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lloc de lorraine et de Bir EN ALLEMAGNE, EN LORRAINE ET EN FRANCHE-COMTÉ H A N C V. — I M P. K E R G 1S lt - L E V K A U L T K T C'1". Duc de Lorraiûe el de Bar EN ALLEMAGNE, EN LORRAINE ET EN FRANCHE-COMTÉ 1634-1638 D'après des documents inédits TIRÉS DES ARCHIVES DIT MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES PAR F. des ROBERT JVhistoIre est 11 n Jrame où l'art met on œuvre et anime les matériaux, judicieusement choisis, patiemment accumulés par la science. (Marïus Topin , Louis XIII et Richelieu, Préface, p. x.) NANCY S1D0T FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 3, rue Raugraff, 3 PARIS H. CHAMPION, LIBRAIRE-ÉDITEUR 15, quai Malaquais, 15
Introduction
Charles IV, duc de Lorraine et de Bar, fils de Fran çois de Lorraine-Vaudemont et de Christine de Salm, naquit le 5 avril 1604. Élevé, dès l'àge de 10 ans, près de Louis XIII, il devint son ami. Destiné à l'état ecclé siastique, chanoine du chapitre épiscopal de Strasbourg et coadjuteur de l'évêque de Toul, il renonça à l'Église après la mort de son frère aîné. Lorsque les États protestants, alliés à la Suède, déclarèrent la guerre à l'Empire, Charles de Lorraine suivit en Allemagne son père, nommé général de la Ligue catholique, et assista, à l'àge de 16 ans, à la bataille de Prague, où il se distingua par sa valeur (8 novembre 1620). En 1624, il succéda à Henri II", duc de Lorraine, son oncle, comme ayant épousé la duchesse Nicole, fille de ce duc et souveraine de fait, la loi salique n'existanl pas en Lorraine et Henri II n'ayant pas laissé d'enfant mâle.
Mais, désirant régner seul et s'appuyant sur le testament présumé du duc René II en faveur de l'héré dité des mâles par ordre de primogéniture, Charles IV fit proclamer par íes États François de Vaudemont, son père, duc de Lorraine. Ce couronnement n'était qu'un simulacre, car le duc François, quelques jours plus tard, abdiqua en faveur de son fils aîné (1625). Celui-ci aug- S CAMPAGNES DE CHARLES IV. VI menta son armée, prévoyant dès lors qu'il aurait bientôt à lutter contre la France, qui venait de s'emparer de quelques seigneuries situées dans les Trois-Évêchés, quoiqu'elles eussent été cédées par les évêques de Metz aux ducs de Lorraine. Charles IV, après avoir essayé de conclure un traité d'alliance avec Charles Ier, roi d'Angleterre, et reçu à sa cour Gaston d'Orléans, devenu l'ennemi acharné de Richelieu, arma 1 6,000 hommes, ma lgré les observa tions du roi de France, et alla unir ses troupes aux débris de l'armée du comte de Tilly, vaincu à Leipsick, le 17 septembre 1631, par Gustave-Adolphe.
II allait se mettre à la tête des forces impériales, séduit par les promesses de Maximilien, duc de Bavière, son oncle, lorsqu'il apprit Tarrivée de Louis XIII à Metz et le siège de Moyenvic. II revint en toute hâte en Lorraine, craignant l'invasion de son duché, s'aboucha avec le roi de France et signa le traité de Vie (6 janvier 1632). Gaston d'Orléans, qui venait d'épouser Marguerite de Lorraine, sœur du duc et coadjutrice de Tabbaye de Remiremont (3 janvier 1632), quitta Nancy et se retira en Flandre, où sa femme devait bientôt le rejoindre: L'empereur d'Allemagne essaya une seconde fois de détacher Charles IV de l'alliance honteuse et forcée qu'il venait de contracter avec la France. Le duc de Lor laineleva de nouvelles troupes, sous prétexte d'empêcher les Suédois d'envahir ses États.
Louis XIII, qui redoutait les conséquences terribles d'une entrée en campagne de Gaston d'Orléans dans le nord de la France, intima Tordre de désarmer au duc Charles. Ce dernier refusa,
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. VII et le roi, prenant de nouveau les armes, s'empara de Bar et de Saint-Mihiel, et marcha sur Nancy (23 juin 1632). Le duc, craignant la perte de sa capitale, signa le traité de Liverdun (26 juin 1632), par lequel il cédait à la France Clermont-en-Argonne, Stenay et Jametz. Char les IV devait, en outre, unir ses troupes à celles du maréehal d'Effiat ; mais, manquant de bonne foi et croyant être plus habile que Richelieu, il permit à TEmpereur de faire des levées en Lorraine et se fit céder, comme prix de sa complaisance, Haguenau, Colmar et Schlestadt. C'est alors que le Prince palatin de Birkenfeld battit, à Pfaffenhofen, 5,000 Lorrains conduits par Florain ville, tandis que Charles essayait de faire lever le siège de Haguenau aux Suédois. Louis XIII, dont le but évident était de s'emparer des États du duc pour pouvoir s'a vancer vers TAllemagne et mettre à exécution ses projets contre TEmpire, prit pour la troisième fois le chemin de la Lorraine et investit Nancy (30 août 1633).
Charles IV, de retour d'Alsace, avait réussi à jeter dans sa capitale 3,000 fantassins et 3,000 cavaliers. II se retira, avec ce qui lui restait de cavalerie, en Franche- Comté et dans les Vosges, laissant au cardinal Nicolas- François, évêque de Toul, son frère, la tâche difficile de calmer la colère du roi de France. Mais celui-ci exigea Nancy, ce à quoi le duc ne put consentir. Sur la prière de Bichelieu, une entrevue eut lieu entre les deux princes, et les traités de Vie et de Liverdun furent re nouvelés à Charmes (20 septembre). Nancy, malgré le courage d'Henriette de Vaudemont, sœur de Charles IV, CAMPAGNES DE CHARLES IV. fut livré à la France pour quatre ans, et reçut une garni son française (24 septembre 1633). Charles IV obtint Tautorisation d'y résider, mais son amour-propre Tem pêcha d'accéder à cette honte.
C'est ici où commence notre récit, au moment où les Suédois, découragés par la mort de Gustave- Adolphe, se jetèrent dans les bras de la France, ainsi, que la Hol lande qui voulait enlever les Flandres à TEspagne, sous Timpulsion du prince d'Orange. Nous avons suivi Charles IV en Allemagne, en Fran che-Comté et en Lorraine, depuis le 1er janvier 1634 jusqu'à la fin de Tannée 1637. Cette partie de This toire de Charles de Lorraine est un des épisodes les plus intéressants de la guerre de Trente ans. Guidé par l'ouvrage remarquable de M. le comte d'Hausson ville, intitulé : Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, nous nous sommes appliqué à étudier le commencement de la lutte courageuse de Charles IV contre les convoitises 'ambitieuses de la France. Restant sur le terrain militaire, que le but poursuivi par le savant académicien ne lui permettait pas d'aborder, nous avons exposé brièvementlesnégociations entamées, au milieu du bruit des armes, par Richelieu, TEmpire, le duc de Lorraine et TEspagne.
Nous nous sommes efforcé surtout de faire ressortir les efforts gigantesques de la petite armée lorraine, qui, sous la conduite de son chef habile, mêlée aux Impériaux et aux Francs-Comtois, battit plusieurs fois Tarmée française et celle de Weimar et qui, après diverses alternatives de succès et de revers, victorieuse à Nordlingen, battue sous Belfort, revint triomphante en Lorraine en 1635, sans pouvoir profiter
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. IX de ses succès, fit lever le siège de Dôle au prince de Condé, envahit la Bourgogne en 1636, et défendit avec énergie la Franche-Comté, en 1637 et en 1638, contre Weimar, Longueville et de Thianges. Jamais armée, se battant pour Tindépendance de sa patrie, ne mérita mieux notre admiration que Tarmée lorraine, recrutée au milieu des ennemis envahisseurs et conduite par des chefs intrépides et dévoués. Jamais prince ne prêta plus à Tétude de Thistorien que Tinfortuné Charles IV. Soldat intrépide, génie militaire presque égal à Gustave- Adolphe, et supérieur à Gallas et à Lamboy dont il eut à se plaindre, émule du cardinal-infant, de Piccolo mini et du prince Thomas de Savoie, moins heureux que Baner, gai et railleur avec les chefs, familier avec les soldats, indifférent à Tétiquette, homme d'esprit, léger, fourbe, mauvais diplomate, le duc de Lorraine était grand, adroit à tous les exercices du corps, dur à lui-même, infatigable.
Le marquis de Beauvau, peu favorable au duc Char les IV, nous Ta dépeint, dans ses Mémoires, sous des traits défigurés. II prétend qu'il faisait peu de cas de sa noblesse et la traitait d'une façon cavalière. Charles avait, il est vrai, au commencement de son règne, porté atteinte à ses privilèges séculaires; mais la fidélité admirable de ses gentilshommes et leur em pressement à le suivre dans Texil et sur tous les champs de bataille prouveraient qu'ils ne lui avaient pas gardé rancune. Beauvau se plaint des demandes incessantes d'argent faites par Charles IV à ses sujets et de son ava rice. Nous ne savons si cette accusation est fondée, mais l'économie nous paraît excusable chez un prince privé X CAMPAGNES DE CHARLES IV. de ses revenus, mal secouru par TEmpire et TEspagne, et pouvant à peine payer ses soldats.
Ce n'est pas que nous ajoutions foi entière aux ma nuscrits laissés par Forget, son médecin, par Guille min, par le P. Hugo, ni à ceux du P. Donat, son con fesseur, mis à profit par le P. Vincent. Ces panégyristes étaient lorrains et, par conséquent, leurs éloges sont suspects; mais le fond de leurs récits est vrai. Nous les avons confrontés avec ceux de la Gazette de France, du Mercure français, de la Guerre de Dix ans par Gi rardot de Noseroy, conseiller au Parlement de Dôle et intendant de Tarmée comtoise, ainsi qu'avec ceux de Boyvin, son collègue, qui nous a laissé une relation très exacte du siège de Dôle, dont il fut le contemporain. Nous méfiant avec raison de Timpartialitédes auteurs lorrains et comtois, nous avons fait une étude appro fondie des Mémoires de Richelieu et de ses lettres, publiées par Aubery et par M. Avenel.
Rectifiant les indica tions géographiques, erronées, de Dom Calmet, essayant de rétablir exactement les dates des faits dont nous nous faisions Thistorien, nous avons voulu remonter aux sources les plus indiscutables en compulsant les archives des Affaires étrangères. Là, nous avons trouvé des veines inépuisables d'informations et avons pu re dresser les erreurs de Le Vassor, du P. Griffet et de Dupleix, si souvent inexacts. Nous avons vécu plusieurs mois dans Tintimité des généraux français, nous avons constaté leur découragement, nous avons surpris leurs confidences, de même que leurs joies et leurs espérance's. Nous avons dépouillé la correspondance du maréchal de la Force, du cardinal de la Valette, du duc d'An-
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. XI goulême, de Rohan, du prince de Condé, de Longue ville, de la Meilleraye et de Weimar, et nous avons assisté aux débuts militaires de Turenne et du grand Condé, qui firent leurs premières armes pendant les campagnes de 1634 à 1641. Enfin, grâce à de nombreux documents inédits, nous avons pu reconstituer les cadres des partisans lorrains, levés sur le sol même de la patrie pour résister aux en vahisseurs, et ceux de Tarmée lorraine mise sous le commandement direct de Charles IV. Nous avons con sulté les mémoires contemporains, tels que ceux de Montrésor, Brienne, de Bohan, de Bassompierre, de Tu renne, de Montglat, de Fontenay-Mareuil, de Mme de Motteville, de M"° de Montpensier, de Bohan, du duc d'Orléans, du maréchal de la Force, de Pontis et de Campion, les Mémoires de Goulas, les Mémoires autographes de Fabert, les Campagnes de Fabert et le Jour nal des campagnes du cardinal de la Valette, ainsi que l'Histoire d ' A^lsace, par le P. Laguille, X Histoire de Suède, par Pufendorff , les lettres de Grotius , les Lettres et négociations du comte de Feuquières, etc.
La découverte faite par nous, à la Bibliothèque nationale (Fonds Lorraine, mss.), des lettres écrites par Charles IV à la duchesse Nicole, durant la captivité de cette princesse et Texil du duc, nous a permis d'ex poser sous un jour nouveau les rapports existant entre les deux époux. La communication, qui nous a été offerte si gracieusement par M. le comte de Ligniville des archives de sa famille, ainsi que le dépouillement consciencieux des archives municipales de Luxeuil, nous ont aidé à éclaircir des événements restés obscurs. CAMPAGNES DE CHARLES IV. Nous aurions voulu étendre davantage notre récit, mais nous espérons pouvoir continuer plus tard la relation des campagnes de Charles IV jusqu'à la mort de Louis XIII. En étudiant les événements dont nous nous sommes constitué Thistorien, nous y avons trouvé plus d'un point de ressemblance avec ceux de 1870, et nous n'avons pas oublié que la France combattit au xvne siècle pour la réalisation de son unité territoriale, dont Richelieu légua la gloire à ses successeurs.
OAMPAGHSTBS DE CHARLES IV DCC n I.Oi'M'SS El DE B1R EN ALLEMAGNE EN LORRAINE ET EN FRANCHE - COMTÉ (1634- 1638) CHAPITRE PREMIER. Campagne d'Allemagne. 1634. Sommaire- Charles IV qmtte Mirecourt. - II fait an pe'erinage à Sion. - II va a Brisach.— II met ses troupes en quartiers dans lej villes forestières— II trouve de KZI íe ''Alsace fermes. - II retourne à Besançon. - 11 courtise Béatrix de Cusance.
II mvite la duchesse Nicole à venir le trouver à Besançon - Ses ïï™ / sa femme. - La duchesse de Lorraine 4 l'hòtel de Nevers _ Indifférence de Nicole envers son époux. - U«e de Chevreuse. - Mort du duc de ì» i ÍT Dl6Pers>011 "=t rume de son armée. — Prise de Saverne par le marquis de la Force. - Suge de la Mothe. - Charles IV veut aller á son secours _ Uelaite du maiqms de Bade par le comte Otto, à Wattwiller. - Arrivée du duc i rançois, de la princesse Claude et de Ia princesse de Phalsbourg à Besançon. — La cour souveraine de Lorraine à Vesoul. - Malheurs de la Lorraine. — Prise de 1» Mothe par je maréchal de la Force. - Richelieu veut s'emparer de Char-( les IV.— Lettres de la princesse Claude à la duchesse Nicole ei réponse de celleçi. — Tentatives de meurtre contre Charles IV. - II quitte Besançon et rejoint Ie cardinal -infant a Inspruck. - Bataille de Nordliogen. - Accommodement de Gaston d Orléans avec Louis XIII. — Jean de Werth conquiert Ia Souabe. - Lbarles IV s avance vers l'Alsace. — Cette province est mise sous la protection de la France. - Bataille de Wilsiett. — Strasbourg refuse d'ouvrir ses portes a Charles IV. — II observe le Wurtemberg. — II ravitaille Brisach.— II assiège Mannheim.— Les généraux français se portent verslarive droite du Rhin — Les Impériaux s'emparent de Heidelberg. — Ils se retirent dans le Wurtemberg. — Ils assiègent le château de Heidelberg. — Ils sont repoussés par le marquis de la Force. — Traité de Worms entre la France et Ia Suède. — Charles IV retourne dans le Wurtemberg. — Weimar s'attache à la France. — Cession de Ftilippsbourg a la France.
Charies IV, n'étant plus qa'un fantôme et qu'un squelette de prince, n'ayant plus pour abri « que les hayes et les buissons de son pays » après avoir abdiqué une seconde fois, le 19 janvier 4634, en faveur du cardinal Nicolas- François, son frère, quitta Mirecourt le 21 janvier 1634, accompagné de sa noblesse et suivi de seize cornettes de cavalerie et de 2,000 hommes de pied. Mais, avant de se rendre à Besançon, but de son voyage, « pour engager CH. IV. ! Dieu à être à sa garde et la Mère-Vierge, sa protectrice, contre ses persécuteurs qui avaient outragé sa noblesse et ses peuples», Charles IV alla à Notre-Dame de Sion. II tenait à y protester, devant l'autel consacré à la Mère de Dieu, de son innocence envers la France, et ne put, nous dit son confesseur, retenir ses larmes en adressant ses adieux à la Sainte-Vierge envers laquelle il avait hérité de la dévotion du comte de Vaudemont, son père '.
Après son départ de Mirecourt, il se rendit à Thann, et passa le Rhin à Brisach (1er février), d'où il dispersa ses troupes dans les villages voisins. Après s'être arrêté quelques jours à une lieue de Bàle, sur les terres de l'Évêché, il s'avança vers les montagnes, et surprit Waldkirch, où il fit passer au fil de l'épée toute l'armée suédoise. Au premier bruit des mouvements de Charles IV, Gustave Horn accourut pour s'y opposer. Mais le duc de Lorraine n'accepta pas le combat, changea son itinéraire et s'avança près des Villes forestières, où il mit ses troupes en quartiers. Quant à lui, il reprit le chemin de l'Alsace avec le comte de Liechtenstein, et trouva les passages fermés, près de Bâle. L'Alsace fut sauvée. Charles IV, découragé, rebroussa chemin laissant le commandement de ses troupes au marquis de Bade, et se dirigea, au mois de mars, vers Besançon, où il avait déjà séjourné au mois d'aoùt 1633 2. 1.
François de Vaudemont avait fait un vœu à Notre-Dame de Sion pour la découverte du testament de René II. (Histoire de Charles IV, par le P. Donat. Biblioth. de Nancy, man. 21.) Le P. Hugo vante la piété de Charles IV, qui contrastait étrangement avec la légèreté de sa conduite et Toubli trop fréquent de ses serments les plus solennels. « Ses vertus militaires, dit-il, étaient rehaussées par l'éclat d'une piété chrétienne. Sa foi vive l'abattait tous les jours aux pieds des saints autels. Sa posture en présence du Saint-Sacrement retraçait limage de l'a doration des esprits célestes prosternés devant le trône de l'Agneau. II avait une dévotion tendre et délicate envers la Sainte-Vierge. » (Hist. man. de Charles IV, par le P. Hugo. Biblioth. de Nancy, man. 23.) 2. Cf. Hist. d'Alsace, par le P. Laguille, liv.
XII, p. 118. Si la piété était venue consoler Charles IV, il n'avait pas renoncé aux consolations humaines, et il se sentait attiré vers la ville impériale par les attraits d'une jeune fille char mante dont il avait fait la connaissance à Bruxelles, à la cour d'Isabelle, Infante d'Espagne. C'était Béatrix de Cu sance, lille de Claude-François de Cusance, baron de Beau voir et d'Ernestine de Wilhem, marquise de Bergues. Elle était, sans contredit, la plus belle personne de son temps, chantait fort bien et jouait de plusieurs instruments '. Née, le 27 décembre 1614, au château de Belvoir, dans les montagnes du Doubs, elle avait vingt ans lorsque Charles IV, à qui le baron d'Agencourt l'avait présentée à Bruxelles, la revit, à Besançon, au mois de février 1634. « Elle n'avait de l'embonpoint qu'autant qu'il lui en fallait « pour lui donner une mine haute et un port majestueux. « Son visage, entre l'ovale et le rond, était d'un teint vif et <* uni, ses cheveux d'un clair-cendré, ses yeux bleus, bien « fendus, à fleur de tète, sa bouche petite et vermeille, ses « dents blanches et bien rangées, la gorge, la main et le bras « répondaient à la beauté de ce visage.
Ce beau tout ren « fermait un cœur tendre, capable de toutes les délicatesses « de l'amour. Un esprit vif, mais paisible, qui ne s'altéra « jamais que dans les occasions où il s'agissait de Tintérêt « de son honneur ou de son amour; ses manières polies et « caressantes, accompagnées d'un air libre, modeste, insi « nuant, étaient des charmes naturels contre lesquels les « cœurs les moins sensibles avaient peine à se tenir2. » Telle était la femme dorit Van Dyck nous a laissé le por trait. 1. Girardot de Noseroy, Hist. de la guerre de Dix ans, liv. VIII. 2. Hist. man. de Charles IV, par Guillemin. Biblioth. de Nancy, man. 21 bis. Le pape Alexandre VII dit au sieur conseiller Maillard que son visage était digne d'un empire : faciès vero dígna imper io. (Hisl. de Charles IV, par le P. Donat. Biblioth. de Nancy, man. 21, fol. 409.)
Charles IV, de son côté, était un des plus beaux hommes de son siècle. Les portraits que nous possédons de lui ne nous laissent aucun doute à ce sujet, et ses panégyristes nous apprennent qu'il avait les traits beaux et réguliers et un teint superbe. Des tresses blondes lui encadraient le visage. Le charme de son esprit venait ajouter au prestige que donne toujours l'auréole du malheur1. Béatrix, dit le P. Hugo, ne lui laissa pas faire lous les frais de l'amour; elle fit la moitié du chemin, poussée par une secrète sympathie, et elle sentit naître dans son âme un attachement qu'elle eut de la peine à dissimuler. Et cependant, Charles IV, marié, malgré lui 2, à sa cousine germaine, Nicole, fille de Henri II, duc de Lorraine, son oncle pa ternel, et de Marguerite de Gonzague, n'avait pas entièrement oublié sa femme, qui, après la prise et l'occupation de Nancy par l'armée française, s'était mise à la discrétion des vainqueurs, bien qu'on lui eût ménagé les occasions de fuir.
II Lavait recommandée, après son abdication et son départ de Mirecourt, à la sollicitude de Nicolas-François, son frère, qui, quoique évêque de Toul et cardinal 3, de- 1. II avait les grâces qui enchantaient les âmes; ses yeux, des rayons de clarté et qui étaient des yeux qui embrassaient innocemment les cœurs; sa langue, une facilité de s'énoncer, une profusion non confuse de paroles, une habitude aisée de parler de tout, sans emprunt de doctrine, une force de paroles qui savait si heureusement amener aux combats, si puissamment persuader aux conseils, agréablement divertir en toutes compagnies des deux sexes et lui attacher les cœurs et les esprits, comme les anciennes chaînes de Mercure. (Hist. de Charles IV, par Ie P. Donat, fol. 305.) 2. Voir la protestation du comte de Vaudemont et de son fils Charles.
Man. Biblioth. nat. (Fonds Lorr., 34.) 3. Charles IV, tonsuré à l'àge de cinq ans, avait été nommé coadjuteur de Jean de Porcelet de Maillaine, évêque de Toul, auquel il devait succéder. La mort du prince Henry, son frère aîné, changea les destinées du prince Charles. Le prince Nicolas-François, son frère cadet, fut nommé à sa place coadjuteur et depuis évêque de Toul. (P. Hugo, fol. 4 et 5.) Charles IV avait été pourvu d'un canonicat au chapitre de la cathédrale de Strasbourg, en 1611. (Fonds Lorr., 33. Biblioth. nat.) vait quelque temps après, en s'accordant les dispenses né cessaires et avant de recevoir celles du pape, épouser sa cousine germaine, Claude, sœur de Nicole, dans le château de Lunéville. Mais, apprenant plus tard que Louis XIII avait dessein de s'emparer de la duchesse Nicole et de sa sœur, la princesse Claude, et de les envoyer à Paris comme otages, Charles invita Nicole à venir le retrouver à Besançon.
II lui en proposait les moyens, croyant, peut-être, que sa présence, près de lui, calmerait dans son cœur les premiers élans d'une passion naissante. Les humiliations dont Nicole était la victime, à Fontainebleau, blessaient l'orgueil de Charles IV. Malgré les allégations du marquis de Beauvau, qui prétend que le duc de Lorraine ne témoigna pas le désir de voir sa femme le rejoindre, plusieurs lettres que nous publions à la fin de cet ouvrage et qui se trouvent au dos sier du procès en nullité de mariage, engagé entre les deux époux, en cour de Bote, en 1642, prouvent que le duc insista, à plusieurs reprises, pour que sa femme vînt le rejoindre à Besançon. La première de ces lettres que personne, avant nous, n'a publiées, ne porte pas de date. Nous y lisons « qu'il a été bien aise de recevoir de ses nouvelles et qu'il serait heureux de lui en envoyer souvent des siennes ».
II lui laisse toute « liberté d'aller où elle voudra ou de venir le trouver quand elle voudra1 », lui fait donner, parle porteur de la lettre 1. Charles IV invitait la duchesse Nicole de venir le trouver en Bour gogne. II lui en proposait les moyens; mais la princesse, dont le cœur était peu satisfait de l'indifférence de son époux, n'était pas fort tentée de se rejoindre à lui. Toute malheureuse qu'elle était, elle craignait de l'étre en core davantage en suivant Ia fortune d'un prince errant qui ne la dédomma gerait jamais des excès de tendresse ni des peines de son voyage. » (Hugo, fol. 230). Voir Lettres de Charles IV à Nicole. (Pièces justificatives, I.) Bassompierre, dans ses Mémoires, prétend que Nicole était d'accord avec dont nous donnons ici le résumé, des instructions secrètes sur la conduite qu'elle doit tenir, et lui recommande expres sément de ne pas se livrer à ses ennemis.
II semble craindre qu'elle ne soit « prisonnière de guerre ou comme criminelle » et demande á en être informé « afin que selon cela on voye ce qu'on leur répondra (aux Français) ». Dans cette lettre, le duc de Lorraine fait preuve d'une grande résignation. « Pour moi, dit-il, je suis résolu de ne jamais me plaindre et souffrir tout, mais je feray parler en votre nom ; l'on vous conseillera peut-être de ne pas faire ainsy, mais vous pourrez renvoyer ces conseillers chez leurs parents qui ne peuvent iamais aveir tant de soin de vous que moy qui suy à vous. » Celte lettre, en se rapportant à son texte littéral, n'indique aucune indifférence de la part de Charles IV envers sa femme. Si la bonne foi l'a dictée, elle indique, au contraire, un grand attachement et beaucoup de sollicitude pour ses intérêts.
On nous objectera, peut-être, que Charles IV avait appris, sans doule, que Louis XIII n'avait pas admis la validité de la rétrocession qu'il avait faite de la couronne de Lorraine au prince François, son frère ', et que le roi de France avait projeté l'enlèvement de la princesse Claude, pour la marier de force à un prince français, ce qui n'aurait pas manqué de réveiller la question de l'hérádité des femmes au profit de la France, si cette princesse eût eu des enfants. Dans une seconde lettre, sans date et sans indication de lieu, comme la précédente, mais écrite certainement en Allemagne, puisqu'il y est fait mention « du Bhin gelé », Louis XIII et partageait la haine du roi de France contre son mari. Nous ne savons sur quoi le prisonnier de la Bastille peut fonder une assertion aussi hardie et que toute Ia vie de l'infortunée duchesse a démentie. 1.
Le duc François envoya, parle secrétaire Hennequin, une rétrocession an duc (Charles IV) qui ne voulut l'accepter disant que ce n'était pas nécessaire. (P. Donat, fol. 355.» Charles de Lorraine accuse réception à Nicole d'une lettre qu'il a reçue d'elle, et où elle lui donnait de ses nouvelles. II lui donne l'assurance qu'il lui aurait écrit « tous les jours » si les hasards de la guerre ne l'avaient pas détourné de la route qu'il devait suivre. II espère que bientôt il pourra donner suite à son projet et lui écrire souvent, et la prie « de se ré jouir et de se bien porter >>, souhait facile à formuler et dont l'exécution n'est pas toujours facile. La beauté du pays où il se trouve l'enchante. C'était aussi le sentiment éprouvé par Turenne et qu'il exprima dans une lettre adressée à la duchesse de Bouillon, sa mère, à qui il écrivait de Landau, le 9 novembre 1 63-4 * .
Enfin, la lettre que nous citons renferme une phrase mys térieuse : « Les amoureux, dit Charles IV, ayant renoncé à leur maîtresse, et l'on assure avoir toutes quitté aussy leur amant \ » Comme on le voit, cette phrase est peu correcte et le sens en est peu clair. Charles IV, quoique homme d'esprit et ancien élève de l'Université de Pont-à-Mousson3, ne se piquait pas, évidemment, de purisme. Nous supposons que le duc de Lorraine fait ici allusion au traité de Pirna et à la défection des princes protestants qui, effrayés par les revers de l'armée suédoise, menaçaient d'abandonner l'alliance de la Suède. Les amoureux désignent vraisemblablement les princes confédérés ; leur maîtresse désigne la Suède. La seconde partie de la phrase est obscure. L'explication que nous donnons de cette phrase mystérieuse donnerait à la lettre citée la date d'un des premiers mois de l'an 1635, le traité de Prague ayant été signé le 30 mai 1635 et ayant suivi celui de Pirna (30 novembre 1634). 1.
Lettres du vicomte de Turenne. — Collection Michaud et Poujoulat, XXVII, p. 341. 2. Sans doute, Richelieu. 3. Fonds Lorr., 33. Man. Biblioth. nat. Dans une troisième lettre, Charles semble impatient d'avoir des nouvelles de sa femme, par l'intermédiaire de son laquais qu'il lui a envoyé. II n'en a pas reçu depuis le départ de Nicole, de Nancy, pour la cour de France (mai 1 634). Avant de se résoudre à sortir de son duché, la duchesse avait envoyé à son mari un messager, nommé du Prey, comme nous l'apprend la lettre de Charles IV, pourl'avertir probablement de l'acte qu'elle allait accomplir'. Les routes, paraìt-il, étaient peu sûres, et les lettres des deux époux étaient souvent interceptées par les agents de Richelieu, ce qui explique les plaintes formulées, à plusieurs reprises, par le duc de Lorraine, au sujet de la rareté des lettres de Nicole.
Le duc, dans cetle troisième lettre, paraît fort mécontent de l'infraction que Nicole avait faite à ses ordres en écou tant les conseils de MM. de Chambley et des Royers, ses écuyers, et en se faisant conduire à Paris par le vicomte d'Arpajon, escortée de cinq compagnies de cavalerie \ Charles IV était irrité du départ de la duchesse Nicole. II 1 . Du Prey était arrivé à Besançon dix jours avant le départ de Nicole de Nancy, c'est-à-dire au mois d'avril. C'était un confident de Gaston d'Or léans. (Preuves, I.) 2. Hist. de Lorraine, par Calmet. La duchesse de Lorraine, avant le départ du duc de Mirecourt, croyant alors qu'il pensait se diriger vers l'Ilalie, fit connaître à Louis XIII le désir qu'elle et sa,sœur avaient de se mettre entre ses mains. (Lettre de M. de Brassac á M. de Bouthillier, citée par M. d'Haussonville dans son Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, t. I, p. 428 et 429.)
Ce désir diminua après lc mariage de sa sœur avec le cardinal François, comme nous l'apprend une autre lettre de M. de Brassac, gouverneur de Nancy, à M. Bouthillier. Dans cette lettre, Brassac prétend que la duchesse Nicole est " un petit esprit qui ne dit rien que par induction et au contraire de ce ■• qu'il faut, et du tout sous le joug de sa sœur ». En se décidant á partir pour Paris, Nicole sembla démentir le jugement porté sur elle par Brassac. Peut-être n'aimait-elle pas le duc François et redoutait-elle de tomber sous sa dépendance. croyait qu'elle s'était laissé volontairement conduire à Paris, et supposait qu'elle aurait facilement pu se dérober à la vi gilance de ses gardes et suivre l'exemple que lui avaient donné sa sœur et son beau-frère, le prince Nicolas-François de Lorraine, si elle avait su se résoudre à partager les malheurs et l'exil de son époux.
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