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Histoire du Collège des Bons-Enfants de l'Université de Reims depuis son origine jusqu'à ses récentes transformations ... Édition ornée de plans, gravures et vignettes, etc

Eugène Ernest Cauly · 1885 · Scanned text

243,714 words · about 17 h 4 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Eugène Ernest Cauly
Language
French
Published
1885
Length
243,714 words · about 17 h 4 min
Sections
23 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (23)
  1. Front matter about 9 min
  2. Preface under 1 min
  3. Introduction about 32 min
  4. Chapitre II about 20 min
  5. Chapitre III about 26 min
  6. Chapitre IV about 22 min
  7. Chapitre V about 15 min
  8. Chapitre VI about 17 min
  9. Chapitre VII about 21 min
  10. Chapitre VIII about 27 min
  11. Chapitre IX about 23 min
  12. Chapitre X about 10 h 41 min
  13. Epilogue about 2 h 46 min
  14. Chapitre I under 1 min
  15. Chapitre II Le under 1 min
  16. Chapitre III Historique Du under 1 min
  17. Chapitre IV under 1 min
  18. Chapitre V Le about 1 min
  19. Chapitre VI about 1 min
  20. Chapitre VII Le under 1 min
  21. Chapitre VIII Historique Du under 1 min
  22. Chapitre IX about 1 min
  23. Chapitre X Les about 2 min

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Front matter

HISTOIRE nu COLLÈGE DES BONS-ENFANTS DE DE REIMS OUVRAGES DU MÈME AUTEUR Oliez MM. POTTSSIELGTJE, Libraires-Editeurs 15, rue Cassette, PARIS COURS D'INSTRUCTION RELIGIEUSE, à V usage des Catéchismes de Persévérance et des Maisons d'Éducation. 1 fort volume in-18 Jésus de 570 pages. — Prix 3 75 SOUS PRESSE : COURS DE RELIGION ET D'APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE, à Vusage de la Jeunesse des Écoles et des Personnes du inonde. 2 volumes in-18 jésus. Première Partie : Religion en général — Révélation — Christianisme — Église. Deuxième Partie : Les Mystères en face de la Raison — Accord de; Sciences et de la Foi — Questions historiques. Vue générale du Collège des Bons-Enfants 1553-1878 HISTOIRE DU COLLÈGE DES BONS-ENFANTS DE L'UNIVERSITÉ DE REIMS DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'A SES RÉCENTES TRANSFORMATIONS PAR L'abbé E. CAULY CHANOINE HONORAIRE, AUMÔNIER DU LYCÉE DE P.EIMS Édition ornée de Plans, Gravures et Vignettes, d'après les dessins de MM.

Leblanc, Parmentier, Habran & Kalas AVEC PIÈCES JUSTIFICATIVES Ouvrage couronné par 1 Académie nationale de Reims REIMS F. MICHAUD, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L' ACADÉMIE 23, rue du Cadran-S'-Pierre, 23 M DCCC PRÉFACE Primam esse liistoriae legem ne quid saisi dicere audeat; deinde ne quid veri non audeat. (Cicero. De orat., m, 15.) Le travail que nous avons offert à l' Académie de Reims a pris, au cours de nos recherches, des propor tions qu'il n'entrait pas dans notre plan primitif de lui donner. Nous ne voulions, suivant le programme des questions mises au concours, que donner l'historique rapide du Collège des Bons-Enfants, en rappeler l'origine, la constitution, les études, et dire comment cette fondation d'un autre âge avait disparu pour faire place au Lycée national de Reims. Mais il nous fallut d'abord remonter les siècles, et c'est dans un passé lointain que nous trouvâmes le berceau de cette institution dont nous voulions écrire Thistoire.

VI II nous apparut au ixe siècle, dans le monastère ruiné de Saint-Gombert, devenu l'asile de Douze Enfants pauvres. Recueillis par la charité publique dans la maison hospitalière de Saint-Patrice et soute nus par les aumônes du peuple de Reims, ils allaient s'asseoir à côté des Princes, près des futurs Evêques et Abbés du Royaume, aux doctes leçons que l'Eglise, mère et maîtresse des âmes, faisait distribuer aux Ecoles du Chapitre. Nous nous trouvions en présence de cette grande Ecole de Reims qui a jeté tant d'éclat. Fallait-il taire un passé déjà glorieux, laisser dans l'oubli le nom de nos Archevêques qui en avaient jeté les fondements et préparé les splendeurs, saint Rémi, Hincmar et Foulques?... Devions-nous méconnaître la gloire des Ecoles de Reims sous Gerbert, saint Bruno et Albéric de Reims ?

Preface

XIII une qualité si précieuse qu'on ne saurait lui faire trop de sacrifices », sans oublier toutefois cette vérité : « Ecrire Thistoire du Collège des Bons-Enfants, c'est faire Thistoire littéraire et scientifique de Reims et révéler Tune des pages les plus intéressantes de ses Annales. » Or, si notre récit s'est allongé, le bienveillant lecteur voudra le pardonner : nous n'avions point le droit de supprimer ce qui est à la gloire de notre Cité, et nous en avons du consigner le souvenir : DIEU EN SOIT GARDE ! DE L'UNIVERSITÉ DE REIMS

Introduction

Les anciennes Ecoles de Reims. Sommaire : Premiers établissements d'instruction dans les Gaules. — Ecoles romaines. — Académie rémoise. — Régime des écoles gallo-romaines. — Premières Ecoles chrétiennes. — L'Ecole de Reims sous saint Rémi. — Décadence du v° au vu" siècle. — Les Ecoles monastiques sauvent le pays de Reims de Fignorance. — Ecole claustrale de Saint-Remi au vm° siècle. — Désordres et ténèbres sous les rois fainéants. — Charlemagne. |}|§|§l^jVANT que les Romains eussent porté dans les {gfejjpl Gaules leurs oeuvres et leur civilisation, cette M^BmQ partie de l'Europe n'était déjà plus plongée dans ||pff la barbarie. Divisée en plusieurs sociétés dont cha 'StM cune avait son chef, son gouvernement et ses lois, la Se3s Gaule était réunie sous l'empire des mêmes principes religieux : les Druides étaient leurs prêtres et leurs législa teurs.

Dépositaires des lumières de la nation, ils avaient de nombreux collèges répandus sur la surface du territoire, à Dreux, àAutun, dans la Guyenne, la Champagne etlaBeauce. C'est aux Druides, prêtres et instituteurs tout à la fois, que notre région dut ses premières Ecoles, et bien que la ville de Reims ne soit pas désignée comme un centre de leur enseignement, nous n'hésitons pas à croire que notre cité leur fut redevable de ses premiers progrès dans la science comme dans la civilisation. Quand César parut clans la Gaule, l'ambassade que lui députèrent les Rémois en la personne d'Iccius et d'Aute broge (1) témoigne d'un grand savoir sur les peuples que devaient rencontrer les armées romaines , leurs forces , leurs armes et moyens de défense, et c'est ce qui détermina César à les admettre entre les confédérés du peuple ro main (2).

Une philosophie imparfaite, une religion adaptée à leurs intérêts et mêlée de superstitions grossières, la connaissance des lois administratives qui régissaient les Gaules, c'était là tout renseignement moral des écoles druidiques. Et quant à la doctrine scientifique, elle se bornait à quelques notions sur le mouvement des cieux, le nombre et la vertu des astres, les parties du monde habitable, retendue de la terre et les effets de la nature. L'ascendant que les Druides avaient su prendre sur la masse du peuple, leurs privilèges, les honneurs dont ils étaient entourés, amenaient dans leurs collèges, de toutes les parties de la Gaule, des jeunes gens qui venaient y recevoir une éducation que les maîtres allaient, dit-on, chercher au milieu des forêts de la Grande-Bretagne. La conquête romaine renversa tout ce prestige, et aux Ecoles druidiques substitua le système d'études du peuple conquérant.

Dès le vie siècle avant l'ère chrétienne, la Grèce avait implanté au Sud des Gaules ses connaissances et sa civilisation. Marseille, fondée par une colonie de Phocéens (1) Commentaires de César, liv. II ch m (2) Ib., lib. VI.

INTRODUCTION.

était un soyer de lumières, et ses Ecoles avaient acquis tant d'éclat que Cicéron la nommait la nouvelle Athènes (1). Mais l'influence de Marseille fut presque imperceptible. Ce fut la conquête de Jules César qui changea la situation des Gaules. Alors disparurent les noms de vingt peuples, et des proconsuls romains vinrent gouverner les provinces conquises, apportant avec eux les religions , les lois , et bientôt les mœurs et coutumes de la métropole. La Gaule eut comme l'Italie des cités importantes ; les arts et les sciences y étaient cultivés, et une jeunesse nom breuse se pressait dans leur enceinte pour venir entendre la leçon de maîtres déjà fameux. Marseille tenait le premier rang et ses habitants étaient appelés Trilingues (2), parce qu'ils parlaient les trois langues grecque, latine et gauloise.

La cité phocéenne s'honorait d'avoir vu naître Pétrone , Favorin , Trogue - Pompée , Césaire et Salvien. Autun possédait une fameuse école, dont les élèves avaient pu, sous Tibère, après l'échec de Sacrovir, le dernier des Gaulois, former une armée de résistance (3). Plus tard ses écoles détruites furent rétablies avec magnificence par Constance-Chlore ; et Eumènes, l'un des officiers du César dont l'aïeul avait enseigné avec éclat dans la ville des Drui des, y consacra une partie de sa fortune (4). Narbonne, avec Thonneur qu'elle réclame d'avoir été la patrie originaire du « Prince des Orateurs », avait produit T. Varron (Atacinus), Exupère, les deux Conscence. Bor deaux était la patrie d'Ausone que ses talents et l'amitié de Gratien portèrent au Consulat ; de Minervius qu'on appelait le second Quintilien ; de Procrésius à qui les Romains élevè rent une statue avec Tinscription : « Au roi de la Parole. » (1) Cicéron, Oratio pro Flacco.

(2) Varron, cité par La Boullay, De Acad. Massiliensi. (3) Tacite, Annales, liv. III. (4) La Boullay, De Acad. Eduensi. Lyon, enfin, illustre par son prix d'éloquence que les plus grands orateurs venaient se disputer, comprit parmi ses élèves Julius-Florus, Sidoine-Apollinaire, et celui qui devait être saint Rémi. Nous venons de nommer le grand évêque de Reims qui baptisa Clovis, sans que la capitale des Rèmes ait trouvé saplace clans Ténumération des grandes Ecoles de Tepoque gallo-romaine. Est-ce à dire que les Lettres et les Sciences n'eurent point d'asile, aifmilieu des splendides monuments qui nous restent de la civilisation de Rome, en cette cité dont Jules-César avait fait, en quelque sorte, sa capitale et le centre de ses diverses campagnes ? Non assurément, et le grand historien de notre Ville, Cité et Université, D. Marlot, mentionne avec complaisance Téclat que jetèrent nos Ecoles dès le second siècle de Tère chrétienne.

L'étude exige le recueillement, et les sciences ne prospèrent que dans la paix. Tant que Reims fut un camp retranché, une station militaire des armées romaines en campagne dans le Nord, les Ecoles ne purent y être brillantes. Mais les années d'Antonin et de Marc-Aurèle furent paisibles en notre région, et ces empereurs, pour rendre la ville de Reims plus illustre, « y établirent une fameuse Académie pour Téducation de la jeunesse et le contentement des curieux qui hantaient la cour des Préfects (1). » M. Cornélius -Fronton avait été maître d'éloquence de Marc-Aurèle. Or , ce savant Fronton donnait à Reims le nom à' Athènes des Gaules, et il rapporte à Marc-Aurèle la fondation de cette brillante académie : Etillce vestrce Athe nœ Durocortoro, etc. Reims eut donc ses Ecoles. D'ailleurs, la sollicitude que Rome portait aux peuples conquis, et la reconnaissance que les Rémois avaient méritée par une fidélité constante, firent (1) D. Marlot, 1. 1, p. 168.

INTRODUCTION.

5 étendre à leur cité le bienfait de Téducation romaine. Ce n'était que justice. La Boullay, dans son chapitre De regimine VeterumAcademiarum, a conservé d'intéressants détails sur les Ecoles de Tepoque gallo-romaine : nous y trouvons le type en quelque sorte primitif des futures Universités. Des édifices spéciaux étaient consacrés à tous les genres d'enseignement. Les heures des leçons étaient disposées de manière que les maîtres ne pussent se nuire réciproquement. Le nombre des professeurs pour chaque science était fixé par les constitutions impériales, et ils recevaient un traitement du trésor public. Vespasien, le premier, avait accordé un salaire aux maîtres qui enseignaient à Rome, et Antonin le Pieux Tétendit à ceux des provinces (1). Ce traitement était de mille écus d'or et les professeurs étaient payés tous les six mois, d'après Cassiodore.

Les maîtres étaient exempts de toutes les charges publiques , tutelles , logements militaires, etc. (2). On ne pouvait les citer devant un autre juge que celui de leur domicile, et quiconque les au rait insultés était puni d'une peine que la loi laissait à Tarbi traire des magistrats. Les maîtres étaient soumis à Tépreuve d'un double con cours (3), et ils n'obtenaient Tassentiment du Prince ou du Sénat qu'après un examen public (4). Chaque Ecole avait à sa tête un chef nommé Gymnasiar que, dont Tautorité et la surveillance s'exerçaient également sur les Professeurs et les Ecoliers. II avait sous lui, pour l'aider dans ses travaux, des assesseurs ou substituts qu'on appelait Proscholes et Hypodidascales : leurs fonctions, par opposition à celles des professeurs, consistaient plu tôt à diriger Téducation physique.

(1) Suétone, Vita Vespasiani. (2) Justiniani Instituta, lib. III, tit. xxvi. (3) Codex de Professoribus, Lex Si quis... (4) Cassiodore, lib. IX, c. xxi, et Codex de Professoribus, Lex X. Les élèves qui appartenaient, pour la plupart, à des con trées étrangères, étaient divisés en trois classes : les exter nes, qui, pour se prêter un appui réciproque, se réunissaient en nations ; les convictores ou pensionnaires, et les alimen tarii : ces derniers, qu'on peut comparer à nos boursiers, étaient élevés aux frais de TEtat. Souvent même des par ticuliers léguaient leur fortune pour ce noble usage , et Pline le Jeune nous en offre un exemple. Valentinien voulut que tous ces jeunes gens fussent munis d'un passe-port contenant leur nom , celui de leurs pa rents, le lieu de leur naissance ; que les censeurs visitas sent leur domicile, et s'informassent s'ils se livraient assi dûment à Tétude, ou s'ils ne fréquentaient pas les spectacles et les mauvaises compagnies (1).

Enfin, TEmpereur ordonnait que leurs noms lui fussent envoyés avec des notes, afin qu'il pût appeler aux charges de TEtat ceux dont les anté cédents avaient mérité des éloges et donné des espéran ces (2). Telle fut, dans les Gaules, et spécialement à Reims, la situation des Ecoles, sous Tautorité romaine, jusqu'aux in vasions du v° siècle. Nous avons à peine besoin de faire ressortir que cet enseignement officiel était demeuré païen : la Rome des persécuteurs s'efforçait toujours de retenir au culte de ses dieux, par le prestige de la science et du savoir, les popu lations que le Christianisme envahissait de plus en plus. Cependant l'Eglise, qui avait reçu mission « d'instruire tous les peuples », accomplissait son mandat : non seulement elle avait répandu avec zèle et succès Tenseignement divin deTEvangile ; mais, dans le domaine des sciences humaines, elle avait élevé écoles contre écoles, opposant aux doc- (1) Rescripta Valentiniani_ ad Olybrium. (2) La Boullay, De Regimine veterum academiarum. — Dubarle Hist de l'Université, t. I, passim.

INTRODUCTION.

trines et à la morale païennes les dogmes et les préceptes chrétiens. On attribuait à saint Marc la fondation de la fameuse école d'Alexandrie, illustrée, au second siècle, par Athénagore, Pantène, Clément d'Alexandrie, Origène. Cette école n'était point la seule : d'autres, très florissantes aussi , quoique moins célèbres, se fondèrent à Césarée, à Antioche, à Rome. L'école romaine avait eu pour fondateur saint Justin, le phi losophe converti. Les évêques des Gaules ne furent pas en retard de ce mouvement, et près de chaque siège il y eut l'école épiscopale, berceau des collèges et des séminaires. Au ive siècle, on vit les grandes institutions monastiques ouvrir également des écoles non seulement à leurs novices, mais encore à toute la jeunesse avide de savoir. Lorsqu'il mourut en 397, saint Martin laissait à Ligugé et à Marmou tiers deux célèbres monastères qui devaient être pour notre patrie une pépinière d'évêques , de savants et de saints.

L'évêque d'Arles, saint Honorât, fondait à Lérins, en 410, un monastère et une école non moins célèbres. En vingt autres endroits de notre sol, ces exemples étaient imités. Or, les écoles monastiques rivalisent avec les écoles épiscopales en science et en sainteté : la Grammaire, THistoire, la Poésie, la Philosophie, la science de TEcriture sainte, la Théologie, tout est ardemment cultivé à la fois. L' enseignement des Mathématiques, de la Géométrie et de TAstronomie était loin d'être négligé. Tels avaient été les premiers épanouissements de la science et de la liberté chrétienne, après redit de pacifica tion (313). Un instant le système de persécution inauguré par Julien TApostat faillit compromettre toutes ces créations d'un ordre nouveau. Un édit, rendu obligatoire pour toutes les provinces de TEmpire, défendait aux professeurs chré tiens d'enseigner, et aux enfants chrétiens d'apprendre les lettres grecques et latines. « Ou n'expliquez pas, disait-il, les écrivains profanes, si « vous condamnez leurs doctrines ; ou si vous les expliquez, « approuvez leurs sentiments.

Vous croyez qu'Homère, « Hésiode et leurs semblables sont clans Terreur : allez « expliquer Matthieu et Luc dans les églises des Galiléens. » Ce décret fut exécuté en toute rigueur. Les maîtres chrétiens furent privés des chaires d'éloquence et de belles-lettres. Mais Tintolérance de Julien n'eut qu'un temps. Vingt mois après son avènement, l'Apostat périt dans une guerre con tre les Perses. Reims avait eu, dès Tepoque de saint Sixte et de saint Sinice, ses premiers apôtres, et sous leurs successeurs du me et du ive siècle, des écoles épiscopales, qui passèrent par les alternatives que nous venons de décrire : subissant tour à tour la persécution du glaive, et le choc des inva sions barbares. Si les Ecoles monastiques, en notre cité, ne vinrent que plus tard, au vme siècle, il est certain que les Ecoles de Clercs remontent aux premiers âges.

Ainsi, Flodoard nous apprend que Tarchevêque de Reims, Ben nage, qui mourut en 459, laissa tous ses biens aux commu nautés religieuses et aux Ecoles du Clergé : Diversis Cle ricorum Scholis (1). D. Marlot, lui aussi, parle « des collèges de Clercs établis en plusieurs églises de notre ville, où la vie apostolique s'observait sous les prédécesseurs du glorieux saint Rémi. » Or, on sait ce qu'étaient ces berceaux de la vie sacerdo tale : des écoles et des noviciats ; témoin les fondations de saint Ambroise à Milan et de saint Augustin à Hippone. Quand donc, en 459, saint Rémi, à Yàge de vingt-deux ans, monta sur le siège épiscopal de Reims devenu vacant par la mort de Bennage, il y trouva des Ecoles déjà floris santes. Quel était ce jeune Evêque jugé cligne des premiers (1) Hist. Ecclesiœ Remensis, t. I.

INTRODUCTION.

9 honneurs à Yàge où d'autres commencent à peine la carrière? Le fils d'un comte romain qui se nommait Emile et venait d'être nommé gouverneur de province dans le Sois sonnais. « Après avoir traversé les épines de la grammaire, il s'exerça à la poésie dont il a laissé quelques échantillons. II cueillit ensuite les roses de Téloquence en quoy il a tant excellé, puis montant par degré au sommet des sciences, il profita tellement dans Tacadémie des raisons, qu'il fit voir que le jugement n'est pas toujours attaché au nombre des années (1). » « Dix ans avaient suffi à Rémi, raconte Fortunat, évêque de Poitiers, son contemporain, pour recueillir ce qu'il, y a de plus agréable dans les sciences humaines ; six années de solitude, d'oraison et d'étude d'Ecriture sainte achevèrent de le préparera sa vocation d'apôtre de la France. » S. Gré goire de Tours vante pareillement la science, les fortes études de Rhétorique et la sainteté du jeune Evêque (2).

Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, dans une lettre adressée à saint Rémi lui-même , raconte qu'un prêtre allant en Belgique s'est procuré à Reims, à prix d'argent ou subrepticement par son secrétaire, un manuscrit des ser mons de TEvêque. « Aussitôt, dit-il, tous les hommes stu dieux et moi, nous nous sommes mis à en apprendre la plu part de mémoire et à les transcrire tous. D'un consentement unanime, il a été déclaré qu'il y a maintenant peu de per sonnes capables d'écrire ainsi. En effet, il y a peu d'auteurs, ou, pour mieux dire, il n'y en a point qui sache, même à force de travail, ainsi disposer un sujet, et mettre dans Tar rangement des mots et des phrases autant de symétrie. Ajoutez à cela le choix des exemples, Tauthenticité des témoignages, la propriété des épithètes, la grâce des figures, la force des arguments, le mouvement des pas- (1) D. Marlot, t. II.

(2) Grég. de Tours, 1. II, ch. sions, Tabondance du style et la vigueur foudroyante des conclusions. La phrase est forte et nerveuse, les proposi tions sont enchaînées entre elles par d'élégantes transi tions. Le style coulant, doux et arrondi, glisse sur la langue du lecteur sans jamais Tembarrasser En un mot, il n'existe pas, de notre temps, un orateur que votre habileté ne surpasse. » La lettre se termine par une prière : celle de faire profiter le monde de ses éloquents écrits, sinon il su bornera d'adroits voleurs pour dévaliser le Pontife de ses portefeuilles et de ses œuvres (1). Ce récit de Fortunat ne donne-t-il pas à regretter qu'une plume habile, contemporaine de saint Rémi, ne nous ait pas transmis le tableau des Ecoles de Reims sous un évêque si érudit, si capable de former à son tour des disciples illustres ?

Mais ici encore Thistoire est muette, et il nous faut saisir au passage quelques traits, jetés çà et là comme des rayons de lumière au sein des ombres de Thistoire. Hinc mar nous a dépeint saint Rémi « comme un docteur sublime vers qui grand nombre de personnes se retiraient pour re cevoir la science qui coulait de ses lèvres. » Pendant soixante-quatorze ans qu'il tint le siège de Reims, gouvernant de là l'Eglise des Gaules et le royaume de Clovis, saint Rémi ne laissa point péricliter en ses mains la grande œuvre de Tinstruction et de Téducation de son peuple. « Et à côté des Ecoles de Paris, de Tours et de Poitiers, illustrées par saint Germain, saint Grégoire et Fortunat, celle de Reims resplendissait d'un vif éclat sous Tautorité de saint Rémi (2). » Si les détails nous manquent sur la constitution des Ecoles rémoises au ve siècle et sur les maîtres qui y jetèrent plus ou moins d'é clat, nous avons du moins une liste assez glorieuse des per sonnages qui en sortirent, et c'est assurément le témoi- (1) Flodoard, Hist. Ecclesiœ Remensis, t. I. (2) Dubarle, Hist. de l'Université, t. I; Introduction.

INTRODUCTION.

gnage le plus authentique de la doctrine et de la science de saint Rémi. Car D. Marlot nous raconte que le prélat expliquait lui-même aux jeunes clercs la sainte Ecriture et les formait à la vertu par ses leçons aussi bien que par ses exemples. Parmi ses disciples il faut compter : saint Loup, évêque de Soissons, saint Vast, évêque d'Arras, saint Génebault, évêque de Laon, saint Médard, évêque de Noyon, saint Aumont de Thérouenne , saint Vivian de Saintes ; Tarchidiacre Ursus, Benoist, Agricole, etc., etc. (1). Belle et glorieuse couronne pour un même pontife, auquel la tradition attribue de précieux commentaires d'Ecriture sainte, des Lettres pleines de riche littérature autant que de piété, des sermons, etc.... et qui mit le comble à ses bien faits par cet admirable Testament, vraie charte de donations royales, et source la plus pure des richesses de l'Eglise de Reims pendant près de treize siècles.

Lorsqu'il mourut, en 533, saint Rémi laissait son diocèse et sa ville épiscopale dans un complet état de transformation, comme du reste toute la monarchie de Clovis. Les Francs occupaient en vainqueurs toute la Gaule : les Ecoles de TEmpire disparurent, la langue latine perdit de sa pureté, et fut défigurée par Tintroduction d'une multitude de mots barbares : les intelligences découragées ou effrayées repre naient tous les chemins de la barbarie. L'Eglise sauva Tes prit humain en le recueillant dans ses Ecoles. Chaque évê ché possédait la sienne : en beaucoup de centres importants, un archiprêtre fut chargé de diriger une école. Et enfin, chaque bourgade et chaque village eurent leur école paroissiale dont le curé avait la direction (2). Ainsi, dès la fin du Ve siècle, au milieu même des agita- (1) D. Marlot, t. II, passim.

(2) Voir, pour ce qui concerne Reims et le Diocèse, le Mémoire de M. Por taqnier, V Enseignement dans V Archidiocèse, couronné par l'Académie de Reims, t. LX des Travaux de l'Académie. tions politiques, la question de Tenseignement était reprise ; le clergé en faisait son œuvre, pour cette raison que seul il se trouvait capable et assez zélé pour y réussir. Le ve siècle était à peine écoulé que déjà cette noble ardeur tendait à se ralentir : il n'y avait plus personne pour entendre les bons auteurs. Grégoire de Tours n'avait pu échapper à cette barbarie qu'il déplore (1). Les Ecoles de Reims subirent aussi une décadence. Cependant, si nous en croyons Fortunat, la science non plus que la vertu ne s'éteignait sur le siège de Reims. Dans l'éloge qu'il fait d'Egidius, ou Gilles, qui fut archevêque pendant vingt-deux ans (572-594), il célèbre Téloquence, la douceur, Térudition du Pontife, et les succès de sa parole (2).

Gilles forma des disciples, et il eut la gloire de donner la consécration épiscopale à Grégoire de Tours, Timmortel historien des Francs. Les pontifes qui lui succédèrent à Reims, Sonnace ,Landon, saint Nivard, saint Rieul ou Réol, saint Abel réagissaient par la science autant que par la sainteté contre les ténèbres et la décadence morale. Mais la France manquait d'institutions durables : les descendants de Clovis, plus occupés à combattre qu'à ouvrir des écoles, virent s'éteindre les derniers flambeaux de la science et de la civilisation. C'est clans ces tristes conditions que s'écoulèrent le vne siècle et, une partie du vin", que les savants auteurs de VRistoire littéraire de la France ont signalé à la postérité comme le siècle de Tignorance et de la bar barie (3). (1) Frédégaire, Prologus hist.

Francorum. — Collection des Mémoires relatifs d l'histoire de France, publiée par M. Guizot, t. II, p. 164. (2) Facundo eloquio cœlestia dogmata fundis, Ecclesiœ crevit, te monitore, domus. Cunctorum recréas animos dulcedine verbi Qui satias epulis pascis et ore grèges... (Fortunat, lib. III, carm. xvm.) (3) Tome III, p. 423.

INTRODUCTION.

II faut le reconnaître avec Timpartiale histoire : « Tout ce qui reste encore de savoir et d'érudition se réfugie clans les Eglises et dans les couvents. C'est aux monastères que nous devons le peu de documents qui nous sont parvenus sur les premiers siècles de notre histoire : c'est à eux que nous devons également les chefs-d'œuvre de T antiquité qui nous ont été conservés. Les moines, quoique participant de la barbarie de leur âge, gardèrent quelques étincelles qui servirent à rallumer le flambeau de la science (1). » C'est la gloire des Archevêques de Reims d'avoir groupé de bonne heure, autour de leur chaire d'enseignement, des monastères appelés à la protéger par la prière et à la sou tenir par la science et par la sainteté. Dès Tepoque de saint Rémi, selon la remarque de D. Marlot, quatre retraites de réguliers, correspondant aux quatre parties du monde, se tenaient comme en sentinelle autour de Reims : au Nord- Est, Berthaut et ses solitaires, dans le pays de Porcien ; au Midi, vers la Marne, saint Gibrien et ses frères venus d'Hi bernie ; au Sud-Est le monastère de Verzy, que saint Basle sanctifia pendant quarante ans ; au Septentrion, Tabbaye du Mont-d'Hor ou de saint Thierry « pour s'opposer aux car reaux de Tire de Dieu » qui viennent de ce côté, avec les hordes envahissantes.

Puis, voici qu'au milieu des désor dres et de Tignorance, les fondations monastiques se mul tiplient dans Reims. Au commencement du vne siècle, sainte Bove, de la famille royale, bâtit près des murs de la cité Tabbaye de Saint-Pierre-les-Bames. Un autre monastère de Saint-Pierre, fondé par saint Gombert, frère de TEvêque saint Nivard, s'élevait près de la Porte Bazée : il allait se transformer et devenir un jour le Collège des Bons-Enfants. Non seulement l'Eglise métropolitaine possédait, sous le nom de Chapitre une communauté de Clercs, mais les autres (1) Dubarle, Hist. de l'Université, t. I; Introduction, p. 17. églises de Saint-Nicaise, de Saint-Symphorien et de Saint- Timothée voyaient se grouper autour d'elles un clergé nombreux vivant de la vie régulière. Et enfin, autour de Saint- Christophe, le petit oratoire où saint Rémi avait voulu reposer, une communauté de Chanoines s'était formée depuis longtemps.

En 786, Tarchevêque Tilpin remplaça les Chanoines par des Bénédictins qui déjà occupaient non loin de Reims les monastères d' Hauville r s (658), et d' Orbais (690) (i). Avec Tordre de Saint-Benoit c'étaient la lumière, la science, le travail et la sainteté qui prenaient possession des cloîtres, citadelles plus redoutables au vice et à Tignorance que les forteresses aux attaques de Tennemi. C'est ainsi que Reims, dès la fin du vnr3 siècle, possédait, à côté de TEcole épiscopale, des Collèges de Clercs réguliers, et cette Ecole illustre de Saint-Remi dont nous aurons à parler ailleurs. Dans ces diverses institutions, on enseignait non seulement la Théologie, mais les éléments de la Grammaire, de la Rhétorique, de la Géométrie et de TArithmétique (2). Le commencement du vinc siècle marque Tepoque d'une extinction totale de lumières en dehors des cloîtres.

En présence de ces symptômes de décadence , la puissance royale demeurait indifférente ou inactive. Dagobert Ier avait aimé les arts, couvert la France de monuments religieux, et il s'était rendu célèbre par d'importants travaux législatifs. Ses successeurs, les rois fainéants, laissèrent tout périr en leurs mains, jusqu'à cette autorité royale que les Maires du Palais allaient recueillir. L'Eglise, le clergé, les lettres, tout fut un instant com promis dans les luttes des compétiteurs. La ville de Reims était prise et démantelée par Charles Martel, et saint Rigo bert, archevêque de Reims, chassé de son siège. A sa place, (1) Aujourd'hui au diocèse de Châlons, arrondissement d'Epernay. (2) Histoire littéraire de la France, t. III, p. 22.

INTRODUCTION.

le vainqueur intronisait un simple tonsuré, Milon, déjà pourvu d'un autre évêché. Les loups entraient de toutes parts dans la bergerie. Voyant que les faveurs étaient pour les guerriers, les clercs portaient les armes, et allaient flétrir dans le tumulte des camps leur piété et leur vertu. De là, Tirruption dans l'Eglise d'une foule d'abus. Avec Tignorance, c'était Toubli des plus essentiels devoirs du sacerdoce. Pour remédier à un mal si profond, il fallait tout le zèle, les vertus et Ténergie d'un Charlemagne. Quand, le jour de Noël de Tan 800, le pape Léon III mit sur la tête du prince la couronne de TEmpire d'Occident, Charles prononça ce serment : « Je jure, au nom du Christ, d'être le protecteur et le défenseur de cette sainte Eglise romaine dans tous ses besoins. » Mais entre tous les maux que l'Eglise a mission de com battre, nul n'est plus redoutable et n'attire autant ses efforts que Tignorance, mère du vice.

Charlemagne le comprit, et parmi tant de gloires qui marquent son règne, on peut lui attribuer celle d'avoir été le restaurateur des lettres et des sciences. Iln'est point vrai, comme le prétend Du Boullay (1), qu'il soit le fondateur de TUniversité de Paris. Mais le mo narque fit mieux encore que de fonder une grande Ecole, il stimula si bien le zèle, qu'il peut être considéré comme le promoteur et le restaurateur de toutes les écoles de son vaste Empire. Celles de Reims, en particulier, lui doivent leur résurrection. « Dans ses voyages en Italie, dit Eginhard, Charlemagne avait senti germer dans son âme le goût des lettres et des beaux-arts. II commença par s'instruire lui-même : il apprit la Grammaire du diacre Pierre Le Pisan, consacra beaucoup de temps et de peine à Tétude de la Rhétorique, de la Dia- (1) Historia universitatis Parisiensis, t. I, p. 100 et suiv. lectique et surtout de TAstronomie (1). » Puis il ramena d'Italie des maîtres pour relever les écoles publiques aban données dans toute la France : Paul Diacre, Pierre de Pise, Théodulphe apportaient à notre patrie le tribut de leur érudition.

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