Introduction
En publiant une géographie économique des États de l'Europe, l'auteur s'est proposé, sans négliger le travail d'information nécessaire à tout livre de ce genre, de mettre en relief le rapport qui unit la terre à l'homme. II a recherché le moyen de dominer la multitude des faits et des statistiques, non par des lois, mais par des remarques appropriées au caractère particulier de chaque Etat. II a tâché de rendre un peu vivante la nomenclature, de la raisonner, ce qui semble, en fin de compte, le seul moyen de lui permettre l'accès des mé moires. On voudra bien accueillir avec indulgence cette ten tative de réforme de la géographie économique, qui d'ailleurs n'est point la première. Je sais que plusieurs maîtres se sont voués à cette lourde tâche et ont essayé
INTRODUCTION.
. VI d'associer l'économie politique à la géographie. II ne me semble point pourtant que jusqu'ici cette tâche ait été bien fructueuse. Peut-être valait-il mieux laisser chacune des deux sciences à son rôle spécial; géographes et économistes se rendront les meilleurs services à condition que chacun reste chez soi. Cet ouvrage en particulier doit beaucoup aux économistes, non à ces hommes bardés de principes et dont les doctrines ne se laissent jamais gagner à la lumière des faits, mais aux penseurs originaux qui ont fait une science de ce qui était jadis pour tous et est resté pour quelques-uns une sorte de religion mystique et obscure. II me semble que l'économie politique doit précisément au goût salutaire de quelques-uns de ses représentants pour les études géographiques la réforme pratique dont les effets commencent à se faire sentir.
Les déductions dogmatiques, les débats doctrinaires deviennent plus rares dans les livres qu'elle inspire; en revanche, les remarques ingénieuses que suggère la considération patiente et approfondie des faits y prennent de plus en plus leur place, au grand bénéfice des idées justes et aussi de l'intérèt national. Les géographes ont grande ment profité de cette réforme. C'eût été grand'pitié pour notre pays que la lutle de principes se fût perpétuée entre les apôtres du libre échange, « beati possidentes » depuis une vingtaine d'années, et ceux de la protection. On éprouvait, en assistant à ces tournois où l'on frappa plus d'un coup de Jarnac, l'impression pénible que doivent ressentir les hommes de guerre à la vue d'une charge héroïque et inutile d'escadrons sacrifiés d'avance à la mitraille. Que
INTRODUCTION.
. VII de forces perdues! Que d'animosité dépensée en pure perte! En allant au fond des choses, et sans plus ap prouver les apôtres de la protection que ceux du libre échange, n'est-on pas tenté de croire que la réaction dont nous sommes témoins représente en réalité une révolte du sens pratique contre l'abus des doctrines? réaction parfois aveugle et brutale, comme toutes les réactions, mais bien nécessaire dans l'intérèt même de l'économie politique, et salutaire par ses conséquences les plus générales. De la bataille acharnée qui se livre et dont aucun des deux partis ne sortira vainqueur, résul tera un profond discrédit des doctrines absolues, un désir universel de se retremper dans les éludes pratiques, minutieuses, un parti pris de s'en tenir aux leçons de l'expérience. Eh quoi! au moment même où la France a besoin d'hommes bien et vite informés pour résister à la concurrence industrielle et commerciale de peuples nés d'hier à l'activité économique et déjà puissants, où il lui faut, dans cette lutte, de véritables diplomates, souples, déliés, alertes, prompts à profiter d'un renseignement saisi au vol, d'une indiscrétion livrée par hasard, vous alliez lui former une génération de lourds doctrinaires !
Cette tendance est déjà bien assez funeste dans le do maine des études qui n'intéressent point la réalité, qui ne compromettent qu'indirectement la fortune publique. Quels ravages n'exercerait-elle point en économie politique! Par bonheur les plus avisés des économistes ont vu le danger : il se forme aujourd'hui, entre les deux camps, un tiers-parti d'où viendra le salut. Nous reconnaissons ici bien volontiers ce que nous devons aux économistes, comme ils reconnaissent le
INTRODUCTION.
. service que leur a rendu la géographie. II nous a fallu, néanmoins, réagir çà et là contre certaines habitudes encore en vigueur presque partout. Ainsi on a coutume, dans les études économiques, de comparer par catégories les moyens de communication des États dont on veut établir les rangs : par exemple, tel auteur, examinant la condition des réseaux de voies ferrées en Europe, conclut, du rapport qui existe entre la longueur des lignes et la superficie ou la population du pays, à la bonne ou mauvaise condition des transports, et le classe, d'après ce critérium, à un rang bas ou élevé. Or rien n'est plus artificiel que ce mode de comparaison. Appliquer la même mesure à l'Espagne, presque privée de voies navigables, et à la Hollande coupée d'admirables canaux, c'est commettre un contre-sens géographique : les voies ferrées sont le mode principal de transport pour l'Espagne, le mode secondaire pour la Hollande. 11 n'y a de comparaison valable 'et légitime que celle qui étudie les rapports entre les systèmes complets de voies de communication de chaque pays, navigation, cabotage, canaux, voies ferrées.
Bien plus, le géographe qui compare, en considérant leur seule longueur, des voies de même nature, risque souvent de se tromper. Peut-il comparer un kilomètre des canaux hollandais, larges et profonds comme une Neva ou une Volga, avec un kilomètre de certains canaux des régions houillères d'Allemagne où l'on n'a pas un mètre de ti rant d'eau! De même, telle ligne de chemins de fer compte deux, trois ou quatre voies, souvent davantage dans les pays d'industrie intense : la comparerez-vous gravement avec une ligne où la voie est unique, et sou-
INTRODUCTION.
. IX vent fort étroite? Autre erreur. II arrive parfois qu'en étudiant les questions de concurrence des grandes lignes internationales, on se contente d'ajouter bout à bout les longueurs kilométriques données par les indicateurs pour proclamer l'avantage de la ligne qui compte le plus petit nombre de kilomètres entre deux points donnés. Or on néglige la question des pentes qui diminue les vitesses, accroît la dépense de combustible; un train parcourra plus vite et à meilleur compte 1,200 kilomètres en pays de moyen relief, que 900 kilomètres en terrain accidenté, sur des rampes, sur des courbes dan gereuses. Avant de raisonner le compas et l'indicateur à la main on devrait toujours s'assurer que l'on compare des quantités de même nature! II est probable qu'il reste encore dans notre livre bien des erreurs analogues à celles que nous venons de si gnaler.
Nous sollicitons les critiques, les avis des lec teurs dont le métier touche d'une manière quelconque à notre métier de géographe, et certes... ils sont nombreux. Dans les études géographiques qui confinent à tant de domaines divers, le progrès ne peut s'accomplir que grâce à une coalition de bonnes volontés et de com pétences d'origine diverse. L'erreur y est facile aux individus, et, pour la même raison, plus excusable peut ètre que partout ailleurs. Nous avons essayé, en inno vant, d'améliorer l'œuvre de nos devanciers; nous de mandons qu'on nous applique la même mesure, dans l'intérêt d'un enseignement qui peut rendre tant de ser vices en France. La géographie économique est (out particulièrement grande emprunteuse : elle prend son bien partout où
INTRODUCTION.
. X elle le trouve, et elle le trouve partout. C'est le charme et le danger de cette étude. Nous avons essayé d'éviter un autre écueil. Comment comparer les conditions du développement économique des États rivaux de l'Europe sans être entraîné à perdre parfois le sentiment de la courtoisie internationale, à mettre en relief avec complaisance les difficultés de la situation d'un adversaire de la France, à dissimuler ses avantages et ses mérites? A coup sùr la justice est plus difficile à observer en cette matière qu'en matière historique. Rien ne surexcite plus vivement que la considération des intérêts matériels dont la lutte se poursuit sans frein, sans relâche. Aujourd'hui, les conflits com merciaux sont marqués d'un caractère d'âpreté impi toyable; tel tarif de douanes, tel traité de commerce sont des armes autrement terribles, plus efficaces à la longue que les engins de guerre.
La guerre économique entre dans les calculs des plus profonds politiques, trop heureux de consommer ou de préparer en pleine paix la ruine de leurs adversaires; et par malheur, la plupart des peuples modernes se laissent encore bercer de cette illusion que, s'il n'y a point mort d'hommes, il n'y a point dommage. A cet égard, les avis des économistes n'auront manqué aux intéressés ni en France, ni ailleurs. II nous a été impossible de perdre toujours de vue l'intérêt français qui nous est cher et présent à l'esprit; les étrangers ne sauraient exiger de nous ce qu'ils ne nous accordent à aucun degré. Mais sans affec ter une indifférence philanthropique qu'on n'a pas be soin, hélas! d'encourager en France, nous avons rendu de bon gré justice à des efforts mème dirigés contre
INTRODUCTION.
. XI nous, signalé sans faiblesse des succès commerciaux souvent obtenus à nos dépens. On sait depuis longtemps en France, où celte pénible vertu a été le mieux pratiquée, que l'on s'honore, sans se nuire, en estimant ses rivaux, qu'en les connaissant mieux, jusqu'en leurs plus écla tants mérites, on se prépare plus dignement à les vaincre. II n'est pas, pour un Français, de meilleur sujet de méditation, que l'essor extraordinaire de l'in dustrie et du commerce de l'Allemagne en notre siècle, que l'habileté des Anglais dans l'organisation de leur empire colonial. Ces observations pratiques, si désa gréables qu'elles puissent être à notre amour-propre, valent mieux que toutes les dissertations de principes sur le meilleur mode idéal de politique économique ou coloniale. C'est, la carte à la main, que l'on doit étudier la géographie économique.
L'intérêt d'un peuple, ses chances de fortune ou de décadence, résultent en grande partie de sa situation ; sans nier Finfluence de la réaction de l'homme qui peut, dans une certaine mesure, corriger les inconvénients naturels de sa condition géographique, et aussi en rendre, par sa maladresse, les avantages illusoires, il faut reconnaître que la part des fatalités naturelles est la plus considérable, celle de l'initiative humaine la moindre. Le Grec n'a ses merveilleuses qualités de commerçant que grâce à l'articulation ex traordinaire du littoral de son pays; cette cause naturelle l'a façonné en bien des siècles et a, pour ainsi dire, incrusté dans le caractère de la race l'habileté commer ciale et maritime. Je veux bien que les exhortations patriotiques et morales aient contribué à inculquer aux
INTRODUCTION.
. Allemands la noble fierté de leur patrie; mais ces belles résolutions n'auraient pas fait de l'Allemagne un pays riche, industrieux, commerçant, une puissance mari time, si l'on n'eût découvert et mis en valeur les ri chesses houillères de la Westphalie, de la Saxe et de la Silésie. Avec trois bassins houillers de plus, j'entends abondants, faciles à exploiter, bien placés, la France n'aurait point tant de sacrifices à faire pour maintenir son rang dans le monde! Voilà un des faits brutaux, matériels, qui expliquent le mieux les révolutions économiques les plus graves de notre temps. II en est beaucoup d'autres dont les géographes doivent démêler finfluence, apprécier le caractère stable ou passager, tirer les conséquences avec logique mais avec réserve. Exercent-ils seuls et pour eux seuls ce délicat métier?
Quelle illusion de le croire! Les économistes se sont plongés, à leur exemple, dans l'étude des influences du sol sur le génie de l'homme et le sort des peuples; et du coup, ils ont rendu à nos sociétés modernes les plus éminents services. Les historiens se perdraient s'ils ne suivaient cet exemple; on s'égare souvent aujourd'hui en cherchant à expliquer par les aspirations sentimen tales des races ou par les convoitises territoriales des peuples les changements d'orientation de la politique européenne, tandis que les questions de tarifs, les con ventions commerciales, deviennent en réalité les plus importantes. Les associations économiques de peuples en temps de paix préparent plus sûrement les guerres de l'avenir que les discussions de protocole et que ces querelles de préséance jadis si redoutables. N'a-t-on pas dit, avec quelque exagération d'ailleurs, que le perce-
INTRODUCTION.
. XIII ment du Saint-Gothard était pour la France un événe ment plus grave qu'une bataille perdue? Mais, le temps aidant, l'exagération d'hier peut devenir, si l'on n'y prend garde, la vérité de demain. La diplomatie se complique chaque jour davantage de ces multiples con flits d'intérêts matériels; les congrès internationaux où l'on échange des compliments sur le bonheur de combi ner, en des séances courtoises, en des conversations fort pacifiques, les moyens de rapprocher les peuples, de marier les intérêts, sont plus gros de pièges que les assemblées d'autrefois où les ambassadeurs discutaient d'un ton solennel et hautain les droits de leurs princes sur un territoire grand ou petit. Et pourtant l' opinion publique n'est pas encore pénétrée de cette grave vérité. Le plus souvent, malgré les avertissements prodigués par les hommes du métier et par la presse, on se pas sionne pour un incident insignifiant de frontière tandis que des faits beaucoup plus importants, comme le raccordement des voies ferrées de la Turquie avec celles de FAutriche, comme la constitution de FÉtat international du Congo, passent presque inaperçus.
Cependant, il peut arriver, et il arrive qu'un incident de frontière résulte d'excès de zèle d'un agent de vingtième ordre, et qu'un congrès, convoqué en apparence pour partager équita blement un avantage entre peuples civilisés, entre peuples chrétiens, comme on dit encore, soit un simple moyen, détourné, solennel et aimable, d'empiéter sur le droit d'autrui. La géographie contribuera, comme l'économie poli tique, à dissiper ces restes de naïveté formaliste des peuples, à donner à chacun la notion juste et la con-
INTRODUCTION.
. science de son intérêt. Telle est l'œuvre à laquelle nous avons tâché d'apporter ici une modeste contribution. En fin de compte, servir cette cause est aussi rendre service à la pacification des esprits, à Fadoucissement des riva lités nationales. Dès que les discussions de strict intérêt auront pris la place des débats sentimentaux, on sera bien plus près de s'entendre, plus porté à se faire des concessions; les chances de colères irréfléchies, d'en traînements soudains, seront diminuées de tout ce qu'aura gagné la « politique des affaires », si souvent recommandée par les économistes, si rarement pratiquée. Bien plus, le jour où ces questions auront obtenu la considération qu'elles méritent, chaque peuple aura gagné une atténuation bienfaisante de ses querelles in testines. Au lieu de parler de principes, de dogmes abstraits, de prêcher la guerre sociale entre des classes qui souvent n'existent pas en fait, de montrer pompeu sement Fantagonisme du travail et du capital, les hommes politiques, devenus avides de faits précis et de chiffres utiles, sentiront la vanité de formules tout aussi vieillies que Fétiquette des cours.
Ce sera la mort du formalisme politique à Fintérieur des États comme dans les relations internationales. II est curieux de constater que les hommes les plus « matérialistes » en philosophie et en religion sont précisément ceux qui ne tiennent aucun compte de la matière dans leurs combinaisons sociales et politiques, qui parlent le plus de principes, qui excommunient leurs adversaires avec le plus de conviction ou du moins de dogmatisme. II y a bien des lois, très mobiles d'ailleurs, à découvrir et à appliquer dans le maniement des intérêts d'un peuple, mais ce
INTRODUCTION.
. XV n'est plus dans le cœur ni dans l'esprit de l'homme en soi qu'il faut les rechercher, c'est dans le « grand livre de la nature ». Là sont les leçons de la sagesse sociale et politique; encore faut-il beaucoup d'application et de peine pour apprendre à les lire. On n'y trouvera point de formules à retenir, capables de séduire les foules, mais une précieuse moisson de faits précis; leur nombre fera peur d'abord, à la longue il charmera; et les plus exigeants en matière de raisonnements logiques y trouveront leur plaisir, sous condition de ne raisonner qu'après avoir beaucoup amassé. M. D. GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE DE L'EUROPE PREMIÈRE SECTION REVISION DE LA GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE. CHAPITRE PREMIER SITUATION ET DIMENSIONS PRINCIPALES. Situation. — L'Europe n'est, à vrai dire, qu'une pé ninsule occidentale de la masse asiatique.
Elle est située tout entière dans Fhémisphère boréal, appelé aussi hémisphère continental. Les contrées qui la composent occupent dans cet hémisphère une position moyenne entre le tropique et le pôle, tandis que les deux autres parties de Fancien continent, FAsie et FAfrique, ont une portion de leur territoire sous des latitudes voisines de Féquateur. I. imite» — La division de Fancien continent en Europe, Asie et Afrique, a été empruntée par les géogra- M. Dubois. — Europe écon. REVISION DE LA GÉOGRAPHIE GENERALE. 2 plies modernes aux anciens, Grecs et Romains, qui n en connaissaient qu'une très faible partie. Par conséquent on n'a essayé d'assigner des limites et des frontières entre l'Europe et FAsie que pour se conformer à cette habitude de division factice. Pour frontière naturelle entre l'Europe et FAsie, il faudrait choisir non pas les monts Ourals qui sont loin de former une ligne continue, mais la suite de steppes et de terres basses qui s'étend de la mer d'Azov à la mer Caspienne, puis de là dans les vallées du Tobol et de FObi jusqu'au littoral asiatique de Focéan Glacial.
L'Europe est séparée de FAfrique, autre péninsule de Fancien continent, par une mer intérieure, la Méditer ranée. Encore faut-il dire que dans ce lac peu profond dont les deux parties du monde sont riveraines, les ri vages se rapprochent entre l'Espagne et le Maroc d'une part, la Sicile et la Tunisie de l'autre. • Au contraire, le bassin de Focéan Atlantique forme une séparation réelle entre Fancien monde et le nouveau. Si la Méditerranée n'a jamais arrêté, mais au contraire beaucoup favorisé les communications entre les trois parties de Fancien continent, il a fallu de longs siècles pour qu'un navire européen pût aborder dans le nouveau monde. Cependant, par Intermédiaire de l'Islande et de la terre du Groënland que des détroits d'une largeur ou d'une profondeur médiocres séparent l'une de l'autre, il y a comme une transition et un lien entre les régions septentrionales de l'Europe et de FAmérique.
Uimeuiions principales. — L'Europe est comprise entre le 36° et le 71° de latitude nord, entre le 13° de longitude ouest, et le G2° de longitude est du méridien de Paris. Ainsi, comme FAsie elle-même, elle a son plus grand développement de l'est à l'ouest : elle occupe en SITUATION ET DIMENSIONS PRINCIPALES. 3 effet dans ce sens une longueur de 3600 kilomètres en viron, tandis que du nord au sud, du cap Tarifa au cap Nord, elle mesure seulement 4100 kilomètres. Les terres de FAsie ou du continent américain couvrent une surface de notre globe quatre fois plus grande que notre Europe; elle tiendrait trois fois dans FAfrique; l'Océanie la dépasse de près de 1 million de kilomètres carrés. Superficie de l'Europe : 10 millions de kilomètres carrés.
Chapitre II
OCÉANS ET MERS DE L'EUROPE. Aspect général. Classification des mers. — L'Europe est de tous les continents celui que les mers pénètrent le plus profondément. Baignée par deux océans, Focéan Glacial arctique et Focéan Atlantique, elle est découpée par un grand nombre de mers intérieures et de golfes secondaires. Dans sa partie orientale, elle est encore massive et ressemble à FAsie dont elle n'est qu'une dé pendance ; mais à mesure que cette péninsule occidentale de Fancien continent s'avance vers FAtlantique, son épaisseur diminue, ses articulations deviennent plus nombreuses et plus déliées. Les deux séries des bassins maritimes grands et petits qui la baignaient au nord et au sud sont séparées par une distance de plus en plus petite. Ainsi la pénétration du continent européen par les eaux océaniques est de plus en plus sensible dans le sens de l'est à l'ouest.
Les mers, qui échancrent le littoral de l'Europe, peuvent être divisées en trois catégories : 1° Les mers formées par l'océan Glacial arctique sur les côtes les plus septentrionales de l'Europe. 2° Celles que l'océan Atlantique projette au nord à Fin térieur des terres. 3° L'ensemble des bassins maritimes compris sous le nom général de Méditerranée. II est une différence bien marquée entre les mers septentrionales de l'Europe, quelle que soit leur origine, et ses mers méridionales. Toutes les dépendances du grand bassin méditerranéen , qui entaillent la masse européenne, arrêtent leurs effets de pénétration à la même distance et presque sous la mcme latitude, vers les rivages méditer ranéens de la Russie, de l'Italie et de la France. focéan Glacial. — On donne pour limite à Focéan Glacial arctique le cercle polaire.
Cependant, une des mers qu'il forme, la mer Blanche entre la Russie et la Laponie, dépasse au sud cette limite. L'étendue européenne de l'océan Glacial arctique se divise en plusieurs mers intérieures. A l'est, entre la péninsule asiatique desSamoïèdes et les iles de Vaigatch et de la Nouvelle-Zemble, est l'enfoncement de la mer de Kara. En Europe même, entre la Laponie, la Russie et la Finlande, la mer Blanche pénètre mieux encore le con tinent et peut être vraiment appelée une mer intérieure. On est convenu de désigner sous le nom de mer orientale du Spitzberg l'étendue marine comprise entre l'Europe, la Nouvelle-Zemble, la terre polaire de François- Joseph et l'archipel du Spitzberg. La partie navigable et accessible aux communications pendant quelques mois de l'année dans l'océan Glacial n'a point une très grande profondeur, sauf sur la côte nord ouest de la Norvège, côte très escarpée.
Au nord du Spitzberg, des explorateurs ont sondé des gouffres ma rins de près de 5000 mètres. li'oci'-an Atlantique et ses dépendances septentrio nales. — C'est FAtlantique qui insinue le plus grand nombre de mers intérieures dans la masse des terres de l'Europe. Du reste les côtes d'Europe, sauf en un point, dans le golfe de Gascogne, ne sont point immédiatement limitrophes des grandes profondeurs de FAtlantique. L'océan Atlantique forme en Europe deux séries de mers assez différentes. Celles qui entament les contrées septentrionales du continent sont peu profondes; les au tres, qu'on désigne sous le nom général de mer Méditer ranée au sud, appartiennent à un bassin mieux fermé et contenant une épaisseur d'eau plus considérable. 1° La Manche. — La Manche n'est guère qu'un fossé maritime étroit et peu profond faisant communiquer la mer du Nord avec FAtlantique. « Que l'on s'imagine une miniature de cette mer tracée à Féchelle de 1 mètre par kilomètre dans une prairie parfaitement horizontale.
Cette nappe d'eau n'aurait pas moins de 500 mètres de long, et sa largeur varierait, suivant la disposition des côtes, de 33 à 250 mètres. Et néanmoins, en dépit de cette sur face considérable, la plus grande profondeur de la mare serait de o centimètres à l'entrée ; dans la partie la plus creuse du canal, elle ne dépasserait pas 6 centimètres. » 2° La mer du Nord. — La mer du Nord, avec 600,000 kilomètres carrés de superficie, est plus étendue que la pré cédente. Elle s'ouvre au nord à Finfluence de FAtlantique et plus encore de l'océan Glacial. Elle est comme le point de rencontre des eaux de ces deux bassins océaniques. Sauf sur la côte de Norvège où l'on rencontre une fosse abrupte de 300 à 800 mètres, il est rare de trouver dans son bassin une épaisseur d'eau de 180 mètres. Les abîmes les plus considérables sont situés dans les para ges des îles Shetland.
Les régions les moins profondes, offrant une couche d'eau de 30 à 50 mètres au plus, existent dans le détroit qui sépare l'Angleterre de la Hollande. 3° La mer Baltique. — La mer Baltique, inférieure en superficie (100,000 kilomètres carrés) à la précédente, est une véritable mer intérieure, ne communiquant avec les océans que par l'intermédiaire de la mer du Nord, et avec cette dernière que par des chenaux étranglés et coupés de détroits. Elle atteint rarement une profondeur de 200 mètres ; Fépaisseur moyenne de ses eaux n'est que de 67 mètres. Lia mer de Riscaye ou golfe de Gascogne. — Par la mer de Biscaye ou golfe de Gascogne, l'océan Atlantique touche directement les côtes occidentales de l'Europe. Là s'ouvre la fosse marine la plus profonde dans le voisi nage du littoral européen. Au milieu de la mer de Bis caye, il n'est pas rare de rencontrer des profondeurs de 3 kilomètres et plus.
Lia Méditerranée et ses dépendances. — L'océan Atlantique projette au sud de l'Europe la grande mer intérieure, la Méditerranée. Les communications de ce grand lac marin avec le réservoir océanique qui Fali mente se font par Fétroit. chenal qui sépare le Maroc de l'Espagne. La superficie de cette mer intérieure par excellence est de plus de 2 millions 1/2 de kilomètres carrés, à peu près cinq foisl'espace occupé par la France. L'étude des profondeurs marines a révélé que la Médi terranée se divise d'une manière générale en deux bas sins. En effet, entre la Sicile et la Tunisie, Fépaisseur des eaux est médiocre ; en cet endroit on peut considérer la péninsule italique et les terres africaines qui font face à la Sicile, comme reposant sur un mème piédestal sous marin. A l'est et à l'ouest de cette partie surélevée du lit de la mer existent au contraire des couches d'eau plus considérables. 1° Bassin occidental. — Le bassin occidental est lui même divisé en deux cuvettes : l'une dont les eaux les plus profondes remplissent l'étendue comprise entre le plateau sous-marin des iles Baléares, celui qui supporte la Corse et la Sardaigne, et la côte d'Algérie ; l'autre est dessiné à peu près à égale distance des rivages de Sar daigne, de Sicile «t d'Italie.
Cette dernière seulement est désignée d'ordinaire sous le nom de mer ; c'est la mer Tyrrkénienne. Les plus grandes profondeurs de la Méditerranée occidentale sont évaluées, d'après des calculs de sondage encore peu nombreux, à 2 500 ou 2600 mètres. 2° Bassin oriental. — Cette seconde partie de la Médi terranée est plus étendue et en général plus profonde que la précédente. Elle peut se diviser, comme la région de Foccident,en deux cuvettes principales. Une première fosse, s'étendant en longueur entre la côte orientale de Sicile et File de Candie, atteint fréquemment et dépasse dans plusieurs parages une profondeur de 3 kilomètres. L'épaisseur d'eau est moindre entre Candie et la côte d'Afrique, bien qu'elle soit encore de 1300 ou 1 400 mètres en plus d'un point. Puis, entre la pointe sud-orientale de Candie et la côte égyptienne, presque à égale distance des deux terres, s'ouvre une nouvelle dépres sion où la sonde descend jusqu'à 2 kilomètres.
Mais la pénétration de notre continent par les eaux reste aussi marquée dans l'un que dans l'autre. La mer Ionienne, largement ouverte sur la cuvette la plus profonde de la Méditerranée, est encore une dé pendance très directe du bassin principal. La couche de ses eaux est aussi très épaisse et mesure plus d'un kilomètre en moyenne. Toute différente est la mer Adriatique, longue et étroite ; ses profondeurs sont très inférieures à celles de la Méditerranée proprement dite. La forme de son lit correspond exactement au relief de ses côtes. Les eaux ont une assez grande épaisseur au large des côtes mon tagneuses de la péninsule des Balkans ; entre la côte d'Albanie et la péninsule de Manfredonia, est le gouffre le plus profond de FAdriatique, mesurant au moins 1000 mètres. Au contraire la sonde trouve généralement le fond à moins de 100 mètres dans la partie septentrionale du bassin.
Entre ces deux régions si différentes de FAdriatique, la transition se fait par une sorte de cuvette médiane où l'on rencontre des couches d'eau de 250 à 300 mètres. L' Archipel, limité à l'ouest et au nord par la péninsule des Balkans et à lest par la côte d'Asie Mineure, est aussi assez bien fermé au sud par la chaîne d'iles et d'îlots composée de Cérigo, Cerigotlo, Candie, Kassos, Karpa thos et Rhodes. Au sud de cette limite commencent les grandes profondeurs marines : toutes les îles qui parsèment en si grand nombre l'espace de FArchipel et lui ont valu son nom sont assez voisines les unes des autres et reposent sur un piédestal peu éloigné de la surface des flots. On a rarement mesuré une épaisseur de plus de 1 200 mètres ; la moyenne en serait à peine le tiers. La mer de Marmara, la Propontide des anciens, n'est guère qu'un canal étroit par lequel la mer Noire reçoit son contingent d'eaux méditerranéennes et écoule le trop-plein d'eaux douces que lui apportent tant de grands fleuves.
La mer Noire, qui ne communique avec le bassin méditerranéen que par Fétroit chenal du Bosphore, est la mieux fermée des mers intérieures de l'Europe méridionale. Sa superficie est presque égale à celle du territoire français (environ 500,000 kilomètres carrés). Ses plus grandes profondeurs, évaluées à 1,800 mètres, se rencon trent presque à égale distance des côtes d'Asie Mineure et de Russie méridionale. Les bas-fonds, produits par les ap ports d'alluvion du Danube, du Dniestr, du Dniepr et du Don, s'étendent sur une largeur de 50 à 150 kilomètres sur les côtes bulgare, roumaine et russe. La mer d'Azov, à laquelle les anciens donnaient déjà le nom de marais, est de plus en plus diminuée par les alluvions fluviales; les pécheurs n'y ont jamais trouvé une couche d'eau de 15 mètres. L<a mer Caspienne. — Cette mer fermée était autrefois en communication avec la mer Noire et l'océan Glacial.
Aujourd'hui elle est située à 26 mètres au-dessous du niveau de la mer, et Févaporation lui enlève peut-être plus que ne lui fournissent les grands fleuves. Les plus grandes profondeurs de la Caspienne (000 mètres) se rencontrent au sud, où de hautes mon tagnes bordent des rivages avec une chute abrupte. Au centre existe encore une fosse où la sonde plonge jusqu'à 500 mètres. KlouTemcnts des mers. 1° L.es vagues. — L'agilation superficielle causée par les grands vents est d'une intensité très variable selon l'orientation de chaque mer. L'Atlan tique soulève des lames de plus de 10 mètres, formées depuis longtemps par les grands vents d'ouest ; aussi cette houle de FAtlantique est-elle grande et allongée. La Manche ouverte aux tempêtes venues de FOcéan, comme une sorte d'entonnoir, est soumise au même régime.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Géographie économique de l'Europe.
