas à quatre services, a slationem quatuor ferculomm (1).

Dans un dénombrement de 1745, le nombre des feux d'Auteuil est porté à cent dix ou cent vingt : ce qui suppose plus de 500 habitants. Auteuil était alors et fut toujours depuis le rendez-vons des savants et des gens de lettres. Qui n'a retenu par cœur ces beaux vers que le plus éloquent de nos poètes modernes a consacrés à cet aimable séjour ? Auteuil 1 lieu favori, lieu saint pour les poètes ! Que de rivaux de gloire unis sous tes berceaux I C'est là qu'au milieu d'eux l'élégant Despréau:,*, Législateur du goût, au goût toujours fidèle, Enseignait le bel art dont il offre un modèle; Là, Molière, esquissant ses comiques portraits, De Chrysale ou d'Arnolphe a dessiné les traits ; Dans la forêt ombreuse, ou le long des prairies, La Fontaine égarait ses douces rêveries; Là, Racine évoquait Andromaque et Pyrrhus , Contre Néron puissant faisait tonner Burrhus ; Peignait de Phèdre en pleurs le tragique délire.

Ces pleurs harmonieux que modulait sa lyre Ont mouillé le rivage ; et de ses vers sacrés La flamme anime encor les échos inspirés (a). C'esl en effet à Auteuil qu'aimaient à se réunir ces grands hommes pendant la belle saison. Leur rendez-vous était la maison de Boileau, située dans un lieu fort agréable. On la voit encore aujourd'hui dans la seconde rue à gau che après l'église, sur la route de Saint-Cloud. Le joyeux Chapelle et le célèbre Baron, que Molière élevait et chérissait comme s'il eût été son fils, venaient souvent égayer cette illustre société. C'est là que pour ne pas perdre le goût et Thabitude de la satire, on plaçait sur la table, au milieu des plus brillants festins, les quatorze mille quatre cents vers du malheureux Chape lain, et que celui à qui échappait la plus légère faute de français, étail con damné à en lire quelques pages.

Dans ces réunions, la conversation roulait le plus ordinairement sur la littérature ou la morale; mais il arrivait quelquefois aussi qu'on oubliait à table les préceptes gênants d'une philosophie austère pour s'accommoder aux principes plus faciles d'une morale enjouée: il n'est guère personne qui ne connaisse Taventure singulière arrivée dans l'un de ces soupers d'Auteuil, où la raison ne conservait pas toujours son empire (3). Voici comment (I) Nécrologie ecclésiastique, Paris. (2) M.-J. Chénier, voyez son élégie sur la Promenade, tom. II des OEuvres posthumes, édition de 1825, in-8». *** (3) Je croyais cette anecdote assez répandue pour ne pas devoir la rapporter ici, surtout depuis qu'elle a fuurui à l'un de noa écrivains les plus spirituels le sujet d'une jolie comédie; mais je me suis convaincu, AUTEUIL. 13 Racine fils raconte ce fait : « Le vin ayant jeté tous les convives dans la mo » raie la plus sérieuse, leurs réflexions sur les misères de la vie, et sur cette » maxime : que le premier bonheur est de ne point naître, et le deuxième de mourir » promptement, leur firent prendre Théroïque résolution d'aller sur-le-champ » se jeter dans la rivière: ils y allaient; elle n'était pas loin.

Molière alors » leur représenta qu'une si belle action ne devait pas être ensevelie dans les » ténèbres de la nuit ; ils s'arrêtèrent et se dirent en se regardant les uns » les autres : II a raison! A quoi Chapelle ajouta : Oui, messieurs, ne nous » noyons que demain, et en attendant, allons boire le vin qui nous reste. » H faut dire toutefois que cette anecdote a paru controuvée à plusieurs, et que Voltaire la dément formellement (1). Boileau affectionnait singulièrement cette demeure; cependant il la vendit sur ses vieux jours, espérant comme le lui avait promis Tacquéreur, qu'il continuerait à y vivre comme chez lui ; mais voyant bientôt son espérance trompée, il se retira à Paris, et ne reparut plus à Auteuil. Le fameux d'Aguesseau eut aussi une maison à Auteuil. Plus tard, ma dame Helvétius vint y fixer sa retraite, y pleurer un époux dont le nom faisait sa gloire (2), et rappeler le souvenir des réunions qui avaient illustré Auteuil dans le siècle passé, en même temps que sa candeur et sa bienfaisance répandaient le bonheur autour d'elle.

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