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Nouvelle histoire des voyages et des grandes découvertes géographiques ... Ouvrage illustré ... d'après les dessins de Sahib, etc

Richard Cortambert · 1883 · Scanned text

270,934 words · about 18 h 58 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

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About this book

Author
Richard Cortambert
Language
French
Published
1883
Length
270,934 words · about 18 h 58 min
Sections
45 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (45)
  1. Front matter about 20 min
  2. Chapitre II about 40 min
  3. Chapitre III Les about 38 min
  4. Chapitre IV Vincent Pinzon Cabral Nino Solis Magellan about 48 min
  5. Chapitre V Jean Ponce De about 21 min
  6. Chapitre VI Cordova about 1 h 4 min
  7. Chapitre VII about 11 min
  8. Chapitre VIII Pizarre about 25 min
  9. Chapitre IX about 8 min
  10. Chapitre X Valdivia about 14 min
  11. Chapitre XI Jean Et about 19 min
  12. Chapitre XII Grijalva about 17 min
  13. Chapitre XIII Le Capitaine Cousin, De Dieppe Le Capitaine De Gonneville about 26 min
  14. Chapitre XIV Pedro Texeira Jean Riciier Louis about 10 min
  15. Chapitre XV about 35 min
  16. Chapitre XVI Le about 10 min
  17. Chapitre XVII Robert about 19 min
  18. Chapitre XVIII about 20 min
  19. Chapitre XIX La Vie about 6 min
  20. Chapitre XX about 21 min
  21. Chapitre XXI La Vie about 6 min
  22. Chapitre XXII about 18 min
  23. Chapitre XXIII La Ville De Cayenne about 7 min
  24. Chapitre XXIV Le about 15 min
  25. Chapitre XXV Voyage De Belin D'esnambus Les about 39 min
  26. Chapitre XXVI about 8 min
  27. Chapitre XXVII Moeurs about 14 min
  28. Chapitre XXVIII La Vie about 9 min
  29. Chapitre XXIX about 6 min
  30. Chapitre XXX about 23 min
  31. Chapitre XXXI Carver about 27 min
  32. Chapitre XXXII Jules Warcou about 20 min
  33. Chapitre XXXIII Le Transcontinental-pacifique about 6 min
  34. Chapitre XXXIV about 9 min
  35. Chapitre XXXV Beering about 23 min
  36. Chapitre XXXVI Mistress Trollope about 1 h 30 min
  37. Chapitre XXXVII Alexandre De Humboldt Et about 31 min
  38. Chapitre Xxxviii Waldeck about 16 min
  39. Chapitre XXXIX Histoire Sommaire Oes Communications about 5 min
  40. Chapitre XL Le Comte De Raousset-boulbon about 16 min
  41. Chapitre XLI Spix Et De Martius about 21 min
  42. Chapitre XLII Castelnau about 20 min
  43. Chapitre XLIII Le Docteur Plassard about 17 min
  44. Chapitre XLIV Louis Agassiz about 15 min
  45. Chapitre XLV Chevaux about 3 h 26 min

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Front matter

Livraison Prix : 50 centimes NOUVELLE HISTOIRE DES VOYAGES ET DES GRANDES DECOUVERTES GÉOGRAPHIQUES Dans tous les Temps et dans tous les Pays PAR RICHARD CORTAMBERT BIBLIOTHÉCAIRE HONORAIRE DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE SECRÉTAIRE HONORAIRE DE LA SOCjÉxÉ DE GÉOGslAI'HIE MEMBRE HONORAIRE ET CORRESPONDANT DES SOCIÉTÉS DE GÉOGRAPHIE DE LISBONNE, ANVERS, GENEVE, MARSEILLE, MONTPELLIER, ROUEN, NANCY, ETC. AUTEUR D'UN GRAND NOMBRE D'OUVRAGES SUR LES VOYAGES ET LA GÉOGRAPHIE. nU-/RAGE ILLUSTRÉ DE BELLES Su NOMBREUSES GRAVURES D'APRÈS LES DESSINS DE SAHIB BT ACCOMPAGNÉ DE CARTES GÉOGRAPHIQUES PARIS A. LJL LIBHA.IFtIE IL.LUSTFÌÉE 7, Rue du Croissant, 7 Et chez tons les Libraires de Paris et des Départements CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DE FRANCE 50 Centimes la Livraison hebdomadaire LES NOUVELLES CONQUÊTES DE LA SCIENCE _Pa,r LOUIS FIQUIER Auteur du Tableau de la Nature, des Merveilles de la Science, des Merveilles de l'Industrie, de la Vie des Savants, etc., .te.

OUVRAGE ILLUSTRÉ DE BELLES ET NOMBREUSES GRAVURES D'après les Dessins de MM. Fèrat, Gilbert, Broux, «te. PROSPECTUS Depuis dix ans, des découvertes d'un ordre tout nouveau et d'une importance sans égale ont été réalisées par les savants des deux mondes. Le téléphone — le microphone — le phonographe — l'éclairage par l'électricité — le transport de la" force à distance par le courant électrique — les applications sans nombre de la puissance de la vapeur — les chemins de fer s'élevant le long des montagnes — la base des Alpes traversée de part en part pour recevoir des voies ferrées dans sa sombre profondeur — des canaux de grande navigation creusés à travers les isthmes — le dessous de l'Océan labouré pour opérer la jonction de TAngleterre et de la France — l'art de la guerre. révolutionné par l'invention d'armes nouvelles et par les dimensions de plus en plus colossales données aux bouches à feu — la guerre maritime et la défense des côtes ayant à s'inquiéter des prodigieux effets des torpilles sous-marines, etc., voilà, en quelques traits, ce qui a été créé dans le court intervalle de Tannée 1870 jusqu'au moment présent.

Tout le monde a entendu parler de ces importantes et récentes découvertes, et chacun désirait les bien connaître. Mais leur description est disséminée dans divers journaux ou dans les recueils qui ne sont qu'à la disposition des savants et des hommes spéciaux. Ce serait donc rendre un véritable service au public que de donner, dans un ouvrage d'ensemble, une description claire et succincte des découvertes scientifiques accomplies dans ces dernières années. La tâche de composer un tel ouvrage nous a semblé revenir naturellement à M. Louis Figuier, à Tauteur de Y Année scientifique, des Merveilles de la Science et de l'Industrie, des Vies des Savants illustres, du Tableau de la Nature, du Savant da foyer, etc., qui, par tant de livres devenus populaires, en France comme à TEtranger, a su vulgariser les connaissances scientifiques, aujourd'hui indispensables à chacun, quelle que soit sa profession et sa place dans la société.

Chapitre II

Ce n'était pas cependant sans quelque appréhension qu'il quittait les côtes d'Espagne. Plus que jamais, il croyait à son œuvre ; mais il n'ignorait pas que son équipage ne partageait nullement sa confiance. Les matelots n'obéissaient qu'à regret ; ils partaient attristés et mécontents, avec la persuasion qu'ils abandonnaient à tout jamais leur pays. Les mères, les femmes, les sœurs des matelots maudissaient à voix basse le funeste étranger qui avait séduit, par ses paroles enchantées Tesprit de la reine et qui prenait tant de vies d'hommes sous la respon sabilité d'un de ses rêves. Colomb, comme tous les hommes qui entraî nent un peuple au delà de ses préjugés, suivi à regret, entrait dans Tinconnu au bruit des malédictions et des murmures. C'est la loi des choses humaines *. Le 9 août, on relâche aux Canaries, et le 6 septembre, on part définitivement vers Touest.

Pendant les trois premières journées, tout vent cesse. Les vaisseaux, voiles pendantes, restent à peu de distance des côtes de Gomère. Enfin, la brise s'élève; on s'éloigne. Les matelots, en perdant de vue la terre, semblaient consternés ; derrière eux, ils laissaient tout ce que Thomme chérit : patrie, famille, amis; devant 1. Lamartine. eux, tout était chaos, mystère, danger! Plus d'un vieux matelot versait des larmes. Colomb s'efforçait alors de leur dépeindre les contrées superbes vers lesquelles il allait les conduire : les îles des mers indiennes, remplies d'or et de pierres précieuses. Mais tous ces séduisants mirages ne pouvaient effacer en eux la pensée qu'on les menait à une mort infaillible. Le 11 septembre, ils trouvent un débris de mât. Triste pré sage! disent-ils. Deux jours après, à environ deux cents lieues des côtes des Canaries, Colomb remarqua avec étonnement la variation de Tai guille aimantée.

Le lendemain, cette variation s'affirme naturellement davantage. Ce phénomène, auquel il ne trouve pas d'explication vraie, est tenu d'abord soigneusement caché; mais bientôt les pilotes eux mêmes s'en aperçoivent; grande est leur consternation. II leur semble que les lois de la nature s'altèrent et qu'ils entrent dans un nouveau monde soumis à des influences inconnues '. Le 15 septembre, Téquipage, impressionné par les moindres incidents, ne voit pas, sans une sorte de terreur, un bolide qui, sous la forme d'un trait de feu, tombe dans la mer à environ cinq lieues des bâtiments. Le vent continuait à souffler de Test, sans interruption; les naviga teurs étaient, en effet, poussés par les vents alizés ; nouvel effroi pour les matelots. Songeant toujours au retour, ils le prévoient impossible si le vent persiste dans une pareille direction.

Ils pénètrent ensuite dans la mer des Sargasses ; là, les plantes qui flottent à la surface de Teau, semblables à quelque prairie mobile, leur donnent un peu d'espoir. Ils savent, en effet, que c'est, en général, un indice de la proximité des terres. Les oiseaux passent et repassent devant eux. Deux pélicans viennent se poser sur les mâts du vaisseau. Une sorte de joie se répand dans tout Téquipage. Chacun ne se croit plus qu'à quelques lieues des côtes. Alonzo Pinzon, étudiant le vol des oiseaux, veut incliner vers le nord. Colomb, au contraire, persiste dans sa première opinion de pousser hardiment à Touest. Malheureusement, les prétendus indices de terre disparaissent. Les matelots recommencent à se lamenter. Le 20 septembre, on aperçoit quelques oiseaux et le dos monstrueux d'une baleine.

Le vent tourne au sud-ouest. Immédiatement Téquipage demande le retour en Espagne. Colomb, joignant la patience à la fermeté, remonte le courage des uns et menace les autres de la sévérité du roi. A un vent d'une certaine violence, succède une assez douce brise. L'on s'engage dans de nouvelles 1. Las Casas; Washington Irving. prairies flottantes. Ces champs d'herbes, qui jusque-là avaient paru de bon augure, effrayent cette fois les matelots : ils redoutent d'y être retenus prisonniers, comme au milieu des glaces polaires. Mille fables circulent à ce sujet dans ces esprits inquiets, terrorisés. La mer s'enfle tout à coup sans le moindre souffle de vent. Les matelots y voient un indice de la proximité des terres. Quant au chef de Texpédition, qui se regardait comme placé sous la garde immédiate de la Providence, il dit que ce gonflement de la mer lui parut envoyé par le ciel pour apaiser les clameurs de Téquipage, et il n'hésite pas, dans son mysticisme reli gieux, à le comparer à celui qui sauva si miraculeusement Moïse dans la mer Rouge ' .

Cette sorte de trêve ne fut que de courte durée ; la situation de Colomb devenait de jour en jour plus difficile. L'insubordination sourde tournait à la révolte. Les Espagnols se rassemblaient dans des coins retirés du navire et s'excitaient mutuellement. Ils insultaient presque on face Tamiral, s'écriaient qu'en allant plus loin que tous les autres hommes, ils avaient hautement rempli leur devoir. Plusieurs disaient même à leurs camarades que le plus sûr était de jeter cet ambitieux aventui'ier à la mer. « Revenus en Europe, ajoutaient-ils, nous expli querons qu'il est tombé dans les flots, tandis qu'assis sur le bord du navire, il était occupé à considérer les astres. » Colomb était aa fait de tout; il n'ignorait pas la fureur toujours croissante de son équipage; mais, au milieu de cette tempête, il con servait son maintien calme, digne, assuré.

Le 25 septembre, par une brise légère et une mer calme, les vais seaux naviguaient l'un auprès de l'autre. L'amiral s'entretenait avec Martin Alonzo Pinzon, capitaine de la caravelle Pinta, au sujet d'une carte qu'il avait communiquée. Pinzon interprétant cette carte, qui n'était autre probablement que la copie de celle de Toscanelli, croyait que Ton ne devait plus être éloigné du Cipangu (Japon). Colomb partageait la même manière de voir, mais les courants, selon lui, avaient bien pu modifier leur direction. L'amiral pria Pinzon de lui retourner sa carte et le capitaine de la Pinta la lui jeta à Taide d'une corde. Quand le soleil fut couché, Martin Alonzo monte à la poupe de son navire. Presque aussitôt il fait à Tamiral les plus violentes démonstra tions de joie ; il annonce qu'il vient de distinguer la terre !

Colomb se jette à genoux pour remercier le Seigneur2. Martin Alonzo chante le 1. Navarrette. 2. Las Casas. I. Gloria in excelsis Deo avec tout son équipage. Celui de Tamiral en fait autant : les gens de la Nina montent sur le mât de hune et dans les cordages. Tous assurent qu'ils voient la terre *. Les navires changent alors quelque peu leur direction : on incline vers le sud-ouest, et dans la nuit on fait jusqu'à vingt et une lieues. Le lendemain, on peut juger de la désolation générale. Ce que Ton avait pris pour des côtes de quelque continent, n'était tout simplement qu'une ligne de nuages. La flottille se remit à naviguer vers Touest. L'eau était si calme que les matelots s'amusaient à nager autour du vaisseau. Les dauphins s'ébattaient autour des navires ; des poissons volants s'élançaient dans les airs et retombaient parfois sur le tillac.

Le 1er octobre, d'après Testimation du pilote du vaisseau de Colomb, on avait fait cinq cent quatre-vingts lieues depuis les Canaries ; Colomb montrait une esti mation différente à son équipage, tandis que les calculs qu'il tenait secrets s'élevaient à sept cent sept lieues2. Les jours s'écoulent. Aucune trace de terre : nouveau découragement. Néanmoins, des troupes de petits oiseaux, qui voltigent çà et là, font naître quelques lueurs d'espoir. Colomb rappelle à son équipage que le gouvernement espagnol promet une pension de trente couronnes à celui qui découvrira le premier la terre. Cette somme énorme, puis qu'elle correspond à une rente de 6,000 francs, «devient une sorte d'aiguillon pour les matelots, qui, à tout instant, transforment les nuages en littoral et saluent des rives imaginaires.

En attendant, Ton marche toujours vers Touest et Ton ne distingue que Timmensité. La Nina prend les devants. Tout à coup, elle hisse joyeusement son pavillon en haut de son grand mât et fait retentir le bruit d'un de ses canons. Nul doute. On vient d'apercevoir la terre; mais aux transports d'allégresse succède bientôt le désenchantement! Ce n'était là encore qu'une illusion; un nuage noir avait été la cause de Terreur. Colomb fait prendre la direction ouest-sud-ouest : des troupes de moineaux volant dans ce sens lui apparaissent comme des guides envoyés par le ciel. Au reste, plus les voyageurs avancent, plus se multiplient les indices de terre. Les herbes qui flottent autour des navires ont une fraîcheur inusitée, - Tair est doux, embaumé. _ Tous ces présages ne peuvent malheur^use-ment triompher de Tesprit des 1.

Navarrette. fép<>£YY 2. Navarrette. RSl'ìflÍj . matelots. Ils demandent, ils exigent le retour en Europe. Colomb veut d'abord les calmer par des paroles bienveillantes; comprenant bientôt Tinutilité de ses efforts, il impose ses volontés et dit qu'il persiste plus que jamais dans ses résolutions. II rappelle qu'il est Tenvoyó du souve rain et de la reine d'Espagne et qu'il ne s'arrêtera qu'arrivé aux Indes. Quelques-uns de ses biographes prétendent qu'en présence d'une rébellion menaçante, Colomb faiblit et consentit à revenir si Ton n'apercevait pas la terre avant trois jours. Nous ne trouvons aucune preuve suffisante de ce fait dans les documents dignes de foi. D'ailleurs, le caractère de Tillustre Génois semble lui donner un éclatant démenti. Colomb, au reste, a dû être d'autant plus ferme que, parvenu dans ces parages, il comprenait parfaitement, à une foule de signes, qu'il approchait d'un littoral quelconque; non seulement les herbes fraîches, semblables à celles qui croissent dans les rivières, venaient battre la coque des navires, mais Ton avait remarqué une espèce de poisson qui se tient habituellement dans des roches côtières, et, témoignages plus concluants encore, on avait recueilli une branche d'épine en fleurs récemment détachée de Tarbre, un roseau, une planche, — enfin un bâton artistement taillé.

L'attente était donc générale, tous les matelots tournaient avidement leurs regards vers Touest. Un sentiment intime disait à tous que Ton touchait enfin au terme du voyage. Pendant toute la journée, la brise avait été continue, la mer plus grosse qu'à Tordinaire; on avait franchi une grande distance. Au coucher du soleil, les vaisseaux fendaient les vagues avec une grande rapidité, la Pinta étant en avant selon Tusage. Un véritable enthousiasme régnait à bord... Lorsque les ténèbres furent épaisses, Colomb s'établit sur la dunette de son vaisseau. Quelque air de confiance qu'il eût montré pendant le jour, c'était pour lui un moment de la plus pénible anxiété, — et à présent que les ombres de la nuit le dérobaient aux regards, il plongeait un œil inquiet dans le sombre horizon, cherchant à découvrir le plus vague indice de la terre.

Tout à coup, vers dix heures, il crut voir briller une lumière dans Téloignement1. II interroge plusieurs de ses lieutenants, qui distinguent aussi la même lueur, lueur fugitive qui semblait courir à Thorizon. Une brise assez forte continuait de pousser les voyageurs du côté de Touest; à deux heures du matin, un coup de canon tiré de la Pinta donne définitivement l'heureux signal de la vue de la terre. 1. Washington Irving. Ce fut un marin du nom de Rodrigo de Triana qui eut le bonheur de saluer le premier le Nouveau -Monde. Aussitôt, les voiles furent ferlées, — les vaisseaux demeurèrent en panne jusqu'à Tarrivée du jour. A deux heures de la nuit du 11 au 12 octobre 1492, une île s'était donc enfin montrée aux Espagnols. Au milieu de la demi-obscurité, ils cher chaient à deviner la forme de la terre mystérieuse qui s'offrait enfin devant eux.

A l'aurore, chacun contempla le profil de Guanahani, une des Lucayes, que Ton pense aujourd'hui retrouver dans Cat-Island1 et que Colomb salua du nom de San Salvador; Tindifférence et Tingra titude des hommes ont délaissé cet îlot, oublié comme tant de souvenirs qui ne parlent qu'à Tâme et à la conscience. Quelques indigènes, frappés de stupeur et d'étonnement, tournaient leurs regards anxieux du côté des caravelles. Colomb se rendit à terre dans une barque bien armée; il avait en main la bannière royale, et les deux capitaines qui Taccompagnaient, Martin Alonzo Pinzon et Vincent Yanez, portaient la bannière de la croix verte, arborée sur chaque bâti ment comme signe de reconnaissance. Sur ces deux bannières étaient un F et un Y, surmontés d'une cou ronne, et ces deux lettres, rappelant Ferdinand et Isabelle, encadraient la croix >5«, signe de la Rédemption, qui, alliée aux deux initiales, était, on le sait, pour Tamiral, un véritable labarum.

II se jeta à genoux, baisa la terre et rendit grâces à Dieu, en versant des larmes de joie. Son exemple fut suivi par ses compagnons. Colomb tira son épée, déploya T étendard royal, prit possession de Tile au nom du roi et de la reine d'Espagne, et requit tous ceux qui étaient présents de lui prêter serment d'obéissance en qualité d'amiral' et de vice-roi représentant Leurs Majestés. Les matelots s'abandonnaient à Texcès de leur joie. Ils se pressaient tous autour de Tamiral. C'était à qui Tembrasserait, à qui lui baiserait les mains. Ceux qui avaient été les plus mutins et les plus turbulents étaient alors les plus dévoués, les plus ardents à manifester leur enthousiasme. Des misérables qui l'avaient outragé rampaient en quelque sorte à ses pieds, lui demandant pardon de toutes les peines qu'ils lui avaient causées, et promettant pour Tavenir la soumission la plus aveugle à ses volontés2.

Des indigènes, peu à peu rassurés par Tattitude pacifique des nou- 1. Selon nous, cet îlot est plutôt Watling; suivant M. de Varnhagen, ce serait Marignana, II est assez curieux de ne pas voir indiquée, d'une façon très évidente, cette île sur la carte de Juan de la Cosa, le pilote da Christophe Colomb. 2. Oviedo. DÉBARQUEMENT DE CHRISTOPHE COLOMB veaux venus, se groupaient à quelque distance, embrassaient d'un regard curieux les étrangers, et pressentaient peut-être déjà que ces hommes au teint pâle et à T armure brillante allaient devenir leurs maîtres. La douceur, les bons traitements pouvaient seuls calmer leur crainte. Laissons, au reste, parler Colomb lui-même : « Afin, dit-il, qu'ils nous prissent en amitié, et parce que je connus que c'étaient des gens qui se livreraient plus à nous et se convertiraient à la sainte foi plutôt par la douceur et la persuasion que par la violence, je donnai à quelques-uns d'entre eux des bonnets de couleur, avec des perles de verre qu'ils mettaient à leur cou, et beaucoup d'autres choses de peu de valeur, qui leur firent grand plaisir et nous concilièrent tellement leur amitié que c'était merveille.

Ils venaient ensuite à la nage aux embarcations des navires dans lesquelles nous étions, et nous apportaient des perroquets, du fil de coton en pelotes, des zagaies et beaucoup d'autres choses, et les échangeaient avec nous pour d'autres objets que nous leur donnions, comme de petites perles de verre et des grelots. Enfin, ils prenaient tout ce qu'on leur offrait et donnaient très volontiers de tout ce qu'ils avaient; mais il me parut que c'étaient des gens bien pauvres sous tous les rapports... Ils étaient bien faits, avaient de beaux corps et de jolies figures. Leurs cheveux étaient presque aussi gros que les crins de la queue des chevaux, courts et tombant presque sur les sourcils; ils en laissaient par derrière une longue mèche qu'ils ne coupent jamais. Quelques-uns d'entre eux se peignent d'une couleur noirâtre.

Leur couleur naturelle est la même que celle des Canariens ; ils ne sont ni noirs ni blancs, mais il en est parmi eux qui se peignent en blanc, d'autres en rouge, d'autres avec la couleur qu'ils trouvent. Quelques-uns se peignent la figure, quelques autres tout le corps; ceux-ci seulement les yeux, ceux-là seulement le nez. Ils ne portent pas d'armes, et ne les connaissent pas, car lorsque je leur montrais des sabres, ils les prenaient par le tranchant, et se coupaient par ignorance. Ils n'ont pas de fer : leurs zagaies sont des bâtons sans fer, dont quelques-uns sont terminés par une dent de poisson , et d'autres par un corps dur quelconque... Ils doivent être bons serviteurs et de bon caractère. Je m'aperçois qu'ils répètent promptement ce qu'on leur dit, et je crois qu'ils se feraient chrétiens sans difficulté, car il me parut qu'ils n'appartiennent à aucun secte.

S'il plaît à Notre Seigneur, lors de mon départ, j'en emmènerai six à Vos Altesses, afin qu'ils apprennent à parler. Je n'ai vu dans cette île aucune espèce d'animaux, si ce n'est des perroquets, >. Et dans son écrit daté du 13 octobre, laissant percer la soif de Tor, qui fut le premier des stimulants de toutes ces conquêtes, Colomb ajoute : « Les indigènes apportaient des pelotons de coton filé, des perro quets, des zagaies et d'autres petites choses qu'il serait fastidieux de nommer ici en détail; et ils donnaient tout pour quelque bagatelle. Je les examinais attentivement, et je tâchais de savoir s'il y avait de Tor. Je vis que quelques-uns en portaient un petit morceau suspendu à un trou qu'ils se font au nez, et je parvins, par signes, à apprendre d'eux qu'en tournant leur île et en naviguant au sud, je trouverais un pays dont le roi avait de grands vases d'or et une grande quantité de ce métal.

Je m'efforçai d'abord de les décider à aller dans ce pays, mais je compris bientôt qu'ils ne le voulaient pas... L'or, qu'ils ont suspendu à leurs narines, se trouve aussi dans leur île, mais je ne le fais pas rechercher, pour ne pas perdre mon temps, voulant aller voir si je puis aborder à Tîle de Cipango '. » Colomb fut enthousiasmé de la riche végétation des terres qu'il venait de découvrir et charmé de Taccueil des indigènes. Lui et les siens pas saient aux yeux de la population sauvage pour des êtres descendus du ciel : on les traitait presque en demi-dieux. Les futurs opprimés, cédant à leur curiosité naïve, venaient se jouer comme des passereaux autour des trois caravelles. Les Espagnols reconnurent les principales îles du voisinage, Santa- Maria de la Concepcion, la Petite-Inague, à laquelle Tamiral donna le nom de Ferdinanda; partout on s'enquérait des richesses que pouvait recéler le sol.

L'or était sa pensée dominante. Cette préoccupation ternit même les lettres de Colomb ; on est attristé de voir le grand navi gateur absorbé par des intérêts d'ordre matériel, alors qu'il ouvrait un monde à la civilisation. Toutes ses pages expriment une sorte de cupide anxiété. « L'or, dit-il, dans une lettre à la reine, est chose excellente. Quiconque le possède est le maître de tout. C'est avec de Tor qu'on fait même arriver les âmes au paradis. » Par une de ces déplorables aber rations du sens moral qu'explique peut-être le temps où vivait Colomb, il va même encore plus loin; selon lui, la conquête de Tlnde, nouvellement découverte, ne devait avoir d'importance qu'autant qu'elle accomplirait d'anciennes prophéties et qu'elle conduirait par ses trésors à la conquête du tombeau du Christ. 1.

On sait que Cipango ou Cipangu n'est autre que le Japon de Marco Polo. Colomb crut d'abord le retrouver dans Tile de Cuba, et persista jusqu'à sa mort dans la pensée qu'il avait découvert des terres voisines de TAsie et même TAsie orientale. En touchant les iles Lucayes, Tamiral se crut donc dans un des archipels voisins de T extrême Orient; les sauvages n'étaient, suivant lui, que des Indiens, il les appela ainsi et le nom leur fut conservé. II emmena sept des indigènes de San-Salvador, et se dirigea, d'après leurs avis, du côté de la terre qui passait pour recéler le plus d'or. Le 28 octobre, T escadrille découvrait Cuba. Colomb était de plus en plus émerveillé de la beauté des panoramas qui se déroulaient devant lui; il pénétra dans une baie profonde environnée d'arbres chargés de fleurs et de fruits, au milieu desquels gazouillaient des mil liers d'oiseaux au plumage le plus varié.

Colomb sauta dans une chaloupe et toucha terre. Les indigènes, à son approche, prirent la fuite. II entra dans leurs cases désertes, et défendit à ses compagnons de toucher aux objets appartenant à ces pauvres naturels, effrayés, dit-il, comme une troupe de poules craintives. Plus il avançait dans Tintérieur, plus était grande son admiration. « Cette terre, dit-il, est la plus belle qu'aient jamais vue les yeux humains; elle est pleine de bons ports, de fleuves profonds... elle est remplie de montagnes très belles, très hautes, quoique de peu de longueur. » Colomb et le capitaine de la Pinta, trompés par des témoignages d'indigènes, pensèrent que Cuba était une ville, que le pays qu'ils venaient de toucher devait être un continent, et que le roi de cette contrée était en guerre avec le grand Khan.

De là, la pensée de se rendre dans la capitale du Cathay1, résidence du grand Khan. Sous Tempire de cette pensée, Tamiral envoya même une assez ridicule ambassade à quelque petit chef de Cuba, qu'il transformait dans son esprit en puissant souverain asiatique. Les deux ambassadeurs, doublés de savants, firent de grands dis cours en langues orientales et furent naïvement adorés par les indigènes. Les uns venaient toucher religieusement leurs habits, les autres baisaient leurs mains et leurs pieds. A leur retour, les deux Espagnols remarquèrent pour la première fois que les naturels se promenaient en tenant entre les doigts de petits rouleaux d'herbes sèches qu'ils allumaient et dont ils aspiraient la fumée. Ce singulier plaisir confondit d'étonnement les deux étrangers. Aurait-on pu prévoir alors que les sauvages de TAmérique, en courbant la tête sous le joug européen, allaient bientôt soumettre à leur tour TAncien-Monde tout entier au despotisme de la plus ridicule des habitudes?

Toujours trompé par Tillusion dont il aimait à se bercer, Colomb 1. Le Cathay désignait une portion de la Chine. 4 I. trouvait, dans les moindres noms prononcés par les sauvages, des ana logies avec quelques dénominations rapportées par Marco Polo. C'était TAsie, constamment TAsie et TInde qu'il voulait avoir reconnues. Cette ténacité de génie qui lui avait permis d'accomplir son entreprise, tournait cette fois contre lui et Tenracinait dans Terreur. On lui parla d'une terre à Test nommée Babèque. Sur les indications les plus vagues, il fit voile de ce côté ; il longea les rives de Cuba, jeta Tancre dans un havre sûr et profond qu'il nomma Puerto del Principe (Port du Prince) et explora le joli archipel d'ilôts et de récifs, connu depuis sous le nom de Jardin du Roi. La mer devint très houleuse.

Colomb donna aux deux caravelles qui Taccompagnaient le signal de rétrograder. La Pinta, commandée par Martin Alonzo Pinzon, ne répondit pas à cet avertissement; elle feignit de ne rien comprendre et se perdit dans Tobscurité. Que se passait-il? « Déjà, dit Lamartine, Tenvie, qui naît dans le cœur des hommes le même jour que le succès, brûlait le cœur du premier lieutenant du grand navigateur. Alonzo Pinson avait résolu de profiter des décou vertes de Colomb pour découvrir lui-même, sans génie et sans effort, d'autres terres, et, après leur avoir donné son nom, de revenir le pre mier en Europe usurper la sieur de la gloire et des récompenses dues à son maître et à son guide en navigation... L'amiral gémit, entrevit le crime, affecta de croire à une déviation involontaire de la Pinta, et, cinglant avec ses deux navires au sud-est vers une ombre immense qu'il apercevait sur la mer, il aborda à Tile d'Haïti qu'il appela Hispa niola, et qu'on a nommée depuis Saint-Domingue. » Ce fut le 5 décembre 1492 que Colomb découvrit cette terre, que les Indiens montés à son bord saluaient du nom de « Bohio ».

La belle Haïti apparut aux navigateurs au milieu de la transparence lumineuse des pays chauds. Ses montagnes étaient plus hautes et plus rocailleuses que celles des autres îles; mais elles s'élevaient au milieu de riches forêts. Les riantes collines et les savanes verdoyantes qui les entouraient, les traces de culture que présentaient les plaines, les feux nombreux qui se montraient le soir et les colonnes de fumée qui, le jour, s'élevaient de différents côtés, tout annonçait une nombreuse population. Haïti étalait à leurs yeux tout l'éclat de la végétation des tropiques. Qui aurait pu prévoir que cette île, Tune des plus magnifiques du monde, était destinée à en être une des plus malheureuses ' ? 1, Washington Irving. Les indigènes qui accompagnaient Colomb ne cessaient de lui parler, avec une sorte de terreur, du pays de Caniba.

Ce nom se transforma aussitôt, dans Tesprit de Tamiral, en pays du grand Khan; il pensa qu'il s'approchait de plus cn plus des contrées dans lesquelles le grand chef d'Asie venait chercher des esclaves. Le 12 décembre, trois matelots sont envoyés en reconnaissance. Ils poursuivent les Indiens et réussissent à prendre une femme qui avait un anneau d'or au nez; ils la conduisirent à la caravelle de Tamiral « Cette femme, dit Colomb, était très belle et fort jeune; elle parla avec nos Indiens, car ils avaient tous une langue commune. » Colomb la fit habiller, il lui donna des perles de verre, des grelots et des bagues de laiton. II la renvoya ensuite dans ses loyers. La jeune sauvage regretta en partant que la volonté du chef blanc ne Tcút pas retenue à bord de la caravelle, où se trouvaient déjà des femmes indigènes.

Effrayés d'abord, les sauvages finirent par se familiariser : les Espa gnols purent entrer dans leurs demeures; il leur fut offert du pain de cassave, du poisson, des patates et des fruits. Les pauvres habitants vivaient alors dans cet état de simplicité primitive, de goûts modestes, de tendances pacifiques, qu'on a eu raison de dépeindre comme le plus digne d'envie sur la terre. L 'hospitalité, sœur de Taisance, leur paraissait toute naturelle. « Chaque maison, dit Charlevoix, était ouverte à Tétranger comme si c'eût été la sienne. » Avant Tarrivée maudite des Européens, ces braves gens agissaient loyalement les uns envers les autres, sans lois, sans livres, sans juges. Ces insulaires représentaient VàgQ d'or chanté par les poètes et que, dans notre vieux monde, Tima gination a pu seule créer.

Ne comprend-on pas après cette description la thèse si brillamment soutenue par Jean-Jacques et qui affirme que la civilisation a été la corruptrice des mœurs ? Les vaisseaux avaient d'abord mouillé dans le port Saint-Nicolas; ils longèrent ensuite le littoral du nord d'Haïti et jetèrent Tancre à peu de distance du point où devait plus tard s'élever la ville du Cap-Français. Les indigènes disparaissaient à Tapproche des étrangers. Calmer leur terreur semblait chose impossible, lorsqu» le sauvetage d'un Indien, dont le canot avait chaviré, en fit des amis en les rassurant. Ils échangèrent leur or contre des morceaux de porcelaine et des objets sans la moindre valeur. Colomb rapporte, avec une sorte de candeur, la satisfaction qu'il ressentait d'obtenir des cadeaux si profitables en donnant si peu.

La cupidité n'étouffe pas heureusement Télévation de ses vues, mais elle marche, sinon au premier rang, du moins toujours au second, et c'est là une tache indéniable. Le prince du pays, que Ton appelait cacique, voulut voir de près les nouveaux venus. L'amiral le reçut. Les ornements d'or du chef Guaca nagari excitèrent au plus haut point la curiosité, la convoitise des Espa gnols. A cette question : « D'où tirez-vous ce métal? » le cacique avait répondu : « D'une contrée plus à Test, nommée Cibao. *- C'en était assez pour que Colomb crût retrouver le Cipangu (le Japon de Marco Polo) dans ce nom de Cibao. De là, nouvelles erreurs. On finit par com prendre que Cibao n'était qu'une montagne au centre de Tile. Le port de la Concepcion avait été abandonné par Colomb, le 24 décembre. Des courants surprirent inopinément, en pleine obscurité, son vaisseau, qui, poussé sur un banc de sable, fut perdu.

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