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Manuel de l'histoire de Belgique ... Sixième édition revue et corrigée, enrichie d'une carte historique de la Belgique

Jean Baptiste David · 1859 · Scanned text

161,894 words · about 11 h 20 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jean Baptiste David
Language
French
Published
1859
Length
161,894 words · about 11 h 20 min
Sections
7 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (7)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 6 min
  3. Introduction about 1 h 6 min
  4. Chapitre II. Histoire Du about 2 h 53 min
  5. Chapitre IV. Histoire Du about 27 min
  6. Chapitre V. Histoire Du about 35 min
  7. Chapitre VI. Des about 6 h 13 min

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Front matter

■AIMA DE L'HISTOIRE DE BELGIQUE. a été satissd^ài^^aMii'á Janvier 1817. MANUEL m iimwm m hmdw, PAR J. DAVID, Chanoine honoraire de la métropole de Malines Membre de l'Académie Royale de Bruxelles et de la Société de Leyde, Professeur à -'Université Catholique, etc. SIXIÈME ÉDITION REVUE ET CORRIGÉE ENRICHIE D'UNE CARTE HISTORIQUE DE LA BELGIQUE LOUVAIN , TYPOGRAPHIE DE VANLINTHOUT ET C* IMPRIMEOr.S-LlClWlECS DE i/UNIVERSITÊ Opus quod inscribitur : Manuel de l'Histoire de Belgique, par J. David, Chanoine honoraire de la Métropole de Malines, Membre de l'Académie royale de Bruxelles et de la Société de Leyde, Professeur à .'Université catholique, etc., ex au ctoritate Eminentissimi et Reverendissimi Cardinalis Archie piscopi Mechliniensis , et legurn academicarum praescripto recognitum, quum fidei aut bonis moribus contrarium nihil rontinere visum fuerit, imprimi potest. Datum Lovanii, die 7 Junii 1859. v.-v.-x.^mmm^ r*», umv.

Preface

. Quoique l'histoire nationale ait été traitée dans plusieurs ouvrages classiques dont le mérite est généralement reconnu, j'ose croire que ce Manuel ne sera pas sans utilité pour les jeunes gens qui voudront l'étudier. J'ai entendu quelquefois ceux-ci se plaindre des difficultés qu'ils rencontrent dans nos annales, et de l'obscurité qui y règne, surtout depuis l'époque du démembrement de la monarchie carlovingienne , jusqu'à celle où les différentes provinces de la Belgique furent réunies sous le sceptre des ducs de Bourgogne. Moi même j'ai éprouvé ces difficultés , et je ne doute point que la plupart de mes collègues dans la carrière de renseignement n'aient souvent fait les mêmes remarques. Ces considérations m'ont engagé à essayer, après tant d'autres, de faire un Manuel , où je m'efforcerais principale ment de rendre claire et facile la partie obscure de notre

PREFACE.

. histoire. J'ai cru que le seul moyen d'atteindre ce but était de changer de plan ; c'est-à-dire , de traiter l'histoire parti culière des différents duchés et comtés dont se composait la Belgique au moyen-âge, non d'après la méthode synchro nistique suivie jusqu'à ce jour, mais séparément et l'une après l'autre. Avant de rendre mon travail public, j'ai voulu soumettre ma méthode à une épreuve de plusieurs années; et ce n'est qu'après m'être assuré pendant trois ans que mes élèves s'en trouvaient bien, que je me suis déterminé à étendre les aperçus sommaires que j'avais dictés en classe, et à les livrer à l'impression. Ainsi s'est formé le Manuel dont je présente la sixième édition à la jeunesse, et aux hommes qui parcourent la même carrière que moi; et j'ai la confiance qu'il ne leur sera pas désagréable.

La division de notre histoire m'a paru réclamer une mé thode différente de celle qu'ont adoptée mes devanciers. J'ai distingué six périodes, dont les deux premières appartiennent aux temps anciens, ce sont les périodes romaine et franque; les deux suivantes appartiennent au moyen-âge, c'est la période féodale et la période de liberté communale; enfin les deux dernières se rapportent aux temps modernes : je les ai appelées période monarchique , et période constitutionnelle. Cette dernière est celle dans laquelle nous vivons. On voit d'abord que cette division n'a rien d'arbitraire, et c'est pour cela que je la crois utile. II serait trop long de développer ici les principes sur lesquels je me suis fondé pour établir ces divisions : je me contenterai de renvoyer aux idées émises à ce sujet par Mr Warnkcenig dans le Mes sager des Sciences et des Arts de 1853.

PREFACE.

. V Je u'ai consacré que quelques pages à la période franque , parce qu'elle rentre tout entière dans l'histoire du moyen âge, qui forme un cours spécial à notre Université, comme ailleurs; et parce que, d'un autre côté, l'histoire des pro vinces belgiques ne commence proprement qu'à l'époque du partage de l'empire carlovingien , au neuvième siècle. La même raison m'a engagé à être court dans la période romaine : mais j'ai traité avec quelque détail l'histoire des conquêtes de César , parce que cette partie nous intéresse spécialement. Enfin, je n'ai donné aucune place dans mon Manuel à riiisloire de la principauté de Liège , et cela pour plus d'une raison. D'abord , cette histoire ne pouvait pas entrer dans mon plan; le pays de Liège a formé, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la révolution française, un étal tout à fait distinct du reste de la Belgique : et puis , l'histoire de Liège est tellement importante, qu'elle mérite, à tous égards , d'être traitée en particulier, comme elle l'est en eífet à l'Universilé catholique , où elle fait l'objet d'un cours à part.

Cet état, gouverné par un prince ecclésiastique, présente des caractères qui lui sont exclusivement propres ; mais comme le peuple liégeois, naturellement moins soumis à un prince électif, a précédé tous les autres peuples de la Belgique dans la conquête et le développement des libertés et des institutions communales, son histoire peut, sous ce rapport , servir de flambeau à celle de"Flandre , de Brabant et des autres provinces. Je crois pouvoir ajouter que, dans tout le cours de cet ouvrage , j'ai cherché à être vrai , que nulle part je n'ai émis VI

PREFACE.

. histoire. J'ai cru que le seul moyen d'atteindre ce but était de changer de plan ; c'est-à-dire , de traiter l'histoire parti culière des différents duchés et comtés dont se composait la Belgique au moyen-âge, non d'après la méthode synchro nistique suivie jusqu'à ce jour, mais séparément et l'une après l'autre. Avant de rendre mon travail public, j'ai voulu soumettre ma méthode à une épreuve de plusieurs années ; et ce n'est qu'après m'être assuré pendant trois ans que mes élèves s'en trouvaient bien, que je me suis déterminé à étendre les aperçus sommaires que j'avais dictés en classe, et à les livrer à l'impression. Ainsi s'est formé le Manuel dont je présente la sixième édition à la jeunesse, et aux hommes qui parcourent la même carrière que moi; et j'ai la confiance qu'il ne leur sera pas désagréable.

La division de notre histoire m'a paru réclamer une mé thode différente de celle qu'ont adoptée mes devanciers. J'ai distingué six périodes, dont les deux premières appartiennent aux temps anciens, ce sont les périodes romaine et franque; les deux suivantes appartiennent au moyen-âge, c'est la période féodale et la période de liberté communale; enfin les deux dernières se rapportent aux temps modernes : je les ai appelées période monarchique , et période constitutionnelle. Cette dernière est celle dans laquelle nous vivons. On voit d'abord que cette division n'a rien d'arbitraire, et c'est pour cela que je la crois utile. II serait trop long de développer ici les principes sur lesquels je me suis fondé pour établir ces divisions : je me contenterai de renvoyer aux idées émises à ce sujet par Mr Warnkcenig dans le Mes sager des Sciences et des Arts de 1833.

PRÉFACE. VII Je n'ai consacré que quelques pages à la période franque , parce qu'elle rentre tout entière dans l'histoire du moyen âge, qui forme un cours spécial à notre Université, comme ailleurs; et parce que, d'un autre côté, l'histoire des pro vinces belgiques ne commence proprement qu'à l'époque du partage de l'empire carlovingien , au neuvième siècle. La même raison m'a engagé à être court dans la période romaine : mais j'ai traité avec qgelque détail l'histoire des conquêtes de César, parce que cette partie nous intéresse spécialement. Enfin, je n'ai donné aucune place dans mon Manuel à lhistoire de la principauté de Liège , et cela pour plus d'une raison. D'abord, cette histoire ne pouvait pas entrer dans mon plan ; le pays de Liège a formé, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la révolution française, un état tout à fait distinct du reste de la Belgique : et puis , l'histoire de Liège est tellement importante, qu'elle mérite, à tous égards , d'être traitée en particulier, comme elle l'est en effet à .'Université catholique , où elle fait l'objet d'un cours à part.

Cet état, gouverné par un prince ecclésiastique, présente des caractères qui lui sont exclusivement propres ; mais comme le peuple liégeois, naturellement moins soumis à un prince électif, a précédé tous les autres peuples de la Belgique dans la conquête et le développement des libertés et des institutions communales, son histoire peut, sous ce rapport , servir de flambeau à celle de*FIandre , de Brabant et des autres provinces. Je crois pouvoir ajouter que, dans tout le cours de cet ouvrage , j'ai cherché à être vrai , que nulle part je n'ai émis PRÉFACE. VIII un jugement téméraire. Dans les questions difficiles ou con troversées, j'ai tâché de m'éclairer autant que possible, et si je me suis trompé dans l'appréciation de l'un ou de l'autre fait , mon erreur n'a point sa cause dans un manque de bonne foi. Louvain, 7 Juin 1859. MANUEL DE L'HISTOIRE DE BELGIQUE,

Introduction

. DE LA BELGIQUE AVANT LA DOMINATION ROMAINE , ET DES PEUPLES QUI L'HABITAIENT. La Belgique faisait anciennement partie de la Celtique , laquelle , selon l'opinion la plus probable , s'étendait entre le Rhin , l'Océan , la Méditerranée , les Alpes et les Pyrénées. On ne peut déterminer l'époque à laquelle nos provinces commencèrent à être peuplées ; mais , eu égard à leur posi tion géographique, position qui leur a fait donner le nom de Pays-Bas, on peut affirmer qu'elles n'ont été habitées que longtemps après les autres parties de la Celtique. On ne connaît pas plus exactement l'origine des Celtes ou Gaulois, qui passent pour avoir été les premiers habitants de la Belgique. L'histoire commence à fournir des notions plus certaines sur les Celtes , au temps de la fondation de Marseille par les MANUEL Phocéens, vers l'an 600 avant J.-C. (1). — A cette époque les Celtes, trop à l'étroit ce semble dans leurs vastes limites, franchirent les Pyrénées , les Alpes , le Rhin , et fondèrent successivement des colonies militaires en Espagne, en Italie, en Germanie et ailleurs.

Alors , au dire de César (2) , les Gaulois surpassaient les Germains en valeur, et leur faisaient une guerre opiniâtre; ils envoyèrent de nombreuses colonies dans la Germanie , pour décharger les Gaules d'une population trop grande , et à laquelle le sol ne pouvait four nir la subsistance. Ces expéditions furent plusieurs fois renouvelées dans la suite, mais elles s'arrêtèrent vers l'an 277 avant J.-C. Les guerres longues et sanglantes , et les nombreuses émigra tions des Celtes avaient affaibli leurs forces, au point que de conquérants qu'ils étaient, ils devinrent bientôt une nation conquise et tributaire. Par contre, les peuplades teutoniques du nord de la Germanie , accrues en nombre , et renforcées ou poussées par de nouvelles hordes sorties de l'Asie septentrionale , commencèrent à descendre et à refluer vers les pays qu'elles avaient autrefois abandonnés, et qui les rap prochaient des Gaules.

Dans leurs courses vagabondes et incertaines , ces Teutons tombèrent sur les Gaulois qui avaient fixé leur demeure sur le sol de la Germanie, les vainquirent et les écrasèrent. Alors les colonies celtiques disparurent de ces contrées avec autant de promptitude qu'elles s'y étaient établies (3). Bientôt les Teutons, qui ne reçurent que plus tard le nom de Germains , non contents d'avoir expulsé les Celtes du territoire teutonique , firent à (l) Schayes, Les Pays-Bas avant et durant la domination romaine, I, pag. 19. (2) De Bello Gallico , L. VI , c. 24. — Schayes , pag. 23. (3) Schayes , pag. 28. leur égard ce que ceux-ci, dans le temps de leur prépondé rance , avaient fait à l'égard des Teutons , c'est-à-dire , qu'ils les attaquèrent sur leur propre territoire. Ils passèrent le Rhin, et refoulant dans l'intérieur de la Celtique les peuplades gauloises qui occupaient la rive gauche du fleuve , ils se rendirent maitres de la Belgique et d'une partie du nord de la France.

Cette conquête ne se fit pas en une fois , mais par des invasions réitérées , entre les années 200 et 130 avant l'ère chrétienne (1). Les Celtes , repoussés par les Teutons , se rétirèrent en grand nombre en Angleterre et en Irlande. Toutefois, une partie considérable de la nation sut se maintenir au midi de la Seine et de la Marne (2) : de sorte que ses frontières , à Fépoque de l'invasion romaine , touchaient à celles des Ger mains conquérants de la Belgique. Quelques auteurs croient que l'expulsion des Celtes ou Gaulois de la Belgique ne fut pas complète, mais que certaines peuplades gauloises conti nuèrent à occuper leur ancien territoire , et que c'est d'elles que les Wallons tirent leur origine. Mais cette assertion, si plausible qu'elle paraisse d'abord , ne saurait être soutenue en présence de témoignages positifs qui établissent le con traire.

Or César et Tacite , en parlant des peuples qui habitaient ces parties de la Belgique où le wallon est parlé aujourd'hui, disent expressément qu'ils étaient d'origine ger manique (3). La Belgique actuelle , au temps de César , était donc occupée exclusivement par des Germains, et ne conservait d'autre souvenir des Celtes, ses premiers habitants, que (I) Schayes, pag. 33. — (2) Voyez Caes. De Bello Gall. I, c. 2. (3) Voyez Os. De Bello Gall. c. 4, et VI, c. 32. - Tac. De Mor. Germ. c. 2 et 28. — V. aussi Raepsaet, OEuvres complètes , III, pag. 13 et 183. MANUEL son ancien nom gaulois de Belgique, laissé au pays par ses nouveaux possesseurs , qui adoptèrent eux-mêmes pour nom générique la dénomination de Belges. César nous apprend les noms des peuples qui habitaient la Belgique, à l'époque où il vint leur faire la guerre.

Ils sont au nombre de vingt-quatre ; mais tous n'appartiennent pas à la Belgique d'aujourd'hui, ni par conséquent à notre histoire. On comptait six peuplades principales. C'étaient les Ebu rons, les Tréviriens, les Nerviens, les Atuatiques, les Ména piens, et les Ambivarites. Les autres, au nombre de neuf, dépendaient , comme tributaires , des Tréviriens et des Ner viens. 1. Les Éburons demeuraient, pour la majeure partie, entre le Rhin et la Meuse. Les pays qu'ils occupaient correspondent au duché de Juliers , au Limbourg, à une partie de la pro vince de Liège jusqu'au Condros. A cela il faut probablement ajouter la partie septentrionale du Brabant qui se termine à la Dyle. 2. Les Tréviriens habitaient l'ancien électorat de Trêves , et le Luxembourg (1). A l'est ils étaient bornés par le Rhin; à l'ouest ils touchaient aux Nerviens , dont ils étaient séparés par la Meuse; au midi ils avaient pour limite la Lorraine, ou le pays des Médiomatriques ; enfin au nord ils étaient séparés des Eburons par deux des quatre peuplades qui étaient sous leur dépendance , les Condrusiens et les Segniens.

Les premiers habitaient le canton appelé le Condros , entre la Meuse et TOurthe, et renfermant aujourd'hui les villes de Hui, Dinant et Ciney. On ne connaît pas bien la demeure des Segniens, ni celle des deux autres peuplades tributaires (1) V. Raepsaet, III , pag. í>7. des Tréviriens, les Cérésiens et les Pémaniens; mais il est très-probable qu'ils occupaient les confins septentrionaux de la province de Luxembourg : de manière que les quatre peu plades dépendantes des Tréviriens demeuraient toutes au nord de ce peuple. 3. Les Nerviens occupaient le centre et le midi de la Bel gique actuelle. Ils habitaient les parties qui comprennent de nos jours le Hainaut, le Brabant à gauche de la Dyle, la Flandre à droite de l'Escaut , et une portion de la province d'Anvers formant un angle entre l'Escaut , le Rupel et la Dyle : en outre , hors de la Belgique actuelle , le ci-devant Cambrésis et le Hainaut français (1).

Mais les Nerviens n'occupaient pas seuls tout ce territoire. Ils le partageaient avec les cinq peuplades , qui étaient sous leur dépendance, et que César appelle Centrons , Grudiens, Levaques, Pleumosiens et Gorduniens. On ignore le siège de ces peuplades , dont il n'est parlé qu'une fois dans les Com mentaires de César. Plusieurs auteurs les placent toutes au nord des Nerviens. 4. Les Atuatiques touchaient vers le nord aux Eburons ; à l'ouest et au midi ils confinaient aux Nerviens , et à l'est aux Tréviriens. Ils occupaient la province actuelle de Namur, en tout ou en partie. 5. Les Ménapiens demeurèrent d'abord , pour la plupart , sur les deux rives du Rhin ; mais , chassés par d'autres peu plades venues de la Germanie , ils se retirèrent dans les deux Flandres , dont ils habitaient déjà les côtes avant leur expul sion des bords du Rhin (2) . 6.

Enfin les Ambivarites n'avaient pas de demeure qui soit (i) V. Raepsaet, III, pag. 23. (2) Ib. pag. 40. 1. MANUEL bien connue. César, qui ne les nomme qu'une fois , les place en déçà de la Meuse. On en conclut qu'ils habitaient entre le Demer, la Meuse et l'Escaut. Quelques écrivains leur as signent le pays situé entre Anvers, Berg-op-Zoom , Bréda et Bois-le-Duc (1). Quant aux Morins et aux Atrébates, communément comptés parmi les anciens peuples de la Belgique de nos jours , ils ne faisaient qu'y toucher. Les premiers étaient les voisins des Ménapiens , et habitaient la côte maritime française ; les seconds occupaient le territoire d'Arras, et s'étendaient jus qu'au Pas-de-Calais. Outre ces dix-sept peuples ou peuplades, sept autres étaient comptés au nombre des Belges , parce qu'ils occupaient des territoires faisant partie de la Belgique d'alors , qui s'étendait jusqu'à la Seine et la Marne.

C'étaient : 1. Les Bhémois de la Champagne. 2 et 3. Les Bellovaques et les Suessoniens de l'Ile-de- France. Leur nom s'est conservé dans celui de Beauvais et de Soissons. 4 et S. Les Ambiani et les Veromandui, c'est-à-dire les habitants de l'Amiennois et du Vermandois, dans la Picardie. 6 et 7. Les Calètes, du pays de Caux , et les Vélocasses du Vexin , tous deux en Normandie (2) . (1) Raepsaet , III, pag. 32, 33. (2) Des Roches, Hist. anc. des Pays-Bas, p. 55. — V. aussi Raepsaet, III, pag. 15 et 21-22. PÉRIODE ROMAINE. DEPUIS L'INVASION DE JULES-CÉSAR , JUSQU'A L'ÉTABLISSEMENT DES FRANCS EN BELGIQUE. Annóe avant J.-C. 57. — Après J.-C. 450. §1- Les deux premières campagnes de César. L'ambition de César fut l'unique motif qui fit porter les aigles romaines sur le sol de la Belgique. Au sortir de son consulat, l'an 38 avant l'ère vulgaire, il obtint pour cinq ans le gouvernement de la Gaule cisalpine (1) et de rillyrie, avec trois légions (2).

Peu de temps après, la Gaule transalpine (3) et une quatrième légion passèrent aussi sous son commandement. Ainsi César se trouvait maître des deux provinces romaines , de l'un et de l'autre côté des Alpes, et à la tête d'une belle armée , n'attendant que l'occasion d'u tiliser ses forces et de déployer ses talents. Cette occasion lui fut fournie d'abord par les Éduens, peuples de la Bourgogne , qui demandèrent des secours au général romain pour repous ser l'invasion des Helvétiens, qu'aujourd'hui nous appelons Suisses. César accourut et les tailla en pièces. (1) La Gaule cisalpine comprenait les parties septentrionales de l'Italie , depuis les Alpes jusqu'à la mer Adriatique. Elle est représentée aujourd'hui par le Pié mont , le duché de Gênes , le royaume Lombardo- Vénitien , quelques principautés le long du Pô, et le Nord des États de l'Église.

(2) La légion romaine comptait soixante centuries , ou 6,000 hommes. On ajou tait à chaque légion 300 chevaux. (3) C'est-à-dire la province romaine au-delà des Alpes, comprenant la Pro vence, le Languedoc, le Dauphine , et la Savoie jusqu'à Genève. MANUEL La même année, les Séquanais, peuples de la Franche- Comté, rengagèrent à défendre leur pays contre les entreprises d'Arioviste , roi des Suèves en Germanie. César ne se fit pas longtemps prier : après quelques pourparlers, on recourut aux armes. Arioviste eut le sort des Helvétiens ; il fut vaincu et repoussé au-delà du Rhin. Ces deux victoires eurent un résultat immense. Les Séqua nais et les Éduens furent délivrés de la tyrannie d'Arioviste , mais dès-lors on peut regarder la Gaule celtique comme soumise aux Romains. Les succès du redoutable guerrier , qui , dans une seule campagne , avait écrasé deux puissants peuples , et la présence de ses terribles légions , parurent avoir glacé les âmes des Gaulois.

Les Belges ne partagèrent pas cette terreur. Seuls entre tous les habitants de la Gaule , ils avaient su empêcher les Cimbres (1) d'inonder leur pays; cette gloire rehaussait leur courage, et les portait à se regarder comme invincibles. Les victoires de César ne les effrayèrent point , mais leur firent sentir la nécessité de réunir leurs forces pour s'opposer à ce puissant ennemi. Pendant que César passait l'hiver dans son gouvernement de la Gaule cisalpine , les divers peuples de la Belgique d'alors formèrent une grande coalition. Ils s'engagèrent à concourir de toutes leurs forces à la défense de la cause commune; les contingents furent arrêtés , et une armée de 300,000 com battants devait être mise sur pied pour le printemps suivant. Les Tréviriens n'entrèrent point dans la ligue , soit qu'ils eussent cédé à la crainte en apprenant les exploits de César (1) Peuples du Nord de la Germanie , lesquels , réunis aux Teutons , envahirent les provinces de l'empire romain , l'an 109 avant J.-C. Ils remportèrent plusieurs victoires dans les Gaules , osèrent ensuite franchir lès Alpes et entrèrent en Italie, mais surent défaits par Marius. dans la Gaule celtique, soit qu'ils eussent été gagnés par son argent.

A leur exemple les Rhémois abandonnèrent aussi la cause nationale, et se déclarèrent même ouvertement pour les Romains , dès que rapproche de l'armée de César leur permit de le faire impunément. César était encore dans la Gaule cisalpine , lorsqu'il reçut la nouvelle du mouvement des Belges. Quoiqu'il dût savoir que les craintes de ces peuples n'étaient que trop fondées , et que les mesures qu'ils avaient prises ne marquaient pas des intentions hostiles , mais l'unique désir de conserver leur indépendance, il profita néanmoins de ces préparatifs de défense, et y trouva un prétexte pour leur faire la guerre. II leva donc sur-le-champ deux nouvelles légions , qu'il envoya devant lui, sous le commandement de Quintus Pedius. Pour lui , dès qu'il y eut du fourrage dans les campagnes , il se rendit à son armée, et en moins d'un mois il arriva sur la frontière du pays des Belges.

Là, des ambassadeurs des Rhémois se présentèrent à lui , pour faire humblement leur soumission. César leur fit bon accueil, et se servit d'eux pour connaître les forces des Belges, et pour assurer les vivres de son armée. En même temps, voulant faire une diversion , afin de n'être pas obligé de com battre à la fois toutes les forces que les Belges avaient réunies, il fit persuader aux Éduens d'entrer en armes sur les terres des Bellovaques, se servant ainsi d'une partie des Gaulois pour subjuguer l'autre. Les Belges établirent leur camp à deux mille pas de celui des Romains (1), mais dans une position moins favorable. II n'y eut pas d'action générale, et dans les combats partiels (l) On croit que les deux camps surent établis dans le Laonnais, à huit ou dix lieues de la ville de Rheims. MANUEL l'avantage resta toujours aux Romains , la tactique militaire l'emportant sur la force aveugle.

Les coalisés firent cependant des prodiges de valeur ; mais à la longue , voyant que tous leurs efforts échouaient devant la prudence de Tennemi, et que d'ailleurs les vivres commençaient à leur manquer, ils se rebutèrent. Pour comble de malheur , les Bellovaques ayant appris que les Éduens ravageaient leurs terres, résolurent aussitôt d'aller défendre leur pays. Cet exemple entraîna toutes les autres peuplades. II fut arrêté que l'armée se sépa rerait, que chaque peuple se retirerait sur son territoire, et qu'en cas d'attaque de l'un ou de l'autre canton , tous se rassembleraient pour marcher à son secours. La débâcle de l'armée des Belges fut cause de leur ruine. Ils se retirèrent avant le jour; mais bientôt poursuivis par la cavalerie de César, ils se mirent à fuir, et les soldats romains en tuèrent un très-grand nombre.

César était trop actif pour laisser aux vaincus le temps de se reconnaître. Dès le lendemain il leva son camp, et marcha sur le Soissonnais. II fit si grande diligence, qu'il arriva devant la principale ville , avant les troupes du pays , qui venaient de se séparer de la ligue. Ceux de Soissons se soumirent après quelque résistance, et furent désarmés; Beauvais et Amiens suivirent le même exemple , et eurent le même sort. Les Nerviens ne furent pas si dociles ; ils profitèrent du temps que mit César à subjuguer les Belges méridionaux, pour prendre les mesures propres à lui tenir tête. Ils de mandèrent des secours aux Atrébates et aux Vermandois leurs plus proches voisins, avec lesquels ils formèrent une armée de plus de 60,000 hommes, sous la conduite de leur roi , que César appelle Boduognatus.

De plus , un corps d'armée d'Atuatiques était en marche , pour soutenir les Nerviens. Le courage de ces derniers était si grand , qu'au lieu d'attendre que César vint les attaquer, ils prirent eux mêmes .'offensive, dès qu'ils surent que l'armée romaine était proche. Cette brusque attaque faillit devenir fatale au conquérant : il y eut un instant où la victoire allait lui échap per ; mais sa bonne fortune le sauva. Les Nerviens , malgré tous leurs efforts , succombèrent. César n'eut point l'honneur de les voir fuir; mais il en fit un tel carnage, que des 60,000 hommes dont se composait leur armée, à peine en resta-t-il 500 qui ne fussent mis hors de combat. II est plus que probable que cette bataille meurtrière se livra à Prèle, village sur la Sambre , à deux lieues de Charleroi. A la nouvelle de cette terrible défaite , les Atuatiques , qui marchaient au secours de leurs alliés , rebroussèrent chemin.

Ils se réfugièrent dans un endroit bien fortifié par l'art et par la nature , et que l'on croit être la montagne sur laquelle fut bâtie depuis la citadelle de Namur. César en fit le siège , et les força de se rendre. II leur promit la vie et la liberté; mais les Atuatiques ayant voulu le surprendre pendant la nuit, ils furent traités sans pitié , et vendus à l'encan au nombre de cinquante-trois mille. Ainsi se termina la seconde campagne de César dans les Gaules , sa première en Belgique. II distribua ses troupes en quartiers d'hiver dans les contrées voisines de celles où il avait fait la guerre. Lui-même se rendit à Rome. §2. Troisième, quatrième et cinquième campagnes de César. Avant de passer les Alpes, César avait envoyé un de ses lieutenants , le jeune Crassus , à la tête d'une seule légion , MANUEL recevoir la soumission des Armoricains, c'est-à-dire, des peuples maritimes qui bordaient la Gaule celtique entre ì'em bouchure de la Seine et celle de la Loire.

Mais à peine était-il arrivé à Rome , qu'il reçut des nouvelles inquiétantes des pays qu'il avait quittés. Pendant son absence , les Armoricains s'é taient soulevés , et avaient attiré à leur parti les Morins et les Ménapiens. Ayant ainsi réuni leurs forces, ils avaient mis en mer une flotte de deux cent vingt vaisseaux , pensant que leur nombre et leur habileté sur mer les rendraient supé rieurs aux Romains. Mais ils ne connaissaient pas les strata gèmes dont César devait user envers eux. Celui-ci, sans perdre du temps , fit à son tour équiper une flotte , et quoi qu'elle fût sous tous les rapports bien inférieure à celle de ses ennemis , les Romains sortirent encore victorieux de ce nou veau genre de combat. Tous les peuples armoricains, après ia perte de leurs vais seaux , mirent bas les armes , et subirent de nouveau le joug qu'ils venaient de secouer.

Les Morins et les Ménapiens furent les seuls qui refusèrent de se soumettre , se fiant sur les avantages que leur offrait la nature de leur pays , couvert de bois et de marais. La saison était déjà très avancée, lorsque César se présenta sur les frontières de ces peuplades , croyant qu'il parviendrait aisément à les soumettre avant l'hiver; mais il fut trompé dans son attente. Les Morins et les Ménapiens divisèrent toutes leurs forces en petits détachements , qu'il était facile de masquer dans les bois. Le général romain eut bien voulu terminer la guerre par une bataille décisive ; mais les Morins aimèrent mieux se tenir à couvert, et harceler i'ennemi par des attaques partielles. Cette tactique réussit. César prit le parti pénible d'abattre les forêts qui servaient de refuge aux Mo rins ; mais bientôt la mauvaise saison le força d'abandonner son entreprise , et de reconduire ses légions dans leurs quar tiers d'hiver chez les peuples nouvellement soumis.

Pendant l'hiver qui précéda la quatrième campagne de Cé sar dans les Gaules , ou sa troisième en Belgique , un événe ment extraordinaire mit tout le pays en émoi , et faillit y causer un soulèvement général. Les Tenchtres et les Usipè tes (1), chassés de leur patrie par les Suèves (2), venaient de passer le Rhin au nombre de plus de 400,000 (3). Les Ména piens , qui avaient des hameaux et des bourgades sur les deux rives du fleuve , tandis que le reste de leur nation habitait la Flandre , furent obligés de céder le terrain à ces hôtes nouveaux, qui, de là, s'étendirent bientôt jusqu'aux frontières des Éburons et des Condrusiens. Ces deux peuples auraient pu aisément arrêter les progrès des Tenchtres ; mais il paraît que les Éburons et les Tréviriens, dont les Condrusiens étaient les cliens, déjà fatigués du joug ou de l'alliance romaine, favorisèrent rétablissement des Germains chez eux, pour opé rer une révolution.

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