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Xj j tE^. ~ Ï-î. „A. X'.- HISTOIRE LA ÍLLE D'AIGUILLON ET DE SES ENVIRONS DEPUiS L ■;':■■ ALLO-ROM.dNE JUSQU'A NOS JOURS UWti "'EK.H S™-RADEGONDE \U PRESBYTÈRE HISTOIRE DE LA VILLE D'AIGUILLON ET DE SES ENVIRONS DEPUIS L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE JUSQU'A NOS JOURS PAR L'ABBÉ R.-L. ALIS MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIHE q^XEBAXCE MEMBRE DU CONSEIL HÉRALDIQUE DE FRANCE MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS D'AGEN LAURÉAT DE l'aCADÉMIE DE BORDEAUX AGEN Ste-RADEGONDE FERRAN FRÈRES LIBRAIRES-ÉDITEURS AU PRESBYTÈRE par Aiapiuos i89b DU MÊME AUTEUR Notice sur le Château, les anciens Seigneubs et la paroisse de Mauvezin, près Marmande, accompagnée de nombreux dessins, grand in-8° de X-679 pages, 1887. — Tournay, Desclée, Lefebvre et O. Panégyrique de Saint-Vincent de Paul, prononcé dans l'église de Saint-Pierre de Tonneins, in-8° de 23 pages. — Tonneins, Georges Ferrier.
Panégyrique de Sainte-Jeanne de Valois, prononcé le 4 février 1887 dans la chapelle du couvent des Religieuses de l'Annonciade à Villeneuve-sur-Lot. — Marmande, Duberort, sœurs. Histoire de la ville et de la baronnie de Sainte-Bazeille, depuis l'époque gallo-romaine jusqu'à nos jours, grand in-8° de IX-607 pages, 1892. — Agen, Ve Lenthéric. SOUS PRESSE: Histoire du Château et des Seigneurs de Caumont-sur-Garonne, grand in-8' d'environ 500 pages. EN PRÉPARATION : Histoire de la ville de Clairac, grand in-8°. — IMPRIMERIE VEUVE LAMY, DÉDICACE A MONSIEUR PHILIPPE TAMIZEY DE LARROQUE correspondant de l'institut Cher Maître, Que d'autres, en vous dédiant leurs ouvrages, aient voulu célébrer le mérite de l' aimable écrivain et du célèbre érudit, je trpuve, pour ma part, un charme de plus à offrir mon hommage à l'ami généreux dont le dévouement ne m'a jamais manqué.
Daignez donc agréer la dédicace de ce livre comme un témoignage de ma vive gratitude et de mon affectueuse vénération. R.-L. Alis, Curé de Sainte-Radegonde.
Introduction
LETTRE DE M. PHILIPPE TAMIZEY DE LARROQUE A L'AUTEUR Larroqua, pavillon Peiresc, par Gonlaud, 22 novembre 1893. Cher Monsieur le Curé et Ami, Vous daignez me dédier voire nouveau livre. C'est un grand honneur que vous me faites. J'en suis aussi fier que reconnaissant. Je l'avoue, je mérite quelque peu ce flatteur hommage par ma vive affection pour vous et par ma pro fonde estime pour vos travaux. Je suis d'autant plus charmé de voir mon nom inscrit au front de votre monument, que ce monument est plus remarquable. Vous n'avez jamais, à divers points de vue, aussi bien réussi, soit que le sujet vous ait plus heureusement inspiré, soit que votre talent se soit encore perfectionné, comme ces excellents fruits qui devien nent meilleurs à mesure qu'ils mûrissent davantage. On avait fort admiré, dans vos monographies de Mau vezin et de Sainte-Bazeille, la partie archéologique : cette partie a été traitée d'une façon supérieure dans votre nou velle monographie, Mais aussi avec quel zèle vous vous étiez
INTRODUCTION.
IV préparé à écrire l'histoire des antiquités d'Aiguillon et de la région environnante ! Vous ne vous êtes pas contenté de consulter patiemment les documents imprimés et inédits, et notamment, parmi ces derniers, l'important mémoire de feu M. le Colonel Duburgua : vous avez voulu étudier de près les ruines et le terrain ; vous avez dirigé et surveillé des touilles nombreuses qui vous ont révélé de curieux secrets ; vous avez fait de grands sacrifices de temps, de peine, d'argent, pour nous faire connaître ce qui se cachait à tous les yeux : vous avez été un vaillant piocheur dans tous les sens du mot. Faut-il s'étonner du succès qui a couronné tant de généreux efforts ? Si les antiquaires doivent apprécier beaucoup vos premières pages, les amis de l'histoire du Moyen-Age n'appré cieront pas moins votre ample et beau récit du mémorable siège d'Aiguillon.
Jamais ce grand événement n'a été décrit d'une manière aussi exacte, aussi complète, aussi vivante. Profitant habilement des travaux de divers célèbres érudits du dernier siècle et de notre temps, améliorant tous ces travaux, vous avez mis autant de netteté dans votre narration que dans votre discussion. On ne pourra désormais lire les pittoresques, mais fantaisistes chapitres de Froissart sans recourir au lumineux commentaire de son redresseur. Aucun de vos sérieux lecteurs ne vous reprochera d'avoir consacré tant de pages de votre volume à un des plus considérables épisodes de l'histoire de l'Agenais et même de l'histoire générale, car, de même qu'il faut beaucoup d'hommes pour vaincre, le Dieu des armées favorisant, selon un mot fameux, les gros bataillons, il faut beaucoup de pages pour arriver à tout dire et définitivement sur un sujet à propos duquel on a tant discouru et tant combattu.
Que de choses encore qui, dans votre livre, attireront l'attention du lecteur, depuis l'époque gallo-romaine jusqu'à l'époque contemporaine ! Les voies de communication qui,
INTRODUCTION.
V par terre et par eau, sillonnaient ce pays d'Aiguillon qui est le délicieux jardin de la France ; les monuments anciens et modernes qui décoraient ou protégeaient la ville (églises, monastères, remparts, châteaux, etc.) ; l'histoire, jadis si confuse et si compliquée, maintenant, grâce à vous, si claire et si précise des seigneurs d'Aiguillon dont les possessions enchevêtrées ressemblaient en quelque sorte à ces pelotons de laine avec lesquels ont joué de jeunes chats : les détails parfois si piquants d'histoire locale (ecclésiastique ou civile) extraits des registres paroissiaux ou des actes de jurade; les documents inédits tirés des collections publiques de Paris (Bibliothèque Nationale) et d'Agen (Archives départementa les) ou de diverses collections particulières, les uns qui, comme vos chartes du moyen-âge, représentent dans votre livre les larges et solides briques des murailles d'Aiguillon, les autres qui, comme les lettres inédites d'Antoine de Bour bon, de Jeanne d'Albret, de notre bien-aimé Henri IV, figurent les pierres de petit appareil qui sont d'un si bel effet en ces mêmes murailles.
J'ajoute que vous faites passer devant nous une foule de personnages intéressants, à com mencer par les capitaines de la guerre de Cent- Ans et à finir par le plus grand capitaine des temps modernes, foule où l'on distingue les châtelains d'Aiguillon qui appartinrent aux familles historiques du Fossat (de Madaillan), de Mont pezat, de Foix, de Savoie, de Mayenne, de Richelieu, de Malvin de Montazet, et aussi une femme qui, par sa charité et par sa piété, f ut presque une sainte, la fameuse nièce du cardinal de Richelieu, Marie de Wignerod, dont les neveux et petits-neveux furent beaucoup moins saints que cette vénérable bienfaitrice des maisons religieuses et hospita lières d'Aiguillon. Si je n'ai pas tout dit sur les innombrables qualités de {'Histoire d'Aiguillon, j'en ai dit assez pour que l'on voie bien que peu de monographies méritent autant que la vôtre VI
INTRODUCTION.
les suffrages du Conseil général de notre déparlement, des Sociétés savantes de notre région et de ce public d'élite qui vaut mieux que le grand public, de même que quelques centaines de pièces d'or valent mieux que plusieurs milliers de gros sous. Avec tous mes remerciements pour votre aimable dédicace, avec tous mes vœux pour vos nouveaux et redoublés succès, je vous prie d'agréer, cher Monsieur le Curé, les res pectueux et affectueux hommages de votre dévoué servileur et ami, Ph, TAMIZEY DE LABBOQUE A MES COLLABORATEURS C'est d'abord â M. Duburgua que s'adressent mes meilleurs remercîments pour m' avoir communiqué le Mémoire manuscrit, laissé par son oncle, le regretté colonel Duburgua, et contenant une savante et consciencieuse étude archéologique sur Aiguillon et ses environs, qui porte la date de l'année 1886.
Je suis heureux de mentionner ensuite la collaboration de M. Lafargue, conseiller de préfecture à Albi, qui, après avoir rassemblé nombre de matériaux en vue de l'histoire de sa ville natale, me les a gracieusement offerts et a remis ainsi entre mes mains sa démission d' historien d'Aiguillon. Parmi ces matériaux, je signalerai les plus importants : quinze documents inédits, extraits de la collec tion Bréquigny et transcrits à la Bibliothèque Nationale par l'infatigable et si obligeant travailleur , M. Tamizey de Larroque. Quatre plans, dressés par le colonel Duburgua, accompagnent la partie descriptive de V ouvrage. Ils ont été réduits, selon notre format, par mon compatriote et ancien ami de Collège, M. Gaston Lavergne {!). Nous devons encore à cet excellent dessinateur la (1) M. Gaston Lavergne, pharmacien à Aiguillon, est surtout connu par de remarquables travaux sur les maladies de la vigne et du tabac qui lui ont mérité de nombreuses récompenses tant en France qu'à l'étranger.
Son étude manuscrite intitulée : Statistique agricole et industrielle du canton de Port-Sainte-Marie vient d'être honorée des remercîments et des félicitations de la Société Nationale d'Agricul ture de France, dont Fauteur était déjà lauréat. II vient d'être choisi comme délé gué du ministère de l' Agriculture pour l'étude des maladies a-yptogamiques de la vigne. Nous avons du même auteur : l' Notice sur l'exlension de la culture du Tabac en France et son rattachement au Ministère de l'Agriculture. Agen, 1888; —^Contri bution à l'Histoire des Orobancbes. Bordeaux-Montpellier, 1893. (Ouvrage honoré des souscriptions des Ministères de l'Agriculture et des Finances, du Conseil général de Lot-et-Garonne, etc., et couronné par la Société nationale d'Agriculture de France, la Société des Agriculteurs de France, etc.) — 3° Deux observations de parasitisme de l'orobanche rameuse sur la vigne.
Agen, 1893. — 4*> Le Black-rot et son traitement pratique (en collaboration avec M. Marre, professeur départemental d'agriculture de l'Aveyron), Paris-Montpellier-Bordeaux, 1894, A MES COLLABORATEURS couverture du livre où est si heureusement reproduit le sceau de la commune de Lunac autour duquel rayonnent les armoiries des huit grandes familles qui ont occupé la baronnie et le duché d'Aiguillon. Enfin, les deux vues photographiques, dont l'une représente l' ancienne église de Saint Félix et une partie du château du Fossat au moment de sa démolition en 1834 et l'autre l'état actuel des murailles romaines du château de Lunac, qui figure au frontispice de ce volume, ont été exécutées par M. l'abbé Etienne, curé de Bazens. La première a été prise d'après nature et la seconde sur une aquarelle dont les couleurs ont beaucoup pâli.
J'avoue qu'un-si touchant dévoûment de la part de ces Mes sieurs rend difficile V expression de ma reconnaissance , que je les prie néanmoins de vouloir bien agréer. HISTOIRE QE LA VILLE D'AIGUILLON ET DE SES ENVIRONS CHAPITBE I DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE Les deux rivières du Lot et de Ia Garonne décrivent à leur confluent un angle aigu dont le terrain plat se relève brusquement à peu de distance et forme, dans la direction de l'Est, une sorte de promontoire d'une assez grande étendue. C'est sur cette éminence, dont les pentes naturelles se relient, d'un côté, à la plaine submersible et, de l'autre, aux dernières ondulations des coteaux de cette partie de l'Agenais, que s'élève la ville d'Aiguillon. Ainsi défendu par deux rivières et protégé contre les débordements par sa configuration, ce plateau qu'entoure un sol très fertile, dut, en même temps qu'attirer les regards, fíxer l'attention des peuplades primitives qui vinrent dans ces contrées.
Des silex taillés qu'on y rencontre assez fréquemment prouvent, en effet, que ces lieux furent habités à une époque et dans des conditions que, d'ailleurs, malgré tous les faits observés jusqu'à ce jour, la science des temps dits pré historiques n'est point encore parvenu à nettement préciser (1). Le Dictionnaire archéologique de la Gaule (époque celtique) rappelle Ia découverte de quelques deniers des Volca? Tectosages trouvés près de Ia ville et la mise au jour dans le bas, à l'Est, d'une urne (I) Voir Souvenirs archéologiques de la ville d'Aiguillon et de ses environs, par le marquis de Caslelnau-d'Essenault (Bulletin monumental, dirigé par M. de Cougny, 5e série, t, I, 39 de la Collection, 18*3). I
Chapitre I
en terre à grains quartzeux renfermant des silex brûlés, des ossements calcinés et quelques monnaies. En faisant une description minutieuse des environs, nous aurons l'occasion de mentionner tous les objets d'antiquité gauloise, gallo romaine et du moyen-àge qu'on y découvre à chaque pas. La ville a pris son nom de sa situation sur cette pointe de terre for mée par la jonction du Lot et de la Garonne. Aculeus, Aculeo, Acilio, Esquillonum, Aguyllon, Aiguillon, tels sont les noms que l'on retrouve inscrits dans nos vieilles chartes. La dernière de ces dénominations n'est que Ia traduction française de Ia première qui signifie aiguillon, pointe, saillie de terre produite par la réunion de deux cours d'eaux. Le confluent du Lot et de la Garonne, au nord de l'ancienne île de Rébéquet, s'appelle encore la Pointe (1).
Les Rom; peuple essentiellement militaire et colonisateur, ne pouvaient négliger de remarquer et d'occuper une situation d'une telle importance stratégique. Aussi, la conquête de la Gaule terminée, reconnuront-ils bientôt les nombreux avantages que devait leur offrir, sùr ce plateau naturellement fortifié, la création d'un vaste établissement, aux bords mêmes du grand fleuve qui séparait les Celtes des Aquitains. Ils assuraient ainsi leur domination sur les tribus remuantes et guerrières de ces deux peuples, facilitaient la surveillance des rives de la Raïse et du Lot, et par des routes nombreuses, rendaient plus sûres et plus promptes leurs communications avec Toulouse et Ror deaux. Ces faits observés, les Romains se mirent à I'œuvre avec cette activité, cette précision, cette fécondité de ressources et celte supériorité (1) « Celte* pointe dont le nom, Gonny-Coutet, semble d'origine anglaise, paroit d'une forme assez semblable à la laúguede certaiûs reptiles, à laquelle les naturalistes ont donné le nom de dard ou d'aiguillon.
On péut croire encore qu'elle a donné aux sei gneurs d'Aiguillon l'idée de leur devise : « Durum est contra stimulum • recalcitrare », que. nous avons vue gravée en gros caractères, dans un tableau placé en attique aude la porte d'un appartement de l'ancien château.» (Recherches sur le pays du poëte Théophile de Viaud, suivies d'un précis historique des villes de Clérac, du Port-Sainte-Marit et d'Aiguillon cn Agenois. A Troyes, de l'Imprimerie, de la veuve et fils, Imprimeur du Roi, 1788.) Dans un document des Rolles Gascons (Extrait du catalogue publié à Londres ea 1743, par Thomas Carte), nous lisons, sous Ia date du 18 février 1355 : a De auxilio eoncesso habilatoribus villa Dert- Aculeo, pro reparationc clausurtc ibidem », (I. 133.) Essai de Reeonsíiîuíioii d'une Carie des envhvns d'Ai(fuil\oR 7.1V'. et XVí Siècles par M. le Colonel J)usupy vy.
PU. bËSCRlÏTlOrt ARCHÉOLOGIQUE 3 d'exécution qu'ils savaient apporter jusques dans leurs moindres tra vaux. D'importantes constructions ne tardèrent pas à remplacer les misérables habitations de la bourgade gauloise. Des murs se dressè rent en remparts contre les flancs du promontoire vis-k-vis la Garonne. Un castrum, de nombreuses routes, des tours k signaux complétèrent l'importance de la nouvelle station, k laquelle ses fondateurs donnè rent le nom de Fines aculei et de riches villœ, décorées de mar bres, de peintures et de mosaïques, vinrent plus tard animer les cam pagnes environnantes. ARTICLE PREMIER COURS D'EAUX (1) « Avant de parler de la ville, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les cours d'eaux, sur les voies qui passaient aux environs et sur les débris d'antiquités qu'on y a trouvés. » La tradition, Froissart et d'autres historiens sont d'accord pour faire baigner les murs d'Aiguillon par le Lot et la Garonne ou plutôt par deux embranchements de ces rivières (voir planche 1) dont le lit principal, le thalweg en un mot, n'a pas dû sensiblement varier.
On voit, en effet, k toutes les époques, le Port-Sainte-Marie, Thouars, le Port-de-Pascau (Centudville), Monluc, Monheurt, Tonneins, le Mas d'Agenais occuper leur même emplacement par rapport au fleuve. » Pour le Lot, des travaux artificiels ont changé tant soit peu son cours près de son embouchure et l'ont forcé d'empiéter sur sa rive gauche. Ce travail d'érosion a commencé k l'époque de la construc tion des moulins et de la digue en 1569. Il a continué plus tard encore quand on a édifié le pont en pierre et celui du chemin de fer (2). » Pendant la période historique, sans remonter plus haut, ces deux (1) Nous mettons entre guillemets ce que nous avons extrait du savant et conscien cieux Mémoire manuscrit qu'a laissé à sa famille le regretté colonel Duburgua sur la ville d'Aiguillon et ses enviroos.
L'étude minutieuse que nous avons faite nous-mêmes de la contrée nous a permis de constater l'exactitude de ce beau travail archéologique, ainsi que de la carte topographique qui raccompagne ( planche 1) et dont nous devons la reproduction fidèle à M. Gaston Lavergne, pharmacien à Aiguillon. , (2) Le pont de pierre bâti sous Napoléon I" et Louis XVIII, d'après les plans de M. Bourrousse de Laffore, architecte-ingénieur, et livré en 1825, est remarquable. Le pont métallique du chemin de fer fut construit en 1855.
CHAPITRE I
rivières couvraient de leurs nombreuses iles toute la plaine qu'elles baignaient. Peu à peu, les sources et les affluents ont diminué d'im portance ; les barrages, les atterrissements formés par les crues, la main de l'homme, l' élargisse ment du lit principal ont forcé les eaux k se retirer progressivement. L'ile de Rébéquet figure encore sur la carte des environs d'Aiguillon en 1753. L'ancien domaine de ce delta peut être limité k l'étendue des débordements actuels quand, tous les obstîbles qu'on leur oppose ayant été rompus, la nappe d'eau couvre tà plaine. La Garonne surtout, dont le cours est très rapide, prosite des occasions pour reprendre possession de son ancien domaine et ses efforts se portent de préférence sur les points où étaient situés ses embranchements principaux, entre le Péage et le Padouen, l'ancien passage de Monluc.
Le Lot en fait autant k Pélagat (1). >■ II est difficile avec le peu de documents que l'on possède de re constituer exactement la configuration des embranchements de ces deux rivières. Néanmoins avec les quelques données et souvenirs qui subsistent, on peut en essayer une restitution k peu près exacte. » La boucle formée par la rive droite et les villages de Nicole et de Pélagat était fermée par un embranchement qui passait au pied même du Pech de Rère. Le nom de Cande ou Candie que la tradition, d'accord avec certains documents historiques, donne k ce sommet et aussi k Nicole prouve que le promontoire de cette station préhistorique {1) Pélagat, aujourd'hui annexe de la paroisse de Nicole et section de la commune d'Aiguillon, est un village bâti au pied du Pech de Bère, sur le bord du Lot.
Ce lieu possédait un établissement gallo-romain, car on trouve autour de l'ancienne petite église romane, dans le cimetière actuel, de nombreuses amorces de murs gallo-romains dont le parement se compose de moellons smillés en petit appareil liés par un ciment très dur. Ces murs ont en généra) 0 " 60 à 0 " 70 d'épaisseur. Le fossoyeur retire tous les jours des tombes qu'il creuse quantité de ces petites pierres carrées et d'épaisses tuiles à rebord. Une note que M. G. Tholin, noire savant archiviste départemental, a eu l'obligeance de me communiquer, rappelle que des ouvriers, travaillant en décembre 1859 à la digue de Pélagat, découvrirent, à quelques mètres de la rive gauche, une cachette monétaire. Ce trésor se composait de quelques milliers de pièces de bronze de petit module renferdans un vase de forme presque ronde que recouvraient des tuiles à rebord.
Voici leur attribution d'après un rapport adressé par M. Raynal, chef d'institution à Aiguillon, à M. le Préfet de Lot-et-Garonne : -r Valérien, 1 pièce; Gallien, G'á pièces ; Salonine, 2 pièces; Claude II le Gothique» 178 pièces; Aurélien, 1 pièce ; Posthume, 2 pièces ; Victorin, 107 pièces ; Tétricus, 817 pièces ; de plus 600 monnaies n'ont pas été déterminées et des centaines d'autres ont été soustraites. » OESCHIPTION ARCHÉOLOGIQUE 5 dominait un confluent. Du reste, un Mémoire do M. Salvandy, procureur fondé du duc d'Aiguillon (1781), né laisse aucun doute k cet égard. D'après ce rapport, la Garonne et le Lot passaient autrefois sous les murs d'Aiguillon ; j'ai déjà dit que c'était un de leurs embranchements . Celui de la Garonne avait son point de départ entre le Péage et le Padouen, suivait le pied du coteau, passait sous le cas trum de Saint-Côme. sous les murs d'Aiguillon, sur 1'emplacement du ruisseau du Fromadan (1), se dirigeait vers Latané, Boudonet, le Per ron et allait se réunir vers Touillet k ('embranchement du Lot qui baignait le terrain où est maintenant Saint- Armand.
Le nom de Cap de l'Ilot rappelle son point de jonction du côté de Pélagat. » Pour soutenir une pareille opinion, il fallait que M. Salvandy eut entre les mains des documents certains ou des plans anciens qui, déposés dans les archives du château, doivent être en la possession des héritiers du duc d'Aiguillon, du moins en partie, car un grand nom bre de ces pièces ont été détruites ou dispersées en 1793. Que de rôles en parchemin datant du moyen-âge ont été employés par les familles du pays k couvrir des pots de confitures, k faire des couvertures de registres et k protéger le dessus des grands ciels de lit d'autrefois! « Sur le promontoire élevé du Pech de Bère (2) qui fait face au con fluent du Lot et de la Garonne et dont Ia pointe s'appelle Cap dou (1) La rive droite de cet embranchement, sous les murs de la ville, venait baigner le pied du talus, et la rive était un peu au-delà et á droite de la route qui du pont de l'ìle se dirige sur le Port-de-Pascau.
On y remarquait, il n'y a pas longtemps eucore, des dépressions de terrain que la culture et les transports de terre ont à peu près com blées. C'était d'une largeur d'environ 125 mètres. (2) « II est d'usage dans ce pays, dit l'auteur anonyme des Recherches sur le pays du poète Théophile de Yiaud, etc., déjà citées, d'appeler les montagnes du norn de pech que l'on prononce pec. C'est ainsi que l'on nomme Pech de Boudon la montagne au dessus de Saint-Côme ; Pech Dausseu celle qui a son commencement près Lagarrigue ; Pech de Bère celle qui s'étend depuis Pélagat jusqu'à Nicole ; Pech de Crauste la partie de cette montagne vers Bourbon ; Pech d'Espagnan et Pech de Rollin la montagne du côté de Gachot, etc. La montagne du Pech de Bère présente un tableau pittoresque hérissé de rochers minés par le temps, sillonnés par les torrents et les orages.
Son escarpement, son étendue, l'aspect effrayant qu'offrent mille précipices creusés au milieu de ces rochers énormes qui semblent suspendus, prêts à se détacher et à rouler avec fracas sur les villages de Boudon, de Nicole et de Pélagat, bâtis à sa base, étaient de nature à frapper l'imagination du populaire. Le vulgaire a cru longtemps que quelques uns de ces antres et de ces cavernes receloient de'riches trésors cachés par les Anglais durant les troubles de la Guienne et qu'ils n'eurent pas le temps de reprendre quand ils furent chassés pour toujours, sous le règne de Charles VII. Tout près du sommet de CIUPITRIÎ I mouìidé (1), on a trouvé k diverses époques des haches en pierre polie dont une fait partie de la collection de M. Payen, architecte dé partemental. Ce dernier se souvient d'avoir vu sur ce point des fortifications en terre. « Dans l'excursion que j'ai faite en 1872 avec M. Vigneau, alors maire de Nicole, ajoute M. Tholin, j'ai moi-même trouvé dans une coupe de terrain un amas d'environ deux cents cail loux ronds ou pierres de fronde accompagnées d'un silex taillé.
J'ai recueilli des fragments d'une poterie rouge épaisse et k gros grains dont le seul ornement consiste en creux ou dépressions tracées sans doute avec le pouce, ainsi qu'une molette en pierre polie de meule qui est au musée d'Agen. Nous avons aussi reconnu la coupe d'un fossé comblé par une terre noire mêlée d'ossements, et dont la plus grande largeur est de trois mètres sur un mètre cinquante de profondeur, et, la montagne on voit les restes ou plutôt les commencements d'un ermitage pratiqué dans le roc par de pieux anachorètes.. . « Le sommet de la montagne présente une vaste plaine de largeur inégale, d'où le regard s'égare dans un horizon sans bornes et jouit du spectacle imposant et magnifique qu'offrent les cours majestueux du Lot et de la Garonne et la réunion de leurs eaux au milieu d'une campagne agréable et diversement parée des plus riches productions.
Au revers et à l'est de la montagne, on trouve le hameau de Lascombes, ainsi nommé de l'extrême profondeur du vallon au fond duquel il est bâti. Ce lieu dont la profondeur ténébreuse sembloit le destiner à être le repaire d'animaux nocturnes et malfaisants, est habité par des hommes qui paroissent former une horde à part et différer beaucoup de ceux qui habitent les bords de la Garonne dont ils ne sont pourtant séparés que par le diamètre de la montagne. Les rayons du soleil pénètrent à peine dans leur profonde demeure et s'ils ne sont pas privés en entier du bienfait de la lumière, on peut dire d'eux comme des planètes dans certains points de leur orbite, que pendant une très grande partie du jour ils n'en jouissent que par réflexion. Accoutumés à de plus longs crépuscules que leurs voisins, ils doivent avoir sur eux pendant la nuit des avantages dont on dit faussement peut-être qu'ils savent fort bien profiter.
Quoiqu'il en soit dei cette opinion défavorable, il paroit qu'on les regarde comme les Arabes du canton et que, sectateurs de Calvin dont ils suivent fidèlement la doctrine, ils ne passent pas pour en avoir le désintéressement. Au reste, nous pouvons assurer que la vue d'un étranger leur est très importune. Nous avons visité par un beau jour leur sombre déni, ■ure, et bien différents de ces peuples hospitaliers que l'on nous dit se tenir à la porte de leur ville pour y offrir au premier étranger qui se présente leurs maisons, ces hommes à demi-sauvages s'enfuirent à notre approche et s'enfermèrent dans ìeurs chaumières. >. Aujourd'hui les habitants de Lascombes ne diffèrent pas de leurs voisins. On a élevé depuis en ce lieu un petil établissement d'eaux ferrugineuses qui n'a pas eu de succès.
Les pierres dont sont construits les murs des châteaux et de l'enceinte d'Aiguillon paraissent provenir des carrières du Pech de Bère. (1) Note manuscrite communiquée par M. Tholin, DESCRIPTION ARCHÍOLOOIOUG 7 un peu plus loin, sur deux points, des traces de terre brûlée qui de vaient appartenir k une case circulaire gauloise en torchis, mêlées de fragments de poterie de la môme époque. M. Vigneau a recueilli un silex taillé au-dessous d'un rocher dans la partie du coteau qui domine l'église de Nicole. Des monnaies du Bas-Empire ont été trouvées aussi sur ce plateau. » J'ai découvert moi-même, il y a peu de jours, des fours souterrains pour cuire l'argile remplis de débris de poterie rouge et grossière. D'autres ont mis au jour des auges en pierre et des restes de vieilles murailles. La bourgade gauloise fut remplacée par un oppidum romain, qui devint une petite ville au moyen-âge. « Valéri (1), dans son Pouillé, place dans l'archiprêtré de Montaut Ia rectorie « de Puy de Bure ».
Pech de Bère est l'ancien nom de la paroisse. L' ancienne église était située sur la colline et n'a été définitivement abandonnée que dans le milieu du xvne siècle (2) ». « On sait qu'une île sur la rive gauche du Lot, file Rarrié, qui a laissé son nom k une rue située sur son emplacement, reprend le colonel Duburga, était formée par l'embranchement de la Garonne et celui du Lot qui passaient sous les murs d'Aiguillon. Elle était limitée au nord par le lit actuel de la rivière qui, par ses empiétements dûs aux causes susdites, en a fait disparaître le sommet. II serait assez difficile d'indiquer l'étendue de cette île vers l'est ; il est probable qu'elle devait occuper l'emplacement du faubourg du Lot. Elle a dû s'atterrir k une époque assez éloignée, en même temps sans doute que le bras de cette rivière.
Quand, il y a quelques années, on a relié, par des levées en terre et par un mur, la cale sèche du pont de pierre k celle du che min de fer, pour mettre le faubourg du Lot k l'abri des inondations, on a trouvé beaucoup de cadavres durant l'exécution des travaux. La tradition raconte que, dans cette partie de l'ìle, on a inhumé les victi mes de la peste noire (1348), sans doute aussi celles du fameux siège de 1346 et peut-être celles de la peste de 1653. En tous cas, on n'a retrouvé aucun débris de planches ni de clous indiquant qu'il y ait eu des cercueils, preuve d'enterrements précipités. » En amont du cours de cette rivière, on rencontrerait difficilement la trace d'autres îles ; mais on peut avancer sans trop de témérité que les lits actuels des ruisseaux qui coulent dans cette plaine sont ceux des anciens bras.
Les deux qui se réunissent au Pas-de-la-Grave dont une branche se jette dans le Lot près de Boussères et l'autre (1) M. G. Tholin appelle Jean de Valier celui que M. l'abbé Durengues nomme Valéri. (2) Note manuscrite communiquée par M. l'abbé Durengues. CHAPITRE t près de Sainte-Radegonde forment encore actuellement une île et semblent confirmer mon opinion. >■ Quant k l'embranchement du Lot qui passait sous les murs de la ville, il devait occuper le lit du ruisseau des Videaux qui se jette dans h rivière près de Rajalet, le quittait k peu près k la hauteur de laMou liate et, suivant une dépression qui est visible encore au-dessous du Chrestian et de Larrival, venait passer sous les murs au nord d'Aiguil lon, le long dulîavelin. » A l'ouest de l'ìle Rarrié, les cartes des environs (1), de 1748 et 1753, indiquent les emplacements de quelques iles dont les noms se sont conservés de nos jours : telles sont les iles de Janicoutet (Genny- Coutet), de la Communauté, de Saint-Louis, se reliant k l'ile de Ré béquet vers le nord.
L'examen de ces caries démontre que l'ile de la Communauté était atterrie ; celle de Janicoutet a dû l'être quelques années après, sans doute k l'époque de Ia suppression du bras de la Garonne qui, formant l'ile de Rébéquet, a disparu un peu avant 1763. Elle existait en 1753, la carte le prouve et un contrat, passé en 1763 entre Paul Coq et Leaumont, sieur de Gachot, procureur fondé du duc d'Aiguillon, donne au premier l'autorisation de planter des saules sur remplacement du bras compris entre la route qui d'Aiguillon con duit k Rébéquet, au lieu dit le Bout des Cartérées, et le Lot. II porte le nom de Uaule X Paul Coq. L'ile de Saint-Louis a disparu vers 1772. Auparavant, les bateaux qui d'Aiguillon sc dirigeaient sur Ror deaux, passaient par le bras adjacent aux terrains dits de Sauiegrae ou de la Communauté.
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