Read here

La Politique devant l'histoire

François de Bus · 1879 · Scanned text

167,708 words · about 11 h 45 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
François de Bus
Language
French
Published
1879
Length
167,708 words · about 11 h 45 min
Sections
11 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (11)
  1. Front matter about 18 min
  2. Chapitre I about 30 min
  3. Chapitre II about 28 min
  4. Chapitre III about 42 min
  5. Chapitre IV about 45 min
  6. Chapitre V about 3 h 56 min
  7. Chapitre VI about 1 h 5 min
  8. Chapitre VII about 1 h 23 min
  9. Chapitre VIII about 1 h 5 min
  10. Chapitre IX about 1 h 30 min
  11. Chapitre II about 1 min

Continue:

Front matter

LA POLITIQUE DEVANT L'HISTOIRE Tous droits de traduction et de reproduction absolument réservés par l'auleur. LA POLITIQUE DEVANT L HISTOIRE PAR FRANÇOIS DE BUS AVOCAT, EX-SUBSTITUT DE DUNKERQUE TOME II PARIS 4MYOT, LIBRAERE.EDITEIR 6, r\TJB DE StINE, 6 isse yA LA MÉMOIRE VÉNÉRÉE DE LA MEILLEURE DES yVLÈRES «LA POLITIQUE DEVANT LHISTOIRE> (TOME I") DEVAXT LA PRESSE L'éditear Amyoi vient de faire paraître la Politique devant l'Histoire, de M. F. De Dus, ancien magistral. Ce remarquable ouvrage s'étend sur les relations de la Franre avant et après la funeste guerre de 1IS70. Divisé en deux parlics, la première va de 18G6 jusqu'à la révolution du i Seplembre ; la seconde traile du Gouvernement de la Défense nationale jusqu'au 31 octobre. A ces deux parties, H. De Uus a ajouté des appendices fort intéressants formés d'extraits de journaux français et allemands, de citations prises dans les publications il'Henri Heine, Gervinus, damier -Pages, Méry, Analole de la Forge, E. de Girardin, Edmond About, Emile Ollivier, Trochu, Jules Favre, Jules Simon, Paul de Cassagnac et Jules Amigues.

L'ouvrage de M. De Bus est appelé à avoir un grand retentisse ment. F« A. (Le Petit-Caporal du 1" novembre 1879.) !ï Vient de paraître cliez Amyot, à Paris, la Politique devant V Histoire (I volume in-8"). L'aulcur do cot important ouvrage, écrit à un point de vue conser vateur et autoritaire, est M. De Bus, avocat, ancien substitut á Dnnkerque, révoqué par le régime actuel pour ses opinions conservatrices. La Politique devant (Histoire est l'œuvro d'un penseur sagacc, lequel est on même temps un excellent écrivain. (Messager de Toulouse» — 9 novembre 1879.)" La Politique devant l'Histoire, par Fiunçois De Bus, avocat, ex subslilul de llunkerque. (Premier volume : Prix : *% fr. 5tO,) Dans lc courant do l'annéo dernière, notre plus célèbre revue a publié un grand travail : La Politique française en 18G0, qui a fait justement sensation dans le monde des chancelleries et cliez tous les lecteurs de bonne foi.

Depuis lors, cc travail du ù il. Rothan, ancien diplomate, a retrouvé sous la foi me du volume un succès encore pîus vif. Ce succès, il lc devait, nc-n pas à la situation prépondérante de l'auteur — qui n'a rien à voir, je le crois, avec les donneurs di places d'aujourd'hui — mais à l'éloquence des faits rassemblés sans colère et avec une précision imperturbable. C'était comme une irrésistible trouée do la vérité dans les blocs de mensonges qui font voùle sur nos tètes. Dans le môme ordre d'ouvrages, nous placerions volontiers le livre considérable qui vient de paraître : La Politique devant l'Histoire (excellent titre et qui renferme toule une philosophie) par M. François De lîus, ancien magistrat. Ce mot d'ancien magistrat s'appliquant à un homme jeune encore, courageux et convaincu, nous annonce dójíi que M. De Bus a pf.yé de sa personne et de sa place dar.s les luttes qui nous divisent, l/ardcur de cette nature militante, échauffe à chaque page l'ouvrage d'histoire tròs-exaclc, on ne peut plus documentaire, dunl il vient de nous donner la première partie.

Chapitre I

". La journée du 31 octobre. t II est â remarquer que les attaques de l'ennemi du dedans et de l'ennemi du dehors ont presque toujours eu lieu en même temps... La tentative d'envahissement du Corps législatif le 9 août,l'émeute dul2 août, le i septembre, le óì octobre, le 22 janvier... correspondent, à quelques heures près, aux plus sanglants événements de la guerre. » (Général Ducrot. — La Défense de Paris.) f C'est la grande Commune qui a sauvé de ,1'étrangcr le sol sacré de la patrie... Lyon Ta déjà instituée, resterez-vous en arriére, vous, Parisiens, qui avez toujours marché à la tête de la Révolution? Nommez la Commune. Insistez, agissez, votez, soyez dignes de vos pères, faites revivre cette grande Commune qui en 1792 a sauvé la France et préparé la République. (Discours de Ledru-Rollin, rue Aumaire. — 28 septembre.) « Un des membres du gouvernement est venu chez moi et m'a dit : « Moi aussi je veux la Commune de Paris et ie » gouvernement cédera, si les chefs de bataillon lui • lui demandent énergiquement les élections. » (Id.) « Que ces hommes restent à THôtel-de-Ville ! qu'ils y restent mais comme révolutionnaires et non comme monarchiens.

La Commune de Paris seule, en sauvant la France et la République, peut les sauver eux aussi ! » (Id.) L' observation de M. le général Ducrot, à propos de Tinsurrection du 31 octobre et des autres soulèvements démagogiques qui se produisirent au cours de la guerre de 1870-1871 est effrayante de vérité. Sans aller jusqu'à prétendre, ce qui répugnerait à notre cœur de Français, qu'il y avait entente entre « l'ennemi du dedans et l'ennemi du dehors », on nous permettra de relever et de signaler les coïncidences aussi fâcheuses que significatives qui se ren contrent dans les efforts tentés par l'un et par l'autre au détri ment de la France. Le 9 août, le 12 août, le 4 septembre, le 31 octobre et plus tard le 22 janvier rappellent à la fois les défaites sanglantes infligées à nos armes par l'invasion allemande et les tentatives coupables de l' émeute dans Paris.

L'insurrection du 31 octobre, la plus grave de toutes celles qui se produisirent pendant le siège de Paris, éclata après la reprise du Bourget par les troupes allemandes. Le 28 octobre, le gouvernement, fidèle en cela à sa tactique or dinaire, avait publié le rapport du général de Bellemare sur l'occupation du Bourget. Le général, commandant supé rieur, se félicitait hautement de ce succès qui témoignait de l' énergie et du sang-froid des troupes placées sous ses ordres. Le général de Bellemare annonçait au gouvernement qu'on travaillerait toute la nuit pour « rendre la position aussi défensive que possible » . II appréciait ensuite de la façon suivante les résultats de cette journée : « La prise du Bourget, audacieusement attaquée, vigoureusement tenue, malgré la nombreuse artillerie de l'ennemi, est une opération peu importante en elle-même, mais elle donne la preuve que, même sans artillerie, nos jeunes troupes peuvent et doivent rester sous le feu plus terrifiant que véritablement meurtrier de l'ennemi. » Elle élargit le centre de notre occupation au-delà des forts, donne la confiance à nos soldats et augmente les ressources en légumes pour la population parisienne.

Nos pertes que je ne connais pas encore exactement, sont mini mes (tout au plus une vingtaine de blessés et quatre ou cinq tués) nous avons fait quelques prisonniers. » Le 30 la situation changeait du tout au tout. Les Prus siens attaquaient en force la position, de laquelle ils avaient été délogés deux jours auparavant. La nouvelle de leur succès se répandait bientôt dans Paris. Après le rapport officiel du 28 et les espérances qu'il contenait la population parisienne se refusait à croire à la reprise du Bourget lorsqu'elle reçut du gouvernement la communication suivante : Bapporl militaire. — 3 heures 1/2 du soir. « Le Bourget, village en pointe en avant de nos lignes, qui avait été occupé par nos troupes, a été canonné pendant toute la journée d'hier, sans succès par l'ennemi. Ce matin de bonne heure des masses d'infanterie, évaluées à plus de 15,000 hommes, se sont présentées de front, appuyées par une nombreuse artillerie, pendant que d'autres colonnes ont tourné le village venant de Dugny et de Blanc-Mesnil.

Un certain nombre d'hommes qui étaient dans la partie nord du Bourget ont été coupés du corps principal et son restés entre les mains de l'ennemi. On n'en connait pas exactement le nombre en ce moment. II sera précisé demain. » Le village de Drancy occupé depuis vingt-quatre heures seulement, ne se trouvait plus appuyé à sa gauche, et le temps ayant manqué pour le mettre en état respectable de défense, l' évacuation en a été ordonnée pour ne pas compromettre les troupes qui s'y trouvaient. » Le village du Bourget ne faisait pas partie de notre plan de défense : son occupation était d'une importance très-secondaire et les bruits qui attribuent de la gravité aux incidents qui viennent d'être exposés sont sans aucun fon dement. » On comprend l'état de surexcitation dans lequel devait se trouver une population, complètement séquestrée du reste du monde, quand, à deux jours d'intervalle, on lui faisait des communications aussi dissemblables.

Le 28 octobre on célébrait comme un succès du meilleur augure, l'occupation de ce point stratégique d'où on avait délogé l'ennemi et qui « ÉLARGISSAIT LE CERCLE DE NOS OPÉRATIONS AU DELA. des forts ». Le 30 on avait la naïveté de déclarer que t Le Bourget ne faisait pas partie du plan de défense et QUE SON OCCUPATION ÉTAIT D'UNE IMPORTANCE SECONDAIRE. » On est autorisé à se demander, après des déclarations aussi contradictoires, d'après quels ordres et pour quels motifs l' armée avait entrepris cette brillante marche en avant qui heureusement n'avait produit que des pertes insignifiantes. Le courage et le sang-froid dont avaient fait preuve les jeunes troupes qu'en lançait pour la première fois sur l'enne mi semblaient faire pressentir de nouveaux et faciles succès. Au lieu de cela, la position conquise, qu'on avait négligé de munir d'artillerie et de mettre en état de défense, nous était reprise deux jours après par les Prussiens qui nous taillaient en pièce.

Un seul bataillon de mobiles, le 12me de la Seine, commandé par l'héroïque Baroche, perdait dans cette seconde affaire 225 hommes et la moitié de ses officiers, dont le commandant tué, six blessés et trois prisonniers et le Gouvernement osait déclarer que ce sang généreux avait été répandu en pure perte, puisque « le village du Bourget ne faisait pas partie de son plan de défense et que son occupation était d'une importance très secondaire. » Pour un peu, il aurait reproduit le mot sinis tre qui a, à tout jamais, terni la réputation de Barnave : t le sang qui a coulé était-il donc si pur ? » Par une regrettable coïncidence, la reprise du Bourget par les armées ennemies coïncidait avec la nouvelle de la reddition de Metz. Ces deux fatales nouvelles se répandaient en même temps dans une ville qui, par une coupable fai blesse du Gouvernement, était couverte de clubs dont les grondements étouffaient la voix du canon lui-même.

Le parti révolutionnaire qui avait consenti, au 4 septembre, à faire quelque crédit au nouveau Gouverne ment, parce qu'il ne se considérait pas alors comme suffisamment prêt pour entrer en lutte avec lui, avait bientôt relevé la tête et préparé le triomphe de ses théories subver sives. La Commune était l'idéal de ceux qui avaient été dis tancés et évincés par leurs heureux compétiteurs et ils aspiraient à prendre leur place. On aura une idée des tendances et des aspirations de ce parti de la Commune par le discours suivant qui fut prononcé, dans une réunion tenue le 28 septembre, rue Aumaire, à propos des élections muni cipales, par ce démagogue incorrigible qui avait nom : Ledru-Rollin. t Ces élections, disait-il, promises pendant quinze ans, sont aujourd'hui plus que jamais nécessaires. Le Gouver nement en convient et il les ajourne sans cesse. » Pourquoi ? » Ces raisons, le citoyen Ledru-Rollin ne veut pas les sonder. » Mais que dit le Gouvernement ? » II dit : « En présence de l'ennemi qui nous menace, » il est bien difficile de voter. — L'ennemi nous livrera » bataille peut-être demain, peut-être après-demain ; il nous » est donc impossible de fixer un jour pour les élections. » » Eh bien ! moi, s'écrie l'orateur, en présence de ces difficultés, de ces impossibilités imaginées par nos gouvernants, je me rappelle que la grande Commune qui a sauvé de l'étranger le sol sacré de la patrie, je me rappelle qu'elle a été votée en vingt-quatre heures.

Alors cependant Verdun et dix autres places fortes étaient au pouvoir de l'ennemi, quarante-un départements étaient insurgés contre la Répu blique, les factieux et les traîtres déchiraient Paris. » La Commune votée, acclamée dans les vingt-quatre heures, frappa l'ennemi de terreur et la France fut sauvée. (Bravos). » Aujourd'hui, la France attaquée est une pour la défense. » En 92, divisée, déchirée, elle n'a pu être vaincue ; en 70, indivisiblement unie, elle sera invincible. » Où donc le danger pour les élections ? où donc les difficultés, les impossibilités ? On nous répond : dans les objections des maires et des adjoints nommés par le Gouvernement. » Qu'objectent-ils ? Ils objectent que les listes électorales ne sont pas prêtes. (Bires prolongés). » Je ne comprends pas (nouveaux rires), j'avoue que je ne comprends pas.

Eh quoi ! n'avons-nous pas les listes de 1869? Les 300 mille garde-nationaux ne sont-ils pas électeurs ? » Peut-être les maires et leurs adjoints craignent-ils que les électeurs de 69, que les gardes nationaux de 70 nomment des orléanistes ou des bonapartistes au lieu de républicains ? » Je ne sais. Quant à moi je ne crains pas que les élec teurs suivent l' exemple donné par ce gouvernement de Tours qui demande des inspirations à MM. Thiers et consorts et aux conseillers généraux de Bonaparte et aux réaction naires de tout ordre et de toute robe, éternels ennemis de la République. » Non, non ! J'ai foi que nos électeurs voudront plutôt imiter Lyon qui a su si bien protéger l'inverse du droit monarchique, le droit républicain que le gouvernement semble ne pas comprendre, que le gouvernement ne com prend pas.

(Bravos.) » Avant Paris, Lyon a proclamé la République. » Lyon a institué un comité de salut public. » Lyon a arrêté, emprisonné les traîtres. i Lyon a séquestré les biens des traîtres. » Pour f entrer dans la légalité, Lyon a convoqué ses électeurs. » Lyon a nommé sa Commune. (Bravos.) » A Paris, qu'a fait le gouvernement ? » Il a convoqué les électeurs pour le 28, déclarant qu'il y aurait un décret spécial pour réglementer les élections de Paris et de Lyon. » Le surlendemain, en effet, le gouvernement a fait paraître ce décret. Quand ce décret a paru, Lyon avait déjà proclamé, consacré le droit républicain, cJest-à-dire le droit d'initiative appartenant au peuple souverain seul. » A Lyon, la besogne était donc faite. » Mais, à Paris, le droit républicain, par qui a-t-il été proclamé ? » Par le gouvernement ? non.

Le gouvernement n'a pas ose se déclarer républicain : il a dit qu'il n'appartenait à aucun parti. » Resterez vous en arrière de Lvon, vous, Parisiens qui avez toujours marché à la tête de la Révolution ? Ne' ferez-vous pas ce qu'a fait Lyon ? Vous le ferez ! Je dis que vous le ferez. Vous êtes décidés à user de votre droit, en ayant une Commune. Electeurs, gardes nationaux ! Vous nommerez la Commune de Paris. (Bravos). » Un des membres du Gouvernement est venu chez moi et m'a dit : Moi aussi, je veux la Commune de Paris et le Gouvernement cédera, si les chefs de bataillon lui demandent énergiquement les élections. » Cent cinquante chefs de bataillon sont allés à l'Hôtel-de-Ville. » A leur protestation couverte de 180 signatures, le Gouvernement a répondu : . . . par un ajournement indéfini. » A ce décret, citoyens, il faut répondre par l' exercice de votre droit.

Pour ce droií pratique, vous n'aurez recours qu'aux moyens les plus pacifiques, car aujourd'hui tout notre sang appartient à la France. » Certes, il se rencontrera bien un maire républicain qui, comprenant votre droit, ouvrira le scrutin et laissera faire les élections par section. Les autres maires, croyez moi, s'empresseront de suivre son salutataire exemple. » Ils verront bien qu'en marchant au scrutin, vous voulez non pas renverser les hommes qui siègent à l'Hôtel de-Ville, mais seulement les contraindre à user de leur force pour sauver la France, pour sauver la République. Que ces hommes restent à 1'Hôtcl-de-Ville ; qu'ils y restent, mais comme révolutionnaires et non pas comme monar chiens. » La Commune de Paris seule, en sauvant la France et la République, peut les sauver eux aussi. > Si vous croyez que la Commune doit donner plus de force pour balayer l'insolent ennemi qui nous menace, insistez, agissez, votez ! nous serons dignes de nos pères, nous ferons notre devoir en imitant ce grand peuple et cette grande Commune de Paris qui, en 92, ont sauvé la France et préparé la République !

(Bravos prolongés). » Quelques jours après avait lieu la tentative avortée du 8 octobre. Le gouvernement, l'on s'en souvient, n'y avait vu qu'une occasion d'affirmer que dans la t grande et généreuse population de Paris il n'avait pas d'ennemi » et d'exalter le courage de la garde nationale qui lavait sauvé d'un danger fort peu sérieux d'ailleurs. Au lieu d'enlever à l'émeute le prétexte plausible sous lequel elle ne craignait pas de s'abriter, le gouvernement ne parlait des élections, au nom desquelles le mouvement avait été organisé, que pour les renvoyer après la défaite de l'ennemi. « Entendez vous l'appel suprême qui m'interrompt, s'écriait M. Jules Favre, c'est la voix du canon qui tonne et qui nous dit à tous où est le devoir ? » Le gouvernement était d'ailleurs obsédé par des préoccupations bien autrement graves.

Un de ses premiers soins, en arrivant au pouvoir, avait été de crocheter les meubles des Tuileries pour s'emparer d'abord des papiers qui s'y trouvaient et les livrer ensuite à la publicité. Toute fois il paraissait avoir reculé devant la tâche, soit qu'elle fut trop peu intéressante, soit qu'elle pût être compro mettante pour beaucoup de républicains, comme le bruit en courait. En conséquence une commission d'examen et de publication fut constituée, puis recomposée plus tard. Le gouvernement choisit avec un merveilleux à-propos la date du 12 octobre pour publier le rapport dans lequel le président de cette fameuse commission d'épuration faisait l'his torique des travaux auxquels ses collègues et lui avaient consacré leurs patriotiques loisirs. Ce rapport était ainsi conçu : « Monsieur le ministre, » Par un décret inséré le 7 septembre au Journal officiel vous avez institué une commission chargée de réunir, classer et publier les papiers saisis aux Tuileries.

Avant même d'avoir commencé à fonctionner, cette com mission se voyait privée de trois de ses membres. Néan moins on ne crut pas devoir procéder à sa reconstitution immédiate. Avec voire approbation, le vice-président devint président; M. Gagneur, ancien député, prit le titre de directeur des travaux, se réservant plus particulièrement le classement des papiers ; un comité de publication, choisi parmi les auxiliaires laborieux et dévoués que s'étaient adjoints la commission, fut institué et l'on se mit résolu ment à l' œuvre. > Le 24 septembre, un premier fascicule était livré au public. Depuis lors, les fascicules, composés chacun de deux feuilles in-8°, se sont succédé à peu près de deux jours en deux jours. Au moment où j'écris ce rapport, il y a, tant en livraisons déjà mises en vente qu'en feuilles imprimées et corrigées, la valeur d'un volume de 500 pages. » Nous nous sommes constamment appliqués à ce que les premiers exemplaires de chaque livraison sussent envoyés aux journaux qui, presque tous, en reproduisent intégralement lc texte.

En outre, des contrefaçons ont été répandues dans le public sans que nous ayons cru devoir élever la moindre réclamation. Malgré ces deux raisons d'insuccès au point de vue de la vente, l'empressement des acheteurs est tel, que nous avons la certitude de conduire à bonne fin notre publication, sans qu'elle coûte un centime à l'Etat. » Cette situation parait de tous points satisfaisante. Cependant, en voyant d'une part les matériaux s'accumuler par suite des saisies opérées chez M. Rouher et chez d'autres personnages considérables ; d'autre part, en appréciant mieux le poids de notre responsabilité et retendue do notre tâche, à mesure que Tordre s'introduisait dans cette masse énorme de papiers parmi lesquels se rencontrent cent documents insignifiants pour un document digne d'être publié, j'ai pensé qu'il était indispensable de reconstituer la commission ou plutôt de la compléter par le remplace ment des membres démissionnaires.

Vous avez approuvé cette manière de voir, et, d'accord avec plusieurs autres membres du Gouvernement, vous avez désigné MM. Taxile Delord, Laurent Pichat et Ludovic Lalanne pour prendre les places laissées vacantes. Ces trois noms se recommannent assez d'eux mêmes. L'œuvre que nous pour suivons ne pourra que gagner au concours d'hommes si distingués qui lui apporteront l'autorité de leurs noms et le fruit de leur expérience d'historiens, d'écrivains et d'hom mes politiques. » Qu'il me soit permis, en terminant, de rendre hautement justice à Tactivité et au zèle intelligent déployés par les auxiliaires qui ont participé à nos premiers travaux. Je voudrais pouvoir vous signaler avec détails les services rendus par chacun d'eux dans une tâche souvent ingrate et toujours délicate. Il appartiendra à la Commission, une fois installée et éclairée sur leurs mérites respectifs, de dési gner dans leurs rangs ses deux secrétaires, Elle n'aura, je vous l'assure, que l'embarras du choix. » En conséquence, monsieur le ministre, j'ai Thonneur de vous proposer le projet d'arrêté suivant : « Le ministre de T Intérieur, vu le décret du 7 septembre 1870, arrête : » Art. 1 er.

MM. Taxile Delord, Laurent Pichat et Ludovic » Lalanne, sont nommés membres de la commission des » papiers saisis aux Tuileries. » Art. 2. La commission désignera deux secrétaires » parmi ses membres auxiliaires. » Paris, le 12 octobre 1870. » André LAVERTUJON, » Président de la commission. » Approuvé : » Le ministre de l'intérieur par intérim, » Jules FAVRE. » Cette habile diversion tentée par le ministre de Tinté rieur par intérim n'eut pas le succès que le gouvernement pouvait en attendre. II fallait au demeurant que M. Jules Favre fut doué d'une merveilleuse dose d'aplomb et de cynisme pour apposer sa signature officielle au bas de T élucubration de M. Lavertujon et pour la publier surtout au moment où il disait au peuple de Paris avec un geste et un accent des plus tragiques : « Entendez-vous Tappel suprême qui m'interrompt, c'est la voix du canon qui tonne et qui nous dit à tous où est le devoir ?» Eh bien ! ce devoir commandait à tous de s'armer de fusils et non de rossignols et de courir sus à l'ennemi et non de forcer des meubles dans lesquels on aurait peut-être pu trouver les pièces les plus compromettantes contre ce même M. Jules Favre si une main généreuse n'avait pris soin de les faire disparaître à temps.

Cependant, les clubs s'étaient montrés moins accommodants que la garde nationale et Tattitude du Gouverne ment y avait été très-sévèrement blâmée. Les hommes du 4 Septembre avaient laissé se multi plier dans Paris ces foyers de désordres et de troubles. II y avait des clubs partout. Citons parmi les plus en relief : LE CLUB MIL HUIT CENT SOIXANTE-SIX. LE CLUB BLANQUI OU DE LA PATRIE DN DANGER. LE CLUB DES FOLIES-BERGÈRE. LE CLUB DE L'ALCAZAR. LE CLUB DE LA REINE -BLANCHE. LE CLUB DU THEATRE DES BATIGNOLLES. LE CLUB DE LA PORTE-SAINT-MARTIN. LE CLUB DE LA DÉLIVRANCE. LR CLUB DES VENDÉENS. LE CLUB DES BOURGUIGNONS. LE CLUB DES CORRÉZIENS. ETC., ETC., ETC. Ces réunions houleuses et tumultueuses, dans lesquel les le grotesque se mêlait au violent, n'empêchaient que trop souvent la population de Paris d'entendre « la voix du canon » et de songer à l'ennemi du dehors.

Les gardes nationaux et les gardes mobiles de la Seine se rendaient en foule à ces assemblées démagogiques où les motions les plus invraisemblables et les plus insensées pouvaient se produire à la tribune et affronter la discussion devant un public avide et friand de pareilles distractions. Nous n'avons ni le temps ni le courage de citer, ne fût-ce qu'à titre de spécimen, quelques-unes de ces propositions, dont la stupidité était le moindre défaut et qui s'étalaient au grand jour dans ce nauveau domaine de la folie. Ces specta cles d'un genre nouveau avaient le double privilège de servir les passions mauvaises des uns et de satisfaire la curiosité malsaine des autres. Le gouvernement qui avait pour la licence, sous quelque forme qu'elle se produisit, de coupables faiblesses, alors qu'il tenait la liberté en suspicion, ne s'aperçut que trop tard de la faute énorme qu'il avait commise, en tolérant, en favorisant même ces réunions révolutionnaires au sein d'une ville assiégée.

Longtemps, trop longtemps, il refusa de prendre les mesures que comportait la gravité de la situation dans laquelle on se trouvait, et lorsqu'il se décida enfin à sévir, il était trop tard. Lorsque Tinsurrection du 31 octobre éclata, la surprise de tous, gouvernement et peuple, fut extrême. Mal rensei gné sur T impression pénible et profonde qu'avaient produite dans le public les nouvelles désastreuses des derniers jours, à savoir : la capitulation de Metz, la reprise du Bourget par les Prussiens, les propositions vraies ou fausses d'armistice, etc., le gouvernement était loin de s'attendre à ce mouve ment populaire qui faillit précipiter sa chute et qui le con traignit, lui Tadversaire quand même des élections, à essayer de retremper sa popularité ébranlée dans cette source abhorrée et maudite du suffrage universel, qu'on appelle le plébiscite.

Le 31 octobre donc, à midi, des groupes nombreux de gardes nationaux sans armes arrivaient sur la place de THôtel-de-Ville. Les cris proférés étaient: «.point d'armistice! La levée en masse! Et guerre à outrance! » Quelques émeutiers, plus ardents et plus impatients que les autres, se mirent à ébranler la grille du côté de la rue de Rivoli, Tescaladèrent et pénétrèrent dans le jardin ; puis se précipitèrent de là dans la cour et le rez-de-chaussée du palais : c'était comme on le voit la répétition de ce qui s'était passé au Corps législatif. Deux courants se formèrent, l'un dirigé par Félix Pyat, Delescluze et Blanqui, se porta du côté de la salle où étaient réunis les maires ; l'autre à la tète duquel étaient Chassin, Maurice Joly, Lefrançais et Levrault se porta du côté de la salle où siégeait le Gouvernement.

A deux heures, la foule qui stationnait sur la place de THôtel-de-Ville était considérable. Quelques écriteaux sur lesquels se lisaient les mots : « Pas d'armistice ! Levée en masse ! » se voyaient au-dessus du flot de plus en plus pressé. A deux reprises, le général Trochu et M. Jules Simon se mêlèrent aux groupes et cherchèrent vainement à se faire entendre. A Tintérieur pénètrent quelques personnes qui se déclarent autorisées à porter la parole au nom des manifes tants. M. Jules Ferry les reçoit d'abord et au bout de quel ques instants il est rejoint par ses collègues le général Trochu et M. Jules Favre. Un des orateurs précise en trois points ses griefs et ses demandes, il réclame des explications sur la nouvelle tardive de la capitulation de Metz, sur les résultats déplorables de ï affaire du Bourget et termine en demandant la retraite du Gouvernement actuel.

Sur le premier point le général Trochu affirme sous serment qu'au moment où a paru le Combat, le 27 au matin, la capitulation ne pouvait être connue puisqu'elle est du 27 au soir et que le 26 le Gouvernement de Paris T ignorait. Sur T affaire du Bourget, le général Trochu reconnait qu'un ordre regrettable a été donné. Mais, suivant lui, tandis qu'il y a des points qu'il faut occuper, il y a des points qu'on ne doit pas occuper. Le Bourget, Drancy, Bondy (ce dernier occupé depuis huit jours malgré lui, par un corps de francs-tireurs) sont du nombre. Les cris « la Commune ! la déchéance ! » redoublent au-dedans et au dehors. Un coup de pistolet, tiré à ce qu'il parait par mégarde, sur la place augmente Tagitation. L'assistance adopte dans Tordre suivant les douze membres qui doivent former la commune : 1° DORIAN. 2° Blanqui. 3° Delescluzb. 4° Louis Blanc. 5° Félix Pyat. 6° Bonvalet. 7° Ledru-Rollin. 8° Verdure. 9° Schœlcher. 10° Jacquemart. 119 Greppo. 12° Martin-Bernard.

A peine dressée, cette liste soulève une multitude de protestations. A ce moment on voit les fenêtres du premier étage se garnir tout à coup d'un certain nombre de personnes étran gères au gouvernement et qui semblent occuper les pièces qui lui sont ordinairement réservées. Du haut de ces fenêtres, on 'envoie sur la place un grand nombre de petits bulletins sur lesquels on lit : « Vive la Commune! La levée en masse dans les quarante huit heures ! Dorian, président du Gouvernement ! » Les portes s'ouvrent et la foule entre librement. A quatre heures, la salle des délibérations du Gouver nement est envahie. Le citoyen Flourens, précédé de MM. Jolly, Vermorel, Minière et plusieurs autres officiers de la garde nationale et d'une foule compacte, fait irrup tion dans Tancien cabinet des préfets de la Seine, aujour d'hui réservé aux délibérations du Gouvernement.

Autour du bureau sont assis le général Trochu, Jules Favre, Dorian, Garnier-Pagès, Jules Simon, Jules Ferry, le général Tamisier et Magnin. Flourens, en costume de colonel, saute sur la table : « Citoyens, dit-il, la Commune vient d'être proclamée par le peuple ! une Commission exécutive est nommée pour veiller aux élections qui doivent avoir lieu dans les quarante-huit heures. » — « La déchéance ! » « Qu'ils donnent leur démission ! » crient les assistants. » Jules Ferry se lève et veut protester. Sa voix est couverte par des huées et des sifflets. Garnier-Pagès essaye de monter sur une table pour parler au peuple, il tombe et s'évanouit. Malgré cet incident, la discussion n'en continue pas moins. Flourens tire sa liste composée de Flourens. Delescluze. Félix Pyat. Blanqui. Mottu. Avrial.

RANVrEB. MlLLlÈRB. Raspail. Rochefort. Victor Hugo (1). Ledru-Rollin. et Louis Blanc. On exige T addition de Dorian, à laquelle Flourens consent. A ce moment des apartés fort vifs s'engagent sur (1) La Révolution de Septembre avait rouvert les portes de la France à cet illustre exilé volontaire dont le nom se rencontre pour la première fois sous notre plume. La France était trop petite pour contenir à la fois Napoléon le petit et Victor Hugo Timmense I La chute de la dynastie impériale avait permis à M. Victor Hugo de se trouver à Taise dans cette France qu'il boudait depuis plus de vingt ans. Nous trouvons dans le Paris-Journal le récit des premiers la question desavoir si Rochefort fera partie oui on non de comité provisoire. — Oui, oui, nommons Rochefort, disent les uns ; — Non, c'est un menteur, un traître ! ripostent les autres.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…