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L'Afrique. Anthologie géographie

Noël Garnier · 1894 · Scanned text

216,569 words · about 15 h 10 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Noël Garnier
Language
French
Published
1894
Length
216,569 words · about 15 h 10 min
Sections
6 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (6)
  1. Front matter about 32 min
  2. Chapitre II about 1 h 8 min
  3. Chapitre III about 48 min
  4. Chapitre IV about 1 h 43 min
  5. Livre II Les Hommes Chapitre Premier about 6 h 42 min
  6. Livre III L'histoire, Les about 4 h 17 min

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L'AFRIQUE ANTHOLOGIE GÉOGRAPHIQUE SOCIÉTÉ ANONYME d'iMPRIMEJAIE DE VILLEFR.ANCHE-DE-ROUERGUE Jules Bardoux, Directeur. L'AFRIQUE ANTHOLOGIE GÉOGRAPHIQUE PAR Noël GARNIER AGRÉGÉ D'HISTOIRE ET D ÉO G R A P H I E CENSEUR DES ETUDES AU LYCEE DE TROYES PARIS LIBRAIRIE CH. DELAGRAVE 15, RUE SOUFFLOT, 15 L'AFRIQUE ANTHOLOGIE GÉOGRAPHIQUE LIVRE PREMIER LA NATURE CHAPITRE PREMIER L'Asrîquc. — Rapports et différences avec les autres continents* — Grandes régions naturelles. SOMMAIRE I. L'Afrique : sx position. Caractères généraux de sa géographie. — Le nom de l'Afrique. (Elisée Reclus.) — L'Afrikia chez les historiens arabes. (Aug. Cherbonneau.) — Délimitation de l'Afrique. — Rapports et différences avec les antres continents. (Elisée Reclus.) — Aspect géoéral de l'Afrique : causes qui en ont retardé la connaissance.

II. Division de l'Afrique en régions naturelles. — Qu'appelle-t-on régions naturelles ? — Les grandes régions africaines : le Maghreb, le Sahara, le Soudan, Région équatoriale, Région australe, Région du Nil, Afrique insulaire. III. Le désert africain. — Aspect du désert. — Le mirage. (Diodore de Sicile.) Le Sahara. — Aspect du Sahara. — Les conducteurs de caravanes. (Élisée Reclus.) Dans le Sahara. — Marche d'aurore. — La couleur du Sahara. — Midi. — Acte d'humilité. (Hugues le Roux.) IV. La foret équatoriale. — Son aspect. — Les habitants de Ja forêt. — Puissance et variété de la végétation. — La poésie de la forêt. (Stanley.) V. Cartographie de l'Afrique. — Une carte du Zambèze au dix-huitième siècle. (G. Marcel.) I L'AFRIQUE, SA POSITION. — CARACTERES GÉNÉRAUX DE SA GÉOGRAPHIE Le nom de l'Afrique. — Le nom même de l'Afrique mon tre qu'à une époque récente encore le continent n'apparte- Garnier. — L'Afrique.

L'AFRIQUE 2 nait pas au monde connu. Pour les Grecs, cette terre était la Libye ', aux bornes ignorées, qui s'étendait au loin vers les régions du sud et du couchant; ils lui donnaient aussi, parmi beaucoup d'autres dénominations mythologiques ou poétiques, les appellations vagues d'Eskatié ou « Fin du monde » et d'Hespérie ou « contrée d'Occident2 », qui servit aussi à désigner l'Italie, puis l'Espagne, et, sous la forme arabe de Maghreb, est devenue le nom de la Maurétanie. Quant à ce mot d'Afrique, appliqué maintenant à l'ensemble du corps continental, on ignore quelle en fut l'origine. Est-il une désignation de l'antique Carthage, dans le sens de la « Séparée » ou la « Colonie », et rappelle-t-il ainsi la suzeraineté de la Tyr phénicienne3? Faut-il y voir une appellation générale des Berbères, ou celle d'une peuplade seulement, les Aouràghen ou Aourîgha, ayant eu sa périodede prépondérance1?

Chapitre II

Les Montagnes. — Les Côtes. S O .M M A I R E I. — Les Montagnes. I. ArERçu général de l'orographie africaine. — Comparaison du relief de l'Afrique et de celui des autres continents. — Plateau austral et équatorial. — Relief du Soudan. — Hauteurs du Maghreb, de l'Égypte et de l'Abyssinie. — Conctusion. II. Orographie de l'Algérie. — Idée générale. — Montagnes du Tell. — I.a chaîne saharienne. (Général Niox.) III. Le Kêsia et le Kilima-Ndjaro. — Aspect général du plateau. — Le Kénia. — Le Kilima-Ndjaro. (Joseph Thomson.) —L'ascension du Kilima-n'djaro. (Ilevue scientifique.) IV. Une excursion ad mont de la Tadle. (Bernardin de Saint-Pierre.) V. Le massif de Kita. (l'ietri.) VI. Une ascension au pic de Ténériffe. — Départ d'Orotava. — De fa Estancia à la Rambleta. — De la Rambleta au sommet du pic. — Le pic. — La descente; l'ìle de Ténériffe et le jardin des Hespérides. — Station u la Rambleta. — Langage sifllé des Guanches.

(Bouquet de la Grye.) II. — Les Côtes. 1. Caractères généraux du littoral africain. — Côtes de la Méditerranée. — Côtes de l'océan Atlantique, — de l'océan Indien, — de la mer Rouge. II. Côtes de la Tunisie. (Desfossés.) — La petite mer de Tunis. (J. de Crozals.) — Le golfe de Carthage. (J. de Crozals.) III. Bizerte. — Les deuxlacs. — Importance militaire de Bizerte. (/. deCrozals.) IV. Le littoral de l'Algérie. — Étendue et aspect. — Du cap Rous à Alger. — La baie d'Alger. — La baie d'Arzeu. — D'Arzeu à la frontière du Maroc. {Wahl.) V. Le cap Bojador. (Camille Douls.) VI. Le baptême du tropique. (Jules de Crisenoy.) VII. Les lagunes de Kotonou a Porto-Novo. (Charles Roux.) L'AFRIQUE VIII. Le Gabon. (Georges Duloup.) IX. La raie de Diego-Suarez. (Le capitaine Victor Nicolas.) X. En rade de Wydah.

(Buzon.) I. — Les Montagnes. 1 APERÇU GÉNÉRAL DE L'OROGRAPHIE AFRICAINE Comparaison du relief de l'Afrique et de celui des autres conti nents. — Par son relief, l'Afrique diffère absolument des autres con tinents. On a dit de l'Europe que c'était un corps organisé, pourvu d'une arête dorsale, les Alpes, et de membres dont diverses chaî nes de montagnes forment l'ossature. En Asie, autour d'un plateau central, s'étagent et se développent une série de plateaux, de plaines et de vallées. En Amérique, une longue et haute chaîne bordière laisse s'étendre á l'est d'immenses régions fluviales, à peine interrompues par la chaîne de la Parime et les chaînes du Brésil. Rien de semblable en Afrique. La forme qui domine est le pla teau. Après une étroite chaîne côtière, s'élève une série irrégulière de hauteurs étagées qui aboutissent vite à un plateau dont la dé clivité est en général de l'est à l'ouest.

S'il fallait comparer TAfrique à l'un des autres continents, c'est avec l'Amérique méridionale qu'on lui trouverait le plus de ressemblance. Massive comme elle, comme elle aussi elle présente une chaîne bordière contre laquelle viennent s'étayer les plateaux de l'intérieur. Mais la Cordillère africaine n'est pas continue, et c'est à l'est qu'elle élève ses principaux sommets, dont deux seu lement, le Kénia et le Kilimandjaro, dépassent le mont Blanc. En outre, taudis que les fleuves américains sont alimentés par les eaux qui leur viennent des Andes, en Afrique, au contraire, le Zambèze descend des plateaux intérieurs et vient percer par une gorge étroite la Cordillère africaine avant de se jeter à la mer. Plateau austral et équatorial. — Ainsi, un immense plateau occupe toute l'Afrique australe.

Vers le sud et le sud-est surtout, il est formé de terrasses allant en s'élevant à mesure qu'elles s'é loignent delamer ; ce sontles Groote Ztvarte Bergen, qui dépassent 2,200 mètres; les Nieuveweld, qui culminentâ 2,738 mètres au massif du Compass; enfin, plus au nord-est, les Drakenberg, par trois échelons successifs, s'étageut jusqu'à 3,000 mètres. Après le Limpopo, la chaîne bordière est interrompue par un PLATEAU AUSTRAL ET ÉQUATOIUAL 25 plateau couronné de chaînes diversement orientées ; le mont Doc, dans le pays de Manica, atteint 2,400 mètres. Plus au nord, à l'est du lac Victoria, se dressent les deux géants africains, le Kilimandjaro (6,100 mètres), et le Kénia, qui dépasse o,500 mètres. Les hauteurs de l'ouest sont mal connues. Au fond du golfe de Guinée, le pic volcanique du Kameroun se dresse en face de l'ìle Fernando-Po.

Grâce i sa situation au bord de la mer, d'où l'œil l'aperçoit dans tout son ensemble, il offre un aspect plus grandiose que les autres montagnes africaines et projette à 4,190 mètres ses trois pointes terminales. Le Kameroun n'est qu'un immense cap de 2,000 kilomètres carrés de base, enserré entre le golfe de Guinée et deux criques qui l'enveloppent à l'est et à l'ouest ; les plaines voisines atteignent à peine 300 mètres d'altitude ; mais le plateau se relève à l'ouest de l'Oubanghi et du Congo, pour s'abaisser de nouveau par une suite de terrasses qui, au sud du Congo, se con tinuent jusqu'à la colonie du Cap. AFïUÇUE _ Coupe parlïcruateur Vers le nord, ce plateau se termine sur le Nil par des croupes de plus de 1,000 mètres ; puis il est relié au plateau du nord par une série de hauteurs confuses, un dos de pays, où naissent plusieurs affluents du lac Tchad et du Nil.

Le plateau austral n'est pas d'une horizontalité uniforme. Living stone comparait l'Afrique équatoriale à un chapeau de feutre dont la forme serait un peu déprimée au centre, et les bords bossues. Ce plateau, en effet, est déprimé à l'endroit où convergent le Cougo et ses principaux affluents de la rive gauche et où ils s'épanchent en vastes lacs : le Stanley-Pool, le lac Mantoumbaet le lac Léopoldll. La partie australe du plateau présente la même forme, une cu vette aux bords relevés : le cours du Zambèze et une série de lacs marécageux occupent le fond de cette cuvette. Ajoutons qu'entre ces deux dépressions, dans la région du lac Dilolo, la bordure de séparation des deux cuvettes est comme ébréchée, et qu'une com munication naturelle doit exister, au moins á l'époque des crues, ■entre le bassin du Congo et celui du Zambèze.

Ainsi, du sud au nord, deux plateaux relevés vers la côte, dépri més au milieu en forme de cuvette, mais de telle façon que la bordure orientale soit plus élevée que celle de l'est, tel est l'aspect général du relief de l'Afrique australe et équatoriale. L'AFRIQUE 26 Relief du Soudan. — Au nord de cette région s'étalent, de l'Abyssinie à la côte du Sénégal, trois autres plateaux toujours creusés en cuvette. Le Soudan oriental, dominé au sud par le revers du plateau austral, à l'est par les hautes montagnes d'Abyssinie, à l'ouest par les hauteurs du Darfour (Djebel-Marra, 1,800 m.)et du Borkou, atteint une altitude moyenue de 500 mètres ; la partie déprimée du plateau est occupée par le Nil et ses affluents. Le Soudan central est une plaiue élevée qui envoie la plus grande partie de ses eaux au lac Tchad.

Le Soudau occidental ou Soudan français s'appuie sur le massif du Fouta-Djallon, élevé à peine de 2,000 mètres. II est bordé au sud par une série de hauteurs isolées, de terrasses peu élevées qu'on appelait jadis les monts de Kong. Barth avait soupçonné que les monts de Kong n'existaient pas ; le capitaine Binger l'a prouvé depuis (1887-1889) : la ville de Kong est à peine à 630 mètres d'al titude; et si quelques croupes se dressent jusqu'à 1,000 mètres, elles n'appartiennent pas à une même chaîne. A l'est, entre le Niger et la Benoué, et au nord, du côté du Sahara, on ne rencontre plus que des collines ou des terrasses peu élevées. Relief du Sahara. — Dans le Sahara, une ligne de hauteurs dirigées du sud-est au nord-ouest constitue en apparence deux versants principaux. Du plateau central d'Ahaggar, formé d'étages successifs s'élevant de 600 à 2,000 mètres, se détachent les moûts volcaniques de Tummo, puis ceux du Tibesti, reliés aux monts de Borkou.

Une suite de hauteurs confuses diversifient les deux ver sants : au sud-ouest, nommons le plateau d'Asben, le massif d'Adrar et les hauteurs du Touat. Au nord-est, ce sont les Hamada de là Tripolitaine et du Fezzan, les plateaux de Barka et les collines du désert libyque. Hauteurs du Maghreb, de l'Égypte et de l'Abyssinie. — II ne reste plus que deux régions dont nous n'ayons pas encore parlé : le Maghreb et la région du Nil moyen et du Nil inférieur. Dans le Maghreb, un plateau s'allonge du nord-ouest au sud-est; les terrasses de ce plateau forment au nord le massif si découpé, si enchevêtré, que l'on appelle le Petit Atlas, et au sud, c'est le Grand Atlas, qui finit en pentes abruptes sur le Sahara. La région de l'est est aussi un plateau abaissé vers l'ouest, relevé à l'est sur les bords de la mer Rouge, sillonné dans toute sa longueur par le fossé du Nil et appuyé au sud sur le haut plateau d'Abyssinie.

Les montagnes d'Abyssinie renferment les plus hauts sommets de TAfrique après le Kénia et le Kilimandjaro. Sur un socle de MONTAGNES DU TELL 27 1,000 mètres, composé de roches primitives ou volcaniques, se dresse, à Test surtout, une muraille gigantesque, percée de cols et atteignant plus de 3,000 mètres. Conclusion. — On voit que, grâce à de récentes découvertes, on peut se faire une idée générale du relief africain ; mais on est loin de le connaître en entier et d'une manière précise, et plus tard sans doute bien des sommets considérés jusqu'ici comme isolés seront reliés aux principales lignes déjà déterminées. II OROGRAPHIE DE L'ALGÉRIE Idée générale. — Dans son ensemble, la structure de l'Al gérie est extrêmement simple. Deux grands plis de terrains , formés d'éléments à peu prés parallèles, sont orientés dans la direction générale de la côte, c'est-à-dire de l'ouest à Test, en remontant un peu vers le nord.

Ce sont : les montagnes du Tell, qui bordentla Méditerranée, et la chaîne Saharienne, qui borde le Sahara. Elles soutiennent une terrasse allongée, dont l'altitude varie de bOO à 1,000 mètres, et à laquelle on donne ordinairement le nom de Hauts-Plateaux. Ces deux chaînes, d'abord écartées de 150 à 200 kilomètres, sur la frontière du Maroc, se rapprochent peu à peu Tune de l'autre, et, dans la Tunisie, elles dessinent les deux berges de la longue vallée de la Medjerda. L'une se termine au Ras-el- Mekki, l'autre au cap Bon. Entre ces deux promontoires se creuse le golfe de Tunis. Montagnes du Tell. — Les montagnes du Tell sont formées par des escarpes étagées les unes au-dessus des autres ; leurs brisures sont, d'une manière générale, tournées vers le nord. On peut les décomposer de la manière suivante, en les grou pant en chaînes ou en massifs, que séparent de profondes coupures pour la plupart perpendiculaires à la côte, c'est-à dire perpendiculaires à Taxe de direction des montagnes.

Ces coupures sont les lits des principales rivières de l'Algérie. Dans la province d'Oran : i" Étage supérieur, en bordure des Hauts-Plateaux: Monts de Tlemcen, aux sources de la Tafna et de Tisser (point culminant, djebel Kouabet, 1,261 m.) ; Monfsde Baya, entre le Sig et l'Habra; Garnier. — L'Afrique. L'AFRIQUE Monts de Saïda, entre l'Habra et la Mina. 2° Étage inférieur, en bordure de la côte ou des plaines du littoral: Monts des Traras, que coupe la Tafna inférieure (djebel Filhancen, 1,157 m.) ; Monts de Tessala, au sud de la Sebkha d'Oran (1,063 m.) ; Monts des Béni Chougran, entre le Sig, l'Habra et la Mina (djebel Nador1, 808 m.). Dans la province d'Alger : Mont de l'Ouarsenis (pic de TOuarsenis, 1,985 m.), entre la Mina à l'ouest, le Nahr Ouassel au sud, le Chélif inférieur à l'est et au sud; Monts du Bahra, entre le Chélif et la côte (djebel Zaccar, 1,535 m.); Monts du Titeri (point culminant, djebel Dira, 1,810 m.), entre la Metidja au nord, les Hauts-Plateaux au sud, le Chélif à l'ouest, les sources de Tisser et du Sahel à Test.

Les monts du Titeri se décomposent eux-mêmes en deux masses parallèles séparées par un pli longitudinal, la plaine des Béni Sli man et des Arib. Leurs escarpes du nord portent les noms de monts de Mouzaia, monts des Béni Sala et des Béni Mouça. Montagnes de la Grande-Kabylie (point culminant, Lella- Kedidja, 2,308 m., dans Tarête du Djurdjura), entre Tisser à l'ouest et le Sahel au sud. Dans la province de Constantine : Le massif de la Petite-Kabylie, entre le Sahel à l'ouest et l'oued el Kebir à Test, est formé par des ramifications confu ses, qui dessinent deux chaînes principales parallèles entre elles : la chaîne des Babor (pont culminant, djebel Adrar, 1 ,994 m.) et la chaîne des Biban, qui limite les Hauts-Plateaux ; Monts du Hodna, qui forment la ceinture nord du bassin duHodna. Entre l'oued el Kebir et la Se3'bouse, la chaîne du Babor se prolonge par les monts d'el Kantour ; la chaîne des Biban, par les monts de Constantine.

A l'ouest de la Seybouse, les monts de la Kroumirie, près de la côte, et les monts de la Medjerda, dans la haute vallée de cette rivière. La chaîne Saharienne. — La chaîne Saharienne peut se décomposer de la manière suivante : 1. Le mot arabe Nador signiûe vigie. KÉNIA ET KILIMA-NDJARO 29 Monts des Ksour (des Oulad Sidi Cheikh) , entre Figuig et Geryville (point culminant, djebel Mzi, 2,200 m. environ); Djebel-Amour (point culminant, djebel Touila Makna, 1,900 mètres), entre Geryville, Lemina et Laghouat; Monts des Oulad-Nayl, entre Zenina, Bou-Sâdaa et Aïn Rich (djebel Bou Khaïl, 1,500 mètres); Monts du Zab, entre Ain Rich el Biskra; Massif de l'Aurès, entre Batna et Biskra (vallée de Toued Kantara) à l'ouest, Khenchela et Khanga (vallée de Toued el Arab) à Test; Monts du Nemencha, à l'ouest de Toued el Arab.

La chaîne saharienne se prolonge en Tunisie parles monts de Frechiche, les Hamadas, le djebel Zaghouan et les collines de la presqu'île de DaklaMahouïn. (Général Niox, Éléments de la géographie physique de l'Algérie; Revue géographique, 1884, II, p. 63.) III LE KÉNIA ET LE KILIMA-NDJARO Aspect général du plateau. — La Massaïe1 estparlagée en deux régions absolument distinctes : au sud, le désert; au nord, le plateau. Le premier, comparativement bas, quoique Taltitude en varie entre 900 et 1,200 mètres, est stérile à l'ex trème; non que le sol y soit ingrat, mais les pluies y sont ra res : à peine si pendant trois mois elles permettent à quelques touffes d'herbe de verdir; Tacacia et le mimosa croissent seuls dans ces tristes plaines, sauf au pied des mornes et des hautes terres, d'où filtrent de petits ruisseaux bientôt perdus dans les sables arides.

Nulle rivière ne le traverse ; des sur faces immenses s'y recouvrent d'incrustations nilreuses lais sées par Tévaporation des sources salées: tels la plaine du Njiri et le formidable désert du Doguilani. Qu'on n'aille pas se figurer cependant une monotone et plate étendue : le colossal Kilima-Ndjaro y monte au delà des nuages. Le grand plateau nord du pays des Massai com mence de chaque côté à 1,500 mètres environ, pour culminer au centre à plus de 2,700 m. C'est précisément sur cetle ligne de plus haute altitude que le désert du Doguilani se continue en une dépression profonde où s'égrènent les lacs charmants de Naïvacha, d'Elmeteita, de Nakourrou, de Ba- 1. On nomme ainsi la contrée comprise entre le Kénia et le Kilima-Ndjaro. L'AFRIQUE ringo; autour de ce dernier, elle s'élargit notablemeut et finit par offrir tous les caractères du plat pays méridional.

Dans la moitié orientale du plateau ainsi partagé se dresse le pic neigeux de Kénia. II n'y a peut-être pas dans toute TAfrique, et même en Abyssinie, de plus admirables régions. Quoique à une altitude moyenne de 1,800 mètres, ce n'est pas encore la montagne, mais une suite d'ondulations har monieusement rythmées. Rien n'y manque de ce qui peut constituer de gracieux paysages, massifs d'arbrisseaux fleu ris, bouquets de grands arbres, traînées de forêts ; tantôt on traverse un vaste parc dans les clairières duquel errent des hordes de gibier, tantôt de riches pâturages où de grands troupeaux de bœufs, chèvres et moutons plongent dans l'herbe savoureuse. L'œil s'arrête sur des groupes de coni fères semblables à nos pins; on cueille des rameaux de bruyères, des trèfles au parfum délicat, des anémones el tant d'autres fleurs familières : en vain on y cherche le palmier toujours présent dans les tableaux africains qu'imaginent les voyageurs du coin de feu.

Toute la contrée est resserrée dans ce lacis de ruisseaux limpides, de ruisselets babil lards... Le Kénia. — ... A 4,600 mètres environ, le cône du Kénia jaillit soudain à une hauteur qui dépasse 1,000 mètres. On distingue à la base deux petits renflements, et, plus au nord, une bosse massive. Le grand pic est sans doute la dernière colonne de matière en fusion, celle qui mit fin à la vie du vol can, en emprisonnant au-dessous les esprits inquiets de la terre. Le cratère, probablement composé de cendres et de couches de lave, se sera dilaté peu à peu, el maintenant le jet formidable reste seul, digne couronnement de la puissante montagne. La nature a paré son front sévère d'un diadème de neiges éternelles, dont Téclat frais et calme contraste avec l'histoire burinée par le feu en traits ineffaçables.

Les flancs de la py ramide supérieure sont tellement escarpés qu'en plusieurs endroits la neige ne s'y peut maintenir; çà et là les roches noires semblent percer le blanc manteau, d'où son nom Massai de Donyo Eguéré (mont gris ou tacheté). A part ces légères déchirures, il recouvre le pic tout entier et s'étend à quelque distance au delà, y compris la protubérance arron die du nord; on dirait une énorme stalagmite blanche posée sur un soubassement noir dont les flancs vont se perdre KILIMA-NDJARO 31 dans le vert intense des forêts étendues à ses pieds. Le versant ouest, le côté d'où nous regardons le Kénia, est complè tement inhabité... Le Kilima-Ndjaro. — Le nom de Kilima-Ndjaro1 signifie, dit-on généralement, la « montagne de la grandeur»; il me semble probable que ce serait plutôt « montagne blanche»...

Les Massai, dont les noms propres expriment toujours quelques traits caractéristiques, Tappellent Dongo Ebor imonla gne blanche), des neiges éternelles qui couronnent le dôme ou cratère du Kibo. Le Kilima-Ndjaro, dans son expansion verticale et horizon tale, est une énorme masse irrégulière et piriforme dont le grand diamètre court du nord-ouest au sud-est, entrant par sa pointe la plus aiguë jusqu'au cœur du pays des Massai. Dans cette orientation, elle mesure 100 kilomètres; le pelit axe, à angle droit avec le premier, n'en a qu'une cinquan taine. Elle se partage entre Timmense masse du Kibo et le pic conique et moins élevé du Kimaouenzi. Vers le nord ouest, elle se rétrécit peu à peu en un long éperon, qui s'effile en hauteur et en largeur, pour finir par se confondre avec la plaine massai.

Elle atteint environ 5,800 mètres au point culminant du Kibo. Du côté du midi s'étend la vaste plate-forme du Tchagga, formée, sur une longueur de quinze à seize kilomètres, de pentes arrondies, entaillées de courbes profondes et qui s'é lèvent graduellement de 1,200 à 1,800 mètres. Au large du vaste épaulement occidental, on voit le pur contour du vol can se dessiner dans toute sa grandeur de la base au som met; le contrefort lui-même montre une succession de gor ges sombres, de roches noires, sculptées par Térosion in cessante du Kikavo, du Ouéri-Ouéri, du Karanga. Le Kibo se présente ici sous son aspect le plus imposant : il se dresse si rapidement au-dessus du rempart du Shira, qu'à peine les neiges éternelles peuvent s'accrocher sur sa pente occidentale. Mais c'est au nord que le Kilima-Ndjaro se montre dans sa colossale majesté.

Du grand marécage sableux et saumàtre du Ndjiri, on embrasse d'un coup d'oeil le massif tout entier. I. Les Massai rappellent le Ngagé-Njaï, « la maison de Dieu ». 2. L'AFRIQUE II surgit de Tarène presque plane qui a déjà une altitude d'environ 1,000 mètres, et s'élève au-dessus d'elle avec une inclinaison d'une régularité parfaite, dont le profil n'est in terrompu par aucun ressaut à la hauteur de plus de quatre mille sept cents mètres. Nul cône, nulle pointe n'en accidente la surface; ni gorge ni vallée n'en entaille les flancs. A gauche seulement, le grand pic du Kimaouenzi montre, près du sommet, une ou deux échancrures formant une dépression circulaire d'où s'élève une pyramide arrondie aux proportions parfaites. De ce côté se montre dans toute sa gloire le casque de neige sous lequel se dérobe la tête mas sive du Kibo.

Un trait physique des plus remarquables se dégage de Té tude du massif: aucun cours d'eau ne naît sur ses flancs, sauf au Tchagga, sur le versant méridional, où Ton en compte une vinglaine, dont quelques-uns d'un volume considérable; ils se réunissent plus bas, dans la plaine, pour former le fleuve Pangani. Le Loumi et le Tzavo sourdent, il est vrai, à Test de la montagne, mais à la base seulement, et déjà tout formés. A l'ouest, un tout petit ruisseau, le Ngaré N'Erobi, surgit de même au pied de la montagne. Au nord, on n'en trouve pas un ; mais en différents points du désert du Ndjiri, on rencontre des sources qui forment de petits étangs ou alimentent les lagunes du district. Le Tchagga est la seule partie habitée de l'immense pour tour du Kilima-Ndjaro; sa plate-forme offre à l'agriculture un sol extrêmement fertile, et de nombreux cours d'eau se prêtentàl'irrigation;mais on ne cullivequeles parties moyen nes et inférieures du bourrelet, le climat, au-dessus del'alti tudede 1,500 mètres, se trouvant trop froid pourles aborigènes.

(Joseph Thomson, Au pays des Massai : le Tour du Monde, 2e se^ mestre 1885, passim; Hachette.) l'ascension du kilima-n'djaro II s'est produit, Tautomne dernier, un fait géographique intéressant : c'est la première ascension du Kilima-n'djaro, la plus haute montagne du continent africain (6,000 mètres). Elle a été effectuée, le 6 octobre 1889, par Talpiniste autri chien L. Purtscheller (de Salzbourg) et le voyageur allemand Hans Meyer (de Leipzig). Plusieurs entreprises de ce genre avaient déjà échoué. Rap- KILIMA-NDJARO 33 pelons seulement la découverte du mont (faite de loin), en 1848 et 1849, par les missionnaires Rebmann et Krapf, et les essais d'escalade des explorateurs de Decken, Kerslen et Thornton (1861 et 1862), arrêtés bien au-dessous de la limite des neiges; nous ne trouverons de sérieux efforts tentés pour gravir le Kilima-n'djaro qu'à partir de 1883 ; alors se succèdent le voyageur Thomson (1883), le naturalisle Johnston (1884), les Autrichiens comte Teleki et lieutenant von Hôhnel(juin 1887), qui atteignent tous, mais sans la dépasser, la zone des nei ges perpétuelles (4,500 et 5,000 mètres).

On sait que le Kilima-n'djaro n'est pas un pic isolé, mais bien un puissant massif montagneux, long de 100 kilomètres et large de 50; il est dominé par deux sommets principaux, distants d'environ 15 kilomètres, le Kibo, haut de 6,000 mètres, et le Kimawenzi, élevé seulement d'environ 5,300 mètres. Les voyageurs ont dû passer seize jours entiers à une altitude de plus de 4,000 mètres ; dans la nuit du 18 au 19 octobre, où Ton bivouaqua vers 4,700 mètres, le thermomètre marqua 14° C. au-dessous de 0 ; le 19 au matin, par un beau soleil et 5,930 mètres d'altitude, il remonta à + 10° C. Les résultats de cette pénible entreprise sont les suivants : 1° Ascension de laplus haute montagne d'Afrique : car on est en droit de supposer encore que le Kénia est moins élevé ; et le Ruwenzori, récemment découvert par Stanley entre les lacs Mwulan-Nzigé et Victoria-Nyanza, n'a que 5,500 mètres; 2°Constatation de Texistence, au sommet du Kibo, d'un vrai cratère circulaire mesurant 2,000 mètres de diamètre et 200 mètres de profondeur : on se demandait, en effet, si le manteau de glace se terminait en dôme continu, en calotte hémisphérique, comme le mont Blanc d'Europe, ou s'il se creusait d'une dépression en forme de coupe due aux anciennes éruptions; 3° Modification de Taltitude : pour le Kibo, M. Meyer donne le chiffre de 6,000 mètres comme le plus rapproché de la vérité ; 4° Découverte, au fond du cratère, par 5,800 mètres envi ron d'altitude, d'un véritable glacier, formé et alimenté par Tamoncellement de glaces et névés, — pourvus de crevas ses, séracs et moraines, — s'échappant par une brèche ou verte dans le bord occidental du cratère, — descendant vers le sud-ouest jusqu'à 5,400 mètres d'altitude sur les flancs du Kibo, — et donnant émission à la rivière Weri-Weri.

C'est le plus curieux résultat de Texpédition, et il n'est pas sans inté- L'AFRIQUE rêtde bien remarquer ce contraste d'un volcan éteint, situé vers l'équateur, — et portant un glacier dans son immense cratère muet. II y a lieu aussi de remarquer ce fait intéressant que, pendant le temps relativement court que dure l'ascension, Ton passe de l'équateur au pôle, c'est-à-dire qu'on part de la région équatoriale avec sa riche végétation, sa faune et sa flore particulières, pour arriver, en atteignant les abords du som met, aux glaces polaires. (Revue scientifique, 3 mai 1890.) IV UNE EXCURSION AV MONT DE LA TABLE Mon hôte proposa à quelques Hollandais d'aller surTY(6/e berg, montagne escarpée au pied de laquelle la ville du Cap parait située. Je me mis de la partie. Nous partîmes à pied, à deux heures après minuit. 11 faisait un très beau clair de lune.

Nous laissâmes à droite un ruisseau qui vient de la montagne, et nous dirigeâmes notre route à une ouverture qui est au mi lieu, et qui ne parait de la ville que comme une lézarde à une grande muraille. Chemin faisant, nous entendîmes hurler des loups, et nous tirâmes quelques coups de fusil en Tairpourles écarter. Le sentier est rude jusqu'au pied de Tescarpement de la montagne, mais il le devint ensuite bien davantage. Cette fente, qui paraît dans la Table, est une séparation oblique qui a plus d'une portée de fusil de largeur à son entrée inférieure; dans le haut, elle n'a pas deux toises. Ce ravin est une espèce d'escalier très raide, rempli de sable el de roches roulées. Nous le grimpâmes ayant à droite et à gauche des escarpements du roc de plus de deux cents pieds de hauteur. II en sort de grosses masses de pierres toutes prêtes à s'ébouler : l'eau suinte des fentes, et y entretient une multitude de plantes aromatiques.

Nous entendîmes dans ce passage les hurlements des bavians, sorte de gros singe qui ressemble à Tours. Après trois heures et demie de fatigue, nous parvînmes sur la Table. Le soleil se levait de dessus la mer, et ses rayons blanchissaient, à notre droite, les sommets escarpés du Ti gre et de quatre autres chaînes de montagnes, dont la plus éloignée parait la plus élevée. A gauche, un peu derrière nous, nous voyions, comme sur un plan, Tile des Pingouins, ensuite Constance, la baie de False et la montagne du Lion ; devant nous, Tile Roben. La ville était à nos pieds. Nous en distin- MASSIF DE KITA 35 guions jusqu'aux plus pelitesrues. Les vastes carrés du jardin de la Compagnie, avec ses avenues de chênes et ses hautes charmilles, ne paraissaient que des plates-bandes avec leurs bordures de buis ; la citadelle, un petit pentagone grand comme )a main, et les vaisseaux des Indes, des coques d'amande.

Je sentais déjà quelque orgueil de mon élévation, lorsque je vis des aigles qui planaient à perte de vue au-dessus de ma tête... Le sommet du Tableberg est un rocher plat, qui me parut avoir une demi-lieue de longueur sur un quart de largeur. C'est une espèce de quartz blanc, revêtu seulement par en droits d'un pouce ou deux de terre noire végétale, mêlée de sable et de gravier blanc. Nous trouvâmes quelques petites flaques d'eau, formées parles nuages qui s'y arrêtent souvent. Les couches de cette montagne sont parallèles ; je n'y ai trouvé aucun fossile. Le roc inférieur est une espèce de grès qui, à l'air, se décompose en sable. II y en a des morceaux qui ressemblent à des morceaux de pain avec leur croûte. Quoique le sol du sommet n'ait presque aucune profondeur, il y avait une quantité prodigieuse de plantes.

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