Front matter
-
Pour qui écrire désormais ? disoit l’Abbé de la Tour. Pour moi, dit la jeune Baronne de Berghen. On ne pense, on ne rêve que politique, continua l’Abbé. J’ai la politique en horreur, répliqua la Baronne, et les maux que la guerre fait à mon pays, me donnent un extrême besoin de distraction. J’aurois donc la plus grande reconnoissance pour l’Écrivain qui occuperoit agréablement ma sensibilité et mes pensées, ne -ce qu’un jour ou deux. Mon Dieu ! Madame, reprit l’Abbé après un moment de silence, si je pouvois… ? Vous pourriez, interrompit la Baronne. Mais non, je ne pourrois pas, dit l’Abbé ; mon stile vous paroîtroit si fade au prix de celui de tous les Écrivains du jour ! Regarde-t-on marcher un homme qui marche tout simplement, quand on est accoutumé à ne voir que tours de force, que sauts périlleux ? Oui, dit la Baronne, on regarderoit encore marcher quiconque marcheroit avec passablement de et de rapidité vers un but intéressant. J’essayerai, dit l’Abbé. Les que nous eûmes ces jours passés sur Kant, sur sa doctri- ne du devoir, m’ont rappellé trois Femmes que j’ai vues. Où ? demanda la Baronne. Dans votre pays même, en Allemagne, dit l’Abbé. — Des Allemandes ? — Non, des Françoises. Je me suis convaincu auprès d’elles qu’il suffit, pour n’être pas une personne dépravée, immorale, et totalement méprisable ou odieuse, d’avoir une idée quelconque du devoir, et quelque soin de remplir ce qu’on appelle son devoir. N’importe, que cette idée soit confuse ou débrouillée, qu’elle naisse d’une source ou d’une autre, qu’elle se porte sur tel ou tel
objet, qu’on s’y soumette plus ou moins imparfaitement ; j’oserai vivre avec tout homme ou toute femme qui aura une idée quelconque du devoir.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Trois femmes.
