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Bataille de terre et de mer jusques et y compris la bataille de l'Alma, etc

Louis Édouard Bouët-Willaumez · 1855 · Scanned text

168,884 words · about 11 h 50 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Louis Édouard Bouët-Willaumez
Language
French
Published
1855
Length
168,884 words · about 11 h 50 min
Sections
16 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (16)
  1. Front matter about 1 min
  2. Introduction about 18 min
  3. Chapitre II about 25 min
  4. Chapitre III about 15 min
  5. Chapitre IV about 15 min
  6. Chapitre V about 12 min
  7. Chapitre VI about 7 min
  8. Chapitre VII about 19 min
  9. Chapitre VIII about 14 min
  10. Chapitre IX about 18 min
  11. Chapitre X about 12 min
  12. Chapitre XI about 27 min
  13. Chapitre XII about 32 min
  14. Chapitre XIII about 34 min
  15. Chapitre XIV about 51 min
  16. Chapitre XV about 6 h 50 min

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Front matter

IS.T-II-IXS DE TERRE ET DE MER JUSQOES ET V COMPRIS LA BATAILLE DE L'ALMA PAR LE CONTRE-AMIRAL, Comte E. BOIÏT-WILLAUMEZ. o Nous avons eu surtout en vue de meltre les fasses « militaire* et maritimes de noire histoire à la porléc '• de toutes lenintelligences. o (Page vm.) Ouvrage orné de 70 planches ou gravures de batailles, vaisseaux, costumes, etc., etc. Dessins de MM. O. Barbier, E. Roux -Gravure de A. Bri.hattk. SE VEND AU PROFIT DES SOLDATS ET MARINS DE L EXPÉDITION DE CRIMÉE PARIS LIBRAIRIE MILITAIRE J. DUMAINE, LIBRAIRE-ÉDITEUR DE L'EMPEREUR, RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30. Décembre 1855. BATAILLES DE TERRE ET DE MER JCSQUES F. í Y COMPRIS LA BATAILLE DE L'ALMA. Paris. — Imprimerie de Cosse el ). DuilAlNE, rue Christine, 2. . DE TERRE ET DE MER JUSQUES ET Y CO.MPRI LA BATAILLE DE L'ALMA PAU LE CONTRE-AMIRAL, Comte E. B011ËT-WILLAIJMEZ. « Nous avons eu surtout od vue de mettre les fastes militaires et maritimes de notre histoire a la portée de toutes Irs inlelVgences. » . {Pfgc Vin.)

Ouvrage orné de 70 planches ou gravures de batailles, vaisseaux, costumes, etc., etc. Dessins de MM. O. BAKBlRli, E. Roux.— Gra-iure de A. Belbatte. Sc ticnti au profit òts Solìiat» ít Xîkrims be l'cnjicíiittoti òt Crtmtf. PARIS LIBRAIRIE MILITAIRE J. DUMAINE, LIRRÀIRE-ÉDITEUR DE L'EMPEREUR. RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30. Décembre 1855. DÉDIÉ AUX ARMEES IIE TERRE ET DE MER.

Introduction

. Quel degré d'analogie et de parallélisme se ren contre-t-il dans les révolutions successives qne l'en chaînement des siècles a fait subir aux lactiques des armées et des flottes ? Tel était le problème que nous cherchions à résoudre, lorsqu'en avril 1853, nous publiâmes la première partie de ce livre. Encouragé par plusieurs personnes à continuer notre œuvre, que nos fonctions de chef d'état-major général de la flotte de la mer Noire avaient inter rompue forcément, nous livrons aujourd'hui l'ouvrage entier et ses annexes à la publicité. Mais enjoignant aux faits d'armes de notre histoire quelques lignes officielles sur nos derniers succès, nous n'aurions payé qu'incomplètement notre dette envers les deux armées où nous comptons de nombreux amis, si nous n'avions pas en mème temps travaillé pour les héros qui ont été mutilés, en quel que sorte sous nos yeux, devant les murs de Sébastopol : l'éditeur a donc reçu l'ordre de consacrer aux soldats et marins de Crimée tous les bénéfices que pourrait donner la vente de ce livre.

Dans cet exposé des principales batailles de terre et de mer, nous avons eu surtout en vue de mettre les fastes militaires et maritimes de notre histoire à la portée de toutes les intelligences; puisse la con naissance réciproque du glorieux passé de nos armées de terre et de mer resserrer encore les liens de cette précieuse confraternité, qui assure le succès de toutes nos expéditions d'outre-mer, comme elle a fait celui des campagnes de Morée, tfÂlger, de Maroc et de Crimée. Paris 17 oclolire ISoo. E. B. -W. BATAILLES DE TERRE ET DE MER JCSQUES ET Y COMPRIS LA BATAILLE DE L'ALMA. CHAPITRE PREMIER. Temps auciens. Sommaire *. Tactique el stratégie. — Ordre de bataille oblique renforcé sur une aile. — Leuclres et Manlinée. — Galères anciennes. — Bataille de Salamine. — L'éperon. — Ordre de bataille des Romains. — Ordre de bataille concave. — Bataille de Cannes. — Génie stratégique île Jules César. — Corbeaux de Duilius, d'Agrippa, d'Archimède ou de Niceas. — lîataille d'Actium. — Moyens incendiaires et aulres employés dans les combats de» flottes de l'antiquité.

I Peu de personnes ignorent les significations, très-différentes l'une de l'autre, des deux mots tactique et straté gie : la tactique, suivant Jomini, est l'art de bien combiner et de bien conduire les batailles; la stratégie, au contraire, est l'art de déterminer les points décisifs du théâtre de la guerre et les lignes ou routes générales suivant lesquelles les armées doivent se mouvoir pour y arriver. Sur terre, l'une et l'autre se lient indispensablement aux succès des opérations d'une armée; tandis que, sur mer, ■) si la tactique navale doit être subordonnée à des règles précises, d'une, exécution parfois très-délicate, on peut dire que le mot de stratégie n'a pas de sens bien précis en ce qui concerne les Hottes, surtout depuis Tinvention de la boussole; le théâtre de leurs combats, à elles, c'est la vaste et uniforme plaine liquide qu'elles rougissent du sang de leurs marins; leurs lignes de marche, c'est la direction que leur indique l'aiguille aimantée pour faire route d'un point à un autre, en traçant leur sillon d'écume sur la mer elle-même, vaste réseau des mille chemins ouverts pour tous les rivages.

Sur terre, les armées rencontrent à chaque instant de nombreux accidents de terrains , montagnes ou forêts , plaines ou rivières, autant de données importantes pour déterminer des combinaisons stratégiques. Pour les flottes, il n'existe, à vrai dire, sur mer, qu'une seule combinaison de ce genre ayant de l'importance, et encore cette impor tance a-t-elle bien diminué depuis que le rôle de la va peur a grandi : c'est V avantage du vent (1), avantage que nous verrons les amiraux se disputer avec opiniâtreté dans les batailles du xvine siècle particulièrement. Les points stratégiques sont ceux qu'il importe d'occu per, soit pour menacer les communications de l'ennemi avec le pays qui l'entoure, et d'où il lire ses principales ressources , soit pour couvrir les siennes propres, et, par suite, les lignes stratégiques sont celles qui relient ces di vers points entre eux.

Nul n'a poussé plus loin que Napoléon , au dire des écrivains militaires, le génie de la stratégie .- il combinait admirablement les marches des parties les plus éloignées de --on armée de manière à les faire arriver à temps pour lesbatailles; dans leur opinion, Moreau, au contraire, n'en tendait pas la stratégie et montrait son habileté dans la tactique, c'est-à-dire qu'il maniait très-bien, en présence de l'ennemi , les troupes occupant un terrain que sa vue (i) Un vaisseau est au vent d'un autre vaisseau nuand il n le vent favorable pour ('atteindre. embrassait; aussi n'a-t-il livré ses principales batailles qu'avec une partie de ses forces. La tactique a donc, en réalité, le même but que la stra tégie, mais sur une échelle moindre et sur un théâtre diffé rent; le sien, c'est le champ de bataille.

II II est de principe, en guerre, qu'un bon général de terre ou de mer doit tendre à opérer, avec des forces supérieures, un effort combiné sur un point décisif ; la base des combi naisons, le but proposé devant consister à se trouver plus fort que l'ennemi sur un point déterminé de la bataille : c'est donc au génie de prévoyance ou d'improvisation du général en chef à faire arriver inopinément, sur les positions les plus accessibles et les plus importantes, des moyens qui rompent l 'équilibre et donnent la victoire; à exécuter enfin avec promptitude des mouvements qui déconcertent l'ennemi et le prennent au dépourvu. Ces principes proscrivent tout naturellement tordre de bataille parallèle, c'est-à-dire celui qu'adopteraient deux armées de terre ou de mer qui se battraient sur deux lignes parallèles, bataillon contre bataillon, vaisseau contre vaisseau, sans avoir recours à d'autres combinaisons de tacti que: cet ordre est l'influencede l'art, ou plutôt l'absencede tout art, et ne doit guère entrainerde résultat décisif, à moins que les forces relatives des deux armées ou des deux flottes ne soient très-inégales, bien que numériquement sembla bles; aussi voyons-nous les grands capitaines de T antiquité le rejeter quand ils veulent obtenir des succès éclatants.

A Leuctres et à Manlinée, notamment, Epaminondas a recours aux principes de guerre que nous venons d'exposer pour remporter les deux victoires de ce nom, ces deux filles immortelles qu'il léguait, en mourant, à sa patrie pour toute postérité. D'après Xénophon, l'armée thébaine et l'armée lacédé monienne se trouvent en présence, d'abord en ordre paral lèle; cette dernière était très-étendue et la phalange, au 1. lieu d'être établie sur seize hommes de protondeur, comme c'était l'usage, n'en présentait que 12; Epaminondas, dont l'armée élait Irès-inférieure en nombre à celle de l'en nemi, se décide à porter tous ses efforts sur la droite des Lacédémonicns avec son aile gauche, où il place ses 300 invincibles et une colonne d'élite de 50 de profondeur; il fait donc avancer ra; idement cetle aile gauche, en refu sant sa droite, c'est-à-dire celle-ci n'approchant que lentement pour occuper et cpmbaltre de loin le centre et la gau che de l'armée lacédémonienne : la colonne d'élite thébaine fond alors sur l'aile droite de celle armée que les 300. dé bordent et attaquent en flanc avec vigueur; cette aile est mise en déroute et poursuivie par la cavalerie thébaine qui, supérieure à la cavalerie lacédémonienne, vient de charger et de dissiper celle-ci; la déroute de l'aile droite des Lacédémoniens entraine bientôt celle du reste de l'armée, et la victoire d'Epaminondas est assurée.

Si à Leuctres ce grand capitaine sut tirer un aussi grand parti de l'ordre oblique renforcé sur une aile, en écrasant l'aile opposée de l'ennemi avec des forces supérieures et numériquement et relativement, à Mantinée il sut appliquer le mème principe, mais d'une manière différente; au lieu d'attaquer une des extrémités de l'armée ennemie, il fit pivoter son aile renforcée de façon à la faire aboutir contre le centre de cette armée, où ses troupes d'élite, arri vant en grand nombre, fondirent avec impétuosité, y firent une large trouée et coupèrent en deux Tinfanterie des La cédémoniens et des Athéniens, dont la déroute fut dès lors complètç. III La tactique des flottes de T antiquité fut plus lente dans ses progrès que celle des armées de terre ; et cela pat suite de Tímperfection de Tarchitecture navale.

Pendanl longtemps, en effet, ces flottes ne surent jugées propres qu'à transporter des armées pour dévaster des côtes ou s'emparer des villes du littoral; il fallut que certains peupies, devenant plus essentiellement navigateurs, trouvas sent un nouvel élément de puissance dans les vaisseaux qu'ils avaient perfectionnés. Leurs flottes s'élancèrent alors sur la mer, non-seulement pour y commercer, mais pour y combattre, navire contre navire, soit de loin, à Taide de flèches et de javelots, soit de près, à Tabordage, en enga geant des luttes corps à corps. Plus tard, les marins de ['antiquité armèrent T avant ou la proue de leurs galères d'un éperon, ou rostre, formidable lance de bois garnie d'airain ; et dirigeant alors cet éperon vers le côté du bâ timent ennemi avec toute la vitesse de leurs rames, ils en- Ir'ouvraienl son flanc et le coulaient bas.

Telles étaient les galères de la flotte grecque à la bataille de Salamine, bataille à laquelle la Grèce dut son indépendance. On se rappelle que Thémistocle, le héros principal de celte victoire, après avoir décidé les Grecs à s'embarquer sur 380 galères, pour y braver les 1200 galères de Xerxts, fit disposer la flotte grecque dans le détroit compris enlie Tîle de Salamine et les plaines d'Athènes, de manière à fermer tout à fait Tentrée de ce détroit. Ainsi rangée, la flotte grecque présentait à la flotte perse un front serré de galères, lequel avait 12 rangs de navires de profondeur, front d'airain contre lequel vinrent se briser les efforts de la flotte perse, dont le général athénien avait ainsi neutralisé la plus grande parlie. » Les gros vaisseaux des Perses, dit « Hérodote, lourds et mal manœuvrés, ne pouvaient com « battre qu'en petit nombre à la fois les galères grecques, « lesquelles, mieux armées, mieux conduites, entr'ou « vraient, avec leurs redou labiés éperons, les flancs des « bâtimentsennemis.

Quant à ceuxdeces derniers qu'elles « épargnaient, ils allaient se briser sur les rochers avoisi « nant le détroit. » On voit que, pour compenser Tinégalité numérique des forces, Thémistocle avait tiré un grand parti de la position que lui offraient le détroit et File de Salamine. II n'était pas étonnant, d'ailleurs, que la tactique de flottes qui ne perdaient pas les côtes de vue consistât surtout à profiter des configurations les plus avantageuses du littoral; or. comme le général athénien avait toute confiance dans la supériorité de ses galères, à nombre égal, sur les galères perses, il eut Thabileté de choisir une position telle que Tennemi ne piUTenvelopper d'aucun côté, et il eut l'adresse de le pousser à un combat, dans lequel les forces des Grecs. quoique égales numériquement aux forces engagées des Perses, leur étaient, relativement, bien supérieures en habileté maritime et militaire.

C'était donc, en réalité, Tap plication de la maxime de guerre que nous avons citée plus haut, et dont les victoires du général thébain fournissent deux autres exemples : « Qu'un bon général de terre ou de « mer doit tendre à opérer, avec des forces supérieures, un « effort combiné sur un point décisif. Les navires grecs qui combattaient à Salamine étaient des bâtiments à rames à un ou plusieurs rangs de rameurs, monères ou unirèmes, birèmes, trirèmes ; ils étaient, en outre, pourvus de voiles que manœuvraient les nautoniers, dont les fonctions différaient absolument de celles des rameurs. Diodorc, de Sicile, raconte qu'Ariamèae, Tamiral perse, et frère de Xerxès, engagea le premier l'action avec son su perbe et énorme navire; des hauteurs de sa proue et de sa poupe il faisait pleuvoir des traits et des masses pesantes de toutes sortes sur les trirèmes des Grecs; Thémistocle le rejoint, et Ariamène s'élançant alors à Tabordage de la galère athénienne, y combat en désespéré; plusieurs autres capitaines grecs accourent à Taide de Thémistocle, el Aria mène, percé de javelines, succombe; son corps est jeté à la mer et presqu'au mème instant son magnifique navire est coulé par les efforts réunis des galères athéniennes, qui le labourent de leurs terribles éperons : on connaît le brillant épisode de la belle Arthémise, la reine de Carie, qui dans cette affaire combattit si brillamment pour les Perses, avec ses galères.

Si Ton en croit la chronique, cette reine intrépide, apercevant le roi de Colynde, un des alliés du roi des rois, qui fuyait à force de rames, ordonne de lui courir sus, et dirigeant sa manœuvre avec une habileté terrible, elle enfonce l'éperon de sa galère dans les flancs du navire de ce monarque fuyard, qui s'abîme vresqa'instantanément sous les flots. Tout en faisant la part de ce qu'il peut y avoir d'exagéré dans ces antiques récits, nous devons supposer cependant que l'éperon des galères devait, à cette époque, jouer un rôle important dans les batailles navales; car, à chaque page , ces récits reproduisent les drames auxquels donnait lieu cette formidable armature de la proue. IV Après les Grecs, les Romains; Thistoire est pleine du récit de leurs batailles, que nous ne ferons d'ailleurs qu'ef fleurer. « Les Romains, dit Tempereur Napoléon, dans ses « dictées de Sainte-Hélène, se rangeaient, pour livrer ba « taille, sur trois lignes, éloignées de 100 mètres chaque, « et la cavalerie sur les ailes. » Cet ordre de bataille, qui était aussi leur ordre de cam pement, leur réussit souvent, mais les fit échouer parfois, notamment à Cannes, où le génie A'Annibal leur opposa un ordre de bataille tout différent : le général carthaginois, étendant son armée sur une seule ligne, parvint à envelopper l'armée romaine, et, Tattaquant à la fois de front, de flanc et mème à dos, la battit complètement.

En un mot, il mit à peu près en usage Tordre de bataille connu sous le nom d'ordre de bataille concave sur le centre. Le plus grand homme de guerre qu'ait produit Borne, Jules César, brilla non-seulement par son génie et son audace sur les champs de bataille, mais encore par ses admirables combinaisons stratégiques; aussi, rien n'est-il plus intéressant que de lire le jugement qu'en porte, dans ses dictées de Sainte-Hélène , le César de notre époque, qui personnifiait lui-même, au dire des généraux ses contem porains, le génie de la stratégie au suprême degré : « ...Nous venons de voir César dans ses campagnes des « Gaules; dans ses campagnes d'Italie; il triomphe en sui « vant les mêmes principes. « II passe le Rubicon n'ayant qu'une légion; il prend à « Confinium trente cohortes, chasse en trois mois Pompée « de TItalie; quelle promptitude! quelle rapidité! quelle « audace!

Pendant qu'il fait réparer les vaisseaux néces- ■< saires pour passer l 'Adriatique et suivre son rival en « Grèce, il passe les Alpes, les Pyrénées, traverse la Cata « logne à la tête de 900 chevaux, à peine suffisants pour « son escorte, arrive devant Lerida et, en quarante jours, « soumet les légions de Pompée que commandait Afranius. « II traverse d'un trait la distance qui sépare l'Ebre de la « Sierra-Morena , pacifie l'Andalousie et revient faire son « entrée triomphante à Marseille que ses troupes viennent " de soumettre; enfin, il arrive à Rome et repart pour se « mettre à la tète de 12 légions qu'Antoine a réunies à « Brindes. « L 'an 48 avant Jésus-Christ, il traverse l' Adriatique avec « 25,000 hommes, tient plusieurs mois en échec toutes les « forces de Pompée jusqu'au moment où, réjoint par An « tome, qui a traversé la mer en bravant les forces enne « mies, ils marchent, réunis, sur Dyrrachium, place de « dépôt de Pompée et l'investit. « Celui-ci campe à quelques milles de cette place au « bord de la mer- César alors, non content d'avoir investi « Dyrrachium, investit le camp ennemi; il profite des « sommités des collines qui l'environnent , y fait élever « 80 forts que ses troupes occupent, et établit ainsi une « ligne de contrevallation de 6 lieues.

Mais Pompée, ac « culé à ta mer, pouvait en recevoir des vivres, des renforts « au moyen de la flotte qui dominait l'Adriatique; il profite « de sa position centrale, attaque et bat César, qui perd « 30 'íiapeaux et plusieurs milliers de soldats, l 'élite de « ses \élérans. « La fortune de César paraît chanceler; il n'a plus de <• renforts à espérer, la mer lui est fermée; tous les avan « tages sont pour Pompée ,* il change le théâtre de la guerre, « fait une marche de 50 lieues, la porte en Thessalie et " défait 1 ''armée de son rival aux champs de Pharsale. « Pompée se présenle en suppliant sur les côtes d'Egypte, « où il reçoit la mort d'un lâche assassin. « En l'an 45, les fils de Pompée ayant réuni en Espagne « les débris de leurs troupes de Grèce et d'Afrique, s'y « trouvèrent à la tète d'une armée plus nombreuse que . celle de leur père; César part de Rome, arrive en vingt- « trois jours sur le Guadalquivir et défait Sextus Pompée à « Manda; c'est là que, sur le point d'être battu et ses « vieilles légions paraissant s'ébranler, il pensa, dit-on, à « se donner la mort. « La tète de Sextus Pompée fut apportée aux pieds du « vainqueur. <• Six mois après, aux ides de mars, César fut assassiné « au milieu du sénat romain. « S'il eùt élé vaincu à Pharsale ou à Munda, il eùl « éprouvé le sort de Pompée et de Sextus Pompée. « Les principes de guerre de César ont élé les mêmes que « ceux d'Alexandre et d'Annibal : tenir ses forces réunies; « n'être vulnérable sur aucun point; se porter en masse « et avec rapidité sur les points importants; s'en rapporter « aux moyens moraux, à la réputation de ses armes, et « aussi aux moyens politiques pour maintenir dans la fidé «lité ses alliés et dans Tobéissance les peuples conquis. » Y Les Romains, peuple guerrier plutôt que marin, ne ti rèrent pas de leurs flottes le mème parti que les Grecs.

Pour conserver sur mer la supériorité que leurs guerres continuelles leur donnaient sur le continent, ils cherchèrent autant que possible à assimiler entre elles les batailles sur les deux éléments; aussi, fût-ce à eux que Ton dut l'idée du corbeau, ou pont volant, qui s'abattait sur le pont de la galère efinemie, pour faciliter les abordages; ceux-ci une fois effectués, la victoire restait aux plus habiles à manier les armes blanches : et Ton sait que les soldats Romains y excellaient plus que tout autre peuple. D'après Polybe, ce fut Duilius qui employa le premier cette machine de guerre pour vaincre la flotte des Carthagi nois ; l'engin de Duilius, dont la figure suivante peut don ner une idée, se composait de : — 10 — Galère à corbeau et á éperon de Duilius 1° Une grue D G au bout de laquelle il plaça un fort grappin m D à la place du dauphin P, par ce poids énorme en plomb que Ton y suspendait parfois pour le laisser choir sur le navire ennemi; 2" D'un pont volante o correspondant à la grue et au grappin ; une fois les navires accrochés et suffisamment rapprochés, ce pont s'abattait sur le navire ennemi et les romains y passaient alors de pied ferme.

L'apparition inat tendue de cette machine jeta la consternation dans la flotte des Carthaginois et leur ravit le sceptre des mers. Plus tard, Agrippa, le général en chef d'Auguiíte, imagina un corbeau d'une autre espèce et qui témoigne des progrès qu'avait du faire à cette époque l'art de la méca nique. Ce corbeau se composait d'une poutre en bois de cinq coudées, cerclée à ses deux extrémités; Tune de ses ex trémités était munie de forts grappins en fer et l'autre garnie de cordes ; cette poutre, lancée par une catapulte ou baliste (les anciens confondent toujours ces deux engins), arrivait sur le pont ennemi, s'y accrochait, grâce à se grappins, et, dès lors, les Romains agissant sur les cordes, dont les deux bouts étaient restés à leur bord, les deux navires étaient accostés l'un à l'autre et le combat pouvait s'engager corps à corps.

Mais l'art n'en resta pas là, et si Ton en croit Polybe et Phttarque , Archimède installa sur le rivage un corbeau muni de griffes puissantes qui enlevait les galères tout ar mées et les submergeait; d'après Vitruve, cette machine serait due, au contraire, à Tarchitecte Niceas, qui Tavait employée précédemment à Rhodes, alors que cette ville était assiégée par Démétrius-Poliocertes. Mais ce ne fut pas seulement Tabordage qui prévalut sur mer du temps des Romains, le feu commença à y jouer un grand rôle ; les torches, les dards enflammés, tous les moyens incendiaires, en un mot, furent aussi mis en usage à cette époque, et notamment à la bataille d'Actium, qui donna l'empire du monde à Octave, neveu de César, trente et un ans avant Jésus-Christ. Antoine, son compétiteur, avait rangé sa flotte devant Tentrée du golfe d'Ambracie.

Les galères d'Octave, qui étaient aussi légères, rapides et bien manœuvrées, que celles de son adversaire étaient lourdes et difficiles à manier, se dirigent, au contraire, vers la pleine mer, où elles veulent attirer Tennemi, pour profiter de la supériorité de leur marche et de leur manœuvre. Antoine, quelque iemps immobile, cède enfin à l'ardeurde ses soldats, et fait ébranlersa flotte; mais celle d'Octave, commandée pari Agtippa, continue de s'éloigner, pour l'attirer davantage, espérant que plus les lourds vaisseaux d'Antoine s'écarteront du rivage, plus ils rompront leur ligne serrée et compacte, qu'on ne peut songer à attaquer avec de légers vaisseaux. C'est en effel ce qui a lieu : et la flotte d'Octave, faisant alors volte-face, attaque celle d'Antoine sur toute la ligne. Les liburnes, ou galères rapides du neveu de César, parfaitement manœuvrées, tournent autour des lourds vaisseaux ennemis et leur lancent force dards enflammés, force torches ardentes, pour embraser les tours de bois dont ces vaisseaux sont surmontés.

Ceux-ci, de leur côté, ripostent avec des projectiles de mème genre et font mème, dit-on, jouer des catapultes ou machines à lancer des pierres sur les liburnes d'Octave, qu'ils parviennent parfois à aborder violemment et à couler d'un seul coup. Parfois aussi, ces liburnes réussissent à embraser les colosses flottants d'An toine, qui deviennent alors la proie des flammes. Bref, la bataille est encore indécise, lorsque lout à coup on aperçoit les 60 galères de Cléopâtre, lesquelles formaient, au fond du golfe á'Ambracie, la réserve d'Antoine, s'ébranler, sortir du golfe, puis, au lieu de venir décider la victoire en saveur de ce général, passer derrière ses vaisseaux et s'enfuir au large à toutes voiles. On sait le reste : Antoine, oubliant tout, s'élance sur les traces de la reine qu'il idolâtre, abandonnant l'empire du monde aux mains de Theureux Octave.

II est à remarquer que, dans la bataille d'Actium, la flotte légère d'Octave adopta, pour combattre les lourdsvaisseaux d'Antoine, une tactique opposée à celle que Thémistocle avait mise en usage contre la pesante flotte des Perses : c'est que le neveu de César avait 400 galères, pour la plupart ad mirablement montées et équipées, à opposer à un nombre à peu près égal de lourds navires formant la flotte de guerre de son compétiteur, tandis que la flotte grecque, composée de 380 galères, devait combattre 1,200 vaisseaux perses, qui eussent pu Tenvelopper en pleine mer et donner alors une tout autre issue à la bataille. Loin de chercher de Tappui dans la configuration du rivage, le général d'Oc tave devait donc s'attacher à profiter de la supériorité relative et maritime de sa flotte, après avoir rompu la ligne des vaisseaux ennemis, en les attirant au large, c'est-à-dire multiplier les attaques de plusieurs de ses galères autour de ces barques presque inertes, puis chercher à mettre le feu à leurs massives tours de bois, toutes manœuvres aussi habiles qu'opportunes, et auxquelles il dut la victoire.

Ainsi donc, bien que la tactique du général athénien et celle du général d'Octave semblent résulter de combinai sons opposées, en réalité elles furent toutes deux judicieu ses, parce que toutes deux s'appuyaient sur les vrais principes de guerre. Indépendamment des procédés incendiaires auxquels les combattants des flottes de l'époque avaient recours pour s'entre-détruire, il en est d'autres, si Ton en croit la chro nique, dont une inspiration vraiment infernale avait du faire naître l'usage : nous voulons parler de ces pois fragiles, pleins de vipères et de scorpions, qu'ils se lançaient de navire à navire; de ces clous à plusieurs pointes, appelées marrons, qu'ils se jetaient d'un pont à l'autre; de ces nuages de chaux vive dont ils cherchaient à aveugler leurs ennemis, etc., etc.; tous stratagèmes plus ou moins per fides, mais qui étaient de bonne guerre.

Chapitre II

De l'ère chrétienne au XVIe siècle. Sommaire Invasion de l'Europe par les barbares. — Bataille de Tolbiac. — Les drakkars des Normands. — Bataille de Hastings. — Les Croisades. — Armures et combats du xne siècle. — Bataille de Bouvines. — Saint- Louis à Taillebourg. — Architecture navale au xm' siècle. — Batailles de VEclu.se et de Crécy au xiV* siècle. — La poudre à canon. — Les armées permanentes. — L'artillerie, la boussole au sv siècle. — Du feu grégeois. — Son emploi pour la défense de Constantinople contre les Turcs. I Le Christ vient de naître dans une étable, et lorsque luit le premier jour de Tère chrétienne, d'où datera, plus tard, un monde nouveau, le monde ancien relève presque tout entier d'un seul pouvoir, l'empire romain, que la victoire d'Actium avait donné au neveu de César ; cent peuples vaincus, de l'Europe, de TAsie, de TAfrique, reçoivent la loi, non plus d'un seul peuple, d'une seule ville, mais d'un seul homme.

En 364, le premier craquement de ce colosse impérial se fait entendre ; son unité cesse, et Yalentinien, se réservant l'empire d'Occident, dont Rome demeure la capitale, donne l'empire d'Orient à Valence, qui va siéger à Constantinople. L'empire d'Occident lui-même ne dure qu'un siècle et succombe, sons le règne d'Augustulus, envahi par les bar bares du Nord; l'empire ne devient que plus tard la proie des Sarrasins ou barbares du Midi, puis des Turcs, ou bar bares de l'Est. Toutes ces hordes de barbares, maîtresses du monde, Tenveloppent des ténèbres de leur ignorance, et si de grands chocs d'armée ont lieu, ils ne trouvent d'écho que dans les chants des bardes inspirés. C'est à la suite de ces chocs d'armée que la domination romaine s'éteint peu à peu dans les provinces de l'empire d'Occident.

La Grande- Bretagne est envahie par les Angles et les Saxons, la Gaule par les Francs, les Bourguignons et les Visigoths. La Ger manie demeure longtemps le grand réservoir des barbares, la grande route de leurs expéditions; l'Italie tombe sous les Hérules, T Espagne sous les Alains, les Vandales et les Suèves, qui viennent attaquer à leur tour les Sarrasins, débarqués des rivages d'Afrique. II Ainsi, partout des migrations armées, partout l'Occident sillonné de peuplades barbares qui s'avancent le fer à la main, plantant leurs tentes sur les débris de la puissance romaine , puis se livrant ensuite des batailles acharnées : existence nomade et guerrière semée de combats aux brillants épisodes, sans doute, mais ignorés de Thistoire. II nous faut arriver à la fin du ve siècle pour trouver quelques traces de cette fameuse bataille de Tolbiac, que Clovis, chef de la race franque, livre, après s'ètre établi dans les Gaules , à la formidable ligue de nouveaux barbares qui veulent l'envahir à leur tour.

Aux exploits de Clovis succèdent, trois siècles après, ceux de Charles Martel, que les documents incomplets de Thistoire nous transmettent en termes non moins vagues : les chroniqueurs nous disent bien que le valeureux Char les écrase Tislamisme dans les plaines de Tours et de Poitiers, el en repousse les débris épars au delà des Pyré néesmais, sur les ordres de bataille et sur les causes principales des victoires, rien de précis n'est parvenu jus qu'à nous; ce n'est pas qu'ils oublient certains épisodes remplis d'intérêt, sans doute, mais peu instructifs à Tégard de la tactique ; ainsi, ils n'ont garde d'omettre qu'au mi lieu de la bataille de Tolbiac, Clovis fit vœu, s'il était vainqueur , de n'avoir désormais pour Dieu que le Dieu des Chrétiens, le Dieu de sa femme Clotilde; ils consignent, avec non moins de soin, les terribles horions que Charles Martel distribuait aux ennemis, et qui ressemblaient fort aux coups redoublés du marteau sur une enclume, d'ou vint, comme chacun sait, le sobriquet du héros franc; mais, hors ces épisodes, qui durent certainement contri buer beaucoup au gain de la bataille, on ne trouve aucun détail précis qui puisse fixer les idées sur la tactique mi litaire adoptée par les peuples barbares.

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