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Paris. Histoire-monuments-administration-environs, etc

Fernand Bournon · 1888 · Scanned text

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About this book

Author
Fernand Bournon
Language
French
Published
1888
Length
97,527 words · about 6 h 50 min
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Contents (3)

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Introduction

II y a six cents ans, un poète fort médiocre, appelé Guillot, imagina un jour de rimer en des vers fort libres (libres à tous égards), le nom des quatre cents rues ou environ qui composaient les trois seuls quartiers du Paris d'alors : la Cité, /'Université et la Ville. II est probable que le brave homme ne se doutait pas que les feuil lets de son manuscrit, retrouvés bien longtemps après à Dijon, seraient étudiés, publiés, commentés par les érudits et lui méri teraient l'honneur d'être le premier annaliste de Paris. Depuis Guillot, les historiens n'ont pas manqué à la grande ville, et l'on ne s'avance pas trop en disant que le simple énoncé des titres de leurs ouvrages formerait cinq ou six gros volumes de grand format et de petit texte'. II suffit, pour s'en convaincre, ì. II peut être ulile d'indiquer ici les principaux ouvrages sur l'histoire de Paris, ceux qui méritent le plus de confiance et que nous avons surtout consultés : Bonfons), Parisien (1586). —Le Théâtre des antiquitez de Paris, par le R. P. Du Breul, Parisien, religieux de Saint-Ger main-des-Prés (1639). — Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, par Sauvai (1724,3 vol. iu-íbl.). — Histoire de la ville de Paris, composée par dom Michel Félibien, revue, augmen- Les antiquitez, croniques et singitlati /.:rf. Pnr/s, parsiilles Corrozet, Parisien, 61 depuis augmentées parN. R. (Nicolas

INTRODUCTION.

II d'avoir feuilleté le catalogue méthodique de notre précieuse bibliothèque de la Ville, la bibliothèque Carnavalet. Dans cette infinie quantité de livres, il en est de bons, il en est plus encore de mauvais, et certains jouissent d'une réputation dont ils sont bien loin d'être dignes. Tel, par exemple, V ouvrage de Dulaure, où les fautes et les injustices ne se comptent pas. Si nous voulions indiquer ici les meilleurs et les plus conscien cieux, ce serait d'abord et surtout dans les siècles passés qu'il fau drait chercher, et l'on prouverait sans peine que les travaux venus depuis n'ont de qualités qu'autant qu'ils s'en sont inspirés. Corrozet au seizième siècle, le Père Du Breul et Sauvai au dix-septième, puis les bénédictins Félibien et Lobineau, avec leur lourde, mais docu mentaire Histoire de Paris, l'abbé Lebeuf, bien plutôt érudit qu'abbé, Delamare et son Traité de la police, Jaillot surtout, dans ses Recherches critiques, voilà les véritables fondateurs de l'his toire de Paris et ceux auxquels nous devrons toujours le plus.

Pendant la Révolution et la première moitié de notre siècle, l'historiographie parisienne se révèle à peine. Nous avons parlé de Dulaure ; il n'y a guère à citer ensuite, comme livres exacts et estimables, que ceux de Lavallée, de M. de Gaulle, ou encore le Dictionnaire si commode des frères Lazare; mais, depuis i85o, tée et mise au jour par dom Guy-Alexis Lobineau, tous deux prêtres religieux bénédictins (1725, 5 vol. in-fol.). — Traité de la police, par Delamare (1713, 4 vol. in-fol.). — Histoire de lu ville et de tout le diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf (1734, 15 vol. in- 12). — Recherches critiques,his toriques et topographiques sur la ville dr Paris, avec le plan de chaque quartier, par le sieur Jaillot, géographe ordinaire du roi (1772, 5 vol. in-8°). — Tableau de Paris, par Mercier(1783, 12 vol. in-8°). — Dictionnaire administratiset historique des rues de Paris, par Félix et Louis Lazare (1844). — Histoire de IHòtel-de-Ville de Paris, par Le Roux de Liney (1846). —

INTRODUCTION.

III V ardeur des travailleurs et des curieux s'est ranimée et nous a valu d'excellents ouvrages. M. Maxime du Camp n'a jamais été si bien inspiré que lors qu'il a consacré dix ans à étudier Paris sous tous ses aspects et dans toutes ses fonctions. De cette étude est sorti un livre dont on ne saurait trop louer la science, le ton et la sincérité : Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du dix neuvième siècle. Un ancien préfet de la Seine, M. Haussmann, eut aussi une heureuse idée, durant sa longue administration, quand il songea, vers i865, à fonder la luxueuse collection de /'Histoire générale de Paris, publiée sous les auspices du Conseil municipal. Cette idée n'a pas été abandonnée depuis ; elle a été, au contraire, reprise et développée plus libéralement encore par l'administration muni cipale qui a succédé à celle du second Empire ; nous lui devons déjà de précieuses monographies et des recueils de textes indispensables à V historien ; les matériaux sont loin d'être épuisés et l'on peut bien augurer de l'avenir par le passé.

Plus récemment encore, deux manifestations importantes se sont produites de V intérêt qu'inspirent les études parisiennes. En 1874, une société spéciale pour ces études s'est constituée et a rapt- Études archéologiques sur les anciens plans île Paris et Dissertations sur les an ciennes enceintes, pur A. Bonnardot (1851 , 2 vol. in-4°). — Itinéraire archéologique de Paris, par F. de Guilhermy (1855). — Le Louvre et lc nouveau Louvre, par L. Vitet (1853). — P«ris, ses organes, ses sanctions et sa vie dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, par Maxime du Camp (1875, 6 vol. in-12). —Paris à travers les âges, aspects successifs des monuments et quartiers historiques de Paris, fidèlement restitués d'après les documents authentiques, par M. F. Hoíïbauer. Texte par MM. Edouard Fournier, Bonnardot, Paul Lacroix,

INTRODUCTION.

IV dément prospéré. C'est vers le mème temps que la librairie Didot entreprit la publication d'un savant ouvrage : Paris à travers les âges, dont le texte et surtout V illustration si remarquable, dirigée par M. Hoffbauer, ont fait un livre définitif sur presque tous les points. Après tant et de si bons travaux, il semblerait qu'il ne reste plus rien à faire. Nous avons pensé, cependant, qu'un volume simple, accessible à tous par ses dimensions, pourrait être bien accueilli. Habitué par des études antérieures à rechercher l'his toire de Paris dans les textes imprimés ou les documents inédits, nous avons fait effort pour vulgariser cette sorte de biographie de la reine des cités. L' exactitude du fond n'exclut pas la clarté de la forme, toutes deux augmentées par de nombreuses illus trations.

Nous avons eu un triple but, auquel correspondent les trois parties de ce livre -.présenter le récit des faits où Paris a eu une part, depuis V attaque de V humble Lutèce par le lieutenant de César, jusqu'à l'époque trop voisine de nous pour appartenir encore à l'histoire impartiale; — décrire, dans Tordre chronologique de leur construction les monuments que l'art de chaque siècle a élevés pour Y embellissement de la capitale, depuis les arènes romaines retrou vées rue Monge, jusqu'au palais du Trocadero ; — faire connaître J. Cousin, A. Franklin, etc., (1876, 2 vol. in-fol.). in-4°), Etienne Marcel, par J. Perrons, les Registres des délibérations du bureau de la ville, etc., etc. Mentionnons enfin, pour les renseignements statistiques, les Tableaux mensuels de Statistique municipale de la ville de Paris, publiés par le service de la statistique municipale.

Parmi les ouvrages publiés aux frais et sous les auspices de la municipalité, nous citerons : V Atlas des anciens plans tle Paris, la Topographie historique du vieux Paris, par Berty et Tisserand (4 vol.

INTRODUCTION.

V enfin l'histoire et l'organisation actuelle de l'administration muni cipale, en comparant le présent au passé, ce qui revient à montrer la marche incessante de Paris dans la voie du progrès et de la civilisation. On a souvent dit que ceux qui connaissent le moins Paris sont précisément les Parisiens ; on n'a pas tout à fait tort, et ils sont les premiers à le reconnaître. Cela n'est pas moins regrettable; aucun Parisien ne devrait ignorer pourquoi le musée fondé par Du Som merard s'appelle musée de Cluny, ni pourquoi le pont au Change, la place du Châtelet, le Temple portent de tels noms, si bigarres en apparence. Chaque rue, chaque monument devrait lui rappeler un fait, glorieux, gai ou triste, intéressant toujours. Nous avons tâché de ne rien omettre de ces faits, de ces souvenirs et de les faire revivre en les présentant sous une forme très claire.

Si nos lecteurs y prennent quelque intérêt, y trouvent quelque profit, nous serons asse^ récompensé de nos efforts. F. B. LIVRE PREMIER HISTOIRE DE PARIS LIVRE PREMIER HISTOIRE DE PARIS I LUTÈCE. — PARIS GALLO-ROMAIN Lutèce gauloise. — Prise de Lutèce en 52 avant J.-C. — Lutèce sous les Romains. — Monuments gallo-romains. — Avènement de Julien. — Établis sement du christianisme. , Lutèce gauloise. — II y a deux mille ans, l'ìlo de la Seine où s'élève la cathédrale de Paris, et que nous appelons la Cité, se nom- LUTÈCE, A LÉPOQUE GAULOISE. Elle élait tout entière renfermée dans l'íle de la Cité : les Lords de la Seine étaient couverts de bois et de marais. mait Lutèce. Elle était habitée par la tribu gauloise des Parisiens. C'était une des nombreuses peuplades venues d'Asie, qui, à une époque trop lointaine pour qu'on cn puisse fixer la date, s'étaient l I11ST01RF DU PARIS 2 partagé le sol de notre patrie.

Le territoire des Parisiens n'avait pas plus de douze lieues de circonférence ; il était limité par des voi sins plus puissants, tels que les Bellovaques, les Meldes, les Sénonais, les Carnutes, dont les villes principales étaient Beauvais, Meaux, Sens, Chartres. Lutèce était alors renfermée tout entière dans l'île de la Cité; la Seine, n'étant pas resserrée par des quais comme elle l'est aujourd'hui, formait sur ses bords de nombreux marais ; enfin les hauteurs voisines, qu'on a appelées depuis Montmartre, Belleville, la mon tagne Sainte-Geneviève, etc., étaient absolument couvertes de bois. COSTUMES GAULOI Le costume des Gaulois était, poulles hommes, une tunique appelée saie et un pantalon appelé braies; pour les femmes, une tunique serrée à la taille et une robe courte. HABITATIONS GAULOISES.

Leurs habitations étaient des huttes rondes, de terre et de bois, recouvertes d'un toit pointu en chaume, percé au sommet. Conquête de la Gaule par les Romains. Prise de Lriitèce. — En l'an 58 av. J.-C, le peuple romain entreprit de conquérir la Gaule. La lutte, longue et héroïque, ne dura pas moins LUTÈCE A L'ÉPOQUE GAULOISE 3 de huit années. Le récit de la conquête a été fait par le grand général romain qui l'accomplit, Jules César. C'est dans son livre intitulé : paris gallo-romain. l Échelle de ■ Commentaires sur la guerre des Gaules, que Lutèce se révèle pour la première fois aux historiens. C'est à Lutèce que César convoqua, au printemps de Tannée 53 1. Du deuxième au cinquième siècle, Paris gallo-romain s'était porté sur la rive gauche, entre la Seine et le mont Lucotitiics; d'où le nom de Lucotêce donné au Paris d'alors, qui comptait environ 8 000 habitants. av.

J.-C, l'Assemblée annuelle à laquelle se rendaient les délégués de toutes les tribus de la Gaule. Mais Tannée suivante, en 52 av. J.-C, les Parisiens ayant pris part au soulèvement de la Gaule, Labiénus, lieutenant de César, marcha sur Lutècc. Décidés à se défendre, les Parisiens choisirent pour chef le vaillant Camulogène, appelèrent à leur aide les peuplades voisines, et, après avoir brûlé leur ville, suivant la coutume des Gaulois, livrèrent, sur les rives de la Seine, un terrible combat dans lequel Camulogène fut tué; la victoire resta aux Romains, plus nombreux et mieux disciplinés. Quelques lignes des Commentaires de César sont le seul texte d'après lequel on puisse reconstituer les péripéties de la bataille. Une étude approfondie du terrain montre que la ren contre des deux armées eut lieu dans la plaine qui s'étend entre les hau teurs de "Villejuif, de Bicêtrc et d'Ivry, d'un côté, et la Seine, de l'autre.

Le nom du village de Vitry ( Victoriacum) rappelle sans cloute lc lieu de la victoire, où les Romains élevèrent un autel aux divinités de la guerre qui les avaient fait triompher. Lutèce sous les Romains. — Pendant près de cinq cents ans, la Gaule resta soumise à la domination romaine. Elle fut divisée en provinces, et Lutèce fut clas sée parmi les cités de la Quatrième Lyonnaise, dont lo chef-lieu était Sons. L.es Xautes. — A l'épo que de Tibère, les Nantes Parisiens , corporation de bateliers qui avait le privilège du transport des mar chandises sur la Seine, élevèrent, sur Templacement où fui depuis bâtie la cathé- FRAGMENT D UN AUTEL ELEVE PAR LA CORPORATION DES NAUTES. drale, un autel à Jupiter. L'inscriptiun qui consacre la fondation de cet autel a été trouvée sous le chœur. En voici, avec son orthographe barbare et sans abré- PARIS GALLO-ROMAIN 5 viations, le texte et la traduction : TIBERIO CAESARE AVGVSTO IOVI OPTVMO MAXSVMO NAVTAE PARISIACI PUBLICE POSIERVNT. « Tibère étant César Auguste, les NauCes Parisiens ont élevé (cet autel) à Jupiter, lc meilleur et le plus grand (des dieux). » On a constaté que dans un grand nombre de lieux les églises chrétiennes ont été élevées sur l'emplacement mème des temples païens.

Lucotèce. — Pendant les trois premiers siècles de notre ère, les Parisiens s'étendirent sur la rive gauche de la Seine, jusqu'au sommet de la colline qui limite de ce côté la vallée du fleuve. Le nom de Lutèce fut réservé à l'île, tandis que le faubourg s'appela Lucotèce, du nom de la montagne nommée aujourd'hui montagne Sainte-Geneviève, et que les Romains appelaient mons Lncotitius. Le Paris d'alors comp tait environ 8 000 habitants. Deux voies romaines traversaient ce faubourg. La plus importante venait d'Orléans et, franchissant la Seine, allait vers le nord à Beauvais et à Senlis : c'est notre rue Saint-Jacques ; l'autre correspondait à peu près au boulevard Saint-Michel. Monuments gallo-romains. Au bord de cette seconde voie s'élevait un vaste palais, qui servait aux empe reurs romains de gymnase et de bains ou thermes.

Les ruines qui subsistent ont été depuis renfermées dans les jar dins de l'hôtel de Cluny. Un immense aqueduc en maçonnerie, franchissant la vallée de la Bièvre à Arcueil, y amenait l'eau des sources de Rungis. On a retrouvé de nombreuses COSTUMES GALLO-ROMAINS. traces d'une canalisation qui traversait la montagne Sainte-Gene viève. A Arcueil mème, deux arcades en ont été conservées; elles per . mettent de juger de la solidité que les Romains donnaient à toutes leurs constructions. Cet aqueduc fut reconstruit sous Louis XIII, en 1613. L'aqueduc actuel, beaucoup plus élevé que les deux précédents, et qui amène à Paris les eaux de la Vanne, fut entrepris sous le second empire et terminé en 1872. Au sommet de la hauteur, était installé un camp permanent, dont la rue Gay-Lussac actuelle traverse l'emplacement; il était destiné à protéger la ville contre toute attaque du côté du midi.

Au delà, dans la campagne, étaient les sépultures construites le long des chaussées, l'aqueduc d'arcueil. 1) ne reste que deux arcades de la construction romaine. Reconstruit sous Louis XIII, l'aqueduc a été refait sous le second Empire pour amener à Paris les eaux de ia Vanne. suivant l'usage des Romains qui n'admettaient pas de cimetières dans leurs cités. A l'est, existent encore les restes des Arènes de la rue Monge, arènes qui durent être, pour les Romains d'alors, jusqu'au triomphe du christianisme, un des lieux de plaisir les plus fréquentés. A cette époque les Gallo-Rom ains des classes moyennes avaient adopté en partie le costume des vainqueurs ; ils couvraient de la toge les braies gauloises. Le peuple seul avait gardé son habillement. Avènement cle Julien. — En 361, ce fut à Lutèce, — qui com mence dès cette époque à s'appeler Paris, — que les soldats romains proclamèrent César leur chef Julien, cousin de l'empereur Constance; PARIS GALLO-ROMAIN 7 celui-ci l'avait envoyé dans les Gaules pour y surveiller les peuplades franques, qui commençaient à envahir le nord et l'est de la province du côté du Rhin.

C'est au palais des Thermes que se fit cette révolution. Dans l'armée romaine, où les généraux avaient toute la confiance de leurs soldats dont ils partageaient les fatigues et les dangers, il PARIS GALLO-ROMAIN. 1. Temple de Mars (Montmartre). — 2. Hauteurs de Ménilmontant, alors entièrement boisées. — 3. Ilot réuni sous Henri IV a File de la Cité. — 4. Ile de ta Cité. — 5. Ile Notre-Dame. — 6. Grand-Pont. — 7. Petit-Pont. — 8. Mons Lueolitius. — 9. Lucotèce. — 10. Emplacement des Arènes de la rue Monge. n'était pas rare de voir les troupes se révolter contre le pouvoir existant et nommer leur chef empereur. Julien aimait beaucoup Lutèce, faisait l'éloge de ses habitants et les traitait avec faveur. « J'étais, dit-il dans une de ses lettres, en quartiers d'hiver dans ma chère Lutèce, laquelle est située au milieu d'un fleuve, dans une île de médiocre étendue jointe aux rivages par deux ponts.

L'hiver y est moins rigoureux qu'ailleurs, peut-être à cause des douces brises de la mer qui arrivent jusqu'à Lutèce, la distance de cette ville à la mer n'étant que de neuf cents stades (environ quarante-cinq lieues). Aussi ce pays possède-t-il d'excellents vignobles ; on y cultive beaucoup de figuiers, qu'on protège contre le froid de l'hiver par des couvertures de paille. Les Parisiens n'usent des dons de Bacchus que parce qu'il est le père de la joie... » On pense que c'est cet empereur qui fit reconstruire les maisons de l'île, la Lutèce proprement dite, qu'habitaient les Gaulois avant le siège de Paris par Labiénus, et à laquelle on avait depuis préféré le faubourg de la rive gauche. II est du moins certain qu'un de ses successeurs, Maxime, fit élever à son avènement, en 383, un arc triomphal dont on a retrouvé des fragments près de la cathédrale, et que, vers la fin du quatrième siècle, l'île était entourée d'un rempart en pierre.

Pendant longtemps encore, la rive droite reste inhabitée : les vastes forêts du nord et de l'ouest s'étendent jusqu'à la Seine et, mème au huitième siècle, le quartier où sont maintenant les Halles est complètement couvert par des marais et par des bois. On pense cependant que , sur la montagne que nous appelons aujourd'hui Montmartre, s'élevaient, à l'époque romaine, deux autels ou deux statues des divinités païennes Mars et Mercure. Son nom actuel, qui signifie Mont des Martyrs, ne lui aurait été donné que plus tard, lorsqu'on y construisit une église en l'honneur des premiers martyrs, saint Denis et ses compagnons. Quant au nom de Paris, c'est un des nombreux mots celtiques sur lesquels les savants ne se sont pas mis d'accord. Au moyen âge, on avait imaginé une légende qui faisait descendre les Français de Francus, petit-fils de Priam, qui aurait établi une colonie de Troyens dans notre pays, auquel il aurait donné son nom.

Paris n'aurait fait que rappeler le nom du célèbre Paris. II est inutile de dire que ce sont de pures fables sans aucun fondement historique. Établissement du christianisme. — C'est de la domination romaine que date rétablissement du christianisme en Gaule. A Paris comme à Rome, les chrétiens furent persécutés. Saint Denis est le plus célèbre des martyrs parisiens ; on place la date de sa mort vers le milieu du troisième siècle. Les persécutions cessèrent cinquante ans plus tard, lorsque plusieurs empereurs romains embras sèrent la religion chrétienne. PARIS GALLO-ROMAIN 9 Dès le cinquième siècle, on commença à bâtir des églises : la cathédrale, à la place qu'elle a toujours conservée, sur remplacement où les Nautes avaient élevé un autel à Jupiter. Plus anciennement peut-être que la cathédrale, avait été construit un oratoire élevé sur le tombeau de saint Marcel, évêque de Paris, mort vers 436.

Cet oratoire fut depuis remplacé par une église qui a été supprimée par la Révolution et dont le nom, resté au quartier Saint-Marcel, rappelle aujourd'hui lc souvenir. Sur la rive droite s'élevaient deux églises, consacrées toutes deux à saint Martin, évêque de Tours et l'un des saints les plus populaires de notre ville. La première était une modeste chapelle placée àl'extrémité du pont qui conduisait à la voie romaine, à peu près à l'cndroit où se trouve la tour Saint-Jacques actuelle. On a longtemps cru que le pont romain qui mettait en rapport la Cité avec la rive droite était situé où nous voyons aujourd'hui le Pont au Change. C'est une erreur. Ce pont était dans l'alignement de la voie romaine représentée par les rues Saint-Jacques et Saint-Martin, et par suite, son empla cement correspond à celui du pont Notre-Dame.

La seconde église s'élevait plus loin dans la campagne; nous la retrouvons sous le nom de prieuré de Saint-Martin-des-Champs, qui est maintenant le Conservatoire des Arts-et -Métiers. PARIS SOUS LES MÉROVINGIENS ET LES CAROLINGIENS Invasion d'Attila. — Invasion franque. — Paris sous les successeurs de Clovis. — Résidences des Mérovingiens. — Monuments des Mérovingiens. — Paris sous les Carolingiens. — Invasions des Normands, siège de Paris. — Paris capitale du duché de France. — Paris au dixième siècle. Invasion d'Attila. — Le cinquième siècle est, pour notre pays, l'époque désastreuse des invasions barbares. La plus terrible fut celle des Huns, conduits par Attila, le fléau de Lieu; elle jeta la terreur dans toutes les villes du nord de la Gaule. En 451, l'ennemi était loin encore, et déjà les Parisiens se pré paraient à fuir, abandonnant leur ville et leurs biens.

Une jeune fille, nommée Geneviève , entourée de quelques femmes vaillantes comme elle, ranima le courage de ses concitoyens et les détermina à rester dans les murs de Paris, leur assurant qu'Attila n'attaquerait pas la ville. En effet, Attila passa sans inquiéter Paris. La légende rapporte que l'enfance de Geneviève s'était écoulée dans le village de Nanterre, où elle était simple bergère. II est plus probable qu'elle appartenait à une famille de condition aisée, et que ses vertus la rendirent de bonne heure populaire parmi les Parisiens. Invasion franque ; Clovis. — Yers la même époque eut lieu une autre invasion barbare, celle des Francs, qui soumirent la Gaule; ils détruisirent pour toujours la domination romaine et plongèrent de nouveau le pays dans la barbarie. Clovis (481-511) paraît être le premier des chefs francs qui établit sa résidence à Paris, lorsqu'il fut revenu de son expédition contre les Wisigoths d'Espagne.

Cédant aux pressantes sollicitations de sa femme Clotilde, Clovis se convertit au christianisme et construisit sur l'ancien mons Lucotitius — montagne Sainte-Geneviève, — une église dédiée à saint Pierre. II y fut enterré, ainsi que la reine Clotilde, morte en 545. Geneviève, qui mourut vers le même temps, reçut aussi la sépulture dans cette église, qui prit son nom et le conserva jusqu'à la Révolution. Le Panthéon a été bâti au dix-huitième siècle pour remplacer la vieille église de la riche abbaye de Sainte-Geneviève. Paris sous les successeurs «le Clovis. — Au sixième siècle, l'importance de Paris continua à s'accroître. Les quatre fils de Clovis, à la mort de leur père, se partagèrent les provinces conquises par lui et décidèrent que le royaume de Paris formerait le lot de l'un d'eux. Le sort le donna à Childebert ; mais, cinquante ans plus tard, en 561, les quatre fils de Clotaire s'en disputèrent la possession les armes à la main.

Ils convinrent enfin que Paris leur appartiendrait en commun et qu'aucun d'eux ne pourrait y pénétrer sans le consente ment de ses trois frères. On voit par là quelle prépondérance Paris était appelé à prendre sur toutes les autres cités de la Gaule. Dans ces partages, il ne s'agissait pas seulement de la ville même, mais de tout le territoire qui en dépendait et qu'on appelait civitas Parisiorum, cité des Parisiens. Son étendue était à peu près celle du domaine soumis à l' évêque et comprenait autour de Paris un périmètre variant entre six et dix lieues. Résidences tles Mérovingiens. — On a peu de détails sur les résidences parisiennes des rois Mérovingiens. Ce fut d'abord lc palais des Thermes, l'ancienne demeure des empereurs romains, et pro bablement aussi une sorte de forteresse construite à la pointe de l'île sur Femplacement actuel du Palais de Justice.

Mais ils vivaient surtout au milieu de leurs vastes domaines ruraux, qu'on appelait villas. Plusieurs de ces villas se trouvaient dans le voisinage immédiat de Paris, à Reuilly, à Nogent-sur-Marne, à Clicby, etc. C'était ce que nous appellerions aujourd'hui des métairies. II ne nous est rien resté de ces habitations grossièrement bâties. Monuments mérovingiens. — Sous ces premiers rois, Paris ne s'enrichit guère que de monuments religieux. Clovis avait déjà PARIS SOLS LES MEROVINGIENS 13 construit la basilique de Saint-Pierre; son fils Childebert voulut aussi s'assurer une sépulture royale dans une abbaye fondée par lui. II avait rapporté d'une expédition en Espagne un riche butin pris sur les Wisigoths, notamment des vases sacrés et des reliques d'un saint vénéré au delà des Pyrénées, saint Vincent.

L'évêque de Paris, saint Germain, lui conseilla de construire une église où il déposerait ces pieux objets. Telle fut l'origine de l'église Saint- Vincent. Childebert y fut enterré en 558. Quand saint Germain y eut reçu lui-même la sépulture, en 576, elle prit son nom et devint Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui fut bientôt la plus riche do Paris et peut-être de la France entière. Ce VILLAS MEROVINGIENNES. C'étaient de simples métairies. II ne notis est rien resté de ees habitations grossièrement bâties. nom de Saint-Germain-c?es-/-Ves lui fut donné pour la distinguer de deux autres églises : celle de Saint-Germain-/e-Fi>(í;r, construite clans la Cité, également au sixième siècle, par Chilpéric, et celle de Saint- Gcrma.in-1' Auxerrois, qui existe encore et dont lc nom indique qu'elle était consacrée à saint Germain, évêque d'Auxerre.

A la mème époque existaient encore autour de Paris quelques églises qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours : Saint-Julien, couvent où Grégoire de Tours, le célèbre chroniqueur et évêque de Tours, logea vers 580; il est devenu, sous le nom de Saint-Julien-le-Pauvre, une chapelle dépendant de l'ancien Hôtel- Dieu de Paris. Saint-Laurent, l'église du faubourg Saint-Martin ; — et probable ment encore un humble oratoire, élevé sur le tombeau d'un solitaire appelé saint Séverin. A ces fondations religieuses on peut joindre l'abbaye de Saint- Denis, à deux lieues de Paris. II y existait une modeste église qui rappelait la mémoire des premiers martyrs parisiens ; Chilpéric y avait fait enterrer un de ses fils, mort en 580. Au siècle suivant, Dago- TRÔNE DE DAGOBE-tT ATTRIBUÉ A SAINT ÉLOI, CONSERVÉ AU LOUVRE bert la remplaça par un édifice somptueux qui aurait été, si l'on en croit les légendes de l'époque, enrichi d'or et de pierreries et orné des plus belles pièces d'orfèvrerie de son ministre Eloi.

Paris sous les Carolingiens. — Avec la dynastie carolingienne, Paris perdit une partie de son importance et cessa d'être la résidence des rois. Charlemagne lui-même, le grand empereur — 768-814 — y vint peu ; c'est sur les frontières de la Germanie qu'il vécut, et sa vraie capitale était Aix-la- Chapelle. Paris bénéficia cependant de l'impulsion qu'il donna au mouve ment intellectuel. Par ses ordres, son conseiller Alcuin fonda une PARIS SOLS LES CAROLINGIENS 15 école qui fut probablement installée au palais des Thermes ; de plus, les abbayes, déjà si puissantes, de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis devinrent aussi des centres d'étude pour les moines et le clergé. Invasions des Normands ; siège de Paris. — Avec le milieu du neuvième siècle commencent les invasions des pirates normands.

Deux fois il fallut traiter avec eux et leur donner de grosses sommes d'argent pour les éloigner. Au mois de septembre 885, les Normands reparurent. La ville était de nouveau renfermée tout entière dans l'île, ce qui facilitait la défense. Les deux ponts étaient garnis de tours. Quant à l'île elle même, un rempart de pierre en faisait comme un immense château fort. Eudes, comte de Paris , fils de Robert le Fort, organisa la résistance. A côté de lui et de son frère Robert, étaient venus se placer l'évêque Gozlin, dont le nom a été donné à une rue voisine de l'église Saint-Germain-des-Prés (ancienne rue Sainte-Marguerite), et son neveu Éble, abbé de Saint-Germain-des-Prés, puis d'autres seigneurs encore, tels que le marquis d'Anjou, Hugues l'Abbé, etc. Lorsqu'en arrivant devant Paris le chef des Normands, Sigfried, vit ces préparatifs de défense, il proposa d'abandonner l'attaque, demandant seulement qu'on lui permît de remonter librement le cours de la Seine.

On refusa. Alors commença ce siège qui devait durer un an — de novembre 885 à octobre 886 — et dont l'histoire est une page glorieuse, parmi tant d'autres, dans les annales de Paris. Pendant de longs mois, les Parisiens eurent à subir plusieurs assauts, qu'ils repoussèrent victorieusement; ils virent enfin appa raître l'armée de Charles le Gros sur les hauteurs de Montmartre. Ils s'apprêtaient à faire une sortie, quand ils apprirent que l'empereur venait de traiter honteusement avec les Normands, achetant leur retraite au prix de 800 livres. Paris, capitale du duché de France. — Ce qu'on appelait alors la France, c'était surtout la région comprise entre la Seine et la Loire. Paris en était le centre, le cœur ; aussi, quand le pays, après la déposition de Charles le Gros, cul à se nommer un roi, en 888, ce fut Eudes, comte de Paris, qu'on élut.

C'est à partir de cette date que Paris devint réellement capitale. A cette époque, les guerres avaient rendu déserts le faubourg de la rive gauche et la montagne Sainte-Geneviève : les Parisiens n'habi tent plus que la Cité. Les maisons sont en bois. Quant aux rues, elles ne sont pas nombreuses : l'une est celle qui va du Petit-Pont au Grand-Pont, l'autre conduit de la cathédrale au Palais, devenu depuis PARLOIR AUX BOURGEOIS. II aliénait à l'enceinte Oc la rive gauche, près de la rue Soufflot actuelle notre Palais de Justice; entre ces deux points, une place assez vaste où se trouvent les maisons des commerçants ; enfin, aux deux extrémités de l'île, que la Seine vient librement baigner, des terrains vagues où paissent les animaux. Tel devait être le Paris d'alors, sur lequel on n'a que très peu de renseignements, car le plan le plus ancien ne remonte qu'au seizième siècle.

I_a rive gauche au dixième siècle. — Au dixième siècle, les abbayes de Saint-Germain-des-Prés et de Sainte-Geneviève, si ravagées par les Normands, ont reconstruit leurs murs d'enceinte, réparé leurs églises, et déjà, viennent se grouper sous leur puissante protection de nombreux serfs ou colons, qui en reçoivent une terre à labourer, un champ à cultiver. Sept de nos arrondissements actuels n'étaient ainsi qu'un vaste PARIS SOUS LES CAROLINGIENS 17 champ de culture, s'étendant le long de la Seine jusqu'au pied des collines de Meudon et nc s'arrèlant qu'aux carrières où plus lard se bâtiront Vaugirard et Montrouge. Pour tous ces laboureurs, quelques églises se sont élevées, caries abbayes ne sont pas des paroisses et leurs églises ne sont destinées qu'aux moines qui y vivent. De ce nombre est Saint-Étienne-des-Grez, voisine de Sainte-Geneviève, qu'on racheta du pillage des Normands en 857.

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